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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/36

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AVANT-PROPOS.

dant si complet qu’il pouvait sacrifier de parti pris ses officiers, et s’étonner librement devant eux de voir que la mort n’en eût pas voulu336. « Il eut beau faire, dit Coignet, je rentrais toujours et j’étais payé d’un regard gracieux, qu’il savait jeter à la dérobée345. »

À la vérité, pour son maître, le pauvre Coignet n’était bon qu’à tuer. Il le comprend et il avoue n’en adorer que plus son dieu[1] : « Je l’aimais de toute mon âme, mais j’avais le frisson quand je lui parlais345. » Il est vrai que des frissons d’un autre genre courent en 1813 au grand état major impérial où on blasphème (le mot est de Coignet) en disant : « L’Empereur est un… qui nous fera tous périr357. » À Dresde, en 1813, notre héros lui-même hasarde respectueusement que l’Empereur devrait se replier sur le Rhin, mais c’est la seule note dissonante dans une admiration perpétuelle, et il s’en ex-

  1. Les témoignages naïfs de cette adoration sont multiplies dans notre livre. « On se sent bien petit près de son souverain, dit-il page 288 ; je ne levais pas les yeux sur lui, il m’aurait intimidé. Je ne voyais que son cheval. » Aussi, admire-t-il ses pieds et ses mains, « un vrai modèle273 ». Plus tard, la contemplation de la tabatière impériale en fait un priseur, et, comme son cher empereur380, il multiplie les prises de tabac dans les moments critiques382. Et je ne serais pas surpris qu’en se faisant embaumer après sa mort (c’était une de ses dispositions testamentaires), Coiguet n’ait pensé au cercueil impérial.