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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap52

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 349-354).


CHAPITRE LII


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Bala se baigne dans ce tîrtha. Il va au tîrtha du mouni Sârasvata. Légende de Dadhîka, père de Sârasvata, et naissance de ce dernier. La Sarasvati, sa mère l’apporte à Dadhîka, qui l’en remercie et lui en marque sa reconnaissance. Dadhika donne à Indra ses os, pour en faire des armes divines avec lesquelles il tuera les ennemis des dieux. Il arrive une grande sécheresse pendant laquelle la Sarasvatî nourrit son fils qui continue à réciter les Védas. Soixante mille rishis qui, pendant que la faim les forçait à pourvoir à leur nourriture, ont oublié les Védas, se font ses disciples pour qu’il les leur enseigne de nouveau. Bala fait ses dévotions au tîrtha de Sârasvata et va à celui de la vieille fille.


2925. Vaiçampâyana dit : Bharatide, il y eut un grand combat à cause de Târakâ (épouse de Vrihaspati, enlevée par Soma), dans ce tîrtha où le maître des étoiles avait offert le sacrifice râjasoûya.

2926. Après s’y être baigné et y avoir fait des largesses, le vertueux Bala, qui avait dompté ses sens, alla au tîrtha du mouni Sàrasvata.

2927. En ce lieu, pendant une sécheresse de douze ans, le mouni Sàrasvata enseigna les Védas aux plus grands des brahmanes.

2928. Janamejaya dit : ascète, comment le mouni Sârasvata enseigna-t-il (les Védas) aux (autres) mounis, pendant une sécheresse de douze ans ?

2929. Vaiçampâyana dit : Ô grand roi, il y avait jadis un sage mouni, au grand ascétisme, pratiquant la science sacrée, ayant vaincu ses sens, appelé Dadhîka,

2930. Son ascétisme extrême faisait continuellement trembler le roi (des dieux), Çakra. Les fruits (quels qu’ils fussent), ne pouvaient l’allécher, (et lui faire violer ses vœux).

2931. Pâkaçâsana (Indra) envoya, pour le séduire, la bonne, charmante et divine apsaras Alambo.ushâ.

2932. Ô grand roi, pendant que ce magnanime rassasiait les dieux (par ses sacrifices), sur (les rives de) la Sarasvatî, cette belle s’approcha de lui .

2933. À la vue de cette (apsaras) à la beauté divine, le sperme du rishi à l’esprit purifié sauta dans la Sarasvatî qui, alors, s’enfonçant(dans son lit), le reçut

2934. Et eut l’imprudence de le mettre dans son ventre, ô le meilleur des hommes, et cette grande rivière porta ce fœtus, destiné à lui donner un fils.

2935. Quand le temps fut venu, cette excellente rivière enfanta un fils, et, ô roi, ayant pris l’enfant, elle alla (trouver) le rishi.

2936. Cette rivière, ayant vu le rishi, le plus grand des mounis, dans l’assemblée (de ses confrères), ô Indra des rois, lui dit, en lui donnant (son) fils :

2937. « Ô brahmarshi, voici ton enfant que j’ai porté pour l’amour de toi, après avoir vu ton sperme éjaculé devant l’apsaras Alamboushâ.

2938. Certes, ô brahmarshi, par égard pour toi, je l’ai porté dans mon sein, ne voulant pas que cette (semence) qui est ton énergie (vitale), fût perdue.

2939, 2940. Reçois le fils sans défaut, que je te donne. » Quand elle eut ainsi parlé, le plus grand des brahmanes en fut extrêmement content. Flairant avec affection la tête de son fils, après l’avoir longtemps embrassé, ô le plus grand des Bharatides,

2941. Le grand mouni, satisfait, accorda un don à la Sarasvati : « Les Viçvedevas, (dit-il), les Pitris, les Gândharvas et les troupes des Apsaras,

2942, 2943. Se rassasieront avec plaisir (des oblations) de tes eaux. » Ecoute, ô prince, en quels termes, après avoir ainsi parlé, content et l’âme satisfaite, il loua (encore) la grande rivière : « Tu coulas jadis de l’étang de Brahma, ô heureuse.

2944. Ô la meilleure des rivières, les mounis aux vœux parfaits, te connaissent (bien). Ô toujours belle, tu as fait une chose qui m’est agréable.

