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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Texte entier

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. ---461).

LE
MAHÂBHÂRATA




IX

ÇALYAPARVA

LIVRE DE ÇALYA

LE

MAHÂBHÂRATA


IX

ÇALYAPARVA

LIVRE DE ÇALYA

TRADUIT DU SANSCRIT

PAR

Le Docteur L. BALLIN

LICENCIÉ ÈS SCIENCES, ANCIEN SOUS-INSPECTEUR DES FORÊTS

ÉLÈVE DE L’ÉCOLE FORESTIÈRE


PARIS

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
28, RUE BONAPARTE, 28

1899

INTRODUCTION




J’ai entrepris de continuer l’œuvre de M. Fauche, le traducteur du Mahâbhârata. J’en donne aujourd’hui trois livres : 1° Çalyaparva (Livre de Çalya) ; 2° Sauptikaparva (Livre des événements arrivés pendant le sommeil des Pândouides) ; 3° Striparva (Livre des femmes). Plus heureux que M. Fauche, aurai-je le temps de terminer mon œuvre ? Ce n’est pas certain, car je ne suis plus jeune ; mais alors il en viendra un autre qui terminera ce que j’aurai du laisser inachevé.

Je me suis astreint à rendre, aussi littéralement que cela m’a été matériellement possible, le sens du texte du Mahâbhârata, édition de Calcutta. Le génie de la langue sanscrite est bien différent de celui de la langue française. Il comprend un nombre extrême de redites, qu’on ne peut pas toutes éviter en français, sous peine d’être incomplet ; d’autant plus que les auteurs sanscrits ont une tendance marquée aux jeux de mots par à peu près, qu’une traduction ne peut pas rendre, et qui perdent, en passant d’un idiome dans l’autre, tout le sel qu’ils peuvent avoir dans l’original.

Sans vouloir entrer dans les détails d’une notice bibliographique, je ne puis me dispenser de dire que, depuis l’interruption du travail de M. Fauche, il a paru une traduction anglaise du Mahâbhârata, par M. Protap Candra Roy, éditée à Calcutta. Elle m’a été, sans aucun doute, d’un grand secours ; mais je dois surtout rendre hommage à la bienveillante complaisance de M. Regnaud, professeur à la Faculté des Lettres de Lyon, qui a bien voulu m’aider de ses avis, dans les nombreuses difficultés que j’ai rencontrées dans mon travail de traducteur.




MAHÂBHÂRATA


LIVRE DE ÇALYA


Après avoir rendu hommage à Nârâyana, et à Nârana, le plus grand des hommes, ainsi qu’à la déesse Sarasvatî, on peut parler de la Victoire.




CHAPITRE PREMIER


DÉSESPOIR DE DHRITARÂSHTRA


Argument : Vaiçampâyana raconte à Janameyaya les dernières dispositions et la mort de D’ouryadhana ; l’arrivée de Sanyaya qui en apporte la nouvelle à Hastinapoura. Désespoir des habitants. Sanyaya chez le vieux roi. Désespoir de celui-ci. Ses évanouissements ainsi que ceux de sa cour ; soins qui lui sont prodigués.


1. Janameyaya dit : Ô brahmane ; quand Karna eut été abattu par l’ambidextre dans la bataille, que fit le petit nombre des Kourouides qui restaient (encore).

2. Qu’entreprit le Kourouide Souyodhana contre les Pândouides, quand il crut le moment favorable, envoyant leur armée qui se mettait en mouvement ?

3. Je désire l’apprendre ; fais m’en donc le récit, ô le plus excellent des brahamanes, car je ne me rassasie pas d’entendre parler des anciens, ô mouni.

4. Vaiçampayana dit : Quand Karna eut été tué Souyodhâna fils de Dhritarâshtra, entièrement découragé, était plongé dans une mer de chagrin.

5, 6. Soupirant sans cesse : Ah Karna, Ah Karna, cherchant à se consoler par des motifs tirés des Çastras, il regagna péniblement sa tente, avec les rois qui avaient survécu. En songeant à la mort du fils du cocher, il ne voyait pas de protection dans les rois qui restaient (encore près de lui).

7. Songeant à l’inflexibilité du destin, ô prince, décidé au combat, il sortit pour recommencer la bataille.

8. Ayant institué selon les règles, Çalya généralissime de l’armée, ce taureau des rois sortit (pour se rendre) au combat avec les princes survivants, ô roi.

9. Alors, ô le plus grand des bharatides, eut lieu entre les Kourouides et les Pândouides un combat tumultueux, semblable à celui des dieux contre les Asouras.

10. Puis, ô grand roi, Çalya, après avoir fait un (grand) carnage dans les batailles, eut son armée détruite et fut abattu, au milieu de la journée, par Dharmarâja.

11. (Poussé) par la crainte (que lui inspiraient) les ennemis, Douryadhana, dont les amis étaient tués, se retira du champ de bataille et s’engagea dans un étang terrible.

12. Et dans l’après-midi de ce jour, il fut abattu par Bhîmasena qui l’avait entouré de ses grands guerriers et l’avait contraint à sortir de l’étang.

13. Quand ce grand archer eut été tué, les maîtres de chars, restants (de ceux qui avaient été) tués, massacrèrent, pendant les nuits, les Pâncalas dans leur colère.

14. Au matin, Sañjaya, abattu, plein de tristesse et de chagrin, sortit du camp et entra dans la ville.

15. Ce cocher affligé, pleurant et levant les bras (au ciel), après avoir pénétré dans la ville, entra chez le roi.

16. Il pleurait, ô tigre des hommes. Ah roi ! Ah roi ! disait-il dans sa douleur, malheur ! malheur ! la mort du magnanime est notre perte.

17. Le destin est bien puissant, et il est difficile de décider ce qu’il faut faire, quand tous ceux dont la force était égale à celle d’Indra ont été tués par les Pândouides.

18-19. À la vue de Sañyaya en proie à la plus vive affliction, ô roi, chacun éclata en sanglots. De toutes parts, ô le plus grand des rois, on criait : Ah roi ! Ah roi ! De tous cotés, ô tigre des hommes, cette ville entière, jusqu’aux enfants,

20. Ayant entendu dire que le roi était tué, poussa un cri de désespoir, nous vîmes les hommes et les femmes se mettre à courir,

21. Extrêmement affligés, affolés, ayant comme perdu l’esprit. Alors le cocher troublé, étant entré dans la demeure royale,

22. Vit le plus grand des rois, le Souverain qui (ne voit que par) l’œil de la sagesse (ce prince), sans péché, assis, entouré de tous côtés 1

23. Par ses brus, par Gândhârî, par Vidoura et par d’autres parents et amis qui se tenaient constamment là, ô excellent Bhâratide.

24. Et il adressa, en pleurant, la parole au noble roi, qui réfléchissait sur la mort de Karna, ô Janamejaya.

25. Le cocher dont le cœur était bien loin d’être gai, dit, d’une voix entrecoupée par les sanglots : Je suis Sañyaya, ô tigre des hommes, hommage à toi, ô excellent Bhâratide

26. Çalya, roi de Madra, Çakouni le Soubalide, le Kitavide Ouloûka, à la grande force, sont tués, ô tigre des hommes 2.

27. Les Kambodjiens, les conjurés, sont tués avec les Çakas. Les Mleechas (barbares), les Parvatiens (montagnards) sont abattus.

28. Ô grand roi, ceux de l’Orient sont tués ainsi que ceux du Midi. De toutes parts ceux du Nord et ceux de l’Occident sont anéantis, ô roi.

29. Les rois, les fils de rois, sont tués de tous côtés, ô roi. Le roi Douryadhana est tué, ô roi, comme le fils de Pândou l’avait annoncé.

30. Ô grand roi, il repose, les cuisses brisées dans la poussière qui le souille. Dhrishtadyoumma est tué, ô roi, ainsi que Çikhandin (qui était) invincible.

31. Outtamaujas et Youdbâmanyou (sont) aussi (tués). Les Prabhadrakas (très beaux 3), les Pâñcâlas, les Cedayas sont détruits, ô tigre des hommes.

32. Tous tes fils et ceux de Draupadî sont tués, ô Bharatide, le très fort Vrishasena, ce héros fils de Karna, est tué.

33. tigre des hommes, tous les hommes sont tués ainsi que les éléphants ; les guerriers qui combattaient sur des chars, et les chevaux, sont tombés dans la bataille.

34. Le camp (vide), ô roi, est en quelque sorte (tout) ce qui reste des tiens, des Pandouides et des Kourouides, qui se sont rencontrés (dans la lutte).

35. Le monde mis en désordre par la mort, est réduit aux femmes. Il reste sept (héros) du côté des Pândouides, et trois de celui des Dhritorâshtrides.

36. Les cinq frères, le Vasoudevide et le Satyakide, Kripa, Kritavarman et le fils de Drona le plus grand des victorieux,

37. Ô tigre des hommes, ces (trois derniers) maîtres de chars sont à toi. Ô maître des hommes, de toutes les armées (qui avaient été) rassemblées

38-39. Ceux-ci restent, ô roi, tous les autres sont morts, ô excellent Bharatide. En vérité, le monde entier est frappé par la mort qui a tué Douryadhana, et certes, ô Bharatide, l’ennemi (aussi n’a pas été plus épargné que nous).

40. Vaiçampâyana dit : le roi Dhritarâshtra ayant entendu ce cruel récit, ô grand roi, s’affaissa à terre sans connaissance.

41. Lui tombé à terre, ô grand roi, le très glorieux Vidoura s’affaissa aussi, vaincu par le chagrin et le malheur.

42. Ô le meilleur des rois, Gândhârî et toutes les jeunes femmes kourouides tombèrent tout à coup à terre, en entendant ces terribles paroles.

43. Alors la multitude des rois gisait, sans connaissance, tombée à terre comme si elle eût été peinte sur une grande toile (dont les personnages) seraient doués de la parole, et qui s’écroulerait…

44. Mais alors le roi Dhritarâshtra, maître de la terre, reprit lentement et péniblement ses esprits, oppressé (qu’il était) par le malheur de ses fils.

45. Ce roi, très affligé, pleurant, ayant repris connaissance et regardé de toutes parts, dit au Kshattar (Vidoura 4).

46. Sage et très habile Kshattar, tu es mon refuge. Je suis de tous côtés sans appui, ô excellent Bharatide.

47. Après avoir ainsi parlé, il tomba, entièrement privé de connaissance, et, le voyant ainsi, ses parents, tous tant qu’ils étaient,

48, 49. L’aspergèrent d’eau froide et lui donnèrent de l’air avec des éventails. Le maître de la terre, ayant repris connaissance, se tint longtemps silencieux, ô protecteur de la terre, soufflant comme un serpent tombé dans un trou, ô maître des hommes.

50. Sañjaya pleurait aussi, en voyant la douleur du roi, ainsi que toutes les femmes, et la glorieuse Gândhârî.

51. Ô le meilleur des hommes, Dhritarâshtra, après avoir eu l’esprit égaré longtemps et à plusieurs reprises, dit à Vidoura :

52. Que toutes les femmes s’en aillent, ainsi que la glorieuse Gândhârî et tous ceux-ci (qui sont) mes amis. J’ai entièrement perdu l’esprit.

53. En entendant ces paroles, le Kshattar, qui pleurait continuellement, renvoya doucement les femmes, ô excellent Bharatide.

54. Alors, ô le plus grand des Bharatides, toutes les femmes et tous les amis, à la vue de la souffrance du roi, se retirèrent.

55. Et alors, ô destructeur des ennemis, Sañjaya regardait tristement le roi fortement éprouvé (par le chagrin) qui pleurait et avait repris connaissance.

56. Le Kshattar, ayant fait l’añjali, réconfortait par de bonnes paroles cet Indras des rois, qui poussait des soupirs.



CHAPITRE II


LAMENTATIONS DE DHRITARÂSHTRA


Argument : Tristes souvenirs de Drhitarâshtra qui se rappelle la jeunesse de ses enfants, et le dévouement inutile de ses amis, et fait un retour sur le passé.


57. Vaiçampâyana dit : ô grand roi, quand les femmes furent sorties, Dhritarâshtra, fils d’Ambikâ, dont la douleur allait en croissant, parla,

58. Après avoir soufflé comme s’il était rempli de fumée, tenant continuellement les mains levées (au ciel), après avoir réfléchi, il dit :

59. Dhritarâshtra dit : Hélas, ô cocher, j’apprends de toi ce grand malheur, que les fils de Pândou sont saufs et (ont été) immuables dans les combats.

60. En vérité, mon cœur serait dur (comme s’il était) fait de la substance des carreaux de foudre (d’Indra5), s’il n’éclatait pas, brisé (de douleur) en mille morceaux à la nouvelle que mes fils sont tués.

61. Entendant dire aujourd’hui que mes fils ont péri, mon cœur éprouve un terrible déchirement, en se rappelant leur jeunesse et leurs jeux d’enfants.

62. Si la cécité m’a privé de la vue de leur beauté, j’ai toujours trouvé mon contentement dans leur amour.

63. Ô homme sans péché, j’étais joyeux d’apprendre qu’ils avaient dépassé la jeunesse, qu’ils étaient nubiles et qu’ils étaient arrivés au milieu (de leur) carrière).

64. Affligé, surtout (du malheur) de mes fils, je ne trouve nulle part la paix de l’âme, en apprenant aujourd’hui qu’ils sont tués, que leur pouvoir est détruit et que leur force est anéantie.

65. Viens, viens, ô mon fils. Je suis maintenant sans appui, ô Indra des rois. Privé de toi, ô guerrier aux grands bras, que me reste-t-il à faire ? 66. Comment se fait-il, ô mon bien-aimé, que tu aies abandonné les rois qui s’étaient joints (à toi), et que tu sois tué, couché sur la terre, sans noblesse, comme un méchant roi ?

67. Ô grand roi, après avoir été le soutien de tes parents et de tes amis, où vas-tu, me laissant derrière toi, moi vieux et aveugle ?

68. Est-ce là la compassion, est-ce la satisfaction, est-ce le respect que je devais attendre de toi, ô roi ? Comment, toi qui étais invincible dans les combats, as-tu péri sous les coups des fils de Prithâ ?

69. Qui donc, à l’avenir, me répétera à mon lever : père, père (Qui donc me dira) : ô grand roi, ô protecteur du monde ?

70. Après m’avoir embrassé sur le cou, les yeux humides d’affection, dis-moi, ô Korouide, cette bonne parole : « Commande ».

71. Je n’entendrai donc plus tes paroles, ô mon fils ? Cette terre qui m’appartient n’était-elle pas assez grande pour nous et aussi pour les fils de Prithâ ?

72. Bhagadatta, Kripa, Calya, l’Avantien, Jayadratha, Bhoûriçravas, Çala, Somadutta, Vâhlika.

73. Açvatthâman, Bhoja, le puissant Magadhien, Vrihadbala, le roi de Kàçi, le soubalide Çakouni.

74. Les nombreux milliers de Mlecchas, les Çakas, les Yavanas, le Kambodjien Soudakshina et le roi des Trigartes,

75. Le grand-oncle Bhîshma, le Bharadvajide, le Gotamide Çroutâyou, Acyoutâyou et l’héroïque Çatâyou,

76. Jalasandha, le Rishyaçringin, le rakahasa Alàyoudra, Alamboushan aux grands bras, et le grand guerrier Soubâhou,

77. Tous ceux-là et de nombreux autres rois, ô le plus grand des rois, s’étaient levés, prêts à sacrifier leur vie dans l’intérêt de notre (cause).

78. Placé au milieu d’eux dans la bataille et entouré de tes frères (tu disais) ; Je combattrai les Prithides (les fils de Prithâ) et même les Pâñcâlas, de toutes parts,

79. Les Cedins, ô tigre des hommes, les fils de Draupadî, le Satyakide, Kountibhoya et le rakshasa Ghatotkaca.

80. Un seul de ces (héros) est capable d’arrêter dans sa colère les Pandouides accourant au combat.

81, 82. Que (sera-ce) donc (quand ces) braves (seront) réunis et devenus les ennemis des fils de Pândou, ou bien qu’ils combattront avec les suivants du Pândouide et les tueront ? Au reste, Karna seul, avec moi, nous pourrions tuer les Pandouides.

83. Alors les rois et les héros seront soumis à mon pouvoir. Certes, leur instigateur, le Vasoudevide à la grande force

84, 85. Ne se dispose pas à combattre. Il me l’a dit. Comme il répétait souvent (ces paroles) en ma présence, ô cocher, je considérais fermement les fils de Pândou comme tués (à l’avance) dans le combat où mes fils, placés au milieu d’eux, ont été détruits

86. En combattant. Qu’est-ce, sinon la destinée ? Quand le maître du monde, le magnanime Bhîshma est tué

87. Pour avoir rencontré Çikhandin (sur son chemin), comme un lion (rencontre) un chacal. Quand le brahmane Drona, qui connaissait toutes les armes et tous les astres,

88. Est tué en combattant contre le fils de Pândou, qu’est-ce, sinon la destinée ? Quand Bhoûriçravas est frappé ainsi que Somadatta

89. Et le grand roi Vâhlika, qu’est-ce, sinon la destinée ? Quand Bhagadatta, adroit au combat des éléphants, est tué

90. Et que Jayadratha est abattu, qu’est-ce, sinon la destinée ? Quand Soudakshina est tué, ainsi que le Pourouide Jalasandha,

91. Avec Çroutâyou et Acyoutâyou, qu’est-ce, sinon la destinée ? Et le très fort Pândien, le meilleur des porteurs d’armes,

92. Est tué par les Pândouides dans le combat. Qu’est-ce, sinon la destinée ? Quand Vrihadbala et le très fort Magadhien sont tués,

93. Et que Ougrayoudha, l’honneur des archers, est vaincu, qu’est-ce, sinon la destinée ? Quand les deux Avantiens sont tués, ainsi que le roi des Trigartes,

94. Et les nombreux conjurés, qu’est-ce, sinon la destinée ? Le roi Alambousha, le rakshasa Alâyoûdha

95. Et le fils de Rishyaçringa sont tués. Qu’est-ce, sinon la destinée ? Quand les bouviers Nârâyanas enragés au combat sont tués,

96. Ainsi que des milliers de Mleechas, qu’est-ce, sinon la destinée ? Quand le Soubalide Çakouni, le très fort Kitavide

97. Et le héros Sabala sont tués, qu’est-ce, sinon la destinée ? Quand des héros magnanimes, connaissant toutes les armes et tous les astras (armes magiques)

98. Et que de nombreux (guerriers) dont la force égalait celle d’Indra, ô cocher, quand les Kshatriyas réunis des divers pays, ô Sañjuya,

99. Ont tous péri dans la bataille, qu’est-ce, sinon la destinée ? Et (quand) mes fils et mes petits-fils (qui étaient) très forts, sont tous détruits

100. (Ainsi que) mes amis et mes frères, qu’est-ce, sinon la destinée ? Certainement l’homme est conduit par le destin.

101. L’homme heureux rencontre le bonheur. Quant à moi, je suis, ici-bas, privé de mon propre bonheur et de mes fils, ô Sânjaya.

102. Tombé au pouvoir de mes ennemis, comment vieillirai-je ? Je n’ai pas en vue un autre séjour que celui des bois.

103. Moi, sans amis, après la ruine complète de mes parents, j’irai dans les forêts (mener la vie ascétique). Rien n’est meilleur que de me réfugier dans les forêts, pour moi

104. Qui en suis arrivé à voir mon parti détruit, Douryadhana et Çalya tués, ô Sañjaya,

105. (Ainsi que) Dousçâsana, Viçasta et Vikarna, à la grande force. Car comment entendrais-je le bruit terrible fait par Bhîmasena

106-107. Qui, à lui seul, a tué une centaine de mes fils dans la bataille ? Je ne pourrais pas entendre (sans être) tourmenté par un chagrin insupportable ses paroles cruelles, quand il raconterait (en y revenant) à plusieurs reprises, le meurtre de Douryadhana.

108-110. Vaiçampâyana dit : Voici comment ce prince, Dhritarâshtra fils d’Ambikâ, dont les amis étaient tués, que le chagrin tourmentait, et dont l’esprit était troublé et constamment hanté par le souvenir de ses enfants et de ses autres (amis), après avoir longtemps pleuré, soupiré longuement et profondément, et réfléchi à son malheur, occupé et tourmenté par une grande douleur, ô excellent Bharatide, interrogea le cocher Gâvalgani (Sañjaya), pour savoir comment les choses s’étaient passées.

111. Dhritarâshtra dit : Après que j’ai eu appris la mort de Bhîshma, de Drona et du fils du cocher (dis-moi) qui les miens mirent à la tête de l’armée.

112. Quel que soit celui que mes soldats ont fait généralissime, les Pandouides qui le combattaient, l’ont eu vite tué.

113. Bhîshma a été tué sous vos yeux à la tête de l’armée par (Arjouna) Kirîtin (qui porte un diadème). Il en a été de même de Drona, tué (aussi) en présence de (vous) tous.

114. Karna, le majestueux fils du cocher, a été frappé de la même manière par Arjouna, en votre (présence), quand tous les rois étaient assemblés.

115. Jadis le magnanime Vidoura m’avait dit : Ce peuple périra par la faute de Douryadhana.

116. 117. Il est des insensés qui ne savent pas voir, même après avoir convenablement regardé. C’est ce qui a eu lieu pour cette parole que le sage Vidoura, qui connaissait tous les devoirs, me dit à moi qui (alors) étais fou. Cette parole a eu son accomplissement.

118. Ô Gâvalgani, raconte-moi encore quel fut le résultat de la mauvaise action (que je commis) en ne faisant pas, naguère (ce qui était convenable parce que) j’avais l’esprit aveuglé par le destin.

119. Quand Karna fut tué, qui fut le chef de l’armée ? Quel guerrier, sur son char, tint tête au Vasoudevide et à Arjouna ?

120. Quels étaient ceux qui protégeaient la roue droite et la roue gauche du char du roi de Madra ? Quels étaient ceux qui suivaient le héros animé du désir de combattre ?

121. Comment le roi de Madra, à la grande force, ainsi que mon fils furent-ils tués dans la bataille par les Pandouides, quand vous étiez réunis ?

122. Raconte-moi, tel qu’il se produisit, le grand désastre des Bharatides et de quelle façon périt mon fils Douryadhana,

123. Comment furent tués tous les Pâñcâlas avec leurs compagnons, ainsi que Dhrishtadyoumna, Çikhandin et les cinq fils de Droupadî,

124. Comment les fils de Pândou furent sauvés ainsi que les deux Satvatides, Kripa, Kritavarman et le fils de Bharadhvaja (Açvattaman, fils de Drona),

125. Et le combat, tel qu’il fut, qui eut lieu alors. Je désire tout entendre, ô Sañjaya, car tu es un habile (conteur).

CHAPITRE III


DÉFAITE DE L’ARMÉE KOUROUIDE


Argument : Panique de l’armée après la mort de Karna. Efforts de quelques héros. Prouesses des Pandouides. Efforts de Douryodhana. Il harangue l’armée qui reprend courage.


126. Sañjaya dit : Écoute avec attention, ô roi, de quelle façon eut lieu la destruction des hommes, tant Kourouides que Pandouides, qui s’étaient réciproquement attaqués.

127. Le fils du cocher étant tué par le magnanime fils de Pândou, et les armées ayant été à plusieurs reprises dispersées et rassemblées (de nouveau),

128. Les hommes s’étant livré un terrible combat et les meilleurs des éléphants étant détruits, le fils de Pândou poussa le même rugissement qu’après avoir tué Karna.

129-131. Alors la terreur engendrée par ce (rugissement) envahit (le cœur de) tes fils, ô roi. Karna étant tué, aucun de tes guerriers ne songeait à réunir les armées ni à accomplir aucun acte héroïque, troublés comme des marchands dont le navire est brisé sur la mer profonde, cherchant une rive sur l’océan sans bords, après la mort du fils du cocher, ô roi, notre refuge étant détruit par Arjouna, effrayés et blessés par les armes (de nos ennemis),

132. Semblables à des gazelles qui, tourmentées par un lion, cherchent un protecteur qu’elles ne trouvent pas, semblables à des taureaux dont les cornes sont brisées (ou) à des serpents qui ont perdu leurs dents,

133. Nous tournions le dos dans la soirée, mis en fuite par l’ambidextre, nos plus grands héros étant tués et taillés en pièces par des flèches tranchantes qui ne laissaient aucun repos.

184. Le fils du cocher étant tué, ô roi, tes fils s’enfuyaient de peur, tous, fugitifs, sans épée et sans cuirasses, hors d’eux-mêmes,

135-137. Se frappant les uns les autres, interrogeant l’horizon avec terreur, et pensant ainsi : (Arjouna) Bîbhatsou s’approche de moi, (Bhîmasena) Vrikodara (ventre de loup) me (poursuit), ils tombaient affaiblis, ô Bharatide. Les grands guerriers, montés, les uns sur leurs chars, les autres sur leurs chevaux, d’autres sur des éléphants rapides, abandonnèrent les fantassins. Les chariots de guerre étaient brisés par les éléphants, et les cavaliers (écrasés) parles grands chars.

138, 139. La multitude des fantassins (était) rudement heurtée par les flots de chevaux qui s’enfuyaient. Quand le fils du cocher fut tué, les tiens étaient comme (s’ils se fussent trouvés) dans un bois rempli de bêtes féroces, privés (du secours qu’ils pouvaient attendre) de leur grand nombre. Les éléphants avaient leurs cavaliers tués, d’autres avaient les défenses brisées.

140. En se voyant tous, courant, tourmentés par la crainte de Bhîmasena, les (guerriers) malades de peur croyaient que le monde entier était au pouvoir des fils de Pândou.

141. Ensuite, Douryodhana ayant poussé le cri de : Ah ! malheur ! dit à son cocher : Le fils de Prithâ ne me surpassera pas (tant que je serai) présent, l’arc en main.

142-144. Quand je me trouverai à l’arrière garde, pousse rapidement les chevaux, car Dhananjaya, fils de Kountî, ne saurait me dépasser dans la bataille, quand je combattrai, de même que l’océan (ne peut dépasser) le rivage. Aujourd’hui, je m’acquiterai de la dette (que j’ai contractée envers) Karna, en tuant Arjouna et Govinda, ainsi que ce vantard de Vrikodara, et les autres ennemis-Ayant entendu ces paroles du roi de Kourou, (qui étaient celles) d’un héros et d’un (homme) magnanime,

145. Le cocher poussa doucement les chevaux couverts d’or. Ceux qui étaient privés de (leurs) chars, de (leurs) chevaux de (leurs) éléphants, les fantassins, ô vénérable,

146. Au nombre de vingt-cinq mille, s’enfuyaient, pour ainsi dire sans s’arrêter. Bhîmasena irrité, et le Prishatide Dhrîshtadyoumna les

147. Ayant entourés d’une armée (formée) de quatre corps, les tuaient avec des flèches. Ils résistaient tous à Bhîmasena et au Prishatide.

148. D’autres prononcèrent les noms du Prithide et du Prishatide (en les provoquant) au combat. Bhîma s’irritait (du grand nombre de ceux qui, l’entouraient dans la bataille.

149. 150. S’étant hâté de descendre de son char, il combattait la massue à la main. Vrikodara, fils de Kountî, attentif à ses devoirs, se fiant sur la force de ses bras, ne (voulut) pas combattre, étant monté sur son char, ces (guerriers) qui étaient à terre. Ayant saisi sa grande massue garnie d’or

151. Il tuait tous les tiens (comme le ferait) Antaka (le dieu de la mort) son bâton à la main. Les fantassins, très excités, dont les amis étaient tués,

152. Couraient tous vers Bhîmasena comme des insectes vers la flamme (d’un feu). Irrités, affolés par le combat, ayant assailli Bhîmasena,

153. Ils périrent immédiatement, comme des troupes d’êtres qui ont vu Antaka. Bhîma errait çà et là comme un faucon. Avec son glaive et sa massue

154. Il tua vingt-cinq milliers des tiens. Bhîma, à l’héroïsme véritable, ayant exterminé cette armée de héros,

155. Ce (guerrier) à la grande force, ayant mis devant lui Dhrishtadyoumna, s’arrêta. L’héroïque Dhanañjaya suivait l’armée des chars.

156. Les deux fils de Mâdrî et le grand guerrier Satyakide, joyeux et très forts, coururent rapidement sur Çakouni qu’ils voulaient tuer,

157. Ayant anéanti avec des flèches aiguës ses nombreux cavaliers (montés) sur leurs chevaux, ils se hâtèrent de se précipiter sur lui. Là, le combat fut grand.

158. Alors, ô roi, Dhanañjaya entra dans l’armée des chars, bandant l’arc Gândîva, célèbre dans les trois mondes.

159. Ayant vu s’approcher le char aux chevaux blancs avec Krishna pour cocher, les tiens aussi entourèrent le guerrier Arjouna.

160. Les vingt-cinq milliers de fantassins, dépourvus de chars et de chevaux, couverts (d’un nuage) de flèches, attaquèrent le fils de Prithâ.

161-162. Les grands guerriers Pâñçâlass ayant tué cette armée de héros, le très glorieux grand archer, fils de leur roi, Dhrishtadyoumna, destructeur des troupes ennemies, ne suivait pas de très loin Bhîmasena qui allait en avant.

163. Les tiens, ayant aperçu dans la bataille Dhrishtadyoumna, dont les chevaux étaient couleur de tourterelles et dont l’étendard était illustré par (la plante) Kovidâra (bacchinya variegata), s’enfuyaient devant lui, (glacés) de terreur.

164. Les deux glorieux fils de Mâdrî, ayant suivi le roi de Gândhâra, aux flèches rapides, était à peu de distance avec le Satyakide

165. Cekitâna, Çikhandin, et les fils de Draupadî, ô vénérable, ayant tué ta nombreuse armée, soufflaient dans leurs conques.

166. Voyant les tiens courir en tournant le dos, ils les poursuivaient, comme (le font) des taureaux qui (en veulent) tuer un autre.

167. Le fils de Pândou, l’ambidextre, à la vue de ce reste de l’armée de ton fils, qui tenait encore ferme, entra dans une grande colère, ô roi.

168. Et de suite, ô roi, il couvrit de flèches ce (misérable débris d’armée). En vérité, la poussière qui s’élevait ne laissait plus rien voir.

169. Le monde étant (ainsi) devenu aveugle et le sol de la terre étant couvert de flèches, les tiens, ô grand roi, s’enfuyaient, effrayés, dans toutes les directions.

170. Ô maître des hommes, le roi de Kourou courait de tous côtés contre ses propres troupes dispersées, et contre celles des ennemis.

171. Alors Douryadhana appela au combat tous les Pandouides, ô excellent Bharatide, comme jadis Bali (le fit) des dieux.

172. Ceux-ci, irrités, continuellement menaçants, brandissant des armes diverses, attaquaient ensemble ce (prince) mugissant.

173. Douryadhana aussi, sans se troubler, dispersait ses ennemis avec des flèches. Nous vîmes ton fils (accomplir) un exploit héroïque, merveilleux.

174, 175. Tous les Pandouides (réunis) ne purent pas le repousser. Indra des rois, Douryadhana, ton propre fils, voyant à peu de distance son armée très endommagée et songeant à fuir, réfléchit et s’arrêta.

176. (Voulant leur rendre le courage) il dit, comme en riant, ces paroles aux guerriers : Je ne vois pas sur la terre ni dans les montagnes un endroit

177. Dans lequel les Pandouides ne vous tueront pas (quand vous vous y serez enfui). À quoi bon fuir ? Leur force même est peu considérable, et les deux Krishnas sont gravement blessés.

178, 179. Si nous nous tenons tous (fermes) ici, notre victoire est certaine. Mais les Pandouides offensés, vous suivront et vous tueront, (quand) vous serez éparpillés (et que vous aurez) rompu (vos rangs). Il vaut mieux pour nous périr en combattant. D’après la loi des Kshatriyas, la mort dans la bataille est heureuse pour le guerrier.

180. L’homme mort (dans ces conditions) ne connaît pas le malheur. Dans l’autre monde, il jouit (d’un bonheur) sans fin. Que tous les Kshatriyas réunis (ici), écoutent.

181. Vous ne devez pas abandonner la loi établie par vos ancêtres, (si vous ne voulez pas) tomber au pouvoir de Bhîmasena irrité.

182. Il n’y a pas, pour le Kshatriya, d’action pire que la fuite. Ô Kourouides, il n’y a pas de meilleure voie pour (atteindre) le Svarga (le ciel) que les mérites des combats.

183, 184. Le guerrier obtient immédiatement les) mondes (heureux), qu’un temps très long (d’épreuves pourrait lui mériter. Les grands guerriers Kshatriyas, ayant reçu avec respect ces paroles de ce roi, se retournèrent contre les Pandouides, en songeant à leur (propre) force et ne pardonnant pas leur défaite (à leurs ennemis).

185. Alors recommença, entre les tiens et les ennemis, un combat épouvantable, semblable à celui des dieux et des Asouras.

186. Et ton fils Douryadhana, ô grand roi, poursuivit avec toute l’armée, les Pandouides ayant en tête Youdhishthira.




CHAPITRE IV


KRIPA SOLLICITE DOURYODHANA


Argument : Discours de Kripa. Il propose de faire la paix.


187. Sanjaya dit : Ayant vu abattus les chars et les caisses des chars des magnanimes, les éléphants et les bataillons tués dans le combat, ô vénérable,

188. Le champ de bataille (aussi) affreux que le jardin de Roudra, et la disparition, par centaines de mille, des rois (qui y étaient) venus,

189. 190. Ton fils s’étant détourné, l’esprit dévoré de chagrin, les armées étant extrêmement épouvantées à la vue de la force des Prithides, et réfléchissant à leurs malheurs, en entendant le cri suprême des troupes battues, ô Bhâratide,

191. Ayant vu la mémoire des Indras (rois) des rois ternie dans le combat (par leur défaite), le vertueux et vieux Kripa, atteint de compassion, ô roi,

192. Énergique, parlant bien, s’étant approché de Douryadhana, maître suprême des hommes, lui dis avec colère :

193. Douryadhana, descendant de Bharata, écoute ce que je vais te dire. Quand tu l’auras entendu, tu agiras en conséquence, si cela te convient, ô (mortel) sans péché.

194. Ô Indra des rois, certes aucune voie ne semble meilleure que celle des mérites guerriers. Les Kshatriyas qui s’y sont engagés se livrent aux combats, ô le meilleur des Kshatriyas.

195. Père, mère, fils ; fils de la sœur, oncles maternels, et même les parents des parents doivent être combattus par celui qui vit en Kshatriya.

196. Dans la mort (reçue en combattant), réside le mérite suprême. La fuite est ignominieuse. Aussi, ceux (de cette caste) qui tiennent à leur vie, ont une existence terrible.

197. Je vais te dire des paroles qui peuvent être utiles. Bhîshma, Drona et le grand guerrier Karna étant tués.

198. Ainsi que Jayadratha, tes frères et ton fils Lakshamana, ô (mortel) sans péché, que nous reste-t-il à faire ?

199. Ces héros, à qui nous songions pour leur confier le fardeau de la royauté, ont abandonné leurs corps et sont allés vers le refuge de ceux qui connaissent Brahma.

200. Privés de ces grands guerriers remplis de qualités, nous passerons notre vie dans l’affliction, ayant causé la mort de nombreux rois.

201. (Arjouna) Bîbhâtsou n’a pu être vaincu, (même) quand (eux) tous étaient vivants. Le guerrier aux grands bras (voyant par) les yeux de Krishna serait invincible, même pour les dieux.

202. La grande armée a tremblé à la vue du drapeau (orné) d’un singe, élevé comme l’étendard d’Indra, semblable en éclat à l’arc et à la foudre du roi des dieux.

203. Nos cœurs frissonnent (en entendant) le rugissement de Bhîma, le son de la conque de Krishna et le bruit de Gândiva.

204. Gândîva paraît comme un grand éclair qui, dans son mouvement, dérobe la lumière des yeux (éblouis), et comme un grand tison agité.

205. Mis en mouvement, le grand arc bariolé d’or se voit dans toutes les directions, comme l’éclair au milieu des nuages du ciel.

206. Les chevaux attelés au char, sont des chevaux blancs, aussi éclatants que la lune ou que l’herbe Kâça, buvant pour ainsi dire l’éther (tant ils sont) rapides,

207. Conduits par Krishnas, comme les nuages le sont par le vent, ayant le corps couvert d’or, ils portent Arjouna au combat.

208. Ô roi, Arjouna, le meilleur de ceux qui connaissent les astras, consume ton armée, comme un feu allumé dans le camp (consume) une broussaille épaisse.

209. Ô grand roi, quand il entrait dans les armées, Dhanañjaya, ayant un éclat pareil à celui du grand Indra, nous paraissait (terrible) comme un éléphant à quatre défenses.

210. Nous voyions Dhanañjaya mettant tes troupes en désordre et faisant trembler les princes, comme un éléphant trouble un étang à lotus,

211. Nous le voyions faisant trembler les guerriers Pandouides mêmes, par le frémissement de son arc. comme les troupes de gazelles voient un lion (qui les remplit de terreur).

212. Les deux grands archers, les taureaux des porteurs d’arc, les deux Krishnas, la cuirasse lassée, brillaient au milieu du monde (entier).

213. Aujourd’hui, ô Bharatide, il y a dix-sept jours (que dure) la lutte épouvantable des deux partis qui se sont rencontrés pour se combattre.

214. Tes armées dispersées de tous côtés, comme les nuages de l’automne le sont par le vent, disparaissent de toutes parts.

215. L’ambidextre, ô grand roi, fait trembler ton armée, comme un vaisseau tourné sens dessus dessous, et en quelque sorte roulé par le vent dans la mer.

216. Où donc était le fils du cocher, où était Drona avec ses suivants, où donc étais-je, où était le héros Hridikien (Kritavarman) ?

217. Où donc était ton frère Dousçâsana, avec ses frères. Après avoir vu Jayadratha atteint par les flèches (des ennemis),

218. Lui qui avait vaincu ouvertement les parents, les frères, les compagnons, les oncles maternels, et foulé le monde aux pieds,

219. Le roi Jayadratha est tué. Que nous reste-t-il donc à faire ? ou bien quel est le héros qui vaincra le fils de Pândou ?

220. Car les astras divins de ce magnanime sont brandis, et le bruit de Gândîva anéantit nos forces.

221. Cette armée, dont les chefs sont tués, est comme une nuit sans lune, comme une rivière dont les eaux sont basses, et dont les arbres (qui ornaient ses rives) ont été brisés par les éléphants.

222. Le guerrier aux grands bras, aux chevaux blancs, parcourra à sa volonté cette armée dont les conducteurs sont tués, comme un feu flambant (parcourt) des broussailles.

223. L’énergie de ces deux (guerriers), le Satyakide et Bhîmasena, serait capable de briser toutes les montagnes et de dessécher toutes les mers.

224. Ô maître des hommes, la parole que Bhîmasena prononça au milieu de la cour (de ton père) est entièrement accomplie, et il fera encore davantage.

225. Quand Karna lui faisait face, l’armée (ennemie) protégée par les fils de Pândou, était difficile à affronter, et grandement secourue par celui qui a pour arc Gândiva.

226. Vous récoltez les fruits des malhonnêtetés que vous avez accomplies sans motif contre des hommes vertueux.

227. Le monde entier a été péniblement accaparé par toi à ton profit, (ta conquête) est douteuse, toi-même aussi, ô Bharatide (tu es en danger).

228. Protège ta personne même, ô Douryodhana, tout réside en toi. Quand le vase est brisé, son contenu s’enfuit dans toutes les directions.

229. La paix doit être cherchée par celui qui est battu et par celui qui est égal (en force), la guerre, par celui qui est le plus fort ; cette politique est celle de Vrihaspati.

230. Ô roi, nous que voici, nous sommes privés de nos amis par les fils de Pândous, et réduits à nos propres forces ; je pense en conséquence qu’il serait utile de faire la paix avec les Pandouides.

231. Car celui qui ne connaît pas ce qui lui convient le mieux et qui méprise ceux qui sont plus forts que lui, tombe vite (du trône) et ne trouve pas le (sort) le meilleur.

232. Si, en nous inclinant respectueusement devant lui, nous pouvions obtenir du roi (Youdhishthira), de conserver nos royaumes, il vaudrait mieux ne pas marcher follement à la défaite.

233. Youdhishthira est d’un naturel compatissant ; à la requête, du fils de Vicitravîrya, et sur le conseil de Govinda, il pourrait te donner un royaume.

234. Certes, tous feront ce que Hrishikeça dira au roi, à Arjouna et à Bhîmasena victorieux.

235. Krishna ne méprisera pas les paroles de Dhritarâbhtra, roi de Kourou, et je crois que le fils de Pândou ne se refusera pas à (suivre les conseils) de Krishna.

236. Je crois salutaire pour toi de ne pas combattre les fils de Prithâ. Je ne parle ni par compassion ni pour protéger ma vie.

237, 238. Ô roi, mon conseil est bon. Sur le point de mourir tu te rappelleras ce (que je viens de te dire). Le Çaradvatide Kripa, ayant ainsi parlé, exhala un soupir long et profond, et s’évanouit.




CHAPITRE V


DISCOURS DE DOURYODHANA


Argument : Réponse de Douryadhana. Son armée reprend courage et va camper sur un plateau de l’Himalaya.


239. Sañjaya dit : Ayant entendu ces paroles du glorieux fils de Gotama, le roi soupira longuement et fortement et resta silencieux, ô maître des hommes.

240. Puis, ayant réfléchi un moment, le Dhritarâshtride au grand cœur, dompteur de ses ennemis, dit au Çaradvatide Kripa.

241. Tout ce qu’un ami pouvait dire, je viens de l’entendre. Tu as fait en combattant tout (ce que tu pouvais faire pour moi), en ne comptant ta vie pour rien.

242. Le monde te suivait des yeux, quand tu pénétrais dans les armées (ennemies) et quand tu combattais avec les grands et très énergiques Pandouides.

243. Ces paroles, que ton amitié m’a fait entendre, ne me satisfont pas plus qu’un remède (ne satisfait) celui qui veut mourir.

244. Cet excellent discours, étayé de raisons et d’arguments (puissants), qui vient d’être prononcé (par toi), ô guerrier aux grands bras, ne me plaît pas, ô le plus grand des brahmanes

245. Comment celui que nous avons frustré de la royauté, ce roi puissant, vaincu par nous au jeu de dés aurait-il confiance en nous ?

246. Comment même aurait-il encore foi dans mes paroles ? Et Krishna Hrishikeça, dévoué aux fils de Prithâ, envoyé (jadis) en ambassade auprès de nous,

247. A été trompé (dans ses espérances), ce qui était un manque de considération (de notre part). Comment prêtera-t-il l’oreille à mes discours ?

248. Krishnâ (Draupadî) pleura quand elle fut amenée dans l’assemblée, Krishna ne supporte pas (plus patiemment) cet (affront) que le vol de la royauté (de ses amis).

249. Nous voyons arriver ce qu’on nous avait jadis prédit, (c’est-à-dire que) les deux Krishnas n’ont (à eux deux), qu’une seule vie, et qu’ils sont liés l’un à l’autre (par une amitié à toute épreuve).

250. Depuis qu’il a appris la mort du fils de sa sœur, Keçava a le sommeil pénible. Nous sommes coupables (de cette mort). Comment s’apaiserait-il pour favoriser mes intérêts ?

251. La mort d’Abhimanyou empêche Arjouna de goûter aucun plaisir. Comment fera-t-il en ma faveur l’effort que je lui demanderai ?

252. Le second fils de Pândou, le brûlant et très fort Bhîmasena, ne saurait s’apaiser au moment de réaliser ce qu’il a promis.

253. Les deux jumeaux, ces deux héros, semblables à Yama, quand ils ont attaché leurs épées et leurs cuirasses, sont devenus nos ennemis.

254. Dhrishtadyoumna et Çikhandin sont devenus mes adversaires, comment feraient-ils un effort eu ma faveur, ô le meilleur des Brahmanes ?

255, 256. Les fils de Pandou ne sauraient aujourd’hui être détournés de la guerre. Ces destructeurs de leurs ennemis se souviennent que Krishna (Draupadîj triste, (presque) nue, n’ayant qu’un seul vêtement, a été, au moment critique de son mois, tourmentée par Dousçâsana, au milieu de l’assemblée du monde entier qui la regardait.

257. Draupadî Krishnâ, malheureuse, tourmentée, pratique, pour mon malheur, un ascétisme terrible en vue du plus grand bien des (cinq) frères.

258. Elle repose chaque nuit sur la terre nue (et continuera ainsi) jusqu’à la fin de la guerre ; foulant aux pieds l’orgueil et l’amour propre, la charmante sœur du Vasoudevide

259. Obéit constamment à Krishnâ comme (le ferait) une servante. Ainsi tout (est) déchaîné (contre moi, et cet orage) ne tend nullement à s’apaiser.

260. Comment ce (Youdhishthira) s’unira-t-il à moi, après la mort d’Abhimanyou ? Et après avoir possédé cette terre limitée par la mer,

261. Comment jouirais-je d’une royauté due à la faveur du fils de Pândou ? Après avoir, semblable au soleil, resplendi bien au-dessus des rois,

262. Comment pourrais-je suivre Youdhishthira à la façon d’un esclave ? Après avoir goûté des jouissances qui m’étaient propres et répandu de grandes libéralités, comment

263. Traînerais-je, avec des malheureux, une existence misérable ? Je ne suis pas mécontent de tes paroles. Ce que tu m’as dit était d’un ami,

264. Mais je ne pense pas que le temps soit venu de (demander) la paix, Ô destructeur des ennemis, je crois que la sagesse consiste (à se préparer) à un combat énergique.

265. Ce n’est pas le moment de se conduire en eunuque, mais (au contraire) de lutter avec vigueur. De nombreux sacrifices ont été offerts pour moi, des dons ont été faits aux prêtres,

266. Mes désirs ont été accomplis, j’ai entendu la récitation des védas ; j’ai placé mon pied sur la tête de mes ennemis ; mes serviteurs ont été bien entretenus, ô mon ami, et les malheureux ont été relevés (par moi, de leur misère).

267. Je n’oserais pas parler (comme tu le désires) aux fils de Pandou. Les royaumes des ennemis, ô le meilleur des brahmanes, ont été conquis (par moi), et notre propre royaume a été protégé.

268. Des jouissances de diverses sortes ont été goûtées, et l’ensemble des trois choses (plaisir, devoir, utilité), pratiqué par moi. J’ai payé ma dette aux (créanciers qui sont) mes ancêtres et mes devoirs de Kshatriya.

269. Il n’y a pas un plaisir sûr en ce monde. Qu’est-ce que la gloire et la royauté ? Il faut ici bas acquérir la renommée (et elle s’obtient) en combattant bien, et pas autrement.

270. La mort du Kshatriya, qui a lieu dans sa maison, est blâmée. La mort dans son lit, chez soi, est une ignominie.

271. L’homme qui perd la vie dans les forêts ou dans les combats, après avoir offert des sacrifices, s’achemine vers les grandeurs.

272. Ce n’est pas lui qui, malade, se lamentant, accablé de vieillesse, meurt misérablement au milieu de ses parents en pleurs,

273. Mais, abandonnant les divers plaisirs (que je puis encore goûter), je vais maintenant aller, par un combat courageux, au refuge suprême des morts, de ceux qui voient Çakra,

274. Des héros à la noble conduite, ne tournant pas le dos dans la bataille, des Sages, de ceux qui sont véridiques et de tous ceux qui offrent des sacrifices.

275. Certes, le séjour dans le monde d’Indra est le partage de ceux qui ont été purifiés par le glaive ou par les bains (sacrés). Il est certain que les troupes des apsaras les contemplent joyeusement dans les combats.

276. Assurément, les Pitris (dieux mânes) verront (les guerriers), honorés dans l’assemblée des dieux, entourés par les apsaras et se réjouissant dans le monde d’Indra.

277. Suivons donc le chemin foulé par les immortels, et la voie tracée par ces héros qui n’ont pas fui,

278. Ainsi que par notre vieux, sage et respectable grand-oncle (Bhîshma), par Jayadratha, Karna et Dousçâsana.

279. Dans cette (voie), les héros, les rois, frappés et tués pour moi, blessés de flèches, couverts de sang, gisent sur la terre.

280. Ces héros, connaissant les astras (formules magiques) suprêmes, offrant des sacrifices d’après les règles prescrites, après avoir abandonné leurs corps, habitent les palais d’Indra.

281. Mais, certes, ce chemin préparé par eux deviendra difficile à suivre, (encombré) par (le grand nombre de ceux) qui s’envolent avec une grande vitesse vers ce refuge salutaire.

282. Me rappelant ce qui a été fait par les héros tués pour défendre ma cause, me chargeant de la dette (que leur mort m’impose), je ne place plus mon espérance dans la royauté.

283. Si, après avoir fait tuer mes amis, mes frères, notre grand-oncle, je cherchais à conserver ma vie, le monde me blâmerait certainement.

284. Quelle serait cette royauté (dont je jouirais), privé de mes parents, de mes amis, de mes partisans, après m’être humilié devant les fils de Pandou ?

285. Moi que voici, après avoir ainsi conquis le monde, j’obtiendrai le Svarga par un combat méritoire, il n’en sera pas autrement.

286. Après avoir été ainsi harangués par Douryadhana et avoir honoré ses paroles (par leurs acclamations), tous les Kshatriyas dirent : bien ! bien !

287. Ne regrettant plus les victoires (remportées par) les ennemis, songeant à leur propre force, tous étaient brûlants de courage et bien décidés à se battre.

288. Alors tous les Kourouides, désireux de combattre, ayant fait souffler leurs chevaux et marché un peu moins de deux yojanas, s’arrêtèrent

289. Sur un plateau élevé de l’Himalaya, propre (à un campement), dépourvu d’arbres. Ayant atteint la Sarasvati Arounienne, ils (y) burent 6

290, 291. Les tiens, possédés de l’ardeur qui animait ton fils, s’arrêtèrent là, comptant de nouveau les uns sur les autres. Ô roi, tous les Kshatriyas, poussés par le destin, retournaient au combat.


CHAPITRE VI


DISCOURS DE DOURYODHANA (Suite)


Argument : On passe la nuit sur le plateau de l’Himalaya. L’armée demande un généralissime. Le roi Douryadhana charge le fils de Drona de le désigner. Celui-ci choisit Çalya, roi de Madra, qui est accepté, et qui accepte le commandement en témoignant de son dévouement.


292. Sanjaya dit : Tous les guerriers, enchantés de combattre, étaient réunis sur le plateau de l’Himalaya.

293. Çalya, Citrasena, le grand guerrier Çakouni, Açvatthâman, Kripa, Kritavarman le Çatvatide,

294. Soushena, Arishtasena, l’héroïque Dhritasena, et Jayatsena. Tous ces rois passèrent la nuit (en cet endroit).

295. Le héros Karna étant tué, tes fils, tremblants de la peur (que leur inspiraient leurs ennemis) victorieux, ne trouvaient de sûreté que dans la montagne de l’Himalaya.

296. prince, tous, décidés à se battre, se réunirent près de Çalya et dirent au roi, après l’avoir honoré selon la règle :

297. Tu ne dois combattre les ennemis qu’après avoir établi un chef de l’armée, qui nous protège dans la bataille (et sous les ordres duquel) nous puissions vaincre nos adversaires,

298. Alors Douryadhana, se tenant sur son char (se souvint) du meilleur parmi les plus grands guerriers, habile à tous les combats, pareil à Antaka dans la bataille :

299. Beau de corps, ayant la tête (bien) couverte (de cheveux), porteur d’un collier de coquillages, les yeux semblables à des feuilles de lotus ouverts, ayant la face (terrible comme celle) d’un tigre, brillant d’or,

300. Semblable à un robuste taureau pour l’épaule, l’œil, la démarche et la voix, ayant le bras bien nourri, étendu, libre et grand, avec la poitrine large et ferme,

301. En vitesse et en force, semblable à Arounânouya (Garouda) et au vent, resplendissant comme le fils d’Aditi, égal en sagesse à Ouçâna.

302. Pareil à la lune pour ces trois (choses) : le charme, la beauté, et la fascination du regard, semblable à un amas d’or et de lotus, ayant les jointures (des membres) bien attachées,

303. La cuisse et la jambe bien rondes, de beaux pieds, de beaux doigts, de beaux ongles, créé avec effort par le créateur qui (dut) se rappeler à plusieurs reprises les (diverses) qualités, (pour les réunir en ce sens mortel).

304. Qui réunit tous les signes favorables, qui est habile, qui possède un océan de connaissances, (toujours) victorieux, que la force et l’énergie des ennemis ne saurait vaincre.

305. Qui connaît dans son essence la science des flèches, (science) comprenant quatre padas et dix angas (parties), ainsi que les sangas et les vedas qui sont au nombre de quatre, et que les Akhyânas (légendes) portent à cinq,

306. Le grand ascète engendré d’une mère qui n’était pas née d’une matrice de (femme) par Drona (qui lui-même) n’était pas né d’une matrice (de femme) et qui s’était concilié la faveur de Triambaka (Çiva) par l’exécution pénible de vœux terribles.

307. Ton propre fils s’étant approché, ô dompteur des ennemis, de cet homme aux œuvres incomparables, sans égal en beauté sur la terre, possédant un océan de qualités, arrivé à la limite extrême de toutes les sciences, dit à Açvatthâman : Le fils du Gourou (Drona) est notre refuge suprême à tous. C’est pourquoi ordonne qui sera le maître de mon armée, et celui (avec lequel), quand nous l’aurons mis à notre tête, nous vaincrons les Pandouides.

310. Le Dronide dit : Que Çalya soit notre chef d’armée. Il est doué de noblesse, d’héroïsme, d’énergie, de gloire, de respectabilité, de toutes les qualités.

311. Il est venu vers nous par reconnaissance, abandonnant les fils de sa sœur ; c’est un général (d’armée) aux grands bras semblable à un autre Mahâsena (Kârtikeya).

312. Ô les plus grands des rois, ayant mis ce roi à la tête de l’armée, la victoire peut être obtenue par nous, comme elle le fut par les dieux (quand ils eurent choisi pour chef) l’invincible Skanda.

313. Le fils de Drona ayant ainsi parlé, tous les grands guerriers sans exception entourèrent Çalya et firent entendre un cri de victoire.

314. 315. Ils pensèrent au combat et s’y résolurent absolument. Alors Douryodhana ayant mis pied à terre et fait l’añjali, dit à Çalya qui se tenait sur son char (et qui était) dans les batailles, l’égal de Drona et de Bhîshma : ô toi qui aimes tendrement tes amis, le temps est arrivé

316. Dans lequel les hommes sages distinguent leurs amis de leurs ennemis. Sois donc, à la tête de l’armée, le héros qui nous conduira (à la victoire).

317. Quand tu iras au combat les Pandouides au cœur faible, et les Pâñcâlas avec ceux qui les conseillent ne verront pas leurs efforts (couronnés de succès).

318. Çalya dit : Ô roi, je ferai ce que tu me demandes, car tout ce qui est à moi, vie, royauté, fortune, est dévoué à tes intérêts.

319. Douryodhana dit : Je te choisis pour être le chef de l’armée, toi qui n’as pas d’égal parmi mes oncles 7, maternels. Ô le meilleur des guerriers, protège-nous dans les combats comme Skanda protège les dieux.

320. Ô Indra des rois, sois arrosé de l’eau sacrée, comme le fut Pâvaki (Kârtikeya) par les dieux. Ô héros, triomphe des ennemis, comme le grand Indra (vainquit) les Dânavas.





CHAPITRE VII


GÉNÉRALISSIMAT DE ÇALYA


Argument : Çalya fait son éloge ; il est sacré. Joie des soldats de Douryodhana, craintes de Youdhislithira. Discours de Krishna, Youdhishthira reprend confiance.


321. Sañjaya dit : Le majestueux roi de Madra, ayant entendu ces paroles du roi, répondit à Douryodhana, ô prince ;

322. Douryodhana, guerrier aux grands bras, le plus éloquent (des hommes), écoute : Ces deux Krishnas, que, placés sur leurs chars, tu considères comme les plus grands des maîtres des chars,

323, 324. Ne sont, tous les deux, en aucune façon, mes égaux pour la force des bras. Je puis combattre en face des (armées en) bataille, les Pandouides, la terre entière soulevée (contre moi) avec les dieux, les asouras et les hommes. Je vaincrai donc dans la bataille, les Prithides avec les Somakas réunis.

325. Je deviendrai, sans aucun doute, le conducteur de ton armée. Je la rangerai en ordre de bataille, et les ennemis ne la vaincront pas.

326, 327. Je te dis ainsi la vérité, ô Douryodhana, il n’y a aucun doute à cela. Ô maître des hommes, après qu’il eut ainsi parlé, le roi, le poil hérissé (de plaisir) arrosa sur-le-champ d’eau consacrée (selon les rites), le maître suprême de Madra, au milieu de l’armée, ô excellent Bharatide.

328. Après que le (roi) eût été sacré, on entendit dans tes armées un bruyant rugissement (des guerriers), (accompagné du) son des instruments de musique.

329. Et alors les combattants furent joyeux, ainsi que les grands guerriers de Madra, et ils louaient le roi Çalya, brillant dans les batailles, (en disant) :

330. Vaincs les rois, aie une longue vie, triomphe des ennemis réunis. Que les très forts Dhritarâshtrides obtiennent (le secours) de la force de ton bras.

331. Qu’ayant détruit leurs adversaires, ils commandent à la terre tout entière, car tu es capable de vaincre dans les combats, les hommes avec les dieux et les asouras.

332-334. À plus forte raison les Somakas et les Sriñjayas, qui sont des mortels. Le fort et héroïque roi des habitants de Madra, étant ainsi loué, ressentit une joie qu’éprouvent difficilement ceux dont l’esprit n’est pas purifié, et dit : Aujourd’hui, ô Indra des rois, je tuerai dans la lutte les Pâñcâlas avec les Pandouides, ou bien, tué (par eux), je monterai au Svarga. Que tous les mondes me considèrent aujourd’hui, quand je me conduirai comme (un homme) sans crainte.

335, 336. Qu’aujourd’hui tous les fils de Pândou, le Vasoudevide avec le Satyakide, les Pâñcâlas, les Cédins, les fils de Draupadi, Dhrishtadyoumna, Çikhandin, et tous les Prabhadrakas, de toutes parts, voient mon énergie et la grande puissance de mon arc !

337. Que les Prithides, les Siddhas et les Câranas (chantres des dieux) voient ma légèreté, l’héroïsme de mes astras et la force de mes deux bras !

338. Que les grands guerriers des Pandouides, ayant vu mon héroïsme et de quelle nature est la force de mes bras, (ainsi que) le succès de mes armes de jet,

339. Fassent pour me résister les divers exploits (qu’ils voudront), je mettrai (quand même) aujourd’hui l’armée des Pandouides en fuite dans toutes les directions.

340. Ô roi des rois, je remplacerai dans la bataille Bhîshma, Drona et le fils du cocher, en combattant pour tes intérêts, ô Kourouide.

341. Sañjaya dit : Ô dispensateur des honneurs, quand Çalya eut été sacré, personne, dans l’armée, ne pensa plus à la perte de Karna, ô le plus grand des Bharatides.

342. Les soldats furent joyeux et satisfaits ; ils considérèrent les Prithides (comme déjà) tués et soumis au bon plaisir du roi de Madra.

343. Et ton armée, ô excellent Bharatide, devenue gaie, dormit pendant cette nuit, contente et animée de pensées saines.

344. Le roi Youdhishthira ayant entendu le bruit de ton armée, dit au Vrishnien (Krishna), en présence de tous les Kshatriyas :

345. Ô Madhavide, le Dhritarâshtride a fait son généralissime du grand archer Çalya, roi de Madra, honoré dans toutes les armées.

346. Sachant ce qu’il en est, ô Madhavide, fais ce qui convient. Tu es notre conducteur et notre protecteur, fais ce qui est nécessaire.

347. Ô grand roi, le vasoudevide répondit à ce maître suprême des hommes : Ô excellent Bharatide, je connais réellement Arttâyani (Çalya),

348. (Il est) héroïque, possède un grand éclat et est surtout magnanime ; il est sage, brillant guerrier et très agile.

349. Semblable à Bhishma, Drona, Karna, dans la bataille, peut-être même leur est-il supérieur. Voilà commentée considère le roi deMadra.

350. Ô maître suprême des hommes, j’ai beau réfléchir, je ne vois pas un guerrier qui soit son égal pour combattre, ô Bharatide.

351. Sa force dans la bataille, ô Bharatide, surpasse de beaucoup celle de çikhandin, d’Arjouna, de Bhîma, du Satvatide et de Dhrishthadyoumna.

352. Ô grand prince, le roi de Madra a l’héroïsme du lion et de l’éléphant. Dépourvu de crainte, il parcourra (l’armée de) tes soldats, comme la mort cruelle à l’époque (de la fin du monde).

353, 354. Ô tigre des hommes, je n’entrevois pas, dans ce monde entier ni dans celui des dieux, celui qui pourrait lui être opposé dans la bataille ; si ce n’est toi qui as une force égale à celle du tigre, ô descendant de Kourou, il n’y a pas un autre (homme) que toi qui puisse tuer le roi de Madra

355. Combattant, épouvantant chaque jour ton armée. Triomphe donc de Çalya dans le combat, comme Maghavant (vainquit) Çambara.

356. Ce héros honoré par le Dhritarâshtride est invincible. Quand le souverain de Madra aura succombé dans la lutte, la victoire sera certainement à toi.

357. Lui tué, toute la grande armée de Dhritarâshtra sera anéantie. Ô grand roi, maintenant que tu as entendu les paroles (que) je (viens de t’adresser),

358. Affronte, ô fils de Prithâ, le roi de Madra, ce grand guerrier, et, ô guerrier aux grands bras, vaincs-le dans la bataille, comme Indra (vainquit) Namouci.

359. Il ne faut pas avoir de compassion et dire : C’est mon oncle maternel… Envisage (ton) devoir de Kshatriya et triomphe du maître de Madra.

360. Après avoir traversé l’océan de Bhîshma et de Drona, et l’enfer de Karna, attaque Çalya et ne te noie pas avec tes troupes dans (ce qui est une flaque d’eau grande comme) l’empreinte du pied d’un bœuf.

361. Pendant le combat, songe à l’héroïsme de ton ascétisme et à ce qu’est ta force de Kshatriya, et vaincs ce grand guerrier.

362. Après avoir ainsi parlé, Keçava, tueur des ennemis, se retira, le soir, dans la tente, honoré par les Pandouides.

363. Et quand Keçava fut parti, Youdhishthira Dharmarâja, ayant congédié tous ses frères ainsi que les Pâñcâlas et les Somakas,

364. Dormit toute la nuit, comme un éléphant délivré des traits (qui l’avaient atteint). Et tous les grands archers Pâñcâlas et Pandouides,

365, 366. Joyeux de la mort de Karna, dormirent (tranquillement pendant) cette nuit. Délivrée de la fièvre (qui la tourmentait dans la personne du fils du cocher), l’armée des Pandouides, remplie de grands archers et de grands guerriers, ayant atteint le port (où elle espérait trouver le salut), fut joyeuse pendant (cette) nuit, entrevoyant la victoire (pour elle) dans la mort du fils du cocher.


CHAPITRE VIII


DISPOSITION DE L’ARMÉE


Argument : Préparatifs de l’armée Kourouide. Conjuration. Dhritarâshtra demande au cocher de lui montrer la chute de Çalya. Prouesses du roi de Madra et des Pandouides. Dénombrement des forces qui restaient de chaque part.


367. Sañjaya dit : La nuit étant passée, le roi Douryadhana dit à tous les siens : Que les grands guerriers se préparent !

368. Et cette armée, connaissant les intentions du roi, se prépara (au combat)… On se hâta d’atteler les chars et on courut contre l’ennemi.

369. On mettait en bon ordre les éléphants, les fantassins se préparaient, d’autres, par milliers, garnissaient les chars de tapis.

370. Ô maître des hommes, on entendait le son des instruments de musique destinés à exciter au combat les armées et les soldats.

371. Alors, ô Bharatide, toutes les forces qui restaient des armées parurent réunies, et ayant chassé l’image de la mort,

372. Les grands guerriers qui avaient élu le roi de Madra, Çalya, se séparèrent, pour distribuer toutes les forces dans les (diverses) parties de l’armée.

373. Ayant rencontré ton fils, tous les soldats, Kripa Kritavarman, le fils de Drona, le Soubalide, Çalya,

374. Et les autres princes qui restaient, firent une convention d’après laquelle il ne fallait qu’en aucun cas un (guerrier) seul combattit les fils de Pandou.

375. Certes (dirent-ils), celui qui (étant) seul, combattrait les fils de Pandou, ou qui abandonnerait (un autre guerrier) les combattant, serait coupable des cinq crimes et des fautes moins graves.

376. Nos camarades doivent combattre en se protégeant réciproquement. Tous ces grands guerriers ayant fait ainsi cette convention

377. Et ayant mis le roi de Madra à leur tête, se hâtèrent de courir sur les ennemis. De même, tous les Pandouides, ayant rangé leur armée en bataille pour le grand combat,

378, 379. S’avancèrent contre les Kourouides, ô roi, pour se battre de toutes parts. Ô prince, cette armée puissante en chars et en éléphants, (était) comme un océan bouleversé.

380. Dhritarâshtra dit : J’ai entendu (le récit de la mort) de Bhîshma, de Drona, de (Karna) fils de Râdhâ. Raconte-moi en détail la chute de Çalya et celle de mon fils.

381. Comment Çalya fut tué dans la bataille par Dharmarâja, et comment mon fils Douryadhana (tomba sous les coups) du fort Bhîmasena.

382. Sañjaya dit : Ô roi, écoute-moi avec fermeté, raconter les combats, la destruction des hommes et la perte complète des éléphants et des chevaux.

383. Ô roi, Drona et Bhîshma étant tués, et le fils du cocher abattu, la grande espérance de ton fils était que

384. Çalya, en combattant, tuerait tous les fils de Prithâ, ô vénérable. Ayant conçu cette espérance dans son cœur, ô Bharatide, et ayant pris courage,

385. Ton fils se considérait comme ayant un protecteur, quand il eut eu recours au grand guerrier, le roi de Madra, (pour diriger) l’armée,

386. Ô roi, quand, après la mort de Karna, les fils de Prithâ poussèrent des rugissements, une grande crainte s’empara des Dhritarâshtrides ;

387. Et le majestueux roi de Madra, les ayant encouragés et ayant, ô grand roi, rangé l’armée en un ordre de bataille, heureux et d’une imposante manière,

388. Alla à la rencontre des fils de Prithâ, en agitant Bhâraghna, son arc brillant et très rapide.

389. Le grand guerrier, étant monté sur son excellent char (attelé de chevaux) du Sindhou, son cocher, ô grand roi, faisait briller ce char (sur lequel il était) placé.

390. Ce héros (dont la vue) effraie ses ennemis, était couvert par le char, ô grand roi et il s’y tenait ferme, éloignant la peur (du cœur) de tes fils.

391. Dans la marche en avant, le roi de Madra, revêtu de son armure, accompagné des héros de Madra et des fils de Karna, difficiles à vaincre, se tint sur le front de l’armée rangée en ligne de bataille.

392. Douryodhana était au milieu, protégé par les héros de Kourou (forts comme des) taureaux. À gauche, était Kritavarman entouré par les Trigartes ;

393. Le Gotamide sur le côté droit, avec les Çakas et Yavanas. Açvatthâman, entouré par les Kambodgiens, se tenait par derrière.

394. Le grand guerrier Soubalide, entouré d’une grande armée de chevaux, avec le grand guerrier Kitavien (Oulôuka), s’avançait, accompagnés de toute l’armée.

395. Et les grands archers Pandouides, dompteurs de leurs ennemis, ayant rangé leur armée en trois corps, couraient contre la tienne.

396. Dhrishtadyoumna, Çikhandin et le grand guerrier Satyakide, accouraient rapidement pour combattre l’armée de Çalya.

397. Alors, ô excellent Bharatide, le roi Youdhishthira, entouré de sa puissante armée, courut vers Çalya lui-même, avec l’intention de le tuer.

398. Le rapide Arjouna, destructeur de multitudes d’ennemis, attaqua le grand archer Hridikien et les troupes des conjurés.

399. Bhîmasena et les grands guerriers Somakas, désireux de tuer leurs ennemis dans la bataille, assaillirent le Gotamide.

400. Les deux fils de Mâdrî, accompagnés de leur armée et de leurs soldats, s’approchèrent pour combattre Çakouni et le grand guerrier Ouloûka,

401. Et tes grands guerriers, irrités, porteurs de diverses armes, se retournèrent, par dizaines de mille, pour combattre les Pandouides.

402, 403. Dhritarâshtra dit : Ô Sañjaya, après la mort de Bhîshma, du grand archer Drona, et du grand guerrier Karna, les Kourouides, (ainsi que) les Pandouides étaient restés en petit nombre, (survivants) à la bataille. Les fils de Prithâ, enragés, exerçant leur force (contre les miens), que restait-il tant de mon armée que de celle des ennemis ?

404. Sañjaya dit : Ô roi, apprends de moi ce qui était resté des armées, (après) les combats (précédents), comment les ennemis et nous étions préparés au combat.

405. Ô excellent Bharatide, onze milliers de chars, dix mille sept cents éléphants,

406. Deux centaines de mille chevaux en entier, et trois dixaines de millions d’hommes : telle était ton armée, ô excellent Bharatide ;

407. Six milliers de chars, six milliers d’éléphants, dix milliers de chevaux et une dizaine de millions de fantassins, ô Bharatide,

408. Voilà ce qui restait de l’armée des Pandouides (à mettre) en bataille. Ceux-là seulement se réunirent pour le combat, ô excellent Bharatide.

409. Ô Indra des rois, excités (par la colère), désirant la victoire, soumis fermement aux désirs du roi de Madra, nous nous levâmes pour rencontrer les Pandouides.

410. De même, les héros Pandouides, victorieux dans les combats (précédents), s’approchèrent (de nous) avec les tigres des hommes, les glorieux Pâñâlas.

411. Ainsi, ô grand roi, ces tigres des hommes, désireux de se tuer réciproquement, s’approchèrent (les uns des autres) au point du jour.

412. Alors commença entre les tiens et les ennemis, qui se tuaient les uns les autres, un combat terrible, épouvantable.




CHAPITRE IX


COMBAT GÉNÉRAL


Argument : Le combat général est terrible. L’armée Kourouide est mise en désordre. Exploits de Bhîmasena, d’Arjouna, de Dhrishtadyoumna, de Çikhandin. Fuite de l’armée Kourouide.


413. Sañjaya dit : Alors, ô Indra des rois, commença entre les Kourouides et les Sriñjayas, un combat terrible, effrayant, semblable à celui des dieux contre les Asouras.

414. Les hommes, les chars, les chevaux, les troupes d’éléphants se rencontrèrent en montrant leur héroïsme.

415. On entendait le grand et terrible bruit des éléphants courant, semblable (au bruit que font) dans le ciel les nuages produisant les pluies (d’orage).

416. Quelques chefs de chars, avec leurs chars, tombaient frappés par les éléphants. Poursuivis par ces animaux irrités, les héros couraient çà et là dans la bataille.

417. Les habiles guerriers, combattant sur leurs chars, envoyaient dans l’autre monde, avec leurs flèches, des multitudes de chevaux, et les gardiens à pied des éléphants, ô Bharatide.

418. D’adroits cavaliers, rôdant dans la bataille, entouraient les grands guerriers et les frappaient avec des javelots, des lances et des épées.

419. Quelques archers, ayant environné de grands guerriers, et se mettant plusieurs pour en attaquer un seul, l’expédièrent au séjour d’Yama.

420. Et d’autres guerriers d’élite, montés sur leurs chars, entourant à une certaine distance un éléphant, tuèrent le grand guerrier qui courait (monté sur cet animal).

421. De même, des éléphants entouraient et tuaient sur son char un guerrier irrité qui lançait de nombreuses flèches, ô grand roi.

422. L’éléphant se précipitant contre l’éléphant, le guerrier sur son char, contre le guerrier sur son char, on se tuait là avec des lances, des javelots et des nârâcas, ô Bharatide.

423. Les chars, les éléphants et les chevaux, écrasant les fantassins, produisaient une grande confusion au milieu de la bataille,

424. Et les chevaux parés de queues de bœuf grognant, couraient çà et là sur le sol, pareils à des cygnes se désaltérant sur le plateau de l’Himalaya.

425. Ô maître des hommes, la terre, labourée par les sabots de ces animaux, semblait une femme couverte des égratignures (que son amant lui a faites dans l’ardeur de sa passion amoureuse).

426. Le bruit des pieds des chevaux, celui des roues des chars, celui des fantassins et la voix des éléphants,

427. Le bruit des instruments de musique et celui des conques, faisaient résonner la terre (comme l’eussent fait] des tourbillons de vent, ô Bharatide.

428. Le scintillement des cuirasses, le bourdonnement des arcs, les lueurs des épées brillantes, empêchaient de rien discerner (en rendant tout confus).

429. De nombreux membres coupés, ayant l’apparence de bras de rois et de trompes d’éléphants, se roulant et se déroulant avec une grande rapidité, (se voient çà et là).

430. Ô grand roi, on entend aussi le bruit des têtes tombant sur la terre, (bruit) semblable à celui que feraient des fruits abattus par le vent.

431. La terre brille, (couverte) de têtes humides de sang, tombées, souillées et comme dorées dans la mort, ô Bharatide.

432. Ô roi, ces (têtes) couvertes de blessures, privées de vie et dont les yeux sont tournés en haut, font briller la terre comme (le feraient) des lotus.

433. Les bras enduits d’huile de santal et portant les bracelets précieux (avec lesquels ils) sont tombés, font briller la terre, comme le feraient les étendards d’Indra.

434. Le champ de bataille est couvert des cuisses des Indras des hommes coupées pendant le grand combat et par d’autres (débris) ayant l’aspect de trompes d’éléphants.

435. L’emplacement où se tient l’armée, rempli de milliers de corps sans têtes, de parasols et de queues de bœufs grognant, en resplendit comme un bois couvert de fleurs.

436. On y voyait, ô grand roi, les guerriers courant dans toutes les directions, comme des gens sans crainte, le corps enduit de sang, semblables à des kimcoukas en fleur.

437. On y voyait aussi les éléphants couverts de flèches et de javelots, tombant çà et là au milieu du combat, comme des nuages dispersés.

438. Ô grand roi, l’armée des éléphants, tuée par les magnanimes (guerriers), était dispersée dans toutes les directions, semblable à des nuages éparpillés par le vent.

439. homme puissant, ces éléphants, pareils à des démons, tombaient de tous côtés sur la terre, comme les montagnes brisées par la foudre à la fin du Youga (âge du monde).

440. On voyait çà et là des amas, gros comme des montagnes, des chevaux tombés à terre avec leurs cavaliers.

441. On apercevait sur le champ de bataille une rivière qui conduit dans l’autre monde. Elle roule du sang eu guise d’eau, des chars simulent ses vagues, des étendards sont les arbres (qui ornent) ses rives, des os sont ses cailloux ;

442. Des mains en sont les crocodiles, des arcs figurent son courant, des éléphants sont ses montagnes, des chevaux remplacent les pierres. Elle est rendue marécageuse par la moelle des os et par celle des chairs ; (on y rencontre) des parasols en guise de flamants et des massues en guise de radeaux,

443. Des cuirasses et des turbans, des étendards en guise de beaux arbres. Des roues de chars l’ornent comme le feraient des troupes de cakravâkas. Elle est couverte de débris de chars et de manches de bannières.

444. Cette rivière formidable, remplissant de joie les héros et augmentant la terreur des gens apeurés, se remplit de Kourouides et de Srinjayas.

445. Ces héros, dont les bras sont des barres de fer, traversèrent sur leurs véhicules, en guise de bateaux, cette formidable rivière qui conduit au monde des mânes.

446. Et, ô maître des hommes, dans ce combat terrible sans pitié, semblable à celui qui eut lieu jadis entre les dieux et les Asouras, (combat) dans lequel avait lieu la destruction des quatre espèces de forces de l’armée (les chars, les éléphants, les chevaux, les hommes),

447. Ô tourmenteur des ennemis, les uns appelaient leurs parents, les autres, effrayés (d’entendre) leurs parents les appeler, se mettaient en déroute.

448. Dans cet épouvantable combat sans fin, Bhîma et Arjouna mirent le trouble parmi leurs ennemis.

449. Ta grande armée, ô maître des hommes, se (voyant) détruite, perdait l’esprit, comme une belle femme sous l’influence de la passion.

450. Bhîmasena et Arjouna, ayant mis le trouble dans cette armée, soufflèrent dans leurs conques et poussèrent des cris terribles.

451. Dhrishtadyoumna et Çikhandin, ayant entendu ce grand bruit et mis Dharmarâja à leur tête, coururent sur le roi de Madra.

452. Nous vîmes là, ô maître des hommes, un prodige terrible : c’est que les héros réunis combattaient chacun de leur côté contre Çalya.

453. Les deux impétueux fils de Mâdri, exercés à l’usage des armes, frénétiques dans les combats, s’approchèrent avec rapidité de ton armée, qu’ils désiraient vaincre.

454. Ô excellent Bharatide, elle était alors chassée par les flèches des Pandouides victorieux.

455. Or, ô grand roi, sous les yeux de tes fils, cette armée, que l’on tuait, se dispersa dans toutes les directions, chassée par des pluies de flèches.

456, 457. Ô excellent Bharatide, on entendit tes guerriers pousser de grands cris de : Hâ ! Hâ. (Le cri de) arrête ! arrête ! était aussi (entendu) dans (ce combat), des magnanimes Pândouides (et) des Kshatriyas (de ton armée), désirant se vaincre les uns les autres. Tes soldats, mis en déroute par les Pândouides, fuyaient devant eux.

458. Abandonnant dans la bataille, les amis, les fils, les frères, les grands-pères, les oncles maternels, les fils de leurs sœurs, les parents et les alliés.

459. Les tiens, ô excellent Bharatide, s’enfuirent de toutes parts, hâtant (la course) des chevaux et des éléphants, et faisant tous leurs efforts pour se mettre à l’abri eux mêmes.





CHAPITRE X


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Çalya se dirige contre Youdhishthira et arrête l’élan de l’armée Pândouide. Nakoula combat et tue Citrasena, Satyasena et Soushena. Effroi des Kourouides. Çalya les rallie. Combat terrible qui met le désordre dans les deux armées.


460. Sañjaya dit : Le majestueux roi de Madra ayant vu cette armée en déroute, dit à son cocher : Pousse tes chevaux rapides comme la pensée.

461. Le roi Youdishthira, fils de Pândou, se tient (ferme), avec le parasol brillant et jaune-pâle qu’on porte (au-dessus de sa tête).

462. Conduis-moi vite là, ô cocher. Vois ma force. Certes, les fils de Prithâ ne sont pas capables de tenir aujourd’hui devant moi dans la bataille.

463. Alors le cocher du roi de Madra, ainsi commandé, se dirigea là où était le roi Youdhishthira Dharmarâja, fidèle à ses vœux.

464. Et, arrivant subitement, Çalya soutint dans le combat (le choc de) la grande armée des Pândouides, semblable à un océan soulevé par la marée.

465. Or, ô vénérable, les vagues de l’armée Pândouide ayant rencontré Çalya, s’arrêtèrent dans la bataille comme une rivière (brise) son élan, quand elle a rencontré une montagne.

466. Mais, ayant vu le roi de Madra arrêté pour combattre, les Kourouides revinrent sur leurs pas, oublieux de (l'imminence de) la mort.

467. Les grandes armées étant retournées au combat dans l’ordre de leurs dispositions naturelles, il s’engagea une bataille formidable, oii le sang coula comme de l’eau.

468. Nakoula, enragé au combat, rencontra Citrasena. Ces deux brillants archers, s’étant attaqués réciproquement,

469. Semblables à deux nuages pluvieux qui s’élèvent au midi et au nord, s’arrosèrent réciproquement de (pluies de) flèches, en guise d’eau,

470. Je ne vois pas de différence entre ce fils de Pândou et son adversaire. Tous les deux sont forts, exercés à l’usage des armes et habiles dans le maniement du char,

471. Résolus à se tuer l’un l’autre, attentifs seulement à surveiller les fautes (de l’adversaire). Cependant, Citrasena, d’une flèche bhalla aiguë, qui a bu (l’huile où elle avait été trempée),

472, 473. Coupa l’arc de Nakoula à l’endroit de la poignée, ô grand roi, puis, sans se troubler, ficha dans le front de (son ennemi, dont) l’arc était brisé, trois flèches aiguisées sur une pierre, et dont la partie postérieure était dorée, et, avec des traits aigus, envoya ses chevaux à la mort.

474, 475. Il fit aussi tomber l’étendard et le cocher par trois flèches pour chacun. Avec les trois flèches, que la main de son ennemi lui avait enfoncées dans le front, (Nakoula) brillait comme une montagne qui a trois sommets, ô roi. Privé de son char, son arc étant brisé, ayant pris son épée.

476. Le héros descendit de son char, comme un lion (descend) d’une montagne. Au moment où il tombait sur ses deux pieds, (Citrasena) répandait sur lui une pluie de flèches,

477. Que Nakoula, à la démarche rapide, recevait sur son bouclier. Le brillant guerrier, inaccessible à la fatigue, ayant atteint le char de Citrasena,

478, 479. Ce héros aux grands bras, (en présence) de toute l’armée qui le regardait, monta sur ce char. Le fils de Pândou, enleva de sur le corps de Citrasena, la tête (ornée) d’un beau nez, de grands yeux, de boucles d’oreilles, d’un diadème. Ce (Kourouide) dont l’éclat était semblable à celui du soleil, tomba sur le siège de devant du char.

480. Les grands guerriers, en voyant Citrasena tué poussèrent de nombreux rugissements et des cris d’approbation, en disant : Bien, bien !

481. Les deux grands héros Soushena et Satyasena, fils de Karna, voyant leur frère tué, lancèrent des flèches de plusieurs sortes.

482. Ces deux excellents maîtres de chars se hâtèrent alors de courir contre le fils de Pândou, désireux de le tuer, comme, dans la grande forêt, deux tigres (courent) sur un éléphant, ô roi.

483. Ils accablaient ce grand guerrier de (traits) aigus, en lançant des flots de flèches, comme deux nuages orageux (versent) de l’eau.

484. Blessé de tous côtés par les traits, l’héroïque fils de Pândou, en quelque sorte joyeux, ayant pris un autre arc, monta sur un (autre) char.

485-487. Le héros se tenait dans le combat, pareil à Antaka irrité. Ô roi, les deux frères entreprirent de mettre le char en pièces, avec des flèches barbelées, ô maître des hommes. Alors Nakoula se mit à rire, et avec quatre flèches aiguës, tua les quatre chevaux de Satyasena, puis, ayant placé sur son arc une flèche nârâca aiguisée sur une pierre,

488. Ô Indra des rois, le fils de Pândou coupa l’arc de Satyasena ; mais, étant monté sur un autre char et ayant pris un autre arc,

489. Satyasena courut avec Soushena contre le fils de Pândou. Le majestueux fils de Mâdrî, sans se troubler, atteignit ces deux (guerriers)

490, 491. De deux flèches (chacun), à la tête de l’armée, ô grand roi. Mais alors le grand guerrier Soushena irrité brisa avec une flèche kshourapra (à tête de rasoir), le grand arc du fils de Pândou. Nakoula, rempli de colère, ayant pris un autre arc,

492, 493. Atteignit Soushena de cinq (flèches), coupa son étendard d’une seule, et, ô vénérable, brisa rapidement la garde de main de l’arc de Satyasena. Alors les hommes (qui virent cela) poussèrent des cris. Mais (Satyasena) ayant pris un autre arc destructeur des ennemis, source de prospérité pour les Bharatides,

494. Couvrit de tous côtés de flèches le fils de Pândou. Cependant Nakoula tueur des héros ennemis, ayant rendu ces traits vains,

495. Atteignit Satyasena et Soushena, chacun de deux flèches. Ces deux guerriers en lançaient chacun de leur côté contre lui.

496, 497. Ô Indra des rois, ils frappèrent de traits aigus le cocher de Nakoula.

L’adroit et majestueux Satyasena coupa, pour sa part, avec deux flèches aiguës, le timon du char et l'arc de Nakoula. Ce grand guerrier, se tenant sur son char, saisit la hampe de l’étendard,

498. Consistant en un bâton doré, à extrémité aiguë enduite d’huile, absolument sans tache, semblable à une jeune serpente ayant beaucoup de venin et dardant sa langue,

499. Et l’ayant levée, il la lança dans le combat contre Satyasena, ô roi. Cette hampe lui brisa le cœur en cent morceaux.

500. Presque insensible, sa vie s’en allant, il tomba de son char, à terre. Soushena, plein de colère à la vue de son frère tué,

501. Faisait tomber sur le fils de Pândou, (qu’il allait réduire à l’état de) fantassin, une rapide pluie de traits. Ayant percé de quatre flèches les quatre chevaux et coupé l’étendard de cinq,

502. Ayant tué le cocher avec trois, le fils de Karna poussa un cri. A la vue de Nakoula privé de son char, le grand guerrier fils de Draupadî,

503. Soutasoma, accourut pour protéger son père dans la bataille. Alors, Nakoula, étant monté sur le char de Soutasoma,

504. L’excellent Bharatide brilla comme un lion qui se tient sur une montagne, et, ayant pris un autre arc, résista à Soushena.

505. Ces deux excellents guerriers s’étant réciproquement attaqués, s’efforcèrent de se tuer l’un l’autre.

506. Soushena irrité atteignit le fils de Pândou de trois flèches, et Soutasoma de vingt, dans les bras et dans la poitrine.

507. Alors, ô grand roi, Nakoula, tueur des héros ennemis, l’enveloppa rapidement de flèches, qui lui dérobèrent la vue de l’horizon.

508. Puis ayant pris une flèche en demi lune, très éclatante, à pointe tranchante, il la lança rapidement contre le fils de Karna.

509. Ô le plus grand des rois, avec cette flèche, il lui sépara la tête du corps. Cela fut considéré comme un prodige par toutes les armées qui virent (cet exploit).

