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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap21

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 138-141).


CHAPITRE XXI


FUITE DE L’ARMÉE KOUROUIDE


Argument : Kritavarman résiste à l’armée Pândouide qui le couvre de traits. Le Satyakide l’attaque. Leur combat. Le Satyakide tue les chevaux et le cocher, et abat l’étendard de Kritavarman qu’il blesse grièvement, mais Kripa le prend sur son char et le retire de la mêlée. Fuite de l’armée Kourouide. Héroïsme de Douryodhana.


1093. Sañjaya dit : Ce héros Çalvien, brillant dans les combats, étant tué, ton armée fut rompue comme un grand arbre (l’est) par la violence du vent.

1094. En voyant cette armée rompue, le grand guerrier Kritavarman, (qui était un) héros doué d’une grande force, résista dans la bataille à l’armée des ennemis.

1095. En voyant le Satvatide se tenir ferme comme une montagne, (quoique) couvert de traits, les héros retournèrent (au combat)16

1096. La bataille recommença entre les Pândouides et les Kourouides revenus (sur leurs pas, les combattants) ayant banni de leur esprit la pensée de la mort, ô grand roi.

1097. Le combat (qui eut lieu) là entre le Satvatide et les ennemis fut merveilleux en ce que, à lui seul, il résista à l’armée, difficile à affronter, des Pândouides.

1098. L’exploit difficile (de ces guerriers) amis les uns des autres, étant accompli, ils poussèrent dans leur joie un rugissement qui monta jusqu’au ciel.

1099. Ô excellent Bharatide, les Pâncâlas furent effrayés de ces cris. Le Satyakide, guerrier aux puissants bras, petit-fils de Çini, arrivait.

1100. Ayant attaqué le très fort roi Kshemakirti, il l’envoya, de sept flèches aiguës, au séjour d’Yama.

1101. L’intelligent (Kritavarman), fils de Hridika, courut avec rapidité contre le héros de Çini, guerrier aux puissants bras, qui approchait en décochant des traits aigus.

1102. Ces deux Satvatides au grand héroïsme, les deux meilleurs des maîtres de chars, pourvus des meilleures d’entre les armes, s’attaquèrent réciproquement.

1103. Les guerriers Pândouides, avec les Pâncâlas, ainsi que les autres rois les plus distingués, étaient spectateurs de la rencontre de ces deux héros.

1104. Les deux guerriers de Vrishni-Andhaka se frappèrent l’un l’autre avec des nârâcas et des vatsadantas (flèches en forme de dents de veau), comme deux éléphants hérissés (de colère).

1105. En suivant des tactiques diverses, le fils de Hridika et le héros de Çini, se couvrirent réciproquement et à plusieurs reprises, de pluies de flèches.

1106. Nous apercevions en l’air, pareils à des oiseaux au vol rapide, les traits élevés par la force et ressort des arcs de ces deux lions de Vrishni.

1107. Le fils de Hridika, ayant attaqué le (Çinien) aux œuvres vraies, perça ses chevaux de quatre flèches aiguës.

1108. Ce (guerrier) aux longs bras, irrité comme un éléphant tourmenté par l’aiguillon, atteignit Kritavarman de huit excellentes flèches.

1109. Alors celui-ci, ayant frappé le Satyakide de trois traits aiguisés sur la pierre et lancés avec l’arc complètement bandé, coupa son arc avec une seule (autre flèche).

1110. Le héros de Çini, ayant mis de côté cet excellent arc brisé, se hâta d’en prendre un autre garni de sa flèche.

1111. Le plus excellent de tous les porteurs d’arc, très héroïque, très sage, très fort, ayant pris cet excellent arc et l’ayant bandé,

1112. Ce grand archer attaqua alors Kritavarman, ô roi, ne pouvant pas supporter qu’il eût brisé son arc.

1113. Puis le héros de Çini frappa de dix flèches aiguës le cocher, les chevaux et l’étendard de Kritavarman.

1114. Ensuite de quoi, ô roi, le grand archer et grand guerrier Kritavarman, ayant considéré son char orné d’or, dont le cocher et les chevaux étaient tués,

1115. Atteint d’une grande colère, leva une pique, ô vénérable, et, désireux de tuer le héros de Çini, la (lui) lança avec (tout) l’élan (que) sa main (put lui donner).

1116. Le Satvatide (Youyoudhàna) brisa cette pique avec des traits aigus, et la fit tomber pulvérisée sur le champ de bataille, stupéfiant en quelque sorte le Madhavide 17.

1117, 1118. Puis il le frappa au cœur avec une autre bhalla. Kritavarman, dont les chevaux et le cocher (venaient d’être) tués dans la bataille par Youyoudhàna, habile à l’usage des armes, tomba à terre. Ce héros étant privé de son char par le Satyakide dans ce duel (entre guerriers montés sur) leurs chars,

1119. Toutes les armées ressentirent une grande crainte et le désespoir s’empara complètement de ton fils,

1120, 1121. Quand Kritavarman eut ses chevaux et son cocher tués et fut (ainsi) privé (du secours) de son char. Le voyant avec ses chevaux et son cocher tués, Kripa accourut, désireux de tuer le héros de Çini, ô roi. Ayant fait monter (Kritavarman) sur son char, à la vue de tous les archers,

1122. Il emmena (ce) guerrier aux grands bras hors du champ de bataille. Ô roi, quand Kritavarman, privé de son char, eut été vaincu par le Çinien,

1123. Toute l’armée de Douryodhana tourna de nouveau le dos. Les ennemis, enveloppés par la poussière (soulevée) par l’armée, ne s’en aperçurent pas.

1124. Les tiens s’enfuirent, à l’exception du roi Douryodhana qui, ayant vu près de lui son armée rompue,

1125. Accourait rapidement, et à lui seul arrêta tous (les ennemis). Plein de colère (il attaqua) tous les fils de Pândou, le Prishatide Dhrishtadyoumna,

1126. Çikhandin, les fils de Draupadî, la multitude des Pâñcâlas, les Kekayas, les Somakas et les Sriñjayas, ô vénérable.

1127. Sans crainte, dangereux à affronter, il les arrêtait avec des flèches aiguës. Ton fils, doué d’une grande force, se tenait attentif dans le combat.

1128. Le roi Douryodhana était (présent) partout dans la bataille, semblable à un grand feu brûlant, purifié par les incantations.

1129. Les ennemis ne l’approchaient pas dans le combat, pas plus que les mortels (ne s’approchent volontairement de) la mort. Mais le fils de Hridika étant monté sur un autre char se porta en avant.