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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/30

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AVANT-PROPOS.

Chez nous, on n’arrive à rien par la raideur[1]. Il faut que le plus petit officier sache prendre son monde et s’en faire apprécier. Alors la troupe devient un instrument merveilleux pour la main de fer gantée de velours, qui est chez nous l’expression convenue pour désigner les aptitudes du parfait commandement.

C’est pourquoi vous voyez dans notre livre les officiers s’inquiéter constamment de leurs hommes, faire acte de fraternité et de persuasion. C’est ainsi qu’au mont Saint-Bernard, ils déchirent leurs bottes et leurs vêtements en s’attelant à l’artillerie, comme les simples soldats87. Aux heures critiques, ils ne négligeront point de les encourager92-94 ; et si l’un d’eux fait une belle action, ils iront l’embrasser de bon cœur, lui serreront la main, lui donneront le bras en causant96-99. Cette aménité ne les empêche pas de se risquer les premiers au péril. À Marengo, à Essling, des généraux vont placer eux-mêmes en tirailleurs des fantassins ralliés103, 249. À

  1. Une anecdote qui marque on ne peut mieux la différence du soldat français avec beaucoup d’autres est cet épisode curieux du grand banquet de Tilsitt, où un grenadier français qui a changé d’uniforme avec un grenadier russe pour s’amuser, oublie tout à fait son rôle ou recevant un coup de canne, et veut tuer le sergent qui le lui a appliqué pour défaut de salut217.