510. Ce (héros), tué par Nakoula, tomba en avant, comme un grand arbre né sur la rive, déraciné par la rapidité (du courant) de la rivière.

511. À la vue du meurtre du fils de Karna et de l’acte héroïque de Nakoula, ton armée s’enfuit de peur, ô le plus grand des Bharatides.

512. Mais, ô grand roi, le majestuex roi de Madra, le héros dompteur des ennemis, le maître de l’armée, la protégea dans (cette) bataille.

513. Il ne s’effraya pas, ô grand roi, et ayant disposé ses troupes et poussé un fort rugissement, il fit avec son arc un bruit terrible.

514. Les tiens, ô roi, protégés dans le combat par ce porteur d’un arc solide, oubliant leurs craintes, s’avancèrent de toutes parts à la rencontre des ennemis.

515. Entourant le roi de Madra, (ils étaient) tous fermes, magnanimes, désireux de combattre.

516. Le Satyakide, Bhîmasena, et les deux Pândouides fils de Mâdrî, ayant mis à leur tête Youdhishthira, dompteur des ennemis,

517. L’entourèrent dans la bataille en poussant des rugissements et des cris de carnage, et produisant avec leurs flèches des bruits divers et répétés.

518. De même, tous les tiens, exaspérés, ayant entouré le roi de Madra, voulaient, tout d’un coup, retourner au combat.

519, 520. Alors, ô roi, entre les tiens et les ennemis, (les uns et les autres) ayant mis de côté la crainte et la pensée que la mort (pût les atteindre), eut lieu un combat qui enrichit le royaume d’Yama et qui fut semblable à celui qui se produisit jadis entre les dieux et les Asouras.

521. Puis, ô roi, le fils de Pândou, qui a pour étendard un singe (Arjouna), ayant tué les conjurés, courut sur cette armée Kourouide.

522. Et, de même, tous les Pândouides, conduits par Dhrishtadyoumna attaquèrent cette armée, en lançant des traits aigus.

523. Les troupes, dispersées par les fils de Pândou, avaient l’esprit égaré et ne discernaient plus les points cardinaux ni les espaces intermédiaires.

524. Couverte de flèches aiguës lancées par les Pândouides, ayant ses meilleurs héros tués, détruite, dispersée de toutes parts,

525, 526. L’armée Kourouide était anéantie par les grands guerriers fils de Pândou, et de même, ô roi, des centaines et des milliers (de soldats) de l’armée Pândouide étaient tués de toutes parts par les flèches de tes fils. Ces deux armées, très effrayées, tuées l’une par l’autre,

527. Etaient troublées comme deux rivières après la pluie. Alors une grande et violente terreur s’empara des tiens

528. Et des Pândouides, ô Indra des rois, le combat étant devenu tel (que je viens de le raconter).


CHAPITRE XI


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Prouesses de Çalya. Il lutte contre les Pândouides et contre Youdhishthira qui est secouru par ses frères. Kripa et d’autres Kourouides viennent au secours de Çalya. Douryodhana combat Arjouna et Krishna. Combat de Bhîma et de Bhoja. Bhîma, attaqué par Çalya, tue le cocher de celui-ci.


529. Sañjaya dit : Alors que ces armées en désordre se tuaient réciproquement, les guerriers et les éléphants criant et courant,

530. Un grand combat (ayant lieu) entre les fantassins qui bourdonnaient et poussaient des cris, les chevaux courant dans toutes les directions de diverses manières, ô grand roi,

531. La totalité des êtres vivants subissant une destruction complète, les diverses armes se rencontrant, les éléphants et les chars étant entremêlés ;

532. Les guerriers, désireux de se tuer les uns les autres, s’abandonnaient à (une fureur) qui faisait la joie de ceux que le combat enivre, et la terreur des gens timides.

533. Dans (ce) combat épouvantable accroissant l’empire d’Yama, (combat pareil) à une partie de dés terrible et mortelle,

534. Les Pândouides dispersaient ton armée avec des flèches aiguës, et, de leur côté, tes guerriers tuaient les soldats des fils de Pândou.

535. Ce combat effrayant pour les hommes timides ayant lieu ainsi, le matin, au lever du soleil,

536. Ô roi, les ennemis qui devaient obtenir la victoire, protégés par (leur) magnanime (roi), combattaient ton armée sans songer à la mort.

537. Les grands guerriers Pândouides qui allaient remporter la victoire, (rendaient par leur vaillance) l’armée Kourouide sans espérance, comme une daine affolée par le feu.

538. En voyant cette armée affaiblie, abattue, semblable à une vache (plongée) dans la boue (de la forêt qu’elle habite), Çalya, le roi de Madra, désireux de la tirer d’embarras, alla à la rencontre de l’armée des Pândouides.

539. Le roi de Madra, irrité, ayant saisi (son) excellent arc, courut dans la bataille contre les Pândouides qui l’attaquaient.

540. Ô grand roi, ceux-ci, jaloux de la victoire, assaillirent aussi le roi de Madra, en l’attaquant avec des flèches aiguës.

541. Alors le grand guerrier roi de Madra tourmenta, avec des centaines de traits affilés, l’armée de Dharmarâja qui le voyait (faire).

542. Ô roi, des présages manifestement mauvais se produisirent à plusieurs reprises. La terre gronda et trembla avec les montagnes ;

543. Des météores figurant des piques à la pointe enflammée, avec leurs manches, éclatant de toutes parts, tombèrent du ciel sur la terre, après avoir choqué le soleil.

544. Ô maître des hommes, des gazelles, des buffles, des oiseaux, passèrent à plusieurs reprises, de la gauche à la droite de l'armée, ô roi.

545. Les planètes Mars et Vénus, accompagnées de la planète Mercure (se firent voir) derrière les fils de Pândou, en avant des maîtres de la terre entière.

546. Il y avait sur les extrémités des épées des flammes qui éblouissaient les yeux. Des corneilles et des hiboux se posèrent sur les étendards.

547. Alors les guerriers marchant en troupes se livrèrent un combat terrible, ô maître suprême des hommes. Toutes les armées s’étaient rencontrées.

548. Les Kourouides, ô roi, s’approchèrent de l’armée des Pândouides. Le courageux Çalya lançant une pluie de flèches, comme (Indra) aux mille yeux (verse des pluies d’eau),

549. Arrosait, sans se laisser abattre, de traits aiguisés sur une pierre, à l’extrémité postérieure dorée, Youdhishthira, fils de Kountî et Bhîmasena,

550. Ainsi que les fils de Draupadî, les deux Pândouides fils de Madrî, Dhrishtadyoumna, le Çinien et Çikhandin.

551. Ce (héros) à la grande force les atteignit, l’un après l’autre, de dix flèches. Il versa une pluie de traits, comme, à la fin de la saison chaude, (Indra) Maghavat (verse des pluies d’eau).

552. Alors, ô roi, les Prabhadrakas et les Somakas abattus et renversés furent détruits par milliers par les flèches de Çalya.

553. Les traits de Çalya tombaient comme des essaims d’abeilles, comme des nuées de sauterelles, comme les éclairs (partis) des nuages.

554. Les éléphants, les chevaux, les fantassins, les maîtres de chars, atteints par les flèches de Çalya, couraient çà et là, tombaient et poussaient de grands cris.

555, 556. Irrité, l’héroïque et très fort roi de Madra faisait, en criant, un bruit semblable à (celui) d’un nuage orageux ; pareil à Antaka dont le temps met en activité (la fureur homicide), il couvrait les ennemis de traits dans la bataille. Cette armée des Pândouides, était tuée par Çalya.

557. Il courait vers le fils de Kountî, Youdhishthira Ajâtaçatrou (qui n’a pas d’ennemis nés). Puis le (guerrier Çalya) aux mains agiles, ayant tourmenté cette (armée) avec ses flèches aiguës,

558, 559. Écrasait Youdhishthira d’une grande pluie de traits. Furieux, le roi Youdhishthira arrêtait avec ses flèches aiguës, ce (guerrier) qui arrivait sur lui, avec ses fantassins et les chevaux, comme un éléphant en rut (est arrêté) par des aiguillons à éléphants. Çalya lui décocha une flèche terrible, semblable à un serpent,

560. Qui, ayant rapidement percé le magnanime, tomba sur le sol. Mais Vrikodara (Bhîmasena, ventre de loup), irrité, atteignit Çalya de sept (flèches).

561, 562. Sahadeva l’atteignit de cinq traits, et Nakoula de dix. Comme les nuages versent de la pluie sur une montagne, les fils de Draupadî versèrent une pluie de flèches sur le héros (Çalya) Artâyani, très rapide (à la course), tueur des ennemis. En voyant Çalya frappé de toutes parts par les fils de Prithâ,

563. Kritavarman et Kripa, pleins de colère, accoururent, ainsi que Ouloûka au grand héroïsme et Çakouni le Soubalide,

564. Qui s’étaient réunis successivement au très fort Açvatthâman et à tes fils pour protéger entièrement Çalya dans la bataille.

565. Kritavarman, ayant atteint Bhîmasena de trois flèches, arrêta par une grande pluie de traits ce (guerrier) à l’aspect irrité.

566. Puis, plein de courroux, écrasa Dhrishtadyoumna d’une multitude de flèches. Çakouni alla contre les fils de Draupadî, et le fils de Drona contre les deux jumeaux.

567. Douryodhana, le meilleur des guerriers, doué d’une énergie terrible, rencontra dans le combat Keçava et Arjouna, et les frappa de ses flèches.

568. maître des hommes, des centaines de brillants et terribles engagements se produisirent ainsi entre les tiens et les ennemis

569. Bhoja tua, dans le combat, les chevaux couleur d’ours de Bhîmasena. Le fils de Pândou, ayant ses chevaux tués, descendu du siège de devant de son char,

570. La massue à la main, combattit, semblable à la mort qui a levé son bâton. Le roi de Madra tua les chevaux des Sahadeva, sous ses yeux.

571-573. Sahadeva frappa de son épée le fils de Çalya. Le Gotamide, l’instituteur, s’efforçait de combattre de son côté, sans se troubler, Dhrishtadyoumna, qui ne se troublait pas (non plus), et qui faisait les plus grands efforts. Le fils du précepteur, médiocrement irrité, souriant en quelque sorte, atteignit un à un de dix flèches les fils de Draupadî et tua de nouveau dans le combat les chevaux de Bhîmasena 8

574. Ce très fort fils de Pândou, plein de colère, ayant ses chevaux tués, descendit rapidement de son char, et, ayant levé sa massue, pareil à la mort qui a levé son bâton

575. Écrasa les chevaux et le char de Kritavarman, en suite de quoi celui-ci se retira après avoir sauté à bas de son char.

576. De son côté, Çalya irrité, ô roi, tuait les Somakas et les Pândouides et couvrait Youdhishthira de flèches affilées.

577. Plein de colère, serrant les lèvre, l’héroïque Bhîma visant à le détruire, saisit sa massue

578. Pareille au bâton d’Yama, très mortelle pour les éléphants, les chevaux et les hommes, capable, pour ainsi dire, d’amener la nuit de la fin du monde,

579. Faite de fer, damasquinée, couverte de bandes d’or, semblable à un tison embrasé, aussi terrible qu’un serpent, ou que la foudre,

580. Enduite de pâte de Santal et d’alëos, comme une belle femme dont on désire obtenir (les faveurs), couverte de moëlle et de graisse comme la langue de Vivasvant, (le feu du sacrifice)

581. Rendant le son de centaines de clochettes bruyantes, semblable à un serpent qui vient de changer de peau, comme enduite de la liqueur des bosses frontales de l’éléphant en rut.

582. Effrayante pour les armées ennemies, faisant la joie (des soldats) de la propre armée (de son maître), célèbre dans le monde des hommes, (capable de) briser les sommets des montagnes.

583. Comme, dans le séjour (divin) de Kailâsa le fort fils de Kountî vainquit Kouvera furieux, ami de (Çiva) le grand souverain.

584-586. Comme, dans Gandhamâdana, le guerrier à la grande force, désirant être agréable à Draupadî, tua dans sa colère, pour (obtenir les fleurs de l’arbre) Mandara, beaucoup d’arrogants Gouhyakas, alors même que de nombreux (adversaires essayaient de) l’arrêter ; le guerrier aux puissant bras, ayant levé cette massue huit fois, enrichie de diamants, de joyaux, de perles, ayant l’éclat de la foudre, courait, avec cette (arme) au bruit terrible, contre Çalya habile aux combats.

587, 588. Il broya les quatre chevaux, rapides comme la pensée, de Çalya. Celui-ci enfonça alors un javelot dans sa large poitrine, en poussant un (grand cri). Cette (arme) pénétra en perçant la cuirasse. Mais Vrikodara, sans se troubler, venant d’arracher ce javelot,

589. Perça le cœur du cocher du roi de Madra ; celui-ci, ayant les parties vitales atteintes, et l’esprit épouvanté, vomissant le sang,

590. Tomba avec douleur, la face en avant. Çalya le roi de Madra, étonné à la vue de la manière dont (Bhîmasena) résistait à ses attaques, mit pied à terre,

591, 592. Ayant recours à sa massue, il regarda son ennemi. Alors les très courageux fils de Prithâ, en voyant cette action terrible (de leur frère) à l’énergie inépuisable, honorèrent Bhîmasena (en lui offrant leurs félicitations).




CHAPITRE XII


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Suite du combat entre Çalya et Bhîma. Intrépidité des deux héros ; ils tombent étourdis. Kripa enlève Çalya. Bhîma se retire et menace Çalya. Mort de Cekitâna. La poussière obscurcit le jour, et est abattue par l’abondance du sang répandu. Retour de Çalya avec d’autres guerriers. Il attaque Dharmarâja. Le Dronide attaque Arjouna avec les chars. Çalya couvre Youdhishthira de traits.


593. Sañjaya dit : ô roi, Çalya ayant vu son cocher tombé, prit sa massue toute de fer, et se tint immobile comme une montagne.

594, 595. Bhîma ayant saisi sa grande massue attaqua rapidement ce (héros qui était) semblable au feu brûlant de la fin du monde, à Antaka sa corde à la main, à Kailâsa avec les sommets de ses collines, à Indra armé de la foudre, à un lion (blessé par) une flèche, à un éléphant affolé dans le bois.

596. On entendit alors par milliers, les sons des instruments de musique et des conques, des rugissements semblables à ceux du lion, (bruits qui accroissent la joie des héros.

597. Certes, de toutes parts les soldats et aussi les ennemis, considéraient ces (deux hommes, semblables à deux) éléphants de combat, et les honoraient en disant : Bien ! bien.

598. Car nul autre que le roi de Madra, ou Râma descendant d’Yadou, n’était capable de supporter le choc de Bhîma dans la bataille,

599. Et de même, il n’y avait pas un guerrier autre que Vrikodara, capable de tenir tête dans le combat, la massue à la main, au maître suprême de Madra.

600. Ces deux (guerriers), le roi de Madra et Vrikodara, la massue à la main, semblables à deux taureaux mugissants, allaient de côté et d’autre, sautant, et (décrivant) des cercles.

601. Les deux massues décrivaient des cercles en tourbillonnant. Le combat de ces deux hommes (semblables à des lions n’indiquait aucun avantage (ni d’un côté ni de l’autre).

602. La massue de Çalya accroissait la terreur (des spectateurs). Elle était recourbée, couverte de plaques d’or fin, presque aussi brillantes que le feu.

603. De même, celle du magnanime Bhîmasena, qui tournoyait en rond, lançait des éclairs comme le nuage qui porte la foudre.

604. La massue de Bhîma, frappée par celle du roi de Madra, répandit dans le ciel des rayons de feu, comme si elle eût été embrasée, ô roi.

605. De même, la massue de Çalya heurtée par celle de Bhîma répandit comme une pluie de charbons (ardents). C’était pour ainsi dire un prodige.

606. Ils se frappèrent alors l’un l’autre avec l’extrémité de leurs massues, comme avec des aiguillons, semblables à deux grands éléphants (se frappant) de leurs défenses, à deux grands taureaux (s’attaquant) avec leurs cornes.

607. Ces deux (héros), instantanément couverts du sang (répandu) par leurs membres frappés par les massues, semblables à deux kimcoukas fleuris, étaient admirables à voir.

608. Frappé à gauche et à droite par la massue du roi de Madra, Bhîmasena aux puissants bras n’en fut pas troublé, et resta (inébranlable) comme une montagne.

609. De même, Çalya, atteint à plusieurs reprises par les coups de la massue de Bhîma, ne chancela pas plus qu’une grande montagne (heurtée) par un éléphant.

610. Le son clair de la chute des massues de ces deux lions humains s’entendait dans toutes les directions, semblable au bruit de deux tonnerres.

611. Ces deux (guerriers) héroïques, les massues levées, décrivaient des cercles, en se tenant écartés l’un de l’autre.

612. Puis, s’étant rapprochés de huit pas, ces deux (hommes) aux œuvres surhumaines, se touchaient par leurs deux massues (qu’ils avaient) levées.

613. Alors, ces deux habiles (combattants) se défiant réciproquement, décrivirent des cercles, et firent voir à ce moment, ce que leur manière de combattre avait de particulier .

614. Et ayant levé leurs deux massues terribles, semblables à deux montagnes avec leurs sommets, ils se frappèrent l’un l'autre, comme deux collines (se heurtent), dans un tremblement de terre.

615. Ces deux héros, que la colère avait portés à se blesser grièvement avec leurs massues, tombèrent simultanément comme deux étendards royaux.

616. Alors, dans les deux armées, les héros poussèrent des cris de ha ! ha ! Les deux combattants, frappés dans de nombreuses parties vitales, étaient fortement troublés,

617. Le fort Kripa, ayant fait monter sur son char le taureau des habitants de Madra, fit rapidement sortir Çalya du champ de bataille.

618. Comme ivre par suite de l’agitation de son esprit, Bhîmasena se releva en un clin d’œil, et défia le roi de Madra.

619. Mais alors les héros armés d’armes diverses, combattaient l’armée des Pândouides, (au son) des instruments de musique.

620. Ô grand roi, conduit par Douryodhana, ils accouraient avec un grand bruit, les mains et les épées levées.

621. Alors les fils de Pàndou, en apercevant cette armée, allèrent, en poussant des rugissements, à la rencontre de ceux qui avaient Douryodhana pour conducteur.

622. le meilleur des Bharatides, comme ils arrivaient rapidement, ton fils atteignit Cekitâna d’un javelot dans le cœur.

623. Celui-ci, frappé par ton fils, tomba sur le siège de devant du char, trempé de sang et ayant pénétré dans la grande obscurité (de la mort).

624. Les grands guerriers des Pândouides, à la vue de Cekitâna tué, répandirent incessamment des pluies de flèches.

625. Les Pândouides, désireux de vaincre, admirables à voir, erraient de toutes parts dans tes armées, ô grand roi.

626. Kripa, Kritavarman et le Soubalide à la grande force, ayant mis à leur tête le roi de Madra, combattaient Dharmarâja,

627. Ô grand roi, Douryodhana combattait Dhrishtadyoumna, auteur de nombreux actes héroïques, meurtrier du Bharadvajide (Drona).

628. Trois milliers de chars, expédiés par ton fils, ayant le fils de Drona à leur tête, combattaient Vijaya (Arjouna) ;

629. Résolus à vaincre et ayant fait le sacrifice de leurs vies, les tiens entraient dans la bataille, comme des flamants dans un grand étang,

630. Alors, entre ces (hommes) décidés à se tuer les uns les autres, il y eut un combat terrible, augmentant la joie (réciproque des combattants) et où plusieurs d’entre eux perdirent la vie, tant d’un côté que de l’autre.

631. Pendant qu’était engagé ce combat où les meilleurs des héros étaient détruits, ô roi, il s’éleva de la terre une poussière terrible, soulevée par le vent.

632. Nous reconnûmes, en entendant proclamer les noms des Pândouides, que (les deux partis) combattaient à la manière des gens sans crainte.

633. tigre des hommes, cette poussière fut abattue par le sang, et, l’obscurité ayant disparue, l’horizon redevint sans tache,

634. Et dans ce combat terrible, formidable, épouvantable, personne parmi les tiens ni parmi les ennemis, ne tourna le dos.

635. Les hommes se montrèrent courageux, désireux d’obtenir la victoire, d’acquérir (la possession) des mondes de Brahma et d’aller au Svarga, en se battant bien.

636. Décidés à faire les affaires de leurs maîtres qui leur donnaient la nourriture, les guerriers combattaient, en ayant l’esprit dirigé vers le Svarga.

637. Les grands guerriers, brandissant des armes diverses, s’attaquaient et se défiaient réciproquement.

638. « Tirez, percez, prenez, attaquez, coupez, » tels étaient les cris qu’on entendait dans ton armée et dans celle des ennemis.

639. Alors, ô grand roi, Çalya désireux de tuer ce grand guerrier, attaquait Dharmaraja avec des flèches aiguës.

640. Le fils de Prithâ, connaissant les parties faibles (de son ennemi) enfonça quatorze nàràcas dans ses organes vitaux, ô grand roi.

641. Le très glorieux (Çalya) irrité, ayant couvert de traits le fils de Pândou qu’il voulait tuer, le perça de nombreuses flèches empennées.

642. Et, ô grand roi, (devant) toute l’armée qui le voyait, il atteignit encore Youdhishthira avec une flèche barbelée.

643. Le très glorieux Dharmaraja, plein de colère, atteignit aussi le roi de Madra avec des flèches aiguës, garnies de plumes de paon et de héron.

644. Le grand guerrier frappa Candrasena de soixante dix flèches, le cocher de neuf, et Droumasena de soixante-quatre.

645. Le gardien des roues étant tué par le magnanime fils de Pândou, Çalya tua ensuite vingt-cinq Cedins, ô roi.

646. Il atteignit dans la bataille le Satyakide, de vingt-cinq flèches aiguës, Bhîmasena de sept, et les deux Pândouides, fils de Mâdrî, de cent.

647. Ô le plus grand des rois, le fils de Prithâ envoyait à (Çalya), qui rôdait dans la bataille, des traits affilés, semblables à des serpents.

648. Au moyen d’une (flèche) bhalla, Youdhishthira, fils de Kountî, enleva du char de ce (héros) qui se tenait en face de lui dans le combat, l’extrémité de son étendard.

649. Certes, son étendard fut coupé dans la grande bataille par le fils de Pândou. Nous le vîmes, frappé, s’écroûlant comme le sommet d’une montagne,

650. À la vue de sa bannière abattue et du fils de Pândou immobile, le roi de Madra s’irrita et lança une pluie de flèches.

651. Semblable à un nuage orageux, Çalya à l’âme incommensurable, le meilleur des Kshatriyas, versa une pluie de traits, dont il arrosa les Kshatriyas.

652. Ayant atteint de cinq flèches chacun, le Satyakide Bhîmasena et les deux Pândouides, fils de Mâdrî, il pressa Youdhishthira,

653. Je voyais alors, étendu sur la poitrine du fils de Pândou une série de flèches semblable à une multitude de nuages, ô grand roi.

654. Le grand guerrier Çalya irrité, lui couvrit de traits aux nœuds recourbés, les points cardinaux et les espaces intermédiaires.

655. Alors le roi Youdhishthira, écrasé par la multitude des flèches, eut sa valeur annihilée, comme Jambha (terrassé) par Indra.




CHAPITRE XIII


COMBAT DE ÇALYA


Argument : Combat de Çalya. Espérances de Douryodhona. Suite du combat de Çalya. La multitude de ses flèches couvre et obscurcit l’horizon.


656. Sañjaya dit : vénérable, Dharmarâja étant pressé par le roi de Madra, le Satyakide, Bhîmasena et les deux Pândouides fils de Mâdrî

657. Entourèrent Çalya avec leurs chars et l’attaquèrent. En le voyant seul, attaqué par de nombreux grands guerriers,

658. Le cri de : « très bien », fut poussé. Les Siddhas (sages) étaient très joyeux, et les mounis assemblés disaient : « c’est merveilleux. »

659. Bhîmasena ayant, dans le combat, percé d’un trait Çalya, dans son héroïsme transformé en çalyas (pointes de flèches), l’atteignit encore de sept.

660. Le Satyakide, voulant garantir Dharmarâja, couvrit le roi de Madra de cent (traits) et poussa un rugissement.

661. Nakoula, l’ayant percé de cinq et Sahadeva de sept, (celui-ci) l’atteignit encore de cinq.

662. Mais ce héros vigilant, écrasé dans ce combat par ces grands guerriers, tira son terrible et puissant arc qui lançait rapidement la mort.

663. Ô vénérable, Cayla atteignit le Satyakide de vingt-cinq (flèches), Bhîmasena de soixante-treize et Nakoula de sept.

664. Puis, ayant coupé avec une bhalla l’arc et le trait de l'archer Sahadeva, il l’atteignit (lui-même) soixante-treize fois dans la bataille.

665. Sahadeva prit un autre arc, y mit une corde et, à plusieurs reprises, frappa son oncle maternel, à la grande splendeur, de cinq

666, 667. Flèches semblables à des serpents, pareilles à un feu brûlant, et, très irrité, il perça son cocher d’un trait aux nœuds recourbés et l’atteignit (lui-même) de nouveau de trois autres. Bhîmasena (le perça) de soixante-dix, et le Salyakide de neuf flèches.

668. Et Dharmapoutra (Youdhishthira) en ficha soixante dans le corps de Çalya qui, blessé par ces grands guerriers, ô grand roi,

669-671. Laissa couler du sang de ses membres comme une montagne (produit) de la craie rouge. Mais, ô roi, il atteignit rapidement ces grands archers de cinq flèches chacun. C’était comme un prodige. Alors, ô vénérable, ce grand guerrier coupa, avec une bhalla de qualité supérieure, l’arc de Dharmapoutra avec sa corde. Mais le grand guerrier Dharmapoutra ayant pris un autre arc,

672. Couvrit de traits Çalya, ses chevaux, son cocher et son char. Celui-ci, enveloppé des flèches que Dharmapoutra (lui lançait) en combattant,

973. Atteignit ensuite Youdhishthira de dix traits aigus. Cependant Dharmapoutra étant tourmenté par ces flèches, le Satyakide, en colère.

674. Couvrit d’une multitude de traits le héros, roi des habitants de Madra, qui, avec une flèche kshourapra (à tête en rasoir) coupa le grand arc du Satyakide

675, 676. Et frappa chacun de trois flèches, ceux qui avaient à leur tête Bhîmasena. Irrité, le Satyakide lui envoya un très précieux javelot au manche doré, et Bhîsmasena une nârâca pareille à un serpent brûlant.

677. Nakoula lui envoya une lance, Sahadeva une massue brillante, et Dharmarâja, qui voulait tuer Çalya, (lui lança) une çataghnî.

678. Le roi de Madra arrêta cette multitude d’armes, lancées par ces cinq (héros), au moment même où elles tombaient (sur lui) .

679. Il coupa avec des bhallas le javelot envoyé par le Satyakide et la flèche garnie d’or lancée par Bhîmasena.

680. Adroit et majestueux, il coupa la terrible lance au manche doré, poussée par Nakoula,

681. Et arrêta par une multitude de traits la massue envoyée par Sahadeva ; puis, ô Bharatide, il coupa avec deux flèches la çataghnî du roi (Youdhishthira),

682. Et poussa un rugissement à la face des fils de Pândou. Le Çinien ne supporta pas (avec patience) que l’ennemi (remportât) la victoire dans le combat.

683. Le Satyakide rempli de colère, ayant pris un arc, atteignit le maître de Madra de deux flèches et son cocher de trois

684. Alors Çalya irrité, ô grand roi, les atteignit tous très grièvement de dix flèches, comme de grands éléphants (qu’on frappe) avec des aiguillons.

685. Ces grands guerriers, destructeurs de leurs ennemis, arrêtés dans la lutte par le roi de Madra, ne purent tenir en face de lui.

686. Alors le roi Douryodhana, à la vue de l’héroïsme de Çalya, considéra comme (déjà) tués les Pândouides, les Pâñcâlas et les Sriñyayas.

687. A ce moment, ô roi, le majestueux Bhîmasena aux grands bras, faisant le sacrifice de sa vie, combattait le roi de Madra.

688. Nakoula, Sahadeva et le Satyakide à la grande force, ayant entouré Çalya, le couvraient de flèches de tous côtés.

689. Le roi majestueux de Madra, entouré par ces quatre grands guerriers, (qui étaient) de grands archers les combattit.

690. roi, Dharmasouta (Youdhishthira), fils de Prithâ, tua rapidement, avec une flèche kshourapra, le gardien des roues (du char) du roi de Madra.

691. Ce grand guerrier, le héros gardien des roues étant tué, le très fort roi de Madra couvrait les soldats de flèches.

692. Mais alors, ô roi, Youdhishthira Dharmarâja voyant ses guerriers couverts (de traits) dans la bataille, réfléchissait (ainsi) :

693. « Comment donc cette grande parole du Madhavide (Vishnou-Krishna) serait-elle vraie ? Certes, il ne pourrait dans sa colère détruire mon armée dans le combat, ô roi. »

694. Alors, ô frère aine de Pândou, les Pândouides, pressant de tous côtés le souverain de Madra, l’attaquèrent avec leurs chars, leurs éléphants et leurs chevaux.

695. De même que le vent disperse les grands nuages, le roi dispersait la pluie de traits versée (contre son armée, et) où abondaient les armes de diverses sortes.

696. Alors nous vîmes dans le ciel, semblable à une nuée de sauterelles, lancées par Çayla, une multitude de flèches dont la pointe et la partie postérieure étaient dorées.

697. Ces flèches, lancées par le roi de Madra en tête de la bataille, semblaient voler ensemble comme des bandes d’oiseaux.

698. Ô maitre suprême des hommes, le ciel parut pour ainsi dire complètement rempli par les flèches ornées d’or décochées par le roi de Madra.

699, 700. On ne voyait plus aucun des Pândouides ni aucun des nôtres, la rapidité des flèches du fort roi de Madra produisant en cet endroit une grande obscurité . Et, à la vue de l'armée des fils de Pândou (semblable à) un océan troublé,

701. Les dieux, les gandharvas et les dânavas entrèrent dans un étonnement extrême. (Çalya), ô vénérable, ayant, de toutes parts, écrasé les (ennemis) de ses flèches,

702. En ayant à plusieurs reprises couvert Dharmarâja, criait comme un lion. Les grands guerriers des Pândouides, qu’il avait enveloppés (de traits) en combattant,

703, 704. Ne furent pas capables détenir tête au grand guerrier dans le combat. Les chars, ayant Bhîmasena comme front de bataille, et conduits par Dharmarâja, ne s’éloignaient pas dans le combat du héros Çalya brillant dans les batailles.




CHAPITRE XIV


COMBAT GENERAL


Argument : Combat d’Arjouna contre les Trigartes et le fils de Drona qui tue Souratha, venu au secours d’Arjouna.


705, 706. Sañjaya dit : Arjouna Dhanañjaya, blessé, dans le combat de plusieurs (armes) en fer, par le fils de Drona et les héros qui le suivaient, les grands guerriers Trigartes, atteignit le Dronide précisément de trois flèches çilimoukhas et chacun des autres grands archers de deux,

707. Et il continuait de les couvrir de pluies de flèches. Mais, ô excellent Bharatide, les tiens, hérissés de traits (comme des fagots) d’épines,

708. Conduits par le fils de Drona, avec la multitude des chars, s’étant approchés du Prithide, (quoique) frappés de flèches aiguës, ne lâchèrent pas Arjouna.

709. Les grands guerriers l’ayant enveloppé, le combattaient, ô roi ; les flèches ornées d’or décochées par eux

710, 711. Remplirent immédiatement le devant du char d’Arjouna. (Les Kourouides) enragés au combat, ayant vu les deux grands archers Krisnas, les héros de tous les porteurs d’arc, avoir leurs deux corps blessés par les flèches, (étaient) joyeux. Ô puissant, le timon, les roues, les liens qui unissent le joug au timon,

712. Et même l’attelage et le corps du char, devinrent un amas de traits, ô roi. Jamais, auparavant, on n’avait, ni vu, ni entendu rien de pareil

713. À ce que les tiens firent en cette circonstance contre le fils de Prithâ qui, avec son char, resplendissait de toutes parts (de l’éclat) des flèches aiguës à l’extrémité postérieure dorée,

714. Comme un char céleste (placé) sur la surface de la terre, (et) brillant de centaines de météores. Alors, ô grand roi, Arjouna, avec des flèches aux nœuds recourbés,

715. Arrosait cette armée, comme un nuage (arrose) une montagne avec de la pluie. (Les soldats de) cette (armée), frappés de flèches marquées au nom du fils de Prithâ,

716. Pensaient, dans la situation (où ils se trouvaient, qu’un nuage orageux) était devenu le fils de Prithâ, que la flamme (de la foudre) de sa colère était (figurée par) ses flèches, et le vent par le bruit de son arc.

717-721. Le feu (représenté par) le fils de Prithâ consuma rapidement le combustible figuré par ton armée. Bharatide, sur le chemin du char du Prithide, on vit rapidement tomber sur le sol de la terre, des files d’attelages, des carquois, des bannières, des étendards avec leurs chars, des timons, des corps de chars, des trivenous (chars à trois drapeaux), des portions de chars, ô Bharatide, des essieux, des liens de joug, des aiguillons, de tous côtés ; des têtes portant des turbans et des boucles d’oreilles, des mains, des épaules, ô homme heureux, tombaient de toutes parts, (ainsi que) des parasols, des éventails, des diadèmes. Alors, ô maître des hommes, sur la route du char du fils de Prithâ irrité.

722. La terre devint inabordable, couverte d’une boue de chair et de sang, ô excellent Bharatide, semblable au jardin de Roudra,

723. Remplissant de crainte les gens timides et accroissant la joie des héros. Or, le fils de Prithâ, tourmenteur de ses ennemis, ayant détruit dans le combat deux milliers

724. De chars avec leurs balustrades protectrices, resplendissait comme un feu sans fumée. De même que l’adorable Agni, quand il dévore le monde animé et le monde inanimé,

725. Paraît dépourvu de fumée, tel (et aussi brillant) était Dhanañjaya, fils de Prithâ. Mais le fils de Drona, ayant vu les hauts faits du fils de Pândou dans la bataille,

726. Lui tint tête avec un char bien orné de bannières. Ces deux tigres des hommes, (qui étaient) les meilleurs d’entre les archers,

727. Se rencontrèrent alors, animés du désir de se tuer l’un l’autre, Ô grand roi, ces deux (héros) versèrent une terrible pluie de flèches,

728. Pareille à la pluie répandue par deux nuages orageux à la fin de la saison chaude, ô excellent Bharatide. À l’envi l’un de l’autre, avec des flèches aux nœuds recourbés,

729. Ils se blessèrent réciproquement, comme deux taureaux avec leurs cornes. Mais, ô grand roi, le combat eut lieu pendant longtemps à peu près avec égal (succès) entre eux deux.

730-731. Le choc des armes y fut terrible. (Le fils de Drona) atteignit Arjouna de douze flèches très brillantes, à l'extrémité postérieure dorée, et le Vasoudevide de dix, ô excellent Bharatide. Alors Bîbhatsou déchargea l’arc Gândîva.

732. L’ambidextre, tourmenteur de ses ennemis, après avoir honoré un instant le fils du gourou, dans la bataille, priva son char de son cocher et de ses chevaux.

733. Et à chaque instant il le frappait, (mais) mollement (d’abord). Le fils de Drona, souriant, se tenant sur son char dont les chevaux étaient tués,

734-735. Lança au fils de Pândou un bâton ferré, pareil à une barre de fer destinée à fermer les portes. Immédiatement le héros, fils de Prithâ, destructeur de ses ennemis, coupa en sept morceaux ce (bâton) orné de plaques d’or, qui arrivait sur lui. Irrité au plus haut degré en voyant son bâton ferré mis en pièces, le fils de Drona, adroit dans les combats, prit une barre de fer terrible, semblable au sommet de (l’Himalaya), roi des montagnes, et la lança au fils de Prithâ.

737. Arjouna, fils de Pândou, ayant aperçu cette barre pareille à Antaka irrité, se hâta de la frapper de cinq de ses meilleures flèches.

738. Coupée en morceaux par les traits du fils de Prithâ, elle tomba sur le sol, consternant les esprits des Indras de la terre, ô Bharatide.

739. Alors, le Pândouide atteignit le fils de Drona de trois autres bhallas. Gravement blessé par le fort et magnanime fils de Prithâ,

740. 741. Soutenu par son héroïsme, le Dronide, ce grand guerrier Bharadvajide, ne s’abandonna pas (à sa mauvaise fortune et) couvrit Souratha d’une nuée de flèches, en présence de tous les Kshatriyas. Cependant ce grand guerrier des Pâñcâlas

742. Accourait vers le fils de Drona, sur un char qui faisait un bruit (semblable à celui) du tonnerre, en tirant son fort et excellent arc, très puissant contre tous,

743. Il le couvrait de traits semblables à des serpents de feu. En voyant arriver vers lui le grand guerrier Souratha irrité,

744. Le Dronide entra en fureur au milieu de la bataille, comme un serpent frappé d'un bâton. Ayant froncé ses sourcils en forme de trident et léchant les coins de sa bouche,

745. Ayant regardé Souratha et frotté de colère la corde de son arc, il lança une nârâca aiguë ayant l'apparence et l'éclat du bâton d'Yama.

746. Elle entra rapidement et brisa le cœur (de Souratha), comme le coup de foudre lancé par Indra, déchire la surface de la terre.

747. Frappé par la nârâca, il tomba sur le sol, comme le sommet d'une montagne se fendant (par suite d'un coup) de foudre.

748. Quand ce héros fut tué, le majestueux fils de Drona, le meilleur des maîtres de chars, se hâta de monter sur ce char même.

749. Puis, ô grand roi, le Dronide enragé au combat, pourvu (d'un nouveau char), entouré des conjurés dans la bataille, combattit Arjouna.

750. Quand le soleil fut au milieu du ciel, il y eut là un grand combat, enrichissant le royaume d'Yama, entre Arjouna et ses ennemis.

751. Alors, en contemplant leurs exploits, nous vîmes une chose prodigieuse. Arjouna, (à lui) seul, résistait simultanément (à tous ces) héros.

752. Il se livrait une lutte terrible entre lui seul et plusieurs (de ses) adversaires, comme celle qui (eut lieu) jadis entre Çatakratou (Indra) et la grande armée des daityas.






CHAPITRE XV


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Combat de Douryodhana et de Dhrishtadyourana. Prouesses de Çalya, qui est combattu par Nakoula, et ensuite par les autres fils de Pândou et le Satyakide. Combat g’énéral.


753. Sañjaya dit : Ô grand roi, Douryodhana et le Prishatide Dhrishtadyoumna se livrèrent un très grand combat, à grand renfort de flèches et de lances.

754. Ô grand roi, ces deux (héros) versèrent par milliers des pluies de traits, comme, dans la saison chaude, les nuages orageux (répandent) des gouttes d’eau de toutes parts.

755. Le roi, ayant percé le Prishatide de cinq traits rapides, atteignit encore de sept le meurtrier de Drona, armé de flèches terribles.

756. Mais Dhrishtadyoumna, fort dans les combats, fermement héroïque, écrasa Douryodhana de soixante-dix flèches.

757. Ô excellent Bharatide, ayant vu le roi dans l’embarras, ses frères entourèrent le Prishatide avec une grande armée.

758. Ô roi, ce héros vivement entouré de tous côtés par les grands guerriers, allait çà et là dans la bataille, faisant admirer la rapidité de ses projectiles.

759. Çikhandin combattit les deux archers Kritavarman et le Gotamide, joints aux Prabhadrakas .

760. Là aussi, ô maître des hommes, il s’engagea un très grand combat entre les (guerriers) qui faisaient le sacrifice de leur vie dans une lutte (semblable à) une partie de dés où l’enjeu serait l’existence.

761. Çalya, lançant de tous côtés dans l’espace des pluies de flèches, attaqua les Pândouides, le Satyakide et Vrikodara.

762. Grâce à la force de ses projectiles, il combattit, avec un même héroïsme, les deux jumeaux, dont la force dans les combats égalait celle d’Yama, ô Indra des rois.

763. Aucun des guerriers Pândouides pourchassés par les flèches de Çalya, ne trouvait de protecteur dans la bataille.

764. Mais alors, comme Dharmarâja était vivement pressé (par ses ennemis), le héros fils de Mâdrî, Nakoula, courut avec rapidité contre son oncle maternel.

765. Ce tueur des héros ennemis l’ayant couvert (de flèches), l’atteignit en dedans du mamelon du sein, de dix

766. Flèches de fer, polies par le forgeron, aiguisées sur une pierre, ayant l’extrémité postérieure dorée, lancées par son arc.

767. Cependant Çalya, atteint par ce magnanime fils de sa sœur, frappa Nakoula de traits aux nœuds recourbés,

768. Alors Youdhishthira, Bhîmasena, le Satyakide et Sahadeva, fils de Mâdrî, coururent contre le roi de Madra.

769, 770. Le maître de l’armée, vainqueur des ennemis, assaillit (tous) ceux-ci, au moment où ils fondaient sur lui, remplissant du bruit de leurs chars les points cardinaux et les espaces intermédiaires, et faisant trembler la terre. Ayant atteint Youdhishthira de trois (traits) et Bhîmasena de cinq,

771-772. Le Satyakide de cent, et Sahadeva de trois, le maître de Madra coupa avec une kshourapra, ô vénérable, l’arc, avec sa flèche, du magnanime Nakoula. Cet arc, arraché (de ses mains) par le trait de Çalya, fut brisé.

773. Mais le grand guerrier fils de Mâdrî, ayant pris un autre arc, remplit rapidement de flèches le char du roi de Madra.

774. Ô vénérable, Youdhishthira et Sahadeva atteignirent le maître de Madra, chacun de dix traits dans la poitrine.

775. Bhîmasena et le Satyakide, l’ayant attaqué, le frappèrent, (le premier) de soixante et, (le second) de dix flèches empennées de plumes de héron.

776. Alors le roi de Madra, irrité, perça le Satyakide de neuf traits et, en outre, de soixante-dix flèches aux nœuds recourbés.

777. Puis, ô vénérable, il lui coupa, à la poignée, l’arc avec la flèche (prête à partir) et donna, dans le combat, la mort à ses quatre chevaux.

778. Le grand guerrier roi de Madra, voyant le Satyakide hors (d’état de se servir de son) char, le frappa de toutes parts d’une centaine de flèches.

779. Le Kourouide atteignit de dix traits les deux fils de Mâdrî exaspérés, Bhîmasena, fils de Pândou, et Youdhishthira.

780. Nous vîmes là cet exploit merveilleux du roi de Madra, (dont le résultat fut) que les fils de Prithâ réunis (ne purent pas) l’approcher dans le combat.

781-784. Mais le fort Satyakide, à l’héroïsme vrai, étant monté sur un autre char et voyant les fils de Pândou opprimés par le roi de Madra et tombés (pour ainsi dire) en son pouvoir, courut rapidement contre lui. Çalya, splendide dans les batailles, alla, avec son char seulement, à la rencontre de celui du (Satyakide) qui arrivait sur lui, comme un éléphant en rut (court contre un autre) éléphant en rut. La mêlée et le combat du Satyakide et du héros, roi de Madra, fut une chose merveilleuse à voir, (autant) en vérité que le (combat) qui eut lieu entre Çambara et le roi des immortels.

785. Voyant le roi de Madra qui se tenait ferme dans la bataille, le Satyakide le perça de dix traits, et lui cria : Arrête-toi, arrête-toi !

786. Mais le roi de Madra, gravement atteint par ce magnanime, le blessa avec des flèches aiguës, à l’extrémité postérieure brillante.

787. Alors les grands guerriers fils de Prithâ, avec leurs chars, assaillirent rapidement, animés du désir de le tuer, le roi, leur oncle maternel, attaqué par le Satyakide 9.

788. Puis il y eut entre les héros, combattant comme des lions rugissants, un combat où (chacun) détruisait ses ennemis et où le sang coulait comme de l’eau.

789. Ô grand roi, ils se menaçaient en combattant, comme des lions (qui) rugissent en désirant (s’emparer d’une) proie convoitée.

790. La terre était couverte des milliers de leurs flèches, et l’atmosphère parut, tout d’un coup, comme faite de leurs traits.

791. Les flèches (par leur grand nombre) obscurcissant le (ciel) dans plusieurs directions, les traits lancés par ces magnanimes formaient, à ce qu’il semblait, un nuage (opaque).

792. Ô roi, les quatre points cardinaux resplendissaient des flèches à l’extrémité postérieure dorée, brillantes comme des serpents qui ont fait peau neuve, (et qui étaient) lancées (dans la bataille).

793. En cet endroit, Çalya, destructeur des ennemis, exécuta cet exploit des plus merveilleux, de combattre à lui seul de nombreux (adversaires).

794. La terre était couverte par les flèches terribles, ornées de plumes de héron et de paon, qui tombaient, décochées par la main du roi de Madra.

795. Ô roi, nous y vîmes le char de Çalya allant de côté et d’autre dans la grande bataille, comme celui de Çakra, quand il repoussait les asouras.





CHAPITRE XVI


COMBAT DE ÇALYA ET DE YOUDHISHTHIRA


Argument : Combat général. L’armée Pândouide est mise en fuite. Youdhishthira harangue ses frères et combat Çalya. Combat de Bhîma et de Douryodhana. Évanouissement de Douryodhana ; son cocher est tué et il est emporté par ses chevaux. Çalya, mis en grand danger par Youdhishthira, est emmené par Açvatthâman. Il s’arrête et remonte sur un autre char.


796. Sañjaya dit : Alors, ô puissant, tes armées ayant mis à leur tête le roi de Madra, coururent de nouveau rapidement au combat contre les fils de Prithâ.

797. Et tous les tiens, quoique blessés, enivrés par l’attrait du combat, courant en avant, mirent immédiatement, par leur grand nombre, le trouble (dans l’armée) des Prithides.

798. Et, (quoique) retenus par Bhîma, sous les yeux de Krishna et du fils de Prithâ, les Pândouides, frappés par les Kourouïdes, ne (purent) pas tenir ferme.

799. 800. Alors Dhanañjaya irrité, et Sahadeva, couvraient d’une multitude de flèches, (le premier) Kripa et ses suivants, ainsi que Kritavarman, (le second) Çakouni avec son armée. Nakoula, placé de côté, observait le roi de Madra.

801. Les fils de Draupadi repoussaient de nombreux rois, et le Pâñcâla Çikhandin résistait au fils de Drona.

802. Bhîmasena, la massue à la main, arrêtait (dans sa marche) le roi Douryodhana, et Youdhishthira, fils de Kountî, (résistait à) Çalya accompagné de (son) armée.

803. Alors le combat était engagé en cet endroit entre les tiens et les ennemis, qui, (ni les uns ni les autres), ne tournaient le dos dans la bataille.

804. Je vis alors là une grande prouesse de Çalya. À lui seul, il combattait toutes les armées des Pândouides.

805. Çalya, dans le voisinage de Youdhishthira, apparaissait comme la planète Saturne auprès de la lune.

806. Ayant écrasé le roi de flèches semblables à des serpents, il courait de nouveau contre Bhîma et le couvrait d’une pluie de traits.

807. En voyant son agilité et son habileté à lancer des armes de jet, les armées des ennemis et les tiennes l’honorèrent (de leurs acclamations).

808. Les Pândouides, broyés par Çalya, s’enfuyaient, écharpés, du combat, pendant que Youdhishthira (leur) criait (de s’arrêter).

809. Ses armées étant tuées par le roi de Madra, le fils de Pândou, Youdhishthira Dharmarâya, ayant pris sa résolution avec colère,

810. Se décida à un acte héroïque et frappa le roi de Madra. La victoire ou la mort ! (se disait) le grand guerrier, (fidèle) à remplir ses devoirs.

811. Ayant convoqué tous ses frères et le Madhavide (Krishna-Vishnou), il leur dit : Bhîshma, Drona, Karna et les autres princes

812. Qui avaient réuni leurs forces dans l’intérêt des Kourouides, sont morts dans la bataille. Dans la mesure de votre bonheur et de vos forces, vous avez accompli des actes héroïques.

813. La seule part (de gloire qui me soit) laissée, est (la victoire sur) le grand guerrier Çalya. Je veux maintenant triompher du roi de Madra.

814. Je vous dis ici toute ma pensée. Les deux héros fils de Mâdravatî (Mâdrî, princesse de Madra) seront les gardiens de mes roues.

815, 816. Que ces deux (guerriers), tenus pour des héros invincibles dans les combats, même pour Vâsava, que ces deux (hommes) excellents attachés aux devoirs des Kshatriyas, aux promesses (toujours) suivies d’effet et dignes du respect (de tous), luttent contre notre oncle maternel dans la bataille. Çalya me tuera en combattant, ou je le tuerai. Que cela vous soit agréable,

817. Héros du monde, écoutez cette parole vraie : ô princes, je vais maintenant combattre l’oncle maternel, selon la règle des Kshatriyas,

818. Résolu à (remporter) la victoire, ou (à subir le destin) contraire, (qui est la mort). Mon épée et toutes mes autres armes sont supérieures (aux siennes).

819. Que les servants soient rapidement réunis sur le char selon la règle : le Çinien à la roue droite, Dhrishtadyoumna à la gauche 10.

820. Que Dhanañjaya, fils de Prithâ, protège mes derrières et que Bhîma, le plus éminent des hommes d’armes, marche maintenant devant moi.

821. De cette façon, je serai bien supérieur à Çalya dans la grande lutte (qui va s’engager) . Alors (ces guerriers), ainsi commandés, voulant exécuter ce qui était agréable au roi, firent (ce qu’il leur avait dit).

822. Ces (préparatifs) remplirent d’une nouvelle joie les armées (Pândouides), principalement les Pâñcâlas, les Somakas et les Matsyas.

823-826. Puis, le roi, ayant pris cet engagement, se dirigea contre le maître de Madra. Les Pâñcâlas firent alors résonner les conques, les timbales et les tambours poushkalas, par centaines, et poussèrent leur cri de guerre ; exaspérés, faisant résonner la terre du grand bruit des instruments de musique, des grelots des éléphants, du son des conques et de leurs cris de joie, ils attaquaient l’énergique roi de Madra et les taureaux des Pourouides 11. Ton fils et l’héroïque roi de Madra les recevaient

827-829. Comme les deux montagnes où le soleil et la lune se lèvent et se couchent (arrêtent) de gros et nombreux nuages. Çalya, avide de combats, arrosa de flèches Dharmarâja, dompteur des ennemis , comme (Indra) Maghavant verse la pluie. Le magnanime roi de Kourou, ayant saisi son arc brillant et faisant montre des leçons de diverses sortes (qu’il avait reçues) de Drona, répandit avec éclat, légèreté et adresse, un déluge de traits (sur l’ennemi).

830. Et personne ne put apercevoir un point faible dans sa manière de combattre. Ces deux (guerriers, Çalya et Youdhishthira) se blessèrent réciproquement avec des flèches de diverses espèces,

831. Comme deux tigres, désireux (de saisir) une proie convoitée, mesurent leurs forces dans le combat. Bhîma rencontra ton fils que la bataille enivrait.

832. Le Pâñcâlien, le Satyakide et les deux Pândouides, fils de Madri, attaquèrent de toutes parts les héros qui avaient Çakouni à leur tête.

833. Ô roi, parce que tu avais suivi un conseil qui n’était pas sage, il s’engagea alors un nouveau combat tumultueux entre les tiens et les ennemis.

834. Douryodhana visa et coupa dans la bataille, avec une flèche aux nœuds recourbés, l’étendard doré de Bhîma.

835. Cet étendard brillant, agréable à voir, orné d’une multitude de clochettes, tomba sur (le champ du) combat, sous les yeux de Bhîma.

836. Puis, avec une flèche en rasoir, armée d’un tranchant, le roi mit en pièces son arc brillant, semblable (pour la grosseur) à la trompe d’un éléphant.

837. Cet énergique (fils de Pândou), ayant son arc brisé, attaqua ton fils et lui perça la poitrine avec la hampe du drapeau. (Douryodhana) tomba sur le siège de devant de son char.

838. Ton fils ayant perdu connaissance, Vrikodara sépara en outre, avec une Kshourapra, la tête du cocher de son corps.

839. Ô Bharatide, les chevaux, dont le cocher était tué, emportèrent le char en courant çà et là dans toutes les directions. On entendit alors, ô roi, des cris de : Ah ! Ah !

840. Le grand guerrier fils de Drona, Kripa, et Kritavarman, désireux de protéger ton fils, accoururent vers lui pour le secourir.

841. Dans cette armée tremblante, ses suivants étaient effrayés. L’archer porteur de Gândîva, ayant bandé cet arc, les tuait avec ses traits.

842. Mais Youdhishthira irrité, excitant lui-même ses chevaux couleur d’ivoire, rapides comme la pensée, attaquait le maître de Madra.

843. Nous remarquions là, avec stupeur, que le fils de Kountî, Youdhishthira, jadis doux et ayant (ses sens) domptés, était (devenu) terrible.

844. Roulant les yeux et tremblant de colère, le fils de Kountî, avec des flèches bhallas aiguës, détruisait les guerriers par centaines de mille.

845. L’aîné des fils de Pândou ruinait avec ses traits la (partie) de l’armée, quelle qu’elle fut (contre laquelle) il se dirigeait, telles des montagnes que frappent les (coups) suprêmes de la foudre.

846. Le fort (Dharmarâja), abattant de nombreux guerriers avec leurs chars, leurs étendards, leurs cochers et leurs chevaux, s’en jouait, comme le vent des nuages.

847. Il broyait dans la bataille les chevaux avec leurs cavaliers, et les fantassins, comme Roudra irrité (le fait) des bestiaux.

848. Ayant, avec la pluie de ses flèches, rendu de toutes parts le champ de bataille vide (de combattants), il courait après le roi de Madra en lui criant : Arrête, arrête, ô Çalya.

849. En voyant combattre ainsi ce (héros) aux exploits terribles, tous les tiens tremblèrent ; mais Çalya alla à sa rencontre.

850. Ces deux (guerriers) très irrités, ayant soufflé dans leurs conques et s’étant réciproquement défiés, se rencontrèrent alors.

851. Çalya écrasa le Pândouide sous une pluie de flèches, mais le fils de Kountî couvrit, (de son côté), le roi de Madra de nuages de traits.

852. Alors, ô roi, on vit ces deux héros, Youdhishthira et le roi de Madra, couverts de flèches, blessés et sanglants ;

853. Magnanimes, enflammés (de colère), rendus fous par une partie dont l’enjeu était la vie, ils brillaient en vérité comme deux kimcoukas fleuris.

854. Toutes les armées, en les voyant, ne prévoyaient pas qui des deux obtiendrait la victoire. Le fils de Prithâ sera-t-il le roi de la terre après avoir tué le maître suprême de Madra,

855. Ou bien, en tuant le fils de Pândou, Çalya conférera-t-il l'(empire du) monde à Douryodhana ? Telles étaient les paroles des combattants, ne sachant pas au juste (ce qui allait arriver), ô Bharatide.

856. Tout était favorable à Dharmarâja combattant. Mais alors Çalya lança à Youdhishthira une centaine de traits

857, 858. Et coupa son arc avec une flèche en rasoir à l’extrémité aiguë. Celui-ci, ayant pris un autre arc, atteignit Çalya de trois centaines de traits et coupa (aussi) son arc avec une flèche en rasoir, puis il tua ses quatre chevaux avec des flèches aux nœuds recourbés.

859, 860. Ensuite, avec deux (traits) à la pointe aiguë, (il tua) les conducteurs des deux chevaux de côtés de l’attelage, et, avec une bhalla brillante, dorée et aiguë, il enleva son étendard, devant lui. Alors cette armée de Douryodhana fut mise en déroute, ô dompteur des ennemis.

861. À ce moment, le fils de Drona accourut vers le roi de Madra réduit à cette (extrémité) et, l’ayant fait monter sur son char, se hâta de l’emmener.

862. Ces deux guerriers marchèrent un instant, pendant que Youdhishthira poussait des cris (à leur adresse), puis le roi de Madra s’arrêta et monta sur un autre char.

863. Brillant, équipé selon les règles, fourni de toutes les armes et de tous les ustensiles (nécessaires), produisant le bruit d’un grand nuage (orageux), et faisant (de terreur) hérisser les poils (des ennemis).







CHAPITRE XVII


MORT DE ÇALYA


Argument : Suite du combat de Çalya contre Youdhishthira et les autres Pândouides. Péripéties de ce combat. Réflexions de Youdhishthira qui finit par tuer Çalya. Mort du frère puiné de Çalya. Combat du Hridikien contre le Satyakide. Kripa vient au secours du Hridikien.


864. Sañjaya dit : Ayant pris un autre arc très puissant et percé Youdhishthira (de ses traits), le robuste maître de Madra rugissait comme un lion.

865. Et cet excellent Kshatriya, à l’âme incommensurable, arrosait les Kshatriyas (d’une pluie de flèches), comme un nuage orageux (les eût arrosés d’eau).

866. Ayant atteint le Satyakide de dix traits, Bhîmasena de trois et Sahadeva de trois, il en accablait Youdhishthira.

867. De même (qu’on tourmente) les éléphants avec des tisons (brûlants), il tourmentait avec ses flèches les meilleurs des maîtres de chars, tuait les chevaux avec leurs cavaliers et les éléphants avec ceux qui les montaient.

868. Le meilleur des maîtres de chars tua les chevaux, ceux qui étaient montés sur les chevaux, les éléphants, ceux qui étaient montés sur les éléphants, et (détruisit) les chars avec ceux qui étaient montés sur les chars,

869. Il trancha rapidement les bras, avec les armes (qu’ils soutenaient), ainsi que les étendards. En vérité, il couvrit la terre de (cadavres de) guerriers, comme l’autel (est couvert) des herbes du sacrifice.

870. Les Pândouides, les Pâñcâlas et les Somakas, irrités, entourèrent ce fort (guerrier) qui détruisait les armées de ses ennemis, comme (s’il eût été) Antaka, (le dieu de) la mort.

871. Bhîmasena, le petit fils de Çini, et les deux fils de Mâdrî, héros parmi les héros, (attaquèrent) ce (guerrier) que le roi (Youdhishthira) avait rencontré dans la bataille ; et (les combattants) se provoquèrent mutuellement.

872. Ô roi, (ces) héros, ayant atteint dans le combat, le souverain des hommes, le plus grand des guerriers, le frappèrent, de flèches empennées, à la rapidité terrible, en l’en couvrant dans le combat,

873. Protégé par Bhîmasena, par les deux fils de Mâdrî et par le Madhavide, le roi Dharmasouta frappa le roi de Madra en dedans des seins, avec des flèches rapides et terribles.

874. Alors, les meilleurs de tes guerriers, bien armés, (qui montaient) la multitude de tes chars, ayant vu le roi de Madra accablé par les flèches (de ses ennemis), l’entourèrent avec l’autorisation préalable de Douryodhana.

875. Il se produisit une chose merveilleuse. Le roi de Madra atteignit de sept flèches, dans la mêlée, Youdhishthira qui le frappa lui-même de neuf.

870. Le roi de Madra et Youdhishthira étaient cachés l’un à l’autre par les flèches brillantes d’huile, que les grands guerriers tiraient dans la bataille, en bandant l’arc jusqu’à amener la corde à toucher l’oreille.

877. À ce moment, ces deux héros, les meilleurs d’entre les rois, possédant une grande force, invincibles à leurs ennemis, cherchant rapidement dans la lutte le joint l’un de l’autre, furent grièvement blessés par les flèches (qu’ils se lançaient).

878. Ces deux magnanimes, le roi de Madra et le fils de Pândou, se lançant mutuellement une multitude de flèches, faisaient, avec la paume de la main, sur la corde de leurs arcs, un bruit terrible, semblable à celui de la foudre du grand Indra.

879. Semblables à deux jeunes tigres, se comportant comme deux (de ces animaux) avides d’une proie convoitée, dans les grands bois, enflammés de l’orgueil du combat, ils se blessaient comme (le feraient) deux éléphants d’élite, armés de longues défenses.

880. Alors le roi de Madra s’attaqua au très fort Youdhishthira et atteignit rapidement ce héros au cœur, avec une flèche dont l’éclat était pareil à celui du feu et du soleil.

881. Mais ensuite, ô roi, Youdhishthira, quoique grièvement blessé, frappa le roi de Madra d’une flèche bien envoyée, et le magnanime taureau de la race de Kourou en conçut une (grande) joie.

882. Puis (Çalya), l’Indra des princes, n’ayant repris ses esprits qu’au bout d’un instant, l’œil rouge de colère et dont la majesté était comparable à celle (du dieu) qui a mille yeux, se hâta de frapper le fils de Prithâ de cent (traits) .

883. Mais le magnanime Dharmasouta, sous l’empire de la colère, s’empressa de percer la poitrine de Çalya de neuf flèches et son armure brillante de six autres.

884. Cependant, le roi de Madra, ayant joyeusement bandé son arc, lança des flèches, par deux desquelles il coupa l’arc du roi, héros de la race de Kourou 12.

885. Alors, le magnanime roi saisit un autre arc neuf, terrible, et atteignit Çalya de toutes parts avec ses flèches à l’extrémité aiguë, comme le grand Indra (atteignit) Namouci.

886. Mais le magnanime Çalya, ayant brisé de neuf flèches les armures sonores et dorées de Bhîma et de Youdhishthira, leur déchira le bras ;

887. Puis, avec un autre trait en rasoir, à l’éclat aussi brillant que celui du soleil, il coupa l’arc du roi, et Kripa tua avec six flèches, son cocher qui tomba en avant

888. Le roi de Madra tua aussi avec quatre flèches les chevaux de Youdhishthira, et après les avoir tués, le magnanime fit un (grand) carnage des soldats du roi fils de Dharma.

889. Le roi étant réduit à cette (extrémité), le magnanime Bhîmasena se hâta de couper, avec une flèche rapide, l’arc du roi de Madra et atteignit grièvement de deux (autres, cet) Indra des hommes.

890. Et avec une nouvelle (flèche), il sépara la tête de son cocher de son corps, dont la partie moyenne resta debout ; puis, plein de colère, il tua très rapidement ses quatre chevaux.

891. Le premier de tous les archers, Bhîma, avec Sahadeva, fils de Mâdrî, couvrit d’une centaine (de traits) le roi de Madra, qui était réduit à ses propres forces dans le combat.

892, 893. Bhîma, voyant Çalya l’esprit égaré par cette (grêle de) traits, coupa son armure avec ses flèches. Le roi de Madra, ayant son armure brisée par Bhîmasena, saisit son glaive et un bouclier orné de mille étoiles, sauta à bas de son char et attaqua le fils de Kountî. Doué d’une force terrible, ayant coupé le timon du char de Nakoula, il assaillit Youdhishthira.

894. Dhrishtadyoumna, les fils de Draupadî, Çikhandin et le petit fils de Çini, entourèrent ce roi, bondissant en l’air, et arrivant à l’improviste, comme Antaka irrité,

895. Le magnanime Bhîma, coupa de neuf flèches son incomparable bouclier, et criant joyeusement au milieu de ton armée, il coupa, avec des bhallas, le glaive (de son adversaire), à la poignée.

896. À la vue de cet exploit de Bhîma, la multitude des guerriers montés sur leurs chars, les plus excellents des Pândouides, poussèrent en souriant de grands cris de joie et soufflèrent dans leurs conques (brillantes) comme la lune.

897. L’armée protégée (par Çalya) et (jusqu’alors) invincible, (terrifiée) par ce bruit effrayant, abattue, défaillit, comme (un homme qui) perd connaissance, et dont les membres sont inondés de sang.

898. Ce roi de Madra, soudainement couvert par ceux conduits par Bhîmasena, et qui étaient les premiers des guerriers Pândouides, se dirigea rapidement vers Youdhishthira, comme un lion (qui désire saisir) une gazelle.

899. Celui-ci, Dharmarâja, plein de colère, brillant comme le feu, ses chevaux et son cocher étant tués, à la vue du roi de Madra, courut avec impétuosité contre cet ennemi.

900. Ayant rapidement réfléchi à la parole de Govinda, Dharmarâja, sur son char dont les chevaux et le cocher étaient tués, appliqua sa pensée à la destruction de Çalya et songea à prendre une lance.

901. Ayant réfléchi à cet exploit qui lui était laissé (comme son lot, et qui consistait à triompher du) noble Çalya, le magnanime (Youdhishthira) appliqua sa pensée à (préparer la) mort de ce héros, ainsi que cela lui avait été dit par (Krishna) le jeune frère d’Indra.

902. Dharmarâja saisit une lance ayant l’éclat de l’or, au manche doré et orné de pierreries, et, roulant les yeux avec colère, regarda le roi de Madra.

903. Que celui-ci, (ainsi) regardé par le roi des rois dont l’âme était purifiée et dont les fautes étaient effacées, n’ait pas été réduit en cendres, cela, ô roi, me semble un prodige.

904. Puis le plus excellent des descendants de Kourou, le magnanime (Youdhishthira), lança avec une très forte impulsion cette lance flamboyante, étincelant de l’éclat des plus excellents joyaux, au manche brillant et terrible.

905. Tous les Kourouides réunis , regardaient cette (arme) qui brillait ainsi, jetant des étincelles de feu par suite de la grande force (avec laquelle elle était lancée), et qui tombait subitement comme, à la fin du Youga, un grand météore (tombe) du ciel.

906. Dharmarâya fit un effort, (et) lança ce (javelot qui était) semblable, (par l’effroi qu’il inspirait), à la nuit dans laquelle le monde est détruit à la fin du Youga, pareil à la nourrice d’Yama son lien à la main, terrible de forme, infaillible, comparable au bâton de Brahma.

907. Honoré avec soin par les fils de Pândou, au moyen de parfums, de guirlandes, d’une place d’honneur, (d'oblations), de boissons et d’aliments, brillant, semblable au feu Samvartaka (qui détruit tout à la fin du monde), puissant comme les incantations de l’Atharveda d’Angiras.

908. Préparé par Tvashtar (l’ouvrier universel) pour le compte d’Içana (Çiva), dévorant le corps et la vie des ennemis, capable de tuer, après les avoir atteints, les êtres habitant la terre, l’eau, le ciel, etc.,

909. Ayant un manche doré garni de grelots, une bannière, des joyaux et des diamants, bariolé de lapis lazuli, préparé avec grand soin par Tvashtar dans une cérémonie religieuse, terrible, mortel aux ennemis de Brahma,

910. À qui l’effort (fait en le lançant) a donné une rapidité croissante. Après l’avoir charmé par des incantations redoutables, il le lança avec un (grand) élan, par la voie la plus convenable, pour la mort du roi de Madra.

911. Tu es tué, dit Dharmarâja rugissant de colère, après avoir étendu son bras très fort et sa belle main, dansant en quelque sorte de joie, de même que Roudra lança la flèche qui causa la mort d’Andhaka.

912. Quand il la reçut, Çalya poussa un rugissement à l’adresse de cette lance douée d’une puissance héroïque, qu’on ne saurait esquiver, envoyée avec toute sa force par Youdhishthira, de même que le feu (crépite) sur la goutte de beurre âjya convenablement offerte en sacrifice.

913. Ayant déchiré les parties vitales et la large et brillante poitrine (de Çalya), ce (javelot) entra dans la terre comme dans de l’eau où il n’adhérerait pas, emportant (avec elle) la grande gloire du roi (vaincu),

914. Qui avait le corps arrosé du sang sorti du nez, des yeux, des oreilles et de la bouche, et qui coulait aussi de la blessure. Il était semblable à la grande montagne Kraunca frappé par Skanda.

915. Le magnanime (Çalya), pareil à Indravâha (l’éléphant d’Indra), ayant son armure brisée par le descendant de Kourou, étendit les bras et tomba de son char à terre, comme le sommet d’une montagne frappée par la foudre.

916. Le roi de Madra ayant étendu les bras en face de Dharmarâja, tomba à terre comme l’étendard d’Indra, (jadis) dressé (et maintenant abattu) 13

917, 918. Ce taureau des hommes, ayant les membres brisés, inondé de sang, est accueilli sur la terre avec amour, comme un amant l’est par sa bien-aimée, sur le sein de laquelle il se laisse tomber. Ce roi, ayant joui longtemps de la terre comme d’une chère amante,

919. Et l’ayant embrassée de tous ses membres, semblait endormi, (quoique) tué dans un combat régulier, par le magnanime Youdhishthira, fils de Dharma,

920, 921. Comme, dans un sacrifice le feu à qui on a offert une oblation, est en quelque sorte apaisé par l’offrande qu’on a faite. La beauté n’abandonna pas le roi de Madra, même quand il fut mort, le cœur percé par la lance (de Youdhishthira) et que ses armes et sa bannière eurent été détruites. Alors Dharmarâja, ayant saisi son arc pareil à celui d’Indra,

922. Dispersa les ennemis dans la bataille, comme le roi des oiseaux (disperse) les serpents, et détruisit les corps des ennemis avec des bhallas très aiguës.

923. En ce moment, tes soldats couverts de la multitude des flèches du fils de Prithâ, extrêmement tourmentés, fermaient les yeux (de terreur) et se blessaient les uns les autres.

924. Laissant couler le sang de leur corps, (ils étaient) sans épées, sans armes et sans vie. Quand Çalya fut tué le jeune frère puîné du roi de Madra,

925. Monté sur son char, attaqua le fils de Pândou avec toutes les qualités de son frère (défunt), et cet homme éminent atteignit précipitamment (Youdhishthira) de nombreuses nârâcas.

926. Dans sa rage de combattre, et de venger son frère. Dharmarâja se hâta de le percer de six flèches rapides.

927, 928. Avec deux flèches en rasoir il coupa son arc et son étendard. Puis, avec une bhalla brillante, très forte et très aiguë, il lui enleva la tête, comme il se trouvait en face de lui. On vit alors tomber du char cette tête avec ses boucles d’oreilles,

929. Comme un mort arrivé à l’expiration de ses mérites, tombe du Svarga, et le corps, dont la tête était séparée, tomba aussi du char.

930. Ce frère puîné, à l’armure brillante, du roi de Madra étant tué, l’armée, à la vue de son corps baigné dans son sang, se débanda (et)

931. Les Kourouides se dispersèrent en poussant des cris de : Ah ! Ah ! À la vue du frère puîné de Çalya tué, les tiens ayant fait le sacrifice de leurs vies,

932-934. Tout couverts de poussière, tremblèrent par l’effet de la terreur (que leur inspiraient) les fils de Pândou. Ô excellent Bharatide, le Satyakide, le petit-fils de Çini, attaquait, en les couvrant de ses flèches, ces Kourouides mis en déroute. Ô roi, le Hridikien se hâta d’assaillir avec intrépidité, (au moment où) il s’approchait, ce grand et invincible archer, terrible à rencontrer. Ces deux magnanimes Vrishniens aux prises (l’un avec l’autre),

935. Le Hridikien et le Satyakide, pareils à deux très forts lions, se couvrirent réciproquement de flèches dont la couleur était brillante,

936, 937. Et qui avaient pour ainsi dire (l’éclat) des rayons du soleil. (Ces deux héros) avaient une splendeur semblable à celle de l’astre du jour. Nous voyions les traits lancés avec la force que leur communiquait l’impulsion des arcs de ces deux taureaux (de la race) de Vrishni, traverser l’air comme des oiseaux au vol rapide. Ayant atteint le Satyakide de dix flèches, et ses chevaux de trois,

938. Le Hridikien lui coupa son arc avec un seul trait aux nœuds recourbés. Le taureau de Çini, ayant jeté cet excellent arc qui était brisé,

939. S’empressa de prendre une autre arme très rapide. Alors, le plus grand de tous les porteurs d’arcs, en ayant pris un excellent,

940. Blessa de dix flèches le Hridikien entre les seins, puis ayant coupé le char et le timon au moyen de bhallas bien dirigées,

941, 942. Il tua rapidement les chevaux et leurs deux conducteurs de côté. Alors, ô roi, l’héroïque Çaradvatide Kripa, voyant (ce guerrier) privé de son char, se hâta de le faire monter sur le sien propre et de l’emmener. Ô roi, le roi de Madra étant mort et Kritavarman privé de son char,

943. Toute l’armée de Douryodhana tourna de nouveau le dos, (mais) comme elle était entourée (d’un nuage) de poussière, les ennemis ne s’en aperçurent pas.

944. Et alors (le reste de) cette armée, dont la plus grande partie était tuée, tourna le dos. Au bout d’un instant on vit la poussière élevée de la terre

945. Arrosée par plusieurs ruisseaux de sang, ô homme excellent. Alors Douryodhana voyant près de lui l’armée rompue,

946. Arriva avec rapidité et, à lui seul, arrêta tous les Prithides. Ayant vu sur leurs chars les fils de Pândou et le Prishatide Dhrishtadyoumna,

947. Ainsi que l’Anartien (le Satyakide) terrible à attaquer, il les arrêta avec ses traits aigus. Ses ennemis ne l’approchèrent pas plus que les mortels (n’approchent de) la mort qui se présente (devant eux).

948. Mais le Hridikien aussi, monté sur un autre char, se retournait (contre les ennemis). Alors le roi Youdhishthira, le grand guerrier, se hâta

949. De tuer de quatre flèches les chevaux de Kritavarman, et atteignit aussi le Grotamide de six bhallas très éclatantes.

950. Et Açvathâman, avec son propre char, conduisit (loin) de Youdhishthira, le Hridikien qui était privé du sien, ses chevaux étant tués.

951. Puis le Çaradvatide blessa Youdhishthira de six traits et perça ses chevaux de huit çilîmoukhâs aiguës.

952. Ô roi, descendant de Bharata, ce combat était la conséquence des mauvais conseils, que (vous aviez suivis) toi, et ton fils,

953. Le meilleur des grands archers étant sacrifié dans le combat par le taureau des descendants de Kourou, les fils de Prithâ, réunis et très joyeux, soufflèrent dans leur conque, à la vue de Çalya tué,

954. Et glorifièrent Youdhishthira sur le champ de bataille, comme jadis Indra, à l’occasion du meurtre de Vriha, (fut applaudi). Ils poussèrent des cris de diverses sortes, emplissant de bruit, la terre, de toutes parts.




CHAPITRE XVIII


COMBAT GÉNÉRAL


Argument : Suite du combat. Les autres Pândouides viennent au secours de Youdhishthira et mettent le désordre dans l'armée Kourouide. Discours de Çakourni et de Douryodhana. L’armée revient au combat. Les suivants de Çalya sont vaincus. Description du champ de bataille. Retour offensif des Pândouides.


955. Sañjaya dit : Puis, Çalya étant tué, les héros qui suivaient ses traces et qui possédaient sept centaines de chars, se séparèrent du gros de l'armée.

956. Mais, monté sur un éléphant à deux défenses, pareil à une montagne, Douryodhana, ayant un parasol (porté devant lui), éventé avec des queues de bœufs grognants,

957. Arrêta ceux de Madra (en leur disant) : Il ne faut pas partir, il ne faut pas partir. Ces héros (quoique) arrêtés par Douryodhana,

958. Désireux de tuer Youdhishthira, pénétraient dans l’armée des fils de Pândou. Or, ô grand roi, ces hommes, songeant au combat,

959-960. Faisant un grand bruit avec leurs arcs, combattaient contre les Pândouides. Ayant appris que Çalya était tué, et que le fils de Dharma était écrasé par les grands guerriers qui s’étaient joints au roi de Madra pour lui être agréable, alors le fils de Prithâ arriva, faisant résonner la corde de Gândîva 14.

961. Et, remplissant du bruit de son char tous les points cardinaux, le grand guerrier Arjouna, Bhîma, les deux Pândouides, fils de Mâdrî,

962. Le tigre des hommes, le Satyakide, les fils de Draupadî, Dhrishtadyoumna, Çikhandin, les Pâñcâlas et les Somakas, de toutes parts,

963. Entourèrent complètement Youdhishthira pour le protéger. Ces Pândouides, les plus excellents des héros, entourés de toutes parts,

964. Mirent le trouble dans cette armée (Kourouide), comme des monstres marins (le mettent dans) la mer. Ils firent, en vérité, trembler les tiens, comme un grand vent, les arbres (des forêts).

965. De même que la grande rivière Gangà (le Gange) est agitée par les vents d’Est, alors, ô roi, l’armée Pândouide fut de nouveau agitée.

966. Les magnanimes grands guerriers (de Madra), ayant assailli (cette) grande armée, de nombreuses (voix) crièrent : Où est le roi Youdhishthira ?

967. Où (sont) ses frères ? On ne voit nulle part ici aucun de ces héros, ni Dhrishtadyoumna, ni le Çinien, ni les fils de Draupadî,

968-971, Ni les Pâñcâlas au grand héroïsme, ni le grand guerrier Çikhandin. Les grands guerriers, fils de Draupadî, attaquaient ces héros qui parlaient ainsi, et Youyoudhâna (attaquait) les compagnons du roi de Madra. On voyait les tiens tués par les ennemis dans la bataille, les uns détruits par les roues des chars, les autres (écrasés) par les grands étendards coupés (et tombant sur eux). roi, en voyant les guerriers Pândouides qui les combattaient de tous côtés, ils marchèrent avec élan (contre eux), en étant (cependant) empêchés par ton fils, ô Bharatide. Douryodhana arrêta ces héros, en leur parlant doucement.

972-975. Et quelques-uns des grands guerriers n’obéirent pas à ses ordres. Alors, ô grand roi, l’éloquent Çakouni, fils du roi de Gândhâra, dit à Douryodhana : Pourquoi, regardons-nous tuer l’armée (des guerriers) de Madra ? ô Bharatide, cela n’est pas convenable, tant que tu (présideras) au combat. « Il faut combattre réunis. » Telle fut la convention faite. Pourquoi, ô homme sans péché, supporte-t-on que les ennemis (nous) tuent à leur aise ?

976. Douryodhana dit : Ceux-ci, naguère, n’ont pas obéi aux ordres (que je leur ai donnés), de s'arrêter. Ceux qui ont été tués se sont précipités sur l’armée des Pândouides.

977. Çakouni dit : Les héros impatients n’exécutent pas (toujours) les ordres du maître pendant le combat. Assez (de reproches). Il ne faut pas être en colère contre eux. Ce n’est pas le temps de réfléchir.

978. Réunissons-nous tous, et allons avec les chevaux, les chars, et les éléphants au secours des grands archers qui suivaient le roi de Madra.

979. Ô roi, faisons (les plus) grands efforts pour nous protéger réciproquement. Sur cette réflexion, tous s’avancèrent là où (étaient) les soldats (de Çalya).

980. Alors le roi, ayant entendu ces paroles, marcha en avant, entouré de sa grande armée, en faisant, pour ainsi dire, trembler la terre par ses rugissements.

981. « Tuez, percez, prenez, frappons, qu’ils tranchent. » Tels étaient les cris tumultueux de ton armée, ô Bharatide.

982. Mais les Pândouides, ayant vu les suivants du roi de Madra, réunis dans la bataille, et qui s’étaient disposés en goulmas moyennes, (corps de troupes de 9 éléphants, 9 chars, 21 chevaux, 45 fantassins), les attaquaient.

983. Ô maître des hommes, on vit en un instant, immolés dans la mêlée, ces guerriers qui avaient suivi le roi de Madra au combat.

984. Alors, pendant que nous nous avancions ensemble, tous les ennemis, joyeux, ayant rapidement tué les gens de Madra, poussèrent, de joie, le cri de Kilâkila.

985. On voyait s’élever de toutes parts des corps sans tête, et un grand météore venant du disque du soleil tomba par le milieu (de l’armée).

986. La terre était couverte de chars brisés, de jougs, d’essieux, de grands guerriers tués et de chevaux abattus sur le sol.

987. Ô grand roi, on voyait çà et là, sur le champ de bataille, des guerriers, avec des chevaux (encore) attachés au joug et s’éloignant avec la rapidité du vent,

988. Des chevaux emportaient dans la bataille des chars aux roues risées. Quelques-uns, ayant accroché une moitié de char, erraient, (en l’emportant), dans les dix directions.

989. Çà et là on voyait des chevaux attachés aux courroies qui relient le joug au timon, et des maîtres de chars qui tombaient, ô le plus grand des hommes,

990. Pareils à des saints tombant du ciel à l’expiration de leurs mérites. Les héros de la suite du roi de Madra étant tués,

991. Les fils de Prithâ, grands guerriers avides de la victoire, nous voyant fondre sur eux, se hâtaient d’attaquer,

992. En poussant des cris et faisant avec les flèches un bruit mêlé au son des conques. Ces guerriers adroits, nous ayant atteint de nouveau,

993. Poussaient des rugissements en secouant leurs arcs. À la vue de la grande armée du roi de Madra tuée

994. Et de ce héros abattu dans la bataille, toute l'armée de Douryodhana avait de nouveau tourné le dos.

995. Et, tuée par les Pândouides victorieux, elle s’enfuyait, remplie de crainte et mise en déroute, dans (toutes) les directions, par (ces) puissants archers, ô grand roi.





CHAPITRE XIX


COMBAT GÉNÉRAL


Argument : Fuite de l'armée Kourouide. Efforts de Douryodhana qui rallie ses troupes. Combat de Bhîma. Prouesses et discours de Douryodhana. Dhanañjaya lui résiste.


996. Sañjaya dit : Le grand guerrier roi de Madra, difficile à affronter, étant abattu, les tiens et tes fils tournèrent le dos pour la plupart.

997, 998. Comme des marchands, dans un navire brisé, dépourvus de radeaux, désirant (aborder) la rive, sur la mer sans fond et sans limites, après la mort du magnanime héros, roi de Madra, (effrayés), blessés par les flèches, ils cherchaient un protecteur qu’ils ne trouvaient pas. De même que des gazelles tourmentées par un lion,

999. Comme des taureaux dont les cornes sont brisées, comme des éléphants dont les défenses sont rompues, nous nous enfuyions au milieu du jour, vaincus par (Youdhishthira) Ajâtaçatrou.

1000. Ô roi, Çalya étant tué, nul ne songeait à réunir les armées ni à faire des actes héroïques (en vue de la victoire).

1001. Bharatide, Bhîshma et Drona étant tués, ainsi que le fils du cocher, ce qui était (une cause de) chagrin pour toi et de crainte pour les guerriers, ô maître des hommes,

1002. Ce chagrin et cette crainte étaient devenus plus grands pour nous, après la mort du puissant guerrier Çalya. Et, n’espérant plus la victoire,

1003. Détruits et taillés en pièces par des flèches aiguës, ayant leurs plus grands guerriers tués, après que le roi de Madra eût été abattu, les soldats s’enfuyaient de peur.

1004. Montés, qui sur des chevaux, qui sur des éléphants, qui sur des chars, les grands guerriers couraient avec rapidité, ainsi que les fantassins.

1005. Après que Çalya eût été tué, les éléphants de combat, pareils à des montagnes, au nombre de deux mille, excités de l’aiguillon et du gros orteil, couraient (droit) devant eux,

1006. Ô excellent Bharatide, les tiens s’enfuyaient du combat dans toutes les directions, et nous voyions les fuyards haletants, frappés par les flèches.

1007. Les voyant en déroute, leur orgueil abattu, leur cause perdue, les Pâñcâlas et les Pândouides, avides de la victoire, les attaquaient.

1008. Les cris, le bruit des flèches, les nombreux rugissements et le son des conques des héros, étaient terribles.

1009. A la vue de l’armée Kourouide, tremblante de crainte et mise en fuite, les Pâñcâlas et les Pândouides se disaient les uns aux autres :

1010. Aujourd’hui le roi Youdhishthira, ferme dans la vérité, a tué ses ennemis. Aujourd’hui, Douryodhana a vu diminuer sa brillante fortune royale.

1011. Aujourd’hui, le souverain des hommes, Dhritarâshha, entendant dire que son fils est tué, tombera, affligé sur la terre. (Il faut que) les fautes s’expient.

1012. Qu’il sache maintenant que le fils de Kountî surpasse tous les archers. Aujourd’hui, le triste auteur du mal se blâmera lui-même.

1013, 1014. Que, maintenant, le maître de la terre reconnaisse que les paroles du Kshattar (Vidoura) étaient vraies ! Qu’à partir d’aujourd’hui le roi, en servant le fils de Prithâ, devenu (jadis) son serviteur, apprécie (l’étendue) du malheur qui avait atteint les fils de Pândou ! Que ce roi reconnaisse la force de Krishna !

1015. Qu’il connaisse aujourd’hui le bruit terrible (que fait) dans le combat l’arc d’Arjouna, ainsi que la force de ses astras et celle de ses deux bras dans la bataille.

1016. Aujourd’hui, il fera connaissance avec la force terrible du magnanime Bhîma, (en voyant) Douryodhana tué.

1017. Ce que Bhîmasena a fait, en tuant Dousçâsana, nul, en ce monde, sauf le très fort Bhîma, n’eût pu l’accomplir.

1018. Que l’on connaisse maintenant l’héroïsme du fils aîné de Pândou, en apprenant qu’il a tué le roi de Madra, (qui était) invincible, même pour les dieux.

1019. Après la mort du héros Soubalide et de tous les Gândhâriens, (Dhritarâshtra) saura aujourd’hui que les deux fils de Madrî sont très dangereux à rencontrer dans la bataille.

1020. Comment la victoire ne serait-elle pas à ceux parmi lesquels combattent Dhanañjaya, le Satyakide, Bhîmasena et le Prishatide Dhrishtadyoumna,

1021. Les cinq fils de Draupâdi, les deux Pândouides, fils de Mâdrî, le grand archer Çikhandin, ainsi que le roi Youdhishthira ?

1022. Comment ceux-là ne seraient-ils pas victorieux, qui ont le devoir pour refuge, et pour protecteur Krishna Janârdana (le tourmenteur des hommes), le défenseur du monde ?

1023, 1024. Quel autre que Youdhishthira, fils de Prithâ, protégé par Hrishikeça (Krishna), qui est toujours le réceptacle de la gloire et de la vérité, eût pu vaincre Bhîshma, Drona, Karna, le roi de Madra et des centaines et des milliers d’autres rois et héros ?

1025. Gais, animés d’une grande joie, ils suivirent par derrière, en parlant ainsi, tes soldats en déroute.

1026. L’héroïque Dhanañjaya attaquait l’armée des chars. Les deux fils de Màdri, et le grand guerrier Satyakide (s’en prenaient à) Çakouni.

