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PRÉFACE.



On a tant écrit contre les Préfaces, Avant-Propos, Discours Préliminaires, Avis au Lecteur, que maintenant la mode d’en écrire est passée ou peu s’en faut.

Mais, quoi qu’on dise, la Préface est très-souvent indispensable. Pour que ses intentions ne soient pas méconnues, l’auteur doit quelquefois expliquer à ses Lecteurs ce qu’il a voulu faire, et leur mettre le doigt sur le but qu’il s’est proposé, si surtout son ouvrage n’est pas écrit seulement pour amuser les oisifs. Aussi, si la Préface ne se montre plus orgueilleuse à la tête du livre, souvent, sous le titre d’Introduction, elle sert de premier chapitre à l’ouvrage. Le nom seul change, la chose reste.

J’aurais peut-être employé cette méthode si la nature de cet ouvrage avait comporté une division par chapitres, mais comme il n’en était pas ainsi, je n’ai pu sacrifier aux exigences de la mode. Ceci est donc une véritable Préface, Préface qu’il faut absolument lire si l’on veut consulter avec fruit le Dictionnaire Argotique.

Je n’attache pas à cet ouvrage plus d’importance qu’il n’en mérite ; je ne veux même point, pour me conformer à l’usage général, répéter ce que disait le célèbre Clément Marot[ⅶ-1 1], que le besoin d’un livre semblable à celui-ci était depuis long-temps vivement et généralement senti ; mais lorsque l’on parle sur le théâtre le langage des prisons et des bagnes, lorsque les assassins publient leurs Mémoires, et les voleurs leurs pensées intimes, le moment est opportun pour publier un Dictionnaire Argotique.

  1. Clément Marot florissait sous le règne de François 1er ; il s’exprime ainsi dans la préface de la première édition des Poésies de Villon, qui fut publiée par ses soins.

Cependant, je dois le dire, ce livre n’a été écrit ni pour être l’objet d’une spéculation plus ou moins avantageuse, ni pour apprendre aux dandys et aux petites maîtresses la langue des assassins et des voleurs, assez d’autres avant moi se sont chargés de ce soin, et à l’heure qu’il est ces messieurs et ces dames entravent bigorne[ⅶ-2 1] presqu’aussi bien qu’un émule de Cartouche ou de Mandrin.

  1. Comprennent l’argot.
On a beaucoup écrit sur les mœurs des voleurs, mais ces mœurs cependant n’ont pas encore été décrites avec fidélité. La plupart des écrivains qui se sont occupés de cette matière ont chargé leur palette de couleurs trop sombres ; les autres, dominés par leurs idées politiques, ont cherché à expliquer par l’organisation de la société tous les vices de la classe qu’ils avaient voulu peindre. J’ai voulu faire ce qui n’avait pas encore été fait, c’est-à-dire peindre les voleurs tels qu’ils sont en réalité, avec leurs vices et leurs qualités ; car, il ne faut pas se le dissimuler, les voleurs ont des qualités. J’ai cru que la connaissance de leur langage servirait à mieux les faire connaître, voilà pourquoi ce qui d’abord ne devait être qu’une étude de mœurs, est devenu un Dictionnaire aussi complet que possible du langage argotique.

Ce Dictionnaire, je ne crains pas de le dire, est fait avec plus de soin que tous ceux qui l’ont précédé. Les lecteurs y trouveront de nombreuses observations sur l’origine et la valeur des mots, et des détails peu connus sur la manière de procéder des diverses catégories de voleurs. Ces détails ne seront pas la partie la moins curieuse et la moins utile du livre.

Si l’on veut comparer le nombre des mots contenus dans le Dictionnaire Argotique avec le nombre de ceux contenus dans le vocabulaire de la langue, on trouvera sans doute le langage argotique bien pauvre, mais cependant, tel qu’il est, il suffit pour exprimer les besoins, les passions, les désirs d’une classe d’individus beaucoup plus nombreuse qu’on ne saurait se l’imaginer, et cela se comprend : le jargon n’est encore, malgré son ancienneté, qu’une langue primitive, et, comme toutes les langues primitives, il n’est composé que de peu de mots, mais presque tous ces mots expriment plusieurs choses. La plus grande partie des mots de la langue dont l’usage est journalier, se trouve donc représentée par les quelques mots du langage argotique ; les voleurs pouvaient donc, avant que leur langage fût compris de presque tout le monde, parler ou correspondre sans craindre d’être compris par le vulgaire.

Les quelques lettres qui suivent prouvent, je crois, ce que je viens de dire.

Un voleur déclare son amour à la femme qu’il aime.

« Girofle largue[ⅹ 1],

« Depuis le reluit où j’ai gambillé avec tézigue et remouché tes châsses et ta frime d’altèque, le dardant a coqué le rifle dans mon palpitant, qui n’aquige plus que pour tézigue ; je ne roupille que poitou ; je paumerai la sorbonne si ton palpitant ne fade pas les sentimens du mien.

« Le reluit et la sorgue je ne rembroque que tézigue, et si tu ne me prends à la bonne, tu m’allumeras bientôt caner.»

  1.      Aimable femme,
       Depuis le jour où j’ai dansé avec toi et vu tes jolis yeux et ta mine piquante, l’amour a mis le feu dans mon cœur, qui ne bat plus que pour toi ; je ne dors plus, enfin, je perdrai la tête si ton cœur ne partage pas les sentimens du mien.
    Le jour et la nuit je ne vois que toi, et, si tu ne m’aimes, tu me verras bientôt mourir.

Un voleur convie sa sœur au baptême de son fils.

« Frangine d’altèque[ⅺ 1],

« Je mets l’arguemine à la barbue, pour te bonnir que ma largue aboule de momir un momignard d’altèque, qu’on trimbalera à la chique à six plombes et mêche, pour que le ratichon maquille son truc de la morgane et de la lance ; ensuite on renquillera dans la taule à mézigue pour refaiter gourdement et chenument pavillonner et picter du pivois sans lance.

Chenu sorgue ; roupille sans taffe.

Tout à tézigue,
ton frangin.
  1. Bonne sœur,
    Je mets la main à la plume pour t’apprendre que ma femme vient d’accoucher d’un joli garçon, qu’on mènera demain à l’église à six heures et demie, afin qu’il soit baptisé ; nous rentrerons ensuite chez moi pour bien dîner, rire et boire du vin sans eau.
    Bonne nuit ; dors sans peur.
    Tout à toi,
    ton Frère.

Un voleur apprend à son frère et à sa sœur qu’il vient d’être arrêté.

« Frangin et Frangine[ⅻ 1],

« Je pésigue le pivot pour vous bonnir que mézigue vient d’être servi maron à la lègre de Canelle ; j’avais balancé le bogue que j’avais fourliné, et je ne litrais que nibergue en valades ; mais des parains aboulés dans le burlin du quart-d’oeil m’ont remouché et ont bonni qu’ils reconobraient ma frime pour l’avoir allumée sur la placarde du fourmillon, au moment du grinchissage. Je n’ai pas coqué mon centre de taffe du ravignolé ; ainsi si vouzailles brodez à mézigue, il faut balancer la lazagne au centre de Jean-Louis Laurent, au castuc de Canelle.

