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Gabriel Milin et Amable-Emmanuel Troude, L’Oiseau de vérité





L’OISEAU DE VÉRITÉ




Avant de commencer. − Eh bien, bonnes gens, dit le chef du ménage, le temps est froid aujour­d’hui et il ne fait pas bon dehors. Si nous avions là un bon feu devant nous, je pense qu’il ne serait pas désagréable d’entendre quelque jolie histoire pendant la veillée. − Pour le coup, vous dites vrai, répliqua la ménagère, car tous ces braves gens qui remplissent la maison ne tien­draient pas à entendre les plus belles histoires du pays s’ils tremblaient de froid. Ce n’est pas assez d’entendre parler, il faut aussi que chacun soit à l’aise et de bonne humeur.

Le chef de famille alla alors chercher une souche de chêne qui avait été arrachée, il y avait cent ans, du Bois de la Nuit. Elle était aussi grosse que la bûche de Noël et remplissait la cheminée. A mesure que le feu prenait à la souche, la chaleur venait dégourdir les membres des as­sistants qui formaient un grand cercle autour du foyer. Parmi eux se trouvait le grand Conteur, que le maître de la maison avait fait asseoir sur son escabeau.

— Il est temps de commencer, s’écrièrent les hommes et les femmes.

L’éloquent Conteur alors, se mouchant et tous­sant pour nettoyer son gosier, et mettant sa jambe droite sur la gauche, fit le signe de la croix : − Mes braves gens, dit-il, vous allez entendre aujourd’hui l’histoire de l’Oiseau de vérité. Qui de vous a déjà entendu cette histoire ? − Personne, dit quelqu’un. − Il serait curieux, dit un autre, d’entendre un hâbleur qui n’a pas son pareil dans le pays, moi excepté, de l’entendre nous prêcher sur la vérité, à l’instar de M. le curé dans sa chaire. − Et pourquoi ne le ferait-il pas, dit le Conteur ? Ne voit-on pas souvent des fous donner de bons conseils aux sages. Et à moins qu’elle ne te passe sous le nez, beau parleur que tu es, la vérité ne se perd jamais : elle germe en tous pays, et l’on a beau chercher à la cacher et à l’étouffer, elle s’élève toujours à la surface de l’eau et vient à bien. Écoutez-moi, ceci vous sera démontré plus tard, pourvu que vous ouvriez bien vos deux oreilles, bonnes gens.

Mais gardez-vous bien de m’interrompre, car nous sommes, pour la plupart, comme un prêtre en chaire. Quand il s’arrête à regarder quelqu’un au lieu de s’occuper exclusivement de son sermon, il arrive que sa langue passe dans le gosier d’un autre et que dans sa propre bouche il ne reste qu’un pied de veau. Alors il reste court.

Tels sont les conteurs, quand on les détourne de leur sujet par des interruptions.

Je vais commencer.


PREMIÈRE VEILLÉE

Il y avait autrefois en Bretagne un roi qui n’avait, pour héritier, qu’un fils du nom de Calounec (homme de cœur).

Quand cet enfant fut en âge de s’instruire, le roi chercha, pour lui confier l’éducation de son fils, l’homme le plus savant et le plus sage qui fût dans la contrée.

Le roi, homme de sens, disait que l’éducation était préférable à la fortune et aux honneurs. Il vaut mieux, disait-il, instruire un jeune en­fant que lui amasser des


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