1027. En voyant tous ces (guerriers), qui s’enfuyaient, tourmentés par la peur (que leur inspirait) Bhîmasena, Douryodhana dit, comme avec étonnement, à son cocher :

1028. Le fils de Prithâ, qui se tient l’arc à la main, a l’avantage sur moi. Conduis mes chevaux à l’arrière-garde de toutes les armées,

1029. Car Dhanañjaya, fils de Kounti, ne saurait me vaincre quand je combattrai à l’arrière-garde, de même que l’océan (ne peut triompher de) la plage.

1030. Vois, ô cocher, la grande armée attaquée par les fils de Pândou. Contemple cette poussière qu’elle a soulevée de toutes parts.

1031. Entends ces rugissements répétés et terribles, inspirant un effroi extrême. Va donc doucement, ô cocher, pour protéger les derrières (de l’armée).

1032. Quand je me trouverai (au milieu) du combat, et que les Pândouides seront arrêtés, mon armée se retournera de nouveau avec (une grande) force, (contre eux).

1033. Ayant entendu ton fils (prononcer) ces paroles, qui étaient telles (qu’il convenait à) un noble héros, le cocher poussa les chevaux couverts d’or.

1034. Les fantassins, au nombre de vingt-un mille, dépourvus d’éléphants, de chevaux et de guerriers montés sur des chars, firent le sacrifice de leurs vies et s’arrêtèrent pour combattre.

1035. Alors les guerriers, tirant leur origine de contrées différentes, habitant diverses villes, se tinrent fermes, désireux d’acquérir une grande gloire.

1036. Un grand, terrible et formidable combat fut livré par ceux qui se rencontraient en cet endroit et qui étaient remplis de joie.

1037. roi, Bhîmasena et le Prishatide Dhrishtadyoumna arrêtèrent ces gens de divers pays, avec une armée formée de quatre corps (de troupes) ;

1038. Mais d’autres fantassins gais, grognant et claquant des mains, désireux d’aller dans le monde des héros, attaquaient Bhîma.

1039. Les Dhritarashtrides irrités, enragés au combat, poussaient des cris et n’articulaient rien autre, en attaquant Bhîmasena 15

1040. Ayant entouré Bhîma, ils le frappaient de toutes parts. Celui-ci, entouré et frappé dans le combat par la multitude des fantassins,

1041. Ne bougea pas plus de sa place, que la montagne Mainaka. Mais, ô grand roi, les grands guerriers des Pândouides, irrités,

1042. S’approchèrent pour repousser les autres combattants, et les arrêtèrent. Alors Bhîma, furieux contre les (ennemis) qui l’environnaient dans la bataille,

1043. Étant rapidement descendu de son char, devenu fantassin, ayant pris sa grande massue ornée d’or,

1044. Tuait tes guerriers, semblable à Antaka, son bâton à la main ; le plus excellent des héros tuait ces gens dépourvus de chars et de chevaux.

1045. Il écrasa vingt-un mille fantassins. Bhîma, à l’héroïsme vrai, ayant tué cette armée de héros,

1046. Ayant mis Dhrishtadyoumna devant lui, on vit en peu de temps ces fantassins tués. Ils étaient couchés à terre couverts de sang,

1047. Semblables à des karnikâras (pterospermum acerifolium) bien fleuris, brisés par le vent. Munis d’armes diverses, portant des boucles d’oreilles de diverses sortes,

1048. Appartenant à des tribus diverses, venus de différents pays, (ils gisaient) là, tués. La grande armée des fantassins, pourvue de bannières et d’étendards,

1049. Formidable, terrible, dont l’aspect inspirait la crainte, parut anéantie. Les grands guerriers ayant pour chef Youdhishthira, accompagnés de leur armée,

1050. Attaquaient ton magnanime fils Douryodhana. Ayant vu que tes grands guerriers avaient tourné le dos, à eux tous,

1051. Ils ne (purent) pas vaincre ton fils, (qui les arrêta) comme la plage (arrête la mer), demeure des monstres marins. Nous vîmes ce merveilleux exploit de ton fils,

1052, 1053. Que les fils de Prithâ réunis ne purent pas triompher de lui (qui était) seul. Douryodhana dit à son armée fortement éprouvée, qui songeai ! à fuir, (mais) qui n’avait pas reculé bien loin : Je ne vois ni sur la terre ni dans les montagnes, un pays

1054. Où les Pândouides ne vous tueront pas, (quand vous y serez) allé. À quoi vous sert de fuir ? Leur armée est petite et les deux Krishnas sont grièvement blessés.

1055, 1056. Si nous nous tenons fermes ici, assurément la victoire sera à nous. Mais les Pândouides, devenus vos ennemis, vous suivant, nous tueront isolément (quand vous serez débandés). Il vaut mieux, pour nous, mourir en combattant. Que tous les Kshatriyas qui sont ici, écoutent.

1057. Puisqu’Antaka fait mourir, et le héros et l’homme timide, quel est donc celui qui, réellement Kshatriya, aurait la folie de ne pas combattre ?

1058. Il vaut mieux pour nous résister à Bhîmasena furieux. La mort dans le combat est heureuse. Il faut donc combattre d’après la règle des Kshatriyas.

1059. Il faut certainement que le mortel meure une fois, fût-ce dans son lit. La mort a toujours lieu dans les combats, pour celui qui suit la règle des Kshatriyas.

1060. Vainqueur, il est heureux ici-bas, tué, il en retire un grand fruit dans l’autre monde. Certes, ô Kourouides, aucune voie ne mène mieux au Svarga, que le mérite acquis dans les batailles.

1061. Celui qui succombe dans les combats acquiert en peu de temps la jouissance des mondes (supérieurs). Les princes, ayant entendu ces paroles de ton fils et l’ayant applaudi,

1062, 1063. Retournèrent attaquer les Pândouides. Alors, formant de grandes armées, les guerriers Prithides, avides de la victoire, se hâtèrent d’aller à leur rencontre, au moment où ils arrivaient. L’héroïque Dhanañjaya retourna au combat avec son char,

1064, 1065. Déchargeant (l’arc) Gândîva, célèbre dans les trois mondes. Les deux fils de Mâdrî et le très fort Satyakide, pleins de joie, tombèrent rapidement sur Çakouni et ensuite sur ton armée.





CHAPITRE XX


MORT DU ÇALVIEN


Argument : Prouesses du roi de Çalva et de son éléphant. Drishtadyoumna marche contre eux. Il descend de son char, que l’éléphant brise contre terre, avec les chevaux et le cocher. Bhîma, Çikhandin et le Çinien viennent à son secours. Effroi de l’armée Pândouide, Drishtadyoumna poursuit et tue avec sa massue, l’éléphant du roi de Çalva, qui est lui-même tué par le Çinien.


1066. Sañjaya dit : Cependant la multitude des hommes étant retournée (au combat), le roi des troupes barbares, le Çalvien, irrité, attaquait la grande armée des Pândouides,

1067. Monté sur un très grand éléphant en rut, farouche, pareil à une montagne, broyant les troupes ennemies, semblable à Airâvata (l’éléphant d'Indra).

1068. Cet (éléphant), issu d’une noble race, constamment honoré par les Dhritarâshtrides, bien préparé par les gens au courant des décisions et des préceptes (en cette matière), dut toujours être employé (quand il fut question de) guerres, ô roi.

1069. Le meilleur des rois l’ayant monté, ressembla au soleil à la fin de la nuit, quand il se tient au-dessus des montagnes de l’est. Avec cet excellent éléphant, ô roi, il marcha contre les fils de Pândou réunis.

1070. Il déchira (les ennemis), avec des flèches aiguës. terribles, rapides comme la foudre du grand Indra. Et pendant qu’il répandait, dans la grande armée, des traits qui envoyaient les guerriers au séjour d’Yama, ô roi,

1071. Ni les tiens ni les ennemis ne virent aucun côté faible (dans sa manière de combattre), comme (il arriva) autrefois pour les daityas, à l’égard du porteur de la foudre. De même que jadis, dans leur guerre avec (Indra) Vâsava, monté sur (son éléphant) Airâvana, les armées des daityas,

1072. (Voyaient) près d’elles l’éléphant du grand Indra, les Pândouides, les Somakas et les Sriñjayas, ne virent que lui seul sur cet éléphant unique, s’agitant de mille façons.

1073. On vit l’armée des ennemis, défaite, mise en fuite de tous côtés. Elle ne tint pas ferme dans le combat, mais fut mise en déroute par la terreur, (que les soldats se communiquaient) réciproquement.

1074. Alors, cette grande armée Pândouide, tout d’un coup rompue par ce roi, n’offrant pas de résistance à cet (animal) qui avait l’élan du roi des éléphants, (fut) en un instant (mise) en fuite aux quatre points cardinaux.

1075. Or, tous les chefs de tes guerriers, dans la bataille, voyant cette (armée) rapide (dans sa fuite), honorèrent ce roi et soufflèrent dans leurs conques qui avaient l’éclat de la lune.

1076. Mais, ayant entendu les cris de joie des Kourouides ainsi que le son de leurs conques, le généralissime des Pândouides et des Sriñjayas, le fils du roi des Pâñcâlas ne supporta pas patiemment ce qu’ils disaient.

1077. Le magnanime se hâta d’aller à la rencontre de cet éléphant, pour le vaincre, comme Jambha, à l’approche de Çakra (alla à la rencontre du) roi des éléphants, Airâvana monture d’Indra.

1078. Mais (le Çalvien), ce lion des rois, voyant le fils du roi des Pâñcâlas volant tout d’un coup au combat, poussa rapidement (son) éléphant, pour tuer le fils de Droupada, ô roi.

1079. Celui-ci atteignit de flèches semblables au feu, le roi des éléphants qui arrivait (sur lui. Il le perça) de trois de ses meilleures nârâcas aiguës, brillantes, polies par le forgeron, et animées d’une vitesse terrible.

1080. Puis le magnanime lança sur ses bosses frontales cinq autres excellentes nârâcas (très) aiguës. Alors cet éléphant de choix, percé de ces (traits) dans la lutte, tourna le dos, et s’enfuit rapidement.

1081. Le Çalvien fit retourner cet éléphant, subitement effarouché et s’enfuyant de divers côtés, et, avec le crochet et les aiguillons, il l’envoya contre le fils du roi des Pâñcâlas, en le lui indiquant,

1082. Mais, voyant l’éléphant arriver rapidement (sur lui), Dhrishtadyoumna se hâta de sauter de son char. Ayant promptement saisi sa massue, le héros arriva à terre, tremblant du danger (qu’il avait couru).

1083. Ce grand éléphant, ayant poussé un cri, avec sa trompe, brisa à l’instant le char aux parties ornées d’or, avec les chevaux et le cocher, et l’écrasa sur le sol.

1084. Alors, en voyant le fils du roi des Pâñcâlas tourmenté par cet excellent éléphant, Bhîma, Çikhandin et le petit-fils de Çini se hâtèrent de se précipiter vers lui (pour le secourir).

1085. Avec leurs flèches, ils arrêtèrent l’éléphant qui arrivait près de lui. Cet animal atteint par les guerriers (montés sur leurs) chars, et arrêté par eux, chancela dans le combat.

1086. Alors le roi fit pleuvoir de toutes parts (ses) flèches, comme le soleil (répand) le flot de ses rayons. La multitude des (guerriers) à chars, tuée par ces flèches, se dispersa entièrement de côté et d’autre.

1087. À la vue de cette prouesse du Çalvien, ô roi, tous les Pâñcâlas, les Matsyas et les Sriñjayas poussèrent des cris de : Ah ! Ah ! Tous les chefs de guerriers assiégèrent l’éléphant de toutes parts.

1088. Et le héros, fils du roi des Pâñcâlas, tueur des ennemis des Bharatides, ayant saisi sa massue semblable au sommet d’une montagne, se hâta de poursuivre avec rapidité l’éléphant effrayé.

1089. L’énergique fils du roi des Pâñcâlas poussa en avant sa massue et frappa fortement l’éléphant, (qui était) pareil à celui qui porte le monde, et qui laissait écouler le mada (liquide qui suinte des bosses frontales de l’éléphant en rut), comme un nuage (laisse écouler de l’eau).

1090. Cet éléphant, semblable à celui qui porte la terre, ayant les bosses frontales ouvertes, poussa subitement un cri, et tomba comme une montagne renversée par un tremblement de terre, en laissant écouler le sang qui lui jaillissait de la bouche.

1091. Alors (cet) Indra des éléphants étant abattu, et l’armée de ton fils ayant poussé des cris de Ah ! Ah ! le grand héros de Çini enleva la tête du roi de Çalva avec une flèche bhalla aiguë.

1092. Ayant la tête coupée par le Satvatide, il tomba à terre avec le roi des éléphants, comme l’énorme sommet d’une montagne arraché par la foudre du roi des dieux.


CHAPITRE XXI


FUITE DE L’ARMÉE KOUROUIDE


Argument : Kritavarman résiste à l’armée Pândouide qui le couvre de traits. Le Satyakide l’attaque. Leur combat. Le Satyakide tue les chevaux et le cocher, et abat l’étendard de Kritavarman qu’il blesse grièvement, mais Kripa le prend sur son char et le retire de la mêlée. Fuite de l’armée Kourouide. Héroïsme de Douryodhana.


1093. Sañjaya dit : Ce héros Çalvien, brillant dans les combats, étant tué, ton armée fut rompue comme un grand arbre (l’est) par la violence du vent.

1094. En voyant cette armée rompue, le grand guerrier Kritavarman, (qui était un) héros doué d’une grande force, résista dans la bataille à l’armée des ennemis.

1095. En voyant le Satvatide se tenir ferme comme une montagne, (quoique) couvert de traits, les héros retournèrent (au combat)16

1096. La bataille recommença entre les Pândouides et les Kourouides revenus (sur leurs pas, les combattants) ayant banni de leur esprit la pensée de la mort, ô grand roi.

1097. Le combat (qui eut lieu) là entre le Satvatide et les ennemis fut merveilleux en ce que, à lui seul, il résista à l’armée, difficile à affronter, des Pândouides.

1098. L’exploit difficile (de ces guerriers) amis les uns des autres, étant accompli, ils poussèrent dans leur joie un rugissement qui monta jusqu’au ciel.

1099. Ô excellent Bharatide, les Pâncâlas furent effrayés de ces cris. Le Satyakide, guerrier aux puissants bras, petit-fils de Çini, arrivait.

1100. Ayant attaqué le très fort roi Kshemakirti, il l’envoya, de sept flèches aiguës, au séjour d’Yama.

1101. L’intelligent (Kritavarman), fils de Hridika, courut avec rapidité contre le héros de Çini, guerrier aux puissants bras, qui approchait en décochant des traits aigus.

1102. Ces deux Satvatides au grand héroïsme, les deux meilleurs des maîtres de chars, pourvus des meilleures d’entre les armes, s’attaquèrent réciproquement.

1103. Les guerriers Pândouides, avec les Pâncâlas, ainsi que les autres rois les plus distingués, étaient spectateurs de la rencontre de ces deux héros.

1104. Les deux guerriers de Vrishni-Andhaka se frappèrent l’un l’autre avec des nârâcas et des vatsadantas (flèches en forme de dents de veau), comme deux éléphants hérissés (de colère).

1105. En suivant des tactiques diverses, le fils de Hridika et le héros de Çini, se couvrirent réciproquement et à plusieurs reprises, de pluies de flèches.

1106. Nous apercevions en l’air, pareils à des oiseaux au vol rapide, les traits élevés par la force et ressort des arcs de ces deux lions de Vrishni.

1107. Le fils de Hridika, ayant attaqué le (Çinien) aux œuvres vraies, perça ses chevaux de quatre flèches aiguës.

1108. Ce (guerrier) aux longs bras, irrité comme un éléphant tourmenté par l’aiguillon, atteignit Kritavarman de huit excellentes flèches.

1109. Alors celui-ci, ayant frappé le Satyakide de trois traits aiguisés sur la pierre et lancés avec l’arc complètement bandé, coupa son arc avec une seule (autre flèche).

1110. Le héros de Çini, ayant mis de côté cet excellent arc brisé, se hâta d’en prendre un autre garni de sa flèche.

1111. Le plus excellent de tous les porteurs d’arc, très héroïque, très sage, très fort, ayant pris cet excellent arc et l’ayant bandé,

1112. Ce grand archer attaqua alors Kritavarman, ô roi, ne pouvant pas supporter qu’il eût brisé son arc.

1113. Puis le héros de Çini frappa de dix flèches aiguës le cocher, les chevaux et l’étendard de Kritavarman.

1114. Ensuite de quoi, ô roi, le grand archer et grand guerrier Kritavarman, ayant considéré son char orné d’or, dont le cocher et les chevaux étaient tués,

1115. Atteint d’une grande colère, leva une pique, ô vénérable, et, désireux de tuer le héros de Çini, la (lui) lança avec (tout) l’élan (que) sa main (put lui donner).

1116. Le Satvatide (Youyoudhàna) brisa cette pique avec des traits aigus, et la fit tomber pulvérisée sur le champ de bataille, stupéfiant en quelque sorte le Madhavide 17.

1117, 1118. Puis il le frappa au cœur avec une autre bhalla. Kritavarman, dont les chevaux et le cocher (venaient d’être) tués dans la bataille par Youyoudhàna, habile à l’usage des armes, tomba à terre. Ce héros étant privé de son char par le Satyakide dans ce duel (entre guerriers montés sur) leurs chars,

1119. Toutes les armées ressentirent une grande crainte et le désespoir s’empara complètement de ton fils,

1120, 1121. Quand Kritavarman eut ses chevaux et son cocher tués et fut (ainsi) privé (du secours) de son char. Le voyant avec ses chevaux et son cocher tués, Kripa accourut, désireux de tuer le héros de Çini, ô roi. Ayant fait monter (Kritavarman) sur son char, à la vue de tous les archers,

1122. Il emmena (ce) guerrier aux grands bras hors du champ de bataille. Ô roi, quand Kritavarman, privé de son char, eut été vaincu par le Çinien,

1123. Toute l’armée de Douryodhana tourna de nouveau le dos. Les ennemis, enveloppés par la poussière (soulevée) par l’armée, ne s’en aperçurent pas.

1124. Les tiens s’enfuirent, à l’exception du roi Douryodhana qui, ayant vu près de lui son armée rompue,

1125. Accourait rapidement, et à lui seul arrêta tous (les ennemis). Plein de colère (il attaqua) tous les fils de Pândou, le Prishatide Dhrishtadyoumna,

1126. Çikhandin, les fils de Draupadî, la multitude des Pâñcâlas, les Kekayas, les Somakas et les Sriñjayas, ô vénérable.

1127. Sans crainte, dangereux à affronter, il les arrêtait avec des flèches aiguës. Ton fils, doué d’une grande force, se tenait attentif dans le combat.

1128. Le roi Douryodhana était (présent) partout dans la bataille, semblable à un grand feu brûlant, purifié par les incantations.

1129. Les ennemis ne l’approchaient pas dans le combat, pas plus que les mortels (ne s’approchent volontairement de) la mort. Mais le fils de Hridika étant monté sur un autre char se porta en avant.


CHAPITRE XXII


COMBAT GÉNÉRAL


Argument : Exploits de Douryodhana, qui résiste aux efforts des fils de Pândou et du Satyakide. Intervention du fils de Drona, de Çakouni et d’Ouloûka. Généralisation du combat.


1130. Sañjaya dit : grand roi, ton fils, le meilleur des maîtres de chars, à qui il était difficile de résister, monté sur son char, resplendit dans le combat comme le majestueux Roudra.

1131. La terre était couverte de milliers de ses flèches, et il en arrosait les ennemis comme les montagnes (sont arrosées) par la pluie.

1132. Et dans l’océan de l’armée des Pândouides, il n’y eut pas un homme, pas un cheval, pas un éléphant, pas un char, qui ne fût offensé par ses traits,

1133. maître des hommes, quel que fût le guerrier que nous regardions dans la bataille, il était couvert des flèches de ton fils, ô Bharatide.

1134. On voyait l’armée couverte par les flèches du magnanime comme par la poussière qu’elle avait élevée.

1135. maître de la terre, nous voyons la terre n’être plus que flèches, mise (dans cet état) par l’archer Douryodhana à la main rapide.

1136. Parmi ces milliers de guerriers, tant des tiens que des ennemis, il n’y avait qu’un homme, ton fils Douryodhana. Voilà mon opinion.

1137. Nous considérions la force merveilleuse de ton fils, (qui était telle) que les fils de Prithâ réunis ne (pouvaient pas) l’approcher, ô Bharatide.

1138. Ô excellent Bharatide, il atteignit en combattant Youdhishthira de cent (traits), Bhîmasena de soixante-dix, Sahadeva de sept,

1139. Nakoula de soixante-quatre, Dhrishtadyoumna de sept, les fils de Draupadî de sept, et il perça le Satyakide de trois.

1140. Ô vénérable, il coupa avec une bhalla l’arc de Sahadeva. Le magnanime fils de Mâdrî ayant déposé cette arme brisée,

1141. Et saisi un autre grand arc, courut sur le roi. Il atteignit ensuite Douryodhana de dix flèches, dans la bataille.

1142. Puis le héros Nakoula perça le roi de neuf traits d’aspect terrible, aux grandes emprennures, et poussa un cri.

1143. Le Satyakide atteignit aussi le roi avec une flèche aux nœuds recourbés. Les fils de Draupadî (le percèrent) de soixante-treize (traits), et Dharmarâja de cinq,

1144. Bhîmasena le tourmenta aussi avec quatre-vingts flèches. Mais, couvert de toutes parts par les traits (lancés) par les magnanimes,

1145-1147. Il ne bougea pas, ô grand roi, toute l’armée voyant (sa fermeté dans le combat). Tous les hommes connurent que la légèreté, l’excellence et l’héroïsme du magnanime (Douryodhana) surpassaient (les qualités de) tous les êtres. Les guerriers Dhritarâshtrides, (bien) armés ne voyant pas (entre lui et eux) un intervalle (même) très petit, entouraient le roi. Leur arrivée produisit un tumulte terrible,

1148, 1149. Semblable, en vérité, au bruit de la mer agitée, pendant la saison des pluies. Ces grands archers s’étant approchés dans la bataille, du roi invincible, allèrent à la rencontre des Pândouides, en les attaquant. Le fils de Drona arrêta, dans le combat, Bhîmasena irrité.

1150. Ô grand roi, les diverses flèches lancées dans l’espace, empêchaient (par leur nombre) , les héros de distinguer les points cardinaux et les espaces intermédiaires.

1151. Ô Bharatide, ces deux (guerriers), aux exploits terribles, tous les deux difficiles à aff’ronter, désireux d’attaquer et de rendre les coups qui leur étaient portés, combattirent d’une manière affreuse.

1152. Faisant trembler tous les points de l’horizon, ayant la peau durcie par le frottement de la corde de leurs arcs. Cependant Çakouni, héros dans les combats, pressait Youdhishthira.

1153. Le fort fils de Soubala, ayant tué ses quatre chevaux, effraya toutes les armées en poussant un grand cri.

1154. À ce moment, le majestueux Sahadeva entraîna sur son char, hors du champ de bataille, l’invincible héros royal (Youdhishthira).

1155. Et Youdhishthira Dharmapoutra, étant monté sur un autre char, ayant atteint Cakouui de neuf (traits), le perça encore de cinq (autres).

1156. Puis le plus excellent de tous les archers poussa un grand cri. Ce combat, ô vénérable, était étrange, et d’aspect terrible,

1157-1161. Remplissant les spectateurs de satisfaction, honoré par les Siddhas (saints) et les Câranas (panégyristes des dieux). Mais, Ouloûka attaquait de toutes parts avec des pluies de flèches, le grand archer Nakoula, enragé au combat, et le héros Nakoula couvrait de tous côtés, dans la bataille, le fils de Soubala, d’un grand nuage de flèches. On vit là ces deux héros des batailles, grands guerriers de noble race, combattant (l’un contre l’autre), désirant attaquer, et rendre les coups qui leur étaient portés. Le Çinien, tourmenteur de ses ennemis, luttant contre Kritavarman, ô roi, brilla dans (ce) combat, comme Indra (combattant) Bali. Douryodhana, ayant, dans la bataille, coupé l’arc de Dhrishtadyoumna,

1162. Atteignit ensuite de flèches aiguës, ce (guerrier) dont l’arc était brisé. Mais Dhrishtadyoumna ayant saisi une excellente arme,

1163. Combattit le roi sous les yeux de tous les archers. Ô excellent Bharatide, la lutte de ces deux (héros) dans la bataille fut grande,

1164-1165. Pareille à celle qui a lieu entre deux éléphants des bois, en rut, les bosses frontales ouvertes. Le héros Gotamide, plein de colère, atteignit dans le combat, les fils de Draupadî, (qui étaient) doués d’une grande force, avec de nombreuses flèches aux nœuds recourbes. Le combat qu’il leur livra fut (aussi terrible) que (celui que) l’homme (livre) à ses sens.

1166. Ce (combat) fut terrible, sans pitié, impossible à faire cesser, et ces (guerriers) tourmentèrent (le Gotamide) comme les sens (tourmentent) un jeune homme.

1167, 1168. Le (Gotamide) leur résista avec fureur dans la bataille. Le combat qu’il leur livra présenta (des aspects) divers, ô Bharatide, comme celui qu’un homme livre à ses sens. Les hommes (se battaient) contre les hommes, les éléphants contre les éléphants,

1169. Les chevaux contre les chevaux, les maîtres de chars contre les maîtres de chars, et, ô maître des hommes, la mêlée prit de nouveau un aspect épouvantable.

1170. Ô grand roi les combats étaient terribles et nombreux, (et on pouvait dire) : cette (lutte offre des formes) variées, elle est épouvantable, elle est effrayante.

1171. Ces dompteurs de leurs ennemis s’approchèrent les uns des autres dans la bataille, s’attaquèrent et se frappèrent dans le grand combat (qu’ils se livraient).

1172. Ô roi, la poussière que leurs armes élevait était épaisse, et poussée en avant par le vent, par les chevaux et par les cavaliers courants.

1173. La poussière soulevée par les roues des chars et l’haleine des éléphants, dense comme un nuage du crépuscule, monta vers le soleil,

1174. Qui, obscurci par cette poussière, devint sans éclat. La terre, et ces grands guerriers héroïques, étaient cachés (par elle).

1175, 1176. Ô Bharatide, en un instant, pour ainsi dire, cette obscurité profonde et terrible à voir, disparut de toutes parts avec la poussière (qui la constituait), sur le sol arrosé du sang des héros, et quand elle eut ainsi cessé, je vis mieux les engagements deux à deux,

1177. (En appréciant) la force et la supériorité réciproques (des combattants). Au milieu du jour les armures (lançaient) d’une manière terrible des éclats brillants.

1178. Et les flèches volant dans la bataille, faisaient un bruit tumultueux, pareil à celui d’un bois de roseaux brûlant dans la montagne.


CHAPITRE XXIII


COMBAT GÉNÉRAL


Argument : Douryodhana rallie ses soldats. Grande bataille. Exploits de Dharmarâja. Douryodhana envoie sept cents chars contre lui. Çikhandin secourt Youdhishthira. Présages funestes. Combat. Fuite des Kourouides. Çakouni les rallie et attaque l'arrière-garde Pândouide. Youdhishthira envoie Sahadeva contre lui. Combat de Sahadeva et de ses troupes contre Çakouni et les siens qui sont battus.


1179. Sañjaya dit : Un combat terrible, formidable, ayant lieu ainsi, l’armée de ton fils y fut taillée en pièces par les Pândouides :

1180. Cependant, ton fils, au moyen d’efforts énergiques, ayant arrêté (la fuite des) grands guerriers, combattit l’armée des fils de Pândou.

1181. Les soldats retournèrent précipitamment au combat, désireux (de voir) ton fils (remporter) la victoire. Dès qu’ils se furent retournés, le combat fut très violent,

1182. Entre les tiens et les ennemis, et semblable à celui des dieux contre les asouras. Ni dans ton armée, ni parmi les ennemis, personne ne tourna le dos.

1183. (Les guerriers des deux partis) combattaient les uns contre les autres, (en se reconnaissant) d’après les conclusions (qu’ils tiraient des diverses circonstances), et d’après (renonciation) des noms (qu’ils entendaient prononcer). Il se fit une grande destruction de ces (soldats), qui se combattaient mutuellement.

1184. Alors le roi Youdhishthira, animé d’une grande colère, désirant vaincre dans le combat les Dhritarâshtrides avec leur roi,

1185. Après avoir atteint le Çaratvatide de trois (flèches) aiguisées sur la pierre et à l’extrémité postérieure dorée, tua de quatre nârâcas les chevaux de Kritavarman.

1186. Mais Açvatthâmam emmena le glorieux fils de Hridikâ, et le Çaratvatide blessa Youdhishthira de huit traits .

1187. Alors le roi Douryodhana envoya sept cents chars à (l’endroit du) combat, où (se trouvait) le roi Youdhishthira Dharmapoutra.

1188. Rapides comme le vent ou la pensée, les chars munis de leurs guerriers accoururent au combat contre le char du fils de Kountî.

1189. Ayant environné de toutes parts Youdhishthira, ils rendirent par (la multitude de) leurs flèches, le soleil invisible, comme (si) des nuages (l’eussent caché).

1190. Les chars (des ennemis) ayant Çikhandin à leur tête, exaspérés à la vue de Dharmaràja réduit à cette (extrémité) par les Kourouides, ne supportèrent pas (patiemment ce spectacle).

1191. (Les guerriers) pourvus de chars (attelés) d’excellents chevaux, couverts de multitudes de clochettes, vinrent protéger Youdhishthira, fils de Kountî.

1192. Alors, entre les Kourouides et les Pândouides, eut lieu un combat formidable, où le sang coula comme de l’eau, et qui enrichit l’empire d’Yama.

1193. Ayant détruit les sept cents chars Kourouides qui attaquaient (leur roi), les Pândouides avec les Pâñcâlas assaillirent de nouveau (ton armée).

1194. Il se livra en ce lieu un grand combat entre ton fils et les Pândouides ; nous n’en avions jamais vu ni entendu raconter un pareil.

1195. Une grande et impitoyable bataille ayant lieu de toutes parts, les guerriers, (tant) les tiens que les autres étant tués,

1196. Les combattants poussant des cris, les excellentes conques étant remplies (de vent), des rugissements étant poussés, accompagnant le grondement des archers,

1197. Le combat étant devenu très acharné, et les parties vitales (des guerriers) étant tranchées, les combattants courant, avides de la victoire, ô vénérable,

1198. La destruction, origine des chagrins, s’étendant de toutes parts sur la terre, (destruction) qui s’accompagne (de la possibilité) d’enlever par les cheveux beaucoup de femmes (veuves), des plus distinguées, (parce qu’elles n’ont plus de maris pour les protéger),

1199. Alors, le combat étant devenu terrible et impitoyable, des présages épouvantables apparurent dans le ciel et sur la terre.

1200. 1201. La terre avec ses montagnes et ses forêts fut remplie de bruit et trembla. Des météores, avec des manches, et des tisons éparpillés de toutes parts tombèrent du ciel sur la terre, après avoir choqué le disque du soleil. On vit des tourbillons de vent, au dessous (desquels tombait) une pluie de pierres.

1202. Les éléphants versaient des larmes et étaient agités d’un fort tremblement. N’ayant aucun égard à ces terribles et horribles présages,

1203. Les Kshatriyas, désireux d’aller au Svarga, s’étant de nouveau concertés en vue du combat, libres de tout souci, se tinrent fermes à Kouroukshhetra (le champ de Kourou), (poste) bon et charmant.

1204. Alors, Çakouni, fils du roi de Gândhâra, dit aux guerriers : combattez en avant, moi, je vais tuer les Pândouides par derrière.

1205. Puis (pendant que) nous allions ensemble en avant, les énergiques guerriers de Madra, pleins de joie, poussèrent le cri de Kilâkila ; (nos) adversaires (le poussaient) aussi.

1206. Mais les adroits (Pândouides), à l’attaque desquels il est difficile de résister, (nous) assaillirent de nouveau en (nous) couvrant d’une pluie de flèches.

1207. Et l’armée de Douryodhana, ayant vu celle du roi de Madra tuée par les ennemis, tourna encore le dos.

1208. Mais alors, le fort roi de Gândhâra dit de nouveau : « Retournez. Vous ne connaissez pas vos devoirs. Combattez. À quoi vous sert de fuir ? »

1209. Ô excellent Bharatide l’armée du roi de Gândhâra était de dix mille cavaliers combattant avec de grands javelots.

1210. L’armée Pândouide était attaquée par cette armée qui, l’ayant assaillie par derrière, tuait ses guerriers avec ses flèches aiguës.

1211. Cette immense armée des Pândouides était divisée (en tronçons), comme (l’est) un nuage poussé par le vent dans toutes les directions.

1212. Alors l’énergique Youdhishthira, voyant (près de lui) son armée rompue, excita le très fort Sahadeva (en lui disant) :

1213. Ce très puissant fils de Soubala, revêtu de ses armes, après avoir broyé notre arrière-garde, tue nos armées. Ô fils de Pândou, vois sa méchanceté18

1214. Va, et avec les fils de Draupadî, vaincs Çakouni, fils de Soubala, (pendant que) moi, accompagné des Pâñcâlas, je détruirai l'armée des chars, ô homme sans péché.

1215. Que tous les éléphants et les chevaux, ainsi que trois mille fantassins t’accompagnent. Entouré de ces (forces), triomphe de Çakouni.

1216. Alors sept cents éléphants couverts (d’hommes) l'arc à la main, cinq milliers de chevaux, et l'héroique Sahadeva,

1217. Trois mille fantassins et les fils de Draupadî, attaquèrent de tous côtés Çakouni, enragé au combat.

1218. Alors le majestueux fils de Pândou, avide de la victoire, ayant vaincu le fils de Soubala, tua son armée par derrière.

1219. Les énergiques cavaliers Pândouides irrités, après avoir vaincu la division des chars, pénétrèrent dans l’armée du Soubalide.

1220. Ces héros se tinrent là, au milieu du combat, montés sur leurs chevaux, et couvrirent d’un nuage de flèches la grande armée du fils de Soubala.

1221. Ô roi, ce grand combat livré parles héros armés de javelots et de massues levées, était causé par ton imprudence.

1222. Le bruit des cordes des arcs cessait (de se faire entendre). Les maîtres de chars devenaient spectateurs (de la lutte) ; on ne pouvait en vérité distinguer la différence (qui pouvait exister entre la valeur) des tiens et (celle) des ennemis.

1223. Ô excellent Bharatide, les Kourouides et les Pândouides voyaient, semblable à une pluie d’étoiles, la chute des piques lancées par les bras des guerriers.

1224. Ô maître des hommes, çà et là le ciel resplendissait, rempli des lances brillantes, volant ensemble.

1225. Ô roi le plus grand des Bharatides, les javelots volants dans l’atmosphère, avaient l’aspect de (nuées de) sauterelles.

1226. Les chevaux, frappés par les flèches, tombaient par centaines et par milliers, tous les membres baignés de sang.

1227. Se frappant mutuellement en s’approchant les uns des autres, on les voyait, blessés, vomissant le sang par la bouche,

1228, 1229. Le ciel, rempli de la poussière (élevée par) l’armée, présentait une obscurité terrible ; ô dompteur des ennemis, je vis ces chevaux et ces hommes s’éloignant de ce lieu, et d’autres, vomissant beaucoup de sang, abattus sur la terre couverte de poussière.

1230. Les hommes, serrés tête contre tête, ne pouvaient se mouvoir. Les très forts (guerriers) s’arrachaient les uns les autres du dos de leurs chevaux ;

1231. Se tuant réciproquement, comme des lutteurs qui se sont empoignés. Là, de nombreux (combattants) que la vie avait abandonnés, étaient emportés par leurs chevaux.

1232. Et on voyait, tombés à terre, beaucoup d’autres hommes à l’âme héroïque, jadis désireux de la victoire,

1233. On apercevait la terre couverte de centaines et de milliers (de corps) souillés de sang, ayant les mains coupées et les cheveux arrachés.

1234. Il n’était possible à aucun cheval d’aller loin sur le sol de la terre, couvert de coursiers tués, avec leurs cavaliers,

1235. De (guerriers) revêtus de leurs armures arrosées de sang, de (soldats) terribles, porteurs d’armes de diverses sortes, ayant saisi leurs épées, tenant leurs armes levées, et désireux de la victoire.

1236, 1237. Ô maître des hommes, Çakouni, fils de Soubala, après avoir combattu un instant avec ces guerriers qui étaient très proches (de lui) et dont la plus grande partie était tuée, s’approcha (du gros de notre armée, en s’éloignant) de là, avec six mille chevaux qui (lui) restaient.







CHAPITRE XXIV


COMBAT GÉNÉRAL


Argument : Les fils de Draupadî rejoignent Dhrishtadyoumna. Sahadeva rejoint Youdhishthira. Çakouni attaque de nouveau Dhrishtadyoumna. Combat terrible.


1238. Sañjaya dit : De même, l’armée Pândouide, couverte de sang, ayant ses équipages fatigués, s’approchait avec six mille chevaux (qui lui) restaient.

1239. Arrosés de sang, les cavaliers Pândouides (décidés à faire) le sacrifice de leur vie dans la grande lutte qui était très proche, disaient :

1240. Ici, on ne peut pas combattre avec des chars, comment (le pourrait-on) avec des éléphants ? Que les chars aillent contre les chars, et les éléphants contre les éléphants.

1241. Certes, Çakouni s’est retiré vers son armée et s’y tient. Le fils de Soubala, ô roi, ne reviendra pas au combat.

1242. Alors les fils de Draupadî et les grands éléphants furieux se dirigèrent vers le lieu (où se trouvait) le grand guerrier Dhrishtadyoumna.

1243. Sahadevva aussi, ô Kourouide, quand le nuage de poussière eut disparu, alla seul, là où était le roi Youdhishthira.

1244. Puis, après que ceux-ci furent partis, le Soubalide Çakouni, irrité, attaqua de nouveau l'armée de Dhrishtadoumna, sur les côtés.

1245. Le combat s’engagea alors de nouveau entre les tiens et les ennemis, les (combattants) ayant fait le sacrifice de leurs vies, et désirant se tuer les uns les autres.

1246. Dans ce conflit de héros, ô roi, ces guerriers se regardaient réciproquement (et) se précipitaient par centaines et par milliers (les uns sur les autres).

1247. On entendait, dans cette destruction du monde, un grand bruit de têtes coupées par les épées (et tombant sur le sol), pareil (au bruit que ferait) la chute de noix de palmier.

1248-1250. Un bruit et un fracas tumultueux, faisant hérisser le poil (de terreur), était (produit) par la chute à terre des corps ayant perdu le souffle vital, des bras avec leurs armes, des cuisses détachées (du reste du corps), ô maître des hommes. Les guerriers tuant avec des armes aiguës leurs frères, leurs fils, leurs pères, volaient, comme des oiseaux à la recherche de leur proie. Enragés les uns contre les autres, ils s’attaquaient mutuellement,

1251-1253. Se frappaient des milliers de fois en disant : « à moi d’abord, à moi d’abord (de porter le premier coup). » Les chevaux s’enfuyaient, leurs cavaliers tués étant tombés de leurs selles en se heurtant (les uns contre les autres). Ô maître des hommes, il se produisait un bruit tumultueux de lances, d’épées, de lions, de chevaux luttant et se froissant (réciproquement) dans leur course rapide, et d’hommes munis de leurs armures et criant,

1254. Détruisant les parties vitales de leurs ennemis, dans (cette lutte qui était le résultat des) mauvais conseils (que tu avais suivis). Brisés par la fatigue, enragés, ayant leurs chevaux fatigués, mourants de soif,

1255. Et blessés par des armes aiguës, les tiens attaquaient (cependant leurs adversaires). En ce lieu, de nombreux guerriers éperdus, grisés par l’odeur du sang,

1256, 1257. Tuaient leurs ennemis, et aussi leurs (camarades), qu’ils atteignaient (de leurs armes), en arrivant (auprès d’eux). De nombreux Kshatriyas avides de la victoire, tombaient morts à terre, tués par des pluies de flèches. Dans ce jour, réjouissant pour les loups, les chacals et les vautours,

1258. La destruction de l’armée, (qui avait lieu) sous les yeux de ton fils, fut terrible. Ô maître des hommes, la terre était jonchée des corps des hommes et des chevaux,

1259. Arrosée de sang en guise d’eau, elle accroissait l'effroi des gens craintifs ; se blessant incessamment avec les épées, les patticas et les piques,

1260. Ô Bharatide, les tiens et les Pândouides ne reculaient pas ; frappant selon leur pouvoir tant qu’il leur restait un souffle de vie,

1261. Les guerriers tombaient, répandant du sang par leurs plaies. On voyait, (par ci par là), un corps sans tête qui tenait une tête par les cheveux,

1262. Et brandissait un glaive tranchant, humide de sang. Ô roi, de nombreux corps sans tête étant (ainsi) dressés,

1263. 1264. Des guerriers s’évanouirent à l’odeur du sang. Ensuite, le bruit s’étant affaibli, le Soubalide, avec le peu de chevaux qui lui restaient, attaqua l’armée des Pândouides qui, avides de la victoire, se hâtèrent de courir contre lui.

1265. Les fantassins, les éléphants et les cavaliers, l’ayant environné et entouré de toutes parts, avec leurs armes levées,

1266. Désireux de terminer la guerre, le frappèrent avec des armes de diverses sortes. Mais, en voyant les tiens attaqués de tous côtés,

1267, 1268. Les chars, les cavaliers, les fantassins et les éléphants coururent sur les Pândouides. Quelques héroïques fantassins, ayant épuisé leurs armes, se tuaient réciproquement à coups de pieds et à coups de poing. Les maîtres de chars (tombaient) de leurs chars, ceux montés sur des éléphants (tombaient) de leurs éléphants,

1269. Comme les saints tombent du ciel à l’expiration de leurs mérites. Ainsi, les guerriers, en s’approchant les uns des autres dans la grande bataille, tuèrent

1270, 1271. Leurs pères, leurs amis, leurs frères, et aussi leurs fils, de sorte que le combat était sans pitié, ô le plus grand des Bharatides, la confusion des javelots, des épées et des flèches étant devenue très effrayante.





CHAPITRE XXV


COMBAT GÉNÉRAL


Argument : Çakouni ramène au combat les sept cents chevaux qui lui restent, et rejoint Douryodhana, ce qui enflamme le courage de l’armée. Discours d’Arjouna à Krishna. Prouesses d’Arjouna qui détruit l’armée Kourouide.


1272. Sañjaya dit : Ce bruit ayant diminué, l’armée étant tuée par les Pandouides, le Soubalide retourna (au combat) avec sept cents chevaux qui (lui) restaient.

1273. S’étant hâté d’aller au combat, il s’empressa de dire à l’armée : « Combattez, ô dompteurs des ennemis ; soyez toujours joyeux. »

1274. Le grand guerrier demanda aux Kshatriyas qui étaient présents : « où donc est le roi ? » Ceux-ci, ayant entendu cette parole de Çakouni, ô excellent Bharatide, lui répondirent :

1275. Ce grand guerrier Kourouide se tient au milieu du combat, là où est le grand parasol dont l’éclat est pareil à celui de la pleine lune,

1276. Là où se tiennent ces chars équipés, garnis de belles armures, là où (on entend) un bruit tumultueux, semblable à celui d’un nuage orageux.

1277. Vas-y immédiatement, ô roi et tu verras le Kourouide. Alors, ainsi renseigné par les guerriers, Çakouni, fils de Soubala,

1278. S’avança, ô roi, là où était ton fils, entouré de tous côtés dans la bataille par les héros qui combattaient brillamment.

1279. Alors ayant vu Douryodhana qui se tenait ferme avec l’armée des chars, Çakouni réjouit (par son arrivée) tous les tiens (montés) sur leurs chars ;

1280. Ô maître des hommes, jugeant que lui-même avait fait ce qu’il devait faire, il dit d’un air joyeux ces paroles au roi Douryodhana :

1281. « Ô roi, vaincs l’armée des chars. Toute la cavalerie a été vaincue par moi. On ne saurait triompher d’Youdhishthira, qu’en lui étant la vie dans la bataille.

1282. Quand cette armée de chars, protégée par les fils de Pândou aura été détruite, je tuerai les éléphants, les fantassins et les autres (ennemis). »

1283. Après avoir entendu ses paroles, les tiens, avides de la victoire, tombèrent joyeusement avec leurs chars sur l’armée des fils de Pândou.

1284. Tous, ayant assujetti leurs carquois et saisi leurs arcs qu’ils agitaient, poussèrent des rugissements.

1285. Alors, ô maître des hommes, le bruit de la paume de la main contre la corde des arcs, se fit de nouveau entendre, ainsi que le sifflement des flèches bien lancées.

1286. En les voyant s’approcher rapidement de lui, l’arc levé, Dhanañjaya, fils de Kountî, dit au fils de Devakâ (Krishna) :

1287. Pousse sans crainte les chevaux, pénètre dans l’océan de cette armée. Je tuerai aujourd’hui les ennemis avec des flèches aiguës.

1288. Ô tourmentcur des hommes, il y a aujourd’hui dix-huit jours que dure ce grand combat, dans lequel on s’attaque réciproquement.

1289. L’armée de ces magnanimes, dont le dénombrement était presque impossible, a trouvé sa ruine dans la bataille. Vois ce que c’est que la destinée.

1290. Ô Madhavide, l’armée du fils de Dhritarâshtra, qui était immense comme la mer, après nous avoir attaqués, est devenue semblable à la flaque d’eau qui se forme dans le pas d’un bœuf, ô Acyouta (impérissable) ;

1291. Après la mort de Bhîshma, on eût pu faire un compromis et le bonheur eût régné ici-bas. Le fou et niais Dhritarâshtride n’y a pas consenti.

1292. Ô meurtrier de Madhou, il avait été dit par Bhîshma une parole salutaire, et qui semblait convenable. Cependant ce Souyodhana Douryodhana), dépourvu de sagesse, n'a pas fait (ce que Bhîshma avait conseillé).

1293. Bhîshma, étant, dans cette guerre, abattu sur le sol de la terre, je ne connais pas la raison pour laquelle la lutte continua.

1294. Je considère de toutes façons comme très insensés, les fous Dhritarâshtrides, qui recommencèrent le combat après que le fils de Çântanou fut tombé,

1295. Et après que Drona, le meilleur des philosophes, fut tué ainsi que Râdheya (Karna) et Vikarna, ce carnage ne cessa pas encore.

1296. Quand cette armée fut réduite à un petit nombre (de combattants), quand le fils du cocher fut tué avec les tigres des hommes, ses fils, le carnage ne cessa pas encore.

1297. Le héros Çroutâyou étant tué, ainsi que le Pourouide Jalasamdha, et le roi Çroutâyoudha, le carnage ne cessa pas encore.

1298. Bhoûriçravas, Çalya, le Çalvien, étant tués, ô tourmenteur des hommes, ainsi que les héros d’Avanti, le massacre ne cessa pas encore.

1299. Jayadratha étant tué, ainsi que le rakshasa Alâyoudha, le Vahlikien et Somadatta, le combat ne cessa pas encore.

1300. Le héros Bhagadatta étant tué ainsi que le Kambojien Soudakshina, et Dousçâsana, le combat ne cessa pas encore.

1301. Et, après qu’on eût vu, tués séparément, les rois, les héros, les gouverneurs de province, et ceux qui étaient forts dans les combats, le carnage ne cessa pas encore, ô Krishna.

1302. Que ce fût une suite de sa cupidité ou de sa folie, après avoir vu les chefs de toute l’armée abattus par Bhîmasena, (Douryodhana ne fit) pas encore cesser le carnage.

1303. Si ce n’est Souyodhana, quel roi né d’une noble race, surtout un Kourouide, continuerait une guerre inutile ?

1304. Quel est donc celui qui, n’étant pas fou, (mais) étant sage et connaissant le bien et le mal, continuerait à combattre, après avoir reconnu que (son ennemi) lui est supérieur en qualités, en force et en héroïsme ?

1305. Certes, si son esprit n’a pas voulu s’arrêter à la bonne parole qui lui fut dite par toi, comment écouterait-il (celle) d’un autre (lui conseillant de faire) la paix avec les fils de Pândou ?

1306. Quel remède (pourrait-il donc y avoir) pour (la folie de) celui par qui le héros fils de Çântanou, Drona et même Vidoura ont été désavoués, quand ils conseillaient l’apaisement ?

1307, 1308. Lui qui, ô tourmenteur des hommes, méprisa, dans sa folie, les (conseils) de son vieux père et (ceux) de sa mère, qui voulaient le bien (de tous) ; lui qui n’a pas fait ce qu’il convenait de faire, de quelle part entendrait-il une parole qui pût lui plaire ? Ô Krishna, tourmenteur des ennemis, cet (homme) est manifestement né pour causer la fin de sa race.

1309. Ô maître des hommes, c’est ce qu’indiquent ses actes et sa politique. Mon avis est qu’il ne (consentira) pas, même (maintenant), à nous rendre notre royaume, ô impérissable.

1310. Mon ami, le magnanime Vidoura m’a dit plusieurs fois : Ô honorable, le fils de Dhritarâshtra ne vous rendra pas vivant, ce qui vous revient.

1311. Aussi longtemps que l’insensé Dhritarâshtride vivra, aussi longtemps, le mal (qu’il vous fera), vous poursuivra, ô vous qui êtes sans péché.

1312. Il ne peut être vaincu que par un combat, ô meurtrier de Madhou. Certes, Vidoura, qui voyait juste, me l’a toujours dit.

1313. Je vois maintenant que tous les projets du méchant (Douryodhana étaient conformes) à ce qui m’avait été dit par le magnanime Vidoura.

1314. Certes, celui qui, après avoir entendu les paroles justes et convenables du Jamadagnide, (était assez) insensé pour les mépriser, (était menacé d’une) ruine certaine et prochaine.

1315. Il a été dit à plusieurs reprises par les Siddhas (saints), lorsque Souyodhana venait de naître : « En s’augmentant de ce méchant, la caste des Kshatriyas s’achemine vers sa ruine. »

1316. Ô tourmenteur des hommes, leur prédiction est certes remplie, car une grande destruction de rois a eu lieu, dans l'intérêt de Douryodhana.

1317. Maintenant, ô meurtrier de Madhou, je vais tuer tous les guerriers, en combattant. Quand les Kshatriyas auront été rapidement frappés et que le camp sera vide,

1318. Il se décidera à combattre contre nous, et ce sera sa mort. On peut conclure que ce sera la fin de la guerre, ô Madhavide.

1319. Ô Vrishnien, je vois (les choses) ainsi, en réfléchissant aux paroles de Vidoura, d’après mes propres connaissances et la conduite du méchant.

1320. C’est pourquoi, ô héros, va vers l’armée afin qu’avec mes flèches aiguës, je la tue dans le combat, ainsi que Douryodhana, ô guerriers aux puissants bras.

1321. Ô meurtrier de Madhou, je préparerai aujourd’hui la paix pour Dharmarâja, en tuant cette faible armée sous les yeux du Dhritarâshtride.

1322, 1323. Sañjaya dit : sur ces paroles de l’ambidextre, le Daçarhien, les rênes en main, pénétra de force et sans crainte dans les flots de cette armée ennemie, que les massues, les glaives et les flèches (rendaient) terrible, (qui était pareille à une forêt) remplie de lances en guise d’épines, offrant un chemin pavé de massues et de pilons, des éléphants et des chars en guise de grands arbres ;

1324. Remplie de chevaux et de fantassins en guise de lianes. Le très glorieux Govinda étant entré (dans cette armée), la parcourait avec le char bien orné de bannières.

1325. Ô roi, on voyait, conduits par le Daçarhien, les chevaux blancs qui portaient Arjouna au combat dans toutes les directions.

1326. Alors l’ambidextre tourmenteur des ennemis, entra dans la bataille avec son char, en versant des centaines de flèches, comme un nuage (verse) des gouttes d’eau.

1327. On entendit un grand bruit de flèches aux nœuds recourbes, couvertes dans le combat par les traits (lancés) par l’ambidextre, (et qui heurtaient ceux de ses ennemis).

1328. La multitude des flèches tombait à terre, sans adhérer aux armures (qu’elles traversaient de part en part). Le choc des traits lancés par Gândîva était pareil à celui des coups de la foudre d’Indra.

1329. Pareilles à des oiseaux bruyants, les flèches, ô maître des hommes, volaient dans le combat, tuant les hommes, les éléphants et les chevaux.

1330. Tout était couvert par les flèches décochés par Gândiva. On ne distinguait dans la bataille, ni les points cardinaux, ni les espaces intermédiaires.

1331. Le monde entier était rempli des traits à l’extrémité postérieure brillante, enduits d’huile, polis par le forgeron, et portant la marque du fils de Prithâ,

1332. Ces terribles (Kourouides), frappés de flèches aiguës, consumés par le fils de Prithâ, comme des éléphants (le sont) par le feu (d’un incendie), ne lâchaient (cependant) pas le Prithide (pour s’enfuir).

1333. Avec l’arc et les flèches qu’il portait, le fils de Prithâ, semblable à un soleil flamboyant, consuma les guerriers dans le combat, comme le feu brûle des broussailles.

1334. Comme, à la limite d’un bois, un feu abandonné par des gens voyageant dans la forêt, rallumé (fortuitement), éclatant avec un grand bruit, brûlerait des broussailles au milieu desquelles il se trouverait beaucoup d’arbres, et de nombreuses lianes sèches.

1335. De même, le (héros) à l’énergie indomptable, possédant une splendeur brûlante et variée dont les rayons étaient ses flèches, tourmentant ses ennemis avec la multitude de ses nârâcas, consuma toute l’armée de ton fils.

1336. Bien lancées, ses flèches mortelles, à l’extrémité postérieure brillante, ne se fixaient pas aux armures, (mais les traversaient et tombaient ensuite à terre). Il (n’avait pas besoin de) décocher un second trait sur un homme, sur un cheval ou sur le plus grand des éléphants, (le premier étant toujours suffisant pour donner la mort).

1337. Ayant pénétré dans l’armée des grands guerriers de ton fils, (Arjouna) la détruisit à lui tout seul, avec des flèches de diverses formes, comme (Indra), la foudre à la main, (tua jadis) les daityas.





CHAPITRE XXVI


FUITE DE DOURYODHANA


Argument : Fuite de l’armée Kourouide. Tentatives pour la rallier. Combats de Dhrishtadyoumna, Çikhandin et Çatânika contre Douryodhana. Trois mille éléphants entourent les fils de Pândou. Prouesses d’Arjouna et de Bhimasena. Terreur des Kourouides. Prouesses des trois autres Pândouides et de Dhirishtadyoumna. On cherche Douryodhana qui a fui. Açvatthâman, Kripa et Kritavarman vont le chercher près de Çakouni. Sañjaya se mêle au combat et est fait prisonnier.


1338. Sañjaya dit : À l'aide de Gândîva, Dhanañjaya rendait vain le désir des héros qui, en lançant (leurs traits), faisaient des efforts (pour lui résister) et ne s’enfuyaient pas.

1339. On le voyait, pareil à un nuage pluvieux qui laisse tomber des gouttes d’eau, répandre (une pluie de) flèches douées d’une grande force, impossibles à supporter, et dont le choc était comparable à celui de la foudre d’Indra.

1340. le plus grand des Bharatides, cette armée se voyant tuée par (Arjouna) qui porte un diadème, s’enfuit du combat sous les yeux de ton fils.

1341. Les uns abandonnèrent leurs pères, les autres leurs frères, d’autres leurs amis. Quelques-uns avaient leurs attelages ou leurs cochers tués.

1342. maître des hommes, quelques-uns avaient leurs essieux, leurs attelages, leurs roues, leurs timons brisés. D’autres avaient épuisé leurs traits, d’autres (encore) étaient écrasés par les flèches (d’Arjouna).

1343. Quelques-uns, non blessés, s’enfuyaient ensemble, tourmentés par la peur ; quelques autres, la plupart de leurs parents étant tués, (s’enfuyaient) en emmenant leurs fils.

1344, 1345. D’autres appelaient leurs pères, d’autres encore leurs compagnons. Ô tigre des hommes, quelques-uns s’enfuirent, après avoir abandonné de côté et d’autre leurs frères, leurs consanguins, ô maitre des hommes. Il y avait là quantité de grands guerriers grièvement blessés et frappés d’égarement.

1346. On voyait, haletants, ceux qui étaient atteints par les flèches du Prithide. D’autres les calmaient en un instant, après les avoir fait monter sur leurs (propres) chars ;

1347, 1348. Reposés et restaurés, ils retournaient au combat. Quelques-uns, négligeant les blessés, avides de se battre, dans leur ardeur pour la lutte, revenaient à la bataille, exécutant (ainsi) les ordres de ton fils. D’autres (faisaient de même), après avoir étanché leur soif, et fait reposer leurs chevaux.

1349. Les uns après avoir mis leurs armures, ô Bharatide, les autres après avoir encouragé leurs frères et les avoir établis dans leurs tentes.

1350. D’autres, (par leurs exhortations), rendaient de nouveau le combat agréable, qui à leurs fils, qui à leurs pères. Quelques-uns, ô maître des hommes, ayant fait préparer leurs chars selon leur rang,

1351. S’étant jetés dans l’armée Pândouide, se déciderent de nouveau à combattre. Ces héros, ornés de multitudes de clochettes brillantes,

1352. Étaient semblables à des asouras et à des daityas unis dans (l’espoir de remporter) la victoire sur les trois mondes. Quelques-uns, arrivés subitement avec des chars garnis d’or,

1353. Dans l’armée Pândouide, combattirent Dhrishtadyoumna. Le grand guerrier Pâñcâla, Dhrishtadyoumna, Çikhandin,

1354. Et Çatânika, fils de Nakoula, combattirent l’armée des chars. Alors le Pâñcâla irrité, entouré d’une grande armée,

1355-1358. Disposé à tuer, courut avec fureur contre les tiens. Mais alors le roi, ton fils, envoya une grêle de flèches à ce (héros) ; qui fondait sur (ton armée). Ô roi, le grand guerrier Dhrishtadyoumna, gravement blessé par l’archer ton fils, au moyen de nârâcas, de demi nârâcas, de flèches en dents de veau, et de traits polis par le forgeron, (lancés) adroitement et en grand nombre, ayant tué les quatre chevaux, l’atteignit (lui-même) dans les deux bras et dans la poitrine. (Furieux) comme un éléphant tourmenté par l’aiguillon, ce grand archer,

1359. Envoya à la mort, avec ses traits, les quatre chevaux (de ton fils) et, avec une autre (flèche), fit sauter la tête du cocher de sur son corps.

1360. Alors le dompteur des ennemis, le roi Douryodhana, dont le char était mis hors de service, monta sur le dos d’un cheval et s’en alla, (mais) pas très loin.

1361. Ton très fort fils, voyant l’énergie de son armée détruite, se dirigea vers l’endroit où se trouvait le fils de Soubala, ô grand roi.

1362. Puis, quand les chars (de tes guerriers) eurent été brisés, trois milliers d’éléphants entourèrent les cinq fils de Pândou montés sur leurs chars.

1363. Ô Bharatide, ces cinq (frères), environnés dans la bataille par l’armée des éléphants, brillaient comme les cinq planètes entourées de nuages.

1364. Alors, ô grand roi, Arjouna aux grands bras et aux blancs chevaux, habile à atteindre le but (qu’il proposait à ses flèches), sortit avec son char, seul, avec Krishna pour cocher,

1365. Entouré de toutes parts d’éléphants pareils à des montagnes, il écrasait l’armée de ces animaux, de nârâcas aiguës de diverses sortes.

1366. Nous apercevions là, les grands éléphants tués d’une seule flèche, tombés (ou) tombant, détruits par l’ambidextre.

1367, 1368. Cependant, le fort Bhîmasena, aussi (terrible) qu’un éléphant en rut, ayant vu ces éléphants, prit sa grande massue, sauta rapidement de son char, et, pareil à Antaka son bâton à la main, attaqua (ces animaux). À la vue du grand guerrier, fils de Pândou, la massue levée,

1369. Tes soldats tremblèrent (de peur), répandirent leurs excréments et lâchèrent leurs urines. Toute l’armée fut consternée, quand Vrikodara eut mis la massue à la main.

1370. Nous vîmes les éléphants semblables à des montagnes, courir (çà et là), couverts de poussière, les bosses frontales ouvertes par la massue de Bhîmasena.

1371. Ces éléphants s’enfuyaient, mais, frappés parla massue de Bhîmasena, ils tombaient en poussant des cris de douleurs, comme des montagnes dont les flancs sont coupés.

1372. Tes soldats tremblèrent en voyant ces très nombreux (animaux) courir çà et là et tomber, les bosses frontales crevées.

1373. Youdhisthira aussi, avec les deux Pândouides, fils de Mâdrî, pleins de colère, les conduisirent au séjour d’Yama, avec des flèches aiguës, garnies de plumes de vautour.

1374-1376. Quand le grand guerrier, fils du roi des Pâncàlas, Dhrishtadyoumna, eut vaincu le roi, ton fils, qui était parti, monté sur un cheval, voyant tous les fils de Pândou entourés par les éléphants, il se hâta d’aller attaquer ces animaux, avec le désir de les tuer. Mais, ne voyant pas dans l’armée des chars, Douryodhana dompteur des ennemis, ô grand roi,

1377. Açvatthâman, Kripa et le Satvatide Kritavarman, demandaient aux Kshatriyas : Où est le roi Douryodhana 19 ?

1378. Ces grands guerriers, ne voyant pas le roi au milieu du massacre qui se faisait en cet endroit, pensaient que ton fils avait été tué.

1379. Ils demandaient ton fils, avec des visages sans couleur. Quelques-uns dirent : « Le cocher étant tué, il est allé là où se trouve le Soubalide. »

1380. Mais d’autres Kshatryas, grièvement blessés, disaient : « Qu’avons-nous (à faire) avec Douryodhana ? Voyez s’il vit (encore).

1381, 1382. Combattez réunis tous (ensemble). Que fera ce roi pour vous ? » Cependant les Kshatriyas, qui avaient les membres blessés, et la plupart de leurs montures tuées, écrasés par les flèches, disaient, d’une voix rauque : « Nous (devons) tuer toute cette armée, qui nous entoure.

1383. Tous ces Pândouides s’approchent, après avoir tué les éléphants ». Mais le très fort Açvatthâman, ayant entendu leurs paroles.

1384. Alla, avec Kripa et Kritavarman, là où était le Soubalide, après avoir tué la terrible armée du roi des Pâñcâlas.

1385-1387. Quand ces très grands archers eurent abandonné l’armée des chars, et se furent dirigés (vers le but qu’ils s’étaient proposé), ô roi, les Pândouides, ayant à leur tête Dhrishtadyoumna, s’avancèrent, tuant les tiens. En voyant ces grands guerriers qui accouraient joyeux (pour les détruire), et les héros (de leur propre parti) qui les quittaient, (les hommes qui composaient) ton armée pâlirent, ne conservant plus l’espoir de vivre.

1388, 1389. Les voyant entourés, avec leurs armes épuisées, je fis le sacrifice de ma (propre vie) vie ; je m’établis dans le lieu où était le Çaradvatide, et, avec une armée à deux corps (de troupes) je combattis, moi cinquième, contre l’armée des Pâñcâlas.

1390. Nous cinq, écrasés par les flèches (d’Arjouna) qui porte un diadème, (nous fûmes) mis en fuite. Il s’engagea là un grand combat entre nous et le très formidable Dhrishtadyoumna.

1391. Vaincus par lui, nous nous éloignâmes du combat, et je vis le grand guerrier Satyakide s’approcher (de nous).

1392, 1393. Le grand héros courait sur moi avec quatre cents chars. Délivré de Dhrishtadyoumna, dont l’attelage était un peu fatigué, je tombai dans l’armée du Madhavide, comme un pécheur (tombe) dans l’enfer. Alors il s’engagea en ce lieu un combat violent et terrible.

1394. Le Satyakide aux grands bras, ayant détruit mon cortège, me fit prisonnier, moi (encore) vivant, (mais) gisant évanoui à terre.

1395. Alors cette armée d’éléphants fut tuée en un instant, par Bhîmasena avec sa massue, et par Arjouna avec ses nârâcas.

1396. Ces très vieux et grands éléphants, semblables à des montagnes (étant tués) de toutes parts, la marche des Pândouides (en) devint, en quelque sorte, un peu irrégulière.

1397. Et le très fort Bhîmasena éloignait les éléphants, pour ouvrir une route (praticable) aux chars des Pândouides.

1398. Açvatthâman, Kripa, et le Satvatide Kritavarman, ne voyant pas, dans l’armée des chars, Douryodhana dompteur des ennemis,

1399. Allèrent à la recherche du grand guerrier ton royal fils, et, abandonnant les Pàncâlas, s’avancèrent vers l’endroit où se trouvait le Soubalide,

1400. Craignant beaucoup de rencontrer le (corps du) roi parmi (ceux des) hommes qui avaient été massacrés.





CHAPITRE XXVII


COMBAT GÉNÉRAL


Argument : Combat de Bhîmasena contre les frères de Douryodhana. Mort de Dourmarshana, Çroutânta, Satyasena, Jaitra, Bhoûribala, Ravi, Dourvimocana, Doushpradharsha, Soujâta, Dourvisaha. L’armée Kourouide attaque Bhîmasena qui en fait un grand carnage.


1401. Sañjaya dit : Ô Bharatide, la troupe des éléphants étant tuée par le fils de Pândou, et l’armée même étant détruite par Bhîmasena dans la bataille,

1402. En voyant Bhîmasena dompteur des ennemis, se comporter comme Antaka qui, dans sa colère, ravit la vie, son bâton à la main,

1403, 1404. Ceux de tes fils qui survivaient, tandis que les autres avaient été tués, les frères du Kourouide Douryodhana ton fils (aîné), qui ne paraissait pas, s’étant réunis pour combattre, assaillirent Bhîmasena ; (c’étaient) Dourmarshana, Çroutânta, Jaitrâ Bhoûribala, Ravi,

1405. Jayatsena, Soujâta, Dourvisaha tueur des ennemis, celui qui avait nom Dourvimocana, et aussi Doushpradharsha.

1406. Puis Çroutarvan aux grands bras, tous réputés adroits au combat. Ceux-ci, tes fils, s’étant réunis de toutes parts, et

1407. Ayant couru sur Bhîmasena, lui barrèrent le passage de tous côtés. Alors, ô grand roi, Bhîma, remonté sur son char,

1408. Lança des flèches aiguës contre les armures de tes fils qui, couverts de flèches par ce héros dans le grand combat (qu’ils lui livraient),

1409, 1410. Se portèrent contre lui, comme (ils eussent attaqué) un éléphant, (pour le tuer), hors d’un bosquet. Alors, Bhîma furieux, ayant, en combattant, tranché avec une flèche kshourapra la tête de Dourmarshana, le fit tomber à terre. Puis, avec une autre flèche bhalla brisant toutes les armures,

1411. Bhîma tua le grand guerrier Çroutânta, ton fils. De même, ayant, comme en se jouant, atteint Jayatsena d’une nârâca,

1412. Le dompteur de ses ennemis fit tomber le Kourouide sur le siège de devant du char. Il tomba de son char à terre et mourut rapidement.

1413. Mais alors, ô vénérable, Çroutarvan, irrité, atteignit Bhîma de cent flèches aux nœuds recourbés, garnies de plumes de vautour.

1414. Puis Bhîma, furieux, blessa, en les combattant, ces trois (guerriers) : Jaitra, Bhoûribala et Ravi, (en les atteignant) de trois traits comparables au poison et au feu.

1415. Ces grands guerriers tués, tombèrent de leurs chars de guerre à terre, comme des kimcoukas (butea frondosa) aux fleurs multicolores, coupés et abattus au printemps,

1416. Ensuite, le tourmenteur de ses ennemis, ayant frappé Dourvimocana d’une autre bhalla aiguë, l’envoya à la mort.

1417. Tué, cet excellent maître de char, tomba de son char à terre comme l’arbre koutaja, brisé par le vent, (tombe) de la montagne.

1418. Et (Bhîmasena) tua dans le combat, l’un après l’autre, chacun avec deux flèches, à la tête de l’armée, tes fils Doushpradharsha et Soujâta.

1419, 1420. Ces deux excellents maîtres de chars tombèrent, le corps percé de (flèches) çilîmoukhas. Alors Bhîma abattit dans la bataille, avec une bhalla, ton fils Dourvisaha, qu’il voyait accourir au combat. Ce (prince) tomba de son char à la vue de toute l’armée.

1421. Cependant Çroutarvan, furieux, voyant plusieurs de ses frères tués par un seul (combattant), s’approcha de Bhîma

1422. En déchargeant un très grand arc doré, et faisant pleuvoir de nombreuses flèches, terribles comme le feu ou le poison.

1423. Ô roi, ayant coupé l’arc du fils de Pândou, il le couvrit de vingt flèches, après lui avoir brisé son arc dans la bataille.

1424. Alors, ayant pris un autre arc, le très fort Bhîmasena écrasait ton fils (de traits), en lui criant « : arrête, arrête ! »

1425. Le combat de ces deux (héros) fut grand, effrayant, présentant des aspects variés, pareil à celui qui se fit admirer jadis entre Jambha et (Indra) Vâsava.

1426. La terre, ainsi que le ciel, aux (quatre) points cardinaux et dans les espaces intermédiaires, fut couverte par les flèches aiguës, pareilles au bâton d’Yama, lancées par ces deux (guerriers).

1427. Alors Çroutarvan furieux, ayant pris un arc, enfonçait, en combattant, des flèches dans les deux bras et dans la poitrine de Bhîmasena, ô roi.

1428. En conséquence, celui-ci, grièvement blesse par l’archer ton fils, devint agité, comme l’océan, le jour de la conjonction de la lune,

1429. Et, plein de colère, envoya, avec ses traits, au séjour d’Yama, le cocher et les quatre chevaux de ton fils, ô vénérable.

1430. En le voyant privé (du secours) de son char, (Bhîma) à la grandeur d’âme incommensurable, fit voir la légèreté de sa main, en le couvrant de flèches empennées.

1431-1433. Ô roi, Çroutarvan, n’ayant plus de char, prit son glaive et son bouclier. Mais, au moyen d’une kshourapra, le fils de Pândou fit tomber sa tête, au moment où il prenait son épée et son (bouclier) brillant, orné de cent lunes. Le corps de ce (prince), qui avait la tête coupée au moyen de (cette) kshourapra, par le magnanime (Bhîma), tomba de son char, en faisant résonner la terre. Ce héros étant tombé, les tiens, affolés par la peur,

1434, 1435. Coururent sur Bhîmasena, avec le désir de le tuer dans le combat. Le majestueux Bhîmasena reçut leur choc, (au moment où) ils accouraient avec vitesse, de l’océan (qui avait été) l’armée, dont le reste était tué ; et, l’ayant attaqué, ils l’entourèrent de toutes parts,

1436. Mais Bhîma, environné par les tiens, les écrasa tous de ses flèches aiguës, comme (Indra) aux mille yeux), (écrasa) les asouras.

1437. Alors, ayant tué cinq cents grands guerriers revêtus de leurs armures, il combattit et anéantit encore dans la bataille l’armée des éléphants, qui était de sept cents.

1438. Le fils de Pândou, ayant tué cent mille fantassins et huit cents chevaux, au moyen de flèches excellentes, brilla (d’un éclat glorieux) .

1439. Bhîmasena fils de Kountî, ayant tué tes fils dans la lutte, pensa, ô roi, qu’il avait atteint son but, et que sa vie (avait été) utile (à son parti).

1440. Ô maître suprême des hommes, tes soldats n’osaient certes pas le regarder, quand il combattait ainsi et tuait tes (troupes).

1441. Quand il eut mis en fuite les Kourouides, et tous leurs suivants, il fit du bruit, en effrayant les grands éléphants avec ses deux bras.

1442. Ton armée, ô maître des hommes, était misérable, réduite en quelque sorte à un faible reste, ayant la plupart de ses guerriers tués, ô grand roi.






CHAPITRE XXVIII


MORT DE SOUÇARMAN


Argument : Colloque de Khrishna et d’Arjouna. Combat de Douryodhana contre Sahadeva, de Soudarçana contre Bhîma, de Souçarman et Çakouni contre Arjouna. Mort de Satyakarman, de Souçarman et de Soudarçana.


1443. Sañjaya dit : Tes fils Douryodhana et Dourdharsha, les autres étant tués, s’étaient retirés au milieu des chevaux, ô grand roi.

1444. Alors, en voyant Douryodhana retiré au milieu des chevaux, (Krishna) fils de Devakî, dit à Dhanañjaya, fils de Kountî :

1445. Nos ennemis, (qui sont nos) parents, tués pour la plupart, sont enveloppés, et le taureau de Çini est revenu, ayant fait Sañjaya prisonnier.

1446. Ô Bharatide, Nakoula et Sahadeva sont épuisés (de fatigue), pour avoir combattu dans la bataille les guerriers Dhritarâshtrides avec leurs suivants.

1447. Kripa, Kritavarman et même le grand guerrier fils de Drona sont partis, abandonnant Douryodhana là où (il est).

1448. Le Pâñcâla, au comble de la félicité, ayant tué l’armée de Douryodhana, tient ferme avec tous les Prabhadrakas 20.

1449. Ô fils de Prithâ, ce Douryodhana se tient au milieu de ses chevaux, avec le parasol porté (sur sa tête), regardant incessamment (de tous côtés),

1450. Ayant rangé (en ordre) toute l’armée, (et) se tenant au milieu du combat. Tu auras fait ce qu’il convenait de faire, quand tu l’auras tué avec des flèches aiguës.

1451. Triomphe de Souyodhana, tant que ces (Kourouides) ne s’enfuiront pas à la vue de la destruction de l’armée des éléphants, et de l’arrivée d’un dompteur des ennemis (tel que) toi.

1452. Mais que quelqu’un aille vers le Pâñcâlas en lui disant de venir vite, afin que le méchant (Douryodhana) ne soit pas sauvé .

1453. Ayant tué ton armée dans la bataille, pensant les fils de Pândou vaincus, le Dhritarâshtride est dans une haute situation,

1454. (Mais), à la vue de sa propre armée écrasée et tuée par les Pândouides, il est certain qu’il ira au combat pour se faire tuer lui-même.

1455. Or, Phâlgouna, ainsi exhorté par Krishna, lui répondit : Ô Madhavide, tous les fils de Dhritarâshtra (ont été) tués par Bhîma

1456. Ces deux qui sont (encore) là, n’y seront plus aujourd’hui. Bhîshma est tué, Drona est tué, Karna, fils du soleil, aussi.

1457. Çalya, roi de Madra, est tué, ô Krishna, Jayadratha est tué. Les chevaux qui restent au Soubalide Çakouni sont (au nombre de) cinq cents.

1458. Deux cents chars seulement, une centaine entière d’éléphants et trois mille fantassins sont restés, ô tourmenteur des hommes,

1459. Ainsi qu’Açvatthâman, Kripa, le roi des Trigarfes, Ouloûka, Çakouni, et le Satvatide Kritavarman.

1460. Cette armée est ce qui reste au Dhritarâshtride, ô meurtrier de Madhou, mais nul, sur la terre, n’échappe à la mort.

1461. Vois, Douryodhana est resté (vivant), alors que son armée est détruite. Aujourd’hui même, le grand roi (Youdhishthira contemplera tous) ses ennemis tués.

1462. Car je crois qu’aucun des ennemis ne m’échappera. Ô Krishna ; ceux qui, (encore) maintenant, sont furieux, n’abandonneront pas le combat,

1463-1465. Aujourd’hui, je les tuerai tous, quand bien même ce ne seraient pas des hommes, (mais des êtres supérieurs). Dans mon ardeur à combattre, je ferai cesser la longue insomnie de (notre roi). Après avoir tué le Gândhârien avec des flèches aiguës, certes je porterai de nouveau les joyaux dont le Soubalide difficile à vaincre s’ornait, (après nous les avoir ravis par] sa malhonnêteté au jeu de dés, dans l’assemblée. Maintenant aussi toutes les femmes de la ville (qui tire son nom) des éléphants, se lamenteront,

1466. En apprenant que leurs époux et leurs fils ont été tués dans la bataille par les Pândouides. Certainement, ô Krishna, notre œuvre sera accomplie aujourd’hui.

1467. Aujourd’hui, Douryodhana abandonnera, avec la vie, sa brillante fortune, à moins qu’il ne s’éloigne du combat par peur de moi.

1468, 1469. Apprends, ô Vrishnien, que le très sot fils de Dhritarâshtra sera tué, car le bruit seul que fait la corde de mon arc contre la paume de ma main, est capable de vaincre cette multitude de cavaliers, ô dompteur des ennemis ; avance pour que je les tue. À ces mots du glorieux (ils de Pândou, le Daçarhien

1470. Poussa les chevaux contre l’armée de Douryodhana, ô roi. Ayant examiné cette armée, les trois grands guerriers munis de leurs armes,

1471. Bhîmasena, Arjouna et Sahadeva, ô vénérable, s’avancèrent en rugissant, animés du désir de tuer Douryodhana.

1472. Les voyant tous réunis l’arc levé, le Soubalide courut combattre les Pândouides qui attaquaient.

1473. Soudarçana, ton fils, s’avança contre Bhîmasena, Souçarman et Çakouni combattirent contre (Arjouna) qui porte un diadème.

1474, 1475. Ton fils (Douryodhana), monté sur un cheval, alla contre Sahadeva, qu’il atteignit rapidement et avec force d’un javelot dans la tête, ô maître suprême des hommes. Celui-ci, frappé par ton fils, s’affaissa sur le siège de devant du char,

1476. Tout le corps baigné de sang et ayant la respiration sifflante comme celle d’un serpent. Puis, ô maître des hommes, Sahadeva ayant repris ses esprits,

1477. Enflammé de colère, couvrit Douryodhana de flèches aiguës. Le Prithide Dhanañjaya, fils de Kountî, déployant son héroïsme dans le combat,

1478. Coupait les têtes des héros montes sur leurs chevaux, et dispersait cette armée avec des flèches nombreuses.

1479. Après avoir abattu toute la cavalerie, il alla contre les chars des Trigartes. Alors, les grands guerriers de cette nation, s’étant réunis,

1480, 1481. Couvrirent Arjouna et le Vasoudevide de pluies de traits. Le très glorieux fils de Pândou, ayant atteint Satyakarman d’une (flèche) kshourapra, coupa le timon de son char, et, ô puissant, avec une (autre) kshourapra aiguisée sur une pierre,

1482. Lui trancha la tête, ornée de sept anneaux (d’or) 22. Ô roi, (le fils de Pândou) se précipita dans la bataille, (d’une manière qui faisait) ouvrir (de grands) yeux à tous tes guerriers.

1483-1487. Semblable à un lion qui, dans les bois, désire dévorer une gazelle, le Prithide, après avoir tué Satyakarman et atteint Souçarman de trois flèches, détruisit tous les chars ornés d’or. Le fils de Prithâ se hâta de s’avancer contre le roi de Phrasthala (Souçarman), en exhalant le poison brûlant de sa colère, (qu’il avait tenu) longtemps caché. Arjouna l’ayant couvert de cent traits, frappa les chevaux de cet archer, ô excellent Bharatide. Puis, disposant (sur son arc) une flèche pareille au bâton d’Yama, il la décocha, comme en se jouant, à Souçarman. Ce trait, lancé par cet archer brûlant de colère,

1488. Ayant atteint Souçarman, lui perça le cœur, ô grand roi. Ce (guerrier) ayant perdu la vie, tomba à terre,

1489, 1490. Réjouissant ainsi tous les Pândouides et faisant, (en même temps), trembler les tiens. Après avoir tué Souçarman dans la bataille, (le fils de Pândou) envoya à la mort, avec ses flèches, les quarante-cinq grands guerriers, ses fils. Ensuite, ayant tué tous ses suivants à l’aide de ses traits aigus,

1491, 1492. Le grand guerrier (Arjouna) marcha contre ce qui restait de l’armée Bharatide dont (la plus grande, partie) avait été tuée. Or, Bhîma furieux, ô maître suprême des hommes, à l’aide de ses flèches, rendit, comme en se jouant, ton fils Soudarçana invisible dans le combat, et, plein de colère, lui enleva la tête du corps.

1493-1495. Tué par une kshourapra aiguë, il tomba en avant, à terre. Ce héros étant mort, ses suivants entourèrent Bhîma, en lançant des flèches de diverses sortes. Mais alors Vrikodara couvrit ton armée, de tous côtés, autour de lui, (d’une grêle) de traits aigus, dont le choc était comparable à celui de la foudre d'Indra, de sorte qu’il la détruisit en un instant, ô excellent Bharatide.

1496. Cependant, quand ceux-là furent détruits, ô Bharatide, les grands guerriers surintendants de l’armée, assaillirent Bhîmasena et le combattirent.

1497-1500. Ce fils de Pândou les couvrait tous de flèches terribles. Et les tiens même, ô roi, environnaient de toutes parts les grands guerriers Pândouides d’un épais nuage de traits. Alors, tout fut confondu, les Pândouides désirant combattre contre leurs ennemis, et les tiens (voulant résister aux) Pândouides dans la bataille. En ce lieu, des guerriers, tués les uns par les autres, pleurant ensemble leurs parents, tombèrent (morts) dans les deux armées, ô roi.





CHAPITRE XIX


MORT D’OULOÛKA ET DE ÇAKOUNI


Argument : Combat de Bhîma et de Sahadeva contre Çakouni et Ouloûka. Description du champ de bataille. Fuite des soldats de Çakouni. Douryodhana les rallie. Le combat se généralise. Mort d’Ouloûka. Discours de Sahadeva. Mort de Çakouni. Fuite des Kourouides. Joie des Pândouides.


1501. Sañjaya dit : Pendant qu’avait lieu le combat, dans lequel les éléphants, les chevaux et les hommes étaient détruits, Çakouni, fils de Soubala, se dirigea vers Sahadeva, ô roi.

1502. Alors le majestueux Sahadeva envoya rapidement à ce (guerrier), qui se précipitait (sur lui), une multitude de flèches, comparable à des oiseaux au vol rapide.

1503. Ouloûka atteignit, dans la bataille, Bhîma de dix traits et Sahadeva de quatre-vingt-dix.

1504. Ô roi, ces héros, s’étant attaqués réciproquement, s’atteignirent de flèches aiguës, garnies de plumes de paon et de vautour,

1505. À l’extrémité postérieure dorée, aiguisées sur une pierre, lancées (en bandant l’arc de manière à amener la corde) contre l’oreille, ô maître des hommes. La pluie des traits (envoyés) par leurs arcs et leurs mains

1506, 1507. Couvrait toutes les directions de l’horizon, comme (l'eussent fait) les gouttes d’eau d’un nuage. Alors, ô Bharatide, les deux très forts (héros) Bhîma et Sahadeva, remplis de rage dans la lutte, parcoururent (le champ de) bataille, en y détruisant tes soldats. Ils couvrirent cette armée de centaines de flèches.

1508, 1509. L’air en était comme obscurci par places. La voie était obstruée, çà et là, par les chevaux couverts de traits, traînant de nombreux (guerriers) tués et aussi par des cavaliers dont les chevaux avaient péri, ô maître des hommes.

1510, 1511. Ô vénérable, la terre, couverte de boucliers brisés, de javelots coupés, de lances, de piques, d’épées, de dards et de haches, parut comme bigarrée par des fleurs, ô grand roi, les guerriers s’étant attaqués les uns les autres en cet endroit,

1512-1514. Avec des yeux saillants de colère et des bouches dont le creux des lèvres était serré. Couverte de bras coupés ornés d’anneaux pareils à des filaments de lotus, (bras) semblables à la trompe du roi des éléphants, garnis d’angadas (bracelets) (couverte aussi) de corps sans tête dressés, revêtus de leurs armures, (tenant encore) leurs épées, leurs javelots et leurs haches, et d’autres (corps) en pièces, dansant, la terre, qui se remplit d’une multitude d’animaux carnassiers, devint terrible à voir, ô maître de la terre.

1515. Cependant, l’armée étant réduite à un petit nombre (de tes soldats encore vivants), les Pândouides eurent la joie d’expédier les Kourouides au séjour d’Yama.

1516. Pendant ce temps, le majestueux héros, fils de Soubala, frappa fortement, d’un javelot, à la tête, Sahadeva

1517. (Qui), troublé, s’assit sur le siège de devant de son char, et Bhîmasena, ayant vu Sahadeva (dans cet état),

1518. Arrêta dans sa colère toutes les armées et, avec ses nârâcas, détruisit (tes guerriers) par centaines et par milliers, ô Bharatide,

1519-1520. Et les ayant transpercés, le dompteur des ennemis poussa un rugissement. Tous les suivants de Çakouni, effrayés et rendus tremblants par ce cri, s’enfuirent avec leurs chevaux et leurs armes. Mais le roi Douryodhana, les ayant vus en déroute, dit :

1521. Retournez-vous. Vous ne connaissez pas votre devoir. À quoi bon fuir ? Établissez votre gloire ici-bas et obtenez, après cette vie, les mondes (supérieurs).

1522. Celui qui meurt en combattant, en ne montrant pas le dos, est un héros. Les suivants du Soubalide, ainsi exhortés par le roi,

1523-1524. Ne songeant plus à la mort (qui les menaçait), attaquaient les Pândouides, ô Indra des rois. Ceux qui prenaient part (à ce combat) faisaient un grand bruit, semblable à celui de la mer agitée de toutes parts. Alors, ayant devant (eux) les suivants du fils de Soubala,

1525. Ô grand roi, les Pândouides, prêts pour la victoire, allèrent à leur rencontre, et, ô maître des hommes, Sahadeva ayant repris ses sens,

1526. Ayant atteint Çakouni de dix traits et ses chevaux de trois, coupa, comme en se jouant, l’arc du Soubalide avec ses flèches.

1527. Mais Çakouni, enragé au combat, ayant pris un autre arc, atteignit Nakoula de soixante (traits) et Bhîmasena de sept.

