Les Voleurs (Vidocq)/dico1/S

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S


SABLE

SABLER laquelle ils ont assommé plusieurs agens de police.

SABOULER, v. a. — Décrotter.

SABOULEUR-euse, s. — Décrotteur, décrotteuse.

sabouleux.[1] — Ancien sujet du grand Coësré, qui se mettait un morceau de savon dans la bouche pour simuler celui qui est attaqué d’épilepsie ; on les nomme aujourd’hui Batteurs de dig-dig.

SABRÉE s. f. — Aune.

SABRI, s. — Forêt, bois.

* SABRIEUX, s. m. — Voleur des bois.

* SACRÉ, s. m. — Sergent d’armes, archer du moyen-âge.

SACRISTAIN, s, m. — Mari ou amant d’une Macquecée.

SALADE, s. m. — Pele-mêle.

SALADE (Du roti et de la). — Fouetté et marqué.

* SALBLENANT, s. m. — Cordonnier.

* SALIR, v. a. — Vendre des objets volés.

SALIVERNE, s. f. — Salade.

SANG DE POISSON, s. f. — Huile.

SANGLIER, s. m. — Prêtre.

SANS-BOUT, s. m. — Cerceau.

sans camelotte ou SOLLICEUR DE ZIF. — Quelqu’un sonne à la porte d’une bonne ménagère ; la servante s’empresse d’aller ouvrir, et introduit auprès de sa maîtresse un Monsieur très-bien couvert, qui ne cesse de s’incliner que lorsqu’on l’a prié de s’asseoir, et qui témoigne le désir d’entretenir sans témoin le maître ou la maîtresse de la maison. La ménagère fait un signe à la servante qui sort aussitôt ; et le Monsieur, après avoir pris la peine de regarder si la porte est bien fermée, s’exprime en ces termes :

« Il n’y a pas, dans un ménage bien organisé, de petites économies ; c’est pour cela, Madame, que j’ai osé prendre la liberté de venir vous proposer le nouveau produit d’une fabrique hollandaise destiné à remplacer très-avantageusement le sucre, et qui peut être livré à un prix excessivement modéré. Les fondateurs de la fabrique hollandaise dont j’ai l’honneur de vous parler ont trouvé les moyens d’épurer, par la vapeur, les résidus de sucre de canne et de betterave qui, jusqu’à ce jour, qu’avaient pas été utilement employés, et d’en extraire une composition aussi blanche, aussi dure que le plus beau sucre royal, et qui possède toutes ses propriétés. Voici, du reste, un échantillon de ce nouveau produit, auquel on a donné le nom de zif, mot grec qui signifie parfait. Cet échantillon, je l’espère, vous prouvera mieux que tous les discours possibles la vérité de ce que j’ai eu l’honneur de vous dire.»

Le fripon, en achevant cette première partie de son discours, tire un petit paquet de sa poche, et remet à la dame qui, depuis un quart d’heure, l’écoute avec la plus sérieuse attention, un morceau de sucre royal.

« Mais c’est du sucre, Monsieur, dit la dame.

— Du tout, Madame, c’est du zif, composition extraite des résidus de sucre de canne et de betterave épurée par la vapeur, destinée à remplacer avantageusement le sucre royal première qualité, et qui peut être livré à un prix excessivement modéré.»

La dame ne peut se lasser d’examiner le zif ; elle admire son éclat, sa blancheur. Enfin, elle se détermine à appeler son mari, qui arrive le menton savonné et le rasoir à la main.

« Qu’est-ce que cela, dit-elle ? — Eh ! parbleu, c’est du sucre, répond le mari. — Non, mon ami, c’est du zif. — Du zif, ajoute le mari, et à quoi cela sert-il ? » Ici le Solliceur recommence son bominent, que le mari écoute les yeux fixes et la bouche béante.

« Que de choses l’on fait avec la vapeur, dit-il ; et combien vendez-vous ce Zif ? — Quatorze sous la livre. — Mais il faut en prendre une certaine quantité, Poupoule, peut-être que plus tard nous ne pourrons pas nous en procurer au même prix.

— Un instant, Monsieur, dit la dame, qui est douée d’une grande perspicacité, et qui veut connaître par l’expérience les propriétés de ce que son mari est déjà déterminé à acheter ; vous êtes bien pressé de terminer, le zif de Monsieur est très-blanc et très-dur, mais sucre-t-il ? voilà le point capital.»

Cette observation lumineuse impose silence au mari, qui se contente de répéter les dernières paroles de sa chaste moitié, le zif sucre-t-il ?

« J’ai déjà eu l’honneur de vous le dire, répond le Solliceur, le zif est destinée remplacer avantageusement le sucre royal première qualité ; et, si je ne me trompe, la première qualité de ce sucre est de sucrer ; si madame veut bien avoir l’extrême complaisance de faire venir un verre d’eau nous y mettrons un morceau de zif, et si madame n’est pas satisfaite de l’expérience, je consens à perdre tout ce que Madame voudra.»

Une proposition aussi raisonnable ne peut être refusée, la servante apporte un verre d’eau dans lequel la dame met un morceau de zif.

« Le zif sucre, dit-elle après avoir bu, mais cependant pas autant que le sucre.

— Vous m’étonnez, Madame, jamais avant vous on ne s’était plaint de mon zif.

— Mon cher Poulot, dit la dame à l’oreille de son mari, le zif sucre parfaitement, ce que j’en dis n’est que pour l’avoir à douze sols la livre. Quoique votre zif ne vaille pas à beaucoup près le sucre de seconde qualité, continue la dame en s’adressant au Solliceur, je veux bien cependant en prendre quelques pains, à la condition que vous me le laisserez à douze sols.

— Vous ne voulez rien me laisser gagner, Madame, cependant comme c’est la première affaire que j’ai l’honneur de faire avec vous, je ne veux pas vous refuser. Si avec votre zif vous voulez que je vous envoie des cafés Bourbon et Martinique fins verts, première qualité, je suis mieux que tout autre en mesure de vous satisfaire ; le Solliceur montre alors des échantillons de cafés de qualités supérieures, qu’il ne vend pas, mais qu’il donne.

