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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap31

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 206-212).


CHAPITRE XXXI


RECHERCHE DE DOURYODHANA


Argument : Les vainqueurs cherchent Douryodhana pour le tuer. Les trois Kourouides le cherchent aussi, le rencontrent, et l’excitent à combattre de suite ; mais il s’y refuse. Il est découvert par les chasseurs de Bhîmasena qui reviennent en donner la nouvelle au camp. L’armée Pândouide se dirige vers l’étang. Les trois Kourouides prennent congé de Douryodhana.


1673. Dhritarâshtra dit : Ô Sañjaya, quand tous les soldats eurent été tués sur le champ de bataille par les fils de Pândou, que firent les restes de mon armée,

1674. (Que firent) Kritavarman, Kripa et l’héroïque fils de Drona ? que fit alors Douryodhana, ce roi à l’âme faible ?

1675. Sañjaya dit : Après la fuite des épouses des magnanimes Kshatriyas, le camp étant vide et (ses occupants) dispersés, les trois (maîtres de) chars, extrêmement effrayés,

1676-1679. Entendant la voix des fils de Pândou, qui (certainement), alors, (étaient) victorieux, voyant le camp détruit, ne s’y établirent pas ; mais le soir étant venu, (poussés par) le désir de voir le roi, ils se dirigèrent vers l’étang. Le vertueux Youdhishthira aussi, désireux de tuer Douryodhana, allait de côté et d’autre, accompagné au combat par ses frères. Irrités, désirant la victoire. cherchant ton fils, ils ne (purent) pas apercevoir le roi, (malgré) le soin (qu’ils apportèrent) à leurs recherches, parce que celui-ci s’éloignait avec une grande vitesse, la massue à la main,

1680. Et entrait dans cet étang dont il solidifiait les eaux par un charme magique. Mais, quand tous les Pândouides, dont les chevaux étaient bien fatigués,

1681. S’arrêtèrent, après avoir atteint leur camp avec leurs soldats, alors, Kripa, le fils de Drona, et le Satvatide Kritavarman

1682. Allèrent doucement vers cet étang, après que les fils de Prithâ se furent arrêtés. S’étant approchés de cet étang où le roi reposait,

1683. Ils dirent à (ce) roi, à l’abord terrible et qui se tenait dans l’eau : Ô roi, lève-toi, combats avec nous Youdhishthira,

1684. Ou bien sois victorieux et possède la terre, ou bien si tu es tué, monte au Svarga. Toute leur armée aussi a été détruite par toi, ô Douryodhana,

1685, 1686. Et, blessés pour la plupart, les soldats qui se trouvent (encore) ici, ne sont pas capables de supporter ton impétuosité, ô maître des hommes, lorsque tu seras protégé par nous. Lève-toi donc, ô Bharatide.

1687. Douryodhana dit : Grâce au ciel je vous vois, vous, les plus excellents des hommes, échappés à une telle destruction de héros, (sortis) vivants de la guerre entre les Pândouides et les Kourouides.

1688. Quand nous serons tous reposés, et que notre fatigue sera dissipée, nous serons victorieux, (mais) nous sommes (maintenant) grièvement blessés et (très) fatigués,

1689. (Tandis que) leur armée est excitée par sa ( victoire). C’est pourquoi je ne me décide pas pour le combat. Cependant votre grand courage ne me surprend pas.

1690, 1691. Votre zèle pour nous est extrême, mais ce n’est pas le moment de (montrer de) l’héroïsme. Quand j’aurai consacré une nuit au repos, accompagné par vous au combat, je combattrai les ennemis, je n’en fais aucun doute.

1692. Sañjaya dit : Quand il eut entendu ces paroles, le Dronide dit au roi enragé au combat : Lève-toi, s’il te plaît, nous vaincrons les ennemis.

1693. Ô roi, je jure par mes droits aux récompenser célestes, par les dons (que j’ai faits), par la vérité et par la victoire , que je vaincrai aujourd’hui les Somakas 1.

