La Sélection naturelle/02

Traduction par Lucien de Candolle.
C. Reinwald & Cie, libraires-éditeurs (p. v-xiii).

PRÉFACE

de la première édition.


Ce volume se compose de différents travaux qui ont paru dans des journaux périodiques, qui ont été communiqués à des sociétés scientifiques dans les quinze dernières années, joints à quelques autres qui sont publiés ici pour la première fois. Je réimprime les deux premiers sans altération, parce qu’ils me semblent avoir une valeur historique, puisque je leur dois d’être considéré comme un promoteur indépendant de la théorie de la sélection naturelle. J’ai seulement ajouté quelques très-courtes notes explicatives, et donné des titres aux paragraphes, pour les mettre en harmonie avec le reste du volume. Les autres Essais ont été soigneusement corrigés, souvent considérablement augmentés, et dans quelques cas écrits de nouveau presque en entier, de manière à exprimer plus clairement et plus fidèlement mes opinions actuelles ; et comme la plupart d’entre eux ont paru dans des publications dont la circulation est très-limitée, je crois que la plus grande partie de ce volume sera nouvelle pour beaucoup de mes amis et pour la majorité de mes lecteurs.

Je désire exposer en quelques mots les raisons qui m’ont décidé à publier cet ouvrage. Le second Essai, surtout quand on le rattache au premier, contient une esquisse rapide de la théorie de l’origine des espèces (par le moyen de ce que M. Darwin a depuis lors appelé la sélection naturelle), telle que je l’ai conçue, avant d’avoir la moindre notion du but et de la nature des travaux de M. Darwin. Le mode de leur publication n’était pas de nature à attirer l’attention, si ce n’est celle des naturalistes sérieux, et je suis convaincu que bien des gens qui en ont entendu parler, n’ont jamais eu l’occasion de constater leur valeur réelle. Il arrive en conséquence, que, tandis que quelques écrivains m’attribuent plus de mérite que je n’en ai, d’autres peuvent très-naturellement me classer avec le Dr Wells et M. Patrick Matthew, qui, comme M. Darwin l’a montré dans l’esquisse historique ajoutée à la quatrième et à la cinquième édition de l’Origine des espèces, ont certainement posé avant lui le principe fondamental de la sélection naturelle, mais n’en ont fait aucun usage subséquent, et n’en ont pas vu les vastes et importantes applications.

J’ose espérer que le présent ouvrage prouvera que j’ai compris dès l’origine la valeur et la portée de la loi que j’avais découverte, et que j’ai pu, depuis, l’appliquer avec fruit à quelques recherches originales. Mais ici s’arrêtent mes droits. J’ai ressenti toute ma vie, et je ressens encore la plus vive satisfaction, de ce que M. Darwin a été à l’œuvre longtemps avant moi, et de ce que la tâche difficile d’écrire l’Origine des espèces ne m’a pas été laissée. J’ai depuis longtemps fait l’épreuve de mes forces, et je sais qu’elles n’y auraient pas suffi. Je sens bien que, comme beaucoup d’hommes dont je reconnais la supériorité, je n’ai pas cette patience infatigable pour accumuler d’immenses quantités des faits les plus divers, cet admirable talent pour en tirer parti, ces connaissances physiologiques exactes et étendues, cette finesse pour inventer les expériences et l’adresse pour les mener à bien, et ce style admirable, à la fois clair, persuasif et précis, qui font de M. Darwin l’homme de notre époque qui est peut-être le plus propre à la grande œuvre qu’il a entreprise et accomplie.

Mes forces m’ont, il est vrai, permis de m’emparer çà et là de quelque groupe important de faits encore inexpliqués, et de chercher, par un raisonnement général, à les rattacher à quelque loi connue, mais je ne me sens pas propre au travail plus laborieux et plus scientifique d’inductions détaillées, qui a, entre les mains de M. Darwin, produit de si brillants résultats.

Un autre motif m’a engagé à ne pas retarder cette publication : il est quelques points importants sur lesquels mes opinions diffèrent de celles de M. Darwin, et je désire les enregistrer sous une forme accessible au public, avant l’apparition du nouvel ouvrage qu’il a annoncé, et dans lequel il discute je crois, en détail, la plupart des questions en litige.