La dame fait une commande plus ou moins forte de zif et de café, et le Solliceur, après l’avoir remerciée, se dispose à sortir lorsqu’il se ravise tout à coup.

« Je m’adresse à d’honnêtes gens, incapables de nuire à un père de famille ? — Sans doute, Monsieur, répondent en chœur la dame et son mari. — Vous devez bien penser, continue le Solliceur après avoir regardé autour de lui et s’être assuré que le nombre de ses auditeurs ne s’est pas augmenté, que si je puis vous livrer à des prix modérés mon zif et mes cafés, c’est qu’ils ne m’arrivent pas par les voies ordinaires. Avec mon zif je fais passer en contrebande d’autres marchandises : de magnifiques foulards de l’Inde, de superbes madras, des châles de l’Inde, des draps de Ségovie admirables ; permettez-moi de vous faire voir quelques échantillons de ces produits merveilleux des fabriques étrangères.» Et le Solliceur, sans attendre une réponse qui ne serait peut-ètre pas favorable, fait un signal, et la servante introduit dans l’appartement un compère qui porte sous son bras un assez volumineux paquet de marchandises.

« Voyez, Madame, dit le premier en déployant une pièce de foulards, le grain de ce tissu, l’éclat et l’heureux mélange de ces couleurs, 18 fr. la demi-douzaine. Admirez, Monsieur, la finesse, la force et le luisant de ce drap, le roi n’en porte pas de plus beau, 28 fr. l’aune, ce qui coûte ordinairement 60 francs. Voici des madras de l’Inde, tout ce qu’il y a de plus beau.» Le Solliceur vante ses marchandises, dont l’aspect du reste ne laisse vraiment rien à désirer ; avec une telle assurance, il est si persuasif, si engageant, qu’il parvient à vendre à ses auditeurs, qui croient faire avec lui d’excellente affaires, une partie notable de ce que contient le ballot que porte son compagnon.

Les foulards de l’Inde ne sont que de mauvais foulards de Lyon parfumés d’une légère odeur de goudron ; le drap de Ségovie du drap de Verviers, et les madras des mouchoirs de Chollet apprêtés et calandrés.

« Madame, dit le Solliceur après avoir reçu le prix des marchandises vendues, si vous désirez recevoir promptement votre zif et votre café, il faut que vous vous déterminiez à me rendre un léger service. On vient de me saisir à la barrière pour 24,000 francs de marchandises ; pour faire honneur à divers engagemens, j’ai été obligé de laisser toutes celles qui ne restaient entre les mains d’une personne qui a bien voulu me prêter quelques billets de mille francs, et maintenant je suis obligé de remettre à cette personne une somme égale à la valeur des marchandises que je lui demande. Ainsi, Madame, ayez donc la bonté de me payer d’avance la commande que vous avez eu la bonté de me faire, cette obligeance me procurera les moyens de vous servir plus tot. Il est bien entendu que je vous laisserai en garantie ce paquet de marchandises que vous ne me rendrez que si le Zif et le café qui vous seront livrés sont conformes aux échantillons que voici.»

La dame, qui est impatiente de montrer à ses voisines le zif et le café en question, satisfait presque toujours le Solliceur qui part les poches pleines et ne revient plus. On vend de cette manière toutes sortes de marchandises.

SANS CŒUR, s. m. — Usurier des bagnes et des prisons.

Il y a dans toutes les corporations d’hommes, quelque misérables qu’elles soient, des individus qui savent toujours tirer leur épingle du jeu, et mener bonne et joyeuse vie lorsque 88 · SAN

leurs compagnons meurent de faim. Les Sam Cœarsontde ceu :-là. Soit au bagne, soit dans n une maison centrale, leurs poches sont toujours très-bien garnies ; tous sortent du bagne f ou de la prison plus riches qu’ils n’y sont entrés ; quelques-uns même y acquièrent une jolie fortune, et parmi ceux-là je dois citer un individu nommé Pantaraga, qui habitait au bagne de Toulon la salle n° 8. n Cet homme joignait au métier d’usurier celui de restaurateur des forçats, et quoiqu’il fut obligé, pour conserver son privilège, de traiter gratis et bien MM. les comes, sous-comes et argousins, il sortit du bagne, après y avoir fait un séjour dé 24 ans, avec un capi- n ’tal de 40,000 francs. ’ A

Pantaraga, il est vrai, avait plus d’une corde à son arc. Les forçats, quelles que soient les n sommes qu’ils reçoivent de leur famille, ne peuvent, dans aucun cas, toucher plus de dix francs par mois, Pantaraga, restaurateur breveté du bagne, se chargeait volontiers d’aIler p toucher une plus forte somme au bureau du commissaire du bagne ; le forçat lui faisait, par exemple, un bon de 20 francs pour nourriture fournie, Pantaraga lui en remettait dix et en n SAN 89

gardait dix pour lui. De cette manière le forçat pouvait jouer ou s’enivrer à loisir. Il n’y a pas de petits métier sen prison, et l’on peut dire avec rai sondes Sam-Cœur, qu’ils savent mieux que personne ce que peut rapporter par minute un écu bien place. Dans toutes les prisons, et notamment dans les prisons de la Seine, les Sam-Cœur exercent paisiblement leur infâme métier sous les yeux des agens de l’autorité ; ils prêtèrent par exemple 6 francs à celui qui aura dissipe en un seul jour ce que ses parens ou ses amis lui auront. remis pour une semaine, à la charge par ce dernier de rendre 6 francs à l’époque convenue, et de laisser pour servir de nantissement sa redingote ou son habit entre leurs mains. Dans les maisons centrales, les Sam-Cœur. avancent aux travailleurs, le dimanche, moitié du prix du travail de la semaine suivante, et touchent le prix total à leur lieu et place. L’industrie des Sans-Cœur ne sert qu’à l’avoriser toutes les passions mauvaises, l’intempérance, le jeu, etc., etc. ; elle ne rend aucun service aux malheureux détenus, aussi l’au• torité ne saurait employer, pour la réduire à néant, des mesures trop énergiques. ’90 SAN

