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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 1/Chap58

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (1p. 380-387).


CHAPITRE LVIII


COMBAT À LA MASSUE


Argument : Commencement du combat qui est terrible. Les deux champions sont obligés de s’arrêter au bout d’un moment. Reprise de la lutte. Ses alternatives, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre.


3175. Sañjaya dit : Alors Douryodhana, dont l’esprit n’était pas abattu, ayant vu Bhimasena qui venait ainsi (contre lui), se hâta d’aller à sa rencontre en criant.

3176. Ils tombèrent l’un sur l’autre, comme deux taureaux armés de leurs cornes. Les coups (qu’ils se portèrent), produisirent un bruit (pareil) à celui d’un grand ouragan.

3177. Ces deux héros, qui désiraient triompher l’un de l’autre dans la lutte, se livrèrent un combat tumultueux, qui faisait hérisser (de terreur), le poil (des spectateurs). (Ce combat était) pareil à celui d’Indra et de Prahrâda.

3178. Les deux prudents et magnanimes (princes), la massue à la main, ayant tout le corps arrrosé de sang, ressemblaient à deux kimcoukas fleuris :

3179. Pendant que cette grande et terrible bataille avait lieu, le ciel brillait, comme embelli par une multitude de vers luisants (elater noctulicus),

3180. Et quand ce très violent combat eut duré (un certain temps), ces deux dompteurs de leurs ennemis furent fatigués après avoir combattu (si longtemps).

3181. Ces deux tourmenteurs de leurs ennemis, ayant repris haleine un instant, ressaisirent leurs excellentes massues et s’attaquèrent de nouveau l'un l’autre.

3182, 3183. À la vue de ces deux (guerriers), les plus grands des hommes, doués d’un héroïsme extrême et d’une force égale, qui, après avoir repris haleine, saisissaient de nouveau leurs massues, pareils à deux forts éléphants que la passion amoureuse rend furieux à la vue d’une femelle en rut, les dieux, les gandharvas et les hommes furent remplis d’une extrême stupeur.

3184. En voyant Douryodhana et Vrikodara qui avaient repris leurs massues, tous les êtres furent dans le doute sur (le point de savoir à qui serait) la victoire.

3185. Alors les deux frères, les meilleurs des hommes forts, s’étant attaqués de nouveau, désireux de surprendre le point faible l’un de l’autre, cherchèrent l’occasion (de vaincre).

3186. Ô roi, les spectateurs voyaient levée la lourde et formidable massue, semblable au bâton d’Yama, pareille à la foudre d’Indra.

3187. La massue que Bhîmasena brandissait en la faisant tournoyer dans le combat, produisait un bruit tumultueux et terrible.

3188. En voyant le fils de Pândou, (son) ennemi), brandir sa massue, dont l’extrémité était animée d’une vitesse sans égale, le Dhritarâshtride fut rempli d’étonnement.

3189. Le héros Vrikodara, ô Bharatide, brillait encore davantage, en parcourant des cercles et (faisant) des passes de diverses sortes.

3190. Ces deux (guerriers), s’attaquant réciproquement, attentifs à se garantir l’un de l’autre, se blessèrent à plusieurs reprises, comme deux chats (se battant pour) leur nourriture.

3191. Bhîmasena se livrait à des évolutions de diverses sortes, (parcourant) des cercles variés, (tantôt) en s’avançant, (tantôt) se reculant.

3192-3194. (Adoptant) diverses manières de tenir son arme, des positions différentes, envoyant des coups, évitant (ceux de son adversaire), se tenant en garde, s’élançant, s’éloignant, s’arrêtant, se séparant (de son ennemi), se retournant, se renversant, sautant (sur son adversaire), se jetant à terre, s’accolant(à son ennemi), s’en écartant. Ces deux habiles (combattants), la massue à la main, se livrant ainsi à diverses évolutions, se frappèrent l’un l’autre.

3195. Ces deux (hommes) très forts, les plus grands des Kourouides, traçaient, de côté et d’autre, des circuits pour se tromper mutuellement, comme s’ils se fussent) joués (l’un de l’autre).