1528. Ouloûka aussi, ô grand roi, atteignit Bhîma de sept flèches, et, pour protéger son père dans le combat, frappa Sahadeva de soixante-dix autres.

1529. Bhîmasena l’atteignit de neuf flèches, (ainsi que) Çakouni de soixante-quatre et ceux qui se tenaient sur les côtés, chacun de trois.

1530. Frappés par Bhîmasena de flèches imbibées d’huile, ceux-là, pleins de colère, couvraient, dans la bataille, Sahadeva d’une pluie de flèches,

1531, 1532. Comme des nuages accompagnés d’éclairs couvrent une montagne de gouttes d’eau. Alors le majestueux Sahadeva enleva, avec une bhalla, la tête d’Ouloûka qui arrivait (sur lui). Abattu par Sahadeva, il tomba de son char à terre,

1533. Tout le corps baigné de sang, remplissant de joie les Pândouides, dans la bataille. Mais alors, à la vue de son fils tué, Çakouni,

1534. La voix pleine de sanglots, soupira, se rappelant les paroles du kshattar (Vidoura). Ayant réfléchi un instant, les yeux pleins de larmes,

1535, 1536. Il attaqua Sahadeva et l’atteignit de trois flèches. Ayant, avec des flots de traits, écarté les flèches (qui lui étaient) lancées, le majestueux Sahadeva coupa l’arc (de son adversaire), ô Indra des rois. Alors Çakouni, fils de Soubala, son arc étant brisé,

1537, 1538. Prit un glaive terrible et en frappa Sahadeva, qui, ô maître des hommes, au moment où il arrivait sur lui avec une force épouvantable, coupa en deux, comme en se jouant, ce glaive à l’aspect terrible du Soubalide. À la vue de son épée coupée ainsi, (Çakouni), ayant pris une grande massue,

1539-1541. La lança à Sahadeva, (mais) elle tomba à terre, inutile. Alors, le fils de Soubala, irrité, brandit et envoya contre le fils de Pândou, une lance aussi terrible que la nuit de la destruction du monde. Avec ses flèches ornées d’or, Sahadeva, comme en se jouant, coupa en trois morceaux cette (lance) dorée, qui volait rapidement (vers lui), et qui, coupée en trois morceaux, tomba à terre,

1542. Brillante comme un éclair (parti) du ciel. À la vue de cette lance brisée et du Soubalide tourmenté par la crainte,

1543. Tous les tiens, avec le fils de Soubala, s’enfuirent pleins d’effroi. Les Pândouides, fiers de leur victoire, poussèrent de grands cris.

1544. Presque tous les Dhritarâshtrides avaient pris la fuite. Les voyant sans cœur, le majestueux fils de Mâdrî

1545, 1546. Les arrêta au moyen de plusieurs milliers de flèches et attaqua, dans la bataille, le Soubalide qui (avait l’habitude) d’aller à la victoire, protégé par les Gândhâras et conduit par des chevaux (bien) nourris. Se rappelant que (la victoire sur) Çakouni était la part (de gloire qui lui était réservée),

1547. Sahadeva, sur son char aux parties d’or, s’approcha (de lui). Ayant mis une corde à son grand arc,

1548. Il attaqua le fils de Soubala avec des flèches garnies de plume de vautour et aiguisées sur une pierre. Dans sa colère, il le frappa violemment, comme (on frappe) un grand éléphant avec des aiguillons.

1549. L’ayant saisi, l’intelligent (fils de Pândou) lui dit, comme pour lui rafraîchir la mémoire : Sois ferme dans le devoir des Kshatriyas, combats, sois un homme.

1550. insensé, contemple maintenant le fruit que cette action (a porté). Ô fou, tu t’es réjoui quand tu jouais aux dés dans l’assemblée des rois.

1551. Ces méchants sont tués, qui jadis riaient de nous. Douryodhana, le tison (brûlant) de sa race, est (seul) resté (vivant) avec toi, son oncle maternel.

1552. Aujourd’hui, je te couperai la tête, que j’abattrai avec mon sabre, comme un fruit qu’un bâton lancé fait tomber d’un arbre.

1553. Après avoir ainsi parlé, ô grand roi, le très fort Sahadeva, furieux comme un tigre dans la bataille, le frappa rapidement.

1554. Le maître des guerriers, le très redoutable Sahadeva, étincelant en quelque sorte de courroux, s’étant approché, ayant déchargé son puissant arc,

1555. Ayant atteint Çakouni de dix (traits) et ses chevaux de quatre, et ayant coupé son parasol, son arc et son étendard, rugit comme lion.

1556. Le Soubalide, dont l’arc, le parasol et l’étendard avaient été coupés par Sahadeva, était très grièvement blessé, dans toutes les parties vitales, par de nombreuses flèches.

1557. Alors, ô grand roi, le majestueux Sahadeva envoya encore à Çakouni une épouvantable pluie de flèches.

1558. Mais alors le fils de Soubala, irrité, (essaya) de broyer Sahadeva, fils de Mâdrî, avec un javelot orné d’or. Il se précipita à lui tout seul, (sur lui) en vue de le tuer.

1559. Le fils de Mâdrî coupa en même temps, avec trois bhallas, ce javelot et les deux mains bien faites (qui l’avaient) brandi, et poussa au milieu du champ de bataille des cris rapides et retentissants.

1560. En outre, il enleva rapidement la tête du corps de son adversaire, avec une bhalla bien disposée, à l’extrémité postérieure dorée, fortement ferrée et capable de traverser tous les abris protecteurs.

1561. Le fils de Soubala tomba à terre, la tête coupée par le fils de Pândou, au moyen de (cette) flèche bien envoyée, garnie d’ornements d’or et brillante comme le soleil.

1562. Ce fils de Pândou coupa, avec une flèche rapide, à l’extrémité postérieure dorée, aiguisée sur une pierre, la tête de l’auteur de la faute des Kourouides.

1563. À la vue de Çakouni gisant à terre, la tête coupée, le corps baigné de sang, tes soldats, ayant l’esprit égaré par la peur, s’enfuirent, leurs armes à la main, dans toutes les directions,

1564. Dispersés, ayant la bouche sèche, inconscients, tourmentés par la crainte, ayant leurs chars brisés, poursuivis par le bruit de Gândîva ; les éléphants et les fantassins (s’enfuirent) avec les Dhritarâshtrides.

1565. Alors, après avoir abattu Çakouni de son char, les fils de Pândou, gais, très joyeux, soufflèrent dans leurs conques, remplissant de joie leurs soldats ainsi que Keçava.

1566. Et tous cinq, joyeux, saluèrent Sahadeva avec respect, en lui disant : Grâce au ciel, le méchant (Çakouni ) et son fils ont été tués par toi dans la bataille.




NOTES RELATIVES AU LIVRE DE CALYA




1. Çloka 23. Le traducteur anglais, Protap Candra Roy, numérote les Çlokas, dans chaque chapitre, mais son numérotage ne répond que très imparfaitement à celui du texte. Nous en avons un exemple ici, et le chapitre premier ne renferme, chez lui, que 54 çlokas, au lieu de 56, que contient le texte de l’édition de Calcutta.

2. Çl. 26. Kaitava, que j’ai rendu par Kitavide (fils du joueur, du trompeur, du fourbe), est le nom patronymique d’Ouloûka, fils de Çakouni.

3. Çl. 31. Nous rencontrons pour la première fois le mot prabhadraka, qui reviendra assez souvent. Bôhtlingk ne donne pour ce mot que le sens de : très beau. Il semble désigner quelque chose de déterminé, soit un grade militaire, soit un nom de peuple. C’était l’opinion de M. Fauche, qui ne l’avait pas trouvé dans les dictionnaires dont il disposait. À son exemple, et comme l’a fait le traducteur anglais, je le rendrai par le mot sanscrit même.

4. Çl. 45. Kshattar, homme de caste mêlée. Vidoura était, par le sang, fils de Vyâsa, et par la loi, fils de Vicitravîrya ; mais sa mère était une esclave.

5. Çl. 60. Le mot vajra veut dire : la foudre, les traits, les carreaux de la foudre d’Indra, c’est-à-dire quelque chose de très dur, de très puissant. Par extension, on lui a fait désigner le diamant. J’ai cru devoir conserver l’image qu’implique le mot sanscrit vraja.

6. Çl. 289. J’ai rendu l’épithète de àrunâm, donnée à la Sarasvati, par l’adjectif Arounienne, parce que nous verrons plus loin que cette rivière se réunit à l’Arounâ dans une circonstance déterminée.

7. Çl. 319. Çalya était l’oncle maternel des fils de Pândou, ou, plus exactement, c’était le frère de la mère des deux jumeaux, Sahadeva et Nakoula.

8. Çl. 573. Au çloka 569, Bhoja a déjà tué les chevaux de Bhîmasena, et on ne voit nulle part que, depuis lors, Bhîma ait pris d’autres chevaux ou soit monté sur un autre char.

9. Çl. 787. Le texte porte : sātvatābhisrtam, attaqué par le Satvatide. Le mot sanscrit sâtvata est un terme générique, qui désigne une chose, ou un homme appartenant à Krishna, ou un prince du pays de Satvata, ou encore un membre de la race d’Yadou. Ici, ce mot désigne le Satyakide Youyoudhâna, comme le traducteur anglais l’a parfaitement compris. Nous le verrons, au çloka 1102, désigner aussi Kritavarman, qui était de la tribu d’Yadou.

10. Çl. 819. Au çloka 814, Youdhishthira avait désigné ses deux frères, Sahadeva et Nakoula, pour être les gardiens des roues de son char. Voici que, maintenant, il commet deux autres guerriers pour remplir cette charge.

11. Çl. 825. Le traducteur anglais dit que le nominatif kurupumgavās est une faute et qu’il faut un accusatif. J’ai adopté sa manière de voir ; mais, au lieu de supposer un accusatif singulier en accord avec mādrarājam, j’ai préféré un accusatif pluriel. Le texte contient de nombreuses fautes d’impression, et il eut été trop long de les signaler toutes. Mais cependant il est bon, je crois, de tenir compte des probabilités. Le texte suppose la présence d’un ā long, après le g, et kurupurngavam n’eut pas eu de signe de voyelle, après cette consonne. En revanche, je ne vois pas la raison suffisante pour changer tarasvinam en tarasvinas. Si, dans un autre texte, ce changement existe, il donne un autre sens, voilà tout ; mais l’épithète peut aussi bien s’appliquer à Çalya qu’aux autres Kourouides.

12. Çl. 884. Youdhishthira, de même que son adversaire Douryodhana, était un descendant de Kourou. Cependant, jusqu’ici, l’auteur a désigné par Kourouides, les partisans de Douryodhana, et par Pândouides, ceux des fils de Pândou.

Ici, il ne saurait y avoir de doute. Cette épithète désigne bien Youdhishthira, et c’est à signaler. Il y en aura d’autres exemples, quand, par sa victoire sur son ennemi, le fils aîné de Pândou sera devenu le seul roi de la race de Kourou.

13. Çl. 916. Je ne vois pas bien ce que vient faire ici l’étendard d'Indra dressé (indradhvaja ucchritas).

14. Çl. 959, Le texte porte : Çrutvā ca nihatani Çalyam çalyaputrańca pīditarn. Ayant entendu dire que Çalya était tué et que le fils de Çalya était écrasé. Le traducteur anglais a rendu çalyaputram par Youdhishthira, Il a eu évidemment raison, car c’est de ce roi qu’il s’agit, mais comme il n’était pas le fils de Çalya, qu’il n’était même son neveu que parce que Mâdrî, seconde femme de Pândou, qui n’était pas la mère de Youdhishthira, était la sœur du roi de Madra, je me demande s’il ne conviendrait pas de remplacer, dans le texte, Çalyaputram par dharmaputram, le fils de Dharma, ce qui ne change rien au mètre.

15. Çl. 1039. Le texte porte : nânyâmakathayat kathâm. Je pense qu’il faut lire akathayan, au lieu de : akathayat, et que l’auteur veut dire que ces gens poussaient des cris, sans prononcer aucune parole.

16. Çl. 1095. Nous avons vu, à la note 9, que le mot sâtvata était un terme générique, qui désignait plusieurs guerriers. Ici il s’applique à Kritavarman. Au çloka 1102, nous verrons deux Satvatides, qui sont : le même Kritavarman et Youyoudhâna.

17. Çl. 1116. Le mot mâdhava, Madhavide, désigne souvent Krishna, soit parce qu’il avait tué le démon Madhou, soit parce qu’il était de la tribu d’Yadou, dont un Madhou, autre que le démon, fut un des successeurs. Ici, il désigne l’Yadouide Kritavarman.

18. Çl. 1213. Le texte renferme un mot, pîdya, qui ne me semble pas pouvoir être autre chose qu’un gérondif en ya, sans préfixe. Nous en trouverons encore deux ou trois autres exemples, dans le livre de Çalya.

19. Çl. 1377. Le second demi çloka porte : aprcchan ksatriyâstatra kva nu duryodhanah gatah. Comme le fils de Drona n’était pas un Kshatriya, mais un brahmane, j’ai pensé qu’il fallait lire ksatriyâms au lieu de ksatriyâs.

20. Çl. 1448. Le sens de ce çloka n’est pas bien clair. J’ai admis, avec le traducteur anglais, que le Pañcâla se tient ferme, avec les Prabhadrakas ; mais on aurait aussi bien pu dire qu’il avait tué l’armée de Douryodhana et les Prabhadrakas.

21. Çl. 1465. Le texte porte vetsanti, mais une note du traducteur anglais dit que la vraie leçon est rotsyanti. Je m’y suis conformé.

22. Çl. 1482. Le traducteur anglais semble avoir eu entre les mains un texte différent du mien, qui ne fait pas allusion à la mort de Satyeshou, rapportée par Protap Candra Roy.

23. Çl. 1497. Le texte porte tâvakân. Cela doit être une faute d’impression, et je pense qu’il faut lire tâvakâ ; d’abord parce qu’il est rationnel qu’en même temps qu’on tire sur eux, les soldats de Dhritarâshtra rendent coup pour coup, et ensuite, parce qu’il faut que le verbe paryavârayan ait un sujet au nominatif pluriel, quoiqu’on puisse, à la rigueur, supposer un sujet sous-entendu, ils pour on. Au reste, le traducteur anglais parait avoir eu la même idée que moi.




MAHÂBHÂRATA


LIVRE DE ÇALYA




SECTION II, DE L’ENTRÉE DANS L’ÉTANG




CHAPITRE XXX


ARRIVÉE DE YOUYOUTSOU


Argument : Combat de Bhîmasena et d’Arjouna contre l’armée des Gândhâriens. Ruine de l’armée Kourouide. Douryodhana s’enfuit à pied et sans suite. Captivité et délivrance de Sañjaya. Il rencontre Douryodhana. Leur colloque. Douryodhana entre dans l’étang. Arrivée de Kripa, de Kritavarman et du Dronide. On emmène les princesses à la ville. Leurs lamentations. Youyoutsou, avec l’agrément d’Youdhishthira, les accompagne. Son arrivée à la ville. Son colloque avec Vidoura. Aspect désolé de Hastinapoura.


1567. Sañjaya dit : Alors, ô grand roi, les suivants du fils de Soubala, pleins de colère, ayant fait le sacrifice de leurs vies, entourèrent les fils de Pândou (en poussant) de grands cris.

1568. Arjouna, qui songeait à compléter la victoire de Sahadeva, et l’énergique Bhîmasena, semblable à un serpent irrité, les attaquaient.

1569. À l’aide de Gândîva, Dhanañajya rendait vain le désir de ceux qui, des lances, des épées, des javelots à la main, voulaient tuer Sahadeva.

1570. Bîbhatsou coupa, avec des bhallas, les bras qui venaient de saisir leurs armes, des guerriers qui accouraient ; il (coupa) aussi leurs têtes et (tua) leurs chevaux.

1571. Tués, ils tombaient à terre, ayant perdu la vie sous les coups de l’ambidextre, le héros du monde, (qui les avait) frappés.

1572, 1573. Alors le roi, fils de Dhritarâsthra, irrité à la vue de la destruction de son armée, ayant rassemblé de tous côtés la multitude des chars, les éléphants, les chevaux et les fantassins qui restaient, les autres ayant été tués, dit ces paroles à tous ceux (qu’il avait) réunis :

1574. Revenez rapidement, après avoir attaqué tous les fils de Pândou avec les troupes qui forment leur armée. Tuez aussi le Pâñcâla avec son armée.

1575. Ces (hommes) enragés au combat, ayant reçu ses paroles avec une inclination de tête, se jetèrent sur les fils de Prithâ, d’après les ordres de ton fils.

1576. Les fils de Pândou couvraient de flèches semblables à des serpents, ces restes (de ton armée dont les autres combattants) avaient été tués, qui les attaquaient sans tarder.

1577. Ô excellent Bharatide, cette armée fut détruite en un instant par les magnanimes (Pândouides). Quand elle fut entrée dans la bataille, elle ne trouva pas de protecteur.

1578, 1579. En se présentant (au combat), la crainte l’empêcha de se tenir ferme et groupée. On ne distinguait plus (sur le champ) de bataille les points cardinaux ni les espaces intermédiaires, les chevaux courant de tous côtés, entourés de poussière par (les mouvements de) l'armée. Cependant, de nombreux guerriers, s’étant glissés hors de l’armée Pândouide,

1580. Attaquaient presque aussitôt les tiens, ô Bharatide. Alors, ô descendant de Bharata, ton armée fut complètement détruite.

1581. Ô Bharatide, ces onze armées complètes, rassemblées dans l’intérêt de ton fils, furent détruites dans (leur) combat (contre) les Pândouides et les Sriñjayas, ô roi.

1582. Parmi ces milliers de rois tués, (qui étaient) tes (partisans), le seul Douryodhana, grièvement blessé, était vu (encore vivant).

1583, 1584. Ayant inspecté tout l’horizon, ayant vu la terre dégarnie (de soldats), ayant contemplé les fils de Pândou joyeux et réussissant dans (leurs) combats, de tous côtés, ayant même entendu les cris et le bruit des flèches de ces magnanimes, privé de tous ses soldats,

1585. Dépourvu d’armée et de moyens de transport, Douryodhana, ô grand roi, envahi par la peur, songea à fuir.

1586. Dhritarâshtra dit : Mon armée étant complètement exterminée et le camp entièrement détruit, que restait-il de l’armée des fils de Pândou ?

1587, 1588. Je te le demande, ô Sañjaya. Dis-le moi, car tu es habile ; (dis-moi aussi) ce que fit, dans sa folie, mon fils Douryodhana, quand ce roi fut seul et qu’il eut vu la destruction de l’armée.

1589, 1590. Sañjaya dit : Ô roi, la grande armée des fils de Pândou était réduite à deux milliers de chars, sept centaines d’éléphants, cinq mille chevaux et cent centaines de fantassins. Dhrishtadyoumna, ferme dans le combat, l’avait réunie autour de lui.

1591. Ô le plus grand des Bharatides, le roi Douryodhana (était) alors seul ; le meilleur des maîtres de char ne se voyait pas un seul compagnon, sur (le champ de) bataille.

1592. Le maître de la terre, (resté) seul, ayant vu la destruction de son armée et ses ennemis rugissants, ayant même vu, ô grand roi,

1593. 1594. Son propre cheval tué, l’abandonna, tourna le dos et s’enfuit (droit) devant toi. L’énergique roi Douryodhana, maître de onze armées complètes, (réduit à l’état de) fantassin, alla vers l’étang, après avoir pris sa massue. Alors, ô maître des hommes, ne s’étant pas éloigné beaucoup.

1595. Il se rappela les paroles du sage kshattar (Vidoura) habitué (à remplir ses) devoirs. (Il pensa) : Le grand sage Vidoura avait assurément prévu ce (qui est arrivé).

1596. Dans la bataille, il se fera un grand massacre des nôtres et des Kshatriyas (me dit-il). En réfléchissant ainsi, le roi se préparait à entrer dans l’étang,

1597. Le cœur brûlé de chagrin à la vue de la destruction de l’armée, ô roi. Mais les Pândouides, ayant Dhrishtadyoumna à leur tête, ô grand roi,

1598, 1599. Pleins de colère, couraient contre ton armée. Au moyen de Gândîva, Dhanañjaya rendait vains les désirs que tes troupes rugissantes, armées de lances, d’épées et d’épieux, (pouvaient conserver de remporter la victoire). Les ayant tuées avec des flèches aiguës, ainsi que leurs parents et leurs amis,

1600. Arjouna, se tenant sur son char attelé de chevaux blancs, brillait d’un grand éclat. Le fils de Soubala étant tué, avec les chevaux, les chars et les éléphants,

1601. Ton armée était comme un grand bois (que l’on a) coupé. Dans l’armée de Douryodhana, contenant (jadis) plusieurs centaines de mille (hommes),

1602. On ne voyait vivant aucun autre grand guerrier que le héros fils de Drona, Kritavarman,

1603. Le Gotamide Kripa et le prince ton fils, ô roi. En me voyant avec le Satyakide, Dhrishtadyoumna dit :

1604. Pourquoi avoir fait celui-ci prisonnier ? Il n’y a aucun avantage à (le laisser) vivant. Le grand guerrier petit-fils de Çini, entendant ces paroles de Dhrishtadyoumna,

1605. Leva un glaive tranchant et se prépara à me tuer. Le grand sage Krishnadvaipâyana s’approcha de lui en disant :

1606. Que Sañjaya vive et soit délivré. Il ne faut en aucune façon le tuer. Le petit-fils de Çini ayant entendu ces paroles de Dvaipâyan et fait l’âñjali,

1607-1609. Me lâcha, (en exécution) de cet (ordre), et (me) dit : C’est bien, va-t-en, ô Sañjaya. Pour moi, sans armes, ayant déposé mon armure et pris congé de lui, (le corps) baigné de sang, je me dirigeai, (quand) le soir (fut venu), vers la ville, (en vertu) de cette permission. Ô roi, je vis le roi Douryodhana grièvement blessé, se tenant seul, la massue à la main, éloigné de la distance d’un kroça. (Quant à) lui, les yeux pleins de larmes, il ne pouvait pas me voir.

1610. Quand il m’aperçut me tenant ainsi (immobile) avec tristesse, il me regarda. Moi aussi je le voyais, pleurant et seul, sur le champ de bataille.

1611. Pendant un instant, il ne put pas me parler, à moi qui (de mon côté étais) dévoré de chagrin. Alors, je lui racontai tout ce qui concernait ma captivité,

1612. Ma délivrance, et comment la vie m’avait été accordée, grâce à Dvaipâyana. Après avoir réfléchi un instant et repris conscience (de lui-même),

1613. Il m’interrogea sur ses frères et sur toutes les armées . Je lui racontai tout (ce qui était arrivé, et dont j’avais été) témoin oculaire :

1614. Tous tes frères sont tués, l’armée est détruite. Trois de tes chars existent encore, ô maître suprême des hommes (lui dis-je).

1615. Voilà ce que me dit Krishna dvaipâyana au moment de mon départ. Ayant longtemps soupiré et m’ayant regardé à plusieurs reprises,

1616. Ce (prince), ton fils, me toucha de la main et me dit : Nul autre que toi ne survit au combat, ô Sañjaya.

1617. Je n’en vois pas un second ici-bas, (de mon côté), et les fils de Pândou sont réunis à leurs compagnons. Sañjaya, tu peux dire au roi, au maître aveugle :

1618-1620. Douryodhana ton fils, entré dans l’étang, (parla) ainsi : Quel est donc celui qui, placé dans ma position, pourrait vivre, privé de tels amis, de ses fils, de ses frères, et la royauté venant de lui être enlevée par les fils de Pândou ? Tu peux lui dire tout cela et (lui apprendre) que, échappé vivant, (mais) grièvement blessé dans la grande bataille, (je me suis) caché dans un étang. Puis, ayant ainsi parlé, il entra dans ce grand étang, ô puissant.

1621-1623. Le roi solidifia l’eau par un charme magique. Quand il fut entré et (que je fus) resté seul, je vis les trois chars du héros Çaratvatide Kripa, du fils de Drona, le meilleur des maitres de chars, et de Boja Kritavarman, qui, réunis, blessés de flèches, leurs chevaux fatigués, s’approchaient de ce côté. M’ayant aperçu, ils poussèrent rapidement leurs chevaux.

1624. Ils me dirent, quand ils se furent approchés de moi : Grâce au ciel, tu es vivant, ô Sañjaya. Puis tous m’interrogèrent sur le roi ton fils.

1625. Peut-être, ô Sañjaya, (me dirent-ils), Douryodhana, notre roi, vit-il (encore). Je leur appris que le roi était sauf.

1626. Je leur rapportai tout ce que Douryodhana m’avait dit et je leur indiquai même l’étang où il était entré.

1627. Açvatthâman, ô roi, ayant entendu le récit que je venais de faire et vu le grand étang, exhala ses plaintes.

1628. Hélas, (dit-il), ce roi ne sait pas que nous vivons, car, réunis à lui, nous sommes (encore) capables de combattre les ennemis.

1629. Ces trois grands guerriers, excellents maitres de chars, après s’être lamentés longtemps en ce lieu, ayant aperçu les fils de Pândou sur (le champ) de bataille,

1630. Me firent monter sur le char bien orné de Kripa. Et les trois chars, seuls restes de ce qui avait été détruit, se dirigèrent vers le campement de l’armée.

1631. Le soleil était couché. Les troupes épouvantées pleuraient, parce qu’elles avaient appris que tes fils étaient tués,

1632. Alors, ô grand roi, des hommes vieillis dans (l’occupation de) protéger les femmes, prirent les épouses du roi et s’avancèrent vers la ville.

1633. On entendit en ce lieu un grand bruit, (causé) par ces femmes qui pleuraient et se lamentaient, en apprenant la ruine de l’armée.

1634. Alors, ces jeunes femmes, ne cessant de pleurer, pareilles à des orfraies femelles, faisant résonner de leurs cris le sol de la terre,

1635. Ou bien se frappaient la tête, ou bien, pleurant, de tous côtés, s’arrachant les cheveux, avec les mains et les ongles,

1636. Elles poussaient des cris de : Ah ! Ah ! et, affligées, se frappant la poitrine, pleuraient et se lamentaient, ô maître des hommes.

1637. Alors, les gens de la maison de Douryodhana, malades de terreur, ayant des larmes dans la voix, s’avancèrent vers la ville, emmenant les épouses du roi.

1638. 1639. Les portiers, leur baguette professionnelle à la main, ayant pris des lits brillants, (ornés) de couvertures précieuses, s’en retournèrent rapidement à la ville protectrice des hommes, ô maître des hommes. D’autres aussi, montés sur des chariots de guerre attelés de mules,

1640, 1641. Ayant pris leurs propres épouses, s’avancèrent vers la ville. O grand roi, les hommes qui y allaient virent ces belles femmes que, naguère, le soleil même ne voyait pas dans leurs demeures, ô excellent Bharatide.

1642-1644. Elles s’en allèrent rapidement à la ville, ayant leurs maris et leurs parents tués. Les hommes, jusqu’aux bergers, (qui s’enfuyaient loin) de leurs troupeaux, (laissés ainsi) sans gardiens, coururent (aussi) vers la ville, se regardant les uns les autres, tourmentés par la terreur (que leur inspirait) Bhîmasena, et ayant aussi une crainte violente et terrible des (autres) fils de Prithâ. Pendant que cette pénible fuite avait lieu,

1645. Youyoutsou, l’esprit égaré par le chagrin, réfléchissait aux circonstances présentes, (en disant) : Douryodhana est vaincu dans les combats par les fils de Pândou à l’héroïsme terrible.

1646. Le maitre des onze armées complètes et ses frères ont été tués dans la bataille, ainsi que les Kourouides qui avaient Bhîshma et Drona pour conducteurs.

1647. Mais moi seul, j’ai échappé par hasard, et grâce au destin. Tous les (soldats qui étaient dans les) camps, éparpillés de toutes parts,

1648. S’enfuient çà et là, ayant leurs chefs tués et leur gloire anéantie, par un malheur qu’ils n’ont pas su prévoir, et les yeux troublés par la crainte,

1649. Scrutant les dix directions de l’horizon comme des gazelles effarées. Les quelques compagnons de Douryodhana qui survivent,

1650. Ayant pris avec eux les épouses du roi, se sont avancés vers la ville. Je crois, ô roi, que le moment est venu d’y aller aussi.

1651. Ayant imploré Youdhishthira et Bhîmasena, le grand guerrier leur fit part de ce dessein à tous les deux.

1652. Le roi, toujours compatissant, y donne son approbation. Le guerrier aux grands bras congédia le fils de la Vaiçyâ après l’avoir embrassé.

1653. Alors celui-ci, étant monté sur son char, poussa rapidement les chevaux et fit conduire les épouses du roi vers la ville,

1654. Et, ayant des larmes dans les yeux et dans la voix, accompagné de ceux (qui conduisaient les épouses du roi), se hâta d’entrer dans Hastinapoura, au moment du coucher du soleil.

1655. Il vit le très sage Vidoura qui, les yeux pleins de larmes, l'esprit dévoré de chagrin, s’était éloigné du voisinage du roi.

1656. (Vidoura) véritablement ferme lui dit, comme il se plaçait devant lui et le saluait : Grâces au ciel, tu es vivant, ô mon fils, après avoir assisté à cette ruine de Kourou.

1657. Comment es-tu venu ici sans que le roi revienne avec toi ? Fais m’en connaître en détail tous les motifs.

1658. Youyoutsou dit : Çakouni ayant été tué avec ses amis, son fils et ses parents, le roi Douryodhana, dont le reste de la suite avait péri,

1659. A abandonné son cheval, a tourné le dos et s’est enfui de peur. Quand le roi a été parti du quartier général,

1660, 1661. Tout (le monde), que la terreur bouleversait, courait vers la ville. Les surintendants du harem, ayant fait monter sur des voitures les épouses du roi et de ses parents, se sont enfuis de peur. Ayant demandé congé au roi (Youdhishthira, qui était) avec Keçava,

1662. Je suis rentré dans Hastinapoura pour protéger les fuyards. En entendant ces paroles prononcées par le fils de la Vaiçyâ,

1663. Vidoura, à l’âme incomparable, connaissant tous les devoirs, prêta considération à tout ce qui était arrivé et dit ces mots à Youyoutsou :

1664. Dans cette destruction des Bharatides, tout ce qui est arrivé est en ta faveur. La compassion que tu as (montrée), a satisfait aux devoirs (que tu avais envers ta) famille. 1665. Grâce au ciel (nous), les sages, nous t’avons considéré comme (notre) soleil (quand tu es) arrivé à la ville, (en venant) de ce combat qui effraie les héros.

1666. Tu es le bâton (de vieillesse) du roi aveugle, (vieillard) cupide, manquant de prévoyance, souvent averti et dont l’esprit, qu’un destin (jaloux) avait égaré, (n’a pas su écouter les conseils qui pouvaient le sauver).

1667. Toi seul, ô mon fils, tu survis au malheur qui l’a atteint de toutes parts. (Après t’être) reposé ici, tu visiteras demain le roi Youdhishthira.

1668-1671. Après cette rencontre avec Youyoutsou, (dans laquelle), les yeux pleins de larmes, il avait ainsi parlé, Vidoura entra dans la demeure du roi, où les citadins et les villageois criaient à tue tête : Ah ! Ah ! malheur ! (palais) sans joie, dont le bonheur était parti, pareille à un séjour dont les jardins sont anéantis ; paraissant vide et déchue de sa puissance. Vidoura, qui connaissait tous les devoirs, l’esprit égaré, plus malheureux que le malheur même, ô roi, entra dans la ville en soupirant sans bruit. Youyoutsou (y entra) aussi et habita pendant cette nuit dans son appartement.

1672. Très affligé, réfléchissant que les Bharatides avaient mutuellement causé leur ruine complète, il ne consentit pas à recevoir les salutations des siens.






CHAPITRE XXXI


RECHERCHE DE DOURYODHANA


Argument : Les vainqueurs cherchent Douryodhana pour le tuer. Les trois Kourouides le cherchent aussi, le rencontrent, et l’excitent à combattre de suite ; mais il s’y refuse. Il est découvert par les chasseurs de Bhîmasena qui reviennent en donner la nouvelle au camp. L’armée Pândouide se dirige vers l’étang. Les trois Kourouides prennent congé de Douryodhana.


1673. Dhritarâshtra dit : Ô Sañjaya, quand tous les soldats eurent été tués sur le champ de bataille par les fils de Pândou, que firent les restes de mon armée,

1674. (Que firent) Kritavarman, Kripa et l’héroïque fils de Drona ? que fit alors Douryodhana, ce roi à l’âme faible ?

1675. Sañjaya dit : Après la fuite des épouses des magnanimes Kshatriyas, le camp étant vide et (ses occupants) dispersés, les trois (maîtres de) chars, extrêmement effrayés,

1676-1679. Entendant la voix des fils de Pândou, qui (certainement), alors, (étaient) victorieux, voyant le camp détruit, ne s’y établirent pas ; mais le soir étant venu, (poussés par) le désir de voir le roi, ils se dirigèrent vers l’étang. Le vertueux Youdhishthira aussi, désireux de tuer Douryodhana, allait de côté et d’autre, accompagné au combat par ses frères. Irrités, désirant la victoire. cherchant ton fils, ils ne (purent) pas apercevoir le roi, (malgré) le soin (qu’ils apportèrent) à leurs recherches, parce que celui-ci s’éloignait avec une grande vitesse, la massue à la main,

1680. Et entrait dans cet étang dont il solidifiait les eaux par un charme magique. Mais, quand tous les Pândouides, dont les chevaux étaient bien fatigués,

1681. S’arrêtèrent, après avoir atteint leur camp avec leurs soldats, alors, Kripa, le fils de Drona, et le Satvatide Kritavarman

1682. Allèrent doucement vers cet étang, après que les fils de Prithâ se furent arrêtés. S’étant approchés de cet étang où le roi reposait,

1683. Ils dirent à (ce) roi, à l’abord terrible et qui se tenait dans l’eau : Ô roi, lève-toi, combats avec nous Youdhishthira,

1684. Ou bien sois victorieux et possède la terre, ou bien si tu es tué, monte au Svarga. Toute leur armée aussi a été détruite par toi, ô Douryodhana,

1685, 1686. Et, blessés pour la plupart, les soldats qui se trouvent (encore) ici, ne sont pas capables de supporter ton impétuosité, ô maître des hommes, lorsque tu seras protégé par nous. Lève-toi donc, ô Bharatide.

1687. Douryodhana dit : Grâce au ciel je vous vois, vous, les plus excellents des hommes, échappés à une telle destruction de héros, (sortis) vivants de la guerre entre les Pândouides et les Kourouides.

1688. Quand nous serons tous reposés, et que notre fatigue sera dissipée, nous serons victorieux, (mais) nous sommes (maintenant) grièvement blessés et (très) fatigués,

1689. (Tandis que) leur armée est excitée par sa ( victoire). C’est pourquoi je ne me décide pas pour le combat. Cependant votre grand courage ne me surprend pas.

1690, 1691. Votre zèle pour nous est extrême, mais ce n’est pas le moment de (montrer de) l’héroïsme. Quand j’aurai consacré une nuit au repos, accompagné par vous au combat, je combattrai les ennemis, je n’en fais aucun doute.

1692. Sañjaya dit : Quand il eut entendu ces paroles, le Dronide dit au roi enragé au combat : Lève-toi, s’il te plaît, nous vaincrons les ennemis.

1693. Ô roi, je jure par mes droits aux récompenser célestes, par les dons (que j’ai faits), par la vérité et par la victoire , que je vaincrai aujourd’hui les Somakas 1.

1694. Certes, que je ne ressente pas la satisfaction que les combats procurent aux gens valeureux, si, pendant cette nuit, je ne tue pas les ennemis dans la bataille.

1695. Je ne déposerai pas ma cuirasse sans avoir tué tous les Pâñcâlas, ô puissant. C’est une vérité que je dis, entends-la de ma bouche.

1696. Pendant qu’ils conversaient ainsi, des chasseurs, fatigués du poids de leur gibier, se dirigèrent, par hasard, vers cet endroit, pour boire (dans l’étang) .

1697. Ô grand roi, ces chasseurs apportaient continuellement, et avec le plus grand zèle, le produit de leur chasse à Bhîmasena, ô puissant.

1698, 1699. Se trouvant là, ils entendirent toute la conversation secrète de ces (guerriers), ainsi que les réponses de Douryodhana. Ces grands archers, réunis, insistaient très vivement auprès du Kourouide pour le décider à un combat qu’ils désiraient, et dont, lui, ne voulait pas (entendre parler).

1700. Ayant ensuite considéré ces grands guerriers, ainsi que le roi qui se trouvait dans l’eau et qui n’avait pas le cœur au combat,

1701. Et ayant entendu leur conversation avec le roi plongé dans l’étang, les chasseurs reconnurent Douryodhana qui se tenait sous les eaux.

1702. Avant de s’approcher accidentellement de ton fils, ils avaient été interrogés par le fils de Pândou qui cherchait le roi.

1703. Alors, ô roi, se rappelant les paroles du fils de Pândou, les chasseurs de gazelles se dirent à voix basse les uns aux autres :

1704. Le Pândouide nous enrichira quand nous lui montrerons Douryodhana, car nous voyons ce roi dans l’étang, sans être remarqués (de lui).

1705. Aussi, nous allons tous aller là où se trouve le roi Youdhishthira, lui raconter que l’impatient Douryodhana est caché dans l’étang.

1706. Nous dirons tous à ce sage archer Bhîmasena, que le fils de Dhritarâshtra repose dans l’eau.

1707. Il sera très content, et nous donnera de grandes richesses. Qu’avons-nous besoin de ce gibier, (obtenu) sans profit, au prix de fatigues qui nous dessèchent !

1708. Ayant ainsi parlé, ces chasseurs, très satisfaits, avides des richesses (qu’ils espéraient recevoir), reprirent leurs charges de viande et revinrent au camp.

1709. Ô grand roi, les guerriers Pândouides, habiles à atteindre leur but, ne voyant pas Douryodhana sur le (champ de) bataille,

1710. Désireux d’en finir avec les fourberies de ce méchant, envoyèrent des espions de tous côtés sur le champ de bataille.

1711. Mais tous ces soldats de Dharmarâja, (ainsi envoyés), étant revenus, firent connaître que Douryodhana avait disparu,

1712. En entendant ce rapport des espions, ô le meilleur des Bharatides, le prince éprouva un souci violent et soupira.

1713-1715. Mais, ô puissant, pendant que les Pândouides étaient tristes, (d’être sans nouvelles de leur ennemi), les chasseurs, partis de cet (étang), vinrent en toute hâte au camp, joyeux d’avoir vu le roi Douryodhana. Étant entrés dans le camp sous les yeux de Bhîmasena, (quoiqu’on voulût les en) empêcher, ils s’approchèrent de ce très fort fils de Pândou et lui dirent tout ce qui était arrivé, et où ils l’avaient appris.

1716. Alors, ô roi, Vrikodara, le tourmenteur des ennemis, leur fit de riches dons et raconta tout ce qu’ils lui avaient appris à Dharmarâja,

1717. Ô roi, (dit-il), ce Douryodhana, au sujet duquel tu es tourmenté, a été reconnu par mes chasseurs. Il repose dans de l’eau qu’il a solidifiée.

1718. Ô maître des hommes, en apprenant cette agréable nouvelle de (la bouche de) Bhîmasena, Ajâtaçatrou, fils de Kountî, se réjouit avec ses frères.

1719. Ayant appris que ce grand archer, (ton fils), était entré dans l’eau, il se hâta de se diriger vers l’étang, précédé de (Krishna) Janârdana (le tourmenteur des hommes).

1720. Alors, ô roi, les Pândouides et les Pâncâlas, remplis de joie, entonnaient de tous côtés le cri (de guerre) de Kilâkila.

1721. Ils poussèrent alors des rugissements et des cris de carnage, ô excellent Bharatide. Les Kshatriyas se hâtèrent d’aller à l’étang Dvaipâyana.

1722. Pleins de joie, les Somakas criaient à haute voix, et à plusieurs reprises, sur (le champ de) bataille : « Le méchant Dhritarâshtride a été vu et reconnu. »

1723. Le bruit de ces chars rapides, qui se dirigeaient vers ce lieu avec vitesse, devint tumultueux et monta jusqu’au ciel, ô maître de la terre.

1724-1727. Quoique leurs équipages fussent fatigués, Arjouna, Bhîmasena, les deux Pândouides fils de Mâdrî, Dhrishtadyoumna le Pâñcâla invaincu, Çikhandin, Youdhamanyou, Outtamaujas, le grand guerrier Satyakide, ce qui restait des Pâñcâlas, et les fils de Draupadî, ô Bharatide, ainsi que tous les chevaux, les éléphants et les fantassins par centaines, se hâtèrent de suivre Youdhishthira, cherchant Douryodhana de cotés et d’autres, ô roi. Puis, ô grand roi, le majestueux Dharmarâja arriva

1728. Au terrible étang Dvaipâyana, à l’eau froide et limpide, beau comme une seconde mer, dans lequel se tenait Douryodhana,

1729. Là où, ayant solidifié l’eau par la magie, ton fils s’était placé d’une manière merveilleuse, d’après les décrets du destin, ô Bharatide.

1730. Ô Puissant, le roi, qu’il est difficile à tout homme d’affronter, y repose, la massue à la main, plongé à l’intérieur de l’eau, ô Indra des hommes.

1731. Alors le roi Douryodhana, demeurant enfoncé sous les eaux, entendit le bruit tumultueux, pareil à celui d’un nuage orageux, (que faisaient les ennemis qui arrivaient pour le combattre).

1732. Or, ô Indra des rois, désireux de tuer ton fils, Youdhishthira, accompagné de ses frères, vint à cet étang, ô grand roi,

1733. Avec un grand bruit, (produit) par le son des conques et les roues des chars, soulevant une poussière épaisse et faisant trembler la terre.

1734. En entendant le bruit de l’armée de Youdhishthira, les grands guerriers Kritavarman, Kripa et le fils de Drona, dirent au roi :

1735. Ô Bharatide, qu’il nous soit permis de nous en aller, car les Pândouides, joyeux, fiers de leur victoire, s’approchent (d’ici).

1736. Douryodhana, entendant ce que lui disaient ces (hommes) énergiques et ayant répondu : « soit ! » solidifia cet étang par un charme magique, ô roi.

1737. Cependant, ayant obtenu la permission du roi, ces guerriers à chars, Kripa en tête, s’éloignèrent, (le cœur) rempli de chagrin, ô grand roi.

1738. Quand ils eurent parcouru une longue route, ô vénérable, ils virent un figuier indien (au pied duquel) ils se couchèrent, très fatigués, et songeant au roi, (ils faisaient les réflexions suivantes) :

1739. Le très fort Dhritarâshtride (s’est) endormi après avoir solidifié l’eau, et les Pândouides (sont) arrivés en ce endroit pour combattre.

1740. Comment le combat aura-t-il lieu ? Qu’adviendrat-il du roi ? Comment les fils de Pândou arriveront-ils à rencontrer le Kourouide ?

1741. Cependant ces guerriers, Kripa en tête, s’arrêtèrent en ce lieu, en réfléchissant ainsi, après avoir détaché les chevaux des chars.


CHAPITRE XXXII


MENACES ADRESSÉES À DOURYODHANA


Argument : Les Pândouides, arrivés à l’étang, constatent la ruse de Douryodhana. Conversation de Dharmarâja et de Krishna. Conversation de Dharmarâja et de Douryodhana.


1742. Sañjaya dit : Après que ces trois chars furent partis, les Pândouides arrivèrent à cet étang, où se trouvait Douryodhana.

1743. Et, ô le meilleur des Kourouides, s’étant approchés de l’étang Dvaipâyana et ayant vu cet asile humide solidifié par le Dhritarâshtride,

1744. Le descendant de Kourou dit ces paroles au Vasoudevide : Vois cet enchantement appliqué aux eaux par le fils de Dhritarâshtra.

1745. Il n’a rien à craindre de la part des hommes, car il repose au sein de ces eaux où il s’est plongé et qu’il a solidifiées. Il a fait cet enchantement

1746. Par fourberie. Je ne laisserai pas aller vivant ce maître trompeur, quand bien même le porteur de la foudre l’assisterait dans le combat.

1747. Et ainsi le monde le verra tué, ô Madhavide.

1748. Le Vasoudevide dit : Ô Bharatide, triomphe par la magie de cet enchantement du trompeur (Douryodhana). Le fourbe doit être tué par ruse. Voilà la vérité, ô Youdhishthira.

1749. Ô le plus grand des Bharatides, triomphe de Douryodhona à l’âme artificieuse, en employant la magie, dans les eaux, par des moyens artificieux.

1750. Les daityas et le dânavas furent tués par Indra par des moyens artificieux. Bali fut tué par le magnanime (Çakra) par de nombreux procédés artificieux.

1751. Le grand asoura Hiranyâksha ainsi qu’Hiranyakaçipou furent détruits par magie à l’aide de nombreux procédés artificieux.

1752. Il n’est pas douteux que Vritra fut tué par des moyens magiques, ainsi que le rakshasa appelé Râvana, descendant de Poulastya,

1753. Mis à mort par Râma avec sa postérité et ses suivants. Toi aussi, sois victorieux par les moyens artificieux de la magie.

1754. Le grand daitya Târaka et l’héroïque Vipraciti furent jadis tués par moi par des procédés artificieux, ô roi.

1755. (L’oiseau) Vâtâpa, Ilala, Triciras (qui a trois têtes), ô puissant, les deux asouras Sounda et Oupasounda, furent détruits à l’aide seulement d’artifices.

1756. Ô puissant, les procédés artificieux sont efficaces ; il n’y a rien au-dessus d’eux, ô Youdhishthira, c’est à eux qu’Indra doit de posséder le troisième ciel.

1757. Les daityas, les dânavas, les rakshasas et les princes, ont été détruits par des procédés artificieux. Emploie donc des moyens artificieux.

1758, 1759. Sañjaya dit : Après avoir entendu ces paroles du Vasoudevide, le Pândouide, fils de Koûntî, ferme dans ses promesses, ô grand roi, s’adressa en souriant, ô Bharâtide, à ton très fort fils qui se tenait dans l’eau (et lui dit) : Souyodhona, quel est le but de ce que tu as accompli dans (ces) eaux ?

1760. Après avoir fait tuer toute la caste des Kshatriyas et ta propre race, ô maître des hommes, te voilà maintenant réfugié dans un asile humide, pour sauver ta propre vie.

1761. Lève-toi, ô roi, combats contre nous, ô Souyodhana ; que sont devenus ton orgueil et ton arrogance, ô le meilleur des hommes,

1762. Toi qui te tiens, effrayé, dans une pièce d’eau que tu as solidifiée ? Tous les hommes disaient à ta cour : « tu es un héros. »

1763. Je crois que c’était là tout ton héroïsme, à toi qui te réfugies (maintenant) dans l’eau. Lève-toi, ô roi, et combats ; tu es un Kshatriya, issu de (noble) race ;

1764. Tu es surtout un Kourouide. Souviens-toi de ton origine et de ta naissance. Comment, toi qui te glorifies d’être né du lignage de Kourou,

1765. Te tiens-tu au sein des eaux, inactif, sans fermeté et craignant les combats ? Tel n’est pas le devoir éternel (des Kshatriyas).

1766. La fuite dans la bataille n’est pas honorable, et ne conduit pas au Svarga. Comment donc, ô roi désires-tu vivre, sans avoir complètement terminé la lutte ?

1767-1769. Après avoir vu tomber fils, frères, pères, après avoir fait tuer tes adhérents et tes parents, ô mon cher, comment restes-tu maintenant (paresseusement) dans cet étang ? Ô Bharatide, tu es un pseudo-héros, non un héros (véritable). Ô fou, tu dis faussement, en présence du monde entier qui t’entend : « Je suis un héros. » Les héros ne s’enfuient jamais à la vue de l’ennemi.

1770. Ou bien, dis-nous de quelle nature est la fermeté qui te fait abandonner la lutte. Lève-toi, bannis la crainte (que tu éprouves pour) ta (propre vie), et combats.

1771. Après avoir fait tuer toute l’armée ainsi que tes frères, ô Souyodhana, le désir de faire son devoir, doit maintenant empêcher de songer à vivre

1772. Un homme de ta sorte, voué aux devoirs des Kshatriyas, ô Souyodhana. De ce que tu (as pu) avoir recours à Karna et au Soubalide Çakouni,

1773. Ta folie t’a fait te leurrer sur toi-même, et te considérer comme un immortel. Cette faute est un très grand malheur. Combats (maintenant), ô Bharatide,

1774. Car, comment un homme comme toi pourrait-il être assez fou pour se décider à fuir ? Qu’est devenu ton honneur, qu’est devenu ton héroïsme, ô Souyodhana ?

1775. Où est (ta) grande force ? Où sont (tes) puissants rugissements ? Qu’est devenue ton adresse aux armes ? Et pourquoi reposes-tu dans ce refuge aquatique ?

1776. Lève-toi, ô Bharatide, et combats selon la loi des Kshatriyas. Ou bien, après nous avoir vaincus, tu gouverneras le monde,

1777. Ou bien, (si tu es) tué par nous, tu dormiras sur la terre. Voilà la loi suprême, créée pour toi, par le magnanime ordonnateur du monde.

1778. Suis-là comme il convient, ô grand guerrier, sois un roi.

1779. Sañjaya dit : Ô grand roi, après avoir entendu ces paroles du sage Dharmapoutra, ton fils, qui se tenait dans l’eau, répondit ces mots :

1780. Douryodhana dit : Ô grand roi, il n’est pas étrange que la peur entre (dans le cœur de l’homme) vivant. Et (cependant), ce n’est pas par crainte du danger (que courait) ma vie, que je suis parti, ô Bharatide.

1781, 1782. Privé de char, sans carquois, mes cochers de côté tués, j’étais seul à survivre et dépourvu d’armée. ^Ô maître des hommes, ce n’est ni le souci de ma vie, ni les craintes, ni le désespoir, qui ont déterminé mon choix, mais c’est, poussé par la fatigue, que je suis entré dans cette eau.

1783. Toi, ô fils de Kountî, repose-toi, ainsi que ceux qui sont venus à ta suite. Moi, quand je me serai levé, je combattrai contre vous tous.

1784. Youdhishthira dit : Nous avons tous repris haleine ; nous t’avons longtemps donné la chasse. Lève-toi donc maintenant, et combats ici, ô Souyodhana.

1785. Ou bien, quand tu auras tué les fils de Prithâ dans la bataille, tu jouiras d’une royauté (dont la grandeur sera) accrue ; ou bien, si tu succombes (sous nos coups) en combattant, tu atteindras le monde des héros.

1786. Douryodhana dit : Ô maître des hommes, tous mes frères ont été tués, parce que je voulais la royauté des Kourouides, ô descendant de Kourou.

1787. Je ne supporte pas (l’idée de) jouir d’une terre dont les joyaux sont détruits, dont les plus grands Kshatriyas sont tués, (qui est) comme une belle femme (devenue) veuve.

1788. Cependant je désire te vaincre maintenant, ô Youdhishthira, et briser l’orgueil des Pâñcâlas et des Pândouides, ô taureau des Bharatides.

1789. Mais je ne pense pas du tout en ce moment au combat, Drona et Karna étant morts, et le grand oncle (Bhîshma) tué,

1790. Que cette terre, (restée) toute seule, soit à toi maintenant. Car, quel prince désirerait conserver la royauté, (quand il n’a) plus de compagnons ? ô roi,

1791. Après avoir causé la mort d’amis comme mes frères, mes fils, mes pères ; après que mon pouvoir royal a été anéanti par vous, quel est donc (l’homme), dans ma condition, qui (songerait à) vivre ?

1792. Quant à moi, vêtu de peaux d’animaux, j’irai dans les bois (vivre en ascète), car le bonheur n’est plus dans la royauté, pour celui dont le parti est détruit, ô Bharatide.

1793. Cette terre, (sur laquelle) la plupart de mes adhérents, ainsi que leurs chevaux et leurs éléphants ont été tués, est à toi. Ô roi, jouis en donc paisiblement.

1794. J’irai dans les bois, en me couvrant de peaux de gazelles, ô puissant. Dépourvu de sujets, je ne désire plus vivre.

1795. Va, ô Indra des rois, jouis à ta volonté de la terre, dont les maîtres et les guerriers sont tués et dont les champs sont épuisés.

1796. Sañjaya dit : Quand il eut entendu ton malheureux fils Douryodhana, qui se tenait dans l’eau, le très glorieux Youdhishthira répondit ces paroles.

1797. Youdhishthira dit : Ô mon cher, toi qui te tiens (au milieu) de l’eau, ne fais pas entendre ces lamentations de désespoir. Elles n’émeuvent pas mon esprit comme celui de Çakouni, ô roi.

1798. Quand bien même tu serais capable d’être libéral, ô Souyodhona, je ne voudrais pas gouverner une terre que tu m’aurais donnée.

1799. Je n’accepterais pas, sans l’avoir gagnée, cette terre donnée par toi, car il n’est pas considéré comme du devoir des Kshatriyas (de recevoir) des faveurs.

1800. Je ne voudrais pas de la terre entière donnée par toi, mais j’en serai le maître quand je t’aurai vaincu dans la lutte.

1801. Et comment veux-tu donner la terre, toi qui n’en es plus le maitre ? Pourquoi ne me fut-elle pas accordée par toi, jadis,

1802. En vue de l’apaisement et (du bonheur) de la famille, comme le méritaient ceux qui la réclamaient ? Après avoir refusé le Vrishnien, qui possède une grande puissance,

1803. Pourquoi la cèdes-tu maintenant ? Quelle est ta folie ? Quel roi consentirait à abandonner la terre, (quand il est) attaqué (par ses ennemis).

1804. Ô descendant de Kourou, tu n’es plus aujourd’hui le maître de donner la terre, ou de la ravir par force. Comment veux-tu (donc) la donner ?

1805, 1806. Mais, après m’avoir vaincu au combat, sois en le roi. Si jadis tu n’abandonnais pas ce qui peut tenir de terre sur la pointe d’une aiguille, ô Bharatide, comment (oses-tu) donc (me) l’offrir (tout entière), ô maître des hommes.

1807. Jadis, tu n’abandonnais point la pointe d’une aiguille ! Comment cèdes-tu maintenant (toute) la terre ? Après t’être emparé de la souveraineté et avoir gouverné le monde,

1808. Quel est le fou qui consentirait à céder ses états à ses ennemis ? Mais toi, dont la folie a égaré l’esprit, tu ne t’aperçois pas (de ton propre égarement).

1809-1811. Il faut que tu meures, quand bien même tu consentirais à céder l’empire du monde. Ou bien, après nous avoir vaincus, gouverne l’univers, ou bien, (si tu es) tué par nous, (atteinds) les mondes supérieurs de Brahma. Ô roi, tant que toi et moi nous serons tous les deux vivants, tous les êtres douteront (de quel côté est) la victoire. Ta vie, ô imprudent, est maintenant en mon pouvoir.

1812. Je pourrais te la laisser, si c’était mon bon plaisir, mais il n’est pas avantageux que tu vives, car, entre autres méfaits), tu t’es efforcé de (nous) faire brûler.

1813. Nous avons été poursuivis par toi, au moyen de serpents et de poisons. Tu as essayé de nous noyer et tu nous as ravi notre royaume, ô roi.

1814. (Nous avons été tourmentés) par les paroles (injurieuses) de nos ennemis, et par les outrages faits à Draupadî. C’est pourquoi, ô méchant, il n’y a plus de vie pour toi.

1815, 1816. Lève-toi, lève-toi, viens au combat, cela vaudra mieux. Ces héros victorieux prononcèrent encore, de part et d’autre, divers discours, ô maître des hommes.

MAHÂBHÂRATA


LIVRE DE ÇALYA




SECTION III, DU COMBAT À LA MASSUE




CHAPITRE XXXIII


CONVERSATION DE DOURYODHANA AVEC YOUDHISHTHIRA


Argument : Dhritarâshtra interroge Sañjaya, qui lui raconte ce qu’a fait Douryodhana. Réponse de Douryodhana à Dharmarâja. Il demande à ne combattre à la fois que contre un seul adversaire. Réponse de Youdhishthira qui consent à ce qu’il combatte un seul adversaire. Douryodhana choisit la massue comme arme et se prépare au combat. Reproches que lui fait Youdhishthira. Menaces de Douryodhana.


1817. Dhritarâshtra dit : Mais, que fit mon fils, ce héros tourmenteur des ennemis, naturellement enclin à la colère, quand (il se vit) ainsi humilié ?

1818. Car il n’avait jamais entendu aucune espèce d’injure, le rang royal le rendant digne des respects du monde entier.

1819. Comment put, dans son orgueil, endurer des paroles affligeantes, celui dont l’éclat, comme celui du soleil, (exigeait) l’ombre d’un parasol,

1820. Et par la faveur duquel, ô Sañjaya, tu as vu toute cette terre, avec les barbares et les habitants des bois, puissamment soutenue ?

1821, 1822. Raconte-moi, ô Sañjaya, ce qu’il dit à ces fils de Pândou, spécialement (en se voyant) menacé par eux, étant privé des siens et tout à fait seul, et en entendant incessamment des paroles mordantes et inspirées par la victoire (de ses ennemis).

1823, 1824. Sañjaya dit : Ô roi, le maître des hommes, ton fils, plongé dans l’eau, menacé par Youdhishthira en compagnie de ses frères, ô Indra des rois, se trouvait dans une triste situation, et se tenait toujours sous les eaux. Ayant entendu (ces) paroles irritantes, et soupiré longuement et profondément,

1825. Le roi Douryodhana émergea de l’eau, en agitant les deux bras à plusieurs reprises, songea à combattre et dit au roi (Youdhishthira) :

1826. Vous, ô fils de Prithâ, (vous êtes) tous (les cinq réunis), avec vos armes, vos chars et vos attelages. Moi, je suis tout seul, dans le malheur, dépourvu de char, et mes chevaux sont tués.

1827. Enveloppé de nombreux (adversaires), qui se sont approchés de moi, après avoir pris leurs armes, comment oserai-je engager le combat, tout seul, à pied, et ayant déposé mon épée.

1828. Mais, ô Youdhishthira, faites que je puisse vous combattre un à un, car il n’est pas juste de vouloir qu’un seul (homme) livre bataille à plusieurs.

1829. Surtout (s’il est) sans cuirasse, fatigué, en fâcheuse position, grièvement blessé dans (tous) ses membres, et si son attelage et ses soldats sont tués.

1830. Je ne crains cependant, ni toi, ni le fils de Prithâ Vrikodara, ni Phâlgouna, ni le Vasoudevide, ni même les Pâñcâlas,

1831. Ni les deux jumeaux, ni Youyoudhâna, ni tes autres soldats. Moi seul, irrité, je les arrêterai tous en combattant.

1832. Ô maitre suprême des hommes, la gloire des gens de bien a son origine dans le devoir. (Voici ce que) je propose, pour mettre à couvert le devoir et la renommée.

1833. Je vais me lever ; je tiendrai tête à vous tous, en vous rencontrant (successivement) dans le combat, comme l’année (le fait) pour les saisons.

1834, 1835. Ô fils de Pândou, tenez-vous bien ; sans armes, sans char, avec ma (seule) énergie, je vous ferai disparaître vous qui avez des chars et des chevaux, comme (disparaissent) les constellations à la fin de la nuit. Aujourd’hui, je m’acquitterai de la dette (que j’ai contractée) envers les glorieux Kshatriyas.

1836-1838. En te tuant avec tes frères, je m’acquitterai envers Vâhlika, Drona, Bhîshma, le magnanime Karna, les deux héros Jayadratha et Bhagadatta, Çalya, roi de Madra, Bhoûriçravas, mes fils, le Soubalide Çakouni, mes amis, mes partisans et mes parents, ô excellent Bharatide.

1839. Le roi se tut après avoir dit ces paroles.

1840. Youdhishthira dit : Grâce au ciel, toi aussi, ô Souyodhana, tu connais le devoir des Kshatriyas ; grâce au ciel tu songes au combat, ô guerrier aux grands bras.

1841. Grâce au ciel, tu es un héros, ô descendant de Kourou ; grâce au ciel tu connais la guerre, car, (à toi) seul, tu veux nous combattre tous.

1842. Étant seul, aie (donc) affaire à un adversaire unique, et combats-le avec l’arme qui te plaira. Quant à nous, (nous serons) les spectateurs (du combat).

1843. Ô héros, moi que voici, je t’accorde plus que tu ne désirais. Tu seras roi après avoir tué un seul (d’entre nous), ou bien, (si tu es) tué, tu monteras au Svarga.

1844. Douryodhana dit : Si un seul héros pousse son cri de guerre pour me combattre et si tu y consens, que cette massue me soit accordée comme l’arme de mon choix,

1845. Que celui de vous qui se croit capable, à lui seul, de me tuer, dans un combat singulier, vienne, à pied, combattre contre moi à la massue.

1846. Les combats de chars offrent (des aspects) variés, selon l’endroit où ils se livrent ; que cet unique combat à la massue soit tout à fait merveilleux.

1847. Les hommes aiment à changer d’armes. Permets donc que nous changions le (mode du) combat.

1848. Ô guerrier aux grands bras, je vous vaincrai à la massue, toi, tes frères puînés, les Pâñcâlas, les Sriñjayas et tes autres soldats.

1849. Car, ô Youdhisthira, Çakra lui-même ne m’inspire pas la moindre crainte.

1850, 1851. Youdishthira dit : « Lève-toi, lève-toi, fils de Gândhârî. Combats contre moi. Tu es fort. En te rencontrant, seul, avec un seul (adversaire) dans le combat à la massue, (toi qui es) fort, sois un homme. Ô fils de Gândhârî, apporte toute ton attention au combat. Il n’y a plus maintenant de vie pour toi, Indra (lui-même) te protégeât-il.»

1852. Sañjaya dit : Le tigre des hommes, ton fils, n’endura pas (patiemment) ces (menaces). Placé au milieu de l’eau, soufflant comme un grand serpent dans une caverne,

1853. Constamment aiguillonné ainsi, par des paroles (acerbes), il ne supporta pas plus ce discours, qu’un excellent cheval (ne supporte) le fouet.

1854, 1855. L’héroïque prince, ayant pris la lourde massue de fer garnie d’ornements d’or, soufflant comme le roi des serpents, se leva à l’intérieur de l’eau, dont son élan troubla (la pureté). Ayant percé l’eau solidifiée, et mis la massue de fer sur son épaule,

1856-1858. Ton fils se leva, brûlant comme le soleil. Alors l’intelligent et très fort Dhritarâshtride saisit sa lourde massue de fer, damasquinée, ornée d’or. Le Bharatide avec sa massue, parut, aux hommes qui le virent tenant cette arme à la main, pareil à une montagne avec ses sommets, semblable à Roudra irrité, la lance en main ; il brilla comme le soleil lançant ses rayons.

1859. Tous les Pâñcâlas virent le roi ton fils, et se réjouirent de toutes parts, en le voyant levé

1860. Tous les Pâñcâlas et les Pândouides se frappèrent réciproquement dans la main. Mais ton fils Douryodhana, considérant ces gestes comme une raillerie,

1861, 1862. Levant les yeux avec colère, comme s’il voulait consumer les Pândouides (avec le feu de son regard), fronçant les sourcils où se marquèrent trois rides, recouvrant (de ses lèvres) ses dents serrées, adressa alors (ces paroles) aux fils de Pândou accompagnes de Keçava,

1863. Douryodhana dit : Vous avez ri, ô Pândouides, vous en recevrez la récompense. Vous irez, immédiatement, tués (par moi), au séjour d’Yama.

1864. Sañjaya dit : Ton fils Douryodhana, émergeant de cette eau, se tenait, baigné de sang, la massue à la main,

1865. Le corps baigné d’eau de ce (héros) couvert de sang, brillait alors comme une montagne ruisselante.

1866. À ce moment, les Pândouides considérèrent ce héros la massue à la main, semblable à Vaivasvant irrité, ayant à la main la massue Kinkara.

1867. Ce (prince) héroïque, rugissant comme un taureau, joyeux, et faisant un bruit pareil à celui d’un nuage orageux, défia les fils de Prithâ au combat à la massue.

1868. Douryodhana dit : Ô Youdhishthira, et vous autres aussi, approchez-vous de moi un à un, car la loi ne permet pas de faire combattre un homme seul contre plusieurs ;

1869. Surtout s’il a déposé son armure, s’il est fatigué et enfoncé dans les eaux, s’il a les membres grièvement blessés, et si ses soldats et ses chevaux sont tués.

1870. Certes, tous doivent (à leur tour) combattre contre moi ; mais tu sais ce qui, en toutes choses, est convenable ou ne l’est pas.

1871. Youdhishthira dit : Tu n’avais pas (jadis) cette sagesse, ô Souyodhana. Où était-elle, quand de nombreux grands guerriers combattirent (à plusieurs) Abhimanyou et le tuèrent ?

1872. La loi des Kshatriyas est cruelle, sans égards (pour personne), sans aucune compassion. Autrement, comment aurait-on pu tuer Abhymanyou dans ces conditions ?

1873. Vous connaissez tous la loi. Tous, vous êtes des héros qui avez fait le sacrifice de votre vie. L’accès du monde d’Indra a jadis été promis à ceux qui combattront conformément à la loi.

1874. Mais si c’est la loi même qu’un seul ne doive pas être tué par plusieurs, comment alors plusieurs (guerriers réunis), pénétrés de cette (opinion), purent-ils se résoudre à tuer Abhimanyou ?

1875. Toute personne qui se trouve dans la peine, pèse (scrupuleusement) la connaissance (qu’elle a) de la loi. Celui qui (est hors de danger et solide) sur ses pieds, voit fermée la porte de l’autre monde.

1876. Mets ta cuirasse, ô héros, lie tes chevaux et munis-toi de toute autre chose dont tu puisses avoir besoin, ô Bharatide.

1877, 1878. Je t’accorde de nouveau, ô héros, ton unique souhait. Quand tu auras tué un seul des cinq fils de Pândou, avec lesquels tu désires combattre, certes, tu seras roi, ou, (si tu es tué), tu atteindras le Svarga. Et, sauf (de t’accorder) la vie dans le combat, que pouvons-nous faire qui te soit agréable, ô mon cher ?

1879. Sañjaya dit : Alors, ô roi, ton fils prit son armure dorée, et son casque bariolé et orné d’or.

1880. Ce (prince), ton fils, ô roi, ayant attaché son casque et revêtu une armure étincelante et dorée, brilla comme le roi doré des montagnes.

1881. Douryodhana ton fils, armé de sa massue, couvert de son armure, dit, avant de commencer le combat, à tous les fils de Pândou :

1882. Qu’un seul des illustres frères se mesure avec moi à la massue. Je vais combattre, soit Sahadeva, soit Bhîma, soit Nakoula,

1883. Soit Phâlgouna, soit toi, ô excellent Bharatide. Je vais combattre, et quand j’aurai engagé la lutte, je triompherai sur le champ de bataille.

1884. Aujourd’hui, ô tigre des hommes, avec ma massue ornée de plaques d’or, je finirai cette guerre, difficile à terminer.

1885. Je crois que personne ne m’est comparable dans le combat à la massue. Avec cette arme, je vous tuerai tous, même (si vous êtes) réunis.

1886. (Vous) tous, (vous n’êtes) pas capables de me combattre régulièrement. (Mais) il ne me convient plus de prononcer des paroles gonflées d’orgueil.

1887, 1888. Seulement, ces (paroles) vont porter leur fruit devant vous. Dans un instant, elles seront vraies ou fausses. Que maintenant celui qui doit combattre avec moi prenne sa massue.







CHAPITRE XXXIV


DIALOGUE ENTRE BHÎMASENA ET DOURYODHANA


Argument : Krishna reproche à Dharmarâja d’avoir permis à Douryodhana, qui est très adroit à la massue, de combattre un seul adversaire avec cette arme. Bhîma rassure Krishna sur le succès du combat. Conseils de Krishna à Bhîma. Discours de Bhîma à Youdhishthira et à Douryodhana ; fermeté et réponse de ce dernier.


1889. Sañjaya dit : Ô roi, tandis que Douryodhana ne cessait de vociférer ainsi, le Vasoudevide, irrité, adressa ces paroles à Youdhishthira :

1890, 1891. Pourquoi donc, ô Youdhishthira, as-tu eu la témérité de lui dire : Quand tu auras tué un seul (d’entre nous), soit roi sur les Kourouides, s’il peut choisir pour adversaire, toi, Arjouna, Sahadeva ou Nakoula ?

1892, 1893. Je ne pense pas que vous soyez capables de le combattre, la massue à la main, car il s’est, pendant treize ans, exercé contre (la statue d’un) homme de fer, ô roi, dans l’intention de tuer Bhîmasena. Que pourrions-nous donc faire, ô excellent Bharatide ?

1894. Cependant, ô le plus grand des rois, tu t’es confié au hasard, et, à part Vrikodara, il n’aura pas à se donner beaucoup de peine (pour nous vaincre).

1895, C’est un nouveau coup de dés inégal, comme (celui) joué jadis par toi, contre Çakouni, ô maître des hommes.

1896. Bhîma est fort, Souyodhana est adroit. (Quand) le fort (combat) contre l’adroit, dit-on, c’est l’adroit qui triomphe.

1897. Ô roi, celui-ci, (qui est) notre ennemi, a été mis par toi dans (une bonne) voie. Tu te trouves toi-même dans une situation difficile, et nous sommes mis en danger.

1898. Qui donc, après avoir vaincu tous ses ennemis, pourrait (consentir à) se laisser ravir, par un seul adversaire tombé dans le malheur, la royauté acquise (avec tant de peines) ?

1899. Je ne vois, en vérité pas, dans le monde entier, celui qui, fût-ce un immortel, serait aujourd’hui capable de triompher, dans un combat contre Douryodhana, la massue à la main.

1900. Ni toi, ni Bhîma, ni Sahadeva, ni Nakoula, ni Phâlgouna, n’êtes capables (de le) vaincre (dans un combat) régulier. Certes, le roi Douryodhana est adroit.

1901. Comment as-tu (pu) dire : « Combats (tes) ennemis à la massue et sois roi quand tu auras tué un seul d’entre nous ? »

1902. Car, (même) s’il a affaire à Vrikodara, notre victoire est douteuse, si nous combattons régulièrement ; ce (prince), fort, est, en effet, adroit (en même temps).

1903. Mais tu as dis : Tu seras roi si tu tues un seul d’entre nous. Certes, cette lignée de Pândou et de Kountî ne possédera pas la royauté.

1904. (Elle est) vouée à la mendicité ou au séjour perpétuel dans les bois.

1905. Bhîmasena dit : Ne te désespère pas, ô meurtrier de Madhou. Je finirai aujourd’hui cette guerre si difficile à terminer.

1906. Je tuerai sans aucun doute Souyodhana dans le combat. La victoire de Dharmarâja (me) parait certaine.

1907. Ma massue, que voici, est une fois et demie plus lourde que celle du fils de Dhritarâshtra. Ne t’alarmes pas, ô Madhavide,

1908. Certes, j’ose lutter contre lui dans un combat à la massue. Ô tourmenteurs des hommes, soyez tous mes témoins.

1909. Je pourrais livrer bataille aux trois mondes, y compris les immortels apportant dans le combat des armes divines, à plus forte raison à Souyodhana.

1910. Sañjaya dit : Le Vasoudévide joyeux salua respectueusement Vrikodara qui venait de parler ainsi, et lui répondit en ces mots :

1911. Ô guerrier aux grands bras, il n’est nullement douteux qu’en ayant recours à toi, Dharmarâja Youdhishthira n’obtienne la mort de son ennemi et un brillant succès.

1912. Par toi, dans la grande bataille, tous les Dhritarâshtrides (ont été) tués, les rois, les fils de rois et les éléphants (ont été) abattus.

1913. Les Kâlingas, les Mâgadhâs, les Prâcyas (habitants de l’Est), les Gândhâras, les Kourouides, ont péri après t’avoir attaqué dans la grande bataille, ô fils de Pândou.

1914. Quand tu auras aussi tué Douryodhana, offre la terre avec les mers à Dharmarâja, fils de Kountî, comme Vishnou (en usa) pour (Indra), époux de Sâcî.

1915. En se rencontrant avec toi au combat, le méchant fils de Dhritarâshtra périra. Tu rempliras ta promesse en lui brisant les deux cuisses.

1916. Mais, ô fils de Prithâ, le fils de Dhritarâshtra doit constamment être combattu avec précaution. Il est adroit et fort, et le combat l’enivre toujours.

1917. Alors, ô roi, le Satyakide s’inclina devant le fils de Pândou. Les Pâñcâlas et les Pândouides, Dharmarâja en tête,

1918. Approuvèrent tous ces paroles de Bhîmasena, et ensuite Bhîma, à la force terrible, dit à Youdhishthira

1919. Qui, brillant comme le soleil, se trouvait avec les Sriñjayas : J’ose rencontrer cet homme dans le combat et lutter contre lui.

1920, 1921. Car ce (prince), le plus vil des hommes, n’est pas capable de triompher de moi dans la bataille. Je vais aujourd’hui déchaîner contre le Dhritarâshtride Souyodhana, la colère (qui était) profondément cachée dans mon cœur, comme Arjouna (déchaina) le feu dans (la forêt de) Khândava. Je vais maintenant arracher l’épine enfoncée dans ton cœur, ô fils de Pândou,

1922. En tuant le méchant à l’aide de ma massue. Maintenant, ô roi, sois heureux, je vais te rendre une couronne glorieuse.

1923. En ta faveur je vais aujourd’hui délivrer Souyodhana (du fardeau) de la vie, de la fortune et de la royauté 4. Et le roi Dhritarâshtra, en apprenant que son fils a été tué par moi,

1924. Se souviendra de l’action mauvaise qui résulta des réflexions de Çakouni. Après avoir ainsi parlé, l’excellent et héroïque descendant de Bharata, la massue haute,

1925. Semblable à Çakra provoquant Vritra, se leva pour combattre. Ton héroïque fils, ne supportant pas (patiemment) cette provocation,

1926, 1927. Se hâta de se placer en face de lui, comme un éléphant en rut (se place devant un autre) éléphant en rut. Tous les Pândouides voient ton fils qui s’était approché pour combattre, la massue en main, pareil à (la montagne) Kailàsa. S’étant approchés de ce Dhritarâshtride très fort, (mais qui était) seul,

1928-1931. Semblable à un éléphant séparé de son troupeau, les Pândouides étaient joyeux. Douryodhana, de son côté, n’éprouvait, ni confusion, ni crainte, ni lassitude, ni douleur, et se présentait au combat comme un lion. Alors, ô roi, Bhîmasena dit à Douryodhana en le voyant la massue à la main, pareil au mont Kailâsa : Souviens-toi de tes mauvais procédés et de ceux du roi Dhritarâshtra à notre égard, et de ce qui s’est passé à Vâranâvata ; (rappelle-toi) que Droupadî, au moment critique de son mois, a été maltraitée au milieu de l’assemblée,

1932-1934. Que le roi a été vaincu aux dés, par suite des idées de Çakouni. Ô (homme) à l’âme souillée, tu as fait ces (offenses), et d’autres (aussi) graves aux innocents fils de Prithâ. Les résultats en ont été terribles. C’est à cause de toi que notre grand oncle à tous, le très glorieux fils de la Gangâ, le plus grand des Bharatides, (a été) tué et repose sur un lit de flèches. Drona est tué, Karna aussi, ainsi que le majestueux Çalya.

1935. Et Çakouni, le premier auteur de la guerre, a succombé dans le combat. Les héros, tes frères, tes fils et tes soldats sont tués.

1936. Les héroïques rois qui ne tournaient pas le dos dans les combats, sont tués. Ceux-là et d’autres excellents Kshatriyas en grand nombre ont péri.

1937. Le méchant serviteur qui tourmentait Droupadî est tué aussi. Seul tu es resté (vivant), ô homme très vil, destructeur de ta race.

1938, 1939. Aujourd’hui, je te tuerai aussi avec ma massue, cela ne fait aucun doute. Aujourd’hui, je détruirai, dans (notre) combat, ton orgueil et la grande espérance (que tu nourrissais) de la royauté, et (je vengerai) les iniquités (commises) contre les fils de Pândou .

1940. Douryodhana dit : Assez de paroles. Combats maintenant avec moi. Je vais aujourd’hui, ô Vrikodara, te guérir de ta confiance dans (l’issue du) combat.

1941. Ô méchant, comment ne vois-tu pas que j’ai saisi ma grande masse, semblable au sommet de l’Himalaya, et que je suis en place pour le combat à la massue ?

1942. Qui donc, ô scélérat, fût-ce même Pourandara (Indra) parmi les dieux, serait capable de me tuer dans un combat régulier, (quand je suis armé) de ma massue 5 ?

1943. Ne rugis pas inutilement, ô fils de Kountî, comme un nuage d’automne dépourvu d’eau. Déploie dans le combat toutes les forces que tu possèdes.

1944. Après l’avoir entendu parler ainsi, tous les Pândouides et les Sriñjayas, désireux de vaincre, applaudirent ses paroles.

1945. Ils réjouirent (avec leurs acclamations) le roi Douryodhana, comme des hommes encouragent un éléphant furieux en battant des mains.

1946. Dans cette circonstance, les éléphants rugirent, les chevaux hennirent à plusieurs reprises. Les fils de Pândou, qui désiraient la victoire, firent étinceler leurs épées.


CHAPITRE XXXV


ARRIVÉE DE BALADEVA


Argument : Arrivée de Baladeva, frère de Krishna. Il salue les Pândouides et est reçu par eux avec respect et affection. Il dit qu’il vient pour assister au combat à la massue et prend place parmi les spectateurs de ce combat.


1947. Sañjaya dit : Puis, ô grand roi, (au moment où) ce très cruel combat commençait, après que ces magnanimes Pândouides s’étaient assis,

1948. Râma Tâladhvaja (qui a un palmier pour étendard), Halâyoudha (qui a pour arme une charrue), arriva. Ô roi, il avait appris ce qui se passait entre ses deux disciples.

1949. Les fils de Pândou et Keçava, très satisfaits de le voir, allèrent à sa rencontre, le saluèrent et lui rendirent les honneurs prescrits par les rites.

1950. Puis, ô prince, après lui avoir témoigné leurs respects, ils lui dirent : Râma, vois l’adresse au combat de tes deux disciples.

1951. Et alors Râma, voyant Krishna avec les Pândouides, et le Kourouide Douryodhana, la massue à la main, dit :

1952. Voilà aujourd’hui quarante-deux jours que je suis parti. Je me suis mis en route dans (le mois de) Poushya, et je rentre au moment de (la pleine lune du mois de) Çravana.

1953, 1954. Je désire, ô Madhavide, voir le combat à la massue de mes deux disciples. Alors les deux héros Douryodhana et Vrikodara resplendissaient sur le champ de bataille, (où ils étaient) placés. Le roi Youdhishthira, ayant serré Halâyoudha dans ses bras,

1955, 1956. Lui demanda des nouvelles de sa santé et de ses affaires, selon l’usage. Les deux Krishnas, ces deux grands archers glorieux, embrassèrent aussi, après ravoir salué, Halâyoudha qu’ils aimaient. Les deux héros fils de Madrî et les cinq fils de Draupadî,

1957, 1958. Se tenaient debout, après avoir respectueusement salué le très fort (Râma) fils de Rohinî. Et de même Bhîmasena et ton robuste fils, ô maître suprême des hommes, tenant leurs deux massues levées, saluèrent respectueusement Bala. Après lui avoir témoigné de profonds respects, en lui demandant des nouvelles de sa santé,

1959. Voici comment les maîtres suprêmes des hommes parlèrent au magnanime Rohinien : Vois le combat, ô guerrier aux grands bras, dirent-ils à Râma.

1960. Alors Râma, à l’énergie incommensurable, ayant serré dans ses bras les Pândouides et les Sriñjayas, demanda à tous les princes des nouvelles de leur santé.

1961. Et eux, s’étant approchés, lui demandèrent comment il se portait. Halin (Râma), ayant rendu leur salut à tous les magnanimes Kshatriyas,

1962. Et leur ayant adressé les questions (ordinaires) sur l’état de leur santé, en commençant par les plus âgés, embrassa affectueusement le Satyakide, et Krishna tourmenteur des hommes.

1963, 1964. Quand il les eût baisés sur la tête, il leur demanda des nouvelles de leur santé ; eux deux, pleins de joie, rendirent, selon la règle, à ce gourou, les hommages (qu’ils lui devaient), de même qu’Indra et Oupendra (Vishnou) honorent Brahma (maître des dieux). Alors Dharmasouta dit au Rohinien dompteur des ennemis :

1965-1968. Vois, ô Râma, ce grand combat entre deux frères. Ô Bharatide, le guerrier aux grands bras, le fameux frère aîné de Keçava, très satisfait, (d’être) honoré (ainsi) par les grands guerriers, prit place au milieu d’eux. Vêtu de bleu, le blanc 6 (Râma), placé au milieu des rois, brilla comme, dans le ciel, l’astre de la nuit, entouré de la multitude des étoiles. Alors, ô roi, entre ces deux (princes) tes fils 7, il se produisit une rencontre terrible, qui faisait dresser les cheveux (de terreur) et préparait la fin de la guerre.






CHAPITRE XXXVI


LÉGENDE DE LA MALÉDICTION DE SOMA


Argument : Janamejaya demande des détails rétrospectifs sur le voyage de Râma. Vaiçampâyana les lui donne. Départ de Râma pour son voyage aux tîrthas, ses préparatifs et sa générosité. Il arrive à Prabhâsa. Janamejaya demande des détails sur les tîrthas. Le brahmane lui raconte d’abord l’histoire de Prabhâsa. Soma, gendre de Daksha, ayant négligé ses autres épouses au profit de l’une d’elles, est maudit par son beau-père et perd son éclat. Les dieux demandent sa grâce. Daksha retire sa malédiction à condition que son gendre aura une conduite plus régulière et se baignera à Prabhâsa suivant les rites. Soma s’y soumet et reprend son éclat. Suite du voyage de Râma.


1969. Janamejaya 8 dit : Lorsque, cette guerre étant imminente, le roi Râma partit jadis avec les Vrishniens, (il dit) en s’adressant à Keçava :

1970. Keçava, je ne secourerai ni le fils de Dhritarâshtra, ni les fils de Pândou, (mais) je suivrai mon chemin,

1971. Après avoir ainsi parlé, Râma, destructeur des Kshatriyas, s’en alla. Tu dois encore, ô brahmane, me raconter son arrivée .

1972. Explique-moi, dans (tous ses) détails, l’arrivée de Râma (auprès des Pândouides), (et dis-moi) comment il vit le combat (de Douryodhana et de Bhîma), car tu es habile, ô très grand (brahmane).

1973. Vaiçampâyana dit : Pendant que les magnanimes fils de Pândou se trouvaient à Oupaplavya, le meurtrier de Madhou fut envoyé vers Dhitarâshtra,

1974. Ô guerrier aux grands bras, pour (traiter de) la paix, en vue du (plus grand) bien de toutes les créatures. Étant allé à Hastinâpoura, et ayant rencontré Dhritarâshtra,

1975. Il lui tint des discours sincères et surtout profitables, (mais) le roi n’agit pas jadis, comme il le lui avait conseillé.

1976. Et Krishna, le guerrier aux grands bras, le plus excellent des êtres, n’ayant pu parvenir à apaiser la querelle, revint à Oupaplavya, ô roi des hommes.

1977. Alors, congédié sans succès par les Dhritarâshtrides, ô tigre des hommes, Krishna, revenu vers les fils de Pândou, leur parla ainsi :

1978. Les Kourouides, poussés par le destin, ne suivent pas mes conseils, ô fils de Pândou. Accompagnés par moi, entreprenez (la guerre) dans (le mois de) Poushya.

1979. Alors, quand les armées furent distribuées (dans leurs campements), le plus excellent d’entre les (hommes) forts, le Rohinien aux grands bras, dit à son frère Krishna :

1980. Ô guerrier aux grands bras, secourons-les aussi. Krishna ne suivit pas alors ce conseil (de son frère).

1981, 1982. Alors, le très glorieux Halâyoudha, descendant d’Yadou, l’âme remplie de colère, entreprit, avec tous les Yadouides, au moment de la conjonction lunaire de Maitra, un pèlerinage aux tirthas 9 de la Sarasvati. Le dompteur des ennemis, Bhoja, suivit Douryodhana

1983. Mais le Vasoudevide, accompagné par Youyoudhâna, suivit les fils de Pândou. Le héros Rohinien étant parti dans le mois de Poushya, le meurtrier de Madhou,

1984. Ayant mis en avant les Pândouides, se dirigea contre les Kourouides, et Râma, en s’en allant, dit en chemin à ses serviteurs :

1985. Faites tous les préparatifs pour le voyage aux tîrthas. Apportez à Dvârakâ toutes les choses nécessaires, les feux (du sacrifice, en particulier, et amenez) les sacrificateurs.

1986. (Apportez) l'or, l’argent, les vêtements, (amenez) les vaches, les éléphants, les chars, les chevaux et les bêtes de somme (telles que) les ânes et les chameaux.

1987. Que tout le matériel utile (pour le voyage aux) tîrthas soit rapidement apporté, et hàtez-vous de vous diriger vers la Sarasvatî.

1988. Amenez les ritvijs10 et les plus excellents brahmanes par centaines. Après avoir donné ses ordres à ses serviteurs, le très puissant Baladeva

1989. Entreprit, ô roi, le pèlerinage aux tîrthas, au moment où (s’effectua) la destruction des Kourouides. Il remonta partout la Sarasvatî contre le courant,

1990, 1991. Entouré des ritvijs, de ses amis et des autres excellents brahmanes, des chars, des éléphants, des chevaux et de ses serviteurs, ô excellent Bharatide, et de nombreux véhicules attelés d’ânes et de chameaux pour les gens ayant (déjà parcouru) une longue vie, pour les enfants, pour ceux qui sont épuisés et pour ceux dont les membres sont fatigués.

1992. On avait aussi préparé des dons abondants, destinés à être délivrés aux besoigneux, ou offerts comme (marque de) respect.

