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Paulin Paris, Les Romans de la Table ronde : Lancelot du lac 1868


LANCELOT DU LAC.




I.



En la marche de Gaule et de la petite Bretagne régnaient jadis deux frères, époux de deux sœurs. Ban, l’aîné, était roi de Benoïc, Bohor était roi de Gannes. Au moment où l’histoire commence, Ban avait atteint un grand âge, et de la reine Hélène, issue de la race de Joseph d’Arimathie, il n’avait qu’un enfant, nommé Galaad en baptême, mais qu’on appela toujours Lancelot, en mémoire de son aïeul[1].

Les royaumes de Benoïc et de Gannes devaient hommage à celui de la petite Bretagne, dont le souverain, nommé Aramont, mais plus ordinairement Hoël, étendait son autorité d’un côté jusqu’aux marches d’Auvergne et de Gascogne, de l’autre jusqu’aux terres soumises aux Romains et à leur vassal le roi de Gaule. Le Berry était également inféodé à la petite Bretagne mais, dès le temps du roi Aramont, le roi Claudas de Bourges avait refusé l’hommage et s’était déclaré vassal du roi de Gaule qui, lui-même, dépendait de l’empereur de Rome. Ces rois de Gaule se faisaient alors par élection. Claudas, avec l’aide des Gaulois et des Romains, étant parvenu à s’emparer de Benoïc, Aramont eut recours au roi de la Grande-Bretagne, qu’il reconnut pour suzerain. Alors Uter-Pendragon passa sur le continent, chassa Claudas non-seulement de Benoïc, mais de Bourges, et les Bretons désolèrent si bien la terre de Berry qu’elle perdit son nom pour prendre celui de la Déserte. Bourges, la cité principale, fut seule épargnée, en reconnaissance de l’accueil qu’y avait reçu Uter-Pendragon, quand Wortigern les avait contraints, lui et son frère, à sortir de la Grande-Bretagne[2].

Mais, après la mort d’Uter-Pendragon, Artus eut à répondre à tant d’ennemis qu’il ne put protéger ses grands vassaux du continent. Les deux royaumes de Gannes et Benoïc, d’abord réunis sous le sceptre du roi Lancelot, avaient été partagés entre les deux fils de ce prince. Claudas profita de l’éloignement des Bretons insulaires pour réclamer une secondè fois l’appui des Gaulois et des Romains. Il rentra dans la Déserte, envahit les terres de Benoïc, et saisit peu à peu toutes les bonnes villes du roi Ban. Il offrait bien de les rendre à la condition d’en recevoir l’hommage mais, pour rien au monde, Ban n’eût manqué à la foi qu’il devait au roi Artus.

Il ne restait plus au roi de Benoïc que le château de Trebes, qui, par l’avantage de sa situation entre une rivière et de fortes murailles, défiait tous les assauts : toutefois il n’était pas à l’abri de la disette ou de la trahison. Ban y avait conduit là reine Hélène et leur fils, le petit Lancelot. Claudas arriva bientôt devant les barrières ; tout moyen de sortir et de communiquer avec le dehors fut enlevé aux assiégés. Ban était décidé à mourir plutôt que de céder aux conditions de Claudas mais il prenait en pitié les souffrances de la reine et de ses chevaliers. Claudas ne cessait de lui représenter que rien ne le mettrait à l’abri de la faim ; qu’Artus ne viendrait pas à son aide ; que son frère le roi Bohor était trop malade pour le seconder. Un jour il offrit de le laisser sortir pour se rendre en Grande-Bretagne, à la condition que, si dans quarante jours il n’était pas de retour, ou revenait sans avoir obtenu de secours, le château serait rendu. Ban hésitait, et Claudas, qui pratiquait volontiers les traîtres, tout en ne les aimant pas, parvenait à gagner Aleaume, le sénéchal de Benoïc, en s’engageant à l’investir de ce royaume, dont il lui ferait l’hommage. Un jour le roi Ban prit en conseil un loyal chevalier, nommé Banin, son filleul, et le sénéchal ; il leur exposa les offres de Claudas ; le sénéchal insista fortement pour en montrer les avantages. « Artus, disait-il, bien que fort occupé des Saisnes et de ses hauts barons, ne refusera pas de vous venir en aide. La garnison de Trebes tiendra jusqu’à votre retour, et Claudas, à l’approche des Bretons, lèvera le siège, trop heureux de regagner la Déserte. »

Ban se rendit à ces raisons : il avertit la reine, et, suivi de deux écuyers, l’un pour tenir l’enfant, l’autre pour conduire les sommiers chargés du trésor de Benoïc, ils passèrent la porte, franchirent le pont abaissé, et ne trouvèrent personne qui tentât de les arrêter.


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