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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap11

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 72-78).


CHAPITRE XI


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Prouesses de Çalya. Il lutte contre les Pândouides et contre Youdhishthira qui est secouru par ses frères. Kripa et d’autres Kourouides viennent au secours de Çalya. Douryodhana combat Arjouna et Krishna. Combat de Bhîma et de Bhoja. Bhîma, attaqué par Çalya, tue le cocher de celui-ci.


529. Sañjaya dit : Alors que ces armées en désordre se tuaient réciproquement, les guerriers et les éléphants criant et courant,

530. Un grand combat (ayant lieu) entre les fantassins qui bourdonnaient et poussaient des cris, les chevaux courant dans toutes les directions de diverses manières, ô grand roi,

531. La totalité des êtres vivants subissant une destruction complète, les diverses armes se rencontrant, les éléphants et les chars étant entremêlés ;

532. Les guerriers, désireux de se tuer les uns les autres, s’abandonnaient à (une fureur) qui faisait la joie de ceux que le combat enivre, et la terreur des gens timides.

533. Dans (ce) combat épouvantable accroissant l’empire d’Yama, (combat pareil) à une partie de dés terrible et mortelle,

534. Les Pândouides dispersaient ton armée avec des flèches aiguës, et, de leur côté, tes guerriers tuaient les soldats des fils de Pândou.

535. Ce combat effrayant pour les hommes timides ayant lieu ainsi, le matin, au lever du soleil,

536. Ô roi, les ennemis qui devaient obtenir la victoire, protégés par (leur) magnanime (roi), combattaient ton armée sans songer à la mort.

537. Les grands guerriers Pândouides qui allaient remporter la victoire, (rendaient par leur vaillance) l’armée Kourouide sans espérance, comme une daine affolée par le feu.

538. En voyant cette armée affaiblie, abattue, semblable à une vache (plongée) dans la boue (de la forêt qu’elle habite), Çalya, le roi de Madra, désireux de la tirer d’embarras, alla à la rencontre de l’armée des Pândouides.

539. Le roi de Madra, irrité, ayant saisi (son) excellent arc, courut dans la bataille contre les Pândouides qui l’attaquaient.

540. Ô grand roi, ceux-ci, jaloux de la victoire, assaillirent aussi le roi de Madra, en l’attaquant avec des flèches aiguës.

541. Alors le grand guerrier roi de Madra tourmenta, avec des centaines de traits affilés, l’armée de Dharmarâja qui le voyait (faire).

542. Ô roi, des présages manifestement mauvais se produisirent à plusieurs reprises. La terre gronda et trembla avec les montagnes ;

543. Des météores figurant des piques à la pointe enflammée, avec leurs manches, éclatant de toutes parts, tombèrent du ciel sur la terre, après avoir choqué le soleil.

544. Ô maître des hommes, des gazelles, des buffles, des oiseaux, passèrent à plusieurs reprises, de la gauche à la droite de l'armée, ô roi.

545. Les planètes Mars et Vénus, accompagnées de la planète Mercure (se firent voir) derrière les fils de Pândou, en avant des maîtres de la terre entière.

546. Il y avait sur les extrémités des épées des flammes qui éblouissaient les yeux. Des corneilles et des hiboux se posèrent sur les étendards.

547. Alors les guerriers marchant en troupes se livrèrent un combat terrible, ô maître suprême des hommes. Toutes les armées s’étaient rencontrées.

548. Les Kourouides, ô roi, s’approchèrent de l’armée des Pândouides. Le courageux Çalya lançant une pluie de flèches, comme (Indra) aux mille yeux (verse des pluies d’eau),

549. Arrosait, sans se laisser abattre, de traits aiguisés sur une pierre, à l’extrémité postérieure dorée, Youdhishthira, fils de Kountî et Bhîmasena,

550. Ainsi que les fils de Draupadî, les deux Pândouides fils de Madrî, Dhrishtadyoumna, le Çinien et Çikhandin.

551. Ce (héros) à la grande force les atteignit, l’un après l’autre, de dix flèches. Il versa une pluie de traits, comme, à la fin de la saison chaude, (Indra) Maghavat (verse des pluies d’eau).

552. Alors, ô roi, les Prabhadrakas et les Somakas abattus et renversés furent détruits par milliers par les flèches de Çalya.

553. Les traits de Çalya tombaient comme des essaims d’abeilles, comme des nuées de sauterelles, comme les éclairs (partis) des nuages.

554. Les éléphants, les chevaux, les fantassins, les maîtres de chars, atteints par les flèches de Çalya, couraient çà et là, tombaient et poussaient de grands cris.

555, 556. Irrité, l’héroïque et très fort roi de Madra faisait, en criant, un bruit semblable à (celui) d’un nuage orageux ; pareil à Antaka dont le temps met en activité (la fureur homicide), il couvrait les ennemis de traits dans la bataille. Cette armée des Pândouides, était tuée par Çalya.

557. Il courait vers le fils de Kountî, Youdhishthira Ajâtaçatrou (qui n’a pas d’ennemis nés). Puis le (guerrier Çalya) aux mains agiles, ayant tourmenté cette (armée) avec ses flèches aiguës,

558, 559. Écrasait Youdhishthira d’une grande pluie de traits. Furieux, le roi Youdhishthira arrêtait avec ses flèches aiguës, ce (guerrier) qui arrivait sur lui, avec ses fantassins et les chevaux, comme un éléphant en rut (est arrêté) par des aiguillons à éléphants. Çalya lui décocha une flèche terrible, semblable à un serpent,

560. Qui, ayant rapidement percé le magnanime, tomba sur le sol. Mais Vrikodara (Bhîmasena, ventre de loup), irrité, atteignit Çalya de sept (flèches).