« Le curieux a servi ma bille, mais j’ai balancé mes escraches. »

  1. Frère et Sœur,
    Je prends la plume pour vous apprendre que je viens d’être arrêté en flagrant délit à la foire de Caen ; j’avais jeté la montre que j’avais prise, et je n’avais rien dans mes poches ; mais des témoins venus dans le bureau du commissaire de police, m’ont vu et ont assuré qu’ils reconnaissaient ma figure pour l’avoir vue sur la place du marché au moment du vol. Je n’ai pas dit mon nom de peur d’être connu comme étant en récidive, ainsi, si vous m’écrivez, il faut adresser la lettre au nom de Jean-Louis Laurent ; à la prison de Caen. Le juge d’instruction a saisi mon argent, mais je me suis débarrassé de mes papiers.
Un voleur raconte l’exécution d’un camarade[ⅹⅳ 1].

« En enquillant dans la vergue d’Arnelle, pastiquant sur la placarde, j’ai rembroqué un abadis du raboin, en balançant mes chasses j’ai remouché la béquille et la cognarde à gayet servant le trêpe pour laisser abouler une roulotte farguée d’un ratichon, de charlot et de son larbin, et d’un garçon de cambrouze que j’ai reconobré pour le Petit Nantais ; il rigolait malgré le sanglier qui voulait lui faire remoucher et bécoter Hariadan Barberousse. J’ai prêté loche pour entraver le boniment du garçon qu’on allait brancher, etc., etc.»

  1.    En entrant dans la ville de Rouen, et en marchant sur la place, j’ai remarqué un rassemblement du diable ; en jetant mes regards çà et là j’ai vu la potence, et la gendarmerie à cheval qui faisait ranger la foule afin de laisser approcher une charrette chargée d’un prêtre, du bourreau et de son valet, et d’un voleur de grande route que j’ai reconnu pour le Petit Nantais ; il riait malgré le confesseur qui voulait lui faire regarder et embrasser un crucifix. J’ai prêté l’oreille pour comprendre le discours du voleur que l’on allait pendre, etc.
Voici maintenant une note trouvée dans les papiers de l’un des complices de Sallambier, chauffeur des provinces du nord, exécuté à Bruges il y a déjà plusieurs années.

« Un suage à maquiller la sorgue dans la tolle du ratichon du pacquelin[ⅹⅴ 1], on peut enquiller par la venterne de la cambriolle de la larbine qui n’y pionce quelpoique, elle roupille dans le pieu du raze, on peut les pésigner et les tourtouser en leur bonnissant qu’ils seront escarpés s’il y a du criblage, on peut aussi leur faire remoucher les bayafes : alors le taffetas les fera dévider et tortiller la planque où est le carle ; le vioque a des flaculs pleins de bille ; s’il va à Niort, il faut lui riffauder les paturons.»

  1. Un chauffage à faire la nuit dans la maison du curé du pays ; on peut entrer par la fenêtre de la chambre de la servante qui n’y couche jamais, elle dort dans le lit du prêtre ; on peut les prendre et les lier en leur disant qu’ils seront assassinés s’ils crient, la peur alors les fera parler et les engagera à indiquer l’endroit où ils cachent leur argent ; le vieux a des sacs pleins d’argent ; s’il le nie, il faut lui brûler les pieds.

La lettre suivante peut servir de réponse à cette note.

« Nous voulons bien maquiller le suage de ton rochet[xⅵ 1], l’ouvrage nous paraît bon ; mais nous ne pouvons le maquiller qu’à la condition de tout connir : il n’y a que les refroidis qui ne rapliquent nibergue, en goupinant de cette sorte les parains seront estourbis ; il sera donc impossible de jamais être marons. Si tu consens à nous laisser rebâtir le ratichon et sa larbine, nous irons pioncer dans le sabri du rupin de ton villois, à cinquante paturons de la chique de la daronne du mec des mecs ; nous ne voulons enquiller chez aucun tapissier, c’est se mettre sur les fonds du baptême : voilà notre dernier mot. Nous attendons ta salade.»

  1. Nous voulons bien faire le chauffage de ton prêtre, l’affaire nous paraît bonne ; mais nous ne pouvons l’entreprendre qu’à la condition de tout tuer : il n’y a que les morts qui ne parlent pas. En procédant de cette sorte, et les témoins morts, il sera impossible que jamais nous soyons inquiétés. Si tu consens à nous laisser tuer le prêtre et sa servante nous irons coucher dans le bois du seigneur de ton village, à cinquante pas de l’église de la vierge Marie ; nous ne voulons entrer dans aucune auberge, c’est le moyen de se mettre dans l’embarras : voilà notre dernier mot. Nous attendons ta réponse.

Le langage des voleurs sait aussi se plier aux exigences de la poésie ; cette poésie, il est vrai, ne se fait remarquer ni par une extrême élégance, ni par la richesse de ses rimes ; mais en revanche elle ne manque ni d’énergie ni d’originalité.

Chanson morale.


Un jour à la Croix-Rouge,
Nous étions dix à douze,
Tous pègres de renom[xⅶ 1] ;
Nous attendions la sorgue[xⅶ 2]
Voulant poisser des bogues[xⅶ 3]
Pour faire du billon[xⅶ 4].

  1. Tous voleurs de renom.
  2. Nous attendions la nuit.
  3. Voulant voler des montres.
  4. Pour faire de l’argent.

Partage ou non partage.
Tout est à notre usage.
N'épargnons le poitou[xⅷ-1 1];
Poissons avec adresse[xⅷ-1 2]
Mézières et gonzesses[xⅷ-1 3]
Sans faire de regout[xⅷ-1 4].

  1. N'épargnons rien.
  2. Volons avec adresse.
  3. Hommes et femmes.
  4. Sans nous laisser prendre.


Dessus le pont au Change
Certain agent de change
Se criblait au charon[xⅷ-2 1],
J'engantais sa tocquante[xⅷ-2 2],
Ses attaches brillantes[xⅷ-2 3]
Avec ses billemonts[xⅷ-2 4].

  1. Criait au voleur.
  2. Je volais sa montre.
  3. Ses boucles de diamans.
  4. Ainsi que son argent.


Quand douze plombes crossent[xⅷ-3 1],
Les pègres[xⅷ-3 2] s'en retournent

Au tapis de Montron[xⅷ-3 3].
Montron ouvres ta lourde[xⅷ-3 4],
Si tu veux que j’aboule[xⅷ-3 5]
Et pionce en ton bocson[xⅷ-3 6].

  1. Quand minuit sonnent.
  2. Les voleurs.
  3. Montron, marchand de vins ; tavernier chez lequel les voleurs ne réunissaient.
  4. Ouvres ta porte.
  5. Si tu veux que j'entre.
  6. Et couche dans ta maison.


Montron drogue à sa largue[xⅸ-1 1],
Bonnis-moi donc girofle[xⅸ-1 2]
Qui sont ces pègres-là[xⅸ-1 3]?
Des grinchisseurs de bogues[xⅸ-1 4],
Esquinteurs de boutogues[xⅸ-1 5].
Les connobres-tu pas[xⅸ-1 6]?

  1. Dit à sa femme.
  2. Dis-moi donc, mon amie.
  3. Ces bandits-là.
  4. Des voleurs de montres.
  5. Des enfonceurs de boutiques.
  6. Ne les connais-tu pas.


Eh vite, ma culbute[xⅸ-2 1],
Quand je vois mon affure[xⅸ-2 2]

Je suis toujours paré[xⅸ-2 3].
Du plus grand cœur du monde
Je vais à la profonde[xⅸ-2 4]
Pour vous chercher du frais.

