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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/CHAPITRE III

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 26-32).

CHAPITRE III


DÉFAITE DE L’ARMÉE KOUROUIDE


Argument : Panique de l’armée après la mort de Karna. Efforts de quelques héros. Prouesses des Pandouides. Efforts de Douryodhana. Il harangue l’armée qui reprend courage.


126. Sañjaya dit : Écoute avec attention, ô roi, de quelle façon eut lieu la destruction des hommes, tant Kourouides que Pandouides, qui s’étaient réciproquement attaqués.

127. Le fils du cocher étant tué par le magnanime fils de Pândou, et les armées ayant été à plusieurs reprises dispersées et rassemblées (de nouveau),

128. Les hommes s’étant livré un terrible combat et les meilleurs des éléphants étant détruits, le fils de Pândou poussa le même rugissement qu’après avoir tué Karna.

129-131. Alors la terreur engendrée par ce (rugissement) envahit (le cœur de) tes fils, ô roi. Karna étant tué, aucun de tes guerriers ne songeait à réunir les armées ni à accomplir aucun acte héroïque, troublés comme des marchands dont le navire est brisé sur la mer profonde, cherchant une rive sur l’océan sans bords, après la mort du fils du cocher, ô roi, notre refuge étant détruit par Arjouna, effrayés et blessés par les armes (de nos ennemis),

132. Semblables à des gazelles qui, tourmentées par un lion, cherchent un protecteur qu’elles ne trouvent pas, semblables à des taureaux dont les cornes sont brisées (ou) à des serpents qui ont perdu leurs dents,

133. Nous tournions le dos dans la soirée, mis en fuite par l’ambidextre, nos plus grands héros étant tués et taillés en pièces par des flèches tranchantes qui ne laissaient aucun repos.

184. Le fils du cocher étant tué, ô roi, tes fils s’enfuyaient de peur, tous, fugitifs, sans épée et sans cuirasses, hors d’eux-mêmes,

135-137. Se frappant les uns les autres, interrogeant l’horizon avec terreur, et pensant ainsi : (Arjouna) Bîbhatsou s’approche de moi, (Bhîmasena) Vrikodara (ventre de loup) me (poursuit), ils tombaient affaiblis, ô Bharatide. Les grands guerriers, montés, les uns sur leurs chars, les autres sur leurs chevaux, d’autres sur des éléphants rapides, abandonnèrent les fantassins. Les chariots de guerre étaient brisés par les éléphants, et les cavaliers (écrasés) parles grands chars.

138, 139. La multitude des fantassins (était) rudement heurtée par les flots de chevaux qui s’enfuyaient. Quand le fils du cocher fut tué, les tiens étaient comme (s’ils se fussent trouvés) dans un bois rempli de bêtes féroces, privés (du secours qu’ils pouvaient attendre) de leur grand nombre. Les éléphants avaient leurs cavaliers tués, d’autres avaient les défenses brisées.

140. En se voyant tous, courant, tourmentés par la crainte de Bhîmasena, les (guerriers) malades de peur croyaient que le monde entier était au pouvoir des fils de Pândou.

141. Ensuite, Douryodhana ayant poussé le cri de : Ah ! malheur ! dit à son cocher : Le fils de Prithâ ne me surpassera pas (tant que je serai) présent, l’arc en main.

142-144. Quand je me trouverai à l’arrière garde, pousse rapidement les chevaux, car Dhananjaya, fils de Kountî, ne saurait me dépasser dans la bataille, quand je combattrai, de même que l’océan (ne peut dépasser) le rivage. Aujourd’hui, je m’acquiterai de la dette (que j’ai contractée envers) Karna, en tuant Arjouna et Govinda, ainsi que ce vantard de Vrikodara, et les autres ennemis-Ayant entendu ces paroles du roi de Kourou, (qui étaient celles) d’un héros et d’un (homme) magnanime,

145. Le cocher poussa doucement les chevaux couverts d’or. Ceux qui étaient privés de (leurs) chars, de (leurs) chevaux de (leurs) éléphants, les fantassins, ô vénérable,

146. Au nombre de vingt-cinq mille, s’enfuyaient, pour ainsi dire sans s’arrêter. Bhîmasena irrité, et le Prishatide Dhrîshtadyoumna les

147. Ayant entourés d’une armée (formée) de quatre corps, les tuaient avec des flèches. Ils résistaient tous à Bhîmasena et au Prishatide.

148. D’autres prononcèrent les noms du Prithide et du Prishatide (en les provoquant) au combat. Bhîma s’irritait (du grand nombre de ceux qui, l’entouraient dans la bataille.

149. 150. S’étant hâté de descendre de son char, il combattait la massue à la main. Vrikodara, fils de Kountî, attentif à ses devoirs, se fiant sur la force de ses bras, ne (voulut) pas combattre, étant monté sur son char, ces (guerriers) qui étaient à terre. Ayant saisi sa grande massue garnie d’or

151. Il tuait tous les tiens (comme le ferait) Antaka (le dieu de la mort) son bâton à la main. Les fantassins, très excités, dont les amis étaient tués,

152. Couraient tous vers Bhîmasena comme des insectes vers la flamme (d’un feu). Irrités, affolés par le combat, ayant assailli Bhîmasena,

153. Ils périrent immédiatement, comme des troupes d’êtres qui ont vu Antaka. Bhîma errait çà et là comme un faucon. Avec son glaive et sa massue

154. Il tua vingt-cinq milliers des tiens. Bhîma, à l’héroïsme véritable, ayant exterminé cette armée de héros,

155. Ce (guerrier) à la grande force, ayant mis devant lui Dhrishtadyoumna, s’arrêta. L’héroïque Dhanañjaya suivait l’armée des chars.

