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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap16

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 102-109).


CHAPITRE XVI


COMBAT DE ÇALYA ET DE YOUDHISHTHIRA


Argument : Combat général. L’armée Pândouide est mise en fuite. Youdhishthira harangue ses frères et combat Çalya. Combat de Bhîma et de Douryodhana. Évanouissement de Douryodhana ; son cocher est tué et il est emporté par ses chevaux. Çalya, mis en grand danger par Youdhishthira, est emmené par Açvatthâman. Il s’arrête et remonte sur un autre char.


796. Sañjaya dit : Alors, ô puissant, tes armées ayant mis à leur tête le roi de Madra, coururent de nouveau rapidement au combat contre les fils de Prithâ.

797. Et tous les tiens, quoique blessés, enivrés par l’attrait du combat, courant en avant, mirent immédiatement, par leur grand nombre, le trouble (dans l’armée) des Prithides.

798. Et, (quoique) retenus par Bhîma, sous les yeux de Krishna et du fils de Prithâ, les Pândouides, frappés par les Kourouïdes, ne (purent) pas tenir ferme.

799. 800. Alors Dhanañjaya irrité, et Sahadeva, couvraient d’une multitude de flèches, (le premier) Kripa et ses suivants, ainsi que Kritavarman, (le second) Çakouni avec son armée. Nakoula, placé de côté, observait le roi de Madra.

801. Les fils de Draupadi repoussaient de nombreux rois, et le Pâñcâla Çikhandin résistait au fils de Drona.

802. Bhîmasena, la massue à la main, arrêtait (dans sa marche) le roi Douryodhana, et Youdhishthira, fils de Kountî, (résistait à) Çalya accompagné de (son) armée.

803. Alors le combat était engagé en cet endroit entre les tiens et les ennemis, qui, (ni les uns ni les autres), ne tournaient le dos dans la bataille.

804. Je vis alors là une grande prouesse de Çalya. À lui seul, il combattait toutes les armées des Pândouides.

805. Çalya, dans le voisinage de Youdhishthira, apparaissait comme la planète Saturne auprès de la lune.

806. Ayant écrasé le roi de flèches semblables à des serpents, il courait de nouveau contre Bhîma et le couvrait d’une pluie de traits.

807. En voyant son agilité et son habileté à lancer des armes de jet, les armées des ennemis et les tiennes l’honorèrent (de leurs acclamations).

808. Les Pândouides, broyés par Çalya, s’enfuyaient, écharpés, du combat, pendant que Youdhishthira (leur) criait (de s’arrêter).

809. Ses armées étant tuées par le roi de Madra, le fils de Pândou, Youdhishthira Dharmarâya, ayant pris sa résolution avec colère,

810. Se décida à un acte héroïque et frappa le roi de Madra. La victoire ou la mort ! (se disait) le grand guerrier, (fidèle) à remplir ses devoirs.

811. Ayant convoqué tous ses frères et le Madhavide (Krishna-Vishnou), il leur dit : Bhîshma, Drona, Karna et les autres princes

812. Qui avaient réuni leurs forces dans l’intérêt des Kourouides, sont morts dans la bataille. Dans la mesure de votre bonheur et de vos forces, vous avez accompli des actes héroïques.

813. La seule part (de gloire qui me soit) laissée, est (la victoire sur) le grand guerrier Çalya. Je veux maintenant triompher du roi de Madra.

814. Je vous dis ici toute ma pensée. Les deux héros fils de Mâdravatî (Mâdrî, princesse de Madra) seront les gardiens de mes roues.

815, 816. Que ces deux (guerriers), tenus pour des héros invincibles dans les combats, même pour Vâsava, que ces deux (hommes) excellents attachés aux devoirs des Kshatriyas, aux promesses (toujours) suivies d’effet et dignes du respect (de tous), luttent contre notre oncle maternel dans la bataille. Çalya me tuera en combattant, ou je le tuerai. Que cela vous soit agréable,

817. Héros du monde, écoutez cette parole vraie : ô princes, je vais maintenant combattre l’oncle maternel, selon la règle des Kshatriyas,

818. Résolu à (remporter) la victoire, ou (à subir le destin) contraire, (qui est la mort). Mon épée et toutes mes autres armes sont supérieures (aux siennes).