1993. Ô roi, on donnait à un brahmane, quel qu’il fût, sa nourriture, en quelque lieu qu’il lui plût de la manger,

1994. Par l’ordre du Rohinien, (des gens) placés de distance en distance dans ce but, font, de tous côtés, des amas de comestibles et de boissons, ô roi.

1995. Des vêtements précieux, des lits de repos et des couches, y sont disposés, dans le but d’honorer les brahmanes qui désirent (se livrer aux) plaisirs.

1996. Là où il y a un brahmane, ou un Kshatriya, qui prend son repas, ô Bharatide, tout y parait disposé pour lui-même.

1997. Chacun marche ou s’arrête, comme il lui plaît. (Il y a) des véhicules pour ceux qui désirent continuer leur route, des boissons pour ceux qui ont soif,

1998. Des aliments agréables au goût, pour ceux qui sont affamés. Les hommes (de service) apportent en ces lieux des vêtements et des ornements.

1999. Cette route, qui offre le plaisir à tous, paraît, aux hommes qui la suivent, pareille au Svarga, ô roi.

2000, 2001. Il y règne une gaîté continuelle, on y jouit d’une nourriture agréable, on y (trouve) réunies (toutes sortes de) félicités. Elle est entourée de centaines de marchands avec leurs marchandises, d’arbres et de lianes diverses, et (on y rencontre) diverses sortes de joyaux.

2002. Alors, le grand héros d’Yadou, le fidèle et magnanime Halabhrit (Baladeva, Râma), qui appliquait son esprit à observer les règles de l’ascétisme, ô roi, donna aux brahmanes, dans les tîrthas salutaires (qu’il visita), des trésors (considérables), en outre du salaire (qui leur était dû) pour les sacrifices.

2003. Des vaches laitières, des génisses bien parées, aux cornes garnies d’or, par milliers, des chevaux nés dans divers pays, des chars et de beaux esclaves (furent offerts) aux brahmanes

2004. Ainsi que des joyaux, des perles, des diamants et du corail, de l’or et de l’argent bien purifiés. Râma donna, aux plus élevés (en dignité) d’entre eux, un vase de fer et un vase de cuivre.

2005. C’est ainsi que le magnanime (Râma), répandit des dons abondants dans les meilleurs tîrthas de la Sarasvati, après quoi, cet (homme) à la force incomparable, devenu parfait, arriva graduellement à Kouroukshetra.

2006, 2007. Janamejaya dit : Ô le plus excellent des (hommes qui marchent sur) deux pieds, explique-moi, ô adorable, successivement et en suivant l’ordre régulier, les qualités des tîrthas de la Sarasvatî, le fruit qu’on en retire, et la description des œuvres (qu’il faut pratiquer pour en obtenir ce fruit), ô le plus grand des brahmanes qui connaissent la science sacrée.

2008. Vaiçampâyana dit : Ô roi, écoute en détail, l’origine et les qualités des tîrthas. C’est une chose pieuse, que je vais t’expliquer en entier, ô Indra des rois,

2009. D’abord, ô grand roi, l’illustre héros de Yadou, avec la troupe des ritvijs, des amis et des prêtres, s’approcha du salutaire (tîrtha) Prabhâsa, dans lequel le roi des étoiles, qui était rongé par la consomption,

2010. Fut délivré de la malédiction (qui pesait sur lui), (et) reprit son éclat pour illuminer le monde entier, ô Indra des hommes. Or, de ce que ce (dieu y acquit le privilège) d’éclairer (l’univers), ce tîrtha, le meilleur (qui soit) sur la terre (fut appelé) Prabhâsa.

2011. Janamejaya dit : Comment l’adorable Soma (la lune) fut-il atteint de consomption, et comment se baignat-il dans cet excellent tîrtha ?

2012. Comment, après s’y être baignée, la lune recouvra-t-elle sa plénitude ? Ô grand mouni (sage), expose-moi tout cela en détail.

2013. Vaiçampâyana dit : Ô maître des hommes, Daksha 11 avait vingt-sept filles vivantes. Il les donna (en mariage) à Soma.

2014. Ces épouses de Soma aux œuvres brillantes, se plaisaient dans les conjonctions de la lune avec les maisons lunaires, qu’elles servaient à classer.

2015. Toutes avaient de grands yeux et une beauté sans pareille sur la terre. Mais parmi elles, Rohinî l’emportait par la beauté des formes.

2016. C’est pourquoi cet adorable auteur de la nuit fit l’amour avec elle. Elle en fut vivement aimée, ce qui fit qu’il ne cessa de cohabiter avec elle.

2017. Car, ô Indra des rois, Soma habitait longtemps avec Rohinî (seule). Cela irrita toutes ces magnanimes dont le nom est Nakshatra (constellations, maisons lunaires).

2018. Elles allèrent trouver leur père et s’empressèrent de dire à Prajâpati : Soma ne demeure pas avec nous ; il va toujours vers Rohinî.

2019. Nous que voici, nous habiterons toutes réunies, près de toi, n’ayant qu’une nourriture restreinte et entièrement soumises à la mortification ascétique, ô maître des créatures.

2020. Mais Daksha, après les avoir entendues parler ainsi, dit à Soma : Va également chez tes épouses. Qu’un grave péché ne te souille pas,

2021. Cependant Daksha leur dit à toutes : « Approchez-vous de la lune. Pour obéir à mes ordres, (cet astre) brillant habitera avec (vous) toutes. »

2022, 2023. Et alors, congédiées (par leur père), elles allèrent à la demeure de Çitâmçou (l’astre aux rayons froids). Cependant, ô maître de la terre, l’adorable Soma ne cessa, même alors, d’habiter seulement avec Rohinî, étant continuellement sous l’empire de ses charmes. Alors, toutes ces (autres épouses) se réunirent pour dire de nouveau à leur père :

2024. Nous resterons près de toi, soumises à ton obéissance. Soma n’habite pas avec nous. Il n’exécute pas tes ordres.

2025. Après les avoir entendues parler ainsi, Daksha dit à Soma : Habite également avec toutes tes épouses, pour que je ne te maudisse pas, ô brillant.

2026. Or, sans égard pour cette parole de Daksha, l’adorable lune restait avec Rohinî. Mais les (autres épouses), irritées de cet (abandon),

2027. Allèrent vers leur père, le saluèrent (en inclinant) la tête, et lui dirent : « Sois notre protecteur. Soma ne demeure pas avec nous.

2028. L’adorable lune habite toujours exclusivement chez Rohinî. Elle n’a pas égard à tes ordres et ne recherche pas notre amour.

2029, 2030. Protège-nous et fais que Soma s’approche de nous. » Ayant entendu ces (plaintes), Bhagavant irrité, ô maître des hommes, envoya, dans sa colère à Soma, la consomption qui s’empara du maître des étoiles. La lune, minée par la phtisie, dépérissait de jour en jour.

2031. L’astre de la nuit, ô roi, faisait tous ses efforts pour échapper à cette consomption. Ayant offert des sacrifices de plusieurs sortes, ô grand roi,

2032. Il n’était pas délivré de la malédiction (qui pesait sur lui), et s’acheminait même vers sa destruction (totale). Alors, Soma s’épuisant, les plantes (dont il est le nourricier) cessèrent de pousser,

2033. Toutes avaient perdu leurs forces. De toutes parts, leurs sucs étaient sans saveur. La ruine des plantes étant produite, celle des êtres vivants (en fut la conséquence).

2034. Toutes les créatures étaient faibles, parce que l’astre de la nuit était épuisé. Alors, ô maître de la terre, les dieux s’approchèrent de Soma et lui dirent :

2040. Qu’est-ce que cette forme que tu prends ? Pourquoi ne brille-t-elle pas ? Explique-nous toutes les causes (qui te mettent dans) ce grand danger 12.

2041. Quand nous aurons entendu tes explications, nous agirons en conséquence. La lune (celle qui a un lièvre pour emblème), ainsi interrogée, leur répondit à tous,

2042. (En leur apprenant) la cause de la malédiction (qui l’avait frappée), et la consomption (qu’elle éprouvait). Les dieux allèrent trouver Daksha et lui dirent :

2043. Ô adorable, apaise ta colère contre Soma. Que cette malédiction soit retirée, car la lune est épuisée, et on n’en voit plus à peine qu’une toute petite partie.

2044. Son dépérissement, ô maître des dieux, mène les créatures à leur perte, ainsi que les plantes, les herbes et les diverses semences.

2045. Dans leur ruine est notre propre ruine, et sans nous que devient le monde ? En reconnaissant qu’il en est ainsi, ô gourou du monde, tu dois t’apaiser.

2046. Ainsi interpellé, Prajâpati (le maître des créatures) répondit aux dieux : « Cette parole que j’ai prononcée ne saurait être annulée autrement

2047. Que par un certain moyen, qui fera cesser (son effet), ô bienheureux. Que la lune se tienne constamment, d’une manière égale, avec toutes ses épouses.

2048. La lune, en se plongeant dans l’excellent tîrtha de la Sarasvatî, se remettra à croître. Ô dieux, la parole que je (prononce) est vraie.

2049. Perpétuellement Soma ira en décroissant pendant la moitié d’un mois, mais toujours (aussi il ira) en croissant pendant (une autre) moitié de mois. Cette parole (que) je (prononce) est vraie.

2050. Qu’il aille vers la mer occidentale, au lieu où la Sarasvatî se réunit à l’Océan, qu’il rende hommage au maître des dieux, et il retrouvera son brillant éclat. »

2051. Alors, sur l’ordre du rishi divin, Soma se dirigea vers la Sarasvatî. Il alla à Prabhâsa, le premier des tîrthas de cette rivière.

2052. En s’y baignant dans la nuit de la nouvelle lune, le très glorieux (acquit) un grand éclat. Il illumina le monde et obtint la propriété d’avoir des rayons froids.

2053. Tous les dieux, ô Indra des rois, étant allés à l’excellent (tîrtha) Prabhâsa, se présentèrent avec Soma devant Daksha.

2054. Et alors Prajâpati congédia toutes les divinités. L’adorable, satisfait, adressa encore ces paroles à Soma :

2055. Ne méprise jamais, ô mon fils, ni les femmes, ni les brahmanes. Va, et sois toujours attentif à suivre mes ordres.

2056. Celui-ci, congédié, ô grand roi, retourna à sa demeure. Les créatures se réjouirent et redevinrent comme (elles étaient) jadis.

2057. Je t’ai ainsi raconté tout au long, comment l’astre des nuits fut maudit, et comment le tîrtha Prabhâsa devint le plus excellent des tîrthas,

2058. Parce que l’illustre (dieu) qui a un lièvre pour emblème, s’étant baigné dans cet excellent tîrtha Prabhâsa, pendant la nuit de la nouvelle lune, s’accroît continuellement.

2059. Et c’est pour cela qu’on le connaît sous le nom de Prabhâsa, ô protecteur de la terre, car après s’y être baignée, la lune acquit un grand éclat.

2060. Or, de là, l’inébranlable Bali (Balarâma) alla à la source de Camasa (la coupe), que les hommes appellent Camasodbheda.

2061. Et Halâyoudha y ayant distribué des présents distingués et s’y étant baigné selon la règle, après avoir fait pénitence pendant une nuit,

2062, 2063. (Ce) frère aîné de Keçava se hâta d’aller à la fontaine où les Siddhas obtinrent une grande récompense (de leur ascétisme), et un grand bonheur, et où, grâce à la vigueur des plantes et à la fertilité du sol, ils reconnurent la Sarasvatî quoiqu’elle fût cachée 13






CHAPITRE XXXVII


HISTOIRE DES TÎRTHAS


Argument : Halâyoudha va à la source de l’ascète Trita. Histoire de Trita et de ses deux frères. Leur jalousie. Trita tombe dans un puits sans eau. Ses frères, Ekata et Dvita, l’abandonnent. Trita offre mentalement un sacrifice. Les dieux viennent en recevoir leur part que Trita leur délivre. À la prière de Trita la Saravastî pénètre dans le puits et en retire l’ascète qui rentre chez lui. Il rencontre ses deux frères et les maudit. Leur punition.


2064. Vaiçampâyana dit : Halâyoudha alla donc ensuite à la fontaine du glorieux Trita, qui vient de la rivière, ô grand roi.

2065. Y ayant distribué de grandes richesses et honoré les brahmanes, y ayant touché l’eau et fait ses ablutions, celui qui a pour arme un pilon fut joyeux ;

2066. Car ce Trita, dont Tascétisme était très grand, y avait atteint la limite extrême des mérites, et y avait bu le soma dans le puits.

2067. Ses deux frères, après l’y avoir abandonné, s’en retournèrent, mais alors Trita, le plus grand des brahmanes, les maudit tous les deux.

2068. Janamejaya dit : Ô Brahmane, comment cet homme au très grand ascétisme tomba-t-il dans la fontaine ? Pourquoi ses deux frères l'abandonnèrent-ils, ô le plus grand des brahmanes ?

2069. Comment, après l’avoir fait tomber dans le puits, les deux frères retournèrent-ils chez eux, et comment but-il le soma ?

2070. Raconte-moi cela, ô brahmane si tu penses que je doive l’entendre.

2071. Vaiçampâyana dit : Dans le temps passé, ô roi, il y avait trois frères mounis, Ekata, Dvita et Trita, semblables au fils d’Aditi.

2072. Tous pareils à Prajâpati, tous aj’ant des enfants, tous connaissant la science sacrée, et ayant conquis le monde de Brahma par leur ascétisme.

2073. Leur père Gautama, toujours ami du devoir, était constamment satisfait de leur ascétisme, de leurs austérités et de la manière dont ils domptaient leurs sens.

2074. Cependant, après avoir longtemps joui de la satisfaction (qu’ils lui donnaient), le vénérable (père) alla, (en mourant), au séjour qui convenait (à ses mérites).

2075. Quand il fut monté au Svarga, tous les rois pour le compte desquels le magnanime offrait des sacrifices, honorèrent ses fils.

2076. Mais, ô roi, ce fut Trita qui, d’eux (trois), par ses mérites et par la récitation des Védas, obtint la meilleure partie des dons (de ces hommes), au même titre que son père même.

2077. De même, tous les heureux et pieux mounis respectaient cet homme fortuné, comme (ils avaient jadis respecté) son père,

2078. Certes, parfois, ô roi, les deux frères Ekata et Dvita, songeaient (à offrir) les sacrifices, et à (s’approprier) les richesses.

2079. Ô tourmenteur des ennemis, ces deux (méchants pensaient) ainsi : « Saisissons Trita et nous recevrons tous ceux pour qui on offre des sacrifices. Après avoir pris les bestiaux,

2080. Après avoir atteint un but élevé qui nous réjouira, nous offrirons le soma. » Les trois frères agirent, ô roi comme (il va être dit).

2081. Étant allés pour (en recevoir) les bestiaux, vers ceux qui offrent les sacrifices, leur ayant fait apporter leurs offrandes et ayant obtenu d’eux de très nombreux animaux,

2082. Qu’ils avaient reçus, selon la règle, pour cette œuvre sacrificatoire, ces magnanimes grands rishis se dirigèrent vers la région orientale.

2083. Ô grand roi, Trita allait, joyeux, en avant. Ekata et Dvita le suivaient, poussant les bestiaux.

2084. En voyant (ce) grand nombre d’animaux, (cette) pensée leur vint en commun : « Comment ces vaches pourraient-elles être à nous deux (seuls). Certes, si Trita n’était pas là ! »

2085. Comprends, ô maître des hommes, ce que ces deux méchants, Ekata et Dvita, se dirent mutuellement, en se communiquant (leurs pensées) :

2086. « Trita est habile dans les sacrifices. Il connaît bien les védas. Il obtiendra de nombreuses vaches, mais autres que celles- ci.

2087. Alors, nous deux, nous associant, allons en avant, en faisant avancer les vaches. Certes, que Trita aille sans nous à sa fantaisie, lui aussi. »

2088. Comme ils avançaient dans la nuit en se tenant sur le chemin, un loup survint. Il y avait en ce lieu, à une certaine distance, un grand puits, sur la berge de la Sarasvatî. 2089. Et Trita ayant vu le loup qui se tenait en avant sur le chemin, s’écartant par peur de cet (animal), tomba dans le puits,

2090. Terrible, très profond, inspirant la terreur à tous les êtres. Alors, ô grand roi, Trita se trouvant dans ce puits,

2091. Poussa, à cause de cet (accident), un cri de désespoir. Les deux mounis l’entendirent. Les deux frères Ekata etDvita comprirent qu’il était tombé dans le puits,

2092. Cet homme au grand ascétisme fut abandonné par les deux frères, animés du désir violent (de s’approprier) les bestiaux, et qui donnèrent libre cours à la cupidité et à la crainte que le loup (leur inspirait).

2093, 2094. Alors, ô roi, se voyant plongé dans ce puits sans eau, couvert de poussière, caché par les plantes et les herbes, ô excellent Bharatide, comme un criminel (enfoncé) dans l’enfer, ce sage Trita, craignant la mort, comme il n’avait pas bu le soma, réfléchissait :

2095. « Mais comment (donc), placé ici, pourrais-je y faire arriver le soma ? » Cet homme au grand ascétisme ayant bien affermi sa détermination, dans le trou (où il se trouvait),

2096. Vit une plante qui pendait dans le puits envahi par la poussière. Alors, le mouni, ayant produit de l’eau par la force de son imagination,

2097, 2098. Créa mentalement les feux et se plaça lui-même en esprit dans l’oblation. Le mouni au grand ascétisme, ayant imaginé que cette plante était le soma, récita mentalement les textes des Védas, les Yayous et les Sâmans. Ayant fait, des pierres (qui étaient là), les pierres pour le pressurage du soma, il fit le pressurage.

2099. Il fit, de l’eau (qu’il avait imaginée), le beurre âjya, ainsi que les parts des habitants des trois cieux. Après avoir fait le pressurage, il fit, du bruit (de la pierre et du coulage), le crépitement (de l’oblation sur le feu).

2100. Mais, ô roi, ce bruit (produit) par Trita arriva jusqu’au ciel. Il avait réalisé son sacrifice, selon les prescriptions de ceux qui connaissent les Védas.

2101. Pendant que le puissant sacrifice de Trita avait lieu, tout le troisième ciel fut ébranlé, sans que la cause en fût connue.

2102. Et, par suite, Brihaspati entendit un bruit tumultueux, et, l’ayant entendu, le chapelain des dieux leur dit à tous :

2103. Trita offre un sacrifice. Allons-y, ô dieux, car ce grand ascète pourrait créer, même d’autres divinités.

2104. Après l’avoir entendu ainsi parler, tous les dieux réunis s’approchèrent du lieu où se faisait le sacrifice de Trita.

2105. Quand ils furent arrivés là où se trouvait le brahmane, ils virent le puits, et le magnanime (ascète) occupé aux œuvres qui se rapportent au sacrifice.

2106. À la vue de cet (homme) magnanime, doué d’un pouvoir suprême, ils dirent à cet heureux (rishi, nous sommes venus) chercher notre part (de ton sacrifice).

2107. Mais le rishi dit aux dieux : Habitants du ciel, voyez-moi plongé, dans cet horrible puits, et affolé (de peur).

2108. Puis, ô grand roi, Trita leur délivra, selon les règles, leurs parts, accompagnées des incantations (voulues), et ils furent satisfaits.

2109. En suite de quoi, les habitants du ciel, contents d’avoir reçu leurs justes parts selon la règle, lui accordèrent (l'accomplissement) des souhaits qu’il formait dans son cœur.

2110. Il choisit ses souhaits et (dit) aux dieux : « Vous devez me protéger (et m’aider à sortir) d’ici. Que celui qui se baignerait dans ce puits, obtienne le même fruit que celui qui boit le soma. »

2111. Et, ô roi, la Barasvatî roula ses vagues et s’élança dans le trou. Soulevé par elle, il en sortit en honorant les dieux.

2112. Et, après avoir dit : « Qu’il en soit ainsi », les dieux s’en retournèrent comme ils étaient venus. Alors Trita, satisfait, se dirigea vers sa propre demeure.

2113. Mais, ayant rencontré ses deux frères, le grand ascète, irrité, prononça des paroles cruelles et les maudit.

2114. 2115. Parce que, vous deux, dans votre cupidité pour les bestiaux, vous vous êtes enfui en m’abandonnant, vous serez maudits de moi pour cette méchante action, vous rôderez de tous côtés sous la forme de deux cruels loups armés de défenses. Votre descendance même appartiendra (à la race) des singes golangoulas et rikshas.

2116. Or, à peine eut-il parlé ainsi que, dans l’instant même, on les vit devenus tels (que l’avait prescrit) l’ordre de (cet homme) aux paroles vraies.

2117, 2118. S’étant, là aussi, arrosé le corps avec l’eau, ayant considéré et loué à plusieurs reprises cette fontaine, ayant fait des oblations de diverses sortes, et honoré les brahmanes, le très courageux Halâyoudha, à l’héroïsme incomparable, arriva là où la rivière disparait.


CHAPITRE XXXVIII


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Halâyoudha va à Vinâçana et à Soubhoûmika ; description de ce beau lieu. Il va au tîrtha des Gândharvas et à Gargasrotas. Description. Il va à Nâgavatmant, et ensuite à l’endroit où la Sarasvati change de direction. Vaiçampâyana raconte la légende du grand sacrifice Naimishien à Samantapañcaka et comment la Sarasvati change de direction. Halâyoudha va ensuite à Saptasârasvata.


2119. Vaiçampâyana dit : Et alors Halâyoudha alla à Vinâçana, où la Sarasvati disparaît par horreur pour les Çoudras et les Abhiras.

2120. C’est pourquoi les rishis ont toujours appelé (ce lieu) Vinâçana (disparition). Le très fort Bala s’y étant aussi baigné dans la Sarasvati,

2121. Alla à Soubhoûmika, sur l’excellente rive de cette rivière. Là, sans se lasser jamais, des apsaras brillantes,

2122. Avec des visages sans tache, jouent, à des jeux, purs. Là, ô maître des hommes, chaque mois, les dieux et les Gândharvas,

2123. S’approchent de ce tîrtha salutaire, honoré par les Brahmanes. On y voyait des Gândharvas et des troupes d’apsaras,

2124. Ô roi, se réunir régulièrement et aller ensemble à leur bon plaisir. Là aussi, les dieux et les pitris (pères) se réjouissaient au milieu des herbes,

2125. Toujours entièrement couverts de fleurs salutaires et divines. Ô roi, cette splendide place de récréation de ces apsaras,

2126. Sur l’excellente rive de la Sarasvatî, est appelée Soubhoûmikà (qui a un bel emplacement). Le Madhavide, s’y étant baigné et ayant donné de l’or au prêtre,

2127. Entendit ces chants divins et le bruit des instruments, et vit les grandes ombres des dieux, des Gândharvas et des Rakshasas.

2128. Le fils de Rohinî alla alors au tîrtha des Gândharvas, où les ascétiques Gândharvas, ayant à leurtête Viçvavâsou,

2129. Dansent, chantent et jouent des instruments de musique d’une manière charmante . Halâyoudha y ayant offert aux prêtres des trésors de diverses sortes,

2130. Des chèvres, des moutons, des bœufs, des ânes et des chameaux, de l’or et de l’argent, ayant fait manger aux brahmanes des mets qui leurs plaisaient et les ayant satisfaits par des (dons) précieux,

2131. Ce Madhavide aux grands bras, dompteur des ennemis, loué et accompagné par les prêtres, s’en alla de ce tîrtha des Gândharvas.

2132-2134. L’Ekakandoulin (qui n’a qu’une boucle d’oreille) alla au grand tîrtha Gargasrotas. Dans ce pur tîrtha de la Sarasvatî, le vieux et magnanime Garga, dont l’esprit était purifié par l’ascétisme, acquit la connaissance des temps (futurs), des mouvements extraordinaires des astres et des présages funestes ou heureux, ô Janamejaya, et, de son nom, ce tîrtha est appelé Gargasrotas (étang de Garga).

2135. Là, ô roi, les rishis qui remplissent leurs devoirs se sont continuellement approchés de Garga, en vue (d’obtenir) la connaissance de la destinée, ô puissant.

2136, 2137. Le très glorieux Bala Çvetânoulepana (enduit d’onguents blancs), y ayant distribué des richesses aux mounis à l’esprit purifié, et donné aux prêtres des aliments variés, se dirigea, vêtu d’un habillement bleu, vers Çankhatîrtha.

2138-2142. Le robuste Tâladhvaja y voyait, aussi haut que le grand (mont) Mérou, semblable à Çvetaparvata (la montagne blanche), l’arbre Mahâçankha né sur la rive de la Sarasvatî, entouré d’une multitude de rishis, et auprès duquel les Yakshas, les Vidhyâdharas, les Rakshasas, dont la force est immense, les Piçâcas à l’énergie démesurée, et les Siddhas (saints), se tiennent par milliers. Tous, ayant renoncé à leur nourriture habituelle, mangent les fruits de cet arbre. Se livrant à leur aise, chacun séparément, aux austérités qu’ils ont entreprises, et aux vœux (auxquels ils se sont astreints), quels qu’ils soient, ils errent sans être vus par les descendants de Manou, ô le plus grand des hommes. Cet arbre est connu ainsi dans le (monde entier), ô tigre des hommes.

2143. Ce qui est cause que ce tîrtha, qui efface les souillures, est célébré dans tout l’univers. Le tigre d’Yadou, y ayant distribué des vaches bonnes laitières,

2144. Des vases de cuivre et de fer, des vêtements de diverses sortes, et ayant honoré les brahmanes, fut traité avec honneur par les ascètes.

2145. Halâyoudha alla au bois salutaire de Dvaitavana. Arrivé là, ayant vu les mounis couverts de vêtements divers,

2146. Et s’étant aussi baigné dans l’eau, il honora les brahmanes, et donna aux prêtres de très riches moyens de subsistance.

2147. De là, ô roi, Bala s’avança, en suivant la Sarasvatî sur la droite, (et n’alla) pas très loin. Le très glorieux (héros) aux puissants bras,

2148. Vertueux, inébranlable, alla au tîrtha Nâgavatmant, où est la demeure de Vâsouki, roi des serpents,

2149. Qui possède un grand éclat, ô grand roi, et est entouré de nombreux serpents. Il y a continuellement en ce lieu quatorze mille rishis.

2150. C’est là que tous les dieux s’étant rassemblés, consacrèrent selon les règles Vâsouki, le plus grand des serpents, comme roi de ces animaux.

2151. En ce lieu, ô Pourouide, le danger des serpents n’est pas connu. Ayant aussi donné dans cet endroit des masses de joyaux aux prêtres,

2152. Il se dirigea vers l’Orient. Là aussi (il rencontra) à chaque pas de nombreux tîrthas, portant des centaines et des milliers de noms.

2153. Après s’être baigné dans ces tîrthas, comme cela lui avait été indiqué par les rishis, après y avoir fait la cérémonie religieuse de l’apavàsa et distribué des libéralités de toutes parts,

2154. Après avoir salué respectueusement ceux qui habitaient en ces lieux, (et qui lui) enseignèrent la route (qu’il devait suivre), il se dirigea vers l’endroit où, brusquement, la Sarasvatî

2155. Se retourna vers l’est, comme la pluie fouettée par le vent, par égard pour les magnanimes rishis Naimishiens.

2156. Le Lângalin (qui porte une charrue), Bala Çvetânoulepana, fut étonné, ô roi, en voyant la meilleure des rivières, dont l'extrémité retournait en arrière.

2157. Janamejaya dit : Ô brahmane, pourquoi la Sarasvatî se tourna-t-elle vers l’est ? Je désire que tu m’expliques tout cela, ô le plus grand de ceux qui sont versés dans la connaissance du Yayourvéda.

2158. Pourquoi le descendant d’Yadou fut-il étonné ? Comment et pour quelle raison la meilleure des rivières se retourna-t-elle ?

2159. Vaiçampâyana dit : Jadis, ô roi, à l’époque Kritayouga (dans l’âge d’or), un très grand sacrifice qui dura douze ans fut offert en ce lieu. Des ascètes Naimishiens,

2160. De nombreux rishis, ô roi, se dirigèrent vers (l’endroit où se faisait) ce sacrifice, et ces (hommes) heureux y habitèrent en se conformant aux règles.

2161. Quand ce sacrifice Naimishiende douze ans fut fini, de nombreux rishis vinrent en ce lieu, à cause des tîrthas.

2162. Or, par suite de la grande affluence des rishis, ô maître des hommes, les tîrthas prirent l’apparence d’une ville, sur la rive droite de la Sarasvatî.

2163. De sorte que l’avidité pour les tîrthas attira les plus grands brahmanes sur la rive de la rivière, à Samantapañcaka.

2164. (Toutes) les directions de l’espace furent remplies (du bruit fait) par la récitation incessante des prières de ces mounis à l’esprit purifié, qui offraient des sacrifices en ce lieu.

2165. La meilleure des rivières était alors embellie par les sacrifices que ces magnanimes (offraient), et qui brûlaient de toutes parts.

2166-2168. Les mounis qui se trouvaient là, dans le voisinage de la Sarasvatî, étaient les ascètes Bâlikhiliens 14 ô grand roi, ceux qui broyaient leur grain entre deux pierres (Açmakuttas), les Dantoloûkhalinas (qui mangent leur grain non moulu), les Prasamkhyânas (qui ne récoltent des vivres que pour le besoin présent), les ascètes se nourrissant d’air, d’eau ou de feuilles, ceux qui se livraient à des mortifications diverses, et ceux qui se couchaient sur la terre (nue). Ils faisaient briller la Sarasvatî d’un éclat semblable à celui que, (dans le ciel), les dieux donnent à la Gangâ (le Gange).

2169. Des rishis (dont l’emploi est) d’offrir des sacrifices, arrivèrent par centaines. Ces (hommes) soumis à de grands vœux ne virent aucune place (où s’établir, qui leur fût offerte par les rives) de la Sarasvatî.

2170. En vue de la pureté, ils arrosèrent ce tîrtha de libations, et (ornés) de leurs cordons sacrificiaux, accomplirent diverses œuvres pieuses et offrirent des agnihotras.

2171, 2172. Alors, la Sarasvatî vit la multitude désespérée et pleine de soucis de ces rishis. Remplie de compassion pour leur pieux ascétisme, la meilleure des rivières se retourna dans leur intérêt, en creusant (des canaux limitant) de nombreux bosquets.

2173. Puis, ô Indra des rois, la Sarasvatî, la meilleure des rivières, après s’être retournée en leur faveur, s’écoula en se dirigeant de nouveau vers l’ouest.

2174. Je poursuis mon cours après avoir fait en sorte que leur arrivée (ici) ne soit pas vaine, dit-elle. La grande rivière accomplit dans cette circonstance un grand prodige, ô roi.

2175. C’est ainsi, ô roi, que ce bosquet fut appelé (le bois) de Naimisha. le plus grand des Kourouides, offre un grand sacrifice à Kouroukshetra.

2176. Et voilà ce qui causait l’étonnement du magnanime Râma, qui voyait là de grands bosquets, et la Sarasvatî (qui s’était) détournée.

2177-2185. Or, Bala Halâyoudha, descendant d’Yadou, s’étant baigné là aussi, selon la règle, ayant donné aux brahmanes des vases et des présents de diverses sortes, leur ayant aussi donné des aliments à manger, ô roi, ayant reçu les hommages de ces (hommes) à la double naissance, continua son pèlerinage. Il se dirigea vers le tîrtha Saptasârasvata, le meilleur de ceux de la Sarasvatî, habité par diverses troupes de brahmanes, orné de jujubiers de Terminalias Catalpas, de gmelias arboreas, de ficus infectorias, de ficus religiosas, et de terminalias belericas, de cubebes, de feuilles de butea frondosa, de Capparis aphyllas, de careyas arboreas et d’arbres de diverses sortes croissant sur les rives de la Sarasvatî, orné aussi des plus beaux Karoushaka, de Vilvas (œgle marmelos), d’amrâtakas, d’erithrina, indicas et de premna spinosa, formé pour la plus grande partie d’un bois de Kadalî (musa sapientum), (lieu) charmant, agréable à voir, entouré de nombreux mounis mangeurs de vent, d’eau, de fruits, de feuilles, de grain non moulu, de ceux aussi qui se nourrissent de grain broyé entre des pierres, de Vâneyas (qui vont dans les bois), (lieu) retentissant du bruit de la récitation des prières, troublé par cent troupeaux de gazelles, extrêmement honoré par les hommes doux et vertueux à l’excès, et dans lequel le grand et parfait mouni Mankanaka pratiqua l’ascétisme.


CHAPITRE XXXIX


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Les sept Sarasvatîs. Origine de leurs noms. Sacrifice de Pitâmaha. Le tîrtha Saptasârasvata. Légende de Mankanaka. Causes de sa danse. Indignation des dieux. Colloque de Mahâdeva et de Mankanaka, fils de Soukanyâ et du vent.


2186. Janamejaya dit : Pourquoi (dit-on) Saptasârasvata ? Qu’est-ce que le mouni Mankanaka ? Pourquoi ce vénérable est-il saint, et quel était son ascétisme ?

2187. De quelle famille était-il et qu’a-t-il étudié, ô le meilleur des brahmanes ? Je désire l’entendre raconter dans les règles, ô le plus grand des (hommes) à la double naissance.

2188. Vaiçampâyana dit : Il y a sept Sarasvatîs (rivières) par lesquelles le monde est parcouru. Car la Sarasvatî fut appelée en différents lieux par les puissants, (et vint à leur appel). Ces sept Sarasvatîs sont :

2189. La Souprabhâ (au bel éclat), la Kâncanâkshî (aux yeux d’or), la Viçâlâ (grande), la Manoramâ (charmante) ; la Sarasvatî est (encore) l’Oghavatî (qui a des flots), le Sourenou (qui a un beau sable), la Vimalodakâ (aux eaux sans tache).

2190. Le grand Pitâmaha (ancêtre du monde, Brahma) offrait un grand sacrifice, dont l’emplacement était étendu. Il y avait là d’excellent brahmanes.

2191 . Les souhaits de bonheur et les chants purs des Védas (rendaient) les dieux eux-mêmes attentifs aux règles du sacrifice

2192, 2193. Et même, ô Indra des rois, Brahma, l’arrière grand-père du monde, s’étant préparé, pendant qu’il offrait le sacrifice (capable de) combler tous les désirs (de l’univers), les objets auxquels songeait l’esprit des brahmanes, s’approchaient (à l’instant) de ces hommes experts en ce qui concerne les règles (sacrifîcatoires).

2194. Les Gandharvas chantèrent et les Apsaras dansèrent, faisant tout d’un coup résonner de divins instruments de musique.

2195. Les divinités mêmes furent satisfaites de l'abondance du sacrifice, et les êtres nés d’une matrice humaine éprouvèrent un étonnement suprême.

2196. Pendant que le sacrifice avait lieu, Pitâmaha (l’ancêtre Brahma) se tenant à Poushkara, les rishis disaient : ce sacrifice n’a pas une grande valeur,

2197. Puisqu’on n’y voit pas la Sarasvatî, la meilleure des rivières. En entendant cela, Bhagavant, avec satisfaction, se souvint de la Sarasvatî.

2198. La Sarasvatî fut convoquée, sous le nom de la Souprabhâ, par Pitâmaha qui sacrifiait à Poushkara,

2199. Les mounis, qui avaient hâté (sa venue), furent heureux de voir la Sarasvatî rendre hommage à Pitâmaha, et pensèrent que le sacrifice était de haute importance.

2200. C’est ainsi que la Sarasvatî, la meilleure des rivières, vint à Poushkara, en vue (d’obéir aux ordres de) Pitâmaha et pour la satisfaction de ces rishis.

2201. Ô roi, des mounis se réunirent à Naimisha. De merveilleux récits védiques étaient faits (par eux), ô Janamejaya.

2202. Dans ce lieu, où ces mounis qui s’étaient réunis, faisaient divers récits sacrés, ils pensèrent à la Sarasvatî.

2203, 2204. Or, cette heureuse et salutaire Sarasvatî, à laquelle pensaient ces rishis, qui offraient un sacrifice, désireuse de (jouir de) la présence de ces magnanimes, ô Indra des rois, apparut là à ces Mounis, pendant qu’ils sacrifiaient. C’est la Kânkshanâksî.

2205. Arrivée là, la meilleure des rivières fut honorée (par ces rishis), ô Bharatide. Gaya offrant un grand sacrifice chez les Gayas même 15

2206. La Sarasvatî, la meilleure des rivières, fut convoquée au sacrifice de Gaya. Les rishis, aux vœux parfaits, la nommèrent la Viçâlâ (grande) de Gaya.

2207, 2208. Cette rivière, au cours rapide, découle des flancs de l’Himalaya. De même, quand le magnanime Auddâlaki (Çvetaketou) offrit son sacrifice, ô Bharatide, un grand cercle de mounis étant rassemblé de toutes parts dans la partie nord du pays de Kouçala,

2209. La Sarasvatî, la meilleure des rivières, jadis convoquée par Auddâlaki offrant un sacrifice, vint dans leur pays, à cause du rishi.

2210. Honorée par la troupe des Mounis revêtus de peaux et de vêtements d’écorce, elle fut nommée la Manoramâ (charmante). Car elle avait, dans leur esprit, reçu cette qualification,

2211. C’est le Sourenou, dans l’île Rishabha habitée par les râjarshis (rois sages comme les rishis) 16 Quand le magnanime Kourou offrit un sacrifice à Kouroukshetra,

2212-2215. L’heureuse Sarasvatî, la meilleure des rivières, aux eaux divines, convoquée à Kouroukshetra par le magnanime Vasishtha, ô Indra des rois, vint (à son appel sous le nom de) l’Oghavatî. La Sarasvatî, qui s’avance avec un courant rapide, fut appelée Sourenou par Daksha, qui offrait un sacrifice sur les bords de la Gangâ. La vénérable, convoquée encore (sous le nom de) Vimalodâ (qui a des eaux sans taches) par Brahma qui offrait un sacrifice sur le mont sacré de l’Himalaya, vint en ce lieu. Puis (ces sept rivières) se sont réunies ensemble dans ce tîrtha.

2216. C’est pourquoi ce tîrtha, dont le nom s’étend par toute la terre fut appelé Saptasârasvata (provenant des sept Sarasvatî). Je t’ai ainsi indiqué par leurs noms les sept Sarasvatî,

2217-2219. Je t’ai aussi fait connaître le salutaire tîrtha Saptasârasvata. Ecoute maintenant, ô roi, la grande joie de Mankanaka qui pratiquait une chasteté perpétuelle. Se baignant dans la rivière, il vit dans l’eau une femme nue comme la main, au corps sans défaut, à l’âpanga (commissure externe des yeux) brillant, qui s’y baignait (aussi) à sa fantaisie, ô Bharatide. (À cette vue), ô grand roi, la semence virile lui jaillit dans l’eau de la Sarasvatî.

2220. Mais cet homme au grand ascétisme, reçut cette semence dans une aiguière, et ce qui se trouva dans ce vase se divisa en sept parties,

2221, 2222. D’où naquirent les sept rishis Vâyouvega (qui a la rapidité du vent), Vâyoubala (qui a la force du vent), Vâyouhan (qui tue le vent), Vâyoumandala (tourbillon de vent), Vâyoujvala (qui a le vent pour flamme), Vâyouretas (semence du vent) et l’héroïque Vâyoucakra (qui a l’empire du vent). Ces (sept) procréateurs des vents furent engendrés ainsi.

2223. Ô roi, écoute attentivement le prodige le plus merveilleux, (qui ait été produit) sur la terre, (prodige) célébré dans les trois mondes, tel qu’il fut accompli par le grand rishi.

2224. On raconte que jadis Mankanaka, qui avait acquis la perfection, se blessa à la main avec la pointe d’un brin de kouça, ô roi. Une sève végétale en coula (au lieu de sang).

2225-2227. À la vue de cette sève, il fut rempli de joie et se mit à danser. Alors, comme il dansait, tout ce qui était mobile et tout ce qui était immobile (autour de lui), n’hésita pas à se mettre à danser (aussi, entraîné et comme) rendu fou par son énergie, ô héros. Mahâdeva fut prié par les dieux, Brahma en tête, ô roi, et par les rishis voués à l’ascétisme, (de mettre ordre) à ce que faisait ce rishi. (Ils lui dirent) : « Tu dois, ô dieu, l’empêcher de danser. »

2228. Le dieu Mahâdeva, voyant le mouni extrêmement joyeux, lui dit, pour être agréable aux (autres) divinités :

2229, 2230. Oh ! oh ! brahmane qui connaît les devoirs, pourquoi danses-tu ? De quelle espèce est la cause de la joie excessive qui t’anime, toi qui suis la voie de l’ascétisme, ô le plus grand des brahmanes ?

2231. Le rishi répondit : Vois donc, ô Brahma, la sève coulant de ma main. À sa vue, saisi d’une grande joie, je me suis mis à danser.

2232. Le dieu se mit à rire et dit au mouni égaré par la passion, je ne m’étonne pas (de ta joie), regarde-moi.

2233. Ô Indra des rois, le pouce (de Mankanaka) fut frappé du bout du doigt par le sage Mahâdeva, qui venait de parler ainsi au plus excellent des hommes.

2234. Alors, ô roi, il sortit de la blessure, de la cendre semblable à de la neige. Ô roi, ce mouni, envoyant cela, fut rempli de honte et (tomba) aux pieds (du dieu).

2235. Il pensa que c’était le dieu Mahâdeva et dit, dans son étonnement : « Je ne crois pas qu’il y ait un autre grand qui soit supérieur au dieu Roudra.

2236. Ô porteur de la lance, tu es la voie du monde, y compris les dieux et les Asouras. Les sages disent qu’il a, tout entier, été créé par toi.

2237. Tout rentre dans toi, à la fin du monde. Tu ne peux pas être connu par les dieux, comment (donc le serais-tu) par les hommes ?

2238. On voit en toi tous les êtres qui sont dans l’univers. Tous les dieux, Brahma en tête, s’approchent (avec respect) de toi, ô Varada (qui comble les désirs) sans péché.

2239. Tu es tout. C’est toi qui as créé et qui fais agir les dieux. Grâce à toi, toutes les divinités (n’ayant à craindre) de dangers d’aucune part, se livrent à la joie. »

2240. Ce rishi, après avoir loué Mahâdeva, s’était incliné : « Ô dieu, dit-il, cette agitation à laquelle je me suis livré a été causée par l’étonnement (que j’ai éprouvé) 17

2241. Je te demande donc que mes mérites ascétiques n’en soient pas diminués. » Le dieu, dont l’esprit était satisfait, répondit au rishi :

2242. Que tes mérites ascétiques, ô brahmane, s’accroissent mille fois de mes faveurs. Je m’entretiendrai toujours avec toi, ici, dans cet ermitage.

2243. Rien ne sera difficile à obtenir ici-bas, ni dans l’autre monde, pour l’homme qui m’honorera dans ce (tîrtha) Saptasârasvata.

2244, 2245. Il ira (après sa mort) au monde Sarasvatien. Cela ne fait aucun doute. Voilà ce que fit le très énergique Mankanaka, fils de Soukanyâ et du Vent.






CHAPITRE XL


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Halâyoudha va à Auçanasa. Légende de ce tîrtha ; accident arrivé à Maliodara qui cherchait à se délivrer de la tête de Rakshasa fixée à sa jambe. Il en est délivré à Auçanasa auquel les rishis donnent à cause de cela le nom de Kapalamocana. Halâyoudha va à l’ermitage de Roushangou.


2246. Vaiçampâyana dit : Râma Halâyoudha, ayant séjourné en cet endroit et honoré les habitants de l’ermitage, montra une dévotion éclatante, à l’égard de Mankanaka.

2247. Après avoir fait des dons aux brahmanes, et avoir passé la nuit en ce lieu, le Lângalin, honoré par les mounis, se leva quand le matin (fut arrivé).

2248. Après avoir imploré (la bienveillance de) tous les mounis et avoir touché l’eau, ô Bharatide, Râma s’empressa de continuer son voyage aux tîrthas.

2249. 2250. De là, Halâyoudha alla au tîrtha appelé Auçanasa (d’Ouçanas) Kapalamocana (qui délivre de la tête), là où le grand mouni Mahodara (qui a un gros ventre), dont la jambe avait été saisie, ô roi, par la grosse tête du Rakshasa frappé jadis par Râma, (fils de Daçaratha), ô grand roi, fut délivré (de cette calamité).

2251. En ce lieu, toutes les pratiques ascétiques furent accomplies par le très magnanime Kâvya (Ouçanas). La prudence entière de ce grand sage y prit naissance.

2252. C’est là qu’il médita sur la guerre (des dieux) contre les daityas et les dânavas. Bala, ô roi, ayant atteint cet excellent et sublime tîrtha,

2253. Fit des libéralités, selon les règles, aux magnanimes brahmanes.

2254, Janamejaya dit : Ô brahmane, pourquoi (appelle-t-on) Kapalamocana (le lieu) où le grand mouni fut délivré ? Comment et pour quel motif la tête (du rakshasa) s’attacha-t-elle à lui ?

2255, 2256. Vaiçampâyana dit : Jadis, ô tigre des hommes, la tête d’un cruel rakshasa fut coupée, à l’aide d’un glaive tranchant, ô Janasthâna, par le magnanime Raghouide (Râmabhadra) qui demeurait dans (la forêt de) Dandakâranya, et qui était destiné à détruire les rakshasas. Cette (tête) tomba dans les grands bois.

2257. Ô roi, elle s’attacha d’elle-même à la jambe de Mahodara qui errait dans la forêt, et, ayant brisé l’os, elle se mit à s’agiter.

2258. Ce brahmane à la grande sagesse fut (alors) empêché, par cette (tête qui s’était) attachée (à lui), de s’approcher des tîrthas et des temples.

2259. Ce grand mouni, atteint de douleurs qui s’accompagnaient d’écoulement de pus, visita (ensuite) 18 à ce que nous avons entendu dire, tous les tîrthas de la terre.

2260. Ce grand ascète alla vers toutes les rivières et vers les mers, et raconta aux rishis à l’esprit purifié, tout ce (qui lui était arrivé),

2261. Et, (que s’étant) baigné dans tous les tîrthas, il n’avait pas obtenu d’être délivré. Cet Indra des brahmânes reçut (alors) un avis important des mounis, (qui lui dirent que)

2262. Le plus excellent des tîrthas de la Sarasvatî, appelé alors Auçanasa calmait tous les maux, (que c’était) le lieu (qui favorisait) l’accomplissement (des désirs des ascètes), et que rien (ne lui était) supérieur.

2263, 2264. Le brahmane alla au tîrtha Auçanasa. Pendant qu’il y faisait son ablution, cette tête abandonna son pied et tomba dans l’eau. Il fut très heureux d’en être délivré.

2265. Et cette tête elle-même disparut à l’intérieur de l’eau. Alors, ô roi, débarrassé de cette tête, l’âme purifiée, délivré de ce qui le souillait,

2266. Mahodara, satisfait, ayant atteint son but, alla à (son) ermitage ; y étant entré après sa délivrance, ô grand roi,

2267-2270. Il raconta tout ce qui lui était arrivé aux rishis à l’esprit purifié. Ceux-ci, ô homme inspirant le respect, s’étant assemblés pour entendre son récit, donnèrent à ce tîrtha le nom de Kapalamocana (qui délivre de la tête). Le mouni, étant revenu au plus excellent des tîrthas, et ayant bu beaucoup d’eau, s’achemina vers la perfection. Le Madhavide, le plus excellent de ceux de Vrishni, après avoir fait en cet endroit de grandes offrandes, et avoir honoré les brahmanes, se dirigea vers l’ermitage de Roushangou, où le Rishtishenien pratiqua un ascétisme excessif, ô Bharatide,

2271. Où le grand mouni Viçvâmitra obtint la qualité de brahmane. Le grand ermitage, où les désirs sont (toujours) accomplis,

2272. Fut constamment habité par les mounis et même par les brahmanes, ô puissant. Alors le fameux Halâyoudha, entouré par les brahmanes,

2273. Alla, ô Indra des rois, là où Roushangou renonça à la ie. Le brahmane Roushangou, vieilli dans la pratique de l’ascétisme, o Bharatide,

2274, 2275. Après avoir beaucoup réfléchi, avait habitué son esprit à l’idée d’abandonner son corps. Roushangou, (l’homme) au grand ascétisme, rassembla tous ses enfants et leur dit : « Conduisez-moi à Prithoûdhaka (où l’eau est abondante). » Ces ascètes, constatant que Roushangou avait (atteint) un grand âge,

2276, 2277. L’amenèrent au tîrtha de la Sarasvatî. Alors ce sage et très grand ascète, conduit par ses fils à la Sarasvatî, (rivière) salutaire, possédant des centaines de tîrthas, (dont les rives sont) habitées par une multitude de prêtres, s’y baigna selon les règles.

2278. Le plus grand des rishis, très satisfait, après avoir reconnu les qualités du tîrtha, dit à ses fils qui s’étaient assis près de lui, ô tigre des hommes :

2279. Celui qui, occupé à murmurer des prières, à Prithoûdaka, sur la rive supérieure de la Sarasvatî, abandonnera volontairement la vie, ne sera pas dorénavant soumis à la mort.

2280-2284. Ce sage Halâyoudha, le fort et majestueux Balabhadra, ayant touché l’eau (de ce tîrtha) et s’y étant baigné, et, dans son amour pour les brahmanes, ayant fait de grandes libéralités aux prêtres, arriva à l’endroit 011 l’adorable ancêtre du monde créa l’univers, là où, ô Kourouide, le Rishtishenien, le plus grand des rishis, aux vœux parfaits, obtint, au prix d’un grand ascétisme, la qualité de brahmane, ainsi que Sindhoudvipa et le râjarshi Devâpa, là où, aussi, l’adorable mouni Viçvâmittra, le grand ascète à l’énergie terrible, après avoir accompli de grandes austérités, obtint la même qualité.








CHAPITRE XLI


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Légende du Rislitishenien et du tîrtha près duquel il demeure. Mort du roi Gâdhi. Viçvâmittra lui succède. Il se met en route avec son armée et arrive près de Termitage de Vaçishtha. Colère de ce dernier, Viçvâmittra se fait ascète et obtient la dignité de brahmane. Halâyoudha se dirige vers l’ermitage de Vaka


2285. Janamejaya dit : Comment l’adorable Rishtishenien pratiqua-t-il un grand ascétisme, et comment Sindhoudvîpa obtint-il la qualité de brahmane,

2286. Ainsi que Devâpi et Viçvàmitra, ô le plus grand des brahmanes ? Ô adorable, explique-moi cela, car ma curiosité est extrême.

2287. Vaiçampàyana dit : Ô roi, jadis, dans l’âge Krita (l'âge d’or), le Rishtishenien, (qui était) un très grand brahmane, habitait constamment dans la famille de son gourou (maître spirituel), se plaisant continuellement à l’étude.

2288. Ô roi, tandis qu’il habitait chez son gourou, ni sa science, ni sa connaissance des textes sacrés n’atteignaient leur perfection, ô maître des hommes.

2289. Alors, ô roi, ce grand ascète, ennuyé (de son peu de succès), se livra à un grand ascétisme et, par ce moyen, acquit les connaissances sacrées les plus étendues.

2290. Ce savant rishi, le plus grand de tous, instruit dans les védas, livré à un très grand ascétisme (qui avait été couronné de) succès, accorda à ce tîrtha les trois faveurs (suivantes) :

2291. À partir d’aujourd’hui, l’homme (qui se sera) baigné dans ce tîrtha de la grande rivière, en retirera le fruit salutaire (que procure) le sacrifice d’un cheval.

2292. À partir d’aujourd’hui, la crainte même des bêtes sauvages n’existera plus ici, et en peu de temps on y obtiendra d’excellents résultats.

2293. Après avoir ainsi parlé, le mouni au grand éclat s’en alla au Tridiva. Ainsi cet adorable et majestueux Rishtishenien (vit ses efforts couronnés de) succès.

2294. Dans ce même tîrtha, le majestueux Sindhoudvîpa, et Devâpi, ô grand roi, obtinrent l’éminente dignité de brahmanes.

2295. Et de même, ô mon cher ami, le Koucikien, qui pratiqua constamment l’ascétisme et dompta ses sens, (y) obtint la même faveur, par des austérités bien entendues.

2296. Il y avait un grand Kshatriya, appelé Gâdhi, dont la renommée s’étendait sur la terre (entière). Le majestueux Viçvâmitra était son fils, ô roi.

2297. Ô mon cher, ce roi descendant de Kouçika était un grand ascète. Ce grand ascète, après avoir sacré (roi) son fils Viçvâmittra,

2298. Songea à abandonner la vie, et ses sujets, inclinés (devant lui), dirent : « grand sage, il ne faut pas nous quitter. Protège-nous contre les grands dangers (qui nous menacent). »

2299. Alors Gâdhi, ainsi supplié, répondit à ses sujets : « Mon fils sera le protecteur du monde entier. »

2300. Après avoir ainsi parlé, Gâdhi mit Viçvâmitra à sa place et monta au ciel, ô roi. Viçvâmitra était roi (protecteur des hommes),

2301. Et, malgré ses efforts, il ne pouvait pas protéger la terre. Alors ce roi apprit que le monde était menacé d’un grand danger de la part des rakshasas.

2302. Il partit de sa ville (capitale), accompagné d’une armée formée de quatre corps de bataille, et, après avoir parcouru un long chemin, approcha de l’ermitage de Vaçishtha.

2303. Ses soldats, ô roi, construisirent dans ce lieu de nombreuses demeures. Alors le vénérable prêtre Vaçishtha, fils de brahmane,

2304. Vit par là qu’on s’était emparé de toute la grande forêt. Ô grand roi, Vaçishtha, le plus excellent des mounis, irrité de cette (intrusion),

2305. Dit à sa vache : « Produis de terribles Çavaras. » Ayant entendu cet (ordre), cette vache produisit des hommes terribles à voir,

2306. Qui attaquèrent cette armée et la rompirent de toutes parts. Viçvâmitra, fils de Gâdhi, ayant appris qu’elle avait été mise en fuite,

2307. Pensant que l’ascétisme était ce qu’il y avait de mieux, songea à se faire ascète. Ô roi, il se fixa dans cet excellent tîrtha de la Sarasvatî,

2308. Tourmentant son corps par les austérités et par le jeûne. Il vivait d’eau, il vivait d’air, il vivait de feuilles.

2309. Il couchait sur la terre et (se livrait) aussi à d’autres pratiques ascétiques isolées (et spéciales). Mais les dieux mirent, à plusieurs reprises, obstacle à ses œuvres pieuses, (craignant de lui voir acquérir des mérites tels, qu’il vînt à prendre leur place dans le ciel).

2310. Et la pensée de ce magnanime ne se détourna pas, (un seul instant), de l’ascétisme (qu’il s’était tracé). Alors, après avoir pratiqué, avec des fatigues extrêmes, des austérités de diverses sortes,

2311,2312. Le fils de Gâdhi devint semblable en éclat au soleil. Pitâmaha, à la grande splendeur, songea à Viçvâmitra, (qui était) pourvu de pareils (mérites) ascétiques, et lui accorda (l’accomplissement) d’un souhait (qu’il formerait). Or celui-ci, ô roi, forma ce vœu : « Que je sois brahmane ! »

2313. Et Brahma, l’ancêtre du monde entier dit : « Soit. » Cet (homme) très glorieux, ayant acquis la qualilé de brahmane, par un ascétisme terrible,

2314-2316. Erra sur la terre entière, ayant ses désirs satisfaits, et semblable aux dieux. Râma distribua dans cet excellent tîrtha des trésors de diverses sortes. Plein de joie, il donna des vaches bonnes laitières, ô roi, des moyens de transport, des lits, des vêtements, des bijoux, des aliments et des boissons, (le tout) splendide. Après avoir honoré les principaux brahmanes, il se dirigea vers l’ermitage de Vaka, (situé) dans le voisinage,

2317. Là où le bruit court que le Dalbhien Vaka pratiqua un ascétisme rigoureux.






CHAPITRE XLII


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Vaka demande des bœufs à Dhritarâshtra qui lui en donne de morts. Colère du mouni, qui offre le royaume en sacrifice sous les espèces des chairs de ces cadavres. Le royaume dépérit. Le roi fait amende honorable et Vaka retire sa malédiction. Sacrifice de Brihaspati. Bala va au tirtha de Yâyâti et y fait des largesses. Il va à Vaçishthâpavâha.


2318. Vaiçampàyana dit : Le descendant d’Yadou alla à cet (ermitage) qui retentissait de chants pieux, où le grand ascète Vaka, qui y demeurait,

2319. Offrit en sacrifice le royaume de Dhritarâshtra, fils de Vicitravîrya, et tourmenta son propre corps par un ascétisme cruel.

2320-2322. Certes, le majestueux sage fut atteint d’une grande colère. Car jadis, quand eut lieu le sacrifice de douze ans de Naimisha, à la fin (de la cérémonie appelée) Viçvajît (qui triomphe de tout), les sages rishis allèrent vers les Pâñcâlas demander au maître, pour rétribution des sacrifices, vingt et un jeunes bœufs, forts et sans défauts. Le Dalbhien Vaka leur dit, en distribuant les bestiaux :

2323-2325. Je vous abandonne ces animaux. Quant à moi, je vais aller solliciter le plus grand des rois. Puis, ô roi, après avoir ainsi parlé à tous les rishis, le majestueux (mouni), le plus excellent de tous les brahmanes, alla à la demeure de Dhritarâshtra. Le Dalbhien, s’étant approché du roi, lui demanda des bestiaux. Dhritarâshtra, le plus grand des rois, plein de colère, lui dit, en voyant des vaches mortes accidentellement :

2326. Canaille de prêtre, emmène vite ces (bêtes) si cela te fait plaisir. Le rishi, qui connaissait les devoirs, en entendant ces paroles, se dit en lui-même :

2327. « Ah malheur ! Certes il m’a été dit à la cour du roi une parole funeste. » Dévoré de colère, le plus grand des brahmanes, ayant réfléchi un instant,

2328. Songea à perdre le roi Dhritarâshtra. Cet excellent mouni, ayant enlevé les chairs des (bêtes) mortes,

2329. Offrit jadis un sacrifice (dont) le royaume du roi Dhritarâshtra (constituait la victime). Ayant allumé le feu et y ayant versé (l’eau) du tîrtha de la Sarasvatî (en guise de libation),

2330. Le grand ascète Vaka, le Dalbhien, livré aux plus grandes austérités, sacrifia le royaume de ce (roi), sous les espèces de ces chairs même.

2331. Or, quand ce sacrifice terrible eut été pratiqué selon la règle, ô prince, le royaume de Dhritarâshtra alla en périclitant.

2332. Alors, ô roi, le royaume de ce (prince), qui se détruisait comme une grande forêt coupée par la cognée,

2333, 2334. Tomba dans le malheur, et cet acte sans raison porta ses fruits. roi, ce maître suprême des enfants des hommes s’affligea en voyant le royaume ébranlé ainsi, et réfléchit. Il fit d’abord, avec l’aide des brahmanes, des efforts pour être délivré (des malheurs qui fondaient sur lui).

2335. Mais les choses n’en allaient pas mieux, et le royaume courait à sa ruine. Comme, ô mortel sans péché, ce roi et les brahmanes étaient désespérés,

2336. Et qu’il ne pouvait pas protéger le royaume, ô roi, alors, ô Janamejaya, il interrogea les gens propres à résoudre les questions difficiles,

2337. Qui lui dirent : « Le bétail a été offensé par toi. Le Mouni Vaka a offert ton royaume en sacrifice, sous les espèces des chairs (mortes que tu lui as données).

2338. C’est pourquoi une grande ruine attend ton royaume offert en sacrifice. C’est l’œuvre de l’ascétisme de ce (mouni), qui cause ta perte.

2339. Ô prince, va l’implorer dans le bosquet des eaux de la Sarasvatî. » Alors, le roi, étant allé à la Sarasvatî, dit à Vaka,

2340. Après avoir incliné la tête et fait l’añjali, ô excellent Bharatide : « Je t’implore, ô adorable, pardonne-moi l’offense

2341. Que (je t’ai faite, j’étais) triste, avare, et mon esprit était frappé de folie. Tu es ma ressource et mon protecteur, tu dois me faire grâce. »

2342, 2343. En voyant (le roi) pleurer, l’âme ainsi dévorée par le chagrin, le rishi fut gracieux pour lui ; il renonça à sa colère, la compassion le saisit, et il délivra le royaume, en faisant dans ce but de nouveaux sacrifices, et en offrant de nouvelles oblations.

2344. Puis, après avoir délivré le royaume et reçu de nombreux bestiaux, il retourna, l’esprit satisfait, au bois de Naimisha.

2345. De son côté, le sage roi Dhritarâshtra, au grand cœur, ayant l’âme pure, retourna dans sa ville (capitale), apportant (avec lui) une grande bénédiction.

2346, 2347. Dans ce même tîrtha, Brihaspati à la grande intelligence, offrit, avec des chairs, un sacrifice en vue de la destruction des asouras, et de la conservation des habitants du ciel. Alors, les asouras furent affaiblis, et écrasés dans les combats par les dieux victorieux.

2348, 2349. Le très glorieux guerrier aux grands bras, (Halâyoudha), ayant donné, là aussi, aux brahmanes, selon la règle, des chevaux, des éléphants, des chars attelés de chevaux et de mulets, des joyaux précieux, des richesses et des grains excellents, alla au tîrtha de Yâyâti, ô maître de la terre.

2350. Ô grand roi, en ce lieu, la Saravastî fit, dans le sacrifice de Yâyâti, couler, (avec ses eaux), du beurre clarifié et du lait, pour (ce) magnanime fils de Nahousha

2351. Le tigre des hommes, le roi Yâyâti, après y avoir offert son sacrifice, eut le bonheur de s’élever aux mondes supérieurs, qu’il obtint.

2352-2354. Or, comme le puissant roi Yâyâti offrait son sacrifice en déployant une générosité suprême, et offrant une adoration continuelle à l’âme universelle, la meilleure des rivières combla les désirs, quels qu’ils fussent, que les brahmanes formaient dans leurs cœurs. Partout où se trouvait, convoqué pour le sacrifice, un brahmane quel qu’il fût, (elle lui donna) en cet endroit même, des habitations, des couches, des aliments (agréables par) les six saveurs, et des présents de diverses sortes, etc.

2355. Ces heureux (mounis), considérant cette grande libéralité comme provenant du roi, l’en glorifièrent et le couvrirent de grandes bénédictions.

2356. Les dieux et les Gândharvas furent satisfaits et les hommes furent étonnés en voyant l’heureux résultat du sacrifice (qui avait été offert) en ce lieu.

2357. Alors Tâlaketou, magnanime prince d’une grande vertu, toujours très libéral, ayant l’esprit purifié, honoré (par les mounis) et persévérant (dans le bien), s’approcha (du tirtha) Vaçishthâpavâha au terrible courant.






CHAPITRE XLIII


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Rivalité d’ascétisme entre Vaçishtha et Viçvâmitra, qui songe à tuer son concurrent et charge la Sarasvati de le lui amener. Terreurs de cette dernière. Viçvâmitra insiste. Elle raconte tout à Vaçishtha qui lui conseille d’obéir. Réflexions de la Sarasvati. Son stratagème pour sauver Vaçishtha. Fureur de Viçvâmitra qui maudit la Sarasvati. Au bout d’un an, elle est relevée de cette malédiction.


2358. Janamejaya dit : Comment (s’est effectué) l’enlèvement de Vaçishtha, (entraîné par) un courant terrible, et pourquoi la meilleure des rivières l'emporta-t-elle ?

2359. Comment, et pourquoi, ô maître, lui devint-on hostile ? Ô grand sage, interrogé par moi, réponds à mes questions, car (ce que tu m’as dit jusqu’à présent) n’a pas satisfait (ma curiosité).

2360. Vaiçampâyana dit : Ô Bharatide, la rivalité en matière d’ascétisme engendra une grande et forte inimitié entre Viçvâmitra et le viprarshi Vaçishtha.

2361. Le grand ermitage de Vaçishtha était situé à Sthânoutîrtha (le tîrtha de Sthânou) ; à l’est et sur (l’autre) rive (de la Sarasvati était celui) du sage Viçvâmitra.

2362. Le lieu, ô grand roi, où Sthânou pratiqua un ascétisme excessif, où les sages racontent de lui ces œuvres terribles.

2363. Où l’adorable Sthânou, ayant offert un sacrifice et honoré la Sarasvatî, établit ce tîrtha, (est appelé) Sthânoutîrtha (tîrtha de Sthânou), ô roi.

2364. Ô maître suprême des hommes, c’est dans ce tîrtha que les dieux sacrèrent, comme commandant en chef de leur grande armée, Skanda qui écrase leurs ennemis,

2365. Dans ce tîrtha de la Sarasvatî, le grand mouni Viçvâmitra obtint, par un ascétisme terrible, que Vaçishtha fût apporté. Écoute cela,

2366. Ô Bharatide, chaque jour les deux ascètes, Viçvâmitra et Vaçishtha, rivalisaient furieusement d’ascétisme.

2367. Ce qui fit que le grand mouni Viçvâmitra devint tout à fait soucieux, et (fut très) affligé en voyant l’éclat de Vaçishtha.

2368, 2369. Ô Bharatide, cet homme, (quoique) continuellement appliqué à son devoir, forma cette pensée : la Sarasvatî apportera rapidement près de moi l’ascète Vaçishtha, le plus grand de ceux qui marmottent des prières. Je tuerai sans aucun doute ce très grand brahmane.

2370. Après avoir ainsi réfléchi, l’adorable grand mouni Viçvâmitra, les yeux rouges de colère, songea à la Sarasvatî.

237L Cette belle (rivière), considérée par le mouni, fut troublée et comprit qu’il avait une grande puissance, et (aussi) une grande colère.

2372. Tremblante, sans couleurs, ayant fait l’añjali, la Sarasvatî s’approcha alors de Viçvâmitra, le plus grand des mounis.

2373. Elle était très affligée, pareille à une femme dont le mari est tué. Elle dit au plus grand des mounis : « Commande. Que dois-je faire ? »

2374. Le mouni irrité, lui dit : « Amène vite (ici) Vaçishha, que je le tue. » La rivière, épouvantée en entendant cet (ordre),

2375. Ayant cependant fait l’añjali, avec des yeux semblables à des lotus, trembla d’effroi, comme une liane agitée par le vent.

2376. Le mouni la voyant dans cet état, dit à la grande rivière : « Amène moi Vaçishtha sans (d’aussi) longues considérations. »

2377. En entendant ces paroles, elle comprit ses cruelles intentions. Sachant que la puissance de Viçvâmitra était incomparable sur la terre,

2378. La meilleure des rivières alla trouver Vaçishtha, et lui exposa l’affaire dont l’avait entretenue le sage Viçvâmitra ;

2379. Craignant la malédiction de tous les deux, elle tremblait continuellement. Elle avait, (aussi), grand peur des rishis, en songeant aux puissantes imprécations (qu’ils pouvaient prononcer contre elle).

2380. En la voyant abattue, sans couleur, soucieuse, ô roi, le sage Vaçishtha, le premier des hommes, lui dit :

2381. Vaçishtha dit : « Ô la meilleure des rivières, au courant rapide, emporte-moi vite, car Viçvâmitra te maudirait. N’hésite pas, protège-toi toi-même. »

2382. Après avoir entendu ces paroles de cet homme au cœur compatissant, la rivière, ô Kourouide, réfléchit sur la manière de s’y prendre pour agir convenablement.

2383. Cette pensée naquit en elle : « Certes Vaçishtha a eu grand pitié de moi. Je dois toujours faire ce qui lui est profitable. »

2384. Et, ô roi, ayant vu sur la rive le plus grand des rishis, le descendant de Kouçika, marmottant des prières, et offrant un sacrifice, la Sarasvatî pensa :

2385. « Voilà précisément l’occasion. » Ainsi dit alors la meilleure des rivières. Elle se mit à emporter ses rives dans son élan.

2386. Maitrâvarouni fut atteint par ce débordement, et quand il eut été atteint, il loua la Sarasvatî, ô roi :

2387. « Ô Sarasvatî, tu proviens des eaux de Pitâmaha et tes flots immenses remplissent le monde entier.

2388. Toi-même, ô déesse, traversant l’éther, tu verses l’eau dans les nuages et nous pensons que toutes les eaux (proviennent) de toi.

2389. Tu es la prospérité, la splendeur, la renommée, la perfection, (la déesse) Oumâ (elle-même), aussi. Tu es la parole, le cri de Svâhâ (bénédiction). Ce monde (entier) dépend de toi.

2390. Tu résides dans tous les êtres, de quatre façons. » La Sarasvatî, ô roi, louée ainsi par le grand rishi,

2391. Apporta ce prêtre près de l’ermitage de Viçvâmitra, à qui elle fit voir à plusieurs reprises le mouni.

2392. Plein de colère, (Viçvâmitra) chercha une arme pour tuer Vaçishtha, que lui amenait la Sarasvatî,

2393. Mais en le voyant enflammé de courroux, la rivière se hâta de remporter Vaçishtha vers la région orientale, de peur d’être complice du meurtre d’un brahmane,

2394. Accomplissant les commandements de tous les dieux et trompant (la rage) du fils de Gâdhi. Alors, en voyant remporter Vaçishtha, le plus grand des rishis,

2395. Viçvâmitra, chagrin et irrité, dit avec impatience : « Ô la meilleure des rivières, puisque tu es repartie, en me trompant.

2396. Roule (avec tes eaux), ô belle, du sang destiné au chef des Rakshasas. » Puis la Sarasvatî, maudite par le sage Viçvâmitra,

2397. Roula alors, pendant un an, de l'eau mélangée de sang. Mais les rishis, les dieux, les Gandharvas et lesApsaras

2398, 2399. Furent très affligés de voir la Sarasvatî dans cet état. C’est ainsi, ô maître suprême des hommes, que ce tîrtha est appelé dans le monde Vaçishthâpavâha (l’enlèvement de Vaçishtha), et la meilleure des rivières suivit (ensuite) son cours (dans son état naturel).






CHAPITRE XLIV


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Les mounis purifient la Sarasvatî. Plaintes des Raksliasas ; réponse des mounis. La Sarasvatî devient l'Arounâ. Les mounis ont pitié des Rakshasas et les sauvent. Crime de Çakra qui en obtient la rémission en se baignant dans le tîrhia de l'Arounà. Description du tirtha de Soma.


2400. Viçampâyana dit : Celle-ci, maudite par le sage Viçvâmitra dans sa colère, apporta du sang avec ses (eaux) dans l’heureux et excellent tîrtha.

2401. Et alors, ô roi descendant de Bharata, les Rakshasas y vinrent ; tous burent ce sang et furent joyeux,

2402. Bien repus, heureux, dansant et riant, leurs chagrins s’étant évanouis, comme s’ils eussent gagné le Svarga.

2403. Mais, ô maître de la terre, au bout d’un certain temps, des rishis au grand ascétisme, vinrent, réunis, en pèlerinage, aux tîrthas de la Sarasvatî.

2404. Or, ces héroïques et sages mounis, avides (d’acquérir de nouveaux mérites) ascétiques, s’étant baignés dans tous les tirthas et en ayant retiré une satisfaction extrême,

2405. S’avancèrent ensuite vers le tîrtha sanglant. Alors ces (hommes) heureux, arrivés à ce tîrtha terrible.

2406. Virent l'eau de la Sarasvatî mêlée de sang et bue par de nombreux Rakshasas, ô le plus grand des rois.

2407. Les mounis aux vœux parfaits, ô roi, à la vue des Rakshasas, firent des efforts extrêmes pour protéger la Sarasvatî.

2408. Ces hommes heureux, aux grands vœux, s’étant tous réunis et ayant appelé auprès d’eux la meilleure des rivières, lui dirent :

2409. « Ô belle, dis-nous la cause pour laquelle la masse de tes eaux est ainsi troublée. Quand nous aurons entendu (ta réponse), nous saurons (ce qu’il y aura à faire). »

2410. Alors, elle leur raconta en tremblant, comment tout s’était passé. Puis, ces ascètes ayant vu qu’elle était malheureuse, dirent :

2411. « Ô (rivière) sans péché, nous connaissons (maintenant) la cause (de tes maux), et la malédiction (lancée contre toi). Nous ferons tous nos efforts (pour t’en délivrer). »

2412. Après avoir ainsi parlé à la meilleure des rivières, ils se dirent entre eux : « À (nous) tous, nous délivrerons la Sarasvatî de la malédiction (de Viçvâmitra). »

2413, 2414. Ô roi, tous ces brahmanes ayant, par diverses sortes de pratiques ascétiques, d’austérités, de jeûnes, de pénitences, de vœux contraires à la nature, rendu favorable Mahâdeva, protecteur du bétail, maître du monde, délivrèrent la divine Sarasvatî, la meilleure des rivières.

2415. La Sarasvatî (rendue) à son état naturel par leur pouvoir, se remit à rouler les eaux claires qu’elle avait jadis.

2416. Et la meilleure des rivières, délivrée (de ses maux), reprit son ancien éclat. En voyant l’eau de la Sarasvatî purifiée ainsi par ces mounis,

2417. Les Rakshasas, que cela affamait, allèrent vers eux pour implorer leur protection. Après avoir fait l’añjali, ô roi, les Rakshasas, tourmentés par la faim,

2418. Dirent à ces Mounis toujours compatissants : « Nous sommes affamés et privés des règles perpétuelles du devoir.

2419. Ce n’est pas de notre plein gré que nous faisons le mal. C’est par suite des grâces dont vous jouissez, et par la conséquence (fatale) des mauvaises actions,

2420. Que nos crimes s’accroissent, de sorte que nous sommes les Rakshasas de Brahma. C’est aussi par les fautes et l’inconduite des jeunes femmes 19.

2421. Car ceux qui, ainsi, parmi les Vaiçyas, les Coudras et les Kshatriyas, persécutent les brahmanes, deviennent des Rakshasas, (dans leurs existences suivantes),

2422. Les vivants qui offensent un guide sacré, un ritvij, un gourou, un vieillard, deviennent aussi des Rakshasas.

2423. Ô les plus grands des brahmanes, sauvez-nous ici. Vous êtes (assez) puissants pour sauver tous les mondes. »

2424. Cependant les mounis, après les avoir entendus, louèrent la grande rivière. Ces hommes aux sens domptés répondirent au sujet de la protection (demandée) par les Rakshasas :

2425. « Ce sur quoi on a éternué, ce qui est couvert de vers, les rogatons, ce qui est couvert de cheveux, ce qui est rejeté, ce qui est souillé par les larmes,

2426. Une nourriture composée de ces choses, est la part des Rakshasas ici-bas. Aussi, en reconnaissant ces choses, le sage les évitera toujours avec soin.

2427. Car, celui qui se nourrit de tels objets, mange une nourriture de Rakshasa. » Puis, après avoir purifié ce tîrtha, les rishis (au grand) ascétisme,

2428. Se tournèrent vers la rivière, dans le but (de la prier) de venir en aide aux Rakshasas. La meilleure des rivières, ayant compris la pensée des grands rishis,

2429. Se porta vers l’Arounâ, ô le meilleur des hommes, Ces Rakhasas s’y étant baignés et ayant abandonné la vie, allèrent au ciel.

2430, 2431. Car (quand elle est jointe à) l’Arounâ, elle purifie, (même) du meurtre d’un brahmane. Çatakratou, roi des dieux, ayant connaissance de cette propriété, fut délivré de son mal après s’être baigné dans cet excellent tîrtha.

2432. Janamejaya dit : Comment l’adorable Çakra commit-il un brahmicide, et comment fut-il purifié de sa souillure, en se baignant dans ce tîrtha ?

2433. Vaiçampâyana dit : Ô maître des hommes, écoute ce récit, (qui relate) comment cela s’est passé. Jadis Vâsava rompit l’accord (qu’il avait fait) avec Namouci.

2434. (L’Asoura) Namouci, effrayé par Indra, se réfugia dans un rayon de soleil. Indra lia amitié avec lui et prononça (ces paroles, à titre de) convention :

2435. « Je jure par la vérité, ô mon ami, le plus grand des Asouras, que je ne te frapperai ni par le sec, ni par l’humide, ni pendant le jour, ni pendant la nuit. »

2436. Après avoir fait cet accord, le roi Vâsava ayant vu (que l’univers était couvert) d’un brouillard, coupa la tête (de Namouci) au moyen de l’écume des eaux, ô roi.

2437. Cette tête coupée de Namouci, suivait de près Çakra par derrière, en lui disant : « Ô méchant, qui tue tes amis. »

2438. Constamment excité et tourmenté par cette tête, (Çakra) fit connaître cette affaire à Pitâmaha.

2439. Le gourou du monde lui dit : « Ô Indra des dieux, offre un sacrifice selon la règle et baigne-toi dans l’Arounâ, dans le tîrtha qui délivre de la crainte (des conséquences) du péché.

2440. Ô Çakra, cette eau salutaire a été créée par les mounis mêmes. Jadis elle n’était pas connue ici-bas.

2441. Alors, la Sarasvatî, s’étant approché de la divine Arounâ, l’arrosa de ses eaux, et ce grand confluent de (cette rivière) avec l'Arounâ est salutaire.

2442. Ô Indra des dieux, offre des sacrifices, des dons et des offrandes, et quand tu t’y seras baigné, tu seras purifié du grave péché que tu as commis. »

2443. Ô Janamejaya, ce (dieu), Indra Balabhid, ayant entendu ces paroles et sacrifié selon la règle dans le bosquet de la Sarasvatî, se baigna dans l’Arounâ.

2444. Le maître des trois mondes, délivré de son mal et du brahmicide, retourna joyeux au troisième ciel.

2445. Et cette tête s’étant aussi baignée, obtint les mondes impérissables qui comblent les désirs, ô le plus grand des rois.

2446. Vaiçampâyana dit : Le magnanime Bala s’y étant baigné aussi, ayant fait des dons de diverses sortes, et s’étant livré à des exercices pieux, en vue du but suprême, alla au grand et excellent tîrtha de Soma,

2447. Où Soma offrit jadis selon les règles, pour les fêtes de son sacre, un sacrifice dans lequel, ô Indra des princes, le magnanime Atri fut le hotar à la tête des prêtres.

2448. À la fin de ce (sacrifice) il y eut un très grand combat des Danavas et des Rakshasas contre les dieux, (combat) terrible portant le nom de Tàraka, dans lequel Skanda tua celui qui a pour nom Târaka.

2449. Mahâsena y devint le généralissime de l’armée des dieux, (charge) dans laquelle il tua les Daityas. L’enfant Kârtikeyay demeura toujours. Ce lieu est Plaksharâja 20.






CHAPITRE XLV


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Naissance de Kârtikeya. Il a les Pléiades pour nourrices. Sa puissance, son berceau. Les dieux l’entourent. Leur description. Il prend quatre formes, Brahma l’institue souverain de tous les êtres. Les dieux se disposent à le sacrer.


2450. Janamejaya dit : le plus grand des hommes à la double naissance, tu m’as expliqué le pouvoir de la Sarasvatî, mais il faut que tu me racontes le sacre de Koumâra, ô brahmane ;

2451. Dans quel lieu, dans quel temps et de quelle manière (il s’est fait), et par qui et d’après quelles règles l’adorable maître fut sacré ;

2452. Comment Skanda fit un grand massacre des Daityas. Apprends-moi donc toutes ces choses, car ma curiosité est extrême.

2453. Vaiçampâyana dit : La curiosité que tu éprouves sied à un descendant de Kourou. Mes paroles mêmes, ô Janamejaya, vont te satisfaire.

2454. maître suprême des hommes, je vais te raconter, à toi qui m’écoutes, l’inauguration du pouvoir du magnanime Koumâra.

2455. Le fluide séminal du grand maître (Çiva) tomba jadis dans le feu. L’adorable (Agni), qui dévore tout, ne put consumer ce (fluide) impérissable.

2456. Le brillant porteur des offrandes acquit alors un très grand éclat, mais ne conserva pas (ce) fœtus éclatant.

2457. Par l'ordre de Brahma, il s’unit jadis à la Gangâ, et déposa (en elle) un germe divin, d’un éclat comparable à celui du soleil.

2458. Mais la Gangâ n’ayant pas la patience de porter cet embryon (dans ses flancs), l’abandonna sur le charmant Himalaya, honoré des immortels.

2459. Ce fils du Feu y grandit, remplissant les mondes. Les (six) Krittikâs (Pléiades) virent ce fœtus (brillant) comme le feu,

2460. Magnanime, né du Feu, roi dans Çarastamba. Comme elles désireraient toutes un fils, (chacune d’elles) cria : « il est pour moi. »

2461. L’adorable maître, ayant vu cet amour de ces mères, (les tétant toutes à la fois), buvait par six bouches le lait qu’elles laissaient écouler (de leurs seins).

2462. À la vue du pouvoir de cet enfant, les Pléiades, déesses douées d’une beauté divine, furent extrêmement étonnées.

2463. Le sommet de la montagne où cet adorable (enfant) fut abandonné par la Gangâ, parut tout doré, ô le plus grand des Kourouides.

2464. La terre s’illumina au fur et à mesure que cet enfant grandissait, et toutes les montagnes en devinrent semblables à des mines d’or.

2465. Le très héroïque enfant fut nommé Kârtikeya (enfant des Krittikâs ou Pléiades) ; (il avait) d’abord (été appelé) Gângeya (fils de la Gangâ), et était doué d’une grande force et de grandes facultés,

2466. D’ascétisme, d’héroïsme et d’autorité sur ses sens ô Indra des rois. (Il était) beau à voir, comme la lune et il grandit excessivement.

2467. D’une beauté éclatante, il reposait sur ce doré et divin (sommet) de Çarastamba, loué par les mounis et les Gandharvas.

2468. Par milliers, de charmantes et divines jeunes filles, habiles dans la danse et dans l'art de jouer de divins instruments de musique, dansaient près de lui en le glorifiant.

2469. La rivière Gangâ, le meilleur des fleuves, se tient près du dieu, et la terre qui le supporte a une beauté suprême.

2470. Brihaspati fit en cette occasion les cérémonies, en commençant par celles relatives à la naissance d’un enfant, et le Véda, qui a quatre formes, ayant fait l’añjali, s’approcha de lui.

2471. Le Dhanourveda (la science de l’arc), qui a quatre divisions, le Çastragrâma (réunion des armes), avec le Sangraha (l’enseignement de la manière de ramener les flèches), et le roseau (des traits) seul, se tenaient près de lui 21 .

2472. Le très héroïque (dieu) vit le dieu des dieux, époux d’Ouraâ, avec (cette) fille des montagnes, entouré de plusieurs centaines d’êtres.

2473. Des groupes, très merveilleux à voir, d’êtres déformés, avec des corps déformés, ayant des ornements et des étendards déformés,

2474. Les uns avec des faces de tigre, de lions et d’ours, (les autres) des bouches de monstres marins et de vidâlas (chats), (d’autres) des faces de chats (vrishadamsa), d’éléphants et de chameaux.

2475. Quelques-uns avec des visages de hibou, (ou bien étaient) semblables à des vautours, ou à des chacals. Quelques-uns ressemblaient aux courlis, à l’antilope rankou.

2476. D’autres avaient le corps pareil à celui du çvâvidh, du çalyaka (deux sortes de porc-épic), et du lézard godha, du bélier, de la chèvre, du bœuf.

2477. Quelques-uns ressemblaient à des montagnes et à des nuages, (ou avaient) pour armes des disques et des massues levées. Quelques-uns avaient l’éclat d’épais collyres ; quelques-uns avaient la splendeur de montagnes blanches.

2478. Ô maître des hommes, sept troupes de Mères s’assemblèrent aussi, puis les Viçvedevas, les Sâdhyas, tous les Marouts, les Vasous et les Pères (Pitris).

2479. Les Roudras et les Adityas, les Siddhas, les Serpents, les Dânavas, les Oiseaux, l’adorable Brahma Svayambhou (qui existe par lui-même), avec ses fils et avec Vishnou,

2480. Çakra aussi, s’approchèrent pour voir Acyouta, le meilleur des enfants. Et les plus grands des dieux et des Gandharvas, ayant Nârada à leur tête,

2481. Les Devarshis, les Siddhas (saints) ayant Brihaspati pour conducteur, les Pères du monde, les brahmanes, les dieux des dieux,

2482. Les Yamas et les Dhâmas aussi, (tous) ceux-là se réunirent de toutes parts . Mais le fort enfant, doué d’un grand pouvoir et d’une grande force,

2483, 2484. S’approcha du maître des dieux, qui avait la pique à la main, et portait (l’arc) Pinâka. En le voyant s’approcher, Çiva, Çailapoutrî, la Gangâ, et Pâvaka (le feu), eurent simultanément cette pensée : « Duquel (d’entre nous), cet enfant s’approchera-t-il d’abord, en tenant compte de la dignité (hiérarchique). »

2485. Tous pensaient : « ce sera vers moi. » (Mais) lui, ayant connu cette pensée, (qu’ils avaient tous) quatre,

2486. Recourut à son pouvoir magique, et prit en même temps des corps divers, de sorte qu’en un instant, l’adorable maître offrit quatre formes :

2487. La sienne, et par derrière Çâkha, Viçâkha et Naigameya. L’adorable maître s’étant donc fait quadruple,

2488. Skanda, merveilleux à voir, alla où était Roudra ; puis Viçâkha alla là où était la fille de la meilleure des montagnes,

2489. Et l’adorable Çâkha, qui avait la forme du dieu du vent, alla vers le feu. L’enfant ayant l’éclat du feu (devenu) Naigameya, alla vers la Gangâ.

2490. Ces quatre (personnifications), ayant des corps brillants et des formes semblables, s’approchèrent de ces divinités. C’était comme un prodige.

2491. À la vue de ce grand miracle qui faisait hérisser le poil de (stupeur), les dieux, les Dânavas et les Rakshasas poussèrent un grand cri de : Ah ! Ah !