Je ne sais si je ne dois pas classer dans la catégorie des Sans Cœur les princes, les ducs et les barons de la volerie, ceux qui méritent à tous égards le titre d’ArcIu’—SnppJt de la Haute Pègrè ; en un mot, ceux que la loi 1 n’atteint jamais. Plus udroits que leurs rivaux, ils jouissent du fruit des Chopàu qu’ils ont n maguillé sans crainte de la Raüla des Quartu’OEü, et des Gerbùrs. Ils sont à la vérité trop haut placés pour qu’on puisse les ut teindre. J’ai promis, il est vrai, au public, de hire connaître à mes lecteurs tous les banc : et tous les voleurs. Mais puis-je raisonnablement me permettre de débàur les (lràu :/ws titrés et chamarres de rubans de toutes les couleurs ? Je ne le crois pas. Ces Iessieurs sont assez riches, et par conséquent assez puissans pour m’m /aquerà la Lorcç/’de si je me permettais de jaspàœr sur forgue, - et s’il en était ainsi, les voleurs roturiers, qui du reste ne m’aiment guère, pourraient bien me tomber sur l’an dosse, et me cogner da tabac pour me punir de les avoir compromis avec des hommes indignes de leur être comparés. Je crois déjà les entendre me crier aux oreilles : à Nous somSAN 91 mes voleurs, c’est vrai, mais nous ne sommes point dépourvus d’entrailles ; horsle métier, nous sommes quelquefois humains, généreux, bons pères, bons époux, bons amis, pourquoi donc établir une comparaison mtre nous et les fripons qui pullulent dans les salons du grand monde.-Je me contenterai donc d’avoir vu et entendu. Chacun au rœte peut en faire autant que moi. ·. — / SANS BEURRE on CHIFFONNIERS ARIS-TOCRATES. — Le cabaret du Pot blanc, situé à proximité de la barrière de Fontainebleau, est le rendez-vous de ces hommes qui parcourent les rues de Paris le crochet à Ia. main, la botte sur le dos, et qui quelquefois sont munis d’une lanterne, non pas comme Diogène pour obemhet un homme qu’ils-ne trouveraient pas dans la rue de la moderne Babylone, mais pour chercher, calembour à•part, des loques à terre. Les mœurs de ces individus sont de nature àètre peintes. Malgré leur amour pour l’égalité des rangs, et la liberté, ils n’en sont pas moins de véri tables despotes, des aristocrates s’il en fût. ; 92 SAN

Les chiffonniers se sont classés suivant leur rang, leur fortune, et le genre qu’ils ont adopté. Ceux qui possèdent un Iwteriot en bon état, un crochet dont le manche est propre et luisant forment la première classe ; ceux qui u appartiennent à la seconde n’ont qu’un mannequin assez propre ; ceux qui appartiennent à la troisième ne possèdent qu’une vieille serpillière dans laquelle ils mettent ce qu’ils ramassent. —

Ce n’est pas seulement dans l’exercice des fonctions que la distinction a lieu, elle existe aussi au Pot blanc, et pour ne point mettre ’leur lwtenbten contact avec les mannequins et les serpillières, les chiffonniers de la premièn classe se sont emparés de la plus belle, ou plutôt do la moins vilaine pièce du Pot blanc : elle leur appartient exclusivement, et pull ! bien indiquer sa destination, ils l’ont nommée la Chambre des Pax}:. Les porteurs de manne n qui ns, à leur exemple, se sont emparés d’un• autre pièce qu’ils ont nommée la Chamâfv p des Deputeîs. Les membres de la troisièmt classe ont donc été forcés de se contenter dn celle dont n’ont point voulu les deux autres,6 ils l’ont nommée : la Réumbn des vmù Piv-I¢’lairc.r. q L’étiquette étant ainsi réglée, les membres d’une chambre n’oseraient entrer dans celle destinée à une catégorie à laquelle ils n’appartiennent pas ; ils sont très-retenus, et par conséquent très-sévères envers celui qui pénètre dans le sanctuaire sans y être appelé.

A l’entrée de chaque salle sont rangés les hôteriots, les mannequins, et les serpillières ; les crocs ont aussi leur place.

Le vin qu’on boit au Pot blanc n’a pas été composé avec le jus de la treille ; mais, tel qu’il est, il parait fort bon aux habitués ; il est servi dans un pot de terre que ces Messieurs nomment petit père noir ; et extrait d’un broc omnibus auquel ils ont donné le nom de Moricot. Des filles d’une tournure toute particulière servent une gibelotte équivoque, du bœuf à la mode, ou d’autres mets de cette espèce, mais elles en exigent la valeur avant même de déposer le plat sur la table. On voit souvent les consommateurs venir rendre au comptoir les brocs, pots et verres, et boire jusqu’à concurrence de la somme déposée en garantie de ces objets ; le comptoir est un lieu franc où fraternisent les membres des trois catégories.

SANS CHAGRIN ou BATTEUR DE DIG DIG. — Des fripons ont jeté leur dévolu sur un joaillier, un bijoutier, un horloger, un marchand de diamans ou de tous autres objets de grande valeur ; ils cherchent à acquérir une parfaite connaissance des êtres de la maison, ils s’attachent à connaître le maître de la maison afin de pouvoir le suivre le jour fixé pour commettre le vol. Les voies bien préparées, un affidé se présente au magasin soi-disant pour faire une emplette importante. Il est, dit-il, de la province, et tantôt il se fait passer pour un domestique, tantôt pour un homme chargé de commissions ; il se fait présenter des marchandises qu’il examine attentivement, qui paraissent lui convenir sous tous les rapports, mais que cependant il n’achète pas, car il reviendra, dit-il, avec son maître ou la personne dont il n’est que le mandataire. Après cette première visite, le fripon rend à ses complices un compte exact de tout ce qu’il a vu, et peu de jours après les voleurs qui doivent opérer se présentent à leur tour chez le marchand qui doit être volé ; ils se font présenter des marchandises, montres, bijoux ou diamans, qu’ils examinent avec attention. Tout-à-coup l’un d’eux affecte de se trouver mal, il demande une chaise, et prie qu’on ouvre les fenêtres afin de renouveler l’air. Les femmes ou les commis qui se trouvent dans la boutique s’empressent d’obéir, ils préparent un verre d’eau sucrée que le malade accepte avec la plus vive reconnaissance, mais qui cependant ne calme point les souffrances qu’il éprouve. Le Batteur de Dig Dig dit qu’il ne peut calmer ces crises, auxquelles il est très-sujet, qu’avec de l’absinthe ; une des personnes du magasin va chercher ce qu’il désire. Le fripon, qui n’a pas plus besoin d’absinthe que d’autre chose, n’en demande pas davantage ; pendant ce temps tout le monde s’occupe autour de lui, les voleurs, de leur côté, ne perdent pas leur temps, et tandis que personne ne les remarque, ils font main basse sur tous les objets qui se trouvent à leur portée ; lorsque le vol a été consommé, le Batteur de Dig Dig, qui a été averti par un signe de ses camarades, et qui malgré les soins qui lui ont été prodigués ne va pas mieux, dit qu’il a besoin pour se remettre d’aller faire un tour et qu’il reviendra ; puis il disparaît accompagné de ses compagnons, et, comme on le pense bien, il ne revient plus.

