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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap48

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 326-329).


CHAPITRE XLVIII


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Sacre de Varouna. Légendes d’Agnitîrtha, de Brahmayoni et du tîrthade Kouvera.


2728. Janamejaya dit : Ô brahmane, j’ai entendu, avec les détails conformes à la vérité, (le récit de) cet admirable sacre de Koumâra, (fait) selon les règles .

2729. L’ayant entendu, je me sens purifié, ô ascète ; mes poils se hérissent (de joie) et mon esprit est calmé,

2730. Après avoir entendu (raconter) le sacre de Koumâra et l’anéantissement des Daityas, ma satisfaction est extrême. (Mais), certes, ma curiosité va plus loin.

2731. Comment le maître des eaux fut-il jadis sacré dans ce tîrtha par les dieux ? Ô grand sage, dis-moi cela, car tu es le plus apte (à le faire).

2732. Vaiçampâyana dit : Écoute, ô roi, comment cette chose merveilleuse s’est passée jadis. Au commencement, ô roi, quand l'âge Krita (l’âge d’or) suivait son cours ordinaire,

2733. Toutes les divinités, s’étant assemblées, dirent à Varouna : « De même que Çakra, le roi des dieux, nous protège en toute occasion contre les dangers,

2734. De même, toi aussi, sois le maître de toutes les rivières. Ta demeure, ô dieu, est toujours dans la mer, séjour des monstres marins.

2735. Cette mer, maîtresse des rivières, sera en ton pouvoir. (Ta puissance) croîtra et décroîtra en même temps que Soma. »

2736. Varouna répondit aux dieux : « Qu’il en soit ainsi ». Alors tous les dieux, s’étant approchés de Varouna qui a sa demeure dans la mer,

2737. Le sacrèrent roi des eaux, avec les cérémonies prescrites par la loi. Puis les dieux, après avoir consacré par l’aspersion Varouna, comme maître des êtres aquatiques,

2738. Et honoré le roi des eaux, regagnèrent leurs propres demeures. Et alors le très glorieux Varouna, sacré par les dieux,

2739. Protégea selon la loi les rivières, les mers, les fleuves et les étangs, comme (Indra) Çatakratou (aux cent sacrifices), protège les dieux.

2740. Puis, après s’être baigné en ce lieu et (y) avoir distribué des richesses de diverses sortes, le grand sage (Baladeva) Pralambahan (tueur du daitya Pralamba) alla à Agnitîrtha (le tîrtha d’Agni).

2741-2743. Là où Houtâçana (Agni qui se nourrit des offrandes) s’éclipsa, (en pénétrant) dans un figuier religieux, et se (rendit) invisible. Et alors (l’adorable Feu), sans péché, ayant (par son absence) causé, d’une manière manifeste, la destruction de la lumière du monde, les dieux s’approchèrent de l’ancêtre de l’univers entier (et lui dirent) : « L’adorable Agni est disparu et nous n’en connaissons pas la cause. Ô puissant, produis le Feu, de peur que tous les êtres ne soient détruits. »

2744. Janamejaya dit : Pourquoi l’adorable Agni, créateur des mondes, disparut-il et comment fut-il retrouvé par les dieux ? Raconte-moi cela conformément à la vérité.

2745. Vaiçampâyana dit : Le majestueux et adorable Jâtavedas (Agni), très effrayé de la malédiction de Bhrigou, s’étant approché d’un figuier religieux, disparut (en y pénétrant).

2746. Mais quand le Feu eut disparu, tous les dieux, y compris Vâsava, extrêmement affligés, cherchèrent le (dieu) brillant, devenu invisible.

2747. S’étant alors approchés d’Agnitîrtha, ils virent Agni qui s’y trouvait, et qui se tenait précisément dans le figuier religieux.

2748. Ô tigre des hommes, tous les dieux, y compris Vâsava, Vrihaspati en tête, s’étant approchés du Feu, furent contents .

2749. Ils s’en retournèrent comme ils étaient venus. Et (Agni), ô maitre de la terre, se mit à tout dévorer par suite de la malédiction que Bhrigou, savant dans les sciences sacrées, avait prononcée (jadis contre lui).

2750. Alors le sage (Bala) s’étant baigné là aussi, alla à Brahmayoni, où l’adorable ancêtre du monde créa (l’univers).

2751. Le maître Brahma, s’étant jadis baigné avec les dieux en cet endroit, y créa, selon les règles, les tîrthas pour les divinités.

2752. S’étant baigné en ce lieu, ayant distribué des trésors de diverses sortes et pratiqué un grand ascétisme, (Baladeva) alla au tîrtha de Kouvera.

2753, 2754. Ô roi, le maître Ailiavala (Kouvera) (y) obtint l’empire des richesses. Les richesses et les trésors, ô roi, environnèrent (le dieu) qui se tenait en cet endroit, ô le plus grand des hommes.

Le Lângalin, étant allé à ce tîrtha et s’y étant baigné selon les règles, fit de riches présents aux brahmanes.

2755. Il vit, dans le meilleur des bosquets de ce dieu, la place où jadis un grand ascétisme fut pratiqué par le très magnanime

2756, 2757. Kouvera, roi des Yakshas, qui y obtint des dons excellents, là où, ô guerrier aux grands bras, le roi des trésors obtint soudainement l’empire des richesses, l’amitié de Roudra à l’éclat incomparable, la qualité de dieu, le titre (d’un des huit) protecteurs du monde, et un fils, Nalakoûvara,

2758-2761. En ce lieu même, il fut sacré par les troupes des Marouts (vents), qui s’y étaient réunis. Il obtint son char aussi rapide que le vent, attelé de flamants. Le divin char Poushpaka lui fut donné, ainsi que la souveraineté sur les Nirritis.

Bala, ô roi, (aussi nommé) Râma Çvetânoulepana (qui a des onguents blancs), s’étant baigné en ce lieu, et ayant offert des oblations salutaires, se hâta d’aller au grand tîrtha appelé Vadarapâcana (cuisson des jujubes), fréquenté par tous les êtres et garni de fleurs et de fruits en toute saison.