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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/375

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les cahiers

rent rejoindre leur régiment au bout du village, pour se porter sur le point indiqué dans mes dépêches. Je sus plus tard que l’Empereur m’avait sacrifié pour faire prendre mes dépêches et pour détourner l’ennemi. Ce digne maire vint près de moi : « Sortez, me dit-il, les Russes sont partis avec vos dépêches, et vont pour arrêter votre armée. Votre route est libre. »

Sorti de ce four, je saute au cou de cet homme généreux, je le serre dans mes bras, je lui dis : « Je rendrai compte à mon souverain de votre action. » Après avoir pris un verre de schnapps, il me présenta du pain que je mis dans ma poche. Je trouve mon cheval à la porte, je pars au galop, je fendais le vent pendant une lieue ; enfin, je me modérai, car mon cheval aurait succombé. Je ne m’occupai plus de mon guide qui resta dans le village. Lorsque j’eus atteint nos éclaireurs, quelle joie ! je respirais en criant : gare ! gare ! et je mis alors la main sur mon morceau de pain que je dévorai. L’armée marchait silencieusement ; les chevaux glissaient, car les routes étaient unies par les troupes qui frayaient le chemin. Le froid devenait de plus fort en plus fort ; enfin je rencontrai l’Empereur, son état-major ; j’arrive près de lui chapeau bas : « Comment te voilà ? et ta mission ? — Elle est faite, Sire. — Comment ! tu n’es pas pris ? et tes dépêches, où sont-elles ? — Entre les mains des cosaques. — Comment !