819. Que les servants soient rapidement réunis sur le char selon la règle : le Çinien à la roue droite, Dhrishtadyoumna à la gauche 10.

820. Que Dhanañjaya, fils de Prithâ, protège mes derrières et que Bhîma, le plus éminent des hommes d’armes, marche maintenant devant moi.

821. De cette façon, je serai bien supérieur à Çalya dans la grande lutte (qui va s’engager) . Alors (ces guerriers), ainsi commandés, voulant exécuter ce qui était agréable au roi, firent (ce qu’il leur avait dit).

822. Ces (préparatifs) remplirent d’une nouvelle joie les armées (Pândouides), principalement les Pâñcâlas, les Somakas et les Matsyas.

823-826. Puis, le roi, ayant pris cet engagement, se dirigea contre le maître de Madra. Les Pâñcâlas firent alors résonner les conques, les timbales et les tambours poushkalas, par centaines, et poussèrent leur cri de guerre ; exaspérés, faisant résonner la terre du grand bruit des instruments de musique, des grelots des éléphants, du son des conques et de leurs cris de joie, ils attaquaient l’énergique roi de Madra et les taureaux des Pourouides 11. Ton fils et l’héroïque roi de Madra les recevaient

827-829. Comme les deux montagnes où le soleil et la lune se lèvent et se couchent (arrêtent) de gros et nombreux nuages. Çalya, avide de combats, arrosa de flèches Dharmarâja, dompteur des ennemis , comme (Indra) Maghavant verse la pluie. Le magnanime roi de Kourou, ayant saisi son arc brillant et faisant montre des leçons de diverses sortes (qu’il avait reçues) de Drona, répandit avec éclat, légèreté et adresse, un déluge de traits (sur l’ennemi).

830. Et personne ne put apercevoir un point faible dans sa manière de combattre. Ces deux (guerriers, Çalya et Youdhishthira) se blessèrent réciproquement avec des flèches de diverses espèces,

831. Comme deux tigres, désireux (de saisir) une proie convoitée, mesurent leurs forces dans le combat. Bhîma rencontra ton fils que la bataille enivrait.

832. Le Pâñcâlien, le Satyakide et les deux Pândouides, fils de Madri, attaquèrent de toutes parts les héros qui avaient Çakouni à leur tête.

833. Ô roi, parce que tu avais suivi un conseil qui n’était pas sage, il s’engagea alors un nouveau combat tumultueux entre les tiens et les ennemis.

834. Douryodhana visa et coupa dans la bataille, avec une flèche aux nœuds recourbés, l’étendard doré de Bhîma.

835. Cet étendard brillant, agréable à voir, orné d’une multitude de clochettes, tomba sur (le champ du) combat, sous les yeux de Bhîma.

836. Puis, avec une flèche en rasoir, armée d’un tranchant, le roi mit en pièces son arc brillant, semblable (pour la grosseur) à la trompe d’un éléphant.

837. Cet énergique (fils de Pândou), ayant son arc brisé, attaqua ton fils et lui perça la poitrine avec la hampe du drapeau. (Douryodhana) tomba sur le siège de devant de son char.

838. Ton fils ayant perdu connaissance, Vrikodara sépara en outre, avec une Kshourapra, la tête du cocher de son corps.

839. Ô Bharatide, les chevaux, dont le cocher était tué, emportèrent le char en courant çà et là dans toutes les directions. On entendit alors, ô roi, des cris de : Ah ! Ah !

840. Le grand guerrier fils de Drona, Kripa, et Kritavarman, désireux de protéger ton fils, accoururent vers lui pour le secourir.