2492. Alors Roudra, la déesse (Çailapoutrî) et le Feu, avec la Gangâ, s’inclinèrent tous devant Pîtâmaha, maître du monde,

2493. Puis, ô taureau des rois, après s’être inclinés suivant la règle, ils prononcèrent ces paroles, dans le but d’être agréables à Kârtikeya, ô roi :

2494. « Ô adorable maître du monde, tu dois, pour nous être agréable, donner à cet enfant, une souveraineté telle qu’il la désire. »

2495. Alors, cet adorable et sage maître du monde entier, examina dans son esprit ce qu’on lui demandait et dit : « Que (peut-il) obtenir ? »

2496, 2497. Jadis, il avait donné aux diverses classes des magnanimes, toutes les souverainetés des dieux, des Gandharvas, des Rakshasas, des Esprits, des Yakshas, des Oiseaux et des Serpents. Dans sa sagesse, il le jugea digne de la souveraineté (sur eux tous).

2498. Alors, celui qui fait le bonheur de (tous les) dieux, ayant réfléchi un instant, lui confia le poste de généralissime de tous les Êtres, ô Bharatide.

2499. L’ancêtre de tous les êtres lui soumit tous ceux qui sont connus (pour être les) rois de toutes les troupes des dieux.

2500. Puis les dieux, Brahma en tête, réunis dans ce but, ayant pris (avec eux) Koumâra, allèrent, pour le sacrer, vers (l’Himalaya), l’Indra des montagnes,

2501. À Samantapaficaka, vers la salutaire et divine Sarasvatî, la meilleure des rivières, qui descend de l’Himalaya et qui est célébrée dans les trois mondes.

2502. Tous les dieux et les Gandharvas, l’esprit satisfait, s’assirent là sur la rive, salutaire et douée de toutes les qualités, de la Sarasvatî.





CHAPITRE XLVI


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Sacre de Kârtikeya. Énumération des dieux présents et des suivants que chacun d’eux lui cède. Description de ces suivants et de leur manière de combattre.


2503. Vaiçampâyana dit : Alors, ayant rassemblé selon les préceptes tous les divers objets nécessaires au sacre, le feu étant allumé, Brihaspati sacrifia selon la règle à Agni,

2504. Placé sur un siège élevé, favorable, orné des plus excellents joyaux, rempli de bijoux divins, fourni par l’Himalaya.

2505. Après avoir récité les mantras (incantations) régulières et pris les matières destinées au sacre, ainsi que tous les objets propitiatoires, les troupes des dieux,

2506. Indra et Vishnou très héroïques, le soleil et Candramas (la lune), le créateur et l’ordonnateur du monde, ainsi que le Vent et le Feu,

2507. Poushan, Bhaya et Aryaman, Amça, Yivasvant, le sage Roudra, accompagné de Mitra et de Yarouna,

2508. Prabhou (le maître), entouré des Roudras, des Vasous, des fils d’Aditi, des dieux Açvins, des Viçvedevas, des Marouts, des Sâdyas et des Pitris.

2500. Des Gandharvas, des Apsaras, des Yakshas, des Rakshasas et des Pannagas (serpents), des innombrables Devarshis et des Brahmarshis,

2510. Des Vaikhânasas, des Vâlakhilyas, des Marîcipas (qui se nourrissent de la lumière), des Vâyvâhâras (qui se nourrissent du vent), des Bhrigous, des Angiras et des magnanimes Yatis.

2511. Entouré par les Sarpas (rampants), les pieux Vidyâdharas (porteurs de lumière), par les Yogasiddhas (qui ont acquis la perfection par l’ascétisme), Pitâmaha, Poulastya et Poulaha au grand ascétisme.

2512. Angiras, Kaçyapa, Atri, Marîci et Bhrigou, Kratou, Hara, Pracetas, et aussi Manou et Daksha,

2513. Les saisons, les planètes, les étoiles, ô maître des hommes, les rivières, ayant pris un corps, les Védas éternels,

2514. Les Mers, les Étangs, les diverses sortes de Tîrthas, la Terre, le Ciel même, les Points cardinaux et les Arbres, ô maître suprême des hommes,

2515. Aditi, la mère des dieux, Hri (la pudeur), Çrî (la fortune), Svâhâ (épouse du feu), Sarasvatî, Oumâ, Çacî (la lune), Sinîbalî, Anoumita (la lune un jour avant son plein), Kouhou (la nouvelle lune),

2516. Râkâ (le génie du jour de la pleine lune), Dhishanâ et les autres épouses des habitants du ciel, l’Himalaya, (le mont) Vindhya, le Mérou qui a plusieurs sommets,

2517. Airâvata (éléphant d’Indra), avec ses compagnons. (Les espaces de temps appelés) Kalâ, Kâshthâ, le mois et le demi mois, les saisons, la nuit et le jour, ô roi

2518. Ouccaisçravan le plus excellent des chevaux, Vâsouki, roi des serpents, Arouna, Garouda, les arbres et les plantes,

2519. L’adorable dieu Dharma (le devoir), se rencontrèrent réunis en ce lieu, ainsi que Kâla (le destin), la Mort, Yama et les suivants de Yama,

2520. Et des troupes de divinités de plusieurs sortes que leur grand nombre empêche d’indiquer. Ils s’assemblèrent de tous les entés pour le sacre de Koumâra.

2521. Alors, ô roi, tous ces dieux saisirent de toutes parts le vase contenant l’eau de l’ablution et les objets propitiatoires.

2522. Ô roi, au moyen d’aiguières d’or, des eaux salutaires et divines de la Sarasvatî et des autres objets divins requis pour la cérémonie,

2523. Les dieux, joyeux, sacrèrent les (quatre formes de) Koumâra, (en qualité de magnanime généralissime, remplissant les Asouras de terreur.

2524-2526. Comme (il avait été fait) jadis (pour) Varouna (en qualité de) maître des eaux, Brahma ancêtre du monde, ô grand roi, ainsi que le très éclatant Kaçyapa, et les autres (dieux) célèbres dans le monde, le consacrèrent par l’aspersion. Le maître Brahma, joyeux, lui donna (pour compagnons) quatre forts Siddhas (saints), rapides comme le vent, doués d’une énergie qu’ils pouvaient accroître à volonté, suivis d’un grand cortège. (C’étaient) Nandisena (qui réjouit l’armée), Lohitâksha (qui a les yeux rouges) et Ghantâkarna (qui a des grelots pour oreilles).

2527, 2528. Son quatrième suivant était appelé Koumoudamâlina (couronné de lotus). Ensuite, le maître Sthânou au grand éclat donna à Skanda, Kâma, accompagné d’une suite nombreuse, possesseur de cent pouvoirs magiques, doué de force et d’héroïsme pouvant s’accroître à sa volonté, destructeur des ennemis des dieux, ô Indra des rois.

2529. Dans le combat des dieux contre les Asouras, celui-ci, furieux, tua, avec ses deux bras, quatorze millions de daityas aux œuvres terribles.

2530. Les dieux lui donnèrent aussi l’armée entière des Nirritis, invincibles, destructeurs des ennemis des immortels, ayant les caractères distinctifs de Vishnou.

2531. Et tous les dieux, avec Vâsava, ainsi que les Gandharvas, les Yakshas, les Rakshasas, les Mounis et les Pères, poussèrent le cri de la victoire.

2532. Yama (lui) donna ensuite deux suivants Ounmâtha (carnage) et Pramâtha (destruction), tous les deux très héroïques, très éclatants et semblables à Kâla (le temps).

2533. Soubhrâja (très brillant) et Bhâsvara (brillant) étaient deux suivants du soleil. Le majestueux Soleil les donna avec plaisir à Kârtikeya.

2534. Soma offrit aussi deux serviteurs : Mani (joyau) et Soumani (beau joyau), parés de fleurs et (enduits) d’onguents blancs, semblables, (en éclat), au sommet de Kailâsa.

2535. De même, le (Feu) qui se nourrit des offrandes, donna à son fils deux compagnons, héros consumant les armées ennemies, Jvâlâjihva (qui a une langue de flamme) et Jyotis (éclat) 22

2536-2538. Amça donna aussi au sage Skanda cinq serviteurs : Parigha (bâton ferré), Vata, Bhîma (terrible), à la grande force, les deux violents et héroïques Dahati et Dahana (brûlant). Vâsava, tueur des héros ennemis, donna au fils du feu, Outkroça (aigle de mer) et Pañcaka (le nombre cinq), tous les deux armés de bâtons qui étaient des tonnerres. Certes ces deux (serviteurs) tuèrent (jadis), dans les combats de nombreux ennemis du grand Indra.

2539. Le très glorieux Vishnou donna à Skanda ces trois suivants : Cakra (disque), Yikramaka (errant) et Samkrama (congrès, réunion), à la grande force.

2540. Satisfaits, les A.çvins, les deux meilleurs des médecins, donnèrent à Skanda : Vardhana (accroissant) et Nandana (réjouissant), habiles dans toutes les sciences.

2541. Le très glorieux Dhâtar (créateur) donna au magnanime : Kounda (jasmin), Kousouma (fleur), Koumouda (fleur de lotus nocturne), Dambara (tumulte) et Adambara (fracas).

2542. Tvashtar (l'artisan universel) donna à Skanda : Cakra (disque) et Anoucakra, deux forts serviteurs, maîtres de troupes de démons doués d’un grand pouvoir magique.

2543-2555. Le roi Mitra donna au noble Koumâra les deux magnanimes et savants ascètes, Souvrata (qui a de beaux vœux), et Satyasandha (vérace), agréables à voir, comblant les désirs et renommés dans les trois mondes. Yidhàtar (l’ordonnateur du monde) donna à Kârtikeya, les magnanimes Souprabha 23 (très éclatant) et Çoubhakarman (qui a des œuvres pures). Poushan, ô Bharatide, lui donna deux très grands magiciens, célébrés dans les trois mondes : Pânîtaka et Pânika. Ô le plus grand des Bharatides, le Vent offrit à Kârtikeya deux compagnons à la grande bouche et à la grande force : Bala (fort) et Atibala (très fort). Varouna Satyasangara (qui tient ses promesses) donna à Kârtikeya les deux très forts Yama et Atiyama, ayant des bouches de (poisson) timi. L’Himalaya, ô roi, donna au fils du feu les magnanimes Souvarcas (très éclatant) et Ativarcas (très éclatant). Ô Bharatide, Merou donna au fils d’Agni, Kâncana (doré) et Meghamâlin (qui a une couronne de nuages), Merou donna (encore) au fils du feu deux autres suivants : Sthira (ferme) et Atisthira (très ferme). Le magnanime Vindhya lui donna deux autres suivants très forts, très héroïques, combattant avec de grosses pierres, Oucchringa et Atiçringa.

L’Océan donna aussi au fils du feu deux serviteurs armés de massues, Sangraha (union) et Vigraha (séparation). La belle Parvatî lui donna Ounmâda (folie), Poushpadanta (dont les dents sont des fleurs) et Çankoukarna (aux oreilles pointues). Vâsouki, maître des serpents, ô tigre des hommes, donna au fils du feu deux serpents, Jaya (victoire) et Atijaya (très victorieux). De même, les Sâdhyas, les Roudras, les Vasous et les Pères,

2556. Les mers, les rivières et les montagnes, qui sont douées de grande force, lui donnèrent des surveillants de troupes d’armées, pourvus de piques et de lances,

2557. Ayant diverses manières de combattre et parés d’ornements divers. Ecoute maintenant les noms des autres soldats de Skanda,

2558. Porteurs de diverses armes et couverts d’ornements brillants : Çankoukarna (qui a les oreilles pointues), Nikoumbha (Croton polyandrum), Padma (lotus) et Koumouda (lotus blanc),

2559. Ananta (sans fin), Dvâdaçabhouja (qui a douze bras), Krishna (noir), Oupakrishnaka (noirâtre), Ghrânaçravas, Pratiskandha (épaule contre épaule), Kâncanâksha (qui a des yeux d’or) et Jalandhama (qui souffle de l’eau). 2560. Aksha (œil), Santarjana (menaçant), ô roi, Kounadîka (petit cours d’eau), Tamontakrit (qui met fin aux ténèbres), Ekâksha (qui n’a qu’un œil), Dvâdaçâksha (qui a douze yeux), et le roi Ekajata (qui n’a qu’une tresse),

2561. Sahasrabâhou (qui a mille bras), Vikata (étrange d’aspect), Vyâghrâksha (qui a des yeux de tigre), Kshitikampana (qui fait trembler la terre), Pounyanâman (qui a un nom salutaire), Sounàman (qui a un beau nom), Soucakra (qui a un beau disque) agréable à voir.

2562. Pariçrouta (loué), Kokanada (qui a le cri du loup), Priyamâlyânoulepana (qui a des guirlandes et des collyres agréables), Gajodara (ventre d’éléphant), Gajaciras (qui a une tête d’éléphant), Skandhàksha (qui a des yeux aux épaules), Çatalocana (qui a cent yeux).

2563. Jvâlâjihva (qui a une langue de flamme), Karâlâksha (qui a des yeux qui avancent), çitikeca (qui a les cheveux noirs), Jatin (qui a des tresses), Hari (fauve), Pariçrouta (loué), Kokanada (qui a le cri du loup), Krishnakeça (qui a les cheveux noirs), Jatâdhara (qui porte des nattes),

2564. Catourdarashtra (qui a quatre défenses), Oushtrajihva (qui a une langue de chameau), Meghanâda (qui a une voix de tonnerre), Prithouçravas (honoré au loin), Vidyoutâksha (qui a les yeux comme la foudre), Dhanourvaktra (dont la face est un arc), Maroutâçana(qui se nourrit du vent), Jâthara (ventre).

2565. Oudarâksha (qui a des yeux au ventre), Rathâksha (essieu de char), Vajranâbha (qui a un nombril de diamant), Vasouprada (donneur de trésors), Samoudravoga (qui a l'élan de la mer), Cailakampin (ébranleur de montagnes), ô Indra des rois.

2566. Vrisha (taureau), Meshapravâha (file de béliers), Nanda (amusement), Oupanandaka, Dhoûmra (fumeux), Çveta (blanc), Kalinda, Siddhàrta (qui a atteint son but, Varada (qui comble les désirs).

2567. Priyaka (gazelle à la peau toute blanche), Nanda (plaisir), Gonanda (plaisir des bœufs), Pratâpavant (majestueux), Ânanda (bonheur), Pramoda (grande joie). Svastika (en forme de croix), Dhrouvaka (poteau).

2568. Kshemavâha(qui apporte la paix), Souvâha (léger à porter), Siddhapâtra (vase de sainteté), ô Bharatide, Govraja (qui a un troupeau de bœufs), Kanakâpida (qui a une guirlande d’or), chef de beaucoup de suivants.

2569. Gâyana (chanteur), Hasana (rieur), Vâna (trait), l’héroïque Khadga (glaive), Vaitâlin, Gatitâlin, Kathaka (conteur), Vâtika (venteux).

2570. Hamsaja (né d’un flamant), Pankadigdhânga (dont le corps est souillé de boue), Samoudronmâdana (brûlant d’amour pour la mer), Ranotkata (enragé au combat), Prahàsa (le rire), Çvetasiddha, Nandaka (qui réjouit).

2571. Kâlakantha (le paon), Prabhâsa, Koumbhândaka en est un autre, Kâlakâksha (qui a des yeux noirs), Sita (blanc), et aussi Bhoûtaloumathana (l’anéantisseur des êtres.)

2572. Yajnavâha (qui porte le sacrifice), Pravâha (cours d’eau), Devayâjin (qui sacrifie aux dieux), Somapa (qui boit le soma), Majjala qui a un grand éclat, Kratha (qui tue), Krâtha (meurtre).

2573. Touhara et Touhàra, l’héroïque Citradeva (dieu brillant), Madhoura (doux), Souprasâda (facile à apaiser), et le très fort Kirîtin (qui porte un diadème).

2574. Vatsala (tendre), Madhouvarna (couleur de miel), Kalasodara (dont le ventre est une aiguière), Dharmada (qui donne la vertu), Manmathakara, et l’héroïque Soûcîvaktra (dont la bouche est une aiguille).

2575. Çvetavaktra (qui a la face blanche), Souvaktra (qui a une belle face), Cârouvaktra (qui a une face charmante), Pândoura (blême), Dandabâhou (dont les bras sont des bâtons), Soubâhou (qui a de beaux bras). Raja et Kokilaka (coucou).

2576. Acala (immobile), Kanakâksha (qui a des yeux d’or), Celui qui est le maître des enfants, Sancâraka (conducteur), Kokanada, Gridhrapatra (qui a des ailes de vautour), Jambouka (chacal).

2577. Lohâjavaktra (qui a une face de chèvre rouge), Javana (rapide), Koumbhavaktra (qui a la face comme une cruche), Koumbhaka (cruche), Svarnagrîva (qui a le cou doré), Krishnaujas (qui a un éclat noir), Hamsavaktra (qui a une face de flamant), Candrabha (brillant comme la lune).

2578. Pânikoûrcan, Çamboûka (coquillage), Cikshaka (instituteur), Pancavaktra (qui a cinq faces], Çâshavaktra (qui a une face de canne à sucre), Jambouka (chacal), Çâkavaktra (qui a une face de légume), Kounjala.

2579, 2580. De nobles suivants, doués d’ascétisme, toujours agréables aux brahmanes, magnanimes, provenant de Pitâmaha, appartenant aux grands cortèges, (qu’ils fussent) adolescents, enfants ou vieillards, ô Janamejaya, se tenaient par milliers près de Koumâra.

2581. Ô Janamejaya, écoute (la description de) ceux qui avaient des visages de diverses sortes. (Il y en avait qui présentaient) des faces de tortue, de coq, de lièvre et de hibou.

2582. D’autres, avec des visages d’âne, de chameau, des têtes de sanglier, des faces avec des dents de chat ; d’autres avec de longues faces, ô Bharatide,

2583. Des faces d’ichneumon et de hibou ; d’autres avec des faces de corneille, de souris, d’ichneumon babhrouka, des visages de paon.

2584. D’autres, avec des visages de poissons, de béliers, de chèvres, de buffles, d’ours, de tigres, de lions, de léopards.

2585. De terribles, avec des visages d’éléphant, des bouches de crocodile. (Il y en avait dont) le visage était semblable à celui de Garouda (ou qui avaient des faces) de kankou (héron), de loup ou de corbeau.

2586. D’autres, avec des faces de bœuf, d’âne et de chameau, avec des bouches de chat, avec de gros ventres, de grands pieds, de grands corps, avec des yeux (qui ressemblent à) des étoiles, ô Bharatide.

2587. D’autres, avec des becs de tourterelle et d’autres avec des faces de taureau. D’autres, avec des becs de kokilas (coucous), ou des visages de faucon et de perdrix francolin.

2588. D’autres, avec des faces de lézards, de serpents, (ou) porteurs de vêtements sans tache, de visages en forme de flèche, de beaux visages, de faces déplaisantes.

2589. Des serpents, des (êtres) vêtus d’habits d’écorce, ou ayant des visages qui étaient des muffles de vache, (d’autres) ayant le ventre gros, (d’autres) avec des corps minces, des ventres minces, de gros corps.

2590. Des (êtres) ayant le cou court, (ou) de grandes oreilles, (quelques-uns) portant, pour ornement, divers serpents, couverts de peaux d’éléphant ou d’antilope noire,

2591. Des (êtres) ayant la bouche sur l’épaule, ô grand roi, (ou bien) sur le ventre, dans le dos, à la joue, à la jambe.

2592. Beaucoup avaient la bouche sur le côté ou en divers endroits (du corps). (Il y avait) aussi des chefs de troupes, porteurs de bouches d’insectes ou de becs d’oiseaux.

2593. D’autres ayant la bouche comme diverses bêtes fauves (ou divers serpents), de nombreux bras, plusieurs têtes, plusieurs ventres ; quelques-uns ayant pour bras différents arbres, d’autres avec la tête sur la hanche.

2594. Des visages avec des anneaux de serpents. Ceux qui habitent divers buissons, ceux qui ont le corps entouré de guenilles, des (êtres) revêtus de divers habits dorés.

2595. Des porteurs d’ornements divers, de couronnes variées et de diverses sortes de parfums, d’habits divers, de vêtements de peaux.

2596. Ceux qui ont sur la tête un bandeau, un turban, ceux qui ont un beau cou, ceux qui ont beaucoup d’éclat, les porteurs d’un diadème, de cinq tresses de cheveux, de cheveux dorés.

2597. Des porteurs de trois, de deux, de sept tresses de cheveux, de toupets, de diadèmes, ceux qui ont la tête rasée, ceux qui ont les cheveux entrelacés.

2598. Quelques-uns porteurs de couronnes brillantes, quelques-uns ayant le visage velu. Des (êtres) n’ayant d’autre plaisir que le combat, incapables d’être vaincus, (même) par les plus grands des dieux.

2599. Des noirs, (d’autres) dont le visage est décharné, ceux qui offrent un gros dos, un ventre mince, un dos large, un dos court, (ou bien) le ventre et le pénis pendants,

2600. De grands bras, des bras courts, (il y avait) des nains avec des membres courts, des jambes courtes, des bossus, des êtres dont la tête est munie d’oreilles d’éléphant,

2601. De nez d’éléphant, de tortue ou de loup. Ceux dont la respiration est longue, qui ont de longues jambes ; d’horribles, dont la tête est baissée.

2602. Des porteurs de longues défenses, de courtes défenses, d’autres avec quatre défenses, et d’autres, ô roi. par milliers, semblables au roi des éléphants.

2603. Des (êtres) ayant le corps très régulier, de très resplendissants, de bien parés, ayant les yeux jaunâtres, des oreilles (semblables à des) dents, le nez rouge, ô Bharatide.

2604. Des porteurs de larges défenses, de grandes défenses, de grosses lèvres, de cheveux fauves, de pieds, de lèvres et de défenses de diverses sortes, de mains et de têtes diverses.

2605. Ô Bharatide, couverts de peaux de diverses sortes, les maitres, ayant des langages divers, habiles dans les idiomes des différents pays, bavardant entre eux,

2606. Joyeux, appartenant aux grands cortèges, courent çà et là. (Quelques-uns ont) de longs cous, des ongles longs, de longs pieds, de longues têtes et de longs bras.

2607. Des yeux jaunes, un cou bleu, des oreilles pendantes, ô Bharatide. Quelques-uns sont semblables aux Vrikodaras (êtres fantastiques à la suite de Çiva), (ou) ont l’apparence d’amas de collyres.

2608. D’autres ont les yeux blancs, le cou rouge, les yeux rougeâtres ; beaucoup, ô roi, sont tachés de noir, ou ont des couleurs bariolées, ô Bharatide,

2609. Sont semblables par leurs guirlandes à des queues de bœuf grognant. (Il y en a qui présentent) des lignes blanchâtres ou rouges, diverses couleurs, une même couleur, un éclat semblable à celui du paon.

2610. Écoute encore (ce que) je vais te raconter de leurs armes, (et de la manière dont elles sont) saisies par les compagnons restant (à décrire).

2611. Quelques-uns ont les mains élevées, avec des cordes, la bouche ouverte, des visages d’ânes, des yeux dans le dos, le cou bleu, des bras pareils à des barres de fer.

2612. (Il y en a) qui portent à la main le çataghni, le disque ou le pilon, l’épée, la massue ou le bâton, ô Bharatide,

2613-2615. Des massues, le bhouçoundi ou des javelots. Porteurs d’armes terribles de diverses espèces, les magnanimes et très forts suivants du grand cortège, doués d’une grande vélocité et d’un élan irrésistible, aimant les combats, ayant un grand éclat, le corps orné d’une multitude de grelots, dansèrent envoyant le sacre de Koumâra. Ô roi, ceux-ci et d’autres nombreux suivants du grand cortège,

2616-2618. S’approchèrent du magnanime et glorieux Kârtikeya, et (ces) héros, (les uns) divins, (les autres atmosphériques, (d’autres) terrestres, désignés par les dieux, étaient les serviteurs de Skanda. Des milliers, des millions et des dizaines de millions de tels (êtres), s’approchèrent du magnanime que l’on venait de consacrer) par l’aspersion de l’eau, et l’entourèrent.





CHAPITRE XLVII


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Énumération et description des Mères à la suite de Skanda. Dons faits à Skanda par les dieux. Il combat les ennemis des dieux, les poursuit à la montagne Krauñca qu’il fend avec sa lance. Les Daityas sont défaits. Joie des dieux. Sainteté du tîrtha Taijasa. Varouna y a été sacré. Bala le visite.


2619. Vaiçampâyana dit : « Ô roi, écoute la mention que je vais te faire, ô héros, de la multitude des Mères, suivantes de Koumâra, destructrices des troupes des adversaires.

2620. Ô Bharatide, entends le nom des glorieuses et excellentes Mères, entre lesquelles les trois mondes sont en partage.

2621. Prabhâvatî (brillante), Viçâlâkshî (qui a de grands yeux), Pâlitâ (grise), Gostani (qui a des mamelles de vache), Çrimati (magnifique), Bahoulâ (nombreuse), Bahoupoutrikâ (qui a beaucoup d’enfants),

2622. Apsoujâtâ (née dans les eaux), Gopâli (protectrice des bœufs), Vrihadambalikâ, Jayâvati (victorieuse), Mâlatikâ (fleur de jasmin), Dhrouvaratnâ (qui a des joyaux solides), Bhayankarâ (effrayante).

2623. Vasoudâmâ (dont la guirlande est un trésor), Soudâmâ (qui a une belle guirlande), Viçokâ (sans chagrin), Nandini (joyeuse), Ekacoudâ (qui n’a qu’une mèche de cheveux), Mahâcoudà (qui a de grandes mèches), Cakranemi (jante de roue), ô Bharatide.

2624. Outtejanî (qui allume), Jayatsenâ (dont l'armée est victorieuse), Kamalâkshî (qui a des yeux de lotus), Çobhanâ (belle), Çatrunjayà (victorieuse des ennemis), Krodhanâ (irritée), Çalabhi (sauterelle), Kharî (ânesse).

2625. Mâdhavî (printannière), Çoubhavaktrâ (qui a un beau visage), Tîrthaseni (qui a pour corps un tîrtha), ô Bharatide, Gîtapriyâ (aimable par ses chants), Kalyânî (excellente), Roudraromâ (qui a le poil effrayant), Amitâçanâ (qui mange sans mesure).

2626. Meghasvanâ (qui a la voix du tonnerre), Bhogavatî (qui a des anneaux de serpent), Soubhroû (aux beaux sourcils), Kanakâvatî (dorée), Alâtâkshi (dont les yeux sont des tisons), Viryavatî (héroïque), Vidyoutjihvâ (dont la langue est la foudre), ô Bharatide.

2627. Padmàvatî (hibiscus mutabilis), Sounakshatrâ (née sous une bonne étoile), Kandarà (caverne), Bahouyojanâ (qui suit de nombreux chemins), Santânikà (flûte), Kamalâ (fleur de lotus), Mahâbalâ(très forte).

2628. Soudâmâ (qui a une belle guirlande), Bahoudâmâ (qui a de nombreuses guirlandes), Souprabhâ (très éclatante), Yaçasvini (glorieuse), Nrityapriyâ (qui aime la danse), ô Indra des rois, Çatoloûkhalamekhalâ (qui a cent mortiers pour ceinture).

2629. Çataghantâ (qui a cent grelots), Çatânandâ (qui a cent plaisirs), Bhaganandâ (dont le plaisir est le bonheur), Bhâvinî (belle femme), Vapusmati (belle), Candraçilâ (aimable comme la lune), Bhadrakâlî (qui a un heureux destin), ô Bharatide.

2630. Rikshà (ourse), Ambikâ (petite mère), Nishkoutikâ (qui habite dans les bosquets), Vâmâ (gauche), Catvaravâsini (qui habite dans les carrefours), Soumangalâ (très propice), Svastimatî (heureuse), Bouddhikâmâ (qui a l’amour de la sagesse), Jayapriyâ (amie de la victoire).

2631. Dhanadâ (qui donne la richesse), Souprasâdâ (très favorable) et Bhavadâ (qui donne l’être), ô maître des hommes, Edî, Bhedî, Samedi et Vetâlajananî (mère de Vetâla).

2632. Kandoûti (démangeaiser), Kâlîkâ (la noire), Devamitrâ (amie des dieux), ô Bharatide, Vasouçri (dont la beauté est un trésor), Kotirà (coccinelle), Citrasenà (qui a une armée brillante) et Acalà (immobile), ô Bharatide.

2633. Kukkutikâ (poule faisanne), Çankhalikâ, Çakounikâ (oiseau femelle), ô roi, Koundârilvâ, Kaukoulikâ, Koumbhikâ (cruche) et Çatodarî (qui a cent ventres).

2634. Outkrâthinî, Jalelâ (qui fait des libations d’eau), Mahâvegâ (très rapide), Kankanâ (qui a la forme d’une bague), Mahâjavâ (très rapide), Kantakinî (épineuse), Praghâsâ (gloutonne) et Pôutanâ (spectre).

2635. Keçayantî (chevelue), celle qu’on nomme Trouti (atome), Kroçanâ (qui crie), Taditprabhâ (qui a l’éclat de l’éclair), Mandodarî (dont le ventre est flasque), Moundi (qui a la tète rasée), Kotarâ (ipomœa turpenthum) et Meshavâhinî (qui porte un bélier).

2636. Soubhagâ (heureuse), Lambinî (suspendue), Lambâ (pendante), Tamracoûdà (qui a un chignon rouge), Vikâçinî (ouverte), Oûrddhvavenîdharâ (qui porte des tresses de cheveux liées en haut), Pingâkshî (qui a les yeux jaunes rougeàtres), Lohamekhalâ (qui a une ceinture de fer).

2637. Prithouvaktrâ (qui a une large bouche), Madhoulikâ (moutarde noire), Madhoukoumbhâ (qui a une cruche de miel), Pakshâlikâ, Matkounikâ, Jarâyou, Jarjarânanâ (qui a la face percée).

2638. Celles qu'on appelle Dahadahâ, Dhamadhamâ, ô roi, Khandakhandâ, ô Indra des rois, Poûshanâ, Manikouttikâ.

2639. Amoghâ (qui ne se trompe pas), ô Kourouide, Lambapayodharâ (qui a les mamelles pendantes), Venouvînadhayâ. Pingâkshî (qui a les yeux rougeâtres), Lohamekhalâ (qui a une ceinture de fer).

2640. Çaçoloûkamoukhî (qui a la face d’un lièvre ou d’un hibou), Krishna (noire), Kharajanghâ (qui a des jambes d’âne), Mahâjavâ (très rapide), Çiçoumâramoukhî (qui a la face d’un dauphin du Gange), Çvetâ (blanche), Lohitâkshî (qui a les yeux rouges), Vibhîshanâ (effrayante).

2641. Jatâlikâ (qui a des tresses de cheveux), Kâmacarî (qui se meut librement), Dîrghajihvâ (qui a la langue longue), Balotkatâ (douée de force), Kàlehikâ, Vâmanikâ et Moukoutà (diadème) ; ô Bharatide.

2642. Lohitâkshî (qui a des yeux rouges), Mahâkâyâ (qui a un grand corps), Haripindâ, ô roi, Ekatvacâ (qui n’a qu’une peau), Soukousoumâ (bien fleurie), Krishnavarnâ (qui a la couleur noire) ; ô Bharatide.

2643. Kshourakarnî (dont les oreilles sont des rasoirs), Catoushkarnî (qui a quatre oreilles), Karnaprâvaranâ (qui se sert de ses oreilles comme d’un manteau), Catoushpathaniketâ (dont la demeure est dans les carrefours), Gokarni (qui a des oreilles de bœuf), Mahishânanâ (qui a un visage de buffle).

2644. Kharakarnî (qui a des oreilles d’âne), Mahâkarnî (qui a de grandes oreilles), Bherisvanamahâsvanâ, Çankhakoumbhaçravas et la très forte Bhagadâ (qui donne le bonheur).

2645. Ganâ (troupe), Souganâ (qui a de belles troupes), et aussi Bhîni, Kâmadâ (qui donne ce qu’on désire), Catoushpatharatâ(qui se plaît dans les carrefours), Bhoûtitîrthâ (dont les tîrthas sont la prospérité), Anyagocarâ (qui a d’autres domaines),

2646. Paçoudâ (qui donne des bestiaux), Vittadâ (qui donne des richesses), Soukhadâ (qui donne le bonheur), Mahâyaças (très glorieuse), Payodâ (qui donne du lait), Gomahishadâ (qui donne des bœufs et des buffles), et Souviçâlâ (très grande), ô Bharatide.

2647. Pratishthâ (qui se tient ferme), Soupratishthâ (qui se tient très ferme), Rocamànâ (brillante), Sourocanâ (très claire), Naukarnî (dont les oreilles sont des navires), Çivakarnî (qui a des oreilles pures), Vasoudâ (qui donne des trésors), et Manthinî (qui ébranle).

2648. Ekavaktrâ (qui a un seul visage), Megharavâ (qui a la voix du tonnerre), Meghamâlâ (qui a une couronne de nuages), Virocanâ (éclairante). Ô excellent Bharatide, celles-là et d’autres nombreuses Mères,

2649. Par milliers, étaient les suivantes de Kârtikeyu. Elles affectaient des formes diverses. Elles avaient, (selon les cas), des ongles longs, de longues dents, de longs museaux, ô Bharatide.

2650. Elles étaient puissantes, douces, nubiles, bien parées, magnanimes, et prenaient les formes qui leur plaisaient.

2651. (Elles avaient) des membres décharnés (ou bien étaient) blanches, (ou) semblables à l’or, d’autres ressemblaient à un nuage noir et étaient couleur de fumée, ô excellent Bharatide.

2652. (Quelques-unes avaient) l’éclat du soleil, étaient heureuses, avaient les cheveux longs, des vêtements blancs, (ou bien) portaient des tresses nouées en haut, avaient des yeux jaunes, des ceintures pendantes,

2653. Le ventre, les oreilles, les mamelles pendantes, les yeux rouges cuivré, le teint rouge cuivré, (ou) avaient les yeux verdâtres.

2654. Comblant les vœux, allant où bon leur semble, elles sont toujours réjouies et ont une grande force. Elles sont de la nature de Yama, de Roudra, de Soma (ou) de Kouvera,

2655. De Varouna, de Mahendra, du Feu, ô tourmenteur des ennemis, (ou bien) du Vent, de Koumâra, de Brahma, ô excellent Bharatide,

2656. De Vishnou, du Soleil, de Varâha (Vishnou sanglier). Elles ont une grande force. Leur beauté égale celle des Apsaras, elles ravissent le cœur.

2657. Elles ont la voix (aussi mélodieuse que) Parapoushtâ (femelle du coucou indien). Leur prospérité égale celle de (Kouvera) Dhanada (donneur desrichesses). Elles égalent Çakra en héroïsme dans les combats et sont brillantes comme le feu.

2658. Elles inspirent constamment la crainte aux ennemis, dans les combats, prennent les formes qu’il leur plaît et possèdent la rapidité du vent.

2659. Douées d’une force, d’un héroïsme et d’une valeur incroyable elles habitent le creux des arbres et les carrefours,

2660. Les cavernes, les cimetières, les rochers et les sources. (Elles sont) chargées de divers ornements, parées de diverses guirlandes, vêtues de divers habillements,

2661. Portent des habits de diverses couleurs, parlent des langages divers. Celles-ci et d’autres nombreuses troupes destructrices des ennemis,

2662. Suivirent le magnanime (Kârtikeya), sur l’ordre du maitre du Tridaça. Alors l’adorable (Indra) Pâkaçâsana (qui punit Pâka), donna l’astraqui est la lance, (une lance magique)

2663, 2664. À Gouha (Skanda pour la destruction des ennemis des dieux, (avec) une bannière très bruyante, ornée de nombreux grelots, ayant une splendeur brillante et la couleur rouge du fils d’Aditi, ô excellent Bharatide. Paçoupati (Rendra seigneur de toutes les créatures) lui donna la grande armée de tous les êtres, ô tigre des rois,

2665. Terrible, ayant diverses manières de combattre douée d’ascétisme, d’héroïsme et de force, invincible ayant de grandes qualités, appelée l’armée Dhanañjayâ.

2666. Formée de trois dizaines de mille combattants d’une force égale à celle de Roudra, (cette armée) ne connut jamais (ce que c’était que) s’enfuir du combat.

2667. Vishnou donna la couronne Vaijayantî (de la victoire) qui accroît la force (des héros). Oumâ donna deux vêtements purs, brillants comme le soleil.

2668. La Gangâ, une divine cruche d’ermite, excellente source de nectar, et Vrihaspati offrit en présent un bâton à Koumâra.

2669. Garouda (donna) à son fils bien-aimé un paon à la queue bariolée, et Arouna, un coq combattant avec ses pieds.

2670. Le roi Varoima (donna) un fort et héroïque éléphant. Puis, le maître Brahma ofirit une peau d’antilope noire à (Skanda) dévoué aux brahmanes.

2671. Et celui qui protège les mondes lui donna la victoire dans les combats. Ayant obtenu le généralissimat de l’armée des dieux, Skanda

2672. Resplendit comme un feu brillant, allumé, et, accompagné des suivants et des Mères,

2673. Il partit pour détruire les Daityas, remplissant de joie les héros des dieux. Cette terrible armée des Nirritis (voir Çl. 2530), avec ses bannières levées et garnies de grelots,

2674. Avec ses timbales, ses tambours, ses conques, ses armes et ses porte-étendards, resplendit comme le ciel étoile de l’automne.

2675. Alors, ces multitudes divines et ces troupes d’êtres divers, sans se troubler, firent retentir les timbales, les excellentes conques,

2676. Les tambours, les (instruments appelés) jharjharas, krakacas, gomoukhas, les (trompettes) govishânikas, âdambaras, dindimas et les (tambours) mahâsvanas (au grand bruit).

2677. Tous les dieux, accompagnés de Vâsava, louèrent Koumâra. Les dieux et les Gandharvas chantèrent et les troupes d’Apsaras dansèrent (en son honneur).

2678. Alors Skanda Mahâsena, satisfait, accorda aux dieux (l’accomplissement de) leurs désirs. « Je tuerai, (dit-il), en les combattant, les ennemis qui veulent nous anéantir. »

2679. En recevant la faveur que leur faisait celui-ci, le plus grand des immortels, les magnanimes dieux, l’esprit satisfait, considérèrent leurs ennemis comme tués.

2680. Quand cette promesse favorable eut été faite par le magnanime (Skanda), un cri de joie, poussé par tous les êtres, remplit les trois mondes.

2681. Et Mahâsena, entouré de sa grande armée, s’en alla combattre et tuer les Daityas, pour protéger les habitants du ciel.

2682. Vyavasâya (la décision), Jaya (la victoire), Dharma (le devoir), Siddhi (la perfection), Lakshmî (la prospérité), Smriti (la tradition sainte), se mirent à la tête des armées de Mahâsena, ô maître suprême des hommes.

2683. 2684. Le dieu Gouha, la pique et la massue à la main, s’avança, en criant, avec cette terrible (armée), portant à la main des tisons enflammés, des massues, des pilons, des nârâcas, des lances et des javelots, couverte de vêtements et d’armures brillantes, et rugissant à la manière des lions sauvages.

2685. En le voyant, tous les fils de Diti, les Rakshasas et les Dânavas, tremblant de peur de toutes parts, s’enfuirent dans toutes les directions.

2686, 2687. Les dieux ayant à la main diverses armes les attaquèrent ; l’adorable, resplendissant et fort Skanda, irrité, les voyant fuir), lança sans interruption le terrible astra-lance 24 (sa pique magique), et développa sa propre ardeur, comme (le fait) le feu enflammé par les libations.

2688. Ô grand roi, l’astra-lance étant déchargé par Skanda à l’énergie démesurée, un météore enflammé tomba sur le sol de la terre,

2689. Et des orages très bruyants, aussi terribles qu’ils le seraient à l’occasion de la fin du monde, s’abattirent sur le sol, ô roi.

2690. Car, quand cette seule terrible pique eut été lancée par le fils du Feu, des dizaines de millions de lances tombèrent, ô excellent Bharatide.

2691. Alors l’adorable roi Mahâsena, joyeux, tua l’Indra des Daityas appelé Târaka, qui avait une grande force et un grand courage,

2692. Entouré de dix dixaines de mille Daityas, (tous) héros puissants, ô roi, et il abattit dans le combat Mahisha environné de huit padmas (trillions) (d’Asouras).

2693-2695. Il tua Tripàda environné de dix centaines de dizaines de mille (suivants). Le maître, avec ses serviteurs portant diverses armes à la main, tua Hradodara (dont le ventre est un étang), entouré de dix Nikharvas (1011) (de soldats). Les ennemis étant tués, les suivants de Koumâra firent un grand bruit. Pleins de joie, remplissant (de leurs cris) les dix directions de l’espace, ils dansèrent, bondirent et rirent, ô roi.

2696. Cependant, ô Indra des rois, l’ensemble des trois mondes fut alors épouvanté par les rayons de lumière que répandait de toutes parts l’astra-lance.

2697. Les Daityas furent brûlés par milliers et quelques autres ennemis des dieux, dispersés par les cris de Skanda et par sa bannière, furent tués.

2698. Quelques-uns, effrayés par le bruit des grelots, tombèrent sur le sol de la terre. Quelques-uns tombèrent la tête la première, couverts de leurs armures, la vie les ayant abandonnés.

2699. Ainsi le fort héros Kârtikeya, à la tête de sa grande armée, tua dans le combat, de nombreux ennemis des dieux, qui l’attaquaient.

2700. Mais le Daitya appelé Vâna, le très fort fils de Bali, étant allé à la montagne Kraunca, incommoda la multitude des dieux,

2701. Le très intelligent Mahâsena s’approcha de cet ennemi des dieux, qui était allé chercher un refuge à Kraunca, par peur de Kârtikeya.

2702. L’adorable Kârtikeya, animé d’une grande colère, fendit avec la lance qui lui avait été donnée par Agni 25 (le mont) Kraunca retentissant du cri des courlis,

2703. Bigarré de troncs de Çâla (vatica robusta). Les éléphants et les singes (qui le peuplaient) étaient effrayés, les oiseaux s’envolaient, les serpents s’enfuyaient

2704. Il résonnait (du bruit que font en courant), les troupes de (singes) golangoulas et d’ours, (d’autre part), il retentissait du bruit de la course des antilopes,

2705. Des Çarabhas qui s’enfuyaient, des lions qui prenaient soudainement la fuite. Cette montagne, réduite à un état déplorable, brillait cependant (d’une grande beauté).

2706. Les Vidhyâdharas (génies porteurs de la science) qui habitaient ses sommets, s’envolèrent, et les Kinnaras (musiciens célestes, à corps d’homme et tête de cheval), effrayés, s’élevèrent en l’air au bruit de la chute de la lance.

2707. Alors les Daityas, aux guirlandes et aux ornements bariolés, s’enfuirent, par centaines et par milliers, de l’excellente montagne devenue brûlante.

2708, 2709. Les suivants de Koumâra les vainquirent et les tuèrent dans le combat. Plein de colère, cet adorable (Skanda) se hâta de tuer (Vâna), fils de (Bali), roi des Daityas, avec son (frère) puiné, comme le maître des dieux (tua) Vritra, et Pâvaki (Skanda, fils du feu, tueur des héros ennemis) fendit Kraunca avec sa lance.

2710. Le très fort (dieu, tantôt) se séparait en plusieurs (des formes qui lui appartiennent), (tantôt) se présentait sous une forme unique. La pique qu’il lançait dans la bataille lui revenait incessamment dans la main.

2711. À partir de cette époque, et ensuite, Pâvaki posséda ce pouvoir. Par l’accroissement de son héroïsme, par son énergie, sa gloire et son bonheur,

2712. Kraunca fut fendu par lui, et les Daityas furent tués par centaines. Puis cet adorable dieu, ayant détruit les ennemis des dieux,

2713. Honoré par les divinités, arriva au comble de la joie. Alors, ô roi, les tambours et les trompettes résonnèrent, ô Bharatide.

2714. Par centaines et par milliers, les épouses des dieux lancèrent une abondante pluie de fleurs sur le dieu maître des Yogins.

2715. Un vent salutaire, qui possédait un parfum divin, souffla. Les Gandharvas et les Maharshis réjouirent ce dieu par leurs sacrifices.

2716. Quelques-uns pensèrent que ce roi était fils de Pitâmaha (et crurent) que Sanatkoumâra (l’antique Koumâra) avait eu Brahma pour matrice, et était l’aîné de tous (les êtres),

2717. Ou bien quelques-uns le dirent fils du grand roi (Indra), quelques-uns, fils du dieu du feu, d’Oumâ, des Pléiades, de la Gangâ.

2718. Des centaines et des milliers dirent que ce très puissant dieu, qui a une, deux ou quatre formes, était roi des Yoffins.

2719. Ô roi, tout ce sacre de Kârtikeya t’a été raconté. Ecoute aussi (l’explication de) la grande sainteté du meilleur des tîrthas de la Sarasvatî.

2720. Les ennemis des dieux étant tués, Koumâra rendit l’excellent tîrtha, pour ainsi dire, un autre monde d’Indra, ô roi.

2721. Le maître, fils du Feu, qui s’y tenait, distribua les souverainetés et donna l’ensemble des trois mondes à ceux dont le premier est celui à qui il donna le commandement des Nairritas (Kouvera).

2722. Ainsi cet adorable, (qui fut) l’Antaka (destructeur) de la race des Daityas, fut sacré, dans ce tîrtha, généralissime de l’armée des dieux, ô grand roi,

2723. Le tîrtha dans lequel Varouna fut sacré roi des eaux par la multitude des dieux, est appelé Taijasa, ô excellent Bharatide.

2724. S’étant baigné dans cet excellent tîrtha et ayant adoré Skanda, le Lângalin donna aux brahmanes de l’or, des vêtements et des ornements.

2725-2727. Le Lângalin Madhavide, le plus grand de ceux de la tribu de Yadou, tueur des héros ennemis, ayant passé la nuit en cet endroit, honoré cet excellent tîrtha et touché l’eau, fut joyeux et eut l’esprit satisfait. Je t’ai raconté tout ce que tu m’as demandé, et de quelle manière l’adorable Skanda fut sacré par les dieux assemblés 26





CHAPITRE XLVIII


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Sacre de Varouna. Légendes d’Agnitîrtha, de Brahmayoni et du tîrthade Kouvera.


2728. Janamejaya dit : Ô brahmane, j’ai entendu, avec les détails conformes à la vérité, (le récit de) cet admirable sacre de Koumâra, (fait) selon les règles .

2729. L’ayant entendu, je me sens purifié, ô ascète ; mes poils se hérissent (de joie) et mon esprit est calmé,

2730. Après avoir entendu (raconter) le sacre de Koumâra et l’anéantissement des Daityas, ma satisfaction est extrême. (Mais), certes, ma curiosité va plus loin.

2731. Comment le maître des eaux fut-il jadis sacré dans ce tîrtha par les dieux ? Ô grand sage, dis-moi cela, car tu es le plus apte (à le faire).

2732. Vaiçampâyana dit : Écoute, ô roi, comment cette chose merveilleuse s’est passée jadis. Au commencement, ô roi, quand l'âge Krita (l’âge d’or) suivait son cours ordinaire,

2733. Toutes les divinités, s’étant assemblées, dirent à Varouna : « De même que Çakra, le roi des dieux, nous protège en toute occasion contre les dangers,

2734. De même, toi aussi, sois le maître de toutes les rivières. Ta demeure, ô dieu, est toujours dans la mer, séjour des monstres marins.

2735. Cette mer, maîtresse des rivières, sera en ton pouvoir. (Ta puissance) croîtra et décroîtra en même temps que Soma. »

2736. Varouna répondit aux dieux : « Qu’il en soit ainsi ». Alors tous les dieux, s’étant approchés de Varouna qui a sa demeure dans la mer,

2737. Le sacrèrent roi des eaux, avec les cérémonies prescrites par la loi. Puis les dieux, après avoir consacré par l’aspersion Varouna, comme maître des êtres aquatiques,

2738. Et honoré le roi des eaux, regagnèrent leurs propres demeures. Et alors le très glorieux Varouna, sacré par les dieux,

2739. Protégea selon la loi les rivières, les mers, les fleuves et les étangs, comme (Indra) Çatakratou (aux cent sacrifices), protège les dieux.

2740. Puis, après s’être baigné en ce lieu et (y) avoir distribué des richesses de diverses sortes, le grand sage (Baladeva) Pralambahan (tueur du daitya Pralamba) alla à Agnitîrtha (le tîrtha d’Agni).

2741-2743. Là où Houtâçana (Agni qui se nourrit des offrandes) s’éclipsa, (en pénétrant) dans un figuier religieux, et se (rendit) invisible. Et alors (l’adorable Feu), sans péché, ayant (par son absence) causé, d’une manière manifeste, la destruction de la lumière du monde, les dieux s’approchèrent de l’ancêtre de l’univers entier (et lui dirent) : « L’adorable Agni est disparu et nous n’en connaissons pas la cause. Ô puissant, produis le Feu, de peur que tous les êtres ne soient détruits. »

2744. Janamejaya dit : Pourquoi l’adorable Agni, créateur des mondes, disparut-il et comment fut-il retrouvé par les dieux ? Raconte-moi cela conformément à la vérité.

2745. Vaiçampâyana dit : Le majestueux et adorable Jâtavedas (Agni), très effrayé de la malédiction de Bhrigou, s’étant approché d’un figuier religieux, disparut (en y pénétrant).

2746. Mais quand le Feu eut disparu, tous les dieux, y compris Vâsava, extrêmement affligés, cherchèrent le (dieu) brillant, devenu invisible.

2747. S’étant alors approchés d’Agnitîrtha, ils virent Agni qui s’y trouvait, et qui se tenait précisément dans le figuier religieux.

2748. Ô tigre des hommes, tous les dieux, y compris Vâsava, Vrihaspati en tête, s’étant approchés du Feu, furent contents .

2749. Ils s’en retournèrent comme ils étaient venus. Et (Agni), ô maitre de la terre, se mit à tout dévorer par suite de la malédiction que Bhrigou, savant dans les sciences sacrées, avait prononcée (jadis contre lui).

2750. Alors le sage (Bala) s’étant baigné là aussi, alla à Brahmayoni, où l’adorable ancêtre du monde créa (l’univers).

2751. Le maître Brahma, s’étant jadis baigné avec les dieux en cet endroit, y créa, selon les règles, les tîrthas pour les divinités.

2752. S’étant baigné en ce lieu, ayant distribué des trésors de diverses sortes et pratiqué un grand ascétisme, (Baladeva) alla au tîrtha de Kouvera.

2753, 2754. Ô roi, le maître Ailiavala (Kouvera) (y) obtint l’empire des richesses. Les richesses et les trésors, ô roi, environnèrent (le dieu) qui se tenait en cet endroit, ô le plus grand des hommes.

Le Lângalin, étant allé à ce tîrtha et s’y étant baigné selon les règles, fit de riches présents aux brahmanes.

2755. Il vit, dans le meilleur des bosquets de ce dieu, la place où jadis un grand ascétisme fut pratiqué par le très magnanime

2756, 2757. Kouvera, roi des Yakshas, qui y obtint des dons excellents, là où, ô guerrier aux grands bras, le roi des trésors obtint soudainement l’empire des richesses, l’amitié de Roudra à l’éclat incomparable, la qualité de dieu, le titre (d’un des huit) protecteurs du monde, et un fils, Nalakoûvara,

2758-2761. En ce lieu même, il fut sacré par les troupes des Marouts (vents), qui s’y étaient réunis. Il obtint son char aussi rapide que le vent, attelé de flamants. Le divin char Poushpaka lui fut donné, ainsi que la souveraineté sur les Nirritis.

Bala, ô roi, (aussi nommé) Râma Çvetânoulepana (qui a des onguents blancs), s’étant baigné en ce lieu, et ayant offert des oblations salutaires, se hâta d’aller au grand tîrtha appelé Vadarapâcana (cuisson des jujubes), fréquenté par tous les êtres et garni de fleurs et de fruits en toute saison.






CHAPITRE XLIX


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Légendes du tîrtha Vadarapâcana, de Çroutavati et d’Aroundhatî.


2762. Vaiçampâyana dit : Alors Râma alla à l’excellent tîrtha Vadarapâcana, fréquenté par les ascètes et par les Siddhas (saints), où une jeune fille aux vœux fermes,

2763. Appelée Çroutavati, fille du Bharadvâja, d’une beauté incomparable, n’ayant pas son égale sur la terre, ô puissant, vouée à l’étude des sciences sacrées dès son enfance,

2764. Livrée à de nombreuses austérités, pratiqua un ascétisme terrible. Cette belle, s’étant arrêtée à cette pensée, « Que le roi des dieux soit mon époux »,

2765. Passa, ô continuateur de la race de Kourou, cent années à pratiquer diverses austérités douloureuses, difficiles à exécuter pour les femmes.

2766. maître des hommes, l’adorable Pâkaçâsana, (Indra, punisseur de Pâka), fut satisfait des austérités auxquelles elle se livrait et de sa dévotion suprême (à son égard).

2767. Le roi, maître suprême du Tridaça, ayant pris la forme du magnanime viprarshi Vaçishtha, alla à son ermitage.

2768. En voyant Vaçishtha, dont l’ascétisme était rigoureux, et qui était le plus grand de ceux qui se livrent aux austérités, elle lui rendit ses hommages, selon les usages et les préceptes sacrés enseignés par les mounis.

2769. La belle, dont les paroles étaient agréables et qui connaissait (les règles de) l’ascétisme, dit : « Adorable maître, tigre des mounis, que me commandes- tu ?

2770. Ô homme aux vœux excellents, je te donnerai tout ce que je pourrai, mais je ne te donnerai pas la main, par dévotion envers Çakra.

2771. Ô ascète, il est nécessaire que Çakra, roi des trois mondes, soit satisfait par mes vœux, mes austérités et mon ascétisme. »

2772. Ayant entendu ces paroles, ô Bharatide, l’adorable dieu, qui connaissait ses austérités, la regarda en souriant et lui dit doucement :

2773, 2774. « Certes, tu pratiques un ascétisme rigoureux. Je te connais, ô femme aux beaux vœux, et je sais pourquoi ton esprit a entrepris (de telles austérités), ô bénie.

Tout se passera selon tes désirs, ô femme à la belle bouche. Tout s’obtient par l’ascétisme. II en sera ce qui doit être.

2775. Ô femme à la belle bouche, les séjours divins des immortels doivent être obtenus par l’ascétisme ; l’ascétisme est la source d’un grand bonheur.

2776. Après avoir pratiqué un ascétisme rigoureux, les hommes, en abandonnant leur corps, deviennent des dieux, 6 bénie. Écoute ces seules paroles que je vais t’adresser :

2777, 2778. heureuse femme, aux vœux purs, fais cuire ces cinq jujubes. « Ayant ainsi parlé, l’adorable meurtrier de Bala, après avoir salué cette belle et murmuré en ce lieu une prière à voix basse, gagna de là l’excellent tîrtha (situé) à proximité de l’ermitage.

2779. On l’appelle Indratîrtha (tîrtha d’Indra), ô homme qui donne des honneurs (aux autres hommes). Il est célèbre dans les trois mondes. Pour le faire connaître, Pâkaçâsana,

2780, 2781. Roi des dieux, rendit les jujubes réfractaires à la cuisson. Alors, ô grand roi, la femme pure, aux grands vœux, ne songeant qu’à (accomplir les désirs du mouni), mit les jujubes sur le feu. Ensuite (des ordres secrets d’Indra), cette (femme) perdait ses peines et s’en tourmentait, (mais) se taisait, ô roi.

2782. Ô le plus grand des hommes, un temps très long se passa pendant qu’elle les faisait cuire. Cependant, elles n’étaient pas cuites, et le jour approchait de sa fin.

2783. Son amas de combustible était consumé. Voyant le feu manquer de bois, elle brûla son propre corps.

2784. Cette (femme) sans péché, agréable à voir, ayant commencé par mettre ses pieds dans le feu, les laissa brûler de plus en plus, les approchant (progressivement du foyer incandescent).

2785. L’irréprochable, désireuse d’être agréable au maharshi, accomplissait cette œuvre difficile, en ne songeant nullement à ses deux pieds qui se consumaient.

2786. Elle n’éprouvait ni découragement, ni crispation du visage. En brûlant son corps dans le feu, elle frissonnait (comme si elle eût été) au milieu de l’eau, (de peur de ne pas remplir la tâche qui lui avait été donnée).

2787. Et cette pensée était continuellement présente à son esprit : « Il faut avant tout que les jujubes soient cuites. » Ainsi (pensait) cette femme, ô Bharatide.

2788. Cette belle, se remémorant les paroles du maharshi, faisait cuire les jujubes ; mais elles n’étaient pas encore cuites, ô Bharatide.

2789. Cependant l’adorable feu lui-même lui consuma les deux pieds, sans que son esprit en conçût la moindre douleur.

2790. Et le maître des trois mondes, satisfait de voir l’œuvre qu’elle accomplissait, se montra à la jeune fille sous sa forme naturelle.

2791. Le plus grand des dieux dit à cette femme aux vœux très fermes : « Ô belle, je suis content de ta dévotion, de tes austérités et de ton ascétisme.

2792. C’est pourquoi tes désirs seront accomplis. Quand tu auras abandonné ton corps, ô bienheureuse, tu demeureras avec moi dans le troisième ciel.

2793-2795. Et, ô femme aux beaux sourcils, cet excellent tîrtha sera appelé Vadarapâcana (qui cuit les jujubes). Il purifiera de toutes les souillures et sera loué dans les trois mondes par les brahmarshis. femme pure, heureuse et sans péché, sept rishis se dirigèrent vers l’Himalaya près d’Aroundhatî qui s’était retirée dans cet excellent tîrtha. Alors ces hommes fortunés, aux vœux parfaits, y étant venus,

2796. Allèrent chercher des fruits et des racines pour leur nourriture. Pendant qu’ils demeuraient dans les bois de l’Himalaya, y cherchant des aliments,

2797. Il y eut une sécheresse de douze années, et ces ascètes habitèrent en ce lieu, où ils avaient construit un ermitage.

2798. Aroundhatî pratiquait aussi, (au lieu où ils l’avaient laissée), un ascétisme ininterrompu. Ayant vu Aroundhatî continuellement adonnée aux austérités,

2799, 2800. Varada (Çiva, qui comble les vœux) aux trois yeux vint (vers elle). Le très glorieux dieu Mahâdeva, très satisfait, s’étant approché d’elle après avoir pris la forme d’un brahmane, lui dit : « Ô belle, je désire une aumône. » Alors cette femme charmante à voir, répondit au brahmane :

2801. « Ô prêtre, mon amas de grain est épuisé ; mange des jujubes. » Mahàdeva lui répondit : « Fais cuire celles-ci, ô femme aux beaux vœux. »

2802. Après qu’il lui eut ainsi parlé, désireuse d’être agréable au brahmane, elle les fit cuire. La glorieuse, ayant mis les jujubes sur un feu allumé,

2803. Écouta des récits divins, charmants, salutaires (que lui faisait le brahmane). Cependant cette terrible sécheresse de douze ans prit fin.

2804. Ce temps se passa très durement pour elle, qui ne mangeait pas et (se contentait) d’entendre), en faisant cuire (les jujubes), des récits aussi beaux que le jour.

2805. Alors ces mounis ramassèrent des fruits dans la montagne et revinrent. Puis l’adorable (Mahàdeva), satisfait (de sa persévérance), dit à Aroundhatî :

2806. « Ô femme qui connais les devoirs, approche-toi de ces rishis comme jadis. Je suis content de ton ascétisme et de tes austérités, ô femme qui connais les devoirs. »

2807. Alors l’adorable Hara (Çiva), satisfait, se montra sous sa propre forme, leur raconta la grande action qu’elle avait accomplie, (et leur dit) :

2808. « Je ne considère pas l’ascétisme que vous avez pratiqué sur le plateau de l’Himalaya comme égal à celui de cette (femme).

2809. Car cette ascète s’est soumise à une pénitence très dure, en restant douze années sans manger (occupée) à faire cuire (ses jujubes). »

2810. Puis l’adorable dit encore à Aroundhatî elle-même : « bénie, choisis le souhait que ton cœur préfère. »

2811. Elle, dont les yeux étaient larges et rouges, dit dans l’assemblée des sept rishis : « Si l’adorable (Mahâdeva) est content de moi, que ce (lieu) soit un tîrtha merveilleux,

2812. Aimé des Siddhas, des dieux et des rishis, appelé Vadarapàcana (cuisson des jujubes), et que celui qui, étant pur, y aura habité trois nuits, ô (Çiva), maître des dieux des dieux,

2813. Obtienne, par le jeûne, le fruit de douze années (de pénitence). » Le dieu répondit à cette ascète : « Qu’il en soit ainsi ».

2814, 2815. Puis, glorifié par les sept rishis, il s’éleva vers la voûte céleste. Les rishis furent étonnés en le voyant, (et en s’apercevant que malgré) la faim et la soif qu’elle avait souffert, Aroundhatî n’était ni affaiblie ni décolorée. C’est ainsi qu’une perfection extrême fut atteinte par la pure Aroundhatî.

2816. Comme par toi, ô bienheureuse (Çroutavatî), aux vœux parfaits (formés) à mon intention. Certes tu as apporté une différence dans (l’exécution de) tes vœux heureux.

2817. Et (comme je suis) très satisfait de ton ascétisme je t’accorde ceci : « Ô bénie, j’accomplis pour toi un souhait différent. »

2818, 2819. Le souhait formé par Aroundhati a été accompli par le magnanime (Çiva). Et moi, ô bénie, par l’effet de son pouvoir et de ton énergie j’accorderai un don plus excellent encore : « Celui qui, selon les règles, ayant bien appliqué son esprit (à la méditation), habitera pendant une nuit dans ce tîrtha

2820. Et s’y baignera, obtiendra, après avoir abandonné son corps, les mondes (supérieurs), dont l’obtention est très difficile. » L’adorable dieu qui a mille yeux ayant ainsi parlé

2821. À Çroutavatî, alors purifiée, retourna au Tridiva. Quand le porteur de la foudre fut parti, il tomba en ce lieu, ô roi, une pluie

2822. (De fleurs) parfumées, salutaires, divines, et les très retentissantes trompettes des dieux y résonnèrent, ô le plus grand des Bharatides.

2823, 2824. Il s’éleva un vent propice, au parfum pur, ô maître des hommes. La belle abandonna son corps et devint l’épouse de ce (dieu). Ayant obtenu cet (époux divin) par un ascétisme terrible, elle fut heureuse avec lui, ô inébranlable.

2825. Janamejaya dit : Ô adorable, quelle fut la mère de cette (Çroutavatî), et où la brillante passa-t-elle sa jeunesse ? Je désire l’apprendre, ô prêtre, car ma curiosité est extrême .

2826. Vaiçampâyana dit : La liqueur séminale du magnanime viprarshi Bharadvâja fut éjaculée à la vue de l’Apsaras Ghritâcî, aux grands yeux, qui passait.

2827. Mais lui, le meilleur des diseurs de prières, reçut ce liquide dans sa main. Il fut déposé dans un cornet de feuilles. C’est là que (Çroutavatî) prît naissance.

2828. L’ascète fît, pour elle, le cérémonial de la nativité et tout ce qui s’en suit. Le grand mouni Bharadvâja lui donna le nom de

2829. Çroutavatî dans l’assemblée des dieux et des rishis. Et l’ayant déposée dans son ermitage, cet homme attaché à ses devoirs alla dans les bois de l’Himalaya.

2830. Alors (Balarâma), le meilleur de ceux de Vrihsni, doué de beaucoup de grandeur d’âme, ayant son esprit bien appliqué (à la méditation), se baigna là, aussi, et après avoir fait de riches dons aux brahmanes, alla au tîrtha de Çakra.






CHAPITRE L


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Bala va à Indratîrtha, à Râmatîrtha, à Yamounâtîrtha et à Âdityatîrtha. Légendes de ces tîrthas.


2831. Vaiçampâyana dit : Alors Bala, le plus excellent des descendants d’Yadou, étant allé à Indratîrtha et s’y étant baigné selon les règles, donna aux prêtres des richesses et des joyaux.

2832. En ce lieu, le roi des immortels, le maître des dieux, offrit (jadis) des centaines de sacrifices et donna de grandes richesses à Brihaspati.

2833. Il accomplit ces sacrifices selon les règles. C’est de là qu’on l’a nommé Çatakratou (aux cent sacrifices), et de son nom, ce tîrtha pur, salutaire, éternel 27

2834. Est appelle Indratîrtha (tîrtha d’Indra). Il délivre de tous les maux. Moushalâyoudha (Bala, qui a pour arme un pilon), y ayant aussi touché l’eau selon les règles,

2835. Et ayant honoré les brahmanes, (en leur donnant) de bons vêtements et de bons aliments, se dirigea, de là, vers l’excellent Râmatîrtha (tîrtha de Râma),

2836. Où l’heureux Râma, descendant de Bhrigou, doué d’un grand ascétisme, après avoir à plusieurs reprises conquis la terre et tué les plus héroïques des kshatriyas.

2837. Offrit un vàjimedha et des centaines d’açvamedhas, dirigé (dans ces sacrifices) par son instituteur Kaçyapa, le plus grand des mounis 28

2838. (A qui) il donna, comme salaire des sacrifices, la terre avec les mers ; après lui avoir aussi offert des présents de diverses sortes, avec différents joyaux,

2839-2841. Des bœufs, des éléphants, des captives, des chèvres et des moutons, il se retira dans les bois. (Baladeva) lui aussi, ayant honoré les mounis dans cet excellent et salutaire tîrtha, fréquenté par les dieux et les brahmarshis, alla à Yamounâtirtha (le tirtha d’Yamounà), où, après avoir vaincu les hommes ainsi que les divinités, l’heureux Varouna, le très éclatant fils d’Aditi, fit célébrer le rajâsouya (cérémonie religieuse du sacre), ô roi.

2842. Varouna, tueur des héros ennemis, (y) accomplit un sacrifice excellent. Pendant que cet excellent sacrifice avait lieu, il se produisit un combat

2843. Effrayant les trois mondes, entre les dieux et les dânavas. Quand le rajâsouya, le meilleur des sacrifices, fut terminé, ô Janamejaya,

2844. 2845. Un combat très grand et terrible eut lieu entre les kshatriyas. — Là aussi, le roi Lângalin, qui accomplit les désirs (des solliciteurs), ayant comblé de respect les rishis et fait des dons aux pauvres, (ce prince), qui porte des guirlandes de fleurs des bois, loué par les maharshis,

2846. L’homme aux yeux de lotus, alla de là à Âdityatîrtha (le tirtha du soleil), où l’astre adorable, père des lumières, le plus grand des rois, ayant offert un sacrifice,

2847. Obtint le pouvoir et la souveraineté sur les étoiles ; sur la rive de cette rivière, tous les dieux avec Vâsava,

2848. Les Viçvedevas, les Marouts, les Gandharvas, les Apsaras ainsi que Çouka (Vyâsa) Dvaipâyana (insulaire), et Krishna, meurtrier de Madhou,

2849. Les Yakshas, les Rakshasas, les Piçâcas, ô maître des hommes, et les autres (êtres) très nombreux appelés Yogasiddhas, par milliers,

2850, 2851. Vishnou (lui-même), après qu’il eut tué les deux asouras Madhou et Kaitabha, s’étant baignés dans cet excellent tîrtha de la Sarasvatî, ainsi que ce vertueux Dvaipàyana, ô Bharatide,

2852, 2853. Ayant obtenu le yoga suprême (union de l’âme individuelle à l’âme de l’univers), ont atteint le but final. De même, le grand ascète Dévala Asita, s’étant appliqué au yoga suprême, ce rishi, après s’être baigné dans ce même tîrtha, obtint le résultat (qu’il désirait).





CHAPITRE LI


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Légende de Dévala Asita. Jaighishavya vient habiter chez lui sans lui adresser la parole. Étonnement de Dévala. Il va se baigner dans la mer et trouve son hôte qui l’avait précédé. Il rentre chez lui et trouve encore son hôte. Réflexions de Dévala. Il traverse les airs et voit Jaighishavya dans les divers mondes. Les Siddhas lui disent que ce mouni, qu’il a perdu de vue, est au séjour de Brahma, où, lui, ne saurait parvenir. Rentré chez lui il retrouve son hôte et le prie de lui enseigner la voie de la délivrance finale. Ses hésitations. Sa décision définitive. Louanges données par les dieux à Jaighishavya. Bala se baigne dans ce tîrtha puis se dirige vers celui de Soma.


2854. Vaiçampâyana dit : Dans ce tîrtha même, Dévala Asita, l’ascète à l’âme vertueuse, s’astreignant aux devoirs de maître de maison, demeura jadis.

2855. Pur, (ayant ses sens) domptés, paisible, doué d’un grand ascétisme, ayant constamment ses devoirs devant les yeux, agissant, parlant et pensant de la même manière à l’égard de toutes les créatures,

2856. Ne s’abandonnant pas à la colère, ô grand roi, indifférent au blâme et à la louange, ne faisant pas attention (à ce qui pouvait lui être) agréable ou désagréable, regardant tout d’un œil égal, comme Yama,

2857. Doué d’un grand ascétisme, ayant la même considération pour (les objets) d’or et pour ceux d’argile, il honorait continuellement les dieux, les hôtes et les brahmanes.

2858,2859. (Il était) constamment adonné à la science divine et avait toujours le devoir pour but principal. (homme) heureux, un mendiant adonné au yoga, le mouni Jaighishavya, au grand éclat, ayant fixé ses vues sur ce tîrtha, s’en approcha et vint habiter dans l’ermitage de Devala.

2860, 2861. Ô grand roi, ce grand ascète, continuellement appliqué au yoga, obtint l’accomplissement (de ses vœux ascétiques). Dévala considérait ce grand mouni Jaighishavya qui habitait là, (chez lui), et ne le congédiait pas, (par respect pour) les devoirs (de l’hospitalité). Ils passèrent ainsi un long temps tous les deux, ô grand roi.

2862. Puis, (un jour). Dévala ne vit plus Jaighishavya. Au moment du repas, ô Janamejaya, ce grand ascète errant,

2863. Connaisseur des devoirs, s’approcha (de nouveau) de Dévala, pour mendier. En voyant le grand mouni revenu sous la forme d’un mendiant,

2864-2866. Dévala, uniquement préoccupé (d’observer) la règle enseignée par les rishis, lui témoigna, pendant de nombreuses années, un grand respect et une grande affabilité et le traita le mieux qu’il put. Parfois, ô roi, un grand souci se produisait dans l’esprit du magnanime Dévala, à la vue du grand et resplendissant mouni. J’ai passé, (pensait-il), de nombreuses années à l’honorer,

2867, 2868. Et ce mendiant ne se fatigue pas de ne pas m’adresser la parole. En réfléchissant ainsi, le sage Dévala se dirigea, à travers les airs, vers l’océan. En allant vers la mer, maîtresse des rivières, cet homme vertueux

2869. Vit Jaighishavya qui l’avait précédé. Et alors cet homme à l'immense éclat, pensa avec étonnement :

2870. « Comment ce mendiant est-il venu à la mer et s’y est-il baigné ? » Ainsi réfléchit le grand rishi Asita.

2871. Après avoir fait ses ablutions selon la règle, avoir récité les mantras à voix basse et fait la prière du jour, l’heureux (Devala) retourna chez lui,

2872. Ayant pris sa cruche pleine d’eau. Au moment où il rentrait dans son ermitage, le mouni

2873-2875. Vit Jaighishavya qui y était revenu. Jaighishavya ne lui adressa pas la parole, (mais) se tint dans l’ermitage, immobile comme un morceau de bois. Et après avoir vu cet (homme), pareil à l’océan, (par la profondeur de ses austérités) plongé dans la mer, il le vit encore revenu le premier à l’ermitage ; ô roi, le sage Asita Devala,

2876. Cet excellent mouni, à la vue de la force de l’ascétisme de Jaighishavya, (force) provenant du yoga, réfléchit :

2877, 2878. « Comment ai-je pu le revoir, (presqu’en même temps), dans mon ermitage ? » Le mouni Devala, qui avait atteint la limite extrême (de la connaissance) des mantras (textes sacrés), désira vivement connaitre (qui était) le mendiant Jaighishavya. Il s’envola (à travers les airs), hors de son ermitage, ô maître des hommes.

2879. Il vit tous les habitants de l’air réunis et Jaighishavya honoré par ces Siddhas (êtres parfaits, saints).

2880. Alors ce Devala Asita, aux vœux fermes, aperçut avec un grand étonnement Jaighishavya qui allait plus loin.

2881. Il le vit, parcourant, hors de ce monde, celui des pitris (pères, dieux mânes), et allant en dehors du monde des pitris à celui d’Yama.

2882. Il vit le grand mouni Jaighishavya, qui s’était envolé de ce (monde d’Yama), vers celui de Soma

2883. Et qui allait vers les mondes purs de ceux qui font des sacrifices dans les lieux écartés. Puis il s’envola vers le monde de ceux qui offrent des Agnihotras (sacrifices au feu).

2884. Il y a des ascètes qui sacrifient le jour de la nouvelle lune (darça) et le jour de la pleine lune (paurnamâsa). Ce sage le vit hors de ces mondes de ceux qui sacrifient des bestiaux.

2885. Il le vit parcourant le monde sans souillure, honoré par les dieux. Il y a des ascètes qui offrent des sacrifices Catourmâsyas (de quatre mois) de diverses sortes.

2886. Il le vit aller à leur région et à celle de ceux qui offrent le sacrifice Agnishthoma (sorte de sacrifice). Il y a des ascètes qui offrent l’Agnishthoubha (sorte de sacrifice).

2887. 2888. Devala vit qu’il avait atteint leur séjour. On dit qu’un excellent sacrifice est le Vâjapeya (offrande de Soma en l’honneur du roi), ainsi que le Bahousouvarnaka (dont l’oblation consiste en beaucoup d’or). Le grand sage le vit dans le monde (de ceux qui offrent ces sacrifices). Il y a ceux qui offrent le Râjasoûya et le Poundarîka (sorte de sacrifice).

2889, 2890. Devala vit Jaighishavya dans leur monde. Les plus grands des hommes offrent l’Açvamedha (sacrifice d’un cheval), qui est un sacrifice d’élite et le Naramedha (sacrifice humain). Il le vit dans leur monde. Il y en a qui offrent le difficile Sarvamedha (offrande de Soma tous les dix jours) et le Sautramani (sacrifice à Indra)

2891. Devala vit Jaighishavya dans leur monde. Il y a ceux, ô roi, qui offrent les sacrifices Dvâdaçâhas (de douze jours),

2892, 2893. Devala vit Jaighishavya dans leur monde. Asita le vit atteindre les mondes de ceux qui appartiennent à Mitra et à Varouna, et des fils d’Aditi, et y habiter, ainsi que les mondes des Roudras, des Vasous et le séjour de Brihaspati.

2894, 2895. Alors Asita considérait toutes les demeures parcourues (par cet ascète). Il était monté vers le Goloka (monde des vaches). Puis il vit le brahmane Jaighishavya qui, abandonnant les mondes inférieurs, s’élevait, par son énergie, vers le séjour de ceux qui sacrifient à Brahma.

2896-2898. Il le vit parcourant le monde des femmes fidèles à leurs époux. Ensuite Asita ne vit plus en aucun monde, Jaighishavya, le meilleur des mounis. (Il avait) disparu. Cet heureux Devala réfléchit à la puissance, à la perfection des vœux et à l’accomplissement du yoga, de Jaighishavya. Ensuite il interrogea les Siddhas les plus grands dans les différents mondes.

2899. Ferme (dans ses vœux), ayant fait l’añjali, il demanda avec soumission à ces sacrificateurs de Brahma : « Je n’aperçois plus Jaighishavya. Indiquez-moi (ce qu’est devenu) cet homme à la grande force .

2900. Je désire l’apprendre, car ma curiosité est extrême. » — « Ô Devala aux vœux fermes, (répondirent-ils), apprends le vérité, de (notre bouche à) nous qui glorifions (cet homme).

2901. Certes, ce Jaighishavya est allé au monde éternel de Brahma. »

2902. Vaiçampâyana dit : Devala Asita, ayant entendu cette parole des Siddhas sacrificateurs de Brahma, s’envola avec rapidité (vers le ciel, mais) retomba.

2903, 2904. Alors les Siddhas lui dirent : « Ô Dévala, il n’y a pas de voie pour toi, ô ascète, qui conduise à ce séjour de Brahma, que Jaighishavya a atteint, ô brahmane. »

2905. Vaiçampâyana dit : Après avoir entendu cette nouvelle parole des Siddhas, Dévala descendit à travers tous ces mondes, en suivant l’ordre régulier.

2906. Il arriva à son ermitage salutaire, (en volant) comme un oiseau, et, au moment où il y entrait, il y vit Jaighishavya.

2907. A la vue de la puissance que le yoga donnait à l’ascétisme de Jaighishavya, Dévala réfléchit avec intelligence et sagesse.

2908. Incliné avec modestie, il s’approcha du grand mouni, ô roi, et dit au magnanime Jaighishavya :

2909. « Ô adorable, je désire accomplir les devoirs (qui conduisent à) la délivrance finale. » Celui-ci, ayant entendu sa requête lui enseigna (ce qu’il désirait savoir).

2910. La règle suprême du yoga (méditation qui unit l’âme individuelle à l’âme de l'univers), et (celle qui enseigne), selon les préceptes, ce qui doit être fait et ce qui ne doit pas être fait. Puis (cet homme) au grand ascétisme, voyant qu’il avait soumis son intelligence au renoncement (aux objets des sens),

2911, 2912. Fit toutes les œuvres indiquées par les préceptes (pour arriver) à ce (résultat). Alors les Êtres, avec les pitris (pères), voyant qu’il avait appliqué son esprit au renoncement, pleurèrent (en disant) : « Qui nous distribuera la nourriture ? » Or Dévala, ayant entendu cette triste parole des Êtres

2913. Qui se plaignaient dans les dix directions de l’espace, songea à [’renoncer à la délivrance finale. Mais alors, ô Bharatide, les fruits, les racines et les herbes pour les sacrifices,

2914. Les fleurs et les plantes, poussèrent par milliers de grands cris (en disant) : « Assurément le vil et méchant Devala nous coupera encore,

2915. Il ne s’aperçoit pas qu’il avait délivré tous les Êtres de la crainte. » Alors le plus grand des mounis réfléchit de nouveau :

2916. « Que vaut-il donc mieux que je pratique, (de la préparation à) la délivrance finale, ou des devoirs de maître de maison ? » Ô le plus grand des rois, Devala ayant pris sa résolution,

2917. Abandonna les devoirs de maître de maison, leur préférant ceux (qui conduisent à) la délivrance finale. Devala ayant adopté ce parti,

2918. Atteignit le résultat suprême (qu’il se proposait), et obtint un yoga très grand. Alors tous les dieux, conduits par Brishapati, s’étant assemblés,

2919. Les ascètes glorifièrent Jaighishavya et ses austérités. Mais Gâlava, le plus grand des rishis, parla ainsi aux dieux :

2920. « Il n’y a pas (assez) d’ascétisme chez Jaighishavya, pour remplir d’étonnement, (même) une femme. » Les dieux répondirent à ce sage qui parlait ainsi :

2921, 2922. « Ne (parle) pas de cette manière. » Ainsi (dirent) les dieux en louant le grand mouni Jaighishavya. « Rien n’est supérieur, (ni même) égal, au resplendissant éclat de l’ascétisme et du yoga de ce magnanime. Telle est la puissance du vertueux Jaighishavya ainsi que d’Asita. »

2923. Et ce (lieu), le meilleur des séjours, est le tîrtha de ces deux magnanimes.

2924. S’étant baigné aussi en cet endroit, y ayant fait des cadeaux aux brahmanes et obtenu de (grands) mérites, la magnanime Bala, qui porte une charrue et dont les œuvres sont vertueuses, alla au grand et bon tîrtha de Soma.






CHAPITRE LII


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Bala se baigne dans ce tîrtha. Il va au tîrtha du mouni Sârasvata. Légende de Dadhîka, père de Sârasvata, et naissance de ce dernier. La Sarasvati, sa mère l’apporte à Dadhîka, qui l’en remercie et lui en marque sa reconnaissance. Dadhika donne à Indra ses os, pour en faire des armes divines avec lesquelles il tuera les ennemis des dieux. Il arrive une grande sécheresse pendant laquelle la Sarasvatî nourrit son fils qui continue à réciter les Védas. Soixante mille rishis qui, pendant que la faim les forçait à pourvoir à leur nourriture, ont oublié les Védas, se font ses disciples pour qu’il les leur enseigne de nouveau. Bala fait ses dévotions au tîrtha de Sârasvata et va à celui de la vieille fille.


2925. Vaiçampâyana dit : Bharatide, il y eut un grand combat à cause de Târakâ (épouse de Vrihaspati, enlevée par Soma), dans ce tîrtha où le maître des étoiles avait offert le sacrifice râjasoûya.

2926. Après s’y être baigné et y avoir fait des largesses, le vertueux Bala, qui avait dompté ses sens, alla au tîrtha du mouni Sàrasvata.

2927. En ce lieu, pendant une sécheresse de douze ans, le mouni Sàrasvata enseigna les Védas aux plus grands des brahmanes.

2928. Janamejaya dit : ascète, comment le mouni Sârasvata enseigna-t-il (les Védas) aux (autres) mounis, pendant une sécheresse de douze ans ?

2929. Vaiçampâyana dit : Ô grand roi, il y avait jadis un sage mouni, au grand ascétisme, pratiquant la science sacrée, ayant vaincu ses sens, appelé Dadhîka,

2930. Son ascétisme extrême faisait continuellement trembler le roi (des dieux), Çakra. Les fruits (quels qu’ils fussent), ne pouvaient l’allécher, (et lui faire violer ses vœux).

2931. Pâkaçâsana (Indra) envoya, pour le séduire, la bonne, charmante et divine apsaras Alambo.ushâ.

2932. Ô grand roi, pendant que ce magnanime rassasiait les dieux (par ses sacrifices), sur (les rives de) la Sarasvatî, cette belle s’approcha de lui .

2933. À la vue de cette (apsaras) à la beauté divine, le sperme du rishi à l’esprit purifié sauta dans la Sarasvatî qui, alors, s’enfonçant(dans son lit), le reçut

2934. Et eut l’imprudence de le mettre dans son ventre, ô le meilleur des hommes, et cette grande rivière porta ce fœtus, destiné à lui donner un fils.

2935. Quand le temps fut venu, cette excellente rivière enfanta un fils, et, ô roi, ayant pris l’enfant, elle alla (trouver) le rishi.

2936. Cette rivière, ayant vu le rishi, le plus grand des mounis, dans l’assemblée (de ses confrères), ô Indra des rois, lui dit, en lui donnant (son) fils :

2937. « Ô brahmarshi, voici ton enfant que j’ai porté pour l’amour de toi, après avoir vu ton sperme éjaculé devant l’apsaras Alamboushâ.

2938. Certes, ô brahmarshi, par égard pour toi, je l’ai porté dans mon sein, ne voulant pas que cette (semence) qui est ton énergie (vitale), fût perdue.

2939, 2940. Reçois le fils sans défaut, que je te donne. » Quand elle eut ainsi parlé, le plus grand des brahmanes en fut extrêmement content. Flairant avec affection la tête de son fils, après l’avoir longtemps embrassé, ô le plus grand des Bharatides,

2941. Le grand mouni, satisfait, accorda un don à la Sarasvati : « Les Viçvedevas, (dit-il), les Pitris, les Gândharvas et les troupes des Apsaras,

2942, 2943. Se rassasieront avec plaisir (des oblations) de tes eaux. » Ecoute, ô prince, en quels termes, après avoir ainsi parlé, content et l’âme satisfaite, il loua (encore) la grande rivière : « Tu coulas jadis de l’étang de Brahma, ô heureuse.

2944. Ô la meilleure des rivières, les mounis aux vœux parfaits, te connaissent (bien). Ô toujours belle, tu as fait une chose qui m’est agréable.

5945. C’est pourquoi ton fils Sârasvata sera grand. (Capable de) créer le monde, il prendra son nom de toi.

2946-2948. Il aura un grand ascétisme et sera appelé Sârasvata. Pendant une sécheresse de douze années, il enseignera les Védas aux plus excellents des brahmanes. Et toi, ô belle et heureuse Sarasvati, par ma faveur, tu seras toujours la meilleure des rivières salutaires. » Cette grande rivière, ainsi louée par lui, après en avoir obtenu un don,

2949. Prit son enfant et s’en alla, ô excellent Bharatide. Dans ce même temps, (à l’occasion de) la guerre entre les dieux et les dânavas,

2950. Çakra parcourut les trois mondes pour chercher des armes (convenables à ses desseins), et alors l’adorable Çakra ne trouva pas les armes (qu’il désirait),

2951, 2952. Et qui eussent été propres à tuer les ennemis des dieux. Et Çakra dit aux divinités : « Les grands asouras ennemis du Tridaça ne peuvent pas être tués par moi, si je n’ai pas les os de Dadhika. Implorez donc le meilleur des rishis, ô les plus grands des dieux, (en lui disant) :

2953. « Ô Dadhîka, donne (nous) tes os. Avec eux nous tuerons (nos) ennemis. » Et alors le plus grand des rishis à qui ils demandaient ses os avec insistance,

2954. Fit sans hésiter le sacrifice de sa vie, ô le plus grand des Kourouides. Ce (mouni), ayant fait ce qui était agréable aux dieux, obtint les mondes impérissables.

2955. Et alors Çakra, l’esprit joyeux, fit faire avec ses os, diverses armes divines,

2956-2958. Des foudres, des disques, des massues, des bâtons lourds et excellents. Car ce créateur des mondes (Dadhika), avait été engendré par le suprême rishi Bhrigou, fils de Prajâpati. Il (était) énergique, (avait) un grand corps, (il avait), dans les sacrifices, été établi (comme la substance du monde. (Ce) maître, renommé par sa taille élevée, était grand comme une montagne et Pâkasâna trembla toujours devant son énergie.

2959. Ô Bharatide, l’adorable (Indra) lança bruyamment cette foudre accompagnée de mantras (incantations), et qui possédait l’énergie de Brahma.

