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Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, tome IV, chapitre XXII : Julien est déclaré empereur par les légions de la Gaule ; sa marche et ses succès ; mort de Constance ; administration de Julien. 1776

Traduction François Guizot 1819


Son ambassade à Constantinople.

Le nouvel empereur employa les premiers jours de son règne à modérer le zèle de son parti, à sauver la vie à ses ennemis, et à déconcerter, en les méprisant, les entreprises formées contre sa personne et son pouvoir. Quoique déterminé à conserver le titre qu’il venait de prendre, il aurait voulu éviter au pays qu’il gouvernait, les calamités d’une guerre civile, ne pas se commettre contre les forces supérieures de Constance, et conserver une réputation exempte du reproche d’ingratitude et de perfidie. Décoré des ornemens impériaux et environné d’une pompe militaire, il se montra dans le champ de Mars aux soldats, qui contemplèrent avec enthousiasme, dans leur empereur, leur élève, leur général et leur ami. Il récapitula leurs victoires, se montra sensible à leurs peines, enflamma leurs espérances, contint leur impétuosité, et ne rompit l’assemblée qu’après leur avoir fait solennellement promettre, si l’empereur de l’Orient consentait à un traité équitable, de renoncer à toute conquête, et de se contenter de la paisible possession des Gaules. D’après cet arrangement, il écrivit, au nom de l’armée et au sien, une lettre adroite et modérée. Deux ambassadeurs, Pentadius, grand-maître des offices, et Euthérius, grand-chambellan, furent chargés de la remettre à Constance, d’examiner ses dispositions, et de rapporter sa réponse. La lettre de Julien est signée modestement du nom de César ; mais il réclame positivement, quoique avec respect, la confirmation du titre d’Auguste, et en avouant l’irrégularité de son élection, il excuse à un certain point le mécontentement et la violence des soldats qui ont arraché son consentement. Il reconnaît la supériorité de son frère Constance, et s’engage à lui envoyer annuellement un présent de chevaux d’Espagne, à recruter tous les ans son armée d’une troupe choisie de jeunes Barbares, et à recevoir de sa main un préfet du prétoire d’une prudence et d’une fidélité reconnue ; mais il se réserve la nomination de tous les autres officiers civils et militaires, le commandement des armées, les revenus et la souveraineté des provinces au-delà des Alpes. Il invite Constance à consulter les lois de la justice, à se méfier des flatteurs qui ne subsistent que de la discorde des princes, et à accepter la proposition d’un traité honorable, également avantageux pour les peuples et pour la maison de Constantin. Dans cette négociation, Julien ne réclamait que ce qu’il possédait d’avance. La Gaule, l’Espagne et la Bretagne, reconnaissaient, sous le nom indépendant d’Auguste, l’autorité qu’il exerçait depuis long-temps sur ces provinces, avec le titre subordonné de César. Les soldats et les peuples se félicitaient d’une révolution qui n’avait pas même été teinte du sang de ceux qui s’y étaient opposés. Florentius avait pris la fuite, Lupicinus était prisonnier ; on s’était assuré des personnes malintentionnées pour le nouveau gouvernement ; et les places vacantes avaient été accordées au mérite et aux talens, par un prince qui méprisait les intrigues de la cour et les clameurs des soldats.


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