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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap12

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 79-85).


CHAPITRE XII


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Suite du combat entre Çalya et Bhîma. Intrépidité des deux héros ; ils tombent étourdis. Kripa enlève Çalya. Bhîma se retire et menace Çalya. Mort de Cekitâna. La poussière obscurcit le jour, et est abattue par l’abondance du sang répandu. Retour de Çalya avec d’autres guerriers. Il attaque Dharmarâja. Le Dronide attaque Arjouna avec les chars. Çalya couvre Youdhishthira de traits.


593. Sañjaya dit : ô roi, Çalya ayant vu son cocher tombé, prit sa massue toute de fer, et se tint immobile comme une montagne.

594, 595. Bhîma ayant saisi sa grande massue attaqua rapidement ce (héros qui était) semblable au feu brûlant de la fin du monde, à Antaka sa corde à la main, à Kailâsa avec les sommets de ses collines, à Indra armé de la foudre, à un lion (blessé par) une flèche, à un éléphant affolé dans le bois.

596. On entendit alors par milliers, les sons des instruments de musique et des conques, des rugissements semblables à ceux du lion, (bruits qui accroissent la joie des héros.

597. Certes, de toutes parts les soldats et aussi les ennemis, considéraient ces (deux hommes, semblables à deux) éléphants de combat, et les honoraient en disant : Bien ! bien.

598. Car nul autre que le roi de Madra, ou Râma descendant d’Yadou, n’était capable de supporter le choc de Bhîma dans la bataille,

599. Et de même, il n’y avait pas un guerrier autre que Vrikodara, capable de tenir tête dans le combat, la massue à la main, au maître suprême de Madra.

600. Ces deux (guerriers), le roi de Madra et Vrikodara, la massue à la main, semblables à deux taureaux mugissants, allaient de côté et d’autre, sautant, et (décrivant) des cercles.

601. Les deux massues décrivaient des cercles en tourbillonnant. Le combat de ces deux hommes (semblables à des lions n’indiquait aucun avantage (ni d’un côté ni de l’autre).

602. La massue de Çalya accroissait la terreur (des spectateurs). Elle était recourbée, couverte de plaques d’or fin, presque aussi brillantes que le feu.

603. De même, celle du magnanime Bhîmasena, qui tournoyait en rond, lançait des éclairs comme le nuage qui porte la foudre.

604. La massue de Bhîma, frappée par celle du roi de Madra, répandit dans le ciel des rayons de feu, comme si elle eût été embrasée, ô roi.

605. De même, la massue de Çalya heurtée par celle de Bhîma répandit comme une pluie de charbons (ardents). C’était pour ainsi dire un prodige.

606. Ils se frappèrent alors l’un l’autre avec l’extrémité de leurs massues, comme avec des aiguillons, semblables à deux grands éléphants (se frappant) de leurs défenses, à deux grands taureaux (s’attaquant) avec leurs cornes.

607. Ces deux (héros), instantanément couverts du sang (répandu) par leurs membres frappés par les massues, semblables à deux kimcoukas fleuris, étaient admirables à voir.

608. Frappé à gauche et à droite par la massue du roi de Madra, Bhîmasena aux puissants bras n’en fut pas troublé, et resta (inébranlable) comme une montagne.

609. De même, Çalya, atteint à plusieurs reprises par les coups de la massue de Bhîma, ne chancela pas plus qu’une grande montagne (heurtée) par un éléphant.

610. Le son clair de la chute des massues de ces deux lions humains s’entendait dans toutes les directions, semblable au bruit de deux tonnerres.

611. Ces deux (guerriers) héroïques, les massues levées, décrivaient des cercles, en se tenant écartés l’un de l’autre.

612. Puis, s’étant rapprochés de huit pas, ces deux (hommes) aux œuvres surhumaines, se touchaient par leurs deux massues (qu’ils avaient) levées.

613. Alors, ces deux habiles (combattants) se défiant réciproquement, décrivirent des cercles, et firent voir à ce moment, ce que leur manière de combattre avait de particulier .

614. Et ayant levé leurs deux massues terribles, semblables à deux montagnes avec leurs sommets, ils se frappèrent l’un l'autre, comme deux collines (se heurtent), dans un tremblement de terre.

615. Ces deux héros, que la colère avait portés à se blesser grièvement avec leurs massues, tombèrent simultanément comme deux étendards royaux.

616. Alors, dans les deux armées, les héros poussèrent des cris de ha ! ha ! Les deux combattants, frappés dans de nombreuses parties vitales, étaient fortement troublés,

617. Le fort Kripa, ayant fait monter sur son char le taureau des habitants de Madra, fit rapidement sortir Çalya du champ de bataille.

618. Comme ivre par suite de l’agitation de son esprit, Bhîmasena se releva en un clin d’œil, et défia le roi de Madra.

619. Mais alors les héros armés d’armes diverses, combattaient l’armée des Pândouides, (au son) des instruments de musique.

620. Ô grand roi, conduit par Douryodhana, ils accouraient avec un grand bruit, les mains et les épées levées.

621. Alors les fils de Pàndou, en apercevant cette armée, allèrent, en poussant des rugissements, à la rencontre de ceux qui avaient Douryodhana pour conducteur.

