Le front contre la vitre

Texte établi par Éditions Albert Lévesque.
ÉDOUARD MONTPETIT

LE FRONT
CONTRE
LA VITRE



Senécal - Le Notaire Jofriau, 1935 Logo.png
ÉDITIONS ALBERT LÉVESQUE
MONTRÉAL, 1936

Je n’ai jamais pu lire dans un train, sauf la nuit : je suis beaucoup trop curieux. L’analyse de l’immédiat, c’est-à-dire de mes compagnons de voyage, me requiert ; puis celle du paysage et sa complexité infinie. Chaque scène, chaque maison entrevues me parlent un langage qui se prolonge et semble se bercer dans l’esprit. Que de destinées entr’aperçues ainsi qui vous font penser, par un retour sur soi-même, à tant de sorts dont on ne se satisferait pas, à tant de toits sous lesquels on ne pourrait pas durer — et qui donnent froid. Quand le crépuscule descend, que les lampes s’allument, que les routes blanchissent, ce sont des centaines de vies imaginées ainsi, au hasard de la route. Que ferais-je d’un roman ? Et tous ceux qui sont là, immobiles quand je passe, et que j’anime bientôt, le front contre la vitre

Guermantes, (Le Figaro)