3196. Déployant, de toutes parts, dans le combat, leur (adresse au) jeu des armes, ces deux dompteurs des ennemis se frappèrent réciproquement de leurs deux massues.

3197. Arrosés de sang, ils brillaient, ô grand roi, comme deux éléphants, qui se sont mutuellement frappés de leurs défenses.

3198. Tel était, vers la fin du jour, ce terrible combat (qui avait lieu) en public, aussi cruel que celui de Vritra et de Vâsava.

3199. Alors, ces deux (guerriers), la massue à la main, ô roi, décrivaient des cercles. Le fort Dhritarâshtride évoluait vers la droite.

3200, 3201. Tandis que Bhîmasena évoluait vers la gauche. Pendant que Bhîma manœuvrait ainsi en tête du combat, Douryodhana l’atteignit dans le flanc. Alors, ô Bharatide, Bhîmasena, frappé par ton fils,

3202, 3203. Fit tournoyer sa lourde massue. Il songeait à (lui rendre) un coup (équivalent). Les spectateurs virent levée, ô grand roi, cette massue de Bhîmasena, semblable à la foudre d’Indra, pareille au bâton d’Yama. Ayant vu Bhîma qui faisait tournoyer sa massue, ton fils,

3204, 3205. Ce tourmenteur de ses ennemis, leva sa massue terrible et la lança (de nouveau contre son adversaire). La rapidité avec laquelle (descendait) la massue de ton fils, ô Bharatide, ébranla (tellement) l’air, qu’elle produisit un son tumultueux accompagné d’un éclat étincelant. Se livrant à diverses évolutions, en décrivant des cercles,

3206. L’énergique Souyodhana paraissait plus brillant que Bhîma. Lancée à toute vitesse par Bhîma, la grande massue

3207. Produisit un grand et terrible bruit et un feu accompagné de flamme et de fumée. En voyant la massue lancée par Bhîmasena, Souyodhana,

3208. Ayant lancé sa lourde (arme) de fer, brilla d’une grande (splendeur). À la vue de la violence de l’ébranlement de l’air produit par cette massue,

3209. Tous les Pândouides et les Somakas furent remplis de terreur. Déployant de toutes parts leur adresse au combat,

3210. Ces deux dompteurs des ennemis s’attaquèrent réciproquement, et se frappèrent l’un l’autre de leurs massues, comme deux éléphants (se frappent) de leurs défenses.

3211. Arrosés de sang, ô grand roi, ils resplendissaient. Tel était ce combat terrible (qui avait lieu) en public

3212. À la fin du jour, (et qui était) pareil à celui de Vritra et de Vâsava. Ton très fort fils, voyant Bhîma qui se tenait ferme (devant lui),

3213-3215. Courut sur le fils de Kountî, en se livrant à des évolutions très brillantes. Mais Bhîma, plein de courroux, frappa la massue garnie d’or et animée d’une vitesse terrible de ton fils furieux. On entendit le bruit, pareil à celui de deux coups de foudre, produit par le choc de ces deux armes. Cette (massue) rapide, lancée par Bhîmasena,

3216. Fit, en tombant, trembler la terre, ô grand roi. Le Kourouide ne supporta pas (avec patience), que l’arme (qu’il avait lancée) dans le combat fût repoussée.

3217. Semblable à un éléphant rendu furieux par la vue d’un éléphant rival, le roi, ayant pris sa décision et tracé, en sautant, un cercle à gauche,

3218. Frappa la tête du fils de Kountî, d’un coup de sa massue, animée d’un élan terrible. Mais Bhîma, fils de Pândou, frappé de cette (arme) par ton fils,

3219. Ne chancela pas, ô grand roi. C’était comme un prodige, et toutes les armées applaudirent ce miracle,

3220-3222. Que Bhîma (ainsi) frappé ne chancelât pas (et n’éloignât pas) un (de ses) pieds de son autre pied. Alors Bhîma, à la valeur terrible, lança à Douryodhana sa très lourde et brillante massue ornée d’or. Le très fort Douryodhana para ce coup sans se troubler, ce qui remplit (les spectateurs) d’un grand étonnement. Mais, ô roi, en tombant, cette massue brandie par Bhîma et dont (le coup) était rendu vain,

3223. Produisit un grand bruit et fit trembler la terre. (Douryodhana), ayant recours à l’évolution kouçika (kouçikienne), bondissait incessamment.

