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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap42

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 277-281).


CHAPITRE XLII


LÉGENDES SARASVATIENNES


Argument : Vaka demande des bœufs à Dhritarâshtra qui lui en donne de morts. Colère du mouni, qui offre le royaume en sacrifice sous les espèces des chairs de ces cadavres. Le royaume dépérit. Le roi fait amende honorable et Vaka retire sa malédiction. Sacrifice de Brihaspati. Bala va au tirtha de Yâyâti et y fait des largesses. Il va à Vaçishthâpavâha.


2318. Vaiçampàyana dit : Le descendant d’Yadou alla à cet (ermitage) qui retentissait de chants pieux, où le grand ascète Vaka, qui y demeurait,

2319. Offrit en sacrifice le royaume de Dhritarâshtra, fils de Vicitravîrya, et tourmenta son propre corps par un ascétisme cruel.

2320-2322. Certes, le majestueux sage fut atteint d’une grande colère. Car jadis, quand eut lieu le sacrifice de douze ans de Naimisha, à la fin (de la cérémonie appelée) Viçvajît (qui triomphe de tout), les sages rishis allèrent vers les Pâñcâlas demander au maître, pour rétribution des sacrifices, vingt et un jeunes bœufs, forts et sans défauts. Le Dalbhien Vaka leur dit, en distribuant les bestiaux :

2323-2325. Je vous abandonne ces animaux. Quant à moi, je vais aller solliciter le plus grand des rois. Puis, ô roi, après avoir ainsi parlé à tous les rishis, le majestueux (mouni), le plus excellent de tous les brahmanes, alla à la demeure de Dhritarâshtra. Le Dalbhien, s’étant approché du roi, lui demanda des bestiaux. Dhritarâshtra, le plus grand des rois, plein de colère, lui dit, en voyant des vaches mortes accidentellement :

2326. Canaille de prêtre, emmène vite ces (bêtes) si cela te fait plaisir. Le rishi, qui connaissait les devoirs, en entendant ces paroles, se dit en lui-même :

2327. « Ah malheur ! Certes il m’a été dit à la cour du roi une parole funeste. » Dévoré de colère, le plus grand des brahmanes, ayant réfléchi un instant,

2328. Songea à perdre le roi Dhritarâshtra. Cet excellent mouni, ayant enlevé les chairs des (bêtes) mortes,

2329. Offrit jadis un sacrifice (dont) le royaume du roi Dhritarâshtra (constituait la victime). Ayant allumé le feu et y ayant versé (l’eau) du tîrtha de la Sarasvatî (en guise de libation),

2330. Le grand ascète Vaka, le Dalbhien, livré aux plus grandes austérités, sacrifia le royaume de ce (roi), sous les espèces de ces chairs même.

2331. Or, quand ce sacrifice terrible eut été pratiqué selon la règle, ô prince, le royaume de Dhritarâshtra alla en périclitant.

2332. Alors, ô roi, le royaume de ce (prince), qui se détruisait comme une grande forêt coupée par la cognée,

2333, 2334. Tomba dans le malheur, et cet acte sans raison porta ses fruits. roi, ce maître suprême des enfants des hommes s’affligea en voyant le royaume ébranlé ainsi, et réfléchit. Il fit d’abord, avec l’aide des brahmanes, des efforts pour être délivré (des malheurs qui fondaient sur lui).

2335. Mais les choses n’en allaient pas mieux, et le royaume courait à sa ruine. Comme, ô mortel sans péché, ce roi et les brahmanes étaient désespérés,

2336. Et qu’il ne pouvait pas protéger le royaume, ô roi, alors, ô Janamejaya, il interrogea les gens propres à résoudre les questions difficiles,

2337. Qui lui dirent : « Le bétail a été offensé par toi. Le Mouni Vaka a offert ton royaume en sacrifice, sous les espèces des chairs (mortes que tu lui as données).

2338. C’est pourquoi une grande ruine attend ton royaume offert en sacrifice. C’est l’œuvre de l’ascétisme de ce (mouni), qui cause ta perte.

2339. Ô prince, va l’implorer dans le bosquet des eaux de la Sarasvatî. » Alors, le roi, étant allé à la Sarasvatî, dit à Vaka,

2340. Après avoir incliné la tête et fait l’añjali, ô excellent Bharatide : « Je t’implore, ô adorable, pardonne-moi l’offense

2341. Que (je t’ai faite, j’étais) triste, avare, et mon esprit était frappé de folie. Tu es ma ressource et mon protecteur, tu dois me faire grâce. »

2342, 2343. En voyant (le roi) pleurer, l’âme ainsi dévorée par le chagrin, le rishi fut gracieux pour lui ; il renonça à sa colère, la compassion le saisit, et il délivra le royaume, en faisant dans ce but de nouveaux sacrifices, et en offrant de nouvelles oblations.

2344. Puis, après avoir délivré le royaume et reçu de nombreux bestiaux, il retourna, l’esprit satisfait, au bois de Naimisha.

2345. De son côté, le sage roi Dhritarâshtra, au grand cœur, ayant l’âme pure, retourna dans sa ville (capitale), apportant (avec lui) une grande bénédiction.

2346, 2347. Dans ce même tîrtha, Brihaspati à la grande intelligence, offrit, avec des chairs, un sacrifice en vue de la destruction des asouras, et de la conservation des habitants du ciel. Alors, les asouras furent affaiblis, et écrasés dans les combats par les dieux victorieux.

2348, 2349. Le très glorieux guerrier aux grands bras, (Halâyoudha), ayant donné, là aussi, aux brahmanes, selon la règle, des chevaux, des éléphants, des chars attelés de chevaux et de mulets, des joyaux précieux, des richesses et des grains excellents, alla au tîrtha de Yâyâti, ô maître de la terre.

2350. Ô grand roi, en ce lieu, la Saravastî fit, dans le sacrifice de Yâyâti, couler, (avec ses eaux), du beurre clarifié et du lait, pour (ce) magnanime fils de Nahousha

2351. Le tigre des hommes, le roi Yâyâti, après y avoir offert son sacrifice, eut le bonheur de s’élever aux mondes supérieurs, qu’il obtint.

2352-2354. Or, comme le puissant roi Yâyâti offrait son sacrifice en déployant une générosité suprême, et offrant une adoration continuelle à l’âme universelle, la meilleure des rivières combla les désirs, quels qu’ils fussent, que les brahmanes formaient dans leurs cœurs. Partout où se trouvait, convoqué pour le sacrifice, un brahmane quel qu’il fût, (elle lui donna) en cet endroit même, des habitations, des couches, des aliments (agréables par) les six saveurs, et des présents de diverses sortes, etc.

2355. Ces heureux (mounis), considérant cette grande libéralité comme provenant du roi, l’en glorifièrent et le couvrirent de grandes bénédictions.

2356. Les dieux et les Gândharvas furent satisfaits et les hommes furent étonnés en voyant l’heureux résultat du sacrifice (qui avait été offert) en ce lieu.

2357. Alors Tâlaketou, magnanime prince d’une grande vertu, toujours très libéral, ayant l’esprit purifié, honoré (par les mounis) et persévérant (dans le bien), s’approcha (du tirtha) Vaçishthâpavâha au terrible courant.