  1. Ma culotte.
  2. Quand je vois du bénéfice à faire.
  3. Je suis toujours prêt.
  4. A la cave.


Mais bientôt la patraque[ⅹⅹ-1 1],
Au clair de la moucharde[ⅹⅹ-1 2],
Nous reluque de loin[ⅹⅹ-1 3].
L’aventure est étrange !
C’était l’agent de change
Que suivaient les roussins[ⅹⅹ-1 4].

  1. La patrouille.
  2. Au clair de la lune.
  3. Nous voit de loin.
  4. Les mouchards.


Bien des fois on rigolle[ⅹⅹ-2 1],
Ou bien l’on pavillon lie[ⅹⅹ-2 2],
Qu’on devrait lansquiner[ⅹⅹ-2 3],
Railles, griviers et cognes[ⅹⅹ-2 4],

Nous ont pour la cigogne[ⅹⅹ-2 5]
En partie tous paumés[ⅹⅹ-2 6].

  1. L’on rit.
  2. L’on s’amuse.
  3. Qu’on devrait pleurer.
  4. Mouchards, soldats et gendarmes.
  5. Préfecture de police.
  6. Tous pris.
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Le Gouèpeur et le Voleur.


chanson dialoguée.


Sans paffes, sans lime, plein de crotte[ⅹⅺ-1 1],
Aussi rupin qu’un plongeur[ⅹⅺ-1 2],
Un soir un gouèpeur en ribotte
Tombe en frime avec un voleur[ⅹⅺ-1 3].
Eh bien ! lui dit-il d’un ton aigre,
Paie-tu le canon de rigueur ?
— Un canon, lui répond le pègre,
Fais-toi voleur. (bis.)

  1. Sans souliers, sans chemise.
  2. Aussi bien mis qu’un misérable.
  3. Rencontre un voleur et converse avec lui.

le voleur.

Comme moi gagne de la pièce[ⅹⅻ-1 1],
Tu pourras picter[ⅹⅻ-1 2] des canons,
Et sans aller fumer sans cesse
Te lâcher le fin rigaudon.
Ne crains pas le pré[ⅹⅻ-1 3], que je brave,
Car de la bride[ⅹⅻ-1 4] je n’ai pas peur ;
Dans une tôle[ⅹⅻ-1 5] enquille[ⅹⅻ-1 6] en brave,
Fais-toi voleur. (bis.)

  1. Gagne de l’argent.
  2. Boire.
  3. Les galères.
  4. De la chaîne.
  5. Une maison.
  6. Entre.

Quoi ! tu voudrais que je grinchasse
Sans tracquer[ⅹⅻ-2 1] de tomber au plan[ⅹⅻ-2 2],
J’ doute qu’à grinchir on s’enrichisse,
J’aime mieux gouèper, c’est du flan[ⅹⅻ-2 3].
Viens donc remoucher nos domaines,

De nos fours goûter la chaleur[ⅹⅻ-2 4];
Crois-moi, balance tes halènes[ⅹⅻ-2 5],
Fais-toi gouèpeur. (bis.).

  1. Sans avoir peur.
  2. D’être mis en prison.
  3. C’est permis.
  4. Les fours à plâtre servent de retraite aux gouèpeurs.
  5. Jette les outils de voleur.

le voleur.

Moi, je suis toujours de la fête[ⅹⅹⅲ-1 1],
J’ai toujours bogue et bon radin[ⅹⅹⅲ-1 2],
Partout je puis lever la tête,
En manteau je m’lâche du jardin ;
Souvent, dans ma prout, si je tracque,
Si j’éprouve quelque malheur, ·
Je me console avec ma largue,
Fais-toi voleur. (bis.)

  1. Toujours heureux.
  2. De l’argent en poche.

le gouèpeur.

D’être pègre tu te fais gloire,
Mais tu ne sais donc pas, hélas !
Qu’au pré finira ton histoire,
Et que là l’on n’y fait plus pallas[ⅹⅹⅲ-2 1].

Content de sorguer[ⅹⅹⅲ-2 2] sur la dure,
Va, de la bride je n’ai pas peur.
Ta destinée est trop peu sûre,
Fais-toi gouèpeur. (bis.)

Quand marquent dix plombes sans crosse
Je raplique au flacus[ⅹⅹⅲ-2 3] qui m’attend.

  1. On n’y fait plus d’embarras.
  2. De dormir.
  3. Je retourne au lit.

le voleur.

Et moi, à petites journées[ⅹⅹⅳ-1 1],
Chez Dufour je rabats à l’instant.

  1. A petits pas.

le gouèpeur.

Du grand prévôt j’crains la chicane,
Adieu, pègre ; adieu, du bonheur !


le voleur.

Va, crois-moi, balance ta canne[ⅹⅹⅳ-2 1],
Fais-toi voleur. (bis.)

  1. Cesse de gouèper, et deviens voleur.
Chanson.
[ⅹⅹⅴ-1 1]

C’est dans la rue du Mail
Où j’ai été coltigé[ⅹⅹⅴ-1 2],
Maluré,
Et trois coquins de railles[ⅹⅹⅴ-1 3],
Lirlonfa malurette,
Sur mésigue ont foncé[ⅹⅹⅴ-1 4],
Lirlonfa maluré.

  1. Je crois qu’il est inutile de faire pour cette chanson ce qui a été fait pour celles qui précèdent, c’est-à-dire de la traduire mot-à-mot, le lecteur pourra facilement s’acquitter de cette tâche à l’aide du Dictionnaire argotique.
  2. Arrêté.
  3. De mouchards.
  4. Sur moi se sont jetés.


Sur mésigue ont foncé,
Maluré,
ils m’ont mis la tortouse[ⅹⅹⅴ-2 1],
Lirlonfa malurette,
Grand Meudon est aboulé[ⅹⅹⅴ-2 2],
Lirlonfa maluré.

  1. M’ont lié.
  2. M’ont mené au grand Châtelet.

Ma largue j’entiflerai[ⅹⅹⅷ-1 1],
Lirlonfa maluré.
J’li ferai porter fontange,
Lirlonfa malurette,
Et souliers galuchés[ⅹⅹⅷ-1 2].
Lirlonfa maluré.
Et souliers galuchés,
Maluré.

  1. J’épouserai.
  2. Galonnés.


Mais grand dabe qui s’fâche[ⅹⅹⅷ-2 1],
Lirlonfa malurette,
Dit : par mon caloquet[ⅹⅹⅷ-2 2],
Lirlonfa maluré ;
J’ly ferai danser une danse,
Lirlonfa malurette,
Où il n’y a pas de plancher[ⅹⅹⅷ-2 3].
Lirlonfa maluré.

  1. Mais le roi qui se fâche.
  2. Par ma couronne.
  3. Je le ferai pendre.

La marcandière.


J’ai roulé de vergne en vergne[ⅹⅹⅸ-1 1]
Pour apprendre à goupiner[ⅹⅹⅸ-1 2],
J’ai rencontré Marcandière[ⅹⅹⅸ-1 3],
Lonfa malura dondaine,
Qui du pivois solisait[ⅹⅹⅸ-1 4],
Lonfa malura dondé.

  1. De ville en ville.
  2. A voler.
  3. Contrebandière, ou marchande ambulante.
  4. Qui vendait du vin.


J’ai rencontré marcandière
Qui du pivois solisait,
Je lui jaspine en bigorne[ⅹⅹⅸ-2 1],
Lonfa malura dondaine,
Nas-tu rien à morfiller[ⅹⅹⅸ-2 2],
Lonfa malura dondé.