561, 562. Sahadeva l’atteignit de cinq traits, et Nakoula de dix. Comme les nuages versent de la pluie sur une montagne, les fils de Draupadî versèrent une pluie de flèches sur le héros (Çalya) Artâyani, très rapide (à la course), tueur des ennemis. En voyant Çalya frappé de toutes parts par les fils de Prithâ,

563. Kritavarman et Kripa, pleins de colère, accoururent, ainsi que Ouloûka au grand héroïsme et Çakouni le Soubalide,

564. Qui s’étaient réunis successivement au très fort Açvatthâman et à tes fils pour protéger entièrement Çalya dans la bataille.

565. Kritavarman, ayant atteint Bhîmasena de trois flèches, arrêta par une grande pluie de traits ce (guerrier) à l’aspect irrité.

566. Puis, plein de courroux, écrasa Dhrishtadyoumna d’une multitude de flèches. Çakouni alla contre les fils de Draupadî, et le fils de Drona contre les deux jumeaux.

567. Douryodhana, le meilleur des guerriers, doué d’une énergie terrible, rencontra dans le combat Keçava et Arjouna, et les frappa de ses flèches.

568. maître des hommes, des centaines de brillants et terribles engagements se produisirent ainsi entre les tiens et les ennemis

569. Bhoja tua, dans le combat, les chevaux couleur d’ours de Bhîmasena. Le fils de Pândou, ayant ses chevaux tués, descendu du siège de devant de son char,

570. La massue à la main, combattit, semblable à la mort qui a levé son bâton. Le roi de Madra tua les chevaux des Sahadeva, sous ses yeux.

571-573. Sahadeva frappa de son épée le fils de Çalya. Le Gotamide, l’instituteur, s’efforçait de combattre de son côté, sans se troubler, Dhrishtadyoumna, qui ne se troublait pas (non plus), et qui faisait les plus grands efforts. Le fils du précepteur, médiocrement irrité, souriant en quelque sorte, atteignit un à un de dix flèches les fils de Draupadî et tua de nouveau dans le combat les chevaux de Bhîmasena 8

574. Ce très fort fils de Pândou, plein de colère, ayant ses chevaux tués, descendit rapidement de son char, et, ayant levé sa massue, pareil à la mort qui a levé son bâton

575. Écrasa les chevaux et le char de Kritavarman, en suite de quoi celui-ci se retira après avoir sauté à bas de son char.

576. De son côté, Çalya irrité, ô roi, tuait les Somakas et les Pândouides et couvrait Youdhishthira de flèches affilées.

577. Plein de colère, serrant les lèvre, l’héroïque Bhîma visant à le détruire, saisit sa massue

578. Pareille au bâton d’Yama, très mortelle pour les éléphants, les chevaux et les hommes, capable, pour ainsi dire, d’amener la nuit de la fin du monde,

579. Faite de fer, damasquinée, couverte de bandes d’or, semblable à un tison embrasé, aussi terrible qu’un serpent, ou que la foudre,

580. Enduite de pâte de Santal et d’alëos, comme une belle femme dont on désire obtenir (les faveurs), couverte de moëlle et de graisse comme la langue de Vivasvant, (le feu du sacrifice)

581. Rendant le son de centaines de clochettes bruyantes, semblable à un serpent qui vient de changer de peau, comme enduite de la liqueur des bosses frontales de l’éléphant en rut.

582. Effrayante pour les armées ennemies, faisant la joie (des soldats) de la propre armée (de son maître), célèbre dans le monde des hommes, (capable de) briser les sommets des montagnes.

583. Comme, dans le séjour (divin) de Kailâsa le fort fils de Kountî vainquit Kouvera furieux, ami de (Çiva) le grand souverain.

584-586. Comme, dans Gandhamâdana, le guerrier à la grande force, désirant être agréable à Draupadî, tua dans sa colère, pour (obtenir les fleurs de l’arbre) Mandara, beaucoup d’arrogants Gouhyakas, alors même que de nombreux (adversaires essayaient de) l’arrêter ; le guerrier aux puissant bras, ayant levé cette massue huit fois, enrichie de diamants, de joyaux, de perles, ayant l’éclat de la foudre, courait, avec cette (arme) au bruit terrible, contre Çalya habile aux combats.

587, 588. Il broya les quatre chevaux, rapides comme la pensée, de Çalya. Celui-ci enfonça alors un javelot dans sa large poitrine, en poussant un (grand cri). Cette (arme) pénétra en perçant la cuirasse. Mais Vrikodara, sans se troubler, venant d’arracher ce javelot,

589. Perça le cœur du cocher du roi de Madra ; celui-ci, ayant les parties vitales atteintes, et l’esprit épouvanté, vomissant le sang,

590. Tomba avec douleur, la face en avant. Çalya le roi de Madra, étonné à la vue de la manière dont (Bhîmasena) résistait à ses attaques, mit pied à terre,

591, 592. Ayant recours à sa massue, il regarda son ennemi. Alors les très courageux fils de Prithâ, en voyant cette action terrible (de leur frère) à l’énergie inépuisable, honorèrent Bhîmasena (en lui offrant leurs félicitations).