Tandis que les voleurs dont je viens de parler opèrent, celui qui est venu la première fois marchander des objets qu’il n’a pas achetés, file le malheureux qu’on doit voler, et s’il le voyait revenir du côté de son domicile, il ferait en sorte de l’accoster pour le retenir quelques instans, ou bien, il prendrait les devans afin de prévenir ses compagnons par un grand coup de sonnette.

Dans le courant du mois de novembre dernier, M. Keffer, marchand horloger, rue Jean-Jacques Rousseau, n° 18, vint me trouver après avoir été victime d’un vol commis par des Batteurs de Dig Dig, et accompagné de toutes les circonstances détaillées plus haut. Deux jours après la visite du sieur Keffer, j’étais parvenu à découvrir les coupables, qui furent mis immédiatement entre les mains de la justice.

Il est malheureux d’être forcé de recommander de ne se montrer humain qu’à bon escient. Mais les Batteurs de Dig Dig sont en même temps si adroits et si audacieux, qu’on ne saurait prendre de trop minutieuses précautions pour se mettre à l’abri de leurs atteintes.

SANS-CHASSES, s. — Aveugle.

SANS-CONDÉ, ad. — Clandestinement.

SANS-DOS, s. m. — Tabouret.

SANS-FADE, ad. — Sans partage.

SANS—LOCHES, s. m. — Sourd.

SANS-RIGOLE, ad. — Sérieusement.

SAPIN, s. m. — Soldat. Terme des voleurs provençaux.

SATOU, s. m. — Bois.

SATOUSIER, s. — Menuisier.

SAUTER, v. a ; — Cacher à ses camarades une partie du vol qui vient d’être commis. Lorsque les voleurs se disposent à commettre un vol d’une certaine importance, ceux d’entre eux qui doivent rester en gafe, c’est-à-dire veiller, afin que ceux qui opèrent ne soient pas inquiétés, doivent craindre que ceux qui entolent (qui entrent}, ne gardent pour eux la plus grande partie des objets précieux ; aussi ils se fouillent mutuellement après la consommation du vol, quelquefois cependant des billets de banque, des pierres précieuses, cachés dans le collet d’un habit ou dans quelqu’autre lieu secret, échappent aux plus minutieuses recherches ; c’est ce que les voleurs appellent faire le Saut. ’ ’ 98 SAU

Un vol, indiqué par la femme de chambre, devait être commis dans une maison sise place des Italiens. ; les voleurs cenvinrent entre eux que pour que l’es.gurd ne fût pas fait, les vêtemens de tous les opérateurs seraient brûlés aussitôt aprèshconsemmation du vol, ce qui fut enécute ; cependant un individu nommé Dubois, ancien marinier, zsgara vingt biüets de 4,000 francs, en les cachant dans sa queue. On a vu souvent wdœ T ùvurs voler une montre d’or et ne passer au Coqueur qu’une nontre de crisocal.

— SAUTER A LA CAPAHUT. - Aasassiacr son complice pour lui enlever sa part de butin-L’er·@ine de.ce terme est assez curieuse. Un moleur, nommé Cnpahut, qui a désolé fort lnng-temps Paris et les environs, et qui • terminé sa carrière sur la place de l’Hôteld¤· Ville, avait Phabiétude de ne jamais vuyagtf qu’à cheval.

A Lorsqu’il revenait du trame ? (de selon), Il qu’il était accompagné d’un de ses mmplbsli malheur à celui-ci ai des partages étaientùitsç lomque Gapahutet son complice ètaiemardvév dans un lieu écarté, Iepremhr laissaittambcf quelque chose sur la route, puis il piqaait IGI cheval de manière à le faire caracoler, ce qui le mettait dans l’impossibilité de ramasser l’objet qu’il avait fait tomber ; son camarade se baissait pour lui éviter la peine de descendre de cheval, Capahut saisissait un pistolet, et son complice avait cessé de vivre ; l’assassin s’emparait de tout ce qu’il avait sur lui ; puis, s’il en avait la possibilité, il jetait le corps dans la rivière.

SAUTERELLE, s. f. — Puce.

SAVOYARDE ; s. f. — Malle.

SAVOIR LIRE, v. a. — Connaître les diverses ruses du métier de voleur.

SERGOLLE, s. f. — Ceinture à argent.

SÉNAQUI, s. f. — Pièce d’or. Terme des Romamichels.

SENTIR, v. a. — Aimer.

SERPE, s. m. — Couteau. Terme des Roulottiers'' du midi de la France.

* SERPELIÈRE, s. f. — Robe de prêtre.

SERPENTIN, s. m. — Matelas de forçat.

SERRANTE, s. m. — Serrure.

SER ou sert. — Signal, signe fait par un compère, et qui sert à indiquer le jeu de la personne contre laquelle on joue.

SÉZIGUE, p. p. — Lui ou elle.

SERVIETTE, s. f. — Canne.

SERVIR, v. a. — Arrêter, s’emploie aussi pour exprimer voler et prendre.