  1. Je lui dis en argot.
  2. A Manger.


Je lui jaspine en bigorne :
Nas-tu rien à morfiller ?

J’ai du bon pivois sans lance[ⅹⅹⅹ-1 1],
Lonfa malura dondaine,
Et du larton savonné[ⅹⅹⅹ-1 2],
Lonfa malura dondé.

  1. Du bon vin sans eau.
  2. Du pain blanc.


J’ai du bon pivois sans lance
Et du larton savonné,
Une lourde, une tournante[ⅹⅹⅹ-2 1],
Lonfa malura dondaine,
Un tremblant pour rivancher[ⅹⅹⅹ-2 2],
Lonfa malura dondé.

  1. Une porte, une clé.
  2. Un lit pour se livrer aux plaisirs de l’amour.


J’enquille dans la cambriolle[ⅹⅹⅹ-3 1],
Un couillé j’ai remouché[ⅹⅹⅹ-3 2];
Je remouche au coin du rifle[ⅹⅹⅹ-3 3],
Lonfa malura dondaine,
Un sinve qui roupillait[ⅹⅹⅹ-3 4],
Lonfa malura dondé.

  1. J’entre dans la chambre.
  2. Je vois un homme bon à voler.
  3. Je le vois au coin du feu.
  4. Il dormait.

Je remouche au coin du rifle
Un sinve qui roupillait,
J’ai sondé dans ses profondes[ⅹⅹⅺ-1 1],
Lonfa malura dondaine,
Son auber j’ai enganté[ⅹⅹⅺ-1 2],
Lonfa malura dondé.

  1. J’ai fouillé dans ses poches.
  2. J’ai volé son argent.


J’ai sondé dans ses profondes,
Son auber j’ai enganté,
Son auber et sa tocquante[ⅹⅹⅺ-2 1],
Lonfa malura dondaine,
Et ses attaches de cé[ⅹⅹⅺ-2 2],
Lonfa malura dondé.

  1. Son argent et sa montre.
  2. Ses boucles d’argent.


Son auber et sa tocquante,
Et ses attaches de cé,
Ses tirans et sa montante[ⅹⅹⅺ-3 1],
Lonfa malura dondaine,
Et son combre galuché[ⅹⅹⅺ-3 2],
Lonfa malura dondé.

  1. Ses bas et sa culotte.
  2. Son chapeau galonné.

Ses tirans et sa montante,
Et son combre galuché,
Son frusque, aussi sa lisette[ⅹⅹⅻ-1 1],
Lonfa malura dondaine,
Et puis j’ai défouraillé[ⅹⅹⅻ-1 2],
Lonfa malura dondé.

  1. Ses habits, sa veste.
  2. Et puis je me suis sauvé.


Son frusque, aussi sa lisette,
Et puis j’ai défouraillé ;
Farre, farre, la marcandière[ⅹⅹⅻ-2 1].
Lonfa malura dondaine,
Car nous serions béquillés[ⅹⅹⅻ-2 2],
Lonfa malura dondé.

  1. Sauvons-nous, la marcandière.
  2. Car nous serions pendus.


Farre, farre, la marcandière,
Car nous serions béquillés,
Sur la placarde au quart-d’œil[ⅹⅹⅻ-3 1],
Lonfa malura dondaine,
Rigaudons faut gambiller[ⅹⅹⅻ-3 2],
Lonfa malura dondé.

  1. Sur la place publique.
  2. Où il nous faudrait danser.

Sur la placarde au quart-d’œil,
Rigaudons faut gambiller,
Allumés de toutes ces largues[ⅹⅹⅹⅲ-1 1],
Lonfa malura dondaine,
Et de ces petits couillés[ⅹⅹⅹⅲ-1 2],
Lonfa malura dondé.

  1. Vu de toutes ces femmes.
  2. Et de tous ces niais.


Allumés de toutes ces largues
Et de ces petits couillés,
Et de ces charlots bons drilles[ⅹⅹⅹⅲ-2 1]
Lonfa malura dondaine,
Qui viennent y goupiner[ⅹⅹⅹⅲ-2 2],
Lonfa malura dondé.

  1. Et de ces voleurs bons garçons.
  2. Qui viennent y voler.


Voici maintenant une parodie des commandemens de Dieu et de l’Église, trouvée dans les papiers d’un voleur célèbre :


Parodie
des
commandemens de Dieu.


1.


Un seul sentiment t’animera,
Celui de grinchir gourdement[ⅹⅹⅹⅳ-1 1].

  1. Celui de beaucoup voler.
2.


Jorne et sorgue tu poisseras[ⅹⅹⅹⅳ-2 1]
Boucart et baïte chenument[ⅹⅹⅹⅳ-2 2].

  1. Jour et nuit tu voleras.
  2. Boutique et chambre adroitement.
3.


Le morceau tu ne mangeras[ⅹⅹⅹⅴ-1 1]
De crainte de tomber au plan[ⅹⅹⅹⅴ-1 2].

  1. Tu n’avoueras jamais rien.
  2. Dans la crainte d’être mis en prison.
4.


Chenâtre fourgat litreras[ⅹⅹⅹⅴ-2 1]
Afin de solir sûrement[ⅹⅹⅹⅴ-2 2].

  1. Tu choisiras un bon receleur.
  2. Afin de pouvoir vendre avec sécurité les objets volés.
5.


Du grand pré tu te cramperas[ⅹⅹⅹⅴ-3 1]
Pour rabattre à Pantin lestement[ⅹⅹⅹⅴ-3 2].

  1. Tu te sauveras du bagne.
  2. Pour revenir à Pantin.
6.


Cambriolle tu maquilleras[ⅹⅹⅹⅴ-4 1]
Par carouble et esquintement[ⅹⅹⅹⅴ-4 2].

  1. Tu voleras une chambre.
  2. En te servant de fausses clés ou en enfonçant la porte.
7.


La raille, maron, te serviras[ⅹⅹⅹⅵ-1 1]
Pour un deuxième gerbement[ⅹⅹⅹⅵ-1 2].

  1. Les mouchards te prendront en flagrant dèlit.
  2. Pour un deuxième jugement.
8.


Dans le nez toujours tu auras[ⅹⅹⅹⅵ-2 1]
Macarons et cabestans[ⅹⅹⅹⅵ-2 2].

  1. Tu détesteras toujours.
  2. Les dénonciateurs et les officiers de police.
9.


Pour grinchir tu préféreras[ⅹⅹⅹⅵ-3 1]
Les fêtes aux turbinemens[ⅹⅹⅹⅵ-3 2].

  1. Pour voler tu préféreras.
  2. Les jours de fêtes aux jours de travail.
10.


Jamais tu ne rengracieras[ⅹⅹⅹⅵ-4 1],
Plutot caner en goupinant[ⅹⅹⅹⅵ-4 2].

  1. Jamais tu ne quittoras le métier de voleur.
  2. Plutôt mourir en volant.

Parodie
des
commandemens de l’Église.


1.


Les fêtes tu t’empoiveras[ⅹⅹⅹⅶ-1 1]
Avec ta largue au tapis franc[ⅹⅹⅹⅶ-1 2].

  1. Les fêtes tu t’ennivreras.
  2. Avec ta femme chez un marchand de vin affranchi.
2.


Les dimanches tu grincheras[ⅹⅹⅹⅶ-2 1]
Dans les toles bogues et ployans[ⅹⅹⅹⅶ-2 2].