2960. Il tua quatre-vingt-dix-neuf 29 des héros des daityas et des dânavas. Quand un temps effrayant par sa longueur se fut écoulé,

2961. Une sécheresse de douze années, ô roi, arriva. Pendant cette sécheresse de douze années, les grands rishis

2962. Souffrant de la faim, couraient dans toutes les directions pour trouver des vivres. Le mouni Sârasvata, les voyant courir (ainsi) vers les divers points cardinaux,

2963, 2964. Ô Bharatide, songea à aller (avec eux). La Sarasvatî lui dit : « Ô mon fils, il ne faut pas t’en aller d’ici. Je te donnerai toujours de la nourriture, (et te fournirai) les meilleurs poissons. Reste ici. » Après avoir entendu cette promesse, (il resta et continua à) rassasier (par les sacrifices) les pitris et les divinités.

2965. Il (y) trouva constamment de la nourriture et conserva sa vie et les védas. La sécheresse étant passée, les grand rishis

2966. Se demandèrent les uns aux autres de réciter les védas. Les védas s’étaient effacés de leur esprit pendant, qu’en proie à la faim, ils couraient à la recherche de secours (à leurs misères).

2967. Aucun d’eux tous ne se les rappelait, ô Indra des rois. Mais un d’eux s’étant approché de Sârasvata,

2968. Le plus grand des rishis, à l’esprit cultivé, pendant qu’il récitait les védas, alla (vers les autres mounis) et leur parla de Sàrasvata au grand éclat,

2969. Semblable aux immortels, et qui récitait les védas dans le bois solitaire. Alors tous les grands rishis vinrent en cet endroit, ô roi.

2970. S’étant réunis, ils dirent à Sàrasvata : « Enseigne-nous (les textes sacrés). » Le mouni leur dit alors :

2971. « Devenez mes disciples selon la règle. » La troupe des mounis lui répondit : « Ô mon fils, tu es un enfant. »

2972. Il leur répliqua : « Il ne faut pas que mes mérites périssent. Celui qui enseigne sans (avoir de) mérites et celui qui, (également) sans vertu, recueille (les paroles d’un tel maître).

2973. (Sont) deux (hommes) dont il faut se garer, car ils deviendraient facilement (des) ennemis. Ce n’est ni par les années, ni par les cheveux gris, ni par les richesses, ni par leurs parents,

2974, 2975. Que les rishis acquièrent leurs mérites. Celui qui est instruit est grand parmi nous. » Ayant entendu cette parole à eux adressée, ces mounis apprirent de lui les védas, en observant les règles, et pratiquèrent de nouveau la loi. Soixante mille mounis devinrent (ainsi) les disciples

2976, 2977. Du viprarshi Sârasvata, pour apprendre les védas. Chacun d’eux tous, placés sous les ordres de ce viprarshi, (quoiqu’il ne fût qu’un) enfant, lui offrait une poignée d’herbe kouça pour lui servir de siège.

2978. Le très fort fils de Rohinî, frère aîné de Keçava, ayant distribué des richesses en ce lieu même, alla avec joie, et en suivant l’ordre régulier, à un grand tîrtha (rendu) célèbre (parce qu’il avait jadis été la demeure d’une vieille fille).





CHAPITRE LIII


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Ascétisme de la fille de Garga le manchot. Elle reste fille. Elle veut mourir et aller au Svarga, mais Nârada lui dit qu’elle ne le peut pas, n’ayant pas été mariée. Elle offre la moitié de ses mérites à celui qui voudra l’épouser. Prâkçringavant accepte à condition de ne passer qu’une nuit avec elle. Elle l’épouse et meurt. Son mari la regrette et trépasse à son tour. Halâyoudha apprend le désastre des Kourouides.


2979. Janamejaya dit : Ô adorable, comment, jadis exista-t-il une fille ascète ? Pourquoi pratiqua-t-elle l’ascétisme, et en quoi consistèrent ses austérités ?

2980. J’ai (commencé) d’entendre de toi (le récit de) ses austérités que rien ne saurait dépasser. Raconte-moi tout ce qu’il en est, et comment elle a pratiqué l’ascétisme.

2981, 2982, Vaiçampâyana dit : Il y avait, ô roi, un rishi très glorieux, au grand ascétime, appelé Garga le manchot. Après avoir pratiqué de grandes austérités, ce maître engendra, par la pensée (seule), une fille aux beaux sourcils. Le très glorieux mouni Garga le manchot, l’ayant vue, (en fut) très satisfait,

2983. (Et) alla au Tridiva en laissant son corps ici-bas, ô roi. Cette charmante femme aux beaux sourcils, aux yeux semblables à des fleurs de lotus,

2984. Irréprochable, étant entrée dans la vie ascétique par de grandes et terribles austérités, honorait jadis les pitris et les dieux par le jeûne.

2985. Or, ô roi, elle passa un long temps dans un ascétisme rigoureux. Cette femme irréprochable, quoique accordée par son père, ne voulait pas se marier.

2986. Elle ne voyait pas, (dans le monde entier), un mari digne d’elle. Ayant fatigué son corps par de terribles austérités,

2987. Elle se plut à adorer les pitris et les dieux, dans le bois solitaire. Se considérant comme ayant atteint son but, fatiguée,

2988. Affaiblie par la vieillesse et par l’ascétisme au point de ne pouvoir mettre un pied devant l’autre,

2989. Elle songea à passer dans l’autre monde. Mais Nârada, la voyant désirer la délivrance (finale), lui dit :

2990. « Ô femme sans péché, comment les mondes supérieurs t’échoiraient-ils, à toi, qui (es restée) fille et ne t’es pas mariée ? Voilà ce que nous avons entendu dire dans le monde des dieux, ô femme aux grands vœux.

2991. Tu as pratiqué un grand ascétisme, mais tu n’as pas conquis les mondes (supérieurs). » Après avoir entendu cette parole de Nârada, elle dit dans l’assemblée des rishis :

2992. 2993. « J’offre la moitié de mon ascétisme à un époux (qui voudra me donner la main), ô excellents. » Quand elle eut ainsi parlé, le rishi Prâkçringavant, fils de Gâlava, lui prit la main et lui fit cette proposition : « Ô pure, je consentirai à toucher aujourd’hui ta main,

2994. Si je dois passer avec toi une seule nuit. » - « Soit », répondit-elle, après avoir entendu (ce qu’il lui avait dit), puis elle lui donna la main.

2995. Et après avoir sacrifié au feu selon les régies prescrites, le fils de Gâlava fit le pâuigraha (cérémonie de lui prendre la main en signe de mariage), et l’épousa.

2996. Ô roi, celle-ci, pendant la nuit, lui prodigua sa tendresse et prit la forme d’une belle femme parée d’ornements et de vêtements divins, d’onguents et de parfums célestes.

2997. Le fils de Gâlava fut heureux en la voyant brillante de beauté. Il passa une seule nuit (avec elle). Au point du jour elle lui dit :

2998. « Ô brahmane, le meilleur de ceux qui pratiquent l’ascétisme, selon la convention que tu avais faite (avec moi), j’ai passé une heureuse nuit avec toi. Que le bonheur t’accompagne, moi, je m’en vais. »

2999, 8000. En partant elle dit encore : « Celui qui, ayant rassasié les dieux (par ses sacrifices) et fixé son esprit sur cet objet, demeurera dans ce tîrtha une seule nuit, obtiendra les mérites de celui qui, pendant cinquante-huit ans, aura pratiqué la chasteté. »

3001. Après avoir ainsi parlé, l’heureuse (femme) abandonna son corps ici-bas et monta au ciel. De son côté, le rishi était triste, en se rappelant sa beauté.

3002. Il eut du regret à accepter, selon la convention (qu’il avait faite avec elle), la moitié (des mérites de ses) austérités. Puis, s’étant préparé lui-même pour le ciel, il suivit la voie qu’elle (lui avait tracée, et mourut),

3003. Fort triste (en se rappelant) la beauté de cette (femme). Ô excellent Bharatide, je t’ai raconté les grandes actions de la vieille fille,

3004. Ainsi que sa chasteté et son heureux départ pour le Svarga.

Pendant qu’Halâyoudha était là, il entendit dire que Çalya était tué.

3005. Le tourmenteur des ennemis ayant, là aussi, fait des dons aux brahmanes, apprit que Çalya avait été tué dans la bataille, par les fils de Pândou.

3006. Le Madhavide, étant alors sorti de Samantapancaka, demanda à la troupe des rishis quel avait été le fruit de Kouroukshetra (quel était le résultat de la bataille qui s’y était livrée).

3007. Ô puissant, ces magnanimes, interrogés à ce sujet par le lion de Yadou, lui racontèrent tout ce qu’il en était.






CHAPITRE LIV


VOYAGE DE BALADEVA AUX TÎRTHAS


Argument : Étymologie du nom de Kouroukshetra. Bénédictions accordées à ce lieu par Indra et les autres dieux. Chant d’Indra sur Kouroukshetra.


3008. Les rishis dirent : Râma, Samantapañcaka est appelé l’autel éternel de Prajâpati, au septentrion. Jadis les habitants du ciel, qui (nous) comblent de dons, y offrirent un excellent sacrifice.

3009. Jadis, ce (lieu) fut, pendant de nombreuses années, labouré avec une énergie démesurée, par le sage et magnanime Kourou, le meilleur des râjarshis, ce qui a fait donner à cet endroit le nom de Kouroukshetra (champ de Kourou).

3010. Râma dit : Pourquoi le magnanime Kourou laboura-t-il ce champ, ô ascètes ? Je désire l’entendre raconter (par vous).

3011. Les rishis dirent : Jadis, ô Râma, Çâkra (descendit) du Tridiva, et, s’étant approché de Kourou, qui était continuellement occupé à labourer (ce lieu), lui demanda les motifs (qui l’engageaient à se donner cette peine).

3012. Indra dit : « Ô roi, pourquoi ces fatigues extrêmes ? Ô râjarshi, quel est ton but en labourant cette terre ? »

3013. Kourou dit : « Ô Çatakratou, les hommes qui mourront ici, iront aux mondes heureux (destinés à ceux qui sont) exempts de péché. »

3014. Alors Çakra retourna au Tridiva en se moquant de lui. Le râjarshi, sans se dégoûter (de son travail), continua à labourer la terre.

3015. Çatakratou (Indra aux cent sacrifices) revint plusieurs fois vers lui. Il interrogea cet (homme) qui ne se lassait pas (de sa tâche), et s’en alla en se moquant de lui (à chaque fois).

3016. Mais comme le roi (continuait de) labourer la terre, (en se donnant) une peine terrible, Çakra (Indra) dit aux dieux ce que le râjarshi voulait faire.

3017. Après avoir entendu ce récit, les dieux dirent à (Indra) qui a mille yeux : « Ô Çakra, il faut, si c’est possible, contenter le râjarshi par un don.

3018. Car si les hommes morts en ce lieu vont au svarga, sans (avoir eu besoin de) nous offrir des sacrifices, les parts (des offrandes auxquelles nous sommes habitués), nous feront défaut. »

3019. Alors Çakra vint vers le râjarshi et lui dit : « Assez de fatigues. Fais ce que je t’ordonne.

3020. Ceux qui, après avoir jeûné sans se lasser, abandonneront leur corps (ici), ceux qui (y) mourront en combattant, de même que les quadrupèdes,

3021. Ceux-là, ô Indra des rois, posséderont le svarga, ô homme aux grandes pensées. » — « Qu’il en soit ainsi », répondit alors le roi Kourou à Çakra.

3022. Puis, ayant pris congé de lui, (Indra) destructeur de Bala, l’esprit satisfait, se hâta de retourner au Tridiva.

3023. Et c’est ainsi que, ô le meilleur des descendants d’Yadou, que ce (champ) a été labouré par le râjarshi, et (qu’un don) a été accordé par Çakra et par les dieux, Brahma en tête,

3024. D’après lequel il n’y a pas sur la terre un lieu plus salutaire. Les hommes, quels qu’ils soient, qui y pratiqueront un ascétisme suprême,

3025. Iront tous au séjour de Brahma, après avoir abandonné leurs corps ici-bas. En outre, ceux qui, possédant des mérites (ascétiques), y feront des libéralités,

3026. Ces (libéralités) seront rapidement multipliées (en leur faveur, et il leur sera rendu) mille pour un. Les enfants de Manou, désirant le bonheur (d’une vie future), qui habiteront constamment ici,

3027. N’iront jamais dans le royaume d’Yama. Et les (rois) maîtres des hommes, qui (y) offriront de grands sacrifices,

3028. Habiteront le monde d’Indra, aussi longtemps que la terre supportera (les êtres vivants). C’est là aussi que Çakra, roi des dieux, chanta (ce qui suit),

3029. Au sujet du Kouroukshatra. Ô Halâyoudha, écoute ce (chant) : « La seule poussière que le vent élève du Kouroukshetra,

3030. Conduit les coupables, eux-mêmes, au séjour suprême.

3031. Les chefs des dieux, les plus excellents des brahmanes, les premiers des rois, Nriga en tête, (y) ayant offert de très grands sacrifices, ô lion des hommes, sont allés au séjour de bonheur.

3032. Ce qui se trouve entre Tarantouka et Arantouka, les étangs de Ràma et Maçakraka, est appelé Kouroukshetrasamantapuñcaka(Samantapañcaka dans le Kouroukshetra). C’est l’autel septentrional de Prajâpati.

3033. (Ce lieu est) pur, très salutaire, très honoré des habitants du ciel, doué de toutes les qualités, et, de là, tous les rois tués dans les combats iront toujours vers le refuge propice et impérissable. »

3034. Ainsi parla Çakra lui-même, et tout cela fut approuvé par Brahma, Vishnou, Maheçvara (le grand maître, Çiva) et aussi par (tous les autres dieux) dont Brahma est le premier.




CHAPITRE LV


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Halâyoudha va à l'ermitage de la fille de Çândilya, à Plakshaprasravana, à Kârapavana, puis au tîrtha de Mitra et de Varouna. Arrivée du rishi Nârada qui raconte à Balarâma ce qui s'est passé entre les Kourouides et les Pândouides. Balârama congédie ses compagnons et se dirige vers le lieu où le combat à la massue doit avoir lieu, après avoir chanté les louanges de la Sarasvati.


3035. Vaiçampâyana dit : « Le Satvatide (Bala), ayant visité le Kouroukshetra, et (y) ayant fait des libéralités, alla, ô Janamejaya, vers un très grand et divin ermitage,

3036. Excellent, garni de Madhoukas (bassia latifolia), et d'Amra (arbre mango), rempli de Plakshas (ficus infectoria), et de Nyâgrodhas (ficus indica), de Giravilvat (pongamya glabra), de Panasas (artocarpus integri folia) et d'Arjounas (terminalia arjouna).

3037. Le meilleur des Yadouides, ayant vu cet (ermitage) de choix, marqué de signes salutaires, interrogea tous ces rishis (en leur demandant) à qui il avait appartenu.

3038. Tous ces magnanimes, ô roi, dirent à Halâyondha : « Ô Râma, apprends en détail, à qui jadis était (cet) ermitage.

3039. Ici, autrefois, le dieu Vîshnou pratiqua un ascétisme suprême. Ici il offrit, suivant les règles, tous les sacrifices éternels.

3040. D'ici même, une sainte brahmane, vouée dès son enfance à une chasteté perpétuelle, adonnée au yoga, ascète aux austérités parfaites, (est) allée au ciel.

3041. Bonne, chaste, ferme dans ses vœux, s'étant vaincue elle-même, (cette) belle était fille du magnanime Çândilya.

3042. Après avoir pratiqué un ascétisme rigoureux, difficile à accomplir pour le sexe féminin, (cette créature) heureuse, honorée des dieux et des brahmanes, est allée au Svarga. »

3043. Après avoir entendu ces paroles des rishis, et avoir salué (ces saints personnages, Bala), ô homme sans péché, alla à cet ermitage. (situé) sur le flanc de l'Himalaya.

3044, 3045. Après avoir accompli toutes les pratiques (religieuses) du crépuscule, il gravit la montagne. Le fort Bala Tâladhvaja, étant monté, pas très loin, dans la montagne, vit avec un étonnement extrême l'excellent et salutaire tîrtha Plakshaprasravana (la source de la Sarasvatî), et la puissance de cette rivière.

3046. Ayant atteint (l'autre) excellent et très distingué tîrtha Kârapavana, le très fort Halâyoudha, après avoir distribué des présents en ce lieu,

3047. Se baigna dans l'eau très froide, salutaire et sans souillure. (Cet homme) enragé au combat. (s’étant ainsi) purifié, (rassasia de ses offrandes) les pitris et les dieux.

3048. Après y avoir passé une nuit avec les brahmanes (adonnés à la vie) ascétique, (cet homme) sans péché alla au salutaire tîrtha de Mitra et de Varouna.

3049. De Kârapavana, il alla à cet endroit (situé) sur la Yamounâ où jadis Indra, Agni et Aryaman eurent la satisfaction (de voir des sacrifices leur être offerts).

3050, 3051. S’étant baigné dans ce (tîrtha), le vertueux Balarâma obtint une satisfaction extrême. Le très fort héros d'Yadou, fêtant assis en cet endroit avec les rishis et les siddhas, entendit, (de la bouche de ces saints personnages), des récits merveilleux, et pendant qu'ils s'y tenaient, l'adorable rishi Nârada

3052. Arriva en ce lieu, où se trouvait Râma. Ce grand ascète, couvert d'un vêtement doré, couronné de tresses de cheveux,

3053. Portant, ô roi, un bâton doré et une cruche d'ascète muni d'un luth indien kacchâpin (de tortue), au son agréable et charmant,

3054. (Cet homme) adroit dans la danse et dans le chant, honoré des dieux et des brahmanes, fauteur des querelles qu'il aima toujours (kalahapriya).

3055. Venait à l'endroit où le magnifique Râma se trouvait. Ayant salué cet homme ferme dans ses vœux et lui ayant convenablement rendu les hommages (qu'il lui devait),

3056. Ce (descendant d'Yadou) demanda au devarshi comment les choses s'étaient passées pour les Kourouides. Ô roi, Nârada qui connaissait tous les devoirs, lui raconte.

3057. Tout ce qui était arrivé, la ruine complète et sans réserve des Kourouides. Alors, le fils de Rohinî dit à Nârada d'une voix triste :

3058, 3050. Mais, dans quelle situation (sont) la caste des kshatriyas, (et) les rois qui se trouvaient là ? Ô ascète, tu m'as déjà raconte tout cela (sommairement), mais ma curiosité d'en entendre les détails, est extrême.

3060. Nârada lui dit : Bhîshma (a été tué d'ab0rd, ainsi que Drona et le roi du Sindhou ; le Vikartanien (fils du soleil) Karna est tué, et les grands guerriers ses fils aussi,

3061, 3062. Ô fils de Rohinî, (ainsi que) Bhoûriçravas et l'héroïque roi de Madra. Ceux-là et d'autres nombreux rois et fils de rois, doués de grandes forces, qui ne tournaient pas le dos dans les combats, (et qui s'étaient rassemblés) de toutes parts, et avaient fait le sacrifice de leurs chères vies, pour (assurer) la victoire du Kourouide, (ont été abattus).

3063. Mais, ô Madhavide, apprends de moi (le nom) de ceux qui n'ont pas été tués dans cette (guerre). Trois (héros), destructeurs(des ennemis) dans les batailles, sont restés dans l'armée du fils de Dhritarâshtra,

3064. Kripa, Kritavarman et l'héroïque fils de Drona. Ceux-là même, ô Râma, se sont enfuis, de terreur, dans les dix directions (de l'espace).

3065. Çalya étant tué, Kripa et les autres ayant pris la fuite, Douryodhana, rempli d'affliction, est entré dans l'étang Dvaipâyana,

3066. Mais alors les fils de Pândou, avec Krishna, tourmentèrent par des paroles cruelles le Dhritarâshtride qui reposait, couché dans l'eau solidifiée.

3067. Ce héros fort, ô Râma, piqué de toutes parts par (l'aiguillon des) paroles (de ses ennemis), a saisi sa grande massue et s'est levé hors de l'étang.

3068. Il vient de s'approcher pour combattre Bhîma, Ô Râma, il va y avoir aujourd'hui, entre eux deux, un combat terrible.

3069. Si tu es curieux, ô Rama, tu n'as pas loin à aller pour voir, si tu le désires, le grand et épouvantable combat de (tes) deux disciples.

3070. Vaiçampâyana dit : Après avoir entendu les paroles de Nârada, et avoir salué les chefs des brahmanes, (Râma) congédia tous ceux qui étaient venus avec lui,

3071. Et dit à ses serviteurs : « Qu'on aille à Dvârakâ » Étant descendu du salutaire Plakshaprasravana, la meilleure des montagnes,

3072. L'inébranlable Râma, l'esprit satisfait, ayant entendu raconter le fruit (qu'on peut retirer) des tîrthas, chanta ces vers, dans l'assemblée des brahmanes :

3073. « Où y a-t-il un bonheur égal à celui d'habiter auprès de la Sarasvatî ? Où y a-t-il des qualités pareilles (à celles que procure) le séjour auprès de cette rivière ? Ceux qui s'en sont approchés, sont allés au ciel et se rappelleront toujours cette (sainte) rivière Sarasvatî.

3074. La Sarasvatî est la plus salutaire parmi les rivières. Elle apporte toujours le salut au monde. Après avoir atteint la Sarasvatî, les hommes, (eussent-ils même commis) de très grandes fautes, (n'auront pas à les) pleurer, ni ici-bas, ni dans l'autre monde. »

3075. Puis le tourmenteur des ennemis, contemplant à plusieurs reprises la Sarasvatî avec plaisir monta sur son char brillant, attelé (d'excellents) chevaux.

3076. Ce taureau (de la race) d'Yadou, (monté) sur ce char rapide, arriva près (du lieu) du combat, qui allait avoir lieu entre ses deux disciples, et qu'il désirait voir.



CHAPITRE LVI


COMBAT À LA MASSUE


Argument : L'arrivée de Balarâma remplit de joie les Pândouides et Douryodhana, qui lui rendent les honneurs qu'ils lui doivent. Discours de Râma. On va à Samantapañcaka. Commencement du combat. Éloge des deux combattants. Douryodhana invite les assistants à s'asseoir pour être témoins du combat.


3077. Vaiçampâyana dit : Ainsi, ô Janamejaya, avait lieu ce combat à la massue, à l'occasion duquel le roi Dhritarâshtra, rempli de chagrin, dit :

3078. Dhritarâshtra dit : « Ô Sañjaya, comment mon fils combattit-il Bhîma, après avoir vu Râma s'approcher (du lieu) où le combat à la massue allait avoir lieu » ?

3079. Sañjaya dit : Ton héroïque fils, Douryodhana aux grands bras, désireux de combattre, fut joyeux de la présence de Râma (en qualité de témoin),

3080. Et en voyant le Lângoulin, le roi (Youdhishthira), rempli d'une extrême satisfaction, ô Bharatide, se leva et le salua selon les règles.

3081. Il lui offrit un siège et s'enquit (de l'état) de sa santé. Alors Râma adressa à Youdhishthira, ces paroles,

3082. Douces, conformes au devoir, convenables pour un héros : « Ô le plus grand des rois, j'ai entendu raconter par des rishis,

3083. Que le Kouroukshetra est (le lieu) salutaire, entre tous, qu'il purifie, et favorise l'entrée dans le Svarga, Qu'il est aimé des dieux, des rishis et des brahmanes magnanimes.

3084. Les hommes qui, perdent la vie en combattant, ont, ô vénérable, leur demeure assurée dans le Svarga, avec Çakra.

3085. C'est pourquoi je cours d'ici à Samantapañcaka. Dans le monde des dieux, cette (place) est réputée l'autel septentrional de Prajâpati.

3086. Assurément le Svarga sera (le lot) de celui qui aura reçu la mort en combattant, dans ce (lieu) éternellement grand et très salutaire pour les trois mondes. »

3087. Et, ayant dit : « Qu'il en soit ainsi », le roi Youdhishthîra, le héros fils de Kountî, ô grand roi, se dirigea vers Samantapañcaka.

3088. Alors le roi Douryodhana, étincelant de colère, ayant saisi sa grande massue, accompagna à pied les fils de Pândou.

3089. Pendant qu'il s'avançait, la massue à la main, et armé de son bouclier, les dieux qui parcouraient l'atmosphère, l'applaudirent en disant : « Bien ! Bien ! »

3090. Les Gâranas (chantres célestes) aériens, furent joyeux. Le roi de Kourou, ton fils, entouré par les fils de Pândou,

3091, 3092. S'avançait à la manière d'un éléphant en rut. Alors, toutes les directions de Pespace furent remplies(de bruit), par le son des conques, le retentissement des timballes et le rugissement des héros. Ces (guerriers). les plus grands parmi les meilleurs des hommes, ayant atteint le Kouroukshetra,

3093, 3094. S’étant rendus à un endroit tourné à l'Occident, selon l'indication de ton fils, (qui était) entouré de toutes parts et dans toutes les directions, (ayant atteint) un tîrtha excellent, à l'ouest, sur la rive droite de la Sarasvatî, ces (héros) décidèrent que le combat (aurait lieu) en cet endroit30.

3095. Revêtu de sa cuirasse et ayant saisi sa massue garnie de grandes pointes, Bhîma avait, ô grand roi, l'aspect semblable à (celui de) Garouda (le roi des oiseaux).

3096. Ton fils, ô roi, porteur d'une cuirasse d'or, ayant assujetti son casque, brilla, ô prince, comme le roi doré des montagnes.

3097. Les deux héros Bhîma et Douryodhana, tous les deux couverts de leurs armures, étaient, dans le combat, comme deux éléphants irrités.

3098. Ces deux frères, les plus excellents des hommes, tout aux circonvolutions (qu'ils décrivaient) en combattant, brillaient comme le soleil et la lune (quand ces astres sont) levés.

3099. Ils se regardaient l'un l'autre, les yeux brûlants (de courroux), semblables à deux éléphants furieux, ô roi, désirant se tuer réciproquement.

3100, 3101. Ô roi, le Kourouide, l'héroïque Douryodhana, le cœur joyeux, léchant les coins de sa bouche, l'œil rouge de colère, haletant, regarda Bhîmasena en le provoquant, comme un éléphant (défie du regard) un autre éléphant.

3102. De même, l'héroïque Bhîma, ayant pris (son arme) de fer, Ô maitre des hommes, provoqua (ton fils) comme, dans la forêt, un lion (provoque un autre) lion.

3103. Douryodhana et Vrikodara, ayant à la main leurs massues levées, ressemblent à deux montagnes surmontées de leurs sommets.

3104. Ces deux (guerriers) ont une force terrible et étaient excessivement irrités. Tous les deux sont les disciples du sage fils de Rohinî, dans le combat à la massue.

3105. Tous les deux ont accompli des œuvres semblables (à celles) de Yama et de Vâsava. Tous les deux ont accompli des exploits pareils à ceux de Varouna,

3106. Du Vasoudevide, de Rama et du fils de Viçravana; ils sont, dans les combats, (aussi terribles) que Madhou et Kaitabha.

3107. Leurs prouesses sont semblables (à celles) des deux frères daityas), Sounda et Oupasounda, de Râma, de Râvana, de Bali et de Sougrîva.

3108. Ces deux tourmenteurs des ennemis (sont) redoutables à l'égal de la mort et du destin. Ils courent l'un contre l'autre comme deux éléphants affolés.

3109. Les deux excellents Bharatides, arrogants, ressemblent à deux (éléphants) en rut, jaloux d'assouvir leur passion amoureuse, dans la société de leurs femelles.

3110. Ces deux dompteurs des ennemis, vomissent le poison brûlant de leur colère, comme deux serpents furieux se regardent l'un l'autre .

3111. (Ce sont) les deux tigres (de la race) de Bharata. Habiles au combat à la massue, ce sont comme deux lions difficiles à affronter.

3112. Les deux héros, (à qui il est) difficile de résister, pareils à deux tigres armés de leurs dents et de leurs griffes, sont semblables à deux océans, (dont les eaux sont) agitées pour détruire les créatures,

3113. À deux grands guerriers irrités, les membres rouges (de sang), à deux nuages (orageux) allant à la rencontre l'un de l'autre, poussés parle vent,

3114. Lançant la foudre, traversant rapidement un défilé dans la saison des pluies. Ces deux magnanimes, très forts et très éclatante (héros),

3115. Les meilleurs des descendants de Kourou, parurent semblables à deux soleils élevés (dans le ciel) à la fin du monde, a deux tigres furieux, à deux nuages portant le tonnerre.

3116. Les deux guerriers aux grands bras se hérissèrent, comme deux lions (hérissent) leurs crinières, semblables à deux éléphants très irrités, à deux flammes de feu.

3117. Les lèvres tremblantes de colère, se regardant fixement l'un l'autre, les deux magnanimes étaient semblables à deux montagnes avec leurs crêtes.

3118. Ces deux magnanimes, les plus grands des hommes, tous les deux très joyeux (de cette lutte) et excessivement résolus (à se combattre), se rencontrèrent la massue à la main.

3119. Pareils à deux excellents coursiers hennissant, à deux éléphants barrissant, à deux taureaux mugissant, Douryodhana et Vrikodara,

3120-3123. Ces deux hommes, les plus grands (du monde), brillèrent comme deux daityas orgueilleux de leur force. Alors, ô roi. Douryodhana adressa ces paroles, qui indiquaient (le cas qu'il faisait de) sa valeur à Youdhishthira que (la présence) de Kekayas, des Sriñjayas et des magnanimes Pâñcâlas, (rendait) arrogant et qui était accompagné de ses frères, du magnanime Krishna et de Râma à l'héroïsme démesuré : « Assieds-toi près d'ici, avec ces grands rois qui (se sont) réunis (à toi), et contemplez ce combat, que Bhîmasena et moi nous avons entrepris. » Après avoir entendu cette parole de Douryodhana, ils firent ce qu'il leur avait dit.

3124. Alors on vit, brillant comme le disque du soleil dans le ciel, ce grand cercle de rois assis.

3125. Siégeant au milieu d'eux, honoré de toutes parts (se tenait) le glorieux guerrier aux grands bras, frère aîné de Keçava, ô grand roi.

3126. Le blanc (Râma), vêtu de bleu, brillait au milieu des rois, comme la pleine lune, entourée des maisons lunaires (brille) dans le ciel.

3127, 3128. Les deux très grands Kourouides, (dont la valeur était) très difficile à soutenir, ô grand roi, se tenant fermes, la massue à la main, s'offensant réciproquement par des paroles cruelles, après s'être dit l'un à l'autre des choses désagréables, se défiant du regard, se placèrent là, (en face l'un de l'autre), comme Vritra et Çakra dans (leur) combat.



CHAPITRE LVII


COMBAT À LA MASSUE


Argument : Altercation entre Bhîmasena et Douryodhana. Présages effrayants. Discours de Bhîma à Dharmaràje et à Douryodhana. Réponse de ce dernier qui est applaudi par les assistants.


3129. Vaiçampâyana dit : Alors, ô Janamejaya il y eut une violente altercation (entre eux), au sujet de laquelle le roi Dhritarâshtra, rempli de chagrin, dit ces (paroles) :

3130. « En vérité, honte soit de la condition d'homme, pour celui qui a une telle fin. Ô homme sans péché, mon fils, (après avoir été) maître de onze armées,

3131. Après avoir commandé à tous les rois et joui (en maître) de la terre (entière, en est réduit à) prendre une massue et à venir, à pied, au combat (qui doit décider de son sort).

3132. Après avoir protégé le monde entier, mon fils est, pour ainsi dire, dénué de (tout) protecteur, et il s'en va, portant sa massue (pour toute défense). Qu'est-ce, sinon la destinée (qui le réduit à cette extrémité)?

3133. Hélas, ô Sañjaya, mon fils a éprouvé de grands malheurs. » Le maitre suprême des hommes, plein de chagrin, se tut après avoir ainsi parlé.

3134. Sañjaya dit : Faisant un bruit semblable à celui du tonnerre, pareil a un taureau mugissant, l'héroïque (Douryodhana) provoqua le Prithide au combat.

3135. Quand le magnanime roi de Kourou provoqua Bhîma au combat, on put constater divers phénomènes de sinistre augure.

3136. Des tourbillons de vent soufflèrent. Il tomba une pluie de poussière, et toutes les directions (de l'espace) furent plongées dans l'obscurité.

3137. Des météores, accompagnés d'un grand bruit et d'épouvantables tourbillons de vent, faisant hérisser le poil (de terreur), tombèrent par centaines, en se brisant en éclat sur le sol de la terre.

3138. Râhou dévora le soleil hors du temps où cet astre doit disparaître, ô maître des hommes; et la terre, avec les arbres et les forêts, trembla violemment.

3139. Des vents ardents soufflèrent, arrachant les pierres, et les soulevant. Les sommets même des montagnes s'écroulèrent sur le sol.

3140. Des animaux sauvages, de formes très diverses, s'enfuirent dans les dix directions. De cruels et ardents chacals, d'aspect terrible, poussèrent des cris.

3141. Il se produisit de grands et terribles tourbillons de vent dans l'espace enflammé, ô Indra des rois, et des animaux de sinistre présage se firent voir.

3142. Les eaux des fontaines s'enflèrent de toutes parts. On entendit de grands cris, sans (voir) les corps (qui avaient pu les pousser). Alors, ô roi,

3143. Vrikodara ayant constaté les présages, (dont les phénomènes que nous venons d’indiquer) étaient les premiers, dit à son frère aîné, Dharmarâja Youdhishthira :

3144, 3145. Ce Souyodhana à Fame basse n'est pas capable de me vaincre dans la bataille. Aujourd'hui, Ô Indra des Kouronides, je déchaînerai contre Souyodhana la colère longtemps cachée dans mon cœur, comme (Arjouna déchaîna) le feu dans (la foret) Khândava. Aujourd’hui, j’extirperai la pointe de flèche qui te perce le cœur, ô fils de Pândou.

3146. En tuant aujourd'hui avec ma massue ce méchant, l’homme le plus vil de la race de Kourou, je placerai sur ta tête) une glorieuse couronne.

3147. Aujourd’huí, après avoir, à la tête de la bataille, tué avec ma massue, cet (homme) aux œuvres perverses, je briserai avec cette même massue, son corps en cent morceaux.

3148-3150. Il n’entrera plus dans (Hastinapoura), la ville qui tire son nom des éléphants. Aujourd’hui, ô excellent Bharatide, je verrai la fin de ces maux, (qu’il nous a causés), en mettant de nombreux serpents dans ma couche, en introduisant du poison dans nos aliments, en nous faisant tomber dans la Pramânakotî, en mettant le feu à la maison de laque rouge, en nous raillant dans l’assemblée, en nous forçant à habiter inconnus pendant un an, et en nous exilant dans les bois, ô homme sans péché.

3151-3153. Quand je l’aurai tué, je me serai acquitté de la dette que j’avais contractée (envers lui). Aujourd’hui, la vie de l’insensé Dhritarâshtride à l’âme impure, est finie. Il ne verra plus, ni son père ni sa mère, ô le meilleur des Bharatides. Aujourd’hui, ô Indra des rois, la prospérité de l’insensé roi de Kourou a pris fin. Il ne reverra plus ses femmes. Aujourd’hui, cet (homme), qui souille la race du roi Çântanou, descendant de Kourou,

3154. Reposera sur le sol de la terre, abandonnant la royauté, la vie et le bonheur. Aujourd’hui, en apprenant que son fils est tué, le roi Dhritarâshtra

3155. Se souviendra de l’action mauvaise (qu’il a commise et qui avait) pris naissance dans la pensée de Çakouni. Ô tigre des rois, l'énergique Bhîma, après avoir ainsi parlé et pris sa massue,

3156. S’avança en provoquant (Douryodhana) au combat, comme Çakra (provoqua) Vritra. En voyant (ton fils) qui se tenait, la massue haute, pareil à la montagne Kailâsa,

3157, 3158. Bhîmasena, irrité, dit encore à Douryodhana : « Rappelle-toi cette mauvaise action, que le roi (ton père) et toi, avez commise a Vâranâvata ; que Droupadî, qui était au moment critique de son mois, maltraitée au milieu de l'assemblée.

3159. Que le roi (Youdhishthira) fut trompé au jeu de dés, ce qui était ton œuvre et celle du Soubalide. (Rappelle-toi encore) que les grandes peines que nous avons endurées dans les bois étaient causées par toi.

3160. (Souviens-toi) aussi que dans la ville de Virâta (nous avons dû), en quelque sorte, (pour nous cacher), rentrer dans le sein (de notre mère). Aujourd'hui, je me souviens, grâce au ciel, de toutes ces (offenses, quand) je te vois (en face de moi), ô insensé.

3161. Le majestueux fils de la Gangâ, le meilleur des maîtres de chars, (après s'être fait) tuer dans l’intérêt de ta (cause) par le Yajñasenien, repose sur un lit de flèches.

3162. Drona, Karna et le majestueux Çalya sont tués. Çakouni, cause première du feu de la guerre, est tué (aussi).

3163. Puis le méchant serviteur, qui tourmenta Droupadî a (également) péri, (ainsi que) tous tes frères (qui étaient des) guerriers prééminents, Ô héros.

3164. Ceux-là, et de nombreux autres rois, ont été tués dans l’intérêt de ta(cause). Aujourd’hui, je te tuerai avec ma massue, cela ne fait aucun doute. »

3165. Ainsi (parla Bhîma). Ô roi, ton fils véritablement héroïque, et dont la crainte était évanouie, répondit à Vrikodara, (qui venait de) lui adresser ces paroles :

3166. Qu’est-il besoin de longs discours, ô Vrikodara, (viens) combattre. Aujourd’hui, ô le plus vil (de notre) race, je dompterai tes désirs belliqueux.

3167. Car, ô misérable, Douryodhana ne saurait, en aucune façon, être terrifié par des paroles (menaçantes), comme un homme du commun.

3168. J’ai toujours désiré du fond du cœur que les dieux m'accordassent de me mesurer avec toi à la massue.

3169. À quoi bon, (dès lors), de longs discours et des rodomontades. Ô insensé, n'attends pas (plus) longtemps, pour remplacer les menaces par des actions.

3170. En entendant ces paroles, tous, y compris les rois et les Somakas qui se trouvaient là, l'applaudirent.

3171. Approuvé par tous (les assistants), qui avaient le poil hérissé d'enthousiasme, il ne songes plus qu'à combattre.

3172. Les rois réjouirent encore, en battant des mains, l'impatient Douryodhana, comme (ils l'eussent fait pour exciter) un éléphant furieux.

3173. Le magnanime Vrikodara, fils de Pândou, ayant levé sa massue, se hâta de courir au devant du vaillant fils de Dhritarâshtra.

3174. Les éléphants barrirent, les chevaux hennirent à plusieurs reprises, et les épées des Pândouides qui désiraient la victoire, lancèrent des étincelles.




CHAPITRE LVIII


COMBAT À LA MASSUE


Argument : Commencement du combat qui est terrible. Les deux champions sont obligés de s’arrêter au bout d’un moment. Reprise de la lutte. Ses alternatives, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre.


3175. Sañjaya dit : Alors Douryodhana, dont l’esprit n’était pas abattu, ayant vu Bhimasena qui venait ainsi (contre lui), se hâta d’aller à sa rencontre en criant.

3176. Ils tombèrent l’un sur l’autre, comme deux taureaux armés de leurs cornes. Les coups (qu’ils se portèrent), produisirent un bruit (pareil) à celui d’un grand ouragan.

3177. Ces deux héros, qui désiraient triompher l’un de l’autre dans la lutte, se livrèrent un combat tumultueux, qui faisait hérisser (de terreur), le poil (des spectateurs). (Ce combat était) pareil à celui d’Indra et de Prahrâda.

3178. Les deux prudents et magnanimes (princes), la massue à la main, ayant tout le corps arrrosé de sang, ressemblaient à deux kimcoukas fleuris :

3179. Pendant que cette grande et terrible bataille avait lieu, le ciel brillait, comme embelli par une multitude de vers luisants (elater noctulicus),

3180. Et quand ce très violent combat eut duré (un certain temps), ces deux dompteurs de leurs ennemis furent fatigués après avoir combattu (si longtemps).

3181. Ces deux tourmenteurs de leurs ennemis, ayant repris haleine un instant, ressaisirent leurs excellentes massues et s’attaquèrent de nouveau l'un l’autre.

3182, 3183. À la vue de ces deux (guerriers), les plus grands des hommes, doués d’un héroïsme extrême et d’une force égale, qui, après avoir repris haleine, saisissaient de nouveau leurs massues, pareils à deux forts éléphants que la passion amoureuse rend furieux à la vue d’une femelle en rut, les dieux, les gandharvas et les hommes furent remplis d’une extrême stupeur.

3184. En voyant Douryodhana et Vrikodara qui avaient repris leurs massues, tous les êtres furent dans le doute sur (le point de savoir à qui serait) la victoire.

3185. Alors les deux frères, les meilleurs des hommes forts, s’étant attaqués de nouveau, désireux de surprendre le point faible l’un de l’autre, cherchèrent l’occasion (de vaincre).

3186. Ô roi, les spectateurs voyaient levée la lourde et formidable massue, semblable au bâton d’Yama, pareille à la foudre d’Indra.

3187. La massue que Bhîmasena brandissait en la faisant tournoyer dans le combat, produisait un bruit tumultueux et terrible.

3188. En voyant le fils de Pândou, (son) ennemi), brandir sa massue, dont l’extrémité était animée d’une vitesse sans égale, le Dhritarâshtride fut rempli d’étonnement.

3189. Le héros Vrikodara, ô Bharatide, brillait encore davantage, en parcourant des cercles et (faisant) des passes de diverses sortes.

3190. Ces deux (guerriers), s’attaquant réciproquement, attentifs à se garantir l’un de l’autre, se blessèrent à plusieurs reprises, comme deux chats (se battant pour) leur nourriture.

3191. Bhîmasena se livrait à des évolutions de diverses sortes, (parcourant) des cercles variés, (tantôt) en s’avançant, (tantôt) se reculant.

3192-3194. (Adoptant) diverses manières de tenir son arme, des positions différentes, envoyant des coups, évitant (ceux de son adversaire), se tenant en garde, s’élançant, s’éloignant, s’arrêtant, se séparant (de son ennemi), se retournant, se renversant, sautant (sur son adversaire), se jetant à terre, s’accolant(à son ennemi), s’en écartant. Ces deux habiles (combattants), la massue à la main, se livrant ainsi à diverses évolutions, se frappèrent l’un l’autre.

3195. Ces deux (hommes) très forts, les plus grands des Kourouides, traçaient, de côté et d’autre, des circuits pour se tromper mutuellement, comme s’ils se fussent) joués (l’un de l’autre).

3196. Déployant, de toutes parts, dans le combat, leur (adresse au) jeu des armes, ces deux dompteurs des ennemis se frappèrent réciproquement de leurs deux massues.

3197. Arrosés de sang, ils brillaient, ô grand roi, comme deux éléphants, qui se sont mutuellement frappés de leurs défenses.

3198. Tel était, vers la fin du jour, ce terrible combat (qui avait lieu) en public, aussi cruel que celui de Vritra et de Vâsava.

3199. Alors, ces deux (guerriers), la massue à la main, ô roi, décrivaient des cercles. Le fort Dhritarâshtride évoluait vers la droite.

3200, 3201. Tandis que Bhîmasena évoluait vers la gauche. Pendant que Bhîma manœuvrait ainsi en tête du combat, Douryodhana l’atteignit dans le flanc. Alors, ô Bharatide, Bhîmasena, frappé par ton fils,

3202, 3203. Fit tournoyer sa lourde massue. Il songeait à (lui rendre) un coup (équivalent). Les spectateurs virent levée, ô grand roi, cette massue de Bhîmasena, semblable à la foudre d’Indra, pareille au bâton d’Yama. Ayant vu Bhîma qui faisait tournoyer sa massue, ton fils,

3204, 3205. Ce tourmenteur de ses ennemis, leva sa massue terrible et la lança (de nouveau contre son adversaire). La rapidité avec laquelle (descendait) la massue de ton fils, ô Bharatide, ébranla (tellement) l’air, qu’elle produisit un son tumultueux accompagné d’un éclat étincelant. Se livrant à diverses évolutions, en décrivant des cercles,

3206. L’énergique Souyodhana paraissait plus brillant que Bhîma. Lancée à toute vitesse par Bhîma, la grande massue

3207. Produisit un grand et terrible bruit et un feu accompagné de flamme et de fumée. En voyant la massue lancée par Bhîmasena, Souyodhana,

3208. Ayant lancé sa lourde (arme) de fer, brilla d’une grande (splendeur). À la vue de la violence de l’ébranlement de l’air produit par cette massue,

3209. Tous les Pândouides et les Somakas furent remplis de terreur. Déployant de toutes parts leur adresse au combat,

3210. Ces deux dompteurs des ennemis s’attaquèrent réciproquement, et se frappèrent l’un l’autre de leurs massues, comme deux éléphants (se frappent) de leurs défenses.

3211. Arrosés de sang, ô grand roi, ils resplendissaient. Tel était ce combat terrible (qui avait lieu) en public

3212. À la fin du jour, (et qui était) pareil à celui de Vritra et de Vâsava. Ton très fort fils, voyant Bhîma qui se tenait ferme (devant lui),

3213-3215. Courut sur le fils de Kountî, en se livrant à des évolutions très brillantes. Mais Bhîma, plein de courroux, frappa la massue garnie d’or et animée d’une vitesse terrible de ton fils furieux. On entendit le bruit, pareil à celui de deux coups de foudre, produit par le choc de ces deux armes. Cette (massue) rapide, lancée par Bhîmasena,

3216. Fit, en tombant, trembler la terre, ô grand roi. Le Kourouide ne supporta pas (avec patience), que l’arme (qu’il avait lancée) dans le combat fût repoussée.

3217. Semblable à un éléphant rendu furieux par la vue d’un éléphant rival, le roi, ayant pris sa décision et tracé, en sautant, un cercle à gauche,

3218. Frappa la tête du fils de Kountî, d’un coup de sa massue, animée d’un élan terrible. Mais Bhîma, fils de Pândou, frappé de cette (arme) par ton fils,

3219. Ne chancela pas, ô grand roi. C’était comme un prodige, et toutes les armées applaudirent ce miracle,

3220-3222. Que Bhîma (ainsi) frappé ne chancelât pas (et n’éloignât pas) un (de ses) pieds de son autre pied. Alors Bhîma, à la valeur terrible, lança à Douryodhana sa très lourde et brillante massue ornée d’or. Le très fort Douryodhana para ce coup sans se troubler, ce qui remplit (les spectateurs) d’un grand étonnement. Mais, ô roi, en tombant, cette massue brandie par Bhîma et dont (le coup) était rendu vain,

3223. Produisit un grand bruit et fit trembler la terre. (Douryodhana), ayant recours à l’évolution kouçika (kouçikienne), bondissait incessamment.

3224-3226. Ayant reconnu que la massue était tombée sans effet, et remarqnant que (l’effort fait pour la lancer), avait fait chanceler Bhîma, le plus grand des Kourouides, irrité, doué d’une grande force, frappa son adversaire de sa massue, dans la région de la poitrine. Atteint dans le grand combat par la massue de ton fils, Bhîma se troubla et (pendant un instant) ne sut plus (discerner) ce qu’il devait faire. Dans cette occurrence, les Somakas et les Pândouides

3227. Ne manifestaient pas de joie et voyaient (l’objet de) leurs désirs gravement compromis. Mais, irrité par ce coup, comme (l’eût été) un éléphant,

3228, 3229. Bhîma, courut contre ton fils, comme un éléphant (se précipite sur un autre) éléphant. Ce héros attaqua alors ton fils avec force et énergie, à l’aide de sa massue, comme un lion attaque un éléphant sauvage. Habile à lancer la massue, il s’approcha du roi,

3230. Et brandit son arme contre ton fils. Bhîmasena frappa alors Douryodhana dans le flanc, ô roi,

3231. Celui-ci, terrassé par le coup, tomba à terre sur les genoux. Cet excellent Kourouide étant tombé à terre sur les genoux,

3232. Les Sriñjayas poussèrent un cri (de joie), ô maître du monde. Ayant entendu ce cri des Sriñjayas, ô chef des hommes,

3233. Ton fils, ô le plus excellent des Bharatides, fut enflammé de colère. S’étant relevé, le guerrier aux grands bras, soufflant comme un serpent puissant,

3234-3236. Regarda Bhîmasena comme s’il eût voulu le brûler avec son regard. Puis, le meilleur des Bharatides, la massue à la main, attaqua Bhîmasena comme s’il eût voulu lui couper la tête dans le combat. Ce magnanime, à l’héroïsme terrible, frappa à la tempe le valeureux Bhîma. Le fils de Prithâ, atteint par la massue, ne chancela pas plus qu’une montagne, et (n’en) brilla que d’un plus grand éclat.

3237. Ô roi, il laissait s’écouler son sang, comme un éléphant, dont les bosses frontales sont ouvertes, (laisse sourdre la liqueur qui en découle).

3238. Ayant saisi la massue de fer, avec laquelle il tuait les héros, et qui produisait un bruit pareil à celui de la foudre, le frère aîné de Dhanañjaya, ce tourmenteur de ses ennemis, attaqua et frappa avec force son adversaire.

3239. Frappé par Bhîmasena, ton fils, dont les muscles du corps palpitaient, tomba comme un (arbre) Çâla (shorea robusta), bien fleuri, renversé par la force du vent et abattu dans la forêt.

3240. Alors, en voyant ton fils abattu à terre, les Pândouides furent joyeux et poussèrent des cris. Mais ton fils ayant repris ses sens, se releva, comme un éléphant (qui sort) d’un étang.

3241. Ce prince, ce grand guerrier, toujours impatient, évoluant de côté et d’autre avec adresse, frappa le fils de Pândou qui était devant lui, et qui s’affaissa à terre, le corps privé de vigueur.

3242. Ce Kourouide, ayant, par la force (du coup), abattu Bhîma, poussa un rugissement. La massue, même, en tombant avec une énergie égale à celle de la foudre d’Indra, brisa l’armure (du fils de Pândou).

3242. Il se fit alors dans l’atmosphère un grand bruit, produit par les habitants du ciel et les apsaras, qui lancèrent une abondante et excellente pluie de fleurs variées.

3244. Une crainte extrême pénétra dans le cœur des ennemis, en voyant que le descendant de Kourou n’avait pas perdu sa force, (et) en contemplant le plus grand des hommes abattu à terre avec son armure brisée.

3245. Puis, au bout d’un instant Vrikodara, le fils du Vent, ayant repris ses sens, recouvra ses forces, agita les yeux, s’essuya la bouche et reprit sa place dans le combat, soutenu par Bala (qui l’avait aidé à se relever).






CHAPITRE LIX


MORT DE DOURYODHANA


Argument : Arjouna demande à Krishna ce qu’il augure de l’issue du combat. Krishna répond que, dans un combat régulier, Bhîma ne peut pas triompher, mais qu’il pourrait y arriver en employant un moyen frauduleux. Il est d’avis que Bhîma accomplisse le vœu qu’il a fait, de briser les deux cuisses de Douryodhana. Arjouna fait dans ce sens un signe à Bhîma qui le comprend. Ruses de Bhîma pour préparer son coup. Le combat devient terrible. Bhîma, d’un coup de massue, brise les deux cuisses de Douryodhana qui tombe ; horreur des assistants, à la vue de ce coup déloyal. Prodiges qui ont lieu à cette occasion.


3246. Sañjaya dit : Arjouna, voyant le combat engagé entre les deux plus grands des Kourouides, dit au glorieux Vasoudevide :

3247. Ô tourmenteur des hommes, dis moi lequel de ces deux héros, tu juges le plus fort dans le combat, ou quel est celui dont tu considères les qualités comme supérieures.

3248. Le Vasoudevide dit : La science est la même pour tous les deux ; mais, si Bhîma est le plus fort, le fils de Dhritarâshtra est adroit, et a plus de persévérance (dans la pratique), que Vrikodara.

3249. Bhîmasena n’obtiendra pas la victoire en combattant selon les règles ; mais il pourrait tuer Souyodhana, en combattant d’une manière irrégulière.

3250. Nous avons entendu dire que les asouras ont été vaincus par les dieux, grâce à la fraude. Certes, c’est en employant la fraude, que Çakra a vaincu Virocana.

3251. C’est par fraude, que le meurtrier de Bala détruisit l’énergie de Vritra. Que Bhimasena ait donc recours à la fraude !

3252. Ô Dhanañjaya, au moment du jeu de dés, Bhîma a adressé cette menace à Souyodhana : « Je briserai dans le combat tes deux cuisses avec ma massue. »

3253. Que le tourmenteur des ennemis, accomplisse cette menace. Qu’il abatte, par un moyen frauduleux le roi trompeur.

3254. Si, se fiant en sa force, il se conduit d’une manière régulière, le roi Youdhishthira se trouvera dans une situation difficile.

3255. Entends, ô fils de Pândou ce que je vais te répéter ; c’est par la faute de Dharmarâja que le danger nous menace de nouveau.

3256. Car, après avoir accompli de grands exploits, après avoir tué les Kourouides, Bhîshma en tête, nous avions remporté la victoire, obtenu la gloire la plus grande, et l’hostilité (que les Kourouides nous avaient montrée) était punie.

3257. Puis la victoire qu’on avait ainsi obtenue, a été remise en doute, ô fils de Pândou. Voilà la folie de Dharmarâja.

3258. (C’est qu’il) a fait dépendre le résultat d’une telle lutte, de la victoire d’un seul (guerrier). Souyodhana est un héros accompli, ne songeant qu’à une seule chose.

3259. Écoute cet ancien chant d’Ouçanas, que nous avons entendu (jadis), et dont je vais te rappeler les termes. Il a tous les caractères de la vérité :

3260. Il faut se défier de (tous) les vaincus, sans distinction, qui désirent vivre et qui retournent (au combat), car ils n’ont qu’une chose en vue.

3261. Çakra lui-même, ô Dhanañjaya, ne saurait tenir tête à ceux que la violence opprime, et qui n’ont plus l’espoir de conserver la vie.

3262, 3263. Quel est donc l’homme sage, qui aurait provoqué au combat ce Souyodhana vaincu, dont l’armée est tuée, dont la cause est perdue, qui s’est réfugié dans un étang et qui, désespérant de conserver la couronne, songe à se (retirer dans les) bois ? Comment, (dans ce cas), Souyodhana ne nous ravirait-il pas (encore) la royauté (que nous avons) conquise ?

3264. Lui qui, bien décidé à combattre à la massue, passa treize années (à s’exercer au maniement de cette arme, pour être sûr de) frapper Bhîmasena sur (la tête) et de côté.

3265. Si donc ce guerrier aux grands bras n’est pas tué d’une manière irrégulière, le Kourouide, fils de Dhritarâshtra, sera votre roi. »

3266. Dhanañjaya, ayant entendu ces paroles du magnanime Keçava, se frappa la cuisse gauche, sous les yeux de Bhîmasena,

3267. Alors Bhîma, ayant saisi la signification (de ce signe), traça, en combattant, des cercles variés et compliqués.

3268. Le fils de Pândou décrivait çà et là, des cercles à droite et à gauche ; il évoluait aussi selon (la figure appelée) gomoutra (urine de bœuf,) pour affoler l’ennemi, ô roi.

3269. Ton fils aussi, habile à l’escrime à la massue, évoluait, avec une admirable légèreté, de côté et d’autre, animé du désir de tuer Bhîmasena.

3270. Agitant leurs terribles massues enduites de pâte de santal et d’aloës, désirant par (leur) combat terminer la guerre, irrités comme deux Antakas,

3271. Ces deux grands héros, les plus excellents des hommes, décidés à se tuer l’un l’autre, combattirent comme deux Garoudas, qui voudraient faire leur proie d’un serpent.

3272, 3273. Ô roi, pendant que ces deux héros, le roi (Douryodhana) et Bhîma, forts dans les combats, pareils à des océans agités par la tempête, s’atteignaient avec une égale (fureur), en traçant des cercles variés, on vit leurs deux massues produire des éclairs de feu.

3274. On entendait le bruit retentissant causé par les coups, (que se portaient l’une à l’autre), les massues tournoyantes, de ces deux (guerriers) pareils à deux éléphants en rut, et s’attaquant (avec une même énergie).

3275. Alors, ces deux dompteurs des ennemis, qui se livraient ce cruel et émouvant combat, (vinrent à) se fatiguer.

3276. Ces deux tourmenteurs des ennemis, ayant repris haleine, s’attaquèrent de nouveau avec force, après avoir ressaisi leurs grandes massues.

3277. Un combat terrible, acquérant tout le développement dont il était susceptible, eut lieu entre ces deux (hommes), qui se blessaient réciproquement, en se frappant de leurs massues .

3278. Ces deux forts héros, aux yeux de taureau, se précipitant l’un contre lautre, se frappèrent comme deux buffles enfoncés dans la boue.

3279. Arrosés de sang, ayant tout le corps mis en pièces, ils ressemblaient à deux kimçoukas fleuris, sur l’Himalaya.

3280. Le Prithide laissant voir un joint, Douryodhana s’y précipita, en souriant légèrement.

3281. Le fort Vrikodara, habile au combat, le voyant s’approcher de lui, lança sa massue avec un grand élan.

3282. Mais, ô maître des hommes, ton fils l’ayant vu lancer sa massue, se recula, (de sorte que) cette (arme) tomba inutile, à terre.

3283. Et ton fils, ayant, par sa grande précipitation (à se retirer), évité le coup, frappa Bhimasena de sa massue, ô le plus grand des Kourouides.

3284. Le sang que la violence de ce coup fit couler, produisit une sorte de pâmoison chez ce (fils de Pâudou), à la force démesurée.

3285. Douryodhana ne s’aperçut pas que le Pândouide eût été (aussi gravement) atteint dans le combat. Bhîma, (ainsi) frappé, ne se laissa pas défaillir.

3286. Ton fils pensait qu’il allait l’attaquer (pour lui rendre ce coup) et, à cause de cela, ne le frappa pas de nouveau.

3287. Puis, après avoir repris haleine un instant, le majestueux Bhîmasena se précipita avec violence sur Douryodhana qui était près de lui.

3288, 3289. Ô excellent Bharatide, en voyant cet (homme) furieux à la force démesurée, se précipiter sur lui, ton fils au grand cœur, désirant rendre vain le coup (qui allait lui être porté), songea à se tenir ferme, et chercha à faire un saut, pour tromper Vrikodara.

3290. S’apercevant de ce que le roi voulait faire, et courant sur lui en rugissant, comme un lion, Bhîmasena,

3291. Fils de Pândou, lui lança, avec un élan (terrible), sa massue contre les deux cuisses, au moment où il sautait pour éviter la mort, ô roi.

3292. Ce (coup), aussi terrible qu’un coup de foudre, porté (par Bhîma), qui accomplissait un exploit effrayant, brisa les deux belles cuisses de Douryodhana.

3293. Ce tigre des hommes, ton fils, ayant les deux cuisses brisées, tomba en faisant résonner (la terre),

3294-3300. Ce héros, maitre de tous les princes de la terre, étant abattu, des vents et des ouragans soufflèrent, une pluie de poussière tomba, et la large (terre) trembla, avec les arbres, les bois et les montagnes. Un grand, très bruyant et effrayant météore, accompagné de tourbillons de vent, s’abattit en flamboyant, quand le maître de la terre fut tombé. Maghavant (Indra) répandit une pluie de sang et de poussière, après la chute de ton fils, ô Bharatide. On entendit un grand bruit produit dans l’atmosphère, par les yakshas, les rakshasas et les piçâcas, ô excellent Bharatide. Ce bruit terrible (fut suivi d’un) autre, engendré (par les cris poussés) de toutes parts dans l’espace, par des animaux et des oiseaux nombreux. Quand ton fils fut abattu, les chevaux, les éléphants et les hommes qui restaient, poussèrent un grand cri à l’endroit (où ils se trouvaient). On entendit aussi un grand bruit produit par les timbales, les conques et les tambours mridaugas.

3301, 3302. Ô roi, ton fils étant abattu, les régions de l’espace furent remplies par (des êtres) venus de l’intérieur de la terre, ayant de nombreux bras, ayant de nombreux pieds, ayant des corps sans tête, qui dansaient d’une manière effrayante. Les porteurs d’étendards, les porteurs d’armes de trait, et les porteurs d’épées

3303. Tremblèrent, ô roi, quand ton fils fut tombé. Les étangs et les puits vomirent du sang, ô le plus grand des rois,

3304. Les fleuves au cours rapide coulèrent à contre courant. Les femmes prirent la nature masculine et les hommes la nature féminine,

3305. Quand Douryodhana fut tombé, ô roi. À la vue de ces merveilles et de ces prodiges, les Pâñcâlas et les Pândouides

3306. Furent tous terrifiés, ô excellent Bharatide. Les dieux, les gandharvas et les apsaras, se dispersèrent à leur fantaisie,

3307, 3308. Racontant le merveilleux combat de tes deux fils, ô Bharatide, et les Siddhas, ainsi que les Câranas s’en allèrent comme ils étaient venus, glorifiant ces deux lions (d’entre les) hommes.






CHAPITRE LX


LAMENTATIONS DE YOUDHISHTHIRA


Argument : Bhîma insulte Douryodhana. Paroles qu’il adresse aux Pândouides. Chagrin de l’armée. Réponse de Youdhishthira, qui cherche ensuite à calmer la colère de Douryodhana.


3309. Sañjaya dit : En le voyant abattu, tous les Pândouides le contemplèrent, comme (ils eussent regardé) un grand Çâla (vâtica robusta) arraché, (et furent) joyeux.

3310. Et tous les Somakas, le poil hérissé (de joie), le virent, pareil à un éléphant terrassé par un lion.

3311. Puis le majestueux Bhîmasena, après avoir frappé Douryodhana, s’approcha de cet Indra des Kourouides et dit :

3312. Vache, vache. » Ainsi (disais-tu) jadis, ô homme vil, à Draupadî qui n’était couverte que d’un seul vêtement. Ô Insensé, (voilà) ce que tu as dis dans l’assemblée, en te moquant de nous.

3313. Aujourd’hui, reçois le fruit de cette raillerie. Ayant ainsi parlé, il lui toucha la tête du pied gauche.

3314. Rouge de colère, Bhîma, tourmenteur des ennemis, fit ainsi, avec le pied, mouvoir la tête du lion des rois.

3315, 3316. Écoute, ô maître des hommes, les paroles qu’il dit (encore) : « Nous nous moquons (maintenant) des fous qui raillaient jadis en disant : « Vache, vache », et nous leur disons (à notre tour) : « Vache, vache ». Chez nous, pas d’appétits déshonnêtes, pas de jeu de dés, pas de tromperie.

3317. Nous tuons nos ennemis en n’en appelant qu’à la force de nos bras. »

3318. Vrikodara, qui venait de terminer la guerre, dit doucement en riant à Youdhishthira, à Keçava, aux Sriñjayas, à Dhañjaya et aux deux fils de Mâdravati :

3319. Voyez, tués dans les combats par les Pândouides, grâce à l’ascétisme de la Yajñasènienne (Draupadî), ces Dhritarâshtrides qui, alors qu’elle était au moment critique de son mois, la traînaient et la déshabillaient dans l’assemblée.

3320. Nous avons tué, en même temps que leurs troupes et leurs partisans, ces cruels Dhritarâshtrides qui nous appelaient jadis : « Canaille inutile ». Nous allons volontiers (ainsi) soit au Svarga, soit à l’enfer. »

3321. (Bhîma) ayant foulé aux pieds la massue placée sur l’épaule du roi tombé, ayant touché du pied gauche la tête (de ce prince), répéta au perfide Douryodhana (ce qu’il venait de lui dire).

3322. Les vertueux chefs des Somakas ne furent pas satisfaits de voir Bhimasena, à l’âme mauvaise, se plaire à mettre le pied sur la tête du plus grand des Kourouides.

3323. Pendant que Vrikodara, qui avait tué ton fils, dansait (de joie), en ne cessant de se vanter, Dharmarâja lui dit :

3324. Tu as payé (à Douryodhana) l’hostilité (qu’il nous a témoignée). Tu as accompli ta promesse, au moyen d’une action bonne ou mauvaise. Maintenant, arrête-toi.

3325. N’écrase pas sa tête du pied. Que ta vertu ne disparaisse pas complètement. Ce que (tu veux faire) n’est pas convenable, ô homme sans péché.

3326. Ô Bhîma, ne touche pas du pied un roi et un parent, maître de onze armées, et (surtout) le roi des Kourouides,

3327. Dont les parents sont tués, dont les ministres sont tués, dont l’armée est détruite, et qui, (lui-même), a succombé dans le combat. Il est digne de pitié à tous égards. Ce roi ne se dresse plus (devant nous) dans la bataille.

3328. Il est tombé, ses ministres, ses frères et ses sujets sont tués ; son armée est anéantie. C’était notre frère. Le traitement (que tu veux lui faire subir) n’est pas convenable.

3329. On disait jadis : « Bhîmasena est un homme de bien. » Comment, toi (qui avais) ces (qualités), (oses-tu) te placer au-dessus d’un roi ?

3330. Ayant ainsi parlé à Bhîmasena, Youdhisthira, triste, ayant des larmes dans la voix, s’approcha de Douryodhana, dompteur des ennemis, et lui dit :

3331. Ô mon ami, tu ne dois pas t’abandonner à la colère, ni te plaindre de ton sort. Certes, ce que tu as fais jadis a eu des résultats terribles.

3332. Sans doute, c’est la volonté du créateur du monde, qui a donné (à tes actes) cette étrange et impure conséquence, que nous avons voulu te tuer et que tu voulais nous détruire. Ô le plus grand des Kourouides,

3333. Certainement, c’est par ta propre faute que tu es tombé dans cette grande adversité, (qui a été causée) par ta cupidité, ton orgueil et ta sottise, ô Bharatide,

3334. Après avoir fait tuer amis, frères, parents, fils, petits-fils et beaucoup d’autres, tu as enfin trouvé la mort.

3335. Par ta faute, tes frères (ont été) abattus et tes parents (ont été) tués par nous. (Les décrets du) destin me paraissent insondables.

3336. Ta personne ne doit pas être pleurée. Ta mort ne doit pas inspirer de regrets. Nous seulement, ô Kourouide, (serons) dignes de compassion dans toutes les situations (où nous nous trouverons).

3337. Privés de ces chers parents, nous inspirerons la pitié, et (nous serons) tourmentés (par le chagrin) de la perte de (nos) frères et des brahmanes (qui ne sont plus).

3338. Que dire à (vos) épouses (devenues) veuves, plongées dans la douleur ? Toi seul, tu es parti (pour le ciel). Ton séjour dans le svarga est assuré.

3339, 3340. Nous, considérés comme voués à l’enfer, nous subirons un malheur cruel. Les brus et les femmes des petits-fils de Dhritarâshtra, (ces) veuves éplorées, dévorées par le chagrin, nous maudiront assurément. »

3341. Sañjaya dit : Après avoir ainsi parlé, ce prince affligé, Youdhishthira Dharmapoutra (fils de Dharma), soupira et se lamenta pendant longtemps.





CHAPITRE LXI


REPROCHES DE BALADEVA


Argument : Baladeva est rempli d’horreur et fait honte à Bhîma de sa conduite. Il veut se jeter sur lui. Keçava cherche à l’apaiser et à justifier Bhîma ; mais Baladeva ne se laisse pas convaincre. Leur entretien. Baladeva s’en va, après avoir fait de nouveaux reproches à Bhîma et glorifié Douryodhana. Entretien de Krishna avec Youdhishthira. Entretien de Bhîma avec Youdhishthira.


3342. Dhritarâshtra dit : Que pensa de cette question le très fort Baladeva, le plus grand des Madhavides, quand il eut vu le roi, tué dans le combat d’une façon irrégulière, ô cocher ?

3343. Raconte-moi, ô Sañjaya, ce que fit le Rohinien habile aux combats à la massue, en connaissant les particularités de ce combat.

3344. Sañjaya répondit : En voyant la tête de ton fils frappée par Bhîmasena, le fort Râma, le meilleur des guerriers, poussa un grand cri 31

3345. Alors, au milieu des Indras des hommes, Halâyoudha leva les bras au ciel et poussa un cri de désespoir en disant : « Fi ! Fi ! ô Bhîma,

3346. Honte aux coups portés au-dessous du nombril, dans un combat régulier. Ce que Vrikodara a fait, ne s’était pas encore vu dans un combat à la massue.

3347. Le livre des préceptes établit qu’on ne doit pas frapper au-dessous du ventre, mais ce fou, ignorant des régies, a frappé à sa propre fantaisie. »

3348. Comme il parlait ainsi, sa colère devint extrême. Le fort (Râma), ayant levé la charrue (qu’il portait en guise d’armes), se précipita sur Bhîma.

3349. L’éclat de ce magnanime, les bras levés, était pareil à (celui) d’une grande montagne blanche, émaillée de nombreux minéraux.

3350. Le fort et sage Keçava s’efforça de l’embrasser fortement avec ses deux bras puissants, au moment où il se précipitait (sur Vrikodara).

3351. Alors (Râma) le blanc, et (Klirishna) le noir, resplendirent d’un plus grand (éclat), comme la lune et le soleil à la fin du jour.

3352-3354. Keçava dit à (son frère) irrité, et comme pour l’apaiser : « La manière d’augmenter ce qui est à nous est de six sortes : l’accroissement de notre propre individu ; celui de nos amis et le bonheur des amis de nos amis. (Il faut ajouter) le contraire en ce qui concerne les ennemis : (la ruine de l’ennemi, celle de l’ami de l’ennemi, et celle de l’ami de l’ami de l’ennemi). Mais si, au contraire, (le malheur atteint), soit notre propre individu, soit nos amis, il faut nous hâter d’y apporter remède, en combattant notre propre inertie. Les fils de Pândou ont accompli des actes héroïques dans les combats.

3355. Eux, les propres fils de la sœur de notre père, ont été profondément humiliés par leurs ennemis. Nous savons (d’ailleurs) que l’accomplissement d’une promesse, est un devoir pour les kshatriyas.

3356. Bhîma, avait, (au milieu de) l’assemblée, fait cette promesse : « Dans un grand combat, je briserai avec ma massue, les deux cuisses de Souyodhana. »

3357. Jadis le grand rishi Maitreya, maudit (Douryodhana) en lui disant, ô tourmenteur de Tennemi : « Bhîma te brisera les deux cuisses. »

3358. « Je ne vois pas de faute (commise dans ce qui s’est passé). Ne sois donc pas irrité, ô meurtrier (du daitya) Pralarabha. Nous sommes attachés aux Pândouides par les liens de famille aussi bien que par ceux de l’affection.

3359. Notre (fortune) s’accroîtra des progrès de la leur. Ne sois donc pas irrité, ô taureau des hommes. » Après avoir entendu cette parole du Vasoudevide, (Balarâma) qui porte une charrue (pour arme), connaisseur des devoirs, lui répondit :

3360. La vertu est pratiquée dans sa perfection par les gens de bien. Elle est observée en tenant compte de deux choses, de l’utile, pour celui qui est attaché à ses intérêts, et de l’agréable, pour celui qui s’adonne (à ses plaisirs).

3361. Celui qui, sans porter atteinte à la vertu et à l’utile, ni à la vertu et à l’agréable, ni à l’utile et à l’agréable, pratique la vertu et obtient l’utile et l’agréable, jouit d’un bonheur complet.

3362. Quoi que tu me dises, ô Govinda, cet (ensemble) dont (je viens de parler) a été troublé parce que Bhîmasena a négligé le devoir.

3363. Le vénérable Krishna dit : Tu es connu dans le monde pour avoir l’âme vertueuse, ne pas t’abandonner à la colère et être fidèle au devoir. Apaise-toi donc et ne sois pas irrité.

3364. Reconnais que l’âge Kali (de fer) est arrivé et (souviens-toi) de la promesse du fils de Pândou. (Laisse-le donc) accomplir cette promesse et payer l’hostilité (qu’on lui a témoignée).

3365. Sañjaya dit : Ô maître des hommes, en entendant Keçava (vanter) la violation même du devoir, Râma ne fut pas satisfait et prononça ces paroles dans l’assemblée :

3366. Pour avoir frappé Souyodhana d’une manière irrégulière, le fils de Pândou ira à la postérité, avec le renom d’un guerrier déloyal,

3367. Tandis que le vertueux Douryodhana obtiendra une félicité éternelle, (car) le roi fils de Dritarâshtra, combattait loyalement quand il a été tué .

3368. Il s’est livré à l’œuvre pieuse des combats, sur le champ de bataille, il a disposé son combat comme un sacrifice, il s’est sacrifié sur le feu, (représenté par) son ennemi et s’est plongé dans lej bain purifiant de la gloire.

3369. Après avoir ainsi parlé, le magnanime fils de Rohinî, pareil à un nuage blanc, monta sur son char et se dirigea vers Dvârakâ.

3370. Ô maître des hommes, quand Râma fut parti pour Dvârakà, les Pâñcâlas, les Vrishniens et les Pândouides étaient loin de se réjouir.

3371. Alors le Vasoudevide adressa ces paroles à Youdhishthira qui, l’esprit abattu par le chagrin, avait la tête baissée et était triste et pensif.

3372, 3373. Le Vasoudevide dit : Ô Dharmarâja, pourquoi as-tu permis une chose inconvenante, en regardant, (sans t’y opposer), Bhîmasena écraser du pied la tête de Douryodhana, cet insensé tombé (à terre), et dont les parents sont tués ? Est-ce ainsi, ô roi, que tu entends les devoirs des gens de bien ?

3374. Youdhishthira dit : Ô Krishna, il ne m’a pas été agréable que Vrikodara ait, dans sa colère, touché du pied la tête du roi, et je ne me réjouis pas de l’extermination de (ma) famille.

3375. (Mais nous avons) toujours été injustement humiliés par les fils de Dhritarâshtra. (Nous avons été) bannis dans les bois, où nous avons éprouvé bien des souffrances.

3376. Cela a été excessivement pénible au cœur de Bhîmasena, ô Vrishnien ; en y réfléchissant, je n’ai pas compris (ce que l’acte de mon frère avait de répréhensible).

3377. Aussi, après avoir tué (cet) homme avide, (qui poursuivait avec) prudence (l’accomplissement) de ses désirs et de sa volonté, permets aux fils de Pândou de faire ce qu’ils souhaitent, que ce soit, ou non, convenable.

3378. Sañjaya dit : Ayant entendu ces paroles de Dharmarâja, le Vasoudévide continuateur de la race d’Yadou, dit, non sans peine : « Soit. »

3379. Après que le Vasoudévide, qui désirait tout ce qui était utile et agréable à Bhîma, eut ainsi parlé, (Dharmarâja ) se réjouit de tout ce qui avait été fait par son frère, dans le combat.

3380, 3381. Ô maître des hommes, l’impatient et très énergique Bhîmasena, joyeux, les yeux épanouis de plaisir, fier de sa victoire après avoir tué ton fils dans le combat, se plaça devant Dharmarâja, le salua, et lui dit, après avoir fait l’añjali :

3382. Ô roi, maintenant la terre est à toi. Elle n’offre plus aucun danger et elle a perdu ses épines. Jouis en, ô grand roi, observe ta propre loi.

3383. L’auteur de cette injuste hostilité, à qui l’iniquité était chère, gît privé de vie sur le sol, ô maître de la terre.

3384. Et tous ces (hommes) qui nous injuriaient, à commencer par Dousçâsana, (ainsi que) Karna et Çakouni, sont tués.

3385. Cette terre remplie de joyaux, avec ses bois et ses montagnes, rentre aujourd’hui en ta (possession), ô grand roi, dont les adversaires sont anéantis.

3386, 3387. Youdhisthira dit : La mort du roi Souyodhana a terminé la guerre. (Nous avons) conquis cette terre en suivant les avis de Krishna. Grâce au ciel, tu as payé la dette que tu avais contractée envers ta mère, envers ta colère. Grâce au ciel, tu as triomphé d’un homme difficile à vaincre. Grâce au ciel, l’ennemi est abattu.





CHAPITRE LXII


COLLOQUE DE KRISHNA ET DES FILS DE PÂNDOU


Argument : Joie des Pândouides en constatant la mort de Douryodhana, Louanges données à Bhîma. Discours de Krishna. Douryodhana fait un effort pour se relever et répond à Krishna, qu’il accuse de tous ses maux. Réponse de Krishna. Nouveau discours de Douryodhana. Il se produit des prodiges qui humilient et effraient l’armée Pândouide. Discours de Krishna pour rassurer cette armée. Les Pândouides rentrent dans leurs tentes pour se reposer.


3388. Dhritarâshtra dit : Ô Sañjaya, que firent les Pândouides et les Sriñjayas, quand ils eurent vu Douryodhana frappé dans la bataille par Bhîmasena ?

3389. Sañjaya dit : Quand ils virent Douryodhana frappé dans le combat par Bhîmasena, comme un éléphant sauvage est tué par un lion, ô grand roi,

3390. Les Pândouides, avec Krishna, furent remplis de joie. Quand le descendant de Kourou eut été tué, les Pâñcâlas et les Sriñjayas

3391. Lancèrent leurs vêtements en l’air et poussèrent des rugissements. La terre (semblait à peine) pouvoir les porter, (tant leur joie débordait).

3392. Les uns déchargeaient leurs arcs, les autres en faisaient vibrer la corde, d’autres soufflaient dans leurs grandes conques, d’autres (encore) battaient des tambours doundoubhis.

3393. D’autres aussi, de tes ennemis, raillaient et riaient. Les héros adressèrent, à plusieurs reprises, ces paroles à Bhîmasena :

3394. Tu as accompli aujourd’hui, dans le combat, un exploit très difficile, en tuant avec ta massue l’Indra des Kourouides, très expert dans les exercices militaires.

3395. Car tous les hommes considéraient la mort de ton ennemi, comme aussi difficile à donner que celle que, dans un combat suprême, Indra donna à Vritra.

3396. Quel autre que Vrikodara eût pu tuer Douryodhana, se livrant à toutes sortes d’évolutions, (dans lesquelles il décrivait) des cercles (d’escrime).

3397. Tu es venu à bout de cette hostilité, qu’un autre eût très difficilement pu terminer ; nul autre que toi n’eût pu accomplir un tel exploit.

3398. Grâce au ciel, ô héros, tu as écrasé du pied, sur le champ de bataille, la tête de Douryodhana, comme (eût pu le faire) un éléphant furieux.

3399. Grâce au ciel, ô homme sans péché, après un combat merveilleux, semblable à celui d’un buffle contre un lion, tu as bu le sang* de Dousçâsana.

3400. Par tes exploits, tu as foulé aux pieds la tête de ceux qui firent injure au vertueux Youdhishthira.

3401. Par suite de ta supériorité sur les ennemis, et du meurtre de Douryodhana, ô Bhîma, grâce au ciel, ta gloire s’est répandue sur la terre.

3402. De même que les poètes louent Çakra d’avoir tué Vritra, de même, ô Bharatide, nous te félicitons d’avoir tué ton ennemi.

3403. Sache, ô Bharatide, que nos poils, (que la joie de voir) Douryodhana tué, avait hérissés, n’ont pas (encore) repris leur position naturelle.

3404-3406. Telles étaient les louanges adressées à Bhîmasena. En entendant parler (ainsi), les Pâncâlas et les Pândouides, ces tigres des hommes, le meurtrier de Madhou leur tint un autre langage. « Ô maîtres suprêmes des hommes, (leur dit-il), il n’est pas convenable de continuer de tourmenter, par des paroles cruelles, un homme abattu. Ce sot est tué. Il a péri, ce méchant, rempli d’impudence,

3407, 3408. Avare, ami infidèle, foulant aux pieds les contrats écrits. (Quoi qu’il en fût) souvent requis par Vidoura, Kripa, Drona, le fils de la Gangâ et par les Sriñjayas, il ne (voulut jamais consentir à) rendre leur héritage paternel aux fils de Pândou. Maintenant ce (prince), le plus vil des hommes, n’est plus capable (d’être considéré comme) un ami ou un ennemi 32

3409. À quoi bon, invectiver cet (homme devenu) semblable à un morceau de bois entièrement brisé ? Ô rois de la terre, hâtez-vous de monter sur vos chars. Nous nous en allons.

3410. Grâce au ciel, ce (roi) à l’âme mauvaise est tué, avec ses ministres, ses parents et ses partisans. Mais, en entendant ces outrages (qui lui étaient adressés par) Krishna, le roi Douryodhana,

3411. Saisi d’une impatiente colère, ô maître des hommes, (essaya de) se lever, reposant sur ses fesses et s’appuyant sur ses deux bras.

3412. Fronçant les sourcils, il lança au Vasoudevide un regard (terrible). Le roi, à demi dressé, ressemblait ainsi à un

3413. Serpent qui a la queue coupée, ô Bharatide ; sans songer à l’agonie terrible qui abrégeait sa vie,

3414. Douryodhana piqua le Vasoudevide par de cruelles paroles. « Ô ironique esclave de Kamsa, dit-il, tu es sans pudeur.

3415. Si j’ai été irrégulièrement abattu dans le combat à la massue, (c’est) toi (qui en as été) la cause), en rappelant les souvenirs de Bhîmasena et en lui disant : « Brise-lui les deux cuisses. »

3416, 3417. Pourquoi n’ai-je pas entendu ce que tu as dit à Arjouna ? Après que, par divers moyens déloyaux, tu as fait tuer des milliers de rois qui combattaient loyalement, tu ne manifestes aucune honte, (pas plus que) tu ne montres de compasssion, après avoir causé la destruction d’un grand nombre de héros.

3418. Notre grand-oncle Bhîshma a péri sous tes coups. (Il est vrai que) tu avais mis en avant Çikhandin (pour le tuer). Après que tu as eu tué l’éléphant qui avait le même nom qu’Açvatthâman,

3419-3421. Le précepteur (Drona) a déposé les armes. Pourquoi ne m’en suis-je pas aperçu ? Tu as vu cet homme héroïque, quand il était abattu par le méchant Dhrishtadyoumna, et tu ne l’as pas secouru ! Qui a fait plus de mal que toi, qui as fait tomber sur Ghatolkaca (fils de Bhîma et d’une rakshasâ), la lance même (que Karna avait demandée à Indra), pour tuer le fils de Pândou (Arjouna) ? Le fort Bhoûriçravas, presque mort, ayant les mains coupées,

3422. A été tué par toi, par (l’intermédiaire) du magnanime petit-fils de Çini. Karna avait accompli de grands exploits, (poussé) par le désir de vaincre le fils de Prithâ.

3423. Mais, aussi malheureux qu’Açvasena, fils du roi des serpents, il a été vaincu, quand sa roue est tombée (dans l’ornière).

3424-3426. Karna, qui ne songeait qu’à remettre sa roue (en état), ce (héros), le premier des hommes, a été abattu dans la bataille ^^ Si tu avais loyalement combattu Karna, Bhîshma et Drona, (tandis qu’ils) se tenaient sur leurs gardes, certainement tu ne les aurais pas vaincus. Mais, nous et d’autres princes, qui obéissions à nos devoirs, nous nous sommes fait tuer par toi, par trahison et sans noblesse.

3427. Le Vasoudevide dit : Ô fils de Gândhâri, tu as été tué avec tes frères, tes fils, tes partisans, tes troupes et tes amis, parce que vous aviez suivi une mauvaise voie.

3428. Ce sont tes mauvaises actions qui ont fait abattre les deux héros Bhîshma et Drona, et Karna a péri dans la bataille pour avoir imité ta méchante conduite.

3429. Ô fou, (quand tu as été) imploré par moi, ta cupidité, encouragée par Çakouni, (t’a empêché) de rendre aux fils de Pândou la part de royauté (qui leur venait de) leur père.

3430. C’est toi qui as fait donner du poison à Bhîmasena. Tu as fait incendier tous les fils de Pândou avec leur mère, dans la maison de laque, ô insensé.

343L (À l’occasion du) jeu de dés, la Yajnasenienne (Draupadî), qui se trouvait au moment critique de son mois, a été tourmentée (par tes ordres). Ô impudent à l’âme souillée, tu devais être tué.

3432. Tu as été tué dans le combat parce que, (guidé) par le Soubalide qui connaissait les dés, tu as vaincu celui qui n’était pas au fait de ce jeu, (mais) qui connaissait les devoirs.

3433. Parce que Krishna (Draupadî) a été tourmentée dans le bois par le méchant Jayadratha, près de l’ermitage de Trinavindou, alors que (ses époux) étaient à la chasse ;

3434. Et parce que le jeune Abhimanyou, qui était seul, a été tué dans le combat par plusieurs (guerriers), à ton instigation, ô méchant, (à ton tour) tu as été tué dans la bataille .

3435. Par manque complet de vertu, tu as commis les actes dont tu prétends que nous aurions dû nous abstenir.

3436. Tu n’as pas écouté les leçons d’Ouçanas et de Vrihaspati. Tu n’as pas suivi les conseils des vieillards ; une bonne parole n’a jamais été écoutée par toi.

3437. Tu as toujours obéi à ta volonté, (guidé par) ta cupidité et ta grande avarice. Tu as fait ce qui n’était pas à faire : les fruits pervers ont mûri. Supportes-en les conséquences.

3438. Douryodhana dit : J’ai étudié (les Védas) ; j’ai offert des dons suivant les règles ; j’ai gouverné la terre avec les mers ; je me suis placé au-dessus de mes ennemis. Qui donc a été plus heureux que moi ?

3439. Si (la mort dans le combat), cette fin que les Kshatriyas fidèles à leurs devoirs souhaitent, a été obtenue par moi, qui donc me surpasse en bonheur ?

3440. J’ai goûté des jouissances humaines, que les rois obtiennent difficilement. J’ai exercé la suprême souveraineté. Qui donc a été plus heureux que moi ?

3441. impérissable, j’irai au Svarga, avec mes amis et mes frère puînés, tandis que vous pleurerez de voir vos désirs non accomplis.

3442. Sañjaya dit : À la fin de ce discours du sage roi de Kourou, il tomba une très abondante pluie de fleurs qui répandaient un agréable parfum.

3443. Les Gandharvas firent entendre le son d’admirables instruments de musique, et les Apsaras chantèrent tout ce qui faisait l’objet de la gloire du roi.

3444. Les Siddhas, ô Bharatide, prononcèrent ces paroles : « Bien ! bien ! » et un vent parfumé, doux, agréable, à l’excellente odeur, se mit à souffler.