841. Dans cette armée tremblante, ses suivants étaient effrayés. L’archer porteur de Gândîva, ayant bandé cet arc, les tuait avec ses traits.

842. Mais Youdhishthira irrité, excitant lui-même ses chevaux couleur d’ivoire, rapides comme la pensée, attaquait le maître de Madra.

843. Nous remarquions là, avec stupeur, que le fils de Kountî, Youdhishthira, jadis doux et ayant (ses sens) domptés, était (devenu) terrible.

844. Roulant les yeux et tremblant de colère, le fils de Kountî, avec des flèches bhallas aiguës, détruisait les guerriers par centaines de mille.

845. L’aîné des fils de Pândou ruinait avec ses traits la (partie) de l’armée, quelle qu’elle fut (contre laquelle) il se dirigeait, telles des montagnes que frappent les (coups) suprêmes de la foudre.

846. Le fort (Dharmarâja), abattant de nombreux guerriers avec leurs chars, leurs étendards, leurs cochers et leurs chevaux, s’en jouait, comme le vent des nuages.

847. Il broyait dans la bataille les chevaux avec leurs cavaliers, et les fantassins, comme Roudra irrité (le fait) des bestiaux.

848. Ayant, avec la pluie de ses flèches, rendu de toutes parts le champ de bataille vide (de combattants), il courait après le roi de Madra en lui criant : Arrête, arrête, ô Çalya.

849. En voyant combattre ainsi ce (héros) aux exploits terribles, tous les tiens tremblèrent ; mais Çalya alla à sa rencontre.

850. Ces deux (guerriers) très irrités, ayant soufflé dans leurs conques et s’étant réciproquement défiés, se rencontrèrent alors.

851. Çalya écrasa le Pândouide sous une pluie de flèches, mais le fils de Kountî couvrit, (de son côté), le roi de Madra de nuages de traits.

852. Alors, ô roi, on vit ces deux héros, Youdhishthira et le roi de Madra, couverts de flèches, blessés et sanglants ;

853. Magnanimes, enflammés (de colère), rendus fous par une partie dont l’enjeu était la vie, ils brillaient en vérité comme deux kimcoukas fleuris.

854. Toutes les armées, en les voyant, ne prévoyaient pas qui des deux obtiendrait la victoire. Le fils de Prithâ sera-t-il le roi de la terre après avoir tué le maître suprême de Madra,

855. Ou bien, en tuant le fils de Pândou, Çalya conférera-t-il l'(empire du) monde à Douryodhana ? Telles étaient les paroles des combattants, ne sachant pas au juste (ce qui allait arriver), ô Bharatide.

856. Tout était favorable à Dharmarâja combattant. Mais alors Çalya lança à Youdhishthira une centaine de traits

857, 858. Et coupa son arc avec une flèche en rasoir à l’extrémité aiguë. Celui-ci, ayant pris un autre arc, atteignit Çalya de trois centaines de traits et coupa (aussi) son arc avec une flèche en rasoir, puis il tua ses quatre chevaux avec des flèches aux nœuds recourbés.

859, 860. Ensuite, avec deux (traits) à la pointe aiguë, (il tua) les conducteurs des deux chevaux de côtés de l’attelage, et, avec une bhalla brillante, dorée et aiguë, il enleva son étendard, devant lui. Alors cette armée de Douryodhana fut mise en déroute, ô dompteur des ennemis.

861. À ce moment, le fils de Drona accourut vers le roi de Madra réduit à cette (extrémité) et, l’ayant fait monter sur son char, se hâta de l’emmener.

862. Ces deux guerriers marchèrent un instant, pendant que Youdhishthira poussait des cris (à leur adresse), puis le roi de Madra s’arrêta et monta sur un autre char.

863. Brillant, équipé selon les règles, fourni de toutes les armes et de tous les ustensiles (nécessaires), produisant le bruit d’un grand nuage (orageux), et faisant (de terreur) hérisser les poils (des ennemis).