  1. Les dimanches tu voleras.
  2. Dans les maisons montres et portefeuilles.
3.


Paumé, point tu ne mangeras[ⅹⅹⅹⅶ-3 1]
Dans le taffe du gerbement[ⅹⅹⅹⅶ-3 2].

  1. Arrêté tu n’avoueras rien.
  2. De peur d’un jugement.
4.


Mercure seul tu adoreras
Comme dabe de l’entrollement[ⅹⅹⅹⅷ-1 1].

  1. Comme dieu du vol.
5.


En bachasse tu pegrenneras[ⅹⅹⅹⅷ-2 1].
Jusqu’au jorne du décarement[ⅹⅹⅹⅷ-2 2].

  1. Aux galères tu mourras de faim.
  2. Jusqu’au jour de ton évasion.
6.


Tous les reluits tu poisseras[ⅹⅹⅹⅷ-3 1]
Pour vivre et picter chenument[ⅹⅹⅹⅷ-3 2].

  1. Tous les jours tu voleras.
  2. Pour vivre et bien boire.


Lorsque les voleurs virent que le langage qu’ils avaient adopté était, pour ainsi dire, connu de tout le monde, ils en restreignirent l’usage ; ils ne s’en serviront plus que pour converser entre eux. Mais ils imaginèrent pour leur correspondance un langage de convention dont voici quelques exemples.

« Monsieur[ⅹⅹⅹⅸ 1],

« Ayant des travaux importans à faire, je m’adresse à vous pour vous prier de une dire s’il ne vous serait pas possible de me procurer de bons et loyaux ouvriers. Comme il s’agit de machines, il est nécessaire que l’on puisse compter sur la discrétion de ces hommes. Il m’en faut dix pour l’usine de M. Pipé, et trois de plus pour la maison de M. Garnafier, dont l’établissement est plus considérable. Qu’ils ne s’embarrassent pas d’outils, ils trouveront ici tout ce dont ils auront besoin. Le prix de la journée sera bon ; ils s’entendront, à ce sujet, avec M. Fadard, chargé de la direction des travaux.

« Je suis, etc., etc.»

  1.       Monsieur,
      Ayant à faire un chauffage qui doit être productif, je m’adresse à vous pour vous prier de me dire s’il ne vous serait pas possible de me procurer de bons et loyaux compagnons, comme nous serons peut-être forcés de tuer, il faut que l’on puisse compter sur la discrétion de ces hommes ; il m’en faut dix pour un château, et trois de plus pour une ferme dont le personnel est beaucoup plus considérable. Il n’est pas nécessaire que ces hommes se munissent d’armes et d’instrumens, ils trouveront ici tout ce dont ils auront besoin, il y a beaucoup d’argent à gagner dans cette affaire et le partage du butin sera fait avec loyauté.
    Je suis, etc.
« Monsieur[ⅹⅼ 1],

« Lorsque vous nous écriviez le 20 courant, vous vous étonniez de n’avoir, pas comme les années précédentes, rencontré à la foire de Beaucaire, MM. Suage et Compagnie. C’est avec douleur que nous vous apprenons que M. Suage est tombé subitement malade deux jours avant l’époque de son départ. Le médecin que nous avons appelé nous a annoncé qu’il craignait la fièvre cérébrale. Il a ordonné les sangsues et une saignée, ce qui d’abord a beaucoup calmé le malade. Le mieux s’est maintenu deux jours, mais l’arrivée inopinée de M. Duval, son parrain, a produit sur lui une telle sensation, qu’il a éprouvé un redoublement de fièvre. Le mal est devenu si intense, qu’il bat la campagne. Nous sommes désolés ; nous craignons que cette maladie, qui présente les mêmes symptômes que celle qui nous a ravi son malheureux frère, ne lui fasse perdre la tête ; aussi nous avons réuni les trois plus fameux médecins du pays ; ces messieurs ont tous été du même avis ; ils ont reconnu le danger imminent du malade, et, en dernière analyse, ils nous ont conseillé de tenter l’emploi de la méthode du sieur Caval, célèbre docteur allemand, qui ne prend pas moins de 1,000 francs pour une heure. C’est, pour guérir l’infortuné M. Suage, le seul remède qui nous reste à essayer, et nous sommes disposés à tout sacrifier pour sauver la vie d’un aussi brave homme. L’oncle de votre ami nous a promis sa protection, il nous aidera. Vous devez vous imaginer combien cette cruelle maladie nous dérange ; il nous est impossible de travailler convenablement, car presque tous nos momens sont consacrés à ce malheureux. La gêne dans laquelle nous allons nous trouver durant le traitement du docteur Caval, nous force à vous prier de nous prêter, jusqu’à ce que M. Suage soit convalescent, votre commis, M. Gré. Il est actif, jeune et leste, il nous sera très-utile.

« Nous comptons sur votre obligeance et sur l’arrivée très-prochaine de M. Gré, que nous attendons avec la plus vive impatience,

« Recevez, etc.»

  1.       Monsieur,
      Lorsque vous nous écriviez, le 20 courant, vous vous étonniez de n’avoir pas, comme les années précédentes, rencontré à la foire de Beaucaire, MM. Suage et Compagnie, c’est avec douleur que nous vous apprenons que votre compagnon a été arrêté deux jours avant l’époque fixée pour son départ, l’avocat que nous avons consulté nous a annoncé qu’il craignait que la position de l’accusé ne fût désespérée, et il a cru que le meilleur système de défense possible était de se renfermer dans une entière dénégation, ce système a d’abord réussi et pendant deux jours le prisonnier a pu croire qu’il se tirerait de ce mauvais pas, mais l’arrivée inopinée de M. Duval, témoin à charge, a donné naissance à une nouvelle accusation, et maintenant le prisonnier ne sait plus que dire pour sa défense, et nous craignons que si votre compagnon passe en jugement, il ne soit condamné à mort, d’autant plus que son affaire est absolument semblable à celle de son malheureux frère ; nous avons réuni les trois plus fameux avocats du pays, ces messieurs ont tous été du même avis, ils ont reconnu qu’il n’y avait rien à espérer, et en dernière analyse ils nous ont conseillé de tenter de faire évader le prisonnier ; il nous en coûtera au moins 1,000 francs pour cela, mais nous sommes à tout sacrifier pour sauver la vie d’un aussi brave garçon ; le geôlier nous aidera, ayez donc la bonté de nous envoyer le plus tôt possible un bon cheval, c’est maintenant la seule chose qui nous manque.

Comme on a pu le voir, l’expression de ce langage est susceptible de se varier à l’infini, et chaque individu pouvant se faire un lexique à son usage particulier, il devient très-difficile de toujours le comprendre. Mais, cependant, la position de l’individu qui écrit une lettre semblable à celles que nous venons de citer doit servir à la faire comprendre.

J’ai dit plus haut que l’argot n’était pas de création nouvelle, le lecteur trouvera dans le cours de cet ouvrage (Voir les articles Arguche, Cagoux ou Archi-Suppot de l’Argot, Coesré.) des détails sur son origine et ses premiers praticiens. Ces détails et les quelques pièces qui suivent, pièces empruntées au Dictionnaire Argotique édité à Paris par Jean Musier, feront mieux connaître que tous les discours possibles la valeur et le mécanisme de l’ancien Jar. Ces pièces, comparées à celles qui précèdent, pourront aussi servir à constater les progrès du langage.

Voici d’abord un dialogue entre un Malingreux et un Polisson.


le malingreux.

Bé hauré, t’aquige en chenastre santé ?[ⅹⅼⅳ 1]

  1. Eh l’ami, je te vois en bonne santé.

le polisson.