SEZIÈRE ou * SEZINGARD, p. p. — Lui, elle.

* SIFFLE, s. f. — Voix.

SIGUE, s. f. — Pièce d’or de 20 ou de 24 fr.

* SIME, s. f. — Patrouille grise, désignait autrefois le guet.

* SIGLE, s. f. — Pièce d’or.

SINVE, s. f. — Homme simple, facile à tromper.

* SITRE, adj. — Bon.

* SIVE, s. f. — Poule.

SOISSONNÉ, s. m. — Haricot.

solliceur-euse, s. — Marchand, marchande.

solliceur a la goure. — Celui qui vend, en employant une ruse ou une autre, un objet beaucoup au-dessus de sa valeur.

Si vous rencontrez sur la voie publique un homme vêtu d’un costume de militaire ou de matelot, et parlant haut à un individu auquel il offre un objet ou un autre, il y a cent à parier contre un que c’est un Solliceur à la Goure. Et si, lorsque vous passerez près de lui, vous êtes assez imprudent pour lever la tête, vous etes aux trois quarts perdu.

« Je ne puis vous donner que 17 francs de ce que vous me présentez, dit alors le particulier. — 17 francs d’un objet qui coûte en fabrique 35 francs ! Il faut être bien voleur pour vouloir profiter ainsi de la misère d’un pauvre diable, répond le soldat.» Puis il vous montre l’objet qu’il désire vendre, et il sait si bien s’y prendre, que vous devenez sa dupe.

Les Solliceurs à la Goure vendent de cette manière des parapluies, des rasoirs, des bijoux et mille autres choses encore.

D’autres Solliceurs à la Goure vendent de l’huile d’Aix première qualité, à vingt trois ou vingt quatre sous la livre. Ils colportent cette huile dans des cruches qui peuvent en contenir huit à quinze livres. On goûte cette huile que l’on trouve excellente, et séduit par le bon marché, on se détermine à en faire emplette ; on paie le contenu, et l’on se trouve n’avoir qu’une ou deux livres d’huile, lorsque l’on en a payé huit à quinze : le reste de ce que contient la cruche n’est que de l’eau. Lorsque l’on achète de l’huile, il faut dépoter, c’est le seul moyen de ne pas être dupe. toujours la Grande Soulasse, dans la bouche du père Cornu[2], ne pouvaient être traduits que par ceux-ci : Toujours l’assassinat !

SOULOGRAPHIE, s. f. — ivrognerie,

SOUTENANTE, s. f. — Canne.

SUAGE, s. m. — Chauffage.

suageurS, s. m. — Chauffeurs. Les événemens de notre première révolution avaient engagé beaucoup de personnes à cacher ou à enfouir tout l’argent monnoyé qu’elles possédaient, aussi des voleurs s’étaient réunis par bandes de dix, quinze, vingt ou trente hommes, pour attaquer les châteaux et les fermes où ils croyaient trouver de l’argent.

Souvent le château sur lequel les Suageurs avaient jeté leur dévolu était cerné, escaladé, et avant que ses habitans eussent eu le temps de se reconnaître, ils étaient saisis et garottés ; le maître de la maison était alors amené devant une cheminée dans laquelle on avait fait un grand feu, et le chef de la bande lui demandait son argent, s’il ne faisait pas connaître de suite le lieu dans lequel il était caché, on le menaçait de lui brûler les pieds, et cette menace n’était que trop souvent exécutée.

Beaucoup de personnes ont été cruellement mutilées par les Suageurs, qui très-souvent ne se contentaient pas de brûler les pieds de ceux qui se montraient récalcitrants, et qui quelquefois se servaient du soufflet, supplice inventé par le nommé Chopine, dit le Nantais, l’un des plus intrépides et des plus cruels Suageurs de la bande de Sallambier.

Un autre individu de la même bande, nommé Calandrin, dit le Parisien, avait proposé d’arracher les ongles à tous ceux qui n’avoueraient pas de suite tout ce qu’on exigerait d’eux, et cette proposition avait été acceptée.

Capahut, dont j’ai parlé ci-dessus, avait aussi fait partie d’une bande de chauffeurs dans les environs de Paris. Comme on a pu le voir, assassiner ses camarades pour s’approprier leur part de butin, n’était pour lui qu’une acaction très-ordinaire ; il appelait cela travailler en lime sourde. Il expia ses forfaits sur la place de l’Hôtel-de-Ville.

SUCE LARBIN, s. m. — Bureau de placement de domestiques. Les bureaux de placement, tels qu’ils existent maintenant, nuisent à ceux qui se font servir, et à ceux qui servent, aussi le mal qui résulte de leur existence est-il visible à tous les yeux. Les quelques notes qui suivent, sont extraites du prospectus que je publiais lorsque je me déterminais à fonder, sous le titre de l’Intermédiaire, une agence qui, j’ose le croire, aurait rendu d’éminens services à la société si elle avait été mieux comprise.

« Un décret impérial du 10 octobre 1810 fixa la position des individus qui étaient ou qui voulaient se mettre en service en qualité de domestiques ; ce décret, à la fois juste et sévère, prévoyait tous les abus.

« Les bons domestiques l’accueillirent avec plaisir ; l’homme probe ne redoute pas les investigations, il sait fort bien qu’il ne peut que gagner à être connu ; mais ceux dont la conscience n’était pas nette, employèrent tous les moyens que leur suggéra leur imagination pour éluder et paralyser les effets qu’il devait produire : celui qu’ils adoptèrent devait nécessairement réussir, à une époque où la police était ombrageuse et la population inquiète.

« Si vous parlez de la police à la plupart des habitans de Paris, ils croiront tout ce que vous voudrez bien leur dire, ils flétriront du nom de mouchard tous les individus dont ils ne connaissent pas les moyens d’existence.

« Les domestiques, presque tous doués d’une certaine finesse et d’une grande perspicacité, avaient remarqué cette tendance des esprits, ils l’exploitèrent à leur profit.

