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Eugénie Pradez, La Revanche du passé 1900



La Revanche du Passé


CHAPITRE I


Il faisait encore grand jour, et Élisabeth, restée seule un moment dans la chambre démeublée, s’approcha de la fenêtre.

Ce côté de la maison donnait sur des jardinets carrés, étroits, séparés les uns des autres par des haies vives, crevées de larges trous béants.

Quelques pommiers maladifs, des buissons de groseilles épineuses et des massifs de dahlias aux couleurs éteintes peuplaient cet enclos, où s’alanguissait une pâle verdure potagère.

En été, sur ce maigre terrain presque abandonné, poussait un désordre de végétation, un pêle-mêle de petite salade, d’herbes folles, de touffes d’oseille, et, le long d’alignements de choux mal venus, creux, presque sans feuilles, par-ci par-là, l’œil bleu de la bourrache sauvage regardait le ciel.

C’était sur ce coin de jardin emprisonné de bâtisses, en face de ce lopin de terre morcelé où des chats erraient, le ventre vide, qu’Élisabelh avait grandi.

Pendant les longues absences de sa mère, elle avait passé, sur ce carré de sol aride, d’interminables heures à regarder butiner les abeilles sur les dahlias, ou s’ébattre les grosses mouches bourdonnantes autour des balayures, ou bien, lorsque la pluie tombait à torrents, à voir l’eau se frayer, sur l’argile durci du chemin, mille petites rigoles capricieuses qui allaient se verser les unes dans les autres.

Le temps s’écoulait, ainsi lentement, sans créer dans l’esprit de la petite fille aucune étape bien définie où elle pût retrouver des souvenirs distincts de l’ensemble monotone de ses journées.

Chaque fenêtre des hautes maisons entourant l’enclos avait pris pour elle une physionomie propre, absolument différente des autres. Elle leur avait inventé à toutes une histoire, à celles du premier avec leurs rideaux de tulle grossier, et à celles de tout en haut, où séchaient au soleil, sur des bouts de ficelle tendue, des nippes multicolores.

Sur quelque indice aperçu du dehors, son imagination bâtissait des intérieurs, et elle les peuplait, selon sa fantaisie, des êtres qu’elle voyait entrer et sortir ; elle se plaisait aussi à surprendre tous les jours le retour des enfants, l’école finie, et à entendre leur tapage et leurs rires.

Un automne précoce avait déjà effeuillé les arbres rabougris, aux branches noueuses et tordues, et, sous le ciel plombé, l’enclos avait, ce jour-là, l’aspect terne des jours d’hiver.

L’œil rêveur, la grande jeune fille anguleuse, amaigrie par une croissance rapide et tardive, contemplait cette scène rétrécie de la vie où


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