5945. C’est pourquoi ton fils Sârasvata sera grand. (Capable de) créer le monde, il prendra son nom de toi.

2946-2948. Il aura un grand ascétisme et sera appelé Sârasvata. Pendant une sécheresse de douze années, il enseignera les Védas aux plus excellents des brahmanes. Et toi, ô belle et heureuse Sarasvati, par ma faveur, tu seras toujours la meilleure des rivières salutaires. » Cette grande rivière, ainsi louée par lui, après en avoir obtenu un don,

2949. Prit son enfant et s’en alla, ô excellent Bharatide. Dans ce même temps, (à l’occasion de) la guerre entre les dieux et les dânavas,

2950. Çakra parcourut les trois mondes pour chercher des armes (convenables à ses desseins), et alors l’adorable Çakra ne trouva pas les armes (qu’il désirait),

2951, 2952. Et qui eussent été propres à tuer les ennemis des dieux. Et Çakra dit aux divinités : « Les grands asouras ennemis du Tridaça ne peuvent pas être tués par moi, si je n’ai pas les os de Dadhika. Implorez donc le meilleur des rishis, ô les plus grands des dieux, (en lui disant) :

2953. « Ô Dadhîka, donne (nous) tes os. Avec eux nous tuerons (nos) ennemis. » Et alors le plus grand des rishis à qui ils demandaient ses os avec insistance,

2954. Fit sans hésiter le sacrifice de sa vie, ô le plus grand des Kourouides. Ce (mouni), ayant fait ce qui était agréable aux dieux, obtint les mondes impérissables.

2955. Et alors Çakra, l’esprit joyeux, fit faire avec ses os, diverses armes divines,

2956-2958. Des foudres, des disques, des massues, des bâtons lourds et excellents. Car ce créateur des mondes (Dadhika), avait été engendré par le suprême rishi Bhrigou, fils de Prajâpati. Il (était) énergique, (avait) un grand corps, (il avait), dans les sacrifices, été établi (comme la substance du monde. (Ce) maître, renommé par sa taille élevée, était grand comme une montagne et Pâkasâna trembla toujours devant son énergie.

2959. Ô Bharatide, l’adorable (Indra) lança bruyamment cette foudre accompagnée de mantras (incantations), et qui possédait l’énergie de Brahma.

2960. Il tua quatre-vingt-dix-neuf 29 des héros des daityas et des dânavas. Quand un temps effrayant par sa longueur se fut écoulé,

2961. Une sécheresse de douze années, ô roi, arriva. Pendant cette sécheresse de douze années, les grands rishis

2962. Souffrant de la faim, couraient dans toutes les directions pour trouver des vivres. Le mouni Sârasvata, les voyant courir (ainsi) vers les divers points cardinaux,

2963, 2964. Ô Bharatide, songea à aller (avec eux). La Sarasvatî lui dit : « Ô mon fils, il ne faut pas t’en aller d’ici. Je te donnerai toujours de la nourriture, (et te fournirai) les meilleurs poissons. Reste ici. » Après avoir entendu cette promesse, (il resta et continua à) rassasier (par les sacrifices) les pitris et les divinités.

2965. Il (y) trouva constamment de la nourriture et conserva sa vie et les védas. La sécheresse étant passée, les grand rishis

2966. Se demandèrent les uns aux autres de réciter les védas. Les védas s’étaient effacés de leur esprit pendant, qu’en proie à la faim, ils couraient à la recherche de secours (à leurs misères).

2967. Aucun d’eux tous ne se les rappelait, ô Indra des rois. Mais un d’eux s’étant approché de Sârasvata,

2968. Le plus grand des rishis, à l’esprit cultivé, pendant qu’il récitait les védas, alla (vers les autres mounis) et leur parla de Sàrasvata au grand éclat,

2969. Semblable aux immortels, et qui récitait les védas dans le bois solitaire. Alors tous les grands rishis vinrent en cet endroit, ô roi.

2970. S’étant réunis, ils dirent à Sàrasvata : « Enseigne-nous (les textes sacrés). » Le mouni leur dit alors :

2971. « Devenez mes disciples selon la règle. » La troupe des mounis lui répondit : « Ô mon fils, tu es un enfant. »

2972. Il leur répliqua : « Il ne faut pas que mes mérites périssent. Celui qui enseigne sans (avoir de) mérites et celui qui, (également) sans vertu, recueille (les paroles d’un tel maître).

2973. (Sont) deux (hommes) dont il faut se garer, car ils deviendraient facilement (des) ennemis. Ce n’est ni par les années, ni par les cheveux gris, ni par les richesses, ni par leurs parents,

2974, 2975. Que les rishis acquièrent leurs mérites. Celui qui est instruit est grand parmi nous. » Ayant entendu cette parole à eux adressée, ces mounis apprirent de lui les védas, en observant les règles, et pratiquèrent de nouveau la loi. Soixante mille mounis devinrent (ainsi) les disciples

2976, 2977. Du viprarshi Sârasvata, pour apprendre les védas. Chacun d’eux tous, placés sous les ordres de ce viprarshi, (quoiqu’il ne fût qu’un) enfant, lui offrait une poignée d’herbe kouça pour lui servir de siège.

2978. Le très fort fils de Rohinî, frère aîné de Keçava, ayant distribué des richesses en ce lieu même, alla avec joie, et en suivant l’ordre régulier, à un grand tîrtha (rendu) célèbre (parce qu’il avait jadis été la demeure d’une vieille fille).