« Lorsqu’ils se présentaient pour obtenir une place et qu’on leur demandait l’exhibition de leur livret, ils répondaient : « Monsieur ignore sans doute que tous les porteurs de livret sont vendus à la police ; nous n’avons pas voulu en prendre afin de ne pas être contraints à exercer l’ignoble métier de mouchard.» Si cette réponse eût été seulement celle de quelques individus, ce grossier subterfuge n’aurait trompé personne ; les domestiques sentirent cela, aussi lorsqu’ils se trouvaient avec ceux de leurs camarades possesseurs du livret qu’ils n’avaient pu obtenir, ils disaient : « J’obtenais aujourd’hui une excellente place, si je n’avais pas eu 408 SUC

la maladresse de montrer mon livret ; les mai-. tres pensent que i’on n’en délivre qu’à des agens secrets de la police. u Crédules comme tous les honnêtes gens, les bons domestiques croyaient cela, et lorsqu’à leur tour ils se présentaient dans une maison nouvelle, ils ca-s chaient avec soin leur livret. P Les mauvais domestiques lhrent et sent encore favorisés dans leurs desseins par l’indiB’érence coupable des maîtres, qui ne cherchent pas assez à connaître l’homme qu’ils admettent dans leur intérieur, auquel ils confient leur fortune et leur vie ; ces derniers n’exigent de cet homme que des certificats sans authenticité, et qui, s’ils ne sont faux, sont très-souvent arrachés à la complaisance ; le maître les examine — sans les voir, les rend au domestique et tout est dit : souvent aussi, pour ne point se donner la peine de s’habituer à un nom nouveau, il donne à celui qu’il vient de prendre à son service le nom de son prédécesseur, il seinommait Pierre, - le nouveau se nommera Pierre ; le domestique dont les intentions sont mauvaises, loin de s’opposer à cette manie, la lait naître ; qu’arrive-t-il ensuite ? Pierre vole et se sauve ; où q chercher Pierre ?

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Uimpunité enhardit les friponsz lorsqu’un, domestiques commis un vol de peu d’importance, un couvert, une montre, etc., le maître’Q qui ne veut pas sacriüer au juge d’instruction etaux audiences de la Cour d’Assises un temps qu’il peut employer plus agréablement, le ’ chasse et lui dit d’aller se faire pendre ailleurs. Qu’arrive-t-il encore ? Le domestique ne va pas se faire pendre, il va voler ailleurs ; encouragé par l’indulgence de son maître, il ne s’arrête plus à des bagatelles, il tente un coup hardi, et s’il réussit il peut aisément se soustraire aux recherches puisque l’on ignore jusqu’à son véritable nom. I

Ainsi sape dans ses fondemens, par la ruse · des domestiques et l’insouciance des maîtres, u le décret de 1840 ne vécut pas long-temps : c’est souvent le sort des meilleures institutions. Aujourd’hui rien ne régit la classe si nom-· breuse des domestiques (dans Paris seulement ou’en compte plus de quatre-vingt-dix mille), les eiïets déplorables de cet état de choses sont visibles à tous les yeux ; les crimes nombreux commis par des individus de cette profession épouvante ut non - seulement les 4 IO SUC

gens obligés de se faire servir, mais encore le philanthrope qui désire lüunéüoration des desses infimes. q

Une cause qui contribue puissamment i dèonoraliser lesdomesüques, est le tnultitudode bureaux de pincement qui infestent la eapiltlt (on en eompte plus de trois cents) ; la Gautte des Tnôanaux a plus d’•me fois donné la mesure de la moralité des individus.qui dirigent ces sortes dëteblissemens : (nous apprenons au moment de mettre sous presse, quelrs à tribunaux viennent de ihire justice de deux de ees forbans. La Gazette du Tntuaaaz rsp’porte, que les sieurs Prévost et Turquin, dirw teurs du bureau deplsoement rue St.··Dpuis, ’n° 357, viennent d’être condamnés à un sn de prison, cent francs d’3mende, et à la t-eslî¤l· » tion des sommes nombreuses, extorquées pst eux.) Tout le monde sait que leur but unique est de gagner de Vsrgent ; pour arriver ànebut ils doivent désirer des mutations, car plus il y q s de mulatitmi, plus il y a tfinscriptions à recevoir.

Dans toutes les professions centralisées · lorsqu’un individu commet une faute, si elle SUC 1

est légère il se corrige, si elle est grave ou s’il y a récidive, il doit disparaître de la corporation ; les bureaux de placement qui admettent sans ’ examen préalable tous ceux qui se présentent, dorment aux nalwàis domestiques le faculté de ae produire comme des hommes nouveaux autent de fois -qn’il y a- d’établissement de ce genre ; les maltnes qui choisiœem là leurs ecrüteunsont donc continuellement exposés, et, sans qu’ils s’en doutent, leurs domestiques (que l’on me pardonne cette comparaison) jouent chez eux le rôle de l’épée de Damoclès : au pcemiu jour ils déweillent et sonnent leur demenique, il ne vient pas, ils se frottent les yeux et cherchait leur moutnegplns de nontre, elle a disparu avec le domestique ayantde hm : Un autre inconvénient des buneux de placement, moins grave il est roi, mais cependant trèvdésagrenble, est celui-ci : vousdennndezmn coolm, on vous envoie un pâtissier ; vous voulez sun euîénien, e’eet un palefneuier que llNl-V0111 :0(l|T€8$B. Si les bureaux de placement nuisent aux maures, ils nuisent aussi eux hans serviteurs ; ulléchés par des annonces mensongères, œs hommes laborieux çimpwt bmrement les 1 12 SUC

quelques étages qui conduisent au cabinet du distributeur de places, paient une somme plus ’ou moins forte, et sortent bercés par Vespé- q rance d’obtenir un emploi qui n’existe que sur le carton qui leur a servi d’appeau. Les directeurs de bureaux de placement ont aussi des q compères chez lesquels ils envoient des sujets qui arrivent toujours trop tard.