1694. Certes, que je ne ressente pas la satisfaction que les combats procurent aux gens valeureux, si, pendant cette nuit, je ne tue pas les ennemis dans la bataille.

1695. Je ne déposerai pas ma cuirasse sans avoir tué tous les Pâñcâlas, ô puissant. C’est une vérité que je dis, entends-la de ma bouche.

1696. Pendant qu’ils conversaient ainsi, des chasseurs, fatigués du poids de leur gibier, se dirigèrent, par hasard, vers cet endroit, pour boire (dans l’étang) .

1697. Ô grand roi, ces chasseurs apportaient continuellement, et avec le plus grand zèle, le produit de leur chasse à Bhîmasena, ô puissant.

1698, 1699. Se trouvant là, ils entendirent toute la conversation secrète de ces (guerriers), ainsi que les réponses de Douryodhana. Ces grands archers, réunis, insistaient très vivement auprès du Kourouide pour le décider à un combat qu’ils désiraient, et dont, lui, ne voulait pas (entendre parler).

1700. Ayant ensuite considéré ces grands guerriers, ainsi que le roi qui se trouvait dans l’eau et qui n’avait pas le cœur au combat,

1701. Et ayant entendu leur conversation avec le roi plongé dans l’étang, les chasseurs reconnurent Douryodhana qui se tenait sous les eaux.

1702. Avant de s’approcher accidentellement de ton fils, ils avaient été interrogés par le fils de Pândou qui cherchait le roi.

1703. Alors, ô roi, se rappelant les paroles du fils de Pândou, les chasseurs de gazelles se dirent à voix basse les uns aux autres :

1704. Le Pândouide nous enrichira quand nous lui montrerons Douryodhana, car nous voyons ce roi dans l’étang, sans être remarqués (de lui).

1705. Aussi, nous allons tous aller là où se trouve le roi Youdhishthira, lui raconter que l’impatient Douryodhana est caché dans l’étang.

1706. Nous dirons tous à ce sage archer Bhîmasena, que le fils de Dhritarâshtra repose dans l’eau.

1707. Il sera très content, et nous donnera de grandes richesses. Qu’avons-nous besoin de ce gibier, (obtenu) sans profit, au prix de fatigues qui nous dessèchent !

1708. Ayant ainsi parlé, ces chasseurs, très satisfaits, avides des richesses (qu’ils espéraient recevoir), reprirent leurs charges de viande et revinrent au camp.

1709. Ô grand roi, les guerriers Pândouides, habiles à atteindre leur but, ne voyant pas Douryodhana sur le (champ de) bataille,

1710. Désireux d’en finir avec les fourberies de ce méchant, envoyèrent des espions de tous côtés sur le champ de bataille.

1711. Mais tous ces soldats de Dharmarâja, (ainsi envoyés), étant revenus, firent connaître que Douryodhana avait disparu,

1712. En entendant ce rapport des espions, ô le meilleur des Bharatides, le prince éprouva un souci violent et soupira.

1713-1715. Mais, ô puissant, pendant que les Pândouides étaient tristes, (d’être sans nouvelles de leur ennemi), les chasseurs, partis de cet (étang), vinrent en toute hâte au camp, joyeux d’avoir vu le roi Douryodhana. Étant entrés dans le camp sous les yeux de Bhîmasena, (quoiqu’on voulût les en) empêcher, ils s’approchèrent de ce très fort fils de Pândou et lui dirent tout ce qui était arrivé, et où ils l’avaient appris.

1716. Alors, ô roi, Vrikodara, le tourmenteur des ennemis, leur fit de riches dons et raconta tout ce qu’ils lui avaient appris à Dharmarâja,

1717. Ô roi, (dit-il), ce Douryodhana, au sujet duquel tu es tourmenté, a été reconnu par mes chasseurs. Il repose dans de l’eau qu’il a solidifiée.

1718. Ô maître des hommes, en apprenant cette agréable nouvelle de (la bouche de) Bhîmasena, Ajâtaçatrou, fils de Kountî, se réjouit avec ses frères.

