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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap20

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 134-137).


CHAPITRE XX


MORT DU ÇALVIEN


Argument : Prouesses du roi de Çalva et de son éléphant. Drishtadyoumna marche contre eux. Il descend de son char, que l’éléphant brise contre terre, avec les chevaux et le cocher. Bhîma, Çikhandin et le Çinien viennent à son secours. Effroi de l’armée Pândouide, Drishtadyoumna poursuit et tue avec sa massue, l’éléphant du roi de Çalva, qui est lui-même tué par le Çinien.


1066. Sañjaya dit : Cependant la multitude des hommes étant retournée (au combat), le roi des troupes barbares, le Çalvien, irrité, attaquait la grande armée des Pândouides,

1067. Monté sur un très grand éléphant en rut, farouche, pareil à une montagne, broyant les troupes ennemies, semblable à Airâvata (l’éléphant d'Indra).

1068. Cet (éléphant), issu d’une noble race, constamment honoré par les Dhritarâshtrides, bien préparé par les gens au courant des décisions et des préceptes (en cette matière), dut toujours être employé (quand il fut question de) guerres, ô roi.

1069. Le meilleur des rois l’ayant monté, ressembla au soleil à la fin de la nuit, quand il se tient au-dessus des montagnes de l’est. Avec cet excellent éléphant, ô roi, il marcha contre les fils de Pândou réunis.

1070. Il déchira (les ennemis), avec des flèches aiguës. terribles, rapides comme la foudre du grand Indra. Et pendant qu’il répandait, dans la grande armée, des traits qui envoyaient les guerriers au séjour d’Yama, ô roi,

1071. Ni les tiens ni les ennemis ne virent aucun côté faible (dans sa manière de combattre), comme (il arriva) autrefois pour les daityas, à l’égard du porteur de la foudre. De même que jadis, dans leur guerre avec (Indra) Vâsava, monté sur (son éléphant) Airâvana, les armées des daityas,

1072. (Voyaient) près d’elles l’éléphant du grand Indra, les Pândouides, les Somakas et les Sriñjayas, ne virent que lui seul sur cet éléphant unique, s’agitant de mille façons.

1073. On vit l’armée des ennemis, défaite, mise en fuite de tous côtés. Elle ne tint pas ferme dans le combat, mais fut mise en déroute par la terreur, (que les soldats se communiquaient) réciproquement.

1074. Alors, cette grande armée Pândouide, tout d’un coup rompue par ce roi, n’offrant pas de résistance à cet (animal) qui avait l’élan du roi des éléphants, (fut) en un instant (mise) en fuite aux quatre points cardinaux.

1075. Or, tous les chefs de tes guerriers, dans la bataille, voyant cette (armée) rapide (dans sa fuite), honorèrent ce roi et soufflèrent dans leurs conques qui avaient l’éclat de la lune.

1076. Mais, ayant entendu les cris de joie des Kourouides ainsi que le son de leurs conques, le généralissime des Pândouides et des Sriñjayas, le fils du roi des Pâñcâlas ne supporta pas patiemment ce qu’ils disaient.

1077. Le magnanime se hâta d’aller à la rencontre de cet éléphant, pour le vaincre, comme Jambha, à l’approche de Çakra (alla à la rencontre du) roi des éléphants, Airâvana monture d’Indra.

1078. Mais (le Çalvien), ce lion des rois, voyant le fils du roi des Pâñcâlas volant tout d’un coup au combat, poussa rapidement (son) éléphant, pour tuer le fils de Droupada, ô roi.

1079. Celui-ci atteignit de flèches semblables au feu, le roi des éléphants qui arrivait (sur lui. Il le perça) de trois de ses meilleures nârâcas aiguës, brillantes, polies par le forgeron, et animées d’une vitesse terrible.

1080. Puis le magnanime lança sur ses bosses frontales cinq autres excellentes nârâcas (très) aiguës. Alors cet éléphant de choix, percé de ces (traits) dans la lutte, tourna le dos, et s’enfuit rapidement.

1081. Le Çalvien fit retourner cet éléphant, subitement effarouché et s’enfuyant de divers côtés, et, avec le crochet et les aiguillons, il l’envoya contre le fils du roi des Pâñcâlas, en le lui indiquant,

1082. Mais, voyant l’éléphant arriver rapidement (sur lui), Dhrishtadyoumna se hâta de sauter de son char. Ayant promptement saisi sa massue, le héros arriva à terre, tremblant du danger (qu’il avait couru).

1083. Ce grand éléphant, ayant poussé un cri, avec sa trompe, brisa à l’instant le char aux parties ornées d’or, avec les chevaux et le cocher, et l’écrasa sur le sol.

1084. Alors, en voyant le fils du roi des Pâñcâlas tourmenté par cet excellent éléphant, Bhîma, Çikhandin et le petit-fils de Çini se hâtèrent de se précipiter vers lui (pour le secourir).

1085. Avec leurs flèches, ils arrêtèrent l’éléphant qui arrivait près de lui. Cet animal atteint par les guerriers (montés sur leurs) chars, et arrêté par eux, chancela dans le combat.

1086. Alors le roi fit pleuvoir de toutes parts (ses) flèches, comme le soleil (répand) le flot de ses rayons. La multitude des (guerriers) à chars, tuée par ces flèches, se dispersa entièrement de côté et d’autre.

1087. À la vue de cette prouesse du Çalvien, ô roi, tous les Pâñcâlas, les Matsyas et les Sriñjayas poussèrent des cris de : Ah ! Ah ! Tous les chefs de guerriers assiégèrent l’éléphant de toutes parts.

1088. Et le héros, fils du roi des Pâñcâlas, tueur des ennemis des Bharatides, ayant saisi sa massue semblable au sommet d’une montagne, se hâta de poursuivre avec rapidité l’éléphant effrayé.

1089. L’énergique fils du roi des Pâñcâlas poussa en avant sa massue et frappa fortement l’éléphant, (qui était) pareil à celui qui porte le monde, et qui laissait écouler le mada (liquide qui suinte des bosses frontales de l’éléphant en rut), comme un nuage (laisse écouler de l’eau).

1090. Cet éléphant, semblable à celui qui porte la terre, ayant les bosses frontales ouvertes, poussa subitement un cri, et tomba comme une montagne renversée par un tremblement de terre, en laissant écouler le sang qui lui jaillissait de la bouche.

1091. Alors (cet) Indra des éléphants étant abattu, et l’armée de ton fils ayant poussé des cris de Ah ! Ah ! le grand héros de Çini enleva la tête du roi de Çalva avec une flèche bhalla aiguë.

1092. Ayant la tête coupée par le Satvatide, il tomba à terre avec le roi des éléphants, comme l’énorme sommet d’une montagne arraché par la foudre du roi des dieux.