156. Les deux fils de Mâdrî et le grand guerrier Satyakide, joyeux et très forts, coururent rapidement sur Çakouni qu’ils voulaient tuer,

157. Ayant anéanti avec des flèches aiguës ses nombreux cavaliers (montés) sur leurs chevaux, ils se hâtèrent de se précipiter sur lui. Là, le combat fut grand.

158. Alors, ô roi, Dhanañjaya entra dans l’armée des chars, bandant l’arc Gândîva, célèbre dans les trois mondes.

159. Ayant vu s’approcher le char aux chevaux blancs avec Krishna pour cocher, les tiens aussi entourèrent le guerrier Arjouna.

160. Les vingt-cinq milliers de fantassins, dépourvus de chars et de chevaux, couverts (d’un nuage) de flèches, attaquèrent le fils de Prithâ.

161-162. Les grands guerriers Pâñçâlass ayant tué cette armée de héros, le très glorieux grand archer, fils de leur roi, Dhrishtadyoumna, destructeur des troupes ennemies, ne suivait pas de très loin Bhîmasena qui allait en avant.

163. Les tiens, ayant aperçu dans la bataille Dhrishtadyoumna, dont les chevaux étaient couleur de tourterelles et dont l’étendard était illustré par (la plante) Kovidâra (bacchinya variegata), s’enfuyaient devant lui, (glacés) de terreur.

164. Les deux glorieux fils de Mâdrî, ayant suivi le roi de Gândhâra, aux flèches rapides, était à peu de distance avec le Satyakide

165. Cekitâna, Çikhandin, et les fils de Draupadî, ô vénérable, ayant tué ta nombreuse armée, soufflaient dans leurs conques.

166. Voyant les tiens courir en tournant le dos, ils les poursuivaient, comme (le font) des taureaux qui (en veulent) tuer un autre.

167. Le fils de Pândou, l’ambidextre, à la vue de ce reste de l’armée de ton fils, qui tenait encore ferme, entra dans une grande colère, ô roi.

168. Et de suite, ô roi, il couvrit de flèches ce (misérable débris d’armée). En vérité, la poussière qui s’élevait ne laissait plus rien voir.

169. Le monde étant (ainsi) devenu aveugle et le sol de la terre étant couvert de flèches, les tiens, ô grand roi, s’enfuyaient, effrayés, dans toutes les directions.

170. Ô maître des hommes, le roi de Kourou courait de tous côtés contre ses propres troupes dispersées, et contre celles des ennemis.

171. Alors Douryadhana appela au combat tous les Pandouides, ô excellent Bharatide, comme jadis Bali (le fit) des dieux.

172. Ceux-ci, irrités, continuellement menaçants, brandissant des armes diverses, attaquaient ensemble ce (prince) mugissant.

173. Douryadhana aussi, sans se troubler, dispersait ses ennemis avec des flèches. Nous vîmes ton fils (accomplir) un exploit héroïque, merveilleux.

174, 175. Tous les Pandouides (réunis) ne purent pas le repousser. Indra des rois, Douryadhana, ton propre fils, voyant à peu de distance son armée très endommagée et songeant à fuir, réfléchit et s’arrêta.

176. (Voulant leur rendre le courage) il dit, comme en riant, ces paroles aux guerriers : Je ne vois pas sur la terre ni dans les montagnes un endroit

177. Dans lequel les Pandouides ne vous tueront pas (quand vous vous y serez enfui). À quoi bon fuir ? Leur force même est peu considérable, et les deux Krishnas sont gravement blessés.

178, 179. Si nous nous tenons tous (fermes) ici, notre victoire est certaine. Mais les Pandouides offensés, vous suivront et vous tueront, (quand) vous serez éparpillés (et que vous aurez) rompu (vos rangs). Il vaut mieux pour nous périr en combattant. D’après la loi des Kshatriyas, la mort dans la bataille est heureuse pour le guerrier.

180. L’homme mort (dans ces conditions) ne connaît pas le malheur. Dans l’autre monde, il jouit (d’un bonheur) sans fin. Que tous les Kshatriyas réunis (ici), écoutent.

181. Vous ne devez pas abandonner la loi établie par vos ancêtres, (si vous ne voulez pas) tomber au pouvoir de Bhîmasena irrité.

182. Il n’y a pas, pour le Kshatriya, d’action pire que la fuite. Ô Kourouides, il n’y a pas de meilleure voie pour (atteindre) le Svarga (le ciel) que les mérites des combats.

183, 184. Le guerrier obtient immédiatement les) mondes (heureux), qu’un temps très long (d’épreuves pourrait lui mériter. Les grands guerriers Kshatriyas, ayant reçu avec respect ces paroles de ce roi, se retournèrent contre les Pandouides, en songeant à leur (propre) force et ne pardonnant pas leur défaite (à leurs ennemis).

185. Alors recommença, entre les tiens et les ennemis, un combat épouvantable, semblable à celui des dieux et des Asouras.

186. Et ton fils Douryadhana, ô grand roi, poursuivit avec toute l’armée, les Pandouides ayant en tête Youdhishthira.