Et tézière, fanandel, où trimardes tu ? [ⅹⅼⅴ 1]

  1. Et toi, camarade, où vas-tu ?

le malingreux.

En ce Pasquelin de Berry, on m’a rouscaillé que truche y était chenastre et en cette vergne fiche en la tune gourdement.[ⅹⅼⅵ 1]

  1. En ce pays de Berry, on m’a dit qu’il faisait bon y mendier, et qu’on y donnait beaucoup.

le polisson.

Quelque peu, pas guères.[ⅹⅼⅶ 1]

  1. Guères.

le malingreux.

La polisse y est-elle chenastre ?[ⅹⅼⅷ 1]

  1. La police y est-elle indulgente ?

le polisson.

Nenny, c’est ce qui me fait ambyer hors cette vergne, car si je n’eusse un peu gryffy fusse cosni de faim.[ⅹⅼⅸ-1 1]

  1. Non, c’est pour cela que je quitte cette ville ; car si je n’avais un peu volé, je serais mort de faim.

le malingreux.

Y a-t-il un castus en cette vergne ?[ⅼ-1 1]

  1. Y a-t-il un hôpital dans cette ville ?

le polisson.

Jaspin.[ⅼ-2 1]

  1. Oui.

le malingreux.

Est-il chenu ?[ⅼ-3 1]

  1. Est-il bon ?

le polisson.

Pas guères ; les pieux ne sont que de fertille.[ⅼ-4 1]

  1. Pas trop, les lits ne sont que de paille.

le malingreux.

Le barbaudier du castu est-il francillon, se list-il la foucandrière ?[ⅼ-5 1]

  1. Le gardien de l’hôpital est-il français, est-il bon enfant ?

le polisson.

Que floutière, mais tirant vers les cornets d’épices ; il y à trois ou quatre pipules où les piolliers sont francillons ; mais d’où viens-tu ? qu’y a-t-il de nouveau ?[ⅼ-6 1]

  1. Pas trop : mais vers les Capucins il y a trois ou quatre tavernes, et les taverniers sont bons français ; mais d’où viens-tu ? qu’y a-t-il de nouveau ?

le malingreux.

Que floutière, sinon qu’un de nos fanandels a affuté un rupin.[ⅼⅰ-1 1]

  1. Pas grand’chose, sinon qu’un de nos camarades s’est moqué d’un gentilhomme.

le polisson.

Comment cela ?


le malingreux.

C’est qu’un de ces luysants, un marcandier alla demander la thune à un pipé, et le rupin ne lui ficha que frou ; le marcandier mouchaille des ornies de balle qui morfioient du grenu en la cour, lors il fiche de son sabre sur la tronche à une, la basourdit, la met dans son gueulard et l’entrolle ; puis, quand il fut dehors, il écrivit contre la lourde ce qui s’en suit :[ⅼⅰ-2 1]

  1. C’est qu’un de ces matins un marcandier alla demander l’aumône dans un château, et le gentilhomme ne lui donna rien ; le marcandier voyant des poules d’Inde qui mangeaient du grain dans la cour, frappa de son bâton sur la tête d’une, et la tua, puis il la mit dans son bissac, puis quand il fut dehors il écrivit contre la porte ce qui suit :

« Si le rupin eust fiché du michon au marcandier il n’eust entrollé son ornie de balle.»[ⅼⅱ-1 1]

  1. « Si le gentilhomme eût donné du pain au marcandier, celui-ci n’eût pas pris sa poule d’Inde.»

Le rupin sortant dehors advisa cet écrit, il le lut, mais il n’entervoit que floutière, il demanda au ratischon de son village que c’estait à dire cela, mais il n’entervoit pas mieux que Sézière.[ⅼⅱ-2 1]

  1. Le gentilhomme sortant dehors, vit cet écrit et le lut ; mais il n’entendait pas l’argot ; il demanda au curé de son village, ce que voulait dire cela, mais il n’entendait pas mieux l’argot que lui.

Arriva que trimardant juxte la lourde du pipé, j’advisse cet écritau et commence à le lire, un cambrou du pipé qui me mouchailloit en advertit le rupin pour ce que je riois en le lisant, le rupin me demanda me disant :[ⅼⅱ-3 1]

  1. Il arriva qu’en passant près la porte du château, je vis cet écriteau et me mis à le lire ; un domestique du château, qui me regardait, avertit le gentilhomme que je riais en lisant ; le gentilhomme me demanda, et me dit :

« Viens là, gros gueux ; qu’est-ce que tu lis contre ma porte ? »

Alors je mis comble à la louche, et lui répondis :[ⅼⅱ-4 1]

  1. Je mis le chapeau à la main, et lui répondis :

« Monsieur, c’est que ce bon pauvre qui vous demanda l’aumône un de ces jours, et à qui vous ne donnâtes rien, a écrit que si vous lui eussiez donné quelque chose il n’eust pas emporté votre poule-d’Inde.»

Lors le rupin en colère jura par la tronche du Haure que s’il attrapoit jamais le trucheur en son pipé, il lui ficheroit cent coups de sabre sur l’andosse, et happer le taillés et ambyer le plus gourdement qu’il me fût possible.[ⅼⅱ-5 1]

  1. Lors, le gentilhomme en colère jura par la tête de Dieu que s’il attrapait jamais le mendiant dans son château, il lui donnerait cent coups de bâton sur les épaules, et moi de me sauver le plus vite possible.

le polisson.

L’haure garde de mal le frère puisqu’il a si bel esprit.[ⅼⅲ-1 1]

  1. Dieu garde de mal le frère, puisqu’il a si bon esprit.

le malingreux.

Veux tu venir prendre la morfe et pioneer avec mezière en une des piolles que tu m’a rouscaillé ?[ⅼⅲ-2 1]

  1. Veux-tu venir manger et dormir avec moi, en une des tavernes dont tu m’as parlé ?

le polisson.

Il n’y a rond, ny herplis, ny broque en ma felouze. Je veux pioncer en quelque garnaffe.[ⅼⅲ-3 1]

  1. Il n’y a ni sous ni liards en ma poche, je veux dormir dans quelque ferme.

le malingreux.

Y a deux menées de rond en ma hane et deux ornies en mon gueullard que j’ai basourdies sur le trimard, viens les faire rifoder, veux-tu ?[ⅼⅲ-4 1]

  1. Il y a deux douzaines de sous en une bourse et deux poules dans mon bissac, que j’ai tuées sur le chemin, viens les faire rôtir ; veux-tu ?

le polisson.

Beni soit le nom du Haure, qui m’a fait rencontrer si chenastre occasion ; je m’en vais m’en réjouir et chanter une chanson.[ⅼⅳ-1 1]

  1. Béni soit le nom de Dieu qui m’a fait rencontrer si bonne occasion, je vais m’en réjouir, et chanter une chanson.

Ce dialogue, ainsi que les chansons argotiques qui le suivent sont extraites du Dictionnaire dont j’ai détaillé le titre à l’article Abbaye Ruffante. Un acrostiche qui accompagne ce petit livre fait présumer que l’auteur se nommait Olivier Chereau. Voici cet acrostiche :

O argot incomparable,
L ’appui de tous les souffreteux,
L e confort des misérables,
I ndigens et nécessiteux,
V ive l’argot et tous les gueux ;
I l faut que le travail soit bon,
E t encore est-il bien fâcheux,
R enfermé dans une maison.