Lorsque l’on a toujours vécu dans une cer- 1 taine sphère, on ne trouve souvent dans son cœur que du mépris pour ces individus que la société repousse de son sein, et tout le monde sait que le mépris éloigne la compassion : dans la carrière pénible que j’ai parcourue, j’ai pti étudier des mœurs qui échappent aux yeux M gens du monde ; j’ai eu le courage de fouiller les sentines de la prostitution, et à quelques variantes près, j’ai toujours entendu la mèmt histoire. Une jeune fille arrive à Paris ; lorsqu’à sa descente de voiture elle ne trouve pas certaine courtière, elle porte ses pas vers le premier bureau de placement, paye et attend patiemment la place qui lui a été promise ; le dénuement, la misère arrivent avant la place, et bientôt, ne sachant plus que faire, il faut qu’elle se prostitue à un de ces vieux libertins SUC l 4 3 qui n’oseraient s’adresser à une agence recommandable, et qui vont hardiment chercher dans les bureaux de placement les victimes de leur lubricité, ou bien qu’elle meure dej faim ; et que l’on ne croie pas que les choses soient ici poussées jusqu’à leurs dernières conséquences, il n’y a pas d’exagération dans ce que j’avance, je suis seulement rigoureusement vrai. Oui, cette nécessité cruelle qui crie sans cesse aux oreilles du malheureux : üfaut vivre, a poussé plus de. victimes dans l’abime, que la corruption et la débauche. Quelquefois aussi il arrive que ces individus sont les premiers trompés, à ce sujet que l’on me permette de citer un exemple récent. Un sieur Gazon avait chargé un individu, à la fois écrivain public et directeur d’une agence de placement, de lui trouver une jeune fille probe et jolie. Uobligeant courtier, sans trop s’inquiéter de la première des qualités exigées, procura au sieur Gazon une jeune fille de dixa sept ans ; ce dernier la reçut chez lui, et peu de temps après la jeune innocente lui vola 35,000 francs ; la Gazette des T rüunaux a H. - 1 l H SUC

rendu compte de ce fait. (Numéros des 28 août et li septembre 1835.)

’ « Urétablissementeréé sur unevaste échelle, qui remêdiemit aux inconvénients, aux vices même qui viennent «d’être signalés, établàsement fondé dans l’intérêt des maitnes et dans celui des domestiques, doit, si je ne me trompe, satisfaire un besoin général et vivement senti r les services immenses que «j’ai pu rendre au commerce depuis que mes bureaux de nennignemens existent, ont enpgé mes nombretll cliens à désirer cet établissement, qui doit améliorer une classe nombreuse, intéressante. et qui n’a besoin pour devenir meilleure, que d’être guidée, éclairée et surtout protégée. Déjà bon nombre d’industriels me trouvant toujours sur leurs pas, se sont corrigés ; ils suivent d’auI.res erremens et manifestent l’intention de devenir honnêtes : ce qui est arrivé aux (flibustiers du commerce, arrivera sans doute aux domestiques ; tous mes elïorts du moins tendront à atteindre ce but : ceux qui ne seront qu’égares seront ramenés avec douceur, ceux qu’on ne pourra corriger seront repoussés de l’administra, ation, ils devront donc disparaître de la corporation : au resth L. SUC H5

et qu’on ne croie pas que ce que je vais dire soit une de ces phrases de prospectus dont la banalité ne trompe plus personne ; l’intérêt n’a pas été le moteur créateur de cette entreprise, j’ai cédé aux instances des plus recommandables philanthropes qui ont bien voulu m’honorer, m’aider de leurs conseils, et m’engager à ne point abandonner une entreprise · dont je ne cherche pas à me dissimuler les écueils, et qui d’abord m’s »vsit paru une utopie irréalisable.

Je n’ai pas non plus commencé à agir sans m’être entouré de toutes les lumières qu’il était possible de recueillir ; j’ai pris les avis des personnages haut placés qui se sont spécialement ° occupés de la matière ; j’ai consulté d’anciens et loyaux domestiques : l’approbation des uns et des autres a été une récompense prématurée dont jesaurai, je Pcspére, me montrer toujours digne. I

Sans pourtant négligertesanclens domestiques, je m’occuperai plus spécialement des hommes nouveaux qui débuteront dans la capitale, car souvent les premiers pas d’un homme déddentde sa vie toute entière. Une correspondance seraétublie avec MH. les maires de PAGE MANQUANTE PAGE MANQUANTE l l 8 SUC

ner le fruit caché sous une rude écorce. Ilexiste malheureusement des hommes essentiellement vicieux et contre lesquels tous les correctifs doivent échouer ; mais il en est, et le nombrc de ceux-là est plus considérable qu’on ne le pense, dont les fautes sont excusables, si l’on veut bien avoir égard aux circonstances qui les ont fait commettre.

~ Autrefois il n’était pas rare de rencontrer des domestiquesquî honoraient leur profession par des sentimens élevés et une probité à toute épreuve, cela se conçoit ; autrefois le domestique était un des membres de la famille ; le maître savait lui pardonner les fautes légères, les défauts de caractère, il s’occupait de son bien être, il cherchait à lui rendre sa position supportable, et lorsque les années avaient blanchi sa tète, il assurait son avenir. Aujourd’hui s’ils ne vont pas mourir à l’hôpital, les domœtiques périssent d’inanition sur la voie publique. On doit à tous les hommes, quelle que soit d’ailleurs leur position sociale, la considération qu’ils méritent : pourquoi les domestiq ues sont-ils déshérités de ce qui leur appartient ? Les maîtres trop souvent oublient en leur parlant, qu’ils s’adressent à des êtres doués d’organes SUB-SUR H9

semblables aux leurs et tout aussi sensibles ; ils ne ménagent pas leur susceptibilité, ne s’occupe ut pas de leur avenir : cette négligence, cet égoïsme, font les mauvais domestiques ; mais lorsqu’ils seront certains de n’avoir sous leur toitque des serviteurs probes, fidèles, laborieux, ils voudront bien sans doute leur accorder cette considération qui rehausse l’homme à ses propres yeux, Pencourage à bien faire et lui persuade que la droiture et l’honneur peuvent seuls constituer un bonheur véritable. » SUER (l’un :) UN CHENE SUR LE TRIMAR. — A’ssassiner un homme sur la route. SURBINE. — Surveil|ance. Le philanthrope par état est, sauf quelques rares exceptions, un individu bien gai, bien gros, qui dort la grasse matinée et s’apitoie, après boire, sur le sort des malheureux qu’il· est chargé de secourir. Quelles que soient, au reste les obligations qu’impose le métier de plnilantrope, il iàut croire cependanvque c’est un excellent métier, n car, maintenant la philanthropie, comme l’esprit, court les rues ; tous ceux qui ne savaient que laire se sont mis philanthropes. Ils ont taille N leur plume, et ont écrit pour le peuple et dans l’intérêt du peuple. Ils ont gagné à ce métier 120 SUR

des biens au soleil, des décorations et des inscriptions-sur le grand livre. Mais, c’est en vain que je regarde autour de moi, je ne vois pas ce que le peuple a gagné. Il est assez étonnant qu’il n’ait point recueilli les fruits que devait produire le travail des hommes qui comprennent si bien ses intérêts.