3224-3226. Ayant reconnu que la massue était tombée sans effet, et remarqnant que (l’effort fait pour la lancer), avait fait chanceler Bhîma, le plus grand des Kourouides, irrité, doué d’une grande force, frappa son adversaire de sa massue, dans la région de la poitrine. Atteint dans le grand combat par la massue de ton fils, Bhîma se troubla et (pendant un instant) ne sut plus (discerner) ce qu’il devait faire. Dans cette occurrence, les Somakas et les Pândouides

3227. Ne manifestaient pas de joie et voyaient (l’objet de) leurs désirs gravement compromis. Mais, irrité par ce coup, comme (l’eût été) un éléphant,

3228, 3229. Bhîma, courut contre ton fils, comme un éléphant (se précipite sur un autre) éléphant. Ce héros attaqua alors ton fils avec force et énergie, à l’aide de sa massue, comme un lion attaque un éléphant sauvage. Habile à lancer la massue, il s’approcha du roi,

3230. Et brandit son arme contre ton fils. Bhîmasena frappa alors Douryodhana dans le flanc, ô roi,

3231. Celui-ci, terrassé par le coup, tomba à terre sur les genoux. Cet excellent Kourouide étant tombé à terre sur les genoux,

3232. Les Sriñjayas poussèrent un cri (de joie), ô maître du monde. Ayant entendu ce cri des Sriñjayas, ô chef des hommes,

3233. Ton fils, ô le plus excellent des Bharatides, fut enflammé de colère. S’étant relevé, le guerrier aux grands bras, soufflant comme un serpent puissant,

3234-3236. Regarda Bhîmasena comme s’il eût voulu le brûler avec son regard. Puis, le meilleur des Bharatides, la massue à la main, attaqua Bhîmasena comme s’il eût voulu lui couper la tête dans le combat. Ce magnanime, à l’héroïsme terrible, frappa à la tempe le valeureux Bhîma. Le fils de Prithâ, atteint par la massue, ne chancela pas plus qu’une montagne, et (n’en) brilla que d’un plus grand éclat.

3237. Ô roi, il laissait s’écouler son sang, comme un éléphant, dont les bosses frontales sont ouvertes, (laisse sourdre la liqueur qui en découle).

3238. Ayant saisi la massue de fer, avec laquelle il tuait les héros, et qui produisait un bruit pareil à celui de la foudre, le frère aîné de Dhanañjaya, ce tourmenteur de ses ennemis, attaqua et frappa avec force son adversaire.

3239. Frappé par Bhîmasena, ton fils, dont les muscles du corps palpitaient, tomba comme un (arbre) Çâla (shorea robusta), bien fleuri, renversé par la force du vent et abattu dans la forêt.

3240. Alors, en voyant ton fils abattu à terre, les Pândouides furent joyeux et poussèrent des cris. Mais ton fils ayant repris ses sens, se releva, comme un éléphant (qui sort) d’un étang.

3241. Ce prince, ce grand guerrier, toujours impatient, évoluant de côté et d’autre avec adresse, frappa le fils de Pândou qui était devant lui, et qui s’affaissa à terre, le corps privé de vigueur.

3242. Ce Kourouide, ayant, par la force (du coup), abattu Bhîma, poussa un rugissement. La massue, même, en tombant avec une énergie égale à celle de la foudre d’Indra, brisa l’armure (du fils de Pândou).

3242. Il se fit alors dans l’atmosphère un grand bruit, produit par les habitants du ciel et les apsaras, qui lancèrent une abondante et excellente pluie de fleurs variées.

3244. Une crainte extrême pénétra dans le cœur des ennemis, en voyant que le descendant de Kourou n’avait pas perdu sa force, (et) en contemplant le plus grand des hommes abattu à terre avec son armure brisée.

3245. Puis, au bout d’un instant Vrikodara, le fils du Vent, ayant repris ses sens, recouvra ses forces, agita les yeux, s’essuya la bouche et reprit sa place dans le combat, soutenu par Bala (qui l’avait aidé à se relever).