C ela n’est-il pas ennuyeux,
H a ! vive l’argot et tous les gueux,
E tre soldat est honorable.
R elevé jusque dans les cieux,
E t l’argotier est délectable,
A ussi la cuisine vaut mieux,
V ive l’argot et tous les gueux.

Ce livre est accompagné d’une vignette représentant le grand Coësré en costume d’apparat, accompagné de ce quatrain.

Je suis ce fameux argotier,
Le grand Coësré de ces mions[ⅼⅳ-2 1].
J’enterve truche et doubler[ⅼⅳ-2 2],
Dedans les boules et frimions[ⅼⅳ-2 3].

  1. De ces garçons (des mendians et des voleurs).
  2. Je parle argot.
  3. Aux fêtes et marchés.

Nouzailles archissuppots de la monarchie argotique, de l’autorité du grand Coësré, fouquons pour lucque authentique toutimes qu’il appartiendra, qu’avons mouchaillé le présent livre intitulé le Jargon ou Langue de l’Argot réformé et n’avons trouvé en iceluy que floutiere qui soit coustraire à l’est[illisible] de cette monarchie argotique. Ains l’avons trouvé utile et probable pour l’instruction de tous les argotiers et autres qu dront[illisible] enterver et rouscailler bigorne, aquiger et pionc[illisible] une garnaffe. Le 8 calendre de février et luysant de [illisible] gras, en témoignage de quoi avons signé les présente[illisible].

FIACRE l’emballeur,
Et PHILIBERT GAUDALIN.

Ce certificat clot le livre en question.

Chanson des argotiers


Qui veut rouscailler[ⅼⅳ-3 1]
D’un appelé du grand Coësré,
Dabusche[ⅼⅳ-3 2] des argotiers,
Et des trucheurs[ⅼⅳ-3 3] le grand maître,
Et aussi de tous ses vassaux.
Vive les enfans de la truche[ⅼⅳ-3 4],
Vive les enfans de l’argot.

  1. Parler.
  2. Roi.
  3. Des mendiants.
  4. De la mendicité.


Premièrement les cagoux[ⅼⅳ-4 1]
Sont ainsi comme les princes,

Et sont honorés de tous ;
Les trucheurs[ⅼⅳ-4 2] de leurs provinces,
Comme aussi les archi-suppots[ⅼⅳ-4 3].
Vive les enfans de la truche,
Vive les enfans de l’argot.

  1. Voir Cagoux dans le Dictionnaire.
  2. Les mendiants.
  3. Voir Cagoux, dans le Dictionnaire.


Les drilles ou les narquois[ⅼⅴ-1 1]
En revenant de la grive[ⅼⅴ-1 2],
En trimardant[ⅼⅴ-1 3] quelquefois,
Basourdissent les ornies
On quelque chenastre castros[ⅼⅴ-1 4].
Vive les enfans de la truche,
Vive les enfans de l’argot.

  1. Voir Narquois ou Drilles en annexe.
  2. D’être soldats.
  3. En marchant, en cheminant sur la route.
  4. Bon chapon.


Puis aussi les orphelins[ⅼⅴ-2 1]
Trouvant des picouses fleuries[ⅼⅴ-2 2],
Entrollent souvent des misquins,

Ou quelques limes jolies[ⅼⅴ-2 3],
Pour attraper quelque rabat[ⅼⅴ-2 4].
Vive les enfans de la truche,
Vive les enfans de l’argot.

  1. Voir Orphelins, dans le Dictionnaire.
  2. Des haies sur lesquelles du linge est étendu.
  3. Chemises jolies.
  4. Manteau.


Suivent après les malingreux[ⅼⅵ-1 1]
En les rifodés[ⅼⅵ-1 2] qui truchent,
Les marcandiers[ⅼⅵ-1 3] avec eux,
Et ont chacun une lucque[ⅼⅵ-1 4],
Ce qui leur est d’un grand rapport.
Vive les enfans de la truche,
Vive les enfans de l’argot.

  1. Voir Malingreux, dans le Dictionnaire.
  2. Voir Rifodés en annexe.
  3. Voir Marcandiers, dans le Dictionnaire.
  4. Faux certificat.


Les hubins, les coquillards[ⅼⅵ-2 1],
Et sabouleux[ⅼⅵ-2 2] triment ensembles,
Mais ces coquins de millards[ⅼⅵ-2 3]

Ne veulent suivre la bande,
Aimant mieux basourdir les gaux[ⅼⅵ-2 4].
Vivent les enfans de la truche,
Vivent les enfans de l’argot.

  1. Voir les articles Hubins et Coquillards, dans le Dictionnaire.
  2. Voir Sabouleux, dans le Dictionnaire.
  3. Voir Millards, dans le Dictionnaire.
  4. Tuer les pous.


Reste encore les chappons
Et les francs mitoux qui tremblent[ⅼⅶ-1 1],
Les piètres et les polissons[ⅼⅶ-1 2],
Et les courtaud de Boutanche[ⅼⅶ-1 3],
Les convertis et les callots[ⅼⅶ-1 4].
Vivent les enfans de la truche,
Vivent les enfans de l’argot.

  1. Voir Francs-Mitous, dans le Dictionnaire.
  2. Voir les articles Piètres et Polissons, dans le Dictionnaire.
  3. Voir Courtaud de Boutanche, dans le Dictionnaire.
  4. Voir Callots, dans le Dictionnaire.


Leurs plus cruels ennemis
Qui les mettent en grande peine,
Leur font happer le taillis[ⅼⅶ-2 1],
Ambyer à perdre haleine ;
Ce sont les sacres et les rouaulx[ⅼⅶ-2 2].

Vivent les enfans de la truche,
Vivent les enfans de l’argot.

  1. Fuir.
  2. Les archers.

Le grand haure[ⅼⅷ-1 1] il faut prier
Qu’il conserve tous ses pauvres,
Qui les voudrait offenser
Que le glier[ⅼⅷ-1 2] les entrolle ;
Ceux qui troubleront leur repos.
Vivant les enfans de la truche,
Vivent les enfans de l’argot.

  1. Dieu.
  2. Le diable.

Chanson
a la louange des argotiers


Rupins et rupines[ⅼⅷ-2 1],
Marpauts et marquises[ⅼⅷ-2 2],
Rupins et rupines,
Marpauts et marquises,

Et les marques et les mions[ⅼⅷ-2 3]
Entervez une chanson
De ces enfans de la truche,
Qui sont chenastres mions[ⅼⅷ-2 4].

  1. Gentilshommes et grandes dames.
  2. Voir les articles Marpauts et Marquises, dans le Dictionnaire.
  3. Et les filles et les garçons.
  4. Qui sont de bons garçons.


Pour raconter l’ordre
Rouscaillons bigorne,
Pour raconter l’ordre
Rouscaillons bigorne,
Qui enterve le saura,
A part sezière en rira,
Mais les rupins de la vergne
Ne sont dignes de cela.

Les premiers en liste
Sont appelés drilles,
Les premiers en liste
Sont appelés drilles,
Qui truchent aux entifflés
La flambe[ⅼⅸ-1 1] dessous le bras,
Battant en ruine haut et bas,

Par tous les creux de ces vergues[ⅼⅸ-1 2]
Et dessus les grands trimards[ⅼⅸ-1 3].

  1. L’épee.
  2. Par toutes les maisons de ces villes.
  3. Dessus les grands chemins.


Les marcandiers marchent
Aux côtés de la hane,
Les marcandiers marchent
Aux côtés de la hane,
Rupins veuillez ficher
A ces pauvres marcandiers,
Qui ont grand forest de piolle,
Ont été dévalisés.