Je donne ci-dessous la date et le mode de publication de chacun des Essais contenus dans ce volume, en indiquant le degré de correction qu’ils ont subi.


1er Essai. — De la loi qui a régi l’introduction de nouvelles espèces.

Publié d’abord dans les « Annals and magazine of natural History, » Septembre 1855. Réimprimé sans altération du texte.


II. — De la tendance des variétés à s’écarter indéfiniment du type primitif.

Publié d’abord dans le « Journal of the Proceedings of the Linnean Society, » août 1858. Réimprimé sans altération du texte, sauf une ou deux corrections grammaticales.


III. — La mimique et les autres ressemblances protectrices des animaux.

Publié d’abord dans le « Westminster Review, » juillet 1867. Réimprimé avec quelques corrections et des additions importantes, entre autres les observations et les expériences de M. Jenner Weir sur les couleurs des chenilles mangées ou rejetées par les oiseaux.


IV. — Les Papillonides des îles malaises, preuves qu’ils apportent à la théorie de la sélection naturelle.

Publié d’abord dans les « Transactions of the Linnean Society, » volume xxv (lu en mars 1861), « sous ce titre : Des phénomènes de la variation et de la distribution géographique, étudiés chez les Papillonides de la région malaise. »

On a omis, dans la réimpression de l’introduction de l’Essai des tables, des renvois à des planches, etc. Il y a été fait plusieurs additions et corrections. Dans l’intervalle entre la lecture de mon travail et sa publication le docteur Felder ayant fait paraître son « Voyage de la Novara » (Lépidoptères), j’ai dû changer les noms que j’avais donnés à plusieurs de mes espèces nouvelles, et cela expliquera la différence entre quelques-uns des noms employés dans ce volume et ceux de l’essai original.


V. — De l’instinct chez l’homme et chez les animaux.

Encore inédit.


VI. — Philosophie des nids d’oiseaux.

Publié d’abord dans le journal « Intellectual Observer » juillet 1867. Réimprimé avec des additions et des corrections considérables.


VII. — Théorie des nids d’oiseaux montrant la relation de certaines différences de couleur chez les femelles avec le mode de nidification.

Publié d’abord dans le Journal of Travel and natural History (n° 2), 1868. Réimprimé avec des corrections et des additions considérables, dans lesquelles j’ai cherché à expliquer ma pensée et à rendre plus claires les parties que mes critiques n’avaient pas bien comprises.


VIII. — Création par loi.

« Publié d’abord dans le « Quarterly journal of science », octobre 1867.

Réimprimé avec quelques changements et additions.

IX. — Le développement des races humaines d’après la loi de la sélection naturelle.

Publié d’abord dans l’« Anthropological Review, » mai 1864.

Réimprimé avec quelques additions et modifications importantes.

J’avais eu l’intention d’augmenter considérablement cet Essai ; mais, en me mettant à l’œuvre, je me suis aperçu que je risquais d’affaiblir l’effet de mes arguments sans ajouter à leur force. J’ai donc préféré le laisser tel quel, sauf quelques passages, écrits trop à la hâte, et qui ne rendaient pas tout à fait ma pensée. Je crois que, sous sa forme actuelle, ce travail contient l’énoncé d’une vérité importante.


X — Des limites de la sélection naturelle appliquée à l’homme.

Cet Essai est le développement de quelques lignes qui terminaient un article sur les « temps géologiques et l’origine des espèces », publié dans le « Quarterly Review », en avril 1869.

Je me suis hasardé à toucher à une catégorie de problèmes, qu’on regarde en général comme dépassant les limites du domaine de la science, mais qui y rentreront, je crois, un jour.

J’ajoute, pour la commodité des personnes qui connaissent la forme originale de ces Essais, quelques indications des changements et des principales additions qui y ont été faites.

ADDITIONS ET CORRECTIONS

à l’édition originale des essais.


Le premier et le second n’ont pas subi de changements : des notes seulement ont été ajoutées aux pages.

IIIe Essai.
Exemple de couleur protectrice chez le ramier et le rouge-gorge.
IVe Essai.
Ve Essai.
VIe Essai.
VIIe Essai.
VIIIe Essai.
IXe Essai.


Londres, mars 1870