Ouvrir le menu principal

Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap15

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 97-101).


CHAPITRE XV


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Combat de Douryodhana et de Dhrishtadyourana. Prouesses de Çalya, qui est combattu par Nakoula, et ensuite par les autres fils de Pândou et le Satyakide. Combat g’énéral.


753. Sañjaya dit : Ô grand roi, Douryodhana et le Prishatide Dhrishtadyoumna se livrèrent un très grand combat, à grand renfort de flèches et de lances.

754. Ô grand roi, ces deux (héros) versèrent par milliers des pluies de traits, comme, dans la saison chaude, les nuages orageux (répandent) des gouttes d’eau de toutes parts.

755. Le roi, ayant percé le Prishatide de cinq traits rapides, atteignit encore de sept le meurtrier de Drona, armé de flèches terribles.

756. Mais Dhrishtadyoumna, fort dans les combats, fermement héroïque, écrasa Douryodhana de soixante-dix flèches.

757. Ô excellent Bharatide, ayant vu le roi dans l’embarras, ses frères entourèrent le Prishatide avec une grande armée.

758. Ô roi, ce héros vivement entouré de tous côtés par les grands guerriers, allait çà et là dans la bataille, faisant admirer la rapidité de ses projectiles.

759. Çikhandin combattit les deux archers Kritavarman et le Gotamide, joints aux Prabhadrakas .

760. Là aussi, ô maître des hommes, il s’engagea un très grand combat entre les (guerriers) qui faisaient le sacrifice de leur vie dans une lutte (semblable à) une partie de dés où l’enjeu serait l’existence.

761. Çalya, lançant de tous côtés dans l’espace des pluies de flèches, attaqua les Pândouides, le Satyakide et Vrikodara.

762. Grâce à la force de ses projectiles, il combattit, avec un même héroïsme, les deux jumeaux, dont la force dans les combats égalait celle d’Yama, ô Indra des rois.

763. Aucun des guerriers Pândouides pourchassés par les flèches de Çalya, ne trouvait de protecteur dans la bataille.

764. Mais alors, comme Dharmarâja était vivement pressé (par ses ennemis), le héros fils de Mâdrî, Nakoula, courut avec rapidité contre son oncle maternel.

765. Ce tueur des héros ennemis l’ayant couvert (de flèches), l’atteignit en dedans du mamelon du sein, de dix

766. Flèches de fer, polies par le forgeron, aiguisées sur une pierre, ayant l’extrémité postérieure dorée, lancées par son arc.

767. Cependant Çalya, atteint par ce magnanime fils de sa sœur, frappa Nakoula de traits aux nœuds recourbés,

768. Alors Youdhishthira, Bhîmasena, le Satyakide et Sahadeva, fils de Mâdrî, coururent contre le roi de Madra.

769, 770. Le maître de l’armée, vainqueur des ennemis, assaillit (tous) ceux-ci, au moment où ils fondaient sur lui, remplissant du bruit de leurs chars les points cardinaux et les espaces intermédiaires, et faisant trembler la terre. Ayant atteint Youdhishthira de trois (traits) et Bhîmasena de cinq,

771-772. Le Satyakide de cent, et Sahadeva de trois, le maître de Madra coupa avec une kshourapra, ô vénérable, l’arc, avec sa flèche, du magnanime Nakoula. Cet arc, arraché (de ses mains) par le trait de Çalya, fut brisé.

773. Mais le grand guerrier fils de Mâdrî, ayant pris un autre arc, remplit rapidement de flèches le char du roi de Madra.

774. Ô vénérable, Youdhishthira et Sahadeva atteignirent le maître de Madra, chacun de dix traits dans la poitrine.

775. Bhîmasena et le Satyakide, l’ayant attaqué, le frappèrent, (le premier) de soixante et, (le second) de dix flèches empennées de plumes de héron.

776. Alors le roi de Madra, irrité, perça le Satyakide de neuf traits et, en outre, de soixante-dix flèches aux nœuds recourbés.

777. Puis, ô vénérable, il lui coupa, à la poignée, l’arc avec la flèche (prête à partir) et donna, dans le combat, la mort à ses quatre chevaux.

778. Le grand guerrier roi de Madra, voyant le Satyakide hors (d’état de se servir de son) char, le frappa de toutes parts d’une centaine de flèches.

779. Le Kourouide atteignit de dix traits les deux fils de Mâdrî exaspérés, Bhîmasena, fils de Pândou, et Youdhishthira.

780. Nous vîmes là cet exploit merveilleux du roi de Madra, (dont le résultat fut) que les fils de Prithâ réunis (ne purent pas) l’approcher dans le combat.

781-784. Mais le fort Satyakide, à l’héroïsme vrai, étant monté sur un autre char et voyant les fils de Pândou opprimés par le roi de Madra et tombés (pour ainsi dire) en son pouvoir, courut rapidement contre lui. Çalya, splendide dans les batailles, alla, avec son char seulement, à la rencontre de celui du (Satyakide) qui arrivait sur lui, comme un éléphant en rut (court contre un autre) éléphant en rut. La mêlée et le combat du Satyakide et du héros, roi de Madra, fut une chose merveilleuse à voir, (autant) en vérité que le (combat) qui eut lieu entre Çambara et le roi des immortels.

785. Voyant le roi de Madra qui se tenait ferme dans la bataille, le Satyakide le perça de dix traits, et lui cria : Arrête-toi, arrête-toi !

786. Mais le roi de Madra, gravement atteint par ce magnanime, le blessa avec des flèches aiguës, à l’extrémité postérieure brillante.

787. Alors les grands guerriers fils de Prithâ, avec leurs chars, assaillirent rapidement, animés du désir de le tuer, le roi, leur oncle maternel, attaqué par le Satyakide 9.

788. Puis il y eut entre les héros, combattant comme des lions rugissants, un combat où (chacun) détruisait ses ennemis et où le sang coulait comme de l’eau.

789. Ô grand roi, ils se menaçaient en combattant, comme des lions (qui) rugissent en désirant (s’emparer d’une) proie convoitée.

790. La terre était couverte des milliers de leurs flèches, et l’atmosphère parut, tout d’un coup, comme faite de leurs traits.

791. Les flèches (par leur grand nombre) obscurcissant le (ciel) dans plusieurs directions, les traits lancés par ces magnanimes formaient, à ce qu’il semblait, un nuage (opaque).

792. Ô roi, les quatre points cardinaux resplendissaient des flèches à l’extrémité postérieure dorée, brillantes comme des serpents qui ont fait peau neuve, (et qui étaient) lancées (dans la bataille).

793. En cet endroit, Çalya, destructeur des ennemis, exécuta cet exploit des plus merveilleux, de combattre à lui seul de nombreux (adversaires).

794. La terre était couverte par les flèches terribles, ornées de plumes de héron et de paon, qui tombaient, décochées par la main du roi de Madra.

795. Ô roi, nous y vîmes le char de Çalya allant de côté et d’autre dans la grande bataille, comme celui de Çakra, quand il repoussait les asouras.