Les millards ensuivent
Qui ont des ponifles,
Les millards ensuivent
Qui ont des ponifles,
Sur l’andosse qui font trotter,
L’empave pour leur peausier.
Qui, étendu sur la fertille,
S’en vont dessus roupiller.

Aussi les malingreux
Qui font triste mine,

Aussi les malingreux
Qui font triste mine,
Appuyés sur un bâton
Vont demandant du michon ;
Mais quand ils sont dans les piolles
Ils morfient bien l’ornichon.

Mais, oh ! quelle angoisse.
C’est quand le gris boisse[ⅼⅺ-1 1],
Mais, oh ! quelle angoisse,
C’est quand le gris boisse,
Pour les piètres et les capons,
Et les pauvres polissons,
Qui n’ont point frusquins vaille[ⅼⅺ-1 2]
Pour mieux attrimer le rond[ⅼⅺ-1 3].

  1. Quand le vent souffle.
  2. Habits qui vaillent.
  3. Pour inspirer plus de pitié.


Puis ceux du doublage,
Les casseurs de hane[ⅼⅺ-2 1],
Puis ceux du doublage,
Les casseurs de hane,
Faisaient les meilleurs butins,

Si ce n’étaient les rouins
Qui leur fait ficher le tappe[ⅼⅺ-2 2],
Quand à quelqu’un ils ont prins.

  1. Les coupeurs de bourse.
  2. Qui les font fuir.

La réjouissance des argotiers

sur la prise de la rochelle.


Puisque l’angluche[ⅼⅻ-1 1], qui estoit égaré,
Contraint par la faim a esté attrimé[ⅼⅻ-1 2],
Il entre du repos et plus de grive en France,
Il faudra des ornies pour trainer la potence.
Sus donc, frères argotiers, selon notre musique
Faut chanter gourdement au haure ce cantique ;
Honorons son saint nom qui a béni les armes.
Commencez rastichons, rupins et marcandiers,
Sabouleurs, vignerons, et tous les argotiers,
Entremellez vos chants, ne faisant qu’une langue,
Afin de rouscailler la divine louange.
O chenastre Seigneur ! qui, d’une forte louche,
A fait humilier cette vergne farouche
Dessous les paturons du dabusche Louis,

T’aquigeant triompha dessus ses ennemis,
Nouzailles t’en rendons mille grâces immortelles,
Et à tezière soit gloire sempiternelle.
Que le ciel et la dure, les sabris, et campagnes,
Les cavernes, rochers, et superbes montagnes,
Te bénissent à jamais, accordant leur silence,
Oy le sont de nos vœux pour grande réjouissance ;
En le priant aussi de toujours conserver
La noble fleur de lys, et de vouloir foncer,
Pour comble de bonheur et bénédictions,
A son oint bien aimé de beaux petits mions ;
Et généralement le prions pour les princes
Et chenastres pharos[ⅼⅻ-1 3] des vergnes de province ;
Et ceux qu’on a cosni, basourdy à la grive,
Qu’à tezière seigneur gloire éternelle vive :

  1. L’anglais.
  2. Soumis.
  3. Gouverneurs.

Si, maintenant, le lecteur désire connaître quelques pièces argotiques encore plus anciennes que celles que nous venons de citer, voici deux ballades de Villon[ⅼⅹⅲ-1 1].

  1. Je ne puis donner au lecteur la traduction de ces deux ballades de Villon, que je n’ai placées ici que parce qu’elles sont les plus anciens monumens du langage argotique qui soient venus jusqu’à nous (Voir dans le Dictionnaire l’article Arguche.)

Le jargon et jobelin de Villon.

Ballade.


A parouart le grand maistre gaubie
Qu’a collez sont dupes et noircis,
Et par les anges suivant la sacherie,
Sont empouez et greffis cinq ou six.
Là, sont beflures ou plus haulx assis,
Pour louagir et bien haulx mis au vent.
Eschequz moy tost ces coffres massifs,
Car vendangeurs des ances circoncis,
S’en brouent du tout à néant,
Eschec, eschec, pour le fardis.

Brouëz moy sur ces gros passans,
Rebignez moy bien tost le blanc,
Et pictonnez au large sur les tirans,
Qu’a mariage ne soyez sur le blanc,
Puis qu’ung sac n’est de pasture blanc,
Si grupez estes des carieux
Rebignez moy ces entreveux,
Et leur monstrez le prois le bis,
Qu’en clouez ne soient deux à deux.
Eschec, eschec, pour le fardis.

Plantez aux hurmes vos picens,
De paour des pisans si très-durs,
Et aussi d’être sur les joncz,
Emmanchez en coffre et gros murs,
Escarissez, ne soyez point durs,
Que le grant can ne vous face essorer,
Songears ne soient pour dorer,
Et rebignez tous jours aux ys,
Des sires pour les desboufer.
Eschec, eschec, pour le fardis.

Prince roart dis arques petits,
L’ung des sires si ne soit endormis,
Levez au bec que ne soyez greffis,
Et que vos emps n’en ayent du pis.
Eschec, eschec, pour le fardis.


Autre ballade.


Spelicans.
Qui en tous temps,
Avancez dedans les pougeois.
Gourde piarde,
Et sur la tarde,

Debousez les povres niais,
Et pour soustenir voz pois.
Les dupes sont privez de faire
Sans faire haire,
Ne hault braire,
Mais plantez y sont comme joncz
Pour les sises qui sont si longs.

Souvent aux arques
A leurs marques,
Se laissent tous debouser
Pour ruer,
Et enterver,
Pour leur conte que lors font,
La face, la arques vous respond :
Et rue deux coups ou troys
Aux gallois,
Deux ou trois
Mineront trestout au sons,
Pour les sires qui sont si longs.

Et pour ce bernardz
Coquillars
Rebequez-vous de la montjoye,
Qui desvoye

Vostre proye,
Et vous fera du tout brouer,
Pour joncher
Et enterver.
Qui est aux pignons bien cher
Pour rifller,
Et placquer,
Les angles du mal tous ronds
Pour les sises qui sont si longs.
De peur des hurmes
Et des grumes,
Rassurez vous en droguerie,
Et faeric.
Et ne soyez plus sur les joncz
Pour les sires qui sont si longs.

L’utilité de cet ouvrage-ci ne saurait être mise en doute ; destiné à devenir le vade mecum de tous les honnêtes gens qui voudront se mettre à l’abri de la ruse des fripons, il dévoile les ruses employées le plus souvent par les voleurs ; et si l’axiome qui dit qu’une ruse connue n’est plus dangereuse, je suis certain de n’avoir pas fait une œuvre sans mérite. Si mes prévisions ne me trompent pas, ce livre ne sera pas non plus inutile à MM. les magistrats de l’ordre judiciaire. Je crois que, dans plus d’une circonstance, il pourra leur servir de guide.

Lorsque la manière de procéder des diverses sortes de Voleurs sera connue des commerçans, ces derniers ne devront plus les craindre, surtout s’ils savent saisir à propos quelques-uns des mots d’argot que les fripons ne manquent presque jamais de prononcer lorsque le moment d’agir est arrivé.

J’ai cru convenable de traiter quelques-unes des questions importantes concernant la position des libérés et la moralisation des détenus ; bien d’autres avant moi ont traité ces questions, mais j’ai voulu aussi fournir une pierre à l’édifier qui, bientôt, du moins je l’espère, sera achevé.

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