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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/288

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vant nous. La canonnade continuait ; un de nos officiers est frappé par un boulet qui lui emporte la jambe, le général donne la permission à deux grenadiers de le porter dans l’île, ils le mettent sur deux fusils, ils n’avaient pas fait 400 pas qu’un boulet les tue tous les trois. Mais voilà un plus grand malheur qui nous arrive : le corps du maréchal Lannes battait en retraite ; une partie vint se jeter sur nous, tous épouvantés et couvrant notre ligne de bataille. Comme nous étions sur un rang, nos grenadiers les prenaient par le collet et les mettaient derrière eux en disant : « Vous n’aurez plus peur. »

Heureusement, ils avaient tous leurs armes et des cartouches : le village d’Essling était en notre pouvoir quoique pris, repris et incendié, les braves fusiliers en restèrent les maîtres toute la journée. Le calme étant un peu rétabli chez les soldats qui étaient derrière notre rang, le maréchal Bessières vint les prendre, et les rassurant leur dit : « Je vais vous mener en tirailleurs et je serai, comme vous, à pied. »

Tous ces soldats partent avec ce bon général, il les fait mettre sur un rang, à portée de fusil des cinquante pièces qui faisaient feu sur nous depuis onze heures du matin. Voilà une ligne de tirailleurs qui protégeait le feu de file commencé sur l’artillerie autrichienne. Le brave maréchal, les mains derrière le dos, n’arrêtant pas d’un bout à l’autre, fit taire pour un moment