3445. Toutes les régions de l’horizon resplendirent, et le ciel devint (aussi bleu) que le lapis lazuli. Ceux que conduisait le Vasoudevide, en contemplant ces prodiges,

3446. Et envoyant les honneurs rendus à Douryodhana, rougirent de honte. Remplis de douleur, ils pleurèrent en entendant dire que c’était d’une manière déloyale qu’avaient été tués

3447. Bhîshma, Drona, Karna et Bhoûriçravas. Mais, en voyant les Pândouides pensifs et l’esprit abattu,

3448, 3449, Krishna leur dit d’une voix retentissante comme le tonnerre ou le bruit du tambour : « Ce roi, qui possédait des astras très puissants, et tous ces grands guerriers, n’auraient pas pu être tués dans un combat régulier. Ce prince ne pouvait, en aucune façon, succomber dans une lutte loyale,

3450, 3451. (Pas plus que) tous ces grands guerriers, (qui étaient) de grands archers. Désirant votre bien, je les ai tous fait périr dans la bataille, en ayant, à plusieurs reprises, recours à des moyens magiques. Si je ne me fusse pas conduit ainsi dans le combat,

3452. Comment eussiez-vous obtenu la victoire, et à plus forte raison la royauté et la fortune ? Car ces quatre (héros) étaient les plus grands guerriers (qui aient jamais paru) sur la terre.

3453. Ils ne pouvaient pas être tués d’une manière régulière, même par les protecteurs du monde. Et ce fils de Dhritarâshtra, dont la fatigue était dissipée, et qui avait sa massue à la main,

3454. Ne pouvait pas périr (dans une lutte) régulière ici bas, fût-ce (sous les coups de) la mort armée de son bâton. Il ne doit donc pas vous tenir au cœur qu’on ait fait tuer cet ennemi.

3455. (Quand) les adversaires (sont) nombreux et supérieurs (à nous), ils doivent être détruits par des moyens irréguliers, et en ayant recours à la ruse. Cette voie a été suivie par les dieux, les premiers, pour tuer les asouras.

3456. Le chemin parcouru par les bons doit l’être par tous. Nous avons fait, certes, ce qu’il fallait faire. Le soir (est venu). Nous allons prendre plaisir (à nous reposer) dans nos demeures.

3457-3459. Nous tous, les rois des hommes, allons prendre du repos, avec nos chevaux, nos éléphants et nos chars. » Après avoir entendu les paroles du Vasoudevide, les Pâñcâlas et les Pândouides rugirent comme une multitude de lions. À la vue de Douryodhana tué, ils soufflèrent de joie dans leurs conques, et le Madhavide (souffla aussi dans sa conque) Pâñcajanya, ô taureau des hommes.





CHAPITRE LXIII


DISCOURS DU VASOUDÉVIDE


Argument : Les fils de Pândou prennent possession de la tente de Douryodhana. Le char d’Arjouna brûle spontanément. L’explication de ce prodige est donnée par Krishna. Sa conversation avec Youdhishthira qui l’envoie pour apaiser Gândhâri.


3460. Sañjaya dit : Alors, tous ces princes, dont les bras étaient pareils à des barres de fer, rentrèrent dans leurs demeures, en soufflant dans leurs conques.

3461. Youyoutsou et le grand archer Satyakide suivirent les fils de Pândou qui se rendaient à notre camp, ô maître des hommes.

3462. Dhrishtadyoumna, Çikhandin, les fils de Draupadî et tous les autres grands guerriers, rentrèrent de toutes parts dans leurs tentes.

3463. Les Prithides entrèrent alors dans la tente de Douryodhana, dont la splendeur était détruite, dont le maître était tué, qui ressemblait à une scène (de théâtre) dont les spectateurs seraient sortis,

3464. Pareille à une ville privée de fêtes, à un étang dont sont éloignés les éléphants (qui se jouaient sur ses bords), occupée par de vieux ministres et surtout par des femmes et des eunuques.

3465. Les suivants de Douryodhana, revêtus de vêtements jaunâtres, les attendaient en faisant l’añjali.

3466. Les fils de Pândou, les plus grands des guerriers, ayant atteint la tente du roi de Kourou, descendirent de leurs chars, ô grand roi.

3467. Alors, ô excellent Bharatide, Keçava, toujours porté à être agréable (aux Pândouides), se leva et dit à l’archer porteur de Gàndîva :

3468. « Descends (du char l’arc) Gândîva et les deux grands carquois inépuisables. Je descendrai ensuite moi-même, ô le plus grand des Bharatides.

3469. Descends aussi. C’est pour ton bien, ô homme sans péché. » Le héros Dhanañjaya, fils de Pândou, fit ce que (Keçava lui avait prescrit).

3470. Pais, le prudent Krishna, abandonnant les rênes des chevaux, descendit du char de l’archer de Gândiva.

3471. Quand (Keçava), le très magnanime maitre de tous les êtres, en fut descendu, le singe divin, étendard de l’archer (porteur) de Gândîva, disparut.

3472. Ainsi que ce grand char, resplendissant d’un feu que nul (homme) n’avait allumé ; (il était brûlé) par les astres divins (lancés jadis) par Drona et par Karna.

3473. Ce char de l’archer de Gândîva, avec les carquois, les rênes, les chevaux et le joug, tomba à terre, réduit en cendres.

3474. En le voyant ainsi consumé, ô roi, les fils de Pândou furent remplis d’étonnement, et Arjouna dit,

3475. En saluant Krishna et après s’être jeté affectueusement à ses pieds en faisant l’anjali : « Ô adorable Govinda, pourquoi ce char est-il dévoré par le feu ?

3476. Pourquoi ce grand prodige, ô descendant d’Yadou ? Ô guerrier aux grands bras, dis-le moi, si tu penses que je doive l’entendre. »

3477. Le Vasoudevide dit : Ô Arjouna, il a jadis été incendié par des astres de diverses sortes. Ô tourmenteur des ennemis, s’il n’a pas, (alors), été anéanti, c’est que je me trouvais dessus dans la bataille.

3478. Maintenant que ta tâche est remplie et que je l’ai quitté, il disparaît, brûlé par l’ardeur (des armes) de Brahma.

3479. Et, souriant, l’adorable Keçava, tueur des ennemis, dit à Youdhishthira, en l’embrassant :

3480. Grâce au ciel tu triomphes, ô fils de Kountî. Grâce au ciel les ennemis sont tués, grâce au ciel l’archer porteur de Gândîva, Bhîmasena fils de Pândou,

3481. Les deux Pândouides fils de Mâdrî, et toi, vous avez échappé à ce combat qui fut la ruine des héros, et vos ennemis sont détruits.

3482-3484. Ô Bharatide, fais vite ce que tu vas avoir à faire. Quand j’ai paru à Oupaplavya, en me présentant, avec l’archer porteur de Gândîva, le madhouparka (mélange de miel offert aux hôtes), tu m’as dit : « Ô Krishna, Dhanañjaya que voici, est ton frère et ton ami. Ô guerrier aux grands bras, tu dois le garantir de toutes les calamités. » Je t’ai répondu : « Qu’il en soit ainsi. »

3485. « Ô maître des hommes, cet ambidextre victorieux, à la vraie valeur, protégé (par moi) ainsi que ses frères, à cause de toi,

3486, 3487. Est sorti vivant de cette guerre destructive des héros et qui faisait hérisser le poil (de terreur). » Ayant entendu ces paroles de Krishna, Dharniaràja Youdhishthira, le poil hérissé, répondit à Janârdana :

3488. Youdhishthira dit : Quai aufro que toi, ô broyeur des ennemis, fût-ce Pourandara le porteur de la foudre. eût pu endurer l'astra de Brahma, lancé par Drona et par Karna ?

3489. C’est grâce à toi que les conjurés ont été vaincus et que le fils de Prithà n a pas été mis en fuite, (quand il a pris part) à la grande bataille.

3490, 3491. Ô guerrier aux grands bras, il en a été de même pour moi à plusieurs reprises. Le maharshî Dvaipâyana m’a dit quel serait le résultat de (tes) œuvres, et le développement de l’éclat de ton énergie. « Là où est la vertu, là est Krishna. Là où est Krishna, là est la victoire, »

3492. Ainsi me dit-il. Après cette conversation, ces héros, qui étaient entrés dans ton camp, se dirigèrent vers les amas de trésors, de joyaux et de richesses.

3493. L’or, l’argent, les pierres précieuses, les ornements principaux, les couvertures de laine et les fourrures,

3494. Les chevaux et les innombrables captives, ainsi que les insignes de la royauté. Mis en possession de tes inépuisables richesses, ô excellent Bharatide,

3495, 3496. Les Indras des hommes, heureux d’avoir tué leurs ennemis, poussèrent des cris (de joie). Tous ces héros Pândouides, avec le Satyakide, ayant dételé leurs chars, restèrent un instant en ce lieu pour se reposer. Puis, ô grand roi, le très glorieux Vasoudevide leur dit :

3497. « Il nous faut, pour notre salut, sortir du camp. » Quand il eut ainsi parlé, tous les fils de Pândou et le Satyakide

3498. Sortirent (du camp) avec le Vasoudevide, en vue de leur conservation. S’étant approchés de la salutaire rivière Oghavatî (la Sarasvati, celle qui a des flots), ô roi,

3499. Les fils de Pândou, dont les ennemis étaient tués, (y) passèrent la nuit. Puis ils renvoyèrent l'Yadouide à la ville qui tire son nom des éléphants.

3500. Le majestueux Vasoudevide, ayant fait monter (son cocher) Dàrouka sur son char, se hâta d’aller là où se trouvait le roi fils d’Ambikâ.

3501. Au moment où il allait mettre en mouvement le char attelé de (ses chevaux) Çaibya et Sougrîva, ils lui dirent : « Console la glorieuse Gàndhârî dont les fils sont tués. »

3502. Ce (prince), le plus grand des Sattvatides, à qui les fils de Pàndou avaient ainsi parlé, se dirigea vers la ville et se hâta de joindre Gândhàrî, à qui la mort avait ravi ses fils.






CHAPITRE LXIV


RENSEIGNEMENTS DONNÉS À DHRITARÂSHTRA ET À GÂNDHÂRÎ


Argument : Janamejaya demande des détails sur le voyage de Krishna. Vaiçainpâyana les lui donne. Youdhishthira craint la colère de Gândhârî, et envoie Krishna pour consoler cette reine. Départ de Krishna et son arrivée à Hastinapoura. Il est reçu par Dvaipâyana et introduit en présence du roi et de la reine. Il parle à Dhritarâshtra, lui expose que les torts viennent de lui et l’exhorte à pardonner aux fils de Pàndou. Il parle aussi à Gândhârî, lui rappelle ce qui s’est passé et la supplie de calmer sa colère. Krishna demande qu’on empêche le mal que Kripa, Kritavarman et Açvatthâman, projettent de faire aux Pândouides.


3503. Janamejaya dit : Pourquoi, ô tigre des brahmanes, Dharmarâja Youdhishthira envoya-t-il vers Gândhârî le Vasoudevide tourmenteur des ennemis ?

3504. Jadis Krishna était allé vers les Kourouides pour conclure la paix et, comme il n’avait pas réussi dans sa tentative, le combat s’était engagé.

3505. Mais quand tous les guerriers furent tués, ainsi que Douryodhana, quand les fils de Pândou n’eurent plus sur la terre d’adversaires pour les combattre,

3506. Et qu’ils eurent obtenu une glorie suprême, quand le camp fut vide (des soldats qui avaient été) mis en fuite, quel fut donc, ô brahmane, le motif pour lequel Krishna retourna (vers Dhritarâshtra) ?

3507. Ô brahmane, je ne crois pas que cette cause fût légère, puisque c’était Janârdana lui-même, à la grandeur d’âme démesurée, qui allait (remplir cette mission).

3508. Ô le plus grand des prêtres versés dans le Yayourveda, raconte-moi tout, (comment les choses se sont) véritablement (passées) et la cause qui fit décider ce voyage,

3509. Vaiçampâya dit : La question que tu me poses, ô prince, est digne de toi. Je vais te raconter comment (tout) se passa, ô excellent Bharatide.

3510, 3511. En voyant Douryodhana, le très fort fils de Dhritaràshtra, abattu dans un combat à la massue, d’une manière déloyale, et tué par Bhîmasenaqui ne s’était pas conformé aux règles établies, ô roi, une grande crainte envahit Youdhishthira,

3512. En pensant aux austérités auxquelles se livrait la bienheureuse Gândhârî, qui, grâce à l’ascétisme terrible (qu’elle pratiquait), était capable de consumer l’ensemble entier des trois mondes.

3513. Et, en réfléchissant (à ce danger), il eut cette pensée : « Il faut d’abord apaiser la colère dont Gândhârî est enflammée,

3514. Car, en apprenant que nous avons ainsi tué son fils, elle pourrait nous réduire en cendres, par le feu de sa pensée.

3515. Comment Gândhârî supportera-t-elle ce terrible chagrin, quand elle apprendra que son fils, qui combattait loyalement, a été tué par un moyen frauduleux ? »

3516. Après avoir, à plusieurs reprises, réfléchi ainsi, Dharmarâja, rempli de crainte et de chagrin, dit ces mots au Vasoudevide :

3517. Grâce à ta faveur, ô Govinda, les épines (qui hérissaient) ma couronne ont disparu. Ô homme sans péché, nous avons obtenu (un résultat), auquel nous ne pouvions pas même songer.

3518. Ô guerrier aux grands bras, tu as, sous mes yeux, soutenu des combats qui faisaient hérisser le poil (de terreur), ô descendant d’Yadou.

3519. Comme, jadis, tu as prêté ton aide dans la bataille entre les dieux et les asouras, pour tuer les ennemis des immortels, qui, (en effet), ont succombé,

3520. De même nous avons été secourus par toi, ô impérissable, car tu as soutenu (nos forces, en consentant) à être le cocher d’Arjouna, ô Vrishnien aux grands bras.

3521. Si tu n’avais pas protégé Phâlgouna dans cette grande bataille, comment cette armée, pareille à un océan, eût-elle pu être vaincue ?

3522. 3523. Tu as supporté pour nous des coups de massue, de pilons, de piques, de (lances) bhindipâlas, de javelots et de haches, ainsi que la chute des épées, (aussi terrible) que la foudre. Tu as eu à entendre des paroles dures.

3524. La mort de Douryodhana a rendu ces (souffrances) avantageuses, ô impérissable. Mais, ô Krishna, fais que le résultat de toutes ces (fatigues) ne soit pas compromis.

3525. Nous avons obtenu la victoire, et (cependant) notre esprit est en proie au doute. Car, ô Madhavide aux grands bras, tu connais la colère de Gândhârî.

3526. Quand cette (femme) bienheureuse, qui pratique un ascétisme terrible, apprendra la mort de ses fils et de ses petits-fils, elle nous réduira certainement en cendres.

3527, 3528. Ô héros, je crois que le moment est venu de l’apaiser. Et quel autre que toi, ô le plus grand des hommes, est capable de regarder (en face) cette (reine), aux yeux rougis par la colère, et tourmentée par le malheur de ses enfants ? Il m’est agréable que tu ailles faire une visite à(Hastinapoura) en mon nom,

3539. Pour calmer Gândhârî brûlante de colère, ô dompteur des ennemis. Tu es l’auteur et le transformateur des mondes, le plus grand des dieux (qui tirent de toi) leur origine,

3530. Ô guerrier aux grands bras, tu te hâteras d’apaiser Gândhârî, en employant, selon les circonstances, des discours appuyés de raisonnements et de preuves.

3531, 3532. Notre ancêtre, l’adorable Krishna Dvaipâyana sera présent ; ô homme aux puissants bras, bienveillant envers les fils de Pàndou, tu dois, par tous les moyens (possibles), calmer la colère de Gàndhàrî. Le continuateur de la race d’Yadou, ayant entendu ces paroles de Dharmarâja,

3533. Dit, en s’adressant à (son cocher) Dârouka : « Qu’on prépare mon char. » Dârouka, ayant entendu les paroles de Keçava, se hâta (d’exécuter son ordre)

3534. Et fit connaître au magnanime Keçava que le char (était) prêt. Le meilleur des Yadouides, tourmenteur des ennemis, étant monté sur son char,

3535, 3536. Le puissant Keçava, se hâta d’aller à Hastinapoura. Alors, l’adorable maître de char, l’héroïque Madhavide, se mit en route, ô grand roi, et s’étant approché de la ville qui tire son nom des éléphants, (y) entra. Le héros, (une fois) entré, fît résonner (les rues de) la ville, du bruit de son char.

3537. (Krishna), reconnu (ainsi) par Dhritaràshtra, sans laisser abattre son esprit, s’approcha du palais du roi, et descendit de son char.

3538-3540. Il vit d’abord le plus grand des rishis venir (à sa rencontre). Keçava Janârdana, qui n’avait en vue (que la mission dont il était chargé), ayant embrassé les pieds de Krishna (Dvaipâyana) et du roi, salua respectueusement Gândhârî. Le meilleur des Yadouides, Adhohkshaja (Vishnou, né sous l’aisselle), prit la main de Dhritarâshtra et poussa un grand cri. Au bout d’un instant, il put faire sortir des paroles que lui dictait le chagrin.

3541. Après avoir essuyé ses yeux et fait l’ablution selon la règle, le dompteur des ennemis adressa ces mots à Dhritarâshtra :

3542, 3543. « Aucune chose passée ou à venir ne t’est cachée. Tu sais ce qui a eu lieu entre toi et les Pândouides qui, pensaient comme toi (qu’il fallait) éviter la ruine de la famille et de la caste des Kshatriyas, et qui en cherchaient les moyens.

3544. Dharmarâja (Youdhishthira, fils de Dharma), vaincu frauduleusement au jeu de dés, a fait une convention, et à patiemment habité dans les bois avec ses frères .

3545. Sous le couvert de déguisements, il s’est assujetti à vivre inconnu. (Les Pândouides ont toujours souffert) des tourments nombreux comme (s’ils eussent été) des hommes sans puissance.

3546. Quand le combat a été imminent, je suis venu (en leur nom) te demander, en présence de tout le monde, cinq villages (pour tes neveux).

3547. Poussé par le destin et (guidé) par la cupidité, tu les as frustrés (de leurs droits). Ta faute, ô roi, a entraîné la ruine de toute la caste des Kshatriyas 34.

3548, 3549. La paix ta été continuellement conseillée par Bhîshma, Somadatta, le Bàhlikien, Kripa, Drona, et le fils de ce (dernier), ainsi que par le sage Vidoura. Tu n’as pas voulu suivre les conseils qu’on te donnait, ô Bharatide, parce que ceux qui sont aux ordres du destin, sont frappés de folie,

3550. Comme tu l’as été jadis dans cette circonstance. Quelle autre issue se présente-t-elle que la destinée ?

3551. Et n’impute pas la faute aux fils de Pàndou, ô grand roi, car ils n’en ont commis aucune, pas même une très petite,

3552. Ni contre la loi, ni contre le devoir, ni même contre l’affection, ô tourmenteur des ennemis. Mais, réfléchissant que tout provient de ta propre faute,

3553. Tu ne dois pas imputer ton désespoir aux fils de Pândou. La famille, la race, les gâteaux funéraires et ce qu’ont à attendre d’un fils,

3554. Gândhâri et toi-même, reposent maintenant sur les fils de Pàndou. Et même, ô tigre des hommes, toi et la glorieuse Gândhârî,

3555. Ne vous considérez pas comme offensés par vos neveux. Ô tigre des hommes, après avoir réfléchi à tous les malheurs que tu éprouves (par ta faute),

3556, 3557. Protège vertueusement les fils de Pàndou, ô taureau des Bharatides. Tu connais, ô guerrier aux grands bras, le respect que Dharmarâja a pour toi, sa bienveillance à ton égard et l’affection qu’il t’a spontanément vouée, ô tigre des hommes. Après avoir fait de ses ennemis ce massacre qui est pénible à son cœur.

3558, 3559. Il est, nuit et jour, brûlé (de chagrin) et n’est pas heureux. Ô tigre des hommes, il pleure sur toi et sur la glorieuse Gândhârî, et ne peut trouver la paix de l'âme. En proie à une crainte extrême, il n’ose venir vers toi,

3560, Qui es dévoré par le chagrin (causé par la mort) de tes fils, et dont de (tristes) pensées troublent les sens. » Le plus grand des Yadouides, ô grand roi, ayant ainsi parlé à Dhritarâshtra,

3561, Adressa ces excellentes paroles à Gândhârî abattue par le chagrin : « Ô fille de Soubala, écoute, toi (aussi), et prête l’oreille à ce que je vais te dire :

3562, 3563. Ô belle (reine), il n’existe pas en ce moment dans le monde une femme pareille à toi. Tu sais que tu as adressé devant moi au roi de bonnes et vertueuses paroles, utiles aux deux partis, (mais que), ô belle femme, (ces paroles ne furent pas) prises en considération par tes enfants.

3564. Tu tins à Douryodhana, qui convoitait la victoire, ce discours sévère : « Écoute, ô fou, ce que je vais te dire : Là où est la vertu, là est la victoire. »

3565. Cette parole que tu (adressais) à ton propre fils, s’est réalisée. En apprenant (qu’il en est) ainsi, ô belle femme, ne t’abandonne pas au chagrin.

3566, 3567. Ne songe en aucune façon à détruire les fils de Pândou, car, ô bienheureuse, par suite de ton ascétisme, ton œil enflammé de colère pourrait consumer la terre, avec ce qui, (sur elle), est mobile et immobile. » Après avoir entendu ces paroles du Vasoudevide, Gândhâri répondit :

3568. Ô guerrier aux grands bras, il en est ainsi que tu l'as dit, ô Keçava. Mon esprit, brûlé par les soucis, et agité,

3569, 3570. S’est raffermi en entendant tes paroles, ô Janârdana. Ô Keçava, tu es, avec les fils de Pândou, devenu le refuge du vieux roi aveugle, dont les fils sont tués, ô le meilleur des hommes. Après avoir ainsi parlé et s’être couvert le visage avec son vêtement,

3571, 3572. Gândhârî, dévorée de chagrin à cause de ses fils, fondit en larmes. Alors, au moyen de discours accompagnés de raisonnements et de preuves, le très fort Keçava (s’efforça de) consoler cette femme affligée. Après avoir consolé Gândhârî et Dhritarâshtra, le Madhavide

3573. Keçava pressentit le dessein formé par le fils de Drona. Se levant en hâte et inclinant la tête devant les deux pieds

3574. De Dvaipâyana, ô Indra des rois, il dit au roi des Kourouides : « Je t’en prie, ô le meilleur des descendants de Kourou, ne livre pas ton cœur au chagrin.

3575. L’intention du fils de Drona est mauvaise. Il songe à tuer les fils de Pândou pendant la nuit. C’est pour cela que je me suis relevé subitement. »

3576. En entendant ces mots, Dhritarâshtra et Gândhârî dirent à Keçava, meurtrier de Keçi :

3577. Va vite, ô guerrier aux grands bras, protéger les fils de Pândou. Nous nous reverrons bientôt, ô Janârdana.

3578, 3579. Alors Acyouta (l’impérissable Krishna) se hâta de s’en aller avec Dârouka. Quand le Vasoudevide fut parti, ô roi, Vyâsa, à l’âme incommensurable, honoré du monde entier, prodigua les encouragements au maître du monde, Dhritarâshtra. Le vertueux Vasoudevide, ayant fait ce qu’il avait à faire, alla 3580, 3581. De Hastinapoura au camp, avec le désir de voir les fils de Pândou, ô roi. Quand il fut arrivé au camp, (au milieu de) la nuit, il alla vers eux et, les ayant rencontrés, il leur raconta (ce qui s’était passé).






CHAPITRE LXV


LAMENTATIONS DE DOURYODHANA


Argument : Dhritarâshtra demande à Sañjaya ce qu’a fait son fils. Sañjaya lui raconte de quelle manière il a manifesté son désespoir et célébré sa propre valeur. Les panégyristes vont apprendre au fils de Drona ce qui est arrivé à Douryodhana, et ce qu’il les a chargés de lui dire.


3582. Dhritarâshtra prit la parole en ces termes : Ô Sañjaya, que dit mon orgueilleux fils quand, tombé à terre, ayant les cuisses brisées, (il vit) sa tête placée sous le pied (de son ennemi) ?

3583. Que dit le roi, très enclin à la colère, dont l’animosité contre les fils de Pândou était (vivement) enracinée, quand il eut atteint le comble du malheur dans le combat suprême ?

3584. Sañjaya dit : Ô roi, maître suprême des hommes, écoute-moi. Je vais te raconter ce qui s’est passé et ce que dit le roi vaincu, tombé dans l’adversité.

3585. Ô roi, le roi (Douryodhana), les cuisses brisées, couvert de poussière, lia ses cheveux et inspecta les dix directions (de l’horizon).

3586. Ayant assujetti avec difficulté sa chevelure, soufflant comme un serpent, m’ayant regardé avec des yeux remplis de larmes de colère,

3587. Meurtrissant à plusieurs reprises ses bras contre la terre, comme un éléphant enragé de fureur, secouant ses cheveux (encore à moitié) éparpillés, grinçant des dents,

3588. Blâmant Faîne des fils de Pândou, il me dit après avoir repris haleine : « Moi qui ai eu pour protecteurs Bhîshma, fils de Çântanou, Karna, le plus grand des guerriers,

3589. Le Gotamide, Çakouni, Drona le plus excellent de ceux qui ont porté les armes, Açvatthâman, Çalya et le héros Kritavarman,

3590. Je suis tombé dans ce (pitoyable) état. Certes, le destin m’a réservé de (cruels) malheurs. Moi (jadis) maître de onze armées, j’en suis arrivé à cette extrémité !

3591. Ô homme aux grands bras, nul ne peut triompher de la destinée. Il faut raconter à (ceux) des miens qui ont survécu à cette guerre,

3592. Comment j’ai été frappé par Bhîmasena, en violation des règles du combat. Certes, les fils de Pândou se sont rendus à différentes fois coupables de nombreux actes très répréhensibles,

3593. À l’égard de Bhoûriçravas, de Karna, de Bhîshma et du fameux Drona. Cette action infâme a été commise (contre moi) par ces scélérats, les fils de Pândou.

3594. J’estime qu’ils deviendront en conséquence, un objet de dégoût pour les gens de bien. Quelle satisfaction un homme loyal peut-il éprouver à remporter la victoire au prix d’une déloyauté ?

3595. Ou bien, quel (homme) sage honorera celui qui manque aux conventions ? Quel (homme) vertueux se réjouira d’avoir obtenu frauduleusement la victoire,

3596-3598. Comme se réjouit le méchant Vrikodara, fils de Pândou ? N’est-il pas odieux, qu’ayant les cuisses brisées, j’aie maintenant la tête écrasée par le pied de Bhîmasena en furie ? Celui qui agirait ainsi envers un homme brillant de gloire, prospère, entouré de ses parents, serait-il honoré ? Mon père et ma mère savent que je me conformais aux lois de la guerre.

3599. Ô Sañjaya, rapporte mes paroles à ces deux malheureux : « J’ai offert des sacrifices, mes serviteurs ont été convenablement entretenus, j’ai gouverné la terre et les mers.

3600. J’ai dominé mes ennemis vivants, ô Sañjaya. J’ai fait des libéralités selon mon pouvoir. Je (me suis efforcé d’être) agréable à mes amis.

3601. J’ai vaincu tous mes ennemis. Qui donc a été plus heureux que moi ? J’ai honoré tous mes parents, ainsi que l’homme bien disposé (à mon égard).

3602. Je me suis appliqué aux trois (buts de l’homme, le devoir, l’intérêt, le plaisir). Qui donc a été plus heureux que moi ? J’ai commandé aux plus grands rois et j’ai obtenu des honneurs très difficiles à acquérir,

3603. Je me suis fait porter par de nobles chevaux. Qui donc a été plus heureux que moi ? J’ai conquis les royaumes ennemis et traité (leurs) rois comme des esclaves.

3604. J’ai fait du bien à mes amis. Qui donc a été plus heureux que moi ? J’ai étudié (la science sacrée), j’ai fait des dons selon les règles, j’ai vécu en bonne santé.

3605. En pratiquant mes devoirs, j’ai conquis les mondes (supérieurs). Qui donc a été plus heureux que moi ? Grâce au ciel je n’ai pas été vaincu, ni (forcé) de servir d’esclave à mes ennemis.

3606, 3607. Grâce au ciel, ma grande prospérité ne m’a abandonné qu’au moment de mourir. La mort qui m’atteint est celle que, suivant les devoirs de leur (caste), les Kshatriyas (doivent) désirer. Qui donc a été plus heureux que moi ?

Grâce au ciel, je ne me suis pas détourné de l’héroïsme et n’ai pas été vaincu à la manière (d’un homme) du commun.

3608-3611. Grâce au ciel, (quoique) n’ayant commis aucnne bassesse, moi qui ne me tenais pas sur mes gardes, j’ai été tué par un (homme) qui a violé les règles et négligé les conventions (généralement acceptées), comme on tuerait un homme ivre ou endormi, ou bien (à qui on aurait fait prendre) du poison. Il faudra dire à l’heureux Açvatthâman, au sattvatide Kritavarman et au Çaratvatide Kripa que je leur défends de donner leur foi aux fils de Pândou qui, plusieurs fois, se sont conduits d’une manière contraire aux devoirs. » Le roi ton fils, à l’héroïsme vrai, dit à (ses) panégyristes :

3612-3618. « Comme j’ai été frappé à mort dans un combat par Bhîmasena, contrairement aux règles établies, semblable à un voyageur abandonné par sa caravane, je viendrai derrière Drona, qui est déjà monté au Svarga, ainsi que Karna, Çalya, le très héroïque Vrishasena, le Soubalide Çakouni, Jalasandha au grand héroïsme, le prince Bhagadatta, le grand archer Jayadratha roi du Sindhou, mes frères, Dousçâsana en tête, (qui étaient) mes égaux (en valeur), le Dousçâsanide, Vikrânta et Lakshmana mes deux fils, et d’autres par milliers. Que deviendra ma sœur Dousçâlâ, en apprenant que ses frères et son mari sont tués ? Elle se lamentera et sera dévorée par le chagrin. Que fera le roi, mon vieux père, avec ses brus et les femmes de ses petits-fils ? Assurément, ayant son fils et son mari tués, la mère de Lakshmana,

3619. La belle aux grands yeux, ne tardera pas de mourir. Si l’habile Càrvàka, qui se nourrit en mendiant, apprend ce (qui m’est arrivé),

3620, 3621 . Ô guerrier aux grands bras, il me rendra certainement honneur. Comme j’approche de ma fin à Samantpancaka, (dans ce lieu) salutaire glorifié dans les trois mondes, j’obtiendrai les mondes éternels. » Alors, ô vénérable, des milliers d’hommes, (les yeux) pleins de larmes,

3622, 3623. Ayant entendu les lamentations du roi, (se mirent à) courir dans toutes les directions. La terre avec les forêts et les mers trembla d’une manière terrible et bruyante, ainsi que (tout) ce qui est mobile et (tout) ce qui est immobile. Tous les points de l’horizon devinrent obscurs. Ces (hommes) s’approchèrent du fils de Drona et lui firent connaître ce qui s’était passé.

3624. Tous, ô Bharatide, ayant rapporté au fils de Drona) les détails du combat à la massue, et (la manière dont avait eu lieu) la chute du prince,

3625. S’en retournèrent tristement comme ils étaient venus, après avoir longuement réfléchi.






CHAPITRE LXVI


SACRE D’AÇVATTHÂMAN


Argument : Açvatthâman, Kripa et Kritavarman viennent vers Douryodhana. Situation dans laquelle ils le trouvent. Discours d’Açvatthâman. Réponse de Douryodhana. Açvatthâman promet de tuer tous les Pâñcâlas. Douryodhana l’institue généralissime de son armée. Les trois maîtres de chars quittent Douryodhana.


3626, 3627. Sañjaya dit : Ô roi, les trois grands guerriers Kourouides, Açvatthâman, Kripa et le Sattvatide Kritavarman, blessés par des flèches algues, par des javelots et par des lances, (seuls) survivants parmi tant de morts, ayant appris des panégyristes que Douryodhana était à terre,

3628. Se hâtèrent de se diriger, avec leurs rapides chevaux, vers le champ de bataille. Ils virent le magnanime Douryodhana,

3629. Baigné de sang, s’agitant convulsivement sur le sol, pareil à un Çâla (vatica robusta) renversé dans les bois par la force du vent,

3630. Semblable à un grand éléphant, abattu dans la forêt par un chasseur, se roulant (dans son agonie) et arrosé de flots de sang.

3631. (Ils virent le roi) tombé à terre, semblable au disque du soleil (quand il se couche), pareil à la mer desséchée (et fouettée) par un grand vent qui s’élève (tout à coup),

3632. Semblable à la pleine lune, dont le disque est entouré d’un cercle de brouillard dans le ciel ; possédant une force égale à celle d’un éléphant, armé de puissants bras, et tombé (cependant) dans la poussière,

3633. Le plus grand des rois était entouré d’une multitude de terribles carnassiers, comme un trésor (est entouré) de mortels, qui désirent s’en saisir.

3634. Il fronçait les sourcils et roulait les yeux de colère. Ce tigre parmi les hommes (était) furieux, comme un tigre abattu.

3635. Ces grands archers, Kripa, et les autres maîtres des chars, en le voyant gisant sur le sol de la terre, en devinrent (comme) affolés.

3636. Ils descendirent de leurs chars, et coururent près du roi. À la vue de Douryodhana, ils s’assirent tous à terre.

3637. Alors, ô grand roi, le Dronide, les yeux pleins de larmes, soufflant (comme un serpent), dit au meilleur des Bharatides, maître des maîtres du monde :

3638. Assurément, rien de ce qui concerne les hommes ne (peut) paraître assuré, puisque, ô tigre des hommes, tu gis (ici), souillé de poussière.

3639. Après avoir jadis été roi et avoir commandé la terre, comment, ô Indra des hommes, te trouves-tu (seul) dans (ce) bois solitaire.

3640. Je ne vois ni Dousçâsana, ni le grand guerrier Karna, ni tous ces amis (qui t’entouraient). Pourquoi cela, ô taureau des Bharatides ?

3641. Certes, il est difficile de connaître l’issue du Kritânta (du sort), du moment que toi, le seigneur des peuples, tu gis (ici), souillé de poussière.

3642. Ce tourmenteur des ennemis, qui (jadis) marchait en tête de ceux que l’aspersion sur la tête (avait sacrés rois), dévore (maintenant) la poussière ! Quel changement le temps n’apporte-t-il pas ?

3643. Où est ton parasol sans tache, où est ton éventail, ô prince ? Où est ta grande armée, ô le plus grand des princes ?

3644. Assurément, il est difficile de connaître à fond, les causes (qui dirigent) la marche des affaires, puisque, après avoir été le précepteur du monde, tu en es arrivé à une (aussi lamentable) situation.

3645. En vérité, la prospérité de tous les mortels parait bien instable, quand on a vu l’adversité qui t’a (atteint), toi qui, (jadis), rivalisas (de bonheur) avec Çakra (lui-même).

3646, 3647. Ayant entendu les paroles de ce (brahmane) dévoré de chagrin, ton fils, ô maître suprême des hommes, passa la main sur ses yeux pour les essuyer, et, versant de (nouvelles) larmes, que le chagrin lui arrachait, tint à tous ces héros, Kripa et les autres un discours approprié (aux circonstances).

3648. La destruction de tous les êtres, (dit-il), arrive quand le moment en est venu. C’est une loi que l’on dit imposée aux mortels par le créateur.

3649. Elle m’a manifestement atteint. Je suis arrivé à cette catastrophe, après avoir (jadis) protégé la terre.

3650. Grâce au ciel, je n’ai pas tourné le dos dans les combats, quoiqu’il arrivât. Grâce au ciel, c’est principalement par fraude que les méchants m’ont frappé à mort.

3651. Grâce au ciel, j’ai (toujours) fait tous mes efforts (pour bien) combattre. Grâce au ciel, je péris en combattant, après avoir vu tuer mes parents et mes amis.

3652. Grâce au ciel, j’ai la consolation suprême de vous voir, échappés sains et saufs à cette destruction des hommes.

3653. Que votre amitié ne vous porte pas à pleurer ma mort. Si les Védas sont une règle (certaine) pour vous, j’ai conquis les mondes impérissables.

3654. En pensant à la force de Krishna, à l’énergie démesurée, (je suis heureux de constater) qu’il ne m’a pas fait me départir de l’observation exacte des devoirs des Kshatriyas.

3655. Ces devoirs ont été observés par moi. Il ne faut pas me pleurer. Vous avez (aussi) fait (tout) ce qui convenait en ma faveur.

3656. Vous vous êtes efforcés de triompher, mais le destin est difficile à vaincre. Après avoir prononcé ces mots, les yeux troublés par les larmes,

3657. Le roi se tut (et fut), sur le champ de bataille, fortement agité (par les douleurs qui le torturaient), ô Indra des rois. En voyant le roi pleurer ainsi de douleur,

3658. Le fils de Drona flamboya de colère comme le feu qui détruit le monde (à la fin du youga). Ayant serré les mains de fureur,

3659. La voix entrecoupée par les larmes, il dit au roi : « Mon père a été tué très méchamment, par ces (hommes) vils.

3660. La peine que j’en ressens, n’est (cependant) pas égale à celle que me cause aujourd’hui ton (malheur), ô roi. Ô puissant, entends ce que je vais te dire, (en jurant) par la vérité,

3661, 3662. Par les présents (que j’ai faits), par mes sacrifices et par mes actions pieuses, par la vertu et par mes bonnes œuvres. Aujourd’hui, sous les yeux du Vasoudevide, j’enverrai, par tous les moyens (que je pourrai trouver), tous les Pâñcâlas à la demeure du roi des morts. Mais, ô grand roi, tu dois m’en donner la permission. »

3663. Le Kourouide, ayant entendu cette parole du fils de Drona, qui remplissait (son cœur) de satisfaction, dit à Kripa :

3664. « Ô précepteur, apporte-moi vite une cruche remplie d’eau. » Celui-ci, le plus grand des brahmanes, ayant reçu cet ordre du roi,

3665. Prit une cruche remplie d’eau et l’apporta au roi. Ô grand roi, maître des hommes, ton fils lui dit :

3666. Ô le plus grand des brahmanes, si tu y consens et si tu veux (faire) ce qui m’est agréable, j’ordonne que le fils de Drona soit consacré par l’aspersion, (en qualité de) généralissime de l’armée.

3667. Les gens instruits des devoirs ont dit qu’en vertu de l’ordre du roi, les brahmanes doivent combattre, surtout s’ils ont (précédemment pratiqué) la loi des kshatriyas.

3668. Le Çaratvatide Kripa, ayant entendu les paroles du roi, aspergea, selon ses ordres, le Dronide, (pour l'instituer) dans la fonction de maître de l’armée.

3669. Ô grand roi, celui-ci (sacré) par l’aspersion, embrassa le plus grand des rois et s’en alla en faisant retentir de ses cris toutes les directions de l’horizon.

3670. Indra des rois, Douryodhana, baigné de sang, acheva de passer, (en ce lieu), cette nuit qui apportait la terreur à tous les êtres.

3671. Ces (trois héros) se hâtèrent de quitter le champ de bataille, ô roi. Ils emportaient de tristes souvenirs et leur esprit était ébranlé par le chagrin.


Fin du livre de Çalya.
NOTES RELATIVES AUX SECTIONS


DE L’ENTRÉE DANS L’ÉTANG ET DU COMBAT À LA MASSUE




1. Çl. 1693. Le texte que j’ai sous les yeux, porte : Jayena… Cape. Je jure par la victoire. C’est un serment que l’on ne comprend pas bien. Le traducteur anglais dit : Par mes méditations silencieuses. Je me demande s’il n’a pas eu un autre texte que le mien entre les mains, ou, s’il n’a pas lu : Japena, au lieu de : Jayena ; mais, dans tous les cas, sa version semble plus satisfaisante que celle que j’ai cru devoir adopter par respect pour le texte.

2. Çl. 1859. Il y a, dans la traduction anglaise, toute une phrase, formant les versets 39-41 du chapitre 32 de cette traduction dont je ne trouve pas trace dans le texte que j’ai sous les yeux. Voici cette phrase : « En le voyant armé de sa massue, ressemblant à une montagne avec ses sommets ou à Roudra lui-même porteur de la lance, jetant des regards de colère sur les êtres vivants, ils virent le chef des Bharatides répandre autour de lui un éclat pareil à celui du brûlant soleil dans le ciel. Tous les êtres jugèrent que ce tourmenteur des ennemis, porteur de grands bras, lorsqu’il se tint, la massue sur l’épaule en s’élevant hors de l’eau, ressemblait au dieu de la mort lui-même, armé de son bâton. Tous les Pâñcâlas pensèrent que ton fils ressemblait à Çakra, porteur de la foudre, ou à Hara, porteur de son trident. »

3. Çl. 1870. Encore une phrase formant le verset 53 du chapitre 32 de la traduction anglaise, dont je ne trouve pas trace dans mon texte : « Que les dieux, dans le ciel, me voient combattre, à moi seul, dépourvu d’équipement et même d’armure, et sans armes ».

4. Çl. 1923. Voici le premier demi çloka : Prāṇān Çriyañca râjyañca mohṣye te’dya suyodhanaṃ. Le sens de mohṣye Prāṇān ne peut guère être que : « Je délivrerai du fardeau de la vie ». Dès lors, cette phrase ne peut pas s’adresser à Youdhishthira dont Bhîmasena est le frère et le partisan. Je n’ai pas trouvé le verbe muc construit avec deux accusatifs ; malgré cela j’ai supposé, ou qu’il en était ainsi, ou qu’il y avait dans le texte un anusvara de trop, suyodhanam au lieu de suyodhana. J’ai adopté la première hypothèse.

5. Çl. 1942-1943. Entre ces deux çlokas il y a, dans la traduction anglaise, toute une tirade formant les versets 54-57 du chapitre 33, qui ne figure pas dans le texte que j’ai sous les yeux. Le traducteur anglais a dû avoir à sa disposition un texte différent du mien. Remarquons en passant, qu’ayant réuni deux chapitres en un seul, le chapitre 33 de la traduction anglaise répond au chapitre 34 du texte. Voici la traduction de ce passage ainsi interpolé :

54. « Tu n’as le droit de me faire aucun reproche pour les mauvais procédés de ma part, auxquels tu as fait allusion.

55. C’est dans l’exercice de mon droit que je vous ai fait habiter dans les bois, servir dans la demeure d’autrui, vous cacher sous des déguisements.

56. Vos amis aussi ont été tués. Nos pertes sont égales. Si ma chute doit avoir lieu dans ce combat, cela sera très honorable, ou bien, peut-être, le temps en sera la cause.

57. Avant ce jour, je n’ai jamais été vaincu sur le champ de bataille, en combat régulier. Si tu triomphes de moi par fraude, ton infamie durera éternellement. Cet acte, que tu auras commis, sera, sans aucun doute, injuste et honteux. »

6. Çl. 1966. Dans ce çloka, on trouve, pour désigner Râma, l’épithète sitaprahhas, celui qui a un éclat blanc. J’ai pensé que l’auteur faisait allusion à la légende, d’après laquelle Râma et son frère Krishna avaient être produits d’un cheveu blanc et d’un cheveu noir du dieu Vishnou, ce qui avait fait donner son nom à Krishna (noir).

7. Çl. 1968. L’auteur dit que le combat a lieu entre les deux fils de Dhritarâshtra. Douryodhana était bien le fils de ce roi, mais Bhîmasena n’était que son neveu.

8. Çl. 1969. Depuis le commencement du livre de Çalya, le dialogue avait lieu entre le roi Dhritarâshtra et son cocher Sañjaya, qui lui racontait la destruction de son armée et la mort de son fils. Ici les interlocuteurs changent. Le brahmane Vaiçampâyana raconte au roi Janamejaya tout le Maliâbbârata, pour le purifier du meurtre d’un brahmane, dont il s’était involontairement souillé, et il reprend ici la parole. Cette sorte d’interpolation va durer près d’un millier de Çlokas, et contiendra le récit de plusieurs légendes de la rivière sacrée la Sarasvati.

9. Çl. 1981. Le mot tîrtha veut dire : « bain sacré ». Comme cette expression va revenir à chaque pas pendant plusieurs centaines de Çlokas, nous emploierons dorénavant dans ce sens, le mot sanscrit lui-même.

10. Çl. 1988. Le mot ritvij désigne une classe particulière de prêtres, nécessaires dans les sacrifices.

11. Çl. 2013. Daksha, fils de Brahma, un des Prajâpatis ou créateurs.

12. Çl. 2040. Le texte est mal numéroté. De 2031 on saute à 2040, sans qu’il y ait de lacune apparente.

13. Çl. 2062, 2063. Le mot udapâna veut dire : fontaine. Le dictionnaire de Saint-Pétersbourg le donne comme le nom d’un village, mais non d’un tîrtha.

14. Çl. 2166. Je n’ai pas trouvé dans le dictionnaire de Saint-Pétersbourg, le mot bâhlikhilya. Au mot vâlikhilya on renvoie à vâlakhilya, où l’on trouve enfin que c’étaient certains petits rishis, de la hauteur du pouce.

15. Çl. 2205. Il y a lieu de distinguer ici, Gaya, roi de la ville de Gayâ, et les Gayas, habitants de cette ville.

16. Çl. 2211. Le traducteur anglais ne rend pas le premier demi çloka 2211. Il explique, dans une note, que ce demi çloka est certainement une interpolation.

17. Çl. 2240. Je n’ai pas adopté pour Smayâdikam, le sens donné par le dictionnaire de Bôhtlingk, qui, cependant, fait allusion à ce passage même du Mahâbhârata. La signification indiquée par le dictionnaire, impliquerait que le rishi entend justifier pleinement son action, puisqu’il dirait au dieu, que ce qu’il a fait était conforme à sa dignité. Comme au çloka suivant, il demande à Mahâdeva, que ses mérites ascétiques n’en soient pas diminués, il me semble plutôt qu’il reconnaît avoir eu tort, et qu’il plaide les circonstances atténuantes. J’ai donc fait de smayâdikam, un mot composé : ayant pour premier l’étonnement, causé par l’étonnement.

18. Çl. 2259. Au çloka précédent, il y avait que la gène que la tète du rakshasa causait au rishi, l’empêchait d’aller aux tirthas. Nous voyons ici qu’il les visite tous. Il y a donc, entre les deux çlokas 2258, 2259, une contradiction manifeste. Pour la lever, trois opinions sont admissibles : 1° une faute d’impression à 2258, et, au lieu de dvijatirna çaçâka ha, lire : dvijatiçca çaçcâka ha ; 2° supposer que, dans le çloka 2258, l’impossibilité ne fût que relative, et dire : ne put pas (facilement)… C’est le parti qu’a adopté le traducteur anglais ; 3° voir deux temps distincts, le premier, pendant lequel il est empêché d’aller aux tîrthas, et ensuite un autre temps pendant lequel cela lui est possible. La présence de tadâ (alors), dans le çloka 2258, semble plaider en faveur de cette dernière hypothèse, que j’ai adoptée, mais non sans reconnaître tout ce qu’elle a de hasardé.

19. Çl. 2420. Le sens que j’ai donné se rapproche de celui du traducteur anglais. Ce qui m’a engagé à adopter cette interprétation, c’est que, dans le dictionnaire de Saint-Pétersbourg, on trouve en un seul mot le mot yonidoṣa avec cette signification ; mais j’avoue qu’il m’eût semblé au moins aussi satisfaisant d’y voir une allusion au malheur que les rakshasas avaient d’être nés d’une mère rakshasa.

20. Çl. 2449. Le traducteur anglais ajoute ici une phrase qui ne se trouve pas dans le texte de Calcutta. Voici cette phrase : « Dans ce tîrtha, il y a un gigantesque arbre Açvattha. »

21. Çl. 2471. Ce çloka est extrêmement obscur, il s’agit de sciences relatives à la guerre qui sont personnifiées, le Dhanourveda, la science de l’arc qui renferme quatre padas (divisions), le Sangrâma, (la réunion des armes), avec le Sangraha ; le sens de ce mot est difficile à spécifier, étant donné qu’il s’agit d’êtres mythologiques. J’ai traduit par : l’enseignement de la manière de ramener les traits. On trouve ensuite le mot vâni. J’ai traduit par : « le roseau dont étaient faites les flèches. » C’est bien hasardé, mais j’avoue que j’ai été influencé par le sens fort concis, peut-être même un peu trop concis que le traducteur anglais a donné de ce çloka. Si je n’eusse pas adopté ce sens il eût fallu traduire ce mot par la déesse Sarasvatî, et on ne voit pas trop ce qu’elle viendrait faire dans ce passage.

22. Çl. 2535. Le texte porte Jvâlajihvâm. Ce doit être une faute d’impression pour Jvâlâjihvam ; cependant, je dois dire que Bôhtlingk donne Jvâlajihvâ comme un compagnon de Çiva, mais non de Skanda. Jyotis n’est pas non plus, dans ce dictionnaire, désigné comme un compagnon de Skanda.

23. Çl. 2543. Le texte porte Souvrata parmi les suivants donnés par Vidhâtar. Ce serviteur avait déjà été donné par Mithra. Le traducteur anglais change ce nom en celui de Souprabha. J’ai suivi son exemple.

24. Çl. 2687. Nous retrouvons ici, et nous verrons encore plusieurs fois, le mot çaktyastra. Ce mot désigne une arme magique qui, au çloka 2662, avait été donnée à Kârtikeya par Indra. J’ai traduit ce mot par celui de l’astra-lance : c’est une lance, puisque Kârtikeya la darde, mais c’est quelque chose de plus, puisque, quand elle est lancée, le tonnerre gronde et des milliers de piques tombent à sa suite.

25. Çl. 2702. L’auteur dit que la lance lui avait été donnée par Agni. Au çloka 2663, il avait dit qu’elle lui avait été donnée par Indra.

26. Çl. 2727. J’ai attendu la fin du chapitre, pour mettre cette note, qui concerne également le chapitre précédent. Dans les deux chapitres 46 et 47, l’auteur donne l’énumération des compagnons et des Mères à la suite de Skanda. Comme les noms propres, en sanscrit, ont, en général, une signification, je me suis efforcé de traduire ces noms, pour ceux des lecteurs qui pourraient se rencontrer n’ayant aucune notion de cette langue. Lorsque je me suis trouvé en présence de noms dont la signification ne me paraissait pas évidente, j’ai préféré m’abstenir ; mais, dans tous les cas, il est bien entendu que je ne donne que sous toutes réserves les traductions que j’ai indiquées et qui ne s’adressent, en aucune façon, aux lecteurs connaissant le sanscrit.

En outre, parmi les compagnons et les Mères à la suite de Koumâra, il y en a un certain nombre qui ne sont pas indiqués avec cette qualité, dans le dictionnaire de Bôhtlingk. Faire de chacun d’eux l’objet d’une note particulière, eût été multiplier inutilement ces notes. J’ai préféré les signaler en une seule fois ; les voici :

Suivants de Skanda : Koumoudamâlina, Jvâlajîhva, Jyotis, Bhîma, Outkroça, Anoucakra, Ativarcas, Oucchringa, Atiçringa, Ounmâda, Ânanta, Aksha, Samoudravega, Meshapravâha, Ânanda, Vâna, Çamboûka.

On ne trouve pas Sankramaka, mais on trouve Sankrama.

Au çloka 2543, nous avons, comme le traducteur anglais, substitué Souprabha au second Souvrata. On trouve bien Souprabha comme une Mère, à la suite de Skanda, mais non Souprabha, comme un suivant de ce dieu et seulement comme un dânava. De même, on ne trouve Bhoûtalonmathana, que comme le nom d’un dânava.

Mères : Ekacoudâ, Outtejanî, Santânikâ, Pratishthâ.

27. Çl. 2833. Il y a là, dans la traduction anglaise, un passage que je ne trouve pas dans le texte. Voici ce passage : « Ces sacrifices furent tels, que tout y était d’une (abondance) excessive. On y amena des coursiers de toutes sortes. Les dons aux brahmanes furent abondants. »

28. Çl. 2837. Je ne vois pas la différence que l’auteur fait entre le Vâjimedha et l’Açvamedha.

29. Çl. 2960. Le texte porte navatirnava. Conformément aux indications de la grammaire de Whitney, j’ai, comme le traducteur anglais, rendu cette expression par : quatre-vingt-dix-neuf. Cela désigne un nombre grand, mais indéterminé. Dans son dictionnaire de mythologie indoue, Dowson dit qu’avec les os de Dadhika, Indra tua quatre-vingt-dix fois neuf Vritras. Il dit aussi qu’avec ces os, ce dieu déjoua les neuf fois quatre-vingt-dix stratagèmes des asouras.

Peut-être, par analogie, aurait-on pu traduire navatirnava par : neuf fois quatre-vingt-dix, étant toujours bien entendu que cela désigne un nombre indéterminé, mais grand.

30. Çl. 3094. Le texte de l’édition de Calcutta porte : tasmin deçe tvarighrne. Je n’ai pas trouvé, dans le dictionnaire de Saint-Pétersbourg, le mot tvarighrna ni les mots : arighrna, righrna, ni aucun mot qui y ressemble, en supposant une simple faute d’impression. On n’arrive pas à un meilleur résultat en essayant de le décomposer. Je me suis donc vu obligé de ne pas le rendre. Le traducteur anglais, qui dit avoir eu entre les mains un texte différent, le traduit par : non sablonneux.

31. Çl. 3344. Le texte porte : çirasyabhihatam, frappé sur la tête En réalité, dans tout ce qui va suivre, Râma ne fait pas allusion aux coups de pied, que Bhîmasena donne sur la tète de son ennemi abattu et semble avoir seulement en vue la déloyauté qu’il y a eu à le frapper aux jambes avec la massue. Le traducteur anglais s’est bien aperçu de la chose, et il dit : « En voyant ton fils frappé aux cuisses…… » Cependant, comme le texte ne me parait prêter à aucune obscurité, j’ai préféré le traduire tel qu’il est.

32. Çl. 3407. Le texte porte viduradronakrpagâṅgeyasrñjayais, par Vidoura, Drona, Kripa, le fils de la Gangas et les Srinjayas. Le traducteur anglais, au lieu de : les Srinjayas, dit : Saûjaya et j’ai adopté sa version, qui est conforme aux récits précédents, pensant qu’il y avait là une des nombreuses fautes d’impression, dont le texte fourmille.

33. Çl. 3418, 3421, 3423, 3424. Il est fait allusion à des événements racontés dans les livres précédents. Drona, ayant entendu dire qu’Açvatthâman avait été tué, croyant qu’il s’agissait de son fils, tandis qu’il s’agissait d’un éléphant portant le même nom, déposa les armes et périt.

Açvasena avait perdu toute sa famille, dans l’incendie d’une forêt allumé par Arjouna. Il s’introduisit sous la forme d’une flèche, dans le carquois de Karna, et fut lancé contre Arjouna, mais il n’atteignit pas son but et fut tué par le fils de Pândou.

Une des roues du char de Karna s’était enfoncée dans la terre, et c’est en essayant de la remettre en état, qu’il fut tué.

Karna avait obtenu d’Indra, en échange de l’armure céleste qu’il portait en naissant, une lance infaillible, qu’il destinait à tuer Arjouna ; mais, pressé par Ghatotkaca, il se servit de cette arme qui ne pouvait être employée qu’une fois. Ghatotkaca fut tué et Arjouna évita ainsi une mort certaine.

34. Çl. 3547. Le texte porte : nāpi varjitāh. Je pense qu’il faut lire : cāpi, au lieu de : nāpi ; le sens exige impérieusement cette correction.

Je ne me suis pas astreint à signaler les nombreuses fautes d’impression que j’ai rencontrées, parce qu’il eût fallu, pour cela, donner à ces notes presque autant de développement qu’au corps même de l’ouvrage, mais je crois que, quand, comme cela arrive pour le cas présent, une faute d’impression change, du blanc au noir, le sens d’un passage, il est utile de la mentionner.




TABLES DES MATIÈRES


DU LIVRE DE ÇALYA





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CHAPITRE PREMIER. - Désespoir de Dhritarâshtra. - Vaiçampâyana raconte à Janamejaya les dernières dispositions et la mort de Douryodhana : l’arrivée de Sañjaya qui en apporte la nouvelle à Hastinapoura. Désespoir des habitants. Sañjaya chez le vieux roi. Désespoir de celui-ci. Ses évanouissements ainsi que les soins qui lui sont prodigués 
 1
CHAPITRE II. - Lamentations de Dhritarâshtra. - Tristes souvenirs de Dhritarâshtra qui se rappelle la jeunesse de ses enfants et le dévouement inutile de ses amis, et fait un retour sur le passé 
 7
CHAPITRE III. - Défaite de l’armée Kourouide. - Panique de l’armée après la mort de Karna. Efforts de quelques héros. Prouesses des Pândouides. Efforts de Douryodhana. Il harangue l’armée qui reprend courage 
 14
CHAPITRE IV. - Kripa sollicite Douryodhana. - Discours de Kripa. Il propose de faire la paix 
 21
CHAPITRE V. - Discours de Douryodhana. - Réponse de Douryodhana. Son armée reprend courage et va camper sur un plateau de l’Himalaya 
 27
CHAPITRE VI. — Discours de Douryodhana (suite).On passe la nuit sur le plateau de l’Himalaya. L’armée demande un généralissime. Le roi Douryodhana charge le fils de Drona de le désigner. Celui-ci choisit Çalya, roi de Madra, qui est accepté, et qui accepte le commandement, en témoignant de son dévouement 
 33
CHAPITRE VII. — généralissimat de Çalya. — Çalva fait son éloge. Il est sacré. Joie des soldats de Douryodhana, craintes de Youdhishthira. Discours de Krishna. Youdhishthira reprend confiance 
 37
CHAPITRE VIII. — Disposition de l’armée. — Préparatifs de l’armée Kourouide. Conjuration. Dhritarâshtra demande au cocher de lui montrer la chute de Çalya. Prouesses du roi de Madra et des Pândouides. Dénombrement des forces qui restaient de chaque part 
 42
CHAPITRE IX. — Combat général. — Le combat général est terrible. L’armée Kourouide est mise en désordre. Exploits de Bhîmasena, d’Arjouna, de Dhrishtadyoumna et de Çikhandin. Fuite de l’armée Kourouide 
 47
CHAPITRE X. — Suite du précédent. — Çalya se dirige contre Youdhishthira et arrête l’élan de l’armée Pândouide. Nakoula combat et tue Citrasena, Satyasena et Soushena. Effroi des Kourouides. Çalya les rallie. Combat terrible, qui met le désordre dans les deux armées 
 53
CHAPITRE XI. — Suite du précédent. — Prouesses de Çalya. Il lutte contre les Pândouides et contre Youdhishthira qui est secouru par ses frères. Kripa et d’autres Kourouides viennent au secours de Çalya. Douryodhana combat Arjouna et Krishna. Combat de Bhima et de Bhoja. Bhîma, attaqué par Çalya tue le cocher de celui-ci 
 60
CHAPITRE XII. — Suite du précédent. — Suite du combat entre Çalya et Bhîma. Intrépidité des deux héros ; ils tombent étourdis. Kripa enlève Çalya. Bhima se retire et menace Çalya. Mort de Cekitâna. La poussière obscurcit le jour et est abattue par l’abondance du sang répandu. Retour de Çalya avec d’autres guerriers. Il attaque Dharmarâja. Le Dronide attaque Arjouna avec les chars. Çalya couvre Youdhishthira de traits 
 67
CHAPITRE XIII. - Combat de Çalya. - Combat de Çalya. Espérances de Douryodhana. Suite du combat de Çalya. La multitude de ses flèches obscurcit l’horizon. 
 74
CHAPITRE XIV. - Combat général. - Combat d’Arjouna contre les Trigartes et le fils de Drona, qui tue Souratha, venu au secours d’Arjouna. 
 79
CHAPITRE XV. - Suite du précédent. - Combat de Douryodhana et de Dhrishtadyoumna. Prouesses de Çalya, qui est combattu par Nakoula, et ensuite par les autres fils de Pândou et le Satyakide. Combat général. 
 85
CHAPITRE XVI. — Combat de Çalya et de Youdhishthira. — Combat général. L’armée Pândouide est mise en fuite. Youdhishthira harangue ses frères et combat Çalya. Combat de Bhîma et de Douryodhana. Évanouissement de Douryodhana ; son cocher est tué, et il est emporté par ses chevaux. Çalya, mis en grand danger par Youdhishthira, est emmené par Açvatthâman. Il s’arrête et remonte sur un autre char. 
 90
CHAPITRE XVII. — Mort de Çalya. — Suite du combat de Çalya contre Youdhishthira et les autres Pândouides. Péripéties de ce combat. Réflexions de Youdhishthira qui finit par tuer Çalya. Mort du frère puiné de Çalya. Combat du Hridikien contre le Satyakide. Kripa vient au secours du Hridikien 
 98
CHAPITRE XVIII. - Combat général. - Suite du combat. Les autres Pândouides viennent au secours de Youdhishthira et mettent le désordre dans l’armée Kourouide. Discours de Çakouni et de Douryodhana. L’armée revient au combat. Les suivants de Çalya sont vaincus. Description du champ de bataille. Retour offensif des Pândouides. 
 109
CHAPITRE XIX. - Combat général. - Fuite de l’armée Kourouide. Efforts de Douryodhana qui rallie ses troupes. Combat de Bhîma. Prouesses et discours de Douryodhana. Dhananjaya lui résiste. 
 114
CHAPITRE XX. - Mort du Çalvien. - Prouesses du roi de Çalva et de son éléphant. Drishtadyoumna marche contre lui. Il descend de son char que l’éléphant brise contre terre, avec les chevaux et le cocher. Bhîma, Çikhandin et le Cinien viennent à son secours. Effroi de l’armée Pândouide. Dhrishtadyoumna poursuit et tue avec sa massue l’éléphant du roi de Çalva, qui est lui-même tué par le Çinien 
 122
CHAPITRE XXI. - Fuite de l’armée Kourouïde. - Kritavarman résiste à l’armée Pândouide qui le couvre de traits. Le Satyakide l’attaque. Leur combat. Le Satyakide tue les chevaux et le cocher, et abat l’étendard de Kritavarman qu’il blesse grièvement, mais Kripa le prend sur son char, et le retire de la mêlée. Fuite de l’armée Kourouïde. Héroïsme de Douryodhana. 
 126
CHAPITRE XXII. - Combat général. - Exploits de Douryodhana, qui résiste aux efforts des fils de Pândou et du Satyakide. Intervention du fils de Drona, de Çakouni et d’Ouloûka. Généralisation du combat. 
 130
CHAPITRE XXIII. - Combat général. - Douryodhana rallie ses soldats. Grande bataille. Exploits de Dharmarâja. Douryodhana envoie sept cents chars contre lui. Cikhandin secourt Youdhishthira. Présages funestes. Combat. Fuite des Kourouïdes. Çakouni les rallie et attaque l’arrière-garde Pândouide. Youdhishthira envoie Sahadeva contre lui. Combat de Sahadeva et de ses troupes contre Çakouni et les siens, qui sont battus 
 135
CHAPITRE XXIV. - Combat général. - Les fils de Draupadî rejoignent Dhrishtadyoumna. Sahadeva rejoint Youdhishthira. Çakouni attaque de nouveau Dhrishtadyoumna. Combat terrible. 
 142
CHAPITRE XXV. - Combat général. - Çakouni ramène au Combat les sept cents chevaux qui lui restent, et rejoint Douryodhana, ce qui enflamme le courage de l’armée. Discours d’Arjouna à Krishna. Prouesses d’Arjouna, qui détruit l’armée Kourouïde. 
 146
CHAPITRE XXVI. - Fuite de Douryodhana. - Fuite de l’armée Kourouïde. Tentatives pour la rallier. Combats de Dhrishtadyoumna, Cikhandin et Çatânika contre Douryodliana. Trois mille éléphants entourent les fils de Pândou. Prouesses d’Arjouna et de Bhimasena. Terreur des Kourouïdes. Prouesses des trois autres Pândouides et de Dhrishtadyoumna. On cherche Douryodhana qui a fui. Açvatthâman, Kripa et Kritavarman vont le chercher près de Çakouni. Sahjaya se mêle au combat et est fait prisonnier. 
 154
CHAPITRE XXVII. - Combat général. - Combat de Bhîmasena contre les frères de Douryodhana. Mort de Dhourmarshana, Çroutânta, Satyasena, Jaitra, Bhoûribala, Ravi, Dourvimocana, Doushpradharsha, Soujâta, Dourvisaha. L’armée Kourouide attaque Bhîmasena qui en fait un grand carnage 
 161
CHAPITRE XXVIII. - Mort de Souçarman. - Colloque de Krishna et d’Arjouna. Combat de Douryodhana contre Sahadeva, de Soudarçana contre Bhîma, de Souçarman et de Çakouni contre Arjouna. Mort de Satyakarman, de Souçarman et de Soudarçana 
 166
CHAPITRE XXIX. - Mort d’Ouloûka et de Çakouni. - Combat de Bhîma et de Sahadeva contre Çakouni et Ouloùka. Description du champ de bataille. Fuite des soldats de Çakouni. Douryodhana les rallie. Le combat se généralise. Mort d’Ouloûka. Discours de Sahadeva. Mort de Çakouni. Fuite des Kourouides. Joie des Pândouides 


SECTION II. — DE L’ENTRÉE DANS L'ÉTANG.


CHAPITRE XXX. - Arrivée de Youyoutsou. - Combat de Bhîmasena et d’Arjouna contre l’armée des Gândhâriens. Ruine de l’armée Kourouide. Douryodhana s’enfuit à pied et sans suite. Captivité et délivrance de Sañjaya. Il rencontre Douryodhana. Leur colloque. Douryodhana entre dans l’étang. Arrivée de Kripa, de Kritavarman et du Dronide. On emmène les princesses à la ville. Leurs lamentatations. Youyoutsou, avec l’agrément d’Youdhishthira, les accompagne. Son arrivée à la ville. Son colloque avec Vidoura. Aspect désolé de Hastinapoura 
 183
CHAPITRE XXXI. - Recherche de Douryodhana. - Les vainqueurs cherchent Douryodhana pour le tuer. Les trois Kourouides le cherchent aussi, le rencontrent et l’excitent à combattre de suite ; mais il s’y refuse. Il est découvert par les chasseurs de Bhîmasena, qui reviennent en donner la nouvelle au camp. L’armée Pândouide se dirige vers l’étang. Les trois Kourouides prennent congé de Douryodhana 
 191
CHAPITRE XXXII. - Menaces adressées à Douryodhana. - Les Pândouides, arrivés à l’étang, constatent la ruse de Douryodhana. Conversation de Dharmarâja et de Krishna. Conversation de Dharmarâja et de Douryodhana 
 201


SECTION III . — DU COMBAT À LA MASSUE.


CHAPITRE XXXIII. - Conversation de Douryodhana avec Youdhisthira. - Dhritarâshtra interroge Sañjaya, qui lui raconte ce qu’a fait Douryodhana. Réponse de Douryodhana à Dharmarâja. Il demande à ne combattre à la fois que contre un seul adversaire. Réponse de Youdhishthira, qui consent à ce qu’il combatte un seul adversaire. Douryodhana choisit la massue comme arme et se prépare au combat. Reproches que lui fait Youdhishthira. Menaces de Douryodhana 
 209
CHAPITRE XXXIV. - Dialogue entre Bhîmasena et Douryodhana. - Krishna reproche à Dharmarâja d’avoir permis à Douryodhana, qui est très adroit à la massue, de combattre un seul adversaire avec cette arme. Bhîma rassure Krishna sur le succès du combat. Conseils de Krishna à Bhîma. Discours de Bhîma à Youdhishthira et à Douryodhana. Fermeté et réponse de ce dernier 
 217
CHAPITRE XXXV. - Arrivée de Baladeva. - Arrivée de Baladeva, frère de Krishna. Il salue les Pândouides et est reçu par eux avec respect et affection. Il dit qu’il vient pour assister au combat à la massue, et prend place parmi les spectateurs de ce combat 
CHAPITRE XXXVI. - Légende de la malédiction de Soma.- Janamejaya demande des détails rétrospectifs sur le voyage de Râma. Vaiçampâyana les lui donne. Départ de Râma pour son voyage aux tirthas, ses préparatifs et sa générosité. Il arrive à Prabhâsa. Janamejaya demande des détails sur les tirthas. Le brahmane lui raconte d’abord l’histoire de Prabhâsa. Soma, gendre de Daksha, ayant négligé ses autres épouses au profit de l’une d’elles, est maudit par son beau-père et perd son éclat. Les dieux demandent sa grâce. Daksha retire sa malédiction à condition que son gendre aura une conduite plus régulière et se baignera à Prabhâsa suivant les rites. Soma se soumet et reprend son éclat. Suite du voyage de Râma 
 226
CHAPITRE XXXVII. - Histoire des tîrthas. - Halâyoudha va à la source de l’ascète Trita. Histoire de Trita et de ses deux frères. Leur jalousie. Trita tombe dans un puits sans eau. Ses frères, Ekata et Dvita, l’abandonnent. Trita offre mentalement un sacrifice. Les dieux viennent en recevoir leur part, que Trita leur délivre. A la prière de Trita la Sarasvati pénètre dans le puits et en retire l’ascète, qui rentre chez lui. Il rencontre ses deux frères et les maudit. Leur punition 
 236
CHAPITRE XXXVIII. - Légendes sarasvatiennes. - Halâyoudha va à Vinâçana et à Soubhoùmika. Description de ce beau lieu. Il va au tirtha des Gandharvas et à Gargasrota. II va à Nàgavatmant, et ensuite à l’endroit où la Sarasvatî change de direction. Vaiçampâyana raconte la légende du grand sacrifice Naimishien à Samantapancaka, et comment la Sarasvatî changea de direction. Halâyoudha va ensuite à Saptasàrasvata 
CHAPITRE XXXIX. - Légendes sarasvatiennes. - Les sept Sarasvatis. Origine de leurs noms. Sacrifice de Pitâmaha. Le tirtha Saptasàrasvata. Légende de Mankanaka. Causes de sa danse. Indignation des dieux. Colloque de Mahâdeva et de Mankanaka, fils de Soukanyà et du Vent 
 249
CHAPITRE XL. - Légendes sarasvatiennes. - Halâyoudha va à Auçanasa. Légende de ce tirtha ; accident arrivé à Mahodara, qui cherchait à se délivrer de la tête du rakshasa fixée à sa jambe. Il en est délivré à Auçanasa, auquel les rishis donnent, à cause de cela, le nom de Kapalamocana. Halâyoudha va à l’ermitage de Roushangou 
 256
CHAPITRE XLI. - Légendes sarasvatiennes. - Légende du Rishtisenien et du tirtha près duquel il demeure. Mort de Gâdhi. Viçvâmitra lui succède. Il se met en route avec son armée et arrive près de l’ermitage de Vaçishtha. Colère de ce dernier. Viçvâmitra se fait ascète et obtient la dignité de brahmane. Halâyoudha se dirige vers l’ermitage de Vaka 
 261
CHAPITRE XLII. - Légendes sarasvatiennes. - Vaka demande des bœufs à Dhritaràshtra, qui lui en donne de morts. Colère du mouni, qui offre le royaume en sacrifice, sous les espèces des chairs de ces cadavres. Le royaume dépérit. Le roi fait amende honorable et Vaka retire sa malédiction. Sacrifice de Brihaspati. Bala va au tirtha de Yâyâti et fait des largesses. Il va à Vaçishthâpavâha 
 265
CHAPITRE XLIII. - Légendes sarasvatiennes. - Rivalité d’ascétisme entre Vaçishtha et Viçvâmitra, qui songe à tuer son concurrent et charge la Sarasvatî de le lui amener. Terreurs de cette dernière. Viçvâmitra insiste. Elle raconte tout à Vaçishtha, qui lui conseille d’obéir. Réflexions de la Sarasvati, son stratagème pour sauver Vaçishtha. Fureur de Viçvâmitra qui maudit la Sarasvatî. Au bout d’un an elle est relevée de cette malédiction 
CHAPITRE XLIV. - Légendes sarasvatiennes. - Les mounis purifient la Sarasvati. Plaintes des rakshasas ; réponse desmounis. La Sarasvati devient l’Arounâ. Les mounis ont pitié des rakshasas et les sauvent. Crime de Çakra, qui en obtient la rémission en se baignant dans le tirtha de l’Arounâ. Description du tirtha de Soma 
 275
CHAPITRE XLV. - Légendes sarasvatiennes. - Naissance de Kârtikeya. Il a les Pléiades pour nourrices. Sa puissance, son berceau. Les dieux l’entourent. Leur description. Il prend quatre formes. Brahma l’institue souverain de tous les êtres. Les dieux se disposent à le sacrer 
 281
CHAPITRE XLVI. - Légendes sarasvatiennes. - Sacre de Kârtikeya. Énumération des dieux présents et des suivants que chacun d’eux lui cède. Description de ces suivants et de leurs manières de combattre 
 287
CHAPITRE XLVII. - Légendes sarasvatiennes. - Énumération et description des Mères à la suite de Skanda. Dons faits à Skanda pour les dieux. Il combat les ennemis des dieux, les poursuit à la montagne Krauiica qu’il fend avec sa lance. Les Daityas sont défaits. Joie des dieux. Sainteté du tirtha Taijasa. Varouna y a été sacré. Bala le visite 
 301
CHAPITRE XLVIII. - Légendes sarasvatiennes. - Sacre de Varouna. Légendes d’Agnitirtha, de Brahmayoni et du tirtha de Kouvera 
CHAPITRE XLIX. - Légendes sarasvatiennes. - Légende du tirtha de Vadarapâcana, de Çroutavati et d’Aroundhati. 
 318
CHAPITRE L. - Légendes sarasvatiennes. - Bala va à Indratîrtha, à Râmatîrtha, à Yamounâtîrtha et à Âdityatîrtha. Légendes de ces tîrthas 
 326
CHAPITRE LI. - Légendes sarasvatiennes. - Légende de Dévala Asita. Jaighishavya vient habiter chez lui sans lui adresser la parole. Étonnement de Dévala. Il va se baigner dans la mer et trouve son hôte qui l’avait précédé. Il rentre chez lui et trouve encore son hôte. Réflexions de Dévala. Il traverse les airs et voit Jaighishavya dans les divers mondes. Les Siddhas lui disent que ce mouni, qu’il a perdu de vue, est au séjour de Brahma, où, lui, ne saurait parvenir. Rentré chez lui, il retrouve son hôte et le prie de lui enseigner la voie de la délivrance finale. Ses hésitations. Sa décision définitive. Louanges données par les dieux à Jaighishavya. Bala se baigne dans ce tîrtha, puis se dirige vers celui de Soma 
 329
CHAPITRE LII. - Légendes sarasvatiennes. - Bala se baigne dans ce tirtha. Il va au tirtha du mouni Sârasvata. Légende de Dadhika et de Sârasvata, et naissance de ce dernier. La Sarasvatî, sa mère, l’apporte à Dadhika, qui l’en remercie et lui en marque sa reconnaissance. Dadhika donne à Indra ses os, pour en faire des armes divines avec lesquelles il tuera les ennemis des dieux. Il arrive une grande sécheresse, pendant laquelle la Sarasvatî nourrit son fils, qui continue à réciter les Védas. Soixante mille rishis qui, pendant que la faim les forçait à pourvoir à leur nourriture, ont oublié les Védas, se font ses disciples, pour qu’il les leur enseigne de nouveau. Bala fait ses dévotions au tîrtha de Sârasvata et va à celui de la vieille fille 
 337
CHAPITRE LIII. - Légendes sarasvatiennes. - Ascétisme de la fille de Garga le manchot. Elle reste fille. Elle veut mourir et aller au Svarga, mais Nârada lui dit qu’elle ne le peut pas, n’ayant pas été mariée. Elle offre la moitié de ses mérites à celui qui voudra l’épouser. Prâkçringavant accepte à condition de ne passer qu’une nuit avec elle. Elle l’épouse et meurt. Son mari la regrette et trépasse à son tour. Halâyudha apprend le désastre des Kourouides 
 343
CHAPITRE LIV. Voyage de Halâyoudha aux tîrthas. - Étymologie du nom de Kouroukshetra. Bénédictions accordées à ce lieu par Indra et les autres dieux. Chant d’Indra sur Kouroukshetra 
 347
CHAPITRE LV. - Légendes sarasvatiennes. - Halâyoudha va à l’ermitage de la fille de Çândilya à Plakshaprasravana, à Kârapavana, puis au tirtha de Mitra et de Varouna. Arrivée du rishi Nârada, qui raconte à Balarâma, ce qui s’est passé entre les Kourouides et les Pàndouides. Balarâma congédie ses compagnons, et se dirige vers l’endroit où le combat à la massue doit avoir lieu, après avoir chanté les louanges de la Sarasvatî 
 351
CHAPITRE LVI. - Combat a la massue. - L’arrivée de Balarâma remplit de joie les Pàndouides et Douryodhana, qui lui rendent les honneurs qu’ils lui doivent. Discours de Râma. On va à Samantapahcaka. Commencement du combat. Éloge des deux combattants. Douryodhana invite les assistants à s’asseoir pour être témoins du combat 
 356
CHAPITRE LVII. - Combat a la massue. - Altercation entre Bhlmasena et Douryodhana. Présages ffrayants. Discours de Bhima à Dharmaràja et à Douryodhana. Réponse de ce dernier, qui est applaudi par les assistants 
 362
CHAPITRE LVIII. - Combat a la massue. - Commencement du combat qui est terrible. Les deux champions sont obligés de s’arrêter au bout d’un moment. Reprise de la lutte. Ses alternatives, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre. 
 368
CHAPITRE LIX. - Mort de Douryodhana. - Arjouna demande à Krishna ce qu’il augure de l’issue du combat ; Krishna répond que, dans un combat régulier, Bhîma ne peut pas triompher, mais qu’il pourrait y arriver en employant un moyen frauduleux. Il est d’avis que Bhima accomplisse le vœu qu’il a fait de briser les deux cuisses de Douryodhana. Arjouna, fait dans ce sens, un signe à Bhîma qui le comprend. Ruses de Bhîma pour préparer son coup. Le combat devient terrible. Bhîma, d’un coup de massue brise les deux cuisses de Douryodhana qui tombe ; horreur des assistants à la vue de ce coup déloyal. Prodiges qui ont lieu à cette occasion 
 376
CHAPITRE LX. - Lamentations de Youdhishthira. - Bhîma insulte Douryodhana. Paroles qu’il adresse aux Pandouides. Chagrin de l’armée. Réponse de Youdhishtliira, qui cherche ensuite à calmer la colère de Douryodhana 
 383
CHAPITRE LXI. - Reproches de Baladeva. - Baladeva est rempli d’horreur et fait honte à Bhîma de sa conduite. Il veut se jeter sur lui. Keçava cherche à l’apaiser et à justifier Bhîma ; mais Baladeva ne se laisse pas convaincre. Leur entretien. Baladeva s’en va, après avoir fait de nouveaux reproches à Bhîma et avoir glorifié Douryodhana. Entretien de Krishna avec Youdhishthira. Entretien de Bhîma avec Youdhishthira 
 387
CHAPITRE LXII. - Colloque de Krishna et des fils de Pândou. - Joie des Pândouides, en constatant la mort de Douryodhana. Louanges données à Bhîma. Discours de Krishna. Douryodhana fait un effort pour se relever et répond à Krishna, qu’il accuse de tous ses maux. Réponse de Krishna. Nouveau discours de Douryodhana. Il se produit des prodiges qui humilient et effraient l’armée Pândouide. Discours de Krishna pour rassurer cette armée. Les Pândouides rentrent dans leurs tentes pour se reposer 
 393
CHAPITRE LXIII. - Discours du Vasoudevide. - Les fils de Pândou prennent possession de la tente de Douryodhana. Le char d’Arjouna brûle spontanément. L’explication de ce prodige est donnée par Krishna. Sa conversation avec Youdhishthira qui l’envoie pour apaiser Gândhârî 
 401
CHAPITRE LXIV. - Renseignements donnés a Dhritarâshtra et a Gàndhàrî. - Janamejaya demande des détails sur le voyage de Krishna. Vaiçampâyana les lui donne. Youdhishthira craint la colère de Gândhârî et envoie Krishna pour consoler cette reine. Départ de Krishna et son arrivée à Hastinapoura. Il est reçu par Dvaipâyana et introduit en présence du roi et de la reine. Il parle à Dhritarâshtra, lui expose que les torts viennent de lui et l’exhorte à pardonner aux fils de Pândou. Il parle aussi à Gândhârî, lui rappelle ce qui s’est passé et la supplie de calmer sa colère. Krishna demande qu’on empêche le mal que Kripa, Kritavarman et Açvatthâman projettent de faire aux Pândouides 
 406
CHAPITRE LXV. - Lamentations de Douryodhana. - Dhritarâshtra demande à Sañjaya ce qu’a fait son fils. Sañjaya lui raconte de quelle manière il a manifesté son désespoir et célébré sa propre valeur. Les panégyristes vont apprendre au fils de Drona ce qui est arrivé à Douryodhana, et ce qu’il les a chargés de lui dire 
 415
CHAPITRE LXVI. - Sacre d’Açvatthâman. - Açvatthâman, Kripa et Kritavarman viennent vers Douryodhana. Situation dans laquelle ils le trouvent. Discours d’Açatthâman. Réponse de Douryodhana. Açvatthâman promet de tuer tous les Pâñcâlas. Douryodhana l’institue généralissime de son armée. Les trois maîtres de chars quittent Douryodhana 
 420




ERRATA





Çloka 
4. Au lien de Souyodhàna, lisez Souyodhana.
— 
13. Au lieu de Pâñcalas, lisez Pâñcâlas.
— 
18-19, ligne 15. Au lieu de , lisez ; .
— 
79. Au lieu de Kountibhoya, lisez Kountibhoja.
— 
94. Au lieu de Alâyoûdha, lisez Alâyoudha.
— 
98. Au lieu de Sanyuya, lisez Sanyaya.
— 
104, et toutes les fois que la même faute se représentera, Au lieu de Douryadhana, lisez Douryodhana.
— 
156, 616, 652, 742, 2020, 2076, 2722, à la fin des çlokas, au lieu, de , lisez .
— 
161. Au lieu de Pânçâlas, lisez Pâncâlas.
— 
171 et toutes les fois que la même faute se représentera. Au lieu de Pandouides, lisez Pândouides.
— 
201. Au lieu de Bîbhâtsa, lisez Bîbhatsou.
— 
203. Au lieu de Krîshna, lisez Krishna.
— 
235. Au lieu de Dhritarâbhtra, lisez Dhritarâshtra.
— 
263. Au lieu de trainerais-je, lisez traînerai-je.
— 
267, et toutes les fois que la même faute se représentera. Au lieu de Pandou, lisez Pândou.
— 
301. Au lieu de Arounânouya, lisez Arounânouja.
— 
301. Au lieu de Ouçâna, lisez Ouçanas.
Çlokas, 
540, 1019, 1956. Au lieu deMadrî, lisez Mâdrî.
— 
580. Au lieu de Santal, lisez santal.
— 
583, 721, 2816 (à la fin). Au lieu de . lisez ,.
— 
596. Au lieu de bruits, lisez (bruits).
— 
601. Au lieu de (semblables, lisez (semblables).
— 
620. Au lieu de conduit. lisez conduits.
Çloka 
633. Ato lieu de disparue, lisez disparu.
— 
667. Au lieu de Saliakide, lisez Satiakide.
— 
838. Au lieu de Kshourapra, lisez kshourapra.
— 
865, et toute ? les fois que la même faute se représentera. Au lieu de Kshatriyas, lisez kshatriyas.
Çloka 
906. Au lieu de Dharmarâya, lisez Dharmaràja.
— 
913. Au lieu de (avec elle), lisez (avec lui).
— 
961, ligne 3. Au lieu de du bruit de son char, lisez du bruit de leurs chars.
— 
1011. Au lieu de Dhritarâsha, lisez Dhritarâshtra.
— 
1355-1358. Au lieu de (héros) ; qui fondent, lisez (héros) qui fondent.
Note 13, 
cl. 916. À supprimer ; c’est le restant, oublié par erreur, d’une note qu’on a cru pouvoir supprimer.
Çloka 
1593, ligne 13. Au lieu de toi, lisez lui.
— 
1668-1671, ligne 15. Au lieu de pareille, lisez (demeure) pareille.
— 
1759. Au lieu de Koùntî, lisez Kounti.
— 
1970. Au lieu de secourerai, lisez secourrai.
— 
1974. Au lieu de Hastinâpoùra, lisez Hastinapoura.
— 
2111. Au lieu de Barasvati, lisez Sarasvati.
— 
2120. Au lieu de Sarasvati, lisez Sarasvati.
Çloka 
2122, et toutes les fois que la même faute se représentera. Au lieu de Gàndharvas, lisez Gandharvas.
Çloka 
2122, 2123, 2127,2128, 2131. Au lieu de Mounis, iîtsexr mounis.
Çloka 
2421. Au lieu de les Vaicyas, les Coudras, lisez les vaiç.yas, les coudras.
— 
2492. Au lieu de Pitâmaha, lisez Pitàmaha.
— 
2508. Au lieu de Bhaya, lisez Bhaga.
— 
2565. Au lieu de Gailakampin, lisez Çailakampin.
— 
2705. Au lieu de Çarabhas, lisez çarabhas.
— 
2753. Au lieu de Ailiavala, lisez Ailavila.
— 
3011. Au lieu de Çàkra, lisez Çakra.
— 
3032. Au lieu de Kouroukshetaesamantaputieaka, lisez Kouroukshetrasamantapancaka.
— 
3104. Au lieu de étaient, lisez sont.
— 
3158. Au lieu de Droupadî, lisez Draupadî.
— 
3158. Au lieu de maltraitée, lisez fut maltraitée.
— 
3506. Ati lieu de glorie, lisez gloire.
— 
3539. Au lieu de Adhohkshaja, lisez Adhokshaja.
Çloka 
3563. ligne 15. Au lieu de au roi, lisez, au roi.
— 
3635, ligne 15. Au lieu de maîtres des chars, lisez' maitres de chars.
Note 
2, ligne 14. Au lieu de a lisez à.