622. le meilleur des Bharatides, comme ils arrivaient rapidement, ton fils atteignit Cekitâna d’un javelot dans le cœur.

623. Celui-ci, frappé par ton fils, tomba sur le siège de devant du char, trempé de sang et ayant pénétré dans la grande obscurité (de la mort).

624. Les grands guerriers des Pândouides, à la vue de Cekitâna tué, répandirent incessamment des pluies de flèches.

625. Les Pândouides, désireux de vaincre, admirables à voir, erraient de toutes parts dans tes armées, ô grand roi.

626. Kripa, Kritavarman et le Soubalide à la grande force, ayant mis à leur tête le roi de Madra, combattaient Dharmarâja,

627. Ô grand roi, Douryodhana combattait Dhrishtadyoumna, auteur de nombreux actes héroïques, meurtrier du Bharadvajide (Drona).

628. Trois milliers de chars, expédiés par ton fils, ayant le fils de Drona à leur tête, combattaient Vijaya (Arjouna) ;

629. Résolus à vaincre et ayant fait le sacrifice de leurs vies, les tiens entraient dans la bataille, comme des flamants dans un grand étang,

630. Alors, entre ces (hommes) décidés à se tuer les uns les autres, il y eut un combat terrible, augmentant la joie (réciproque des combattants) et où plusieurs d’entre eux perdirent la vie, tant d’un côté que de l’autre.

631. Pendant qu’était engagé ce combat où les meilleurs des héros étaient détruits, ô roi, il s’éleva de la terre une poussière terrible, soulevée par le vent.

632. Nous reconnûmes, en entendant proclamer les noms des Pândouides, que (les deux partis) combattaient à la manière des gens sans crainte.

633. tigre des hommes, cette poussière fut abattue par le sang, et, l’obscurité ayant disparue, l’horizon redevint sans tache,

634. Et dans ce combat terrible, formidable, épouvantable, personne parmi les tiens ni parmi les ennemis, ne tourna le dos.

635. Les hommes se montrèrent courageux, désireux d’obtenir la victoire, d’acquérir (la possession) des mondes de Brahma et d’aller au Svarga, en se battant bien.

636. Décidés à faire les affaires de leurs maîtres qui leur donnaient la nourriture, les guerriers combattaient, en ayant l’esprit dirigé vers le Svarga.

637. Les grands guerriers, brandissant des armes diverses, s’attaquaient et se défiaient réciproquement.

638. « Tirez, percez, prenez, attaquez, coupez, » tels étaient les cris qu’on entendait dans ton armée et dans celle des ennemis.

639. Alors, ô grand roi, Çalya désireux de tuer ce grand guerrier, attaquait Dharmaraja avec des flèches aiguës.

640. Le fils de Prithâ, connaissant les parties faibles (de son ennemi) enfonça quatorze nàràcas dans ses organes vitaux, ô grand roi.

641. Le très glorieux (Çalya) irrité, ayant couvert de traits le fils de Pândou qu’il voulait tuer, le perça de nombreuses flèches empennées.

642. Et, ô grand roi, (devant) toute l’armée qui le voyait, il atteignit encore Youdhishthira avec une flèche barbelée.

643. Le très glorieux Dharmaraja, plein de colère, atteignit aussi le roi de Madra avec des flèches aiguës, garnies de plumes de paon et de héron.

644. Le grand guerrier frappa Candrasena de soixante dix flèches, le cocher de neuf, et Droumasena de soixante-quatre.

645. Le gardien des roues étant tué par le magnanime fils de Pândou, Çalya tua ensuite vingt-cinq Cedins, ô roi.

646. Il atteignit dans la bataille le Satyakide, de vingt-cinq flèches aiguës, Bhîmasena de sept, et les deux Pândouides, fils de Mâdrî, de cent.

647. Ô le plus grand des rois, le fils de Prithâ envoyait à (Çalya), qui rôdait dans la bataille, des traits affilés, semblables à des serpents.

648. Au moyen d’une (flèche) bhalla, Youdhishthira, fils de Kountî, enleva du char de ce (héros) qui se tenait en face de lui dans le combat, l’extrémité de son étendard.

649. Certes, son étendard fut coupé dans la grande bataille par le fils de Pândou. Nous le vîmes, frappé, s’écroûlant comme le sommet d’une montagne,

650. À la vue de sa bannière abattue et du fils de Pândou immobile, le roi de Madra s’irrita et lança une pluie de flèches.

651. Semblable à un nuage orageux, Çalya à l’âme incommensurable, le meilleur des Kshatriyas, versa une pluie de traits, dont il arrosa les Kshatriyas.

652. Ayant atteint de cinq flèches chacun, le Satyakide Bhîmasena et les deux Pândouides, fils de Mâdrî, il pressa Youdhishthira,

653. Je voyais alors, étendu sur la poitrine du fils de Pândou une série de flèches semblable à une multitude de nuages, ô grand roi.

654. Le grand guerrier Çalya irrité, lui couvrit de traits aux nœuds recourbés, les points cardinaux et les espaces intermédiaires.

655. Alors le roi Youdhishthira, écrasé par la multitude des flèches, eut sa valeur annihilée, comme Jambha (terrassé) par Indra.