1719. Ayant appris que ce grand archer, (ton fils), était entré dans l’eau, il se hâta de se diriger vers l’étang, précédé de (Krishna) Janârdana (le tourmenteur des hommes).

1720. Alors, ô roi, les Pândouides et les Pâncâlas, remplis de joie, entonnaient de tous côtés le cri (de guerre) de Kilâkila.

1721. Ils poussèrent alors des rugissements et des cris de carnage, ô excellent Bharatide. Les Kshatriyas se hâtèrent d’aller à l’étang Dvaipâyana.

1722. Pleins de joie, les Somakas criaient à haute voix, et à plusieurs reprises, sur (le champ de) bataille : « Le méchant Dhritarâshtride a été vu et reconnu. »

1723. Le bruit de ces chars rapides, qui se dirigeaient vers ce lieu avec vitesse, devint tumultueux et monta jusqu’au ciel, ô maître de la terre.

1724-1727. Quoique leurs équipages fussent fatigués, Arjouna, Bhîmasena, les deux Pândouides fils de Mâdrî, Dhrishtadyoumna le Pâñcâla invaincu, Çikhandin, Youdhamanyou, Outtamaujas, le grand guerrier Satyakide, ce qui restait des Pâñcâlas, et les fils de Draupadî, ô Bharatide, ainsi que tous les chevaux, les éléphants et les fantassins par centaines, se hâtèrent de suivre Youdhishthira, cherchant Douryodhana de cotés et d’autres, ô roi. Puis, ô grand roi, le majestueux Dharmarâja arriva

1728. Au terrible étang Dvaipâyana, à l’eau froide et limpide, beau comme une seconde mer, dans lequel se tenait Douryodhana,

1729. Là où, ayant solidifié l’eau par la magie, ton fils s’était placé d’une manière merveilleuse, d’après les décrets du destin, ô Bharatide.

1730. Ô Puissant, le roi, qu’il est difficile à tout homme d’affronter, y repose, la massue à la main, plongé à l’intérieur de l’eau, ô Indra des hommes.

1731. Alors le roi Douryodhana, demeurant enfoncé sous les eaux, entendit le bruit tumultueux, pareil à celui d’un nuage orageux, (que faisaient les ennemis qui arrivaient pour le combattre).

1732. Or, ô Indra des rois, désireux de tuer ton fils, Youdhishthira, accompagné de ses frères, vint à cet étang, ô grand roi,

1733. Avec un grand bruit, (produit) par le son des conques et les roues des chars, soulevant une poussière épaisse et faisant trembler la terre.

1734. En entendant le bruit de l’armée de Youdhishthira, les grands guerriers Kritavarman, Kripa et le fils de Drona, dirent au roi :

1735. Ô Bharatide, qu’il nous soit permis de nous en aller, car les Pândouides, joyeux, fiers de leur victoire, s’approchent (d’ici).

1736. Douryodhana, entendant ce que lui disaient ces (hommes) énergiques et ayant répondu : « soit ! » solidifia cet étang par un charme magique, ô roi.

1737. Cependant, ayant obtenu la permission du roi, ces guerriers à chars, Kripa en tête, s’éloignèrent, (le cœur) rempli de chagrin, ô grand roi.

1738. Quand ils eurent parcouru une longue route, ô vénérable, ils virent un figuier indien (au pied duquel) ils se couchèrent, très fatigués, et songeant au roi, (ils faisaient les réflexions suivantes) :

1739. Le très fort Dhritarâshtride (s’est) endormi après avoir solidifié l’eau, et les Pândouides (sont) arrivés en ce endroit pour combattre.

1740. Comment le combat aura-t-il lieu ? Qu’adviendrat-il du roi ? Comment les fils de Pândou arriveront-ils à rencontrer le Kourouide ?

1741. Cependant ces guerriers, Kripa en tête, s’arrêtèrent en ce lieu, en réfléchissant ainsi, après avoir détaché les chevaux des chars.