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Stanislas Meunier, Les Pierres qui tombent du ciel in La Nature - Revue des sciences 1873


LES PIERRES QUI TOMBENT DU CIEL

Pour qui regarde les choses d’un peu haut, les progrès importants dans les sciences naturelles se font tous à peu près de la même manière. Ils traversent trois phases bien distinctes qui se succèdent régulièrement.

Les faits nouveaux d’où ces progrès sortiront sont, d’habitude, annoncés d’abord soit par des observateurs que n’ont pas préparés leurs études antérieures, comme sont les paysans, si bien placés d’ailleurs pour assister aux phénomènes naturels ; — soit par des savants hardis, que l’on est porté, en attendant vérification, à croire victimes de quelque illusion.

Dans l’un et l’autre cas, les faits en question sont niés purement et simplement sous le prétexte qu’ils ne rentrent pas dans les cadres alors tracés par la science, si même (ce qui arrive souvent) ils ne sont pas en contradiction formelle avec les lois découvertes et regardées comme plus générales qu’elles ne le sont réellement.

Plus tard, l’observation des mêmes phénomènes se reproduisant et se répétant, on est conduit peu à peu, d’une manière invincible à reconnaître leur réalité ; mais on s’empresse, croyant en être quitte à ce prix avec eux, de les qualifier de faits exceptionnels : à ce titre, et contrairement à ce que l’intérêt de la science exigerait si impérieusement, on ne leur accorde qu’une attention secondaire. Un peu plus et l’on dirait que par leur caractère inattendu, ils ne font que confirmer les lois auxquelles ils contredisent.

Enfin, il vient un moment où ces faits mieux étudiés, malgré les entraves que leur opposent les préjugés et les idées préconçues, révèlent de nouvelles lois tout aussi générales que celles précédemment établies et dont la connaissance devient l’origine de découvertes capitales.

Ces trois phases : négation pure et simple, tolérance à titre de fait exceptionnel, admission définitive comme notion importante, se retrouvent dans l’histoire de presque tous les grands progrès des sciences naturelles. Nous pourrions citer la génération alternante, la régénération des parties amputées des animaux, la nidification des poissons, l’anesthésie, l’état sphéroïdal, etc. ; aucun de ces progrès ne fournit un exemple plus net à l’appui de notre assertion que ce grand fait naturel qu’il tombe des pierres du ciel.

Le phénomène de la chute des pierres se manifeste fréquemment depuis la plus haute antiquité, et les populations primitives frappées de son imposant cortège d’éclairs et de détonations n’ont pas manqué d’en faire entrer la description dans leurs légendes et dans leurs chants.

Il joue même, dans les traditions, un rôle si grand qu’on lui a rattaché parfois des phénomènes qui n’ont rien de commun avec lui : par exemple, la dispersion à la surface de la Crau des innombrables galets qui la recouvrent. On connait ce passage d’un des courts fragments du Prométhée délivré :

« Te faire une arme des pierres du chemin, il n’y faut pas compter ; tout le pays n’est que terre molle. Mais, en voyant ta perplexité, Zeus te prendra en pitié et, grâce à lui, de la nuée entr’ouverte, ce sera une grêle de galets à couvrir la terre. Avec eux, sans peine, tu accableras l’armée des Ligures. »

Certains épisodes des grandes épopées scandinaves (de la Volospâ et de l’Edda junior) sont ainsi résumées par M. Moreau de Jonnès :

« Le chemin de la Lune gronde sous le char de Thor, le dieu du tonnerre … les régions aériennes s’enflamment, le ciel brûle au-dessus des hommes … des yeux ronds, semblables à des lunes, sont formés par les flammes dans les cieux, la terre se déchire, les roches se détachent et le sol est couvert d’une grêle. »

Et, quoique le savant auteur oublie d’en faire la remarque, il est impossible de ne pas voir dans ce récit une description de chutes météoritiques auxquelles rien n’a manqué de leur cortège habituel de phénomènes lumineux et de manifestations sonores.

« Ailleurs, ajoute M. Moreau de Jonnès, les poëmes runiques comparent la foudre lancée par Thor à une masse de fer brûlante. » Et cela achève de compléter la ressemblance.

D’ailleurs, non-seulement les anciens ont décrit des chutes de météorites, mais ils ont de plus utilisé souvent les produits de ces chutes.

En effet, c’est sans doute donner une interprétation plausible de l’anecdote mythologique qui nous montre le maître des dieux envoyant un secours de flèches aux combattants qu’il veut favoriser, que d’y voir l’indication de ce fait que des masses métalliques tombées des nues, avec accompagnement d’éclairs et de tonnerre, ont été employées à faire des flèches. La fable qui représente les cyclopes forgeant la foudre témoigne également de l’emploi primitif du fer météorique ; par cela seul en effet que le métal céleste, si inévitablement identifié avec la foudre, est considéré comme un produit de la forge, il est évident qu’on savait qu’il pouvait être forgé : des forgerons mettant en œuvre des fers tombés d’en haut auront donné lieu à cette fable, et l’origine céleste des premiers matériaux de leur industrie peut n’être pas étrangère au caractère sacré que les traditions nous montrent avoir appartenu, à l’origine, aux ouvriers qui travaillent le fer.

À des époques moins antiques, les historiens grecs romains et autres ont enregistré avec beaucoup de soin, d’innombrables chutes de météorites : Pindare, Plutarque, Tite Live, Pline, Valère Maxime, Julius Obsequens, César, Ammien Marcellin, Photius, Mézeray, Avicenne, Sauval, etc., etc., en mentionnent des exemples.

Même, plusieurs pierres météoriques furent élevées à la dignité de divinités. Témoin celle qui était adorée sous le nom d’Elagabale, chez les Phéniciens ; de Cybèle ou Mère des Dieux, chez les Phrygiens ; de Jupiter Ammon dans la Libye, et qui, 104 ans avant notre ère, fut


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