Quelques grandes mesures ont-elles été prises ? A-t-on fait quelque chose qui pût servir au bonheur ou à l’a amélioration des classes infimes ? Je ne le crois pas. Et cependant la plu- H part des plaies qui rongent la société pourraient p être guéries, si seulement on y mettait le doigt. La surveillance joue un grand rôle dans la vie du voleur, et souvent elle fixe sa destinée ; aussi j’ai cru devoir donner à cet article une étendue plus grande que celle de tous ceux qui précédent ou qui suivent, et le diviser en plusieurs paragraphes. Ils sont destinés à faire connaître les causes qui conduisent la main de la plupart des hommes lorsqu’ils commettent un premier crime ; les germes de corruption que renferment les bagues, les maisons cen- p traleset même les maisons de correction ; la possibilité d’amé|iorer l’état moral des libérés ; le quatrième, l’in utilité de la surveillance. " ¤·g¤·’.. SUB l 2l - § l. On naît poëte, on nait maçon, dit un vieux proverbe. On pourrait dire, en donnant à ce proverbe une certaine extension, on nait voleur, et ajouter que la société n’a pas le droit de punir un homme seule meut parce que son organisation est vicieuse. Mais l’expérience a depuis long-temps prouvé, les phrénologistes eux-mêmes ont reconnu que l’éducation pouvait corriger les torts de la nature. Ainsi donc, une société bien organisée a le droit incontestable de punir ceux qui violent ses lois. Mais l’exercice de ce droit doit être subordonné à l’observation’de quelques conditions qui ont été énumérées par de plus habiles que moi. Ces conditions, dans l’état actuel de notre société sont-elles observées ? Je ne le crois pas. La famille des voleurs, je dois en convenir ; est beaucoup plus nombreuse qu’on ne se l’imagine, et je ne parle ici que de ceux qui violent ouvertement les lois pénales du pays. Il en est de même des causes qui leur donnent naisJ-Y 122 ’ SUR p sance. Elles sont nombreuses aussi, et leur énumération formerait sans peine la matière de deux volumes semblables à ceux-ci. Je ue parlerai donc que des principales : le manque d’éducation, la misère, les passions. Le manque d’éducation. Presque tous les voleurs sortent des rangsf du peuple. Pourquoi ? ’ll’in’est pas difficile de trouver une réponse à cette question. · I Les gens du peuples, saul’quelques rares ex-P ceptions, quittent leur domicile le matin pour aller àleurs travaux, et n’}· rentrent quele soir pour souper et se livrer au sommeil. Ceux d’entre eux qui ont des enfans les laissent courir toute la journée dans la rue, et ne cher client à savoir ni ce qu’ils ont fait, ni ce qu’ils ont appris. Et c’est parce qu’ils croient qu’il

vaut bien mieux les laisser courir que de les enfermer,

qu’ils agissent ainsi, ce n’est point par indifférence. Oh !’non, les gens du peuple aiment leurs enfans. Ces enfans, livrés ainsi à lux-mêmes, sans autre guide que leu-r libre arbitre, envient le sort de ceux de leur camarades qui peuvent jouer au bouchon et acheter quelques friandises, et ils ne manquent pas de faire comme -1 SUR 123

eux. Ils dérebent quelques objets de mince valeur à Pétzlage d’nne· boutique, puis ils s’aguérissent et deviennent d’auiiacieux voleurs. · Que l’on ne croie- pas que je tire une consé·· quence· grave d’un· fait insignifiant, l’expé· rieuce m’a· démontré la vérité de ce que j’avence ici. La plupart : desenûms que j’avais. vu errsrsausbutsur la-voie publique sont dave ? nus après avoir commencé par des riens, déboutés voleurs, et sont enfin tombés entre mes mains.

Mais, me répondra-t-on, tous les enfans dupeuple ne sont pas élevés ainsi : il y a des salles d’asile. D’accord=, mais les salles d’asile, insti-· tutions éminemment utiles, ne sont pas assez nombreuses pour que lous les enfans puissent en obtenir l’aceès. Il y a aussi des écoles spécialement destinées aux enfans du· peuple. Apprendëondans ces écoles, et même dans celles u d’un ordre plus élevé, à respecter les lois du pays ?’Non. On peut donc, jusqu’à un certain point, croire que celui qui commetun premier crime, et qui est jeune encore, ne pèche-que par ignorance. Puisque tous les Français doivent connaître la loi, apprenez la loi à tous les Français. Mais tous les parens ne voudraient, —124 SUR

peut-être pas envoyer leurs enfans aux salles d’asile P Cela n’est pas probable ; mais on pourrait les y contraindre, car le droit de faire le bien est un droit incontestable. La misère. Il y a, dit-on, du travail pour tout le monde, cependant ceux qui avaient écrit sur leur drapeau vivre en travaillant ou t mourir en combattant, n’avaient pas de tra-. vail. Cependant, tous les jours les tribunaux condamnent des individus qui n’ont ni domicile, ni moyens d’existence, et qui cependant ne sont pas encore devenus voleurs. Si ces individus avaient trouvé l’occasion d’utiliser leur facultés, ils n’auraient probablement pas manqué de la saisir, car je l’ai déjà dit, et je le repète, leur misère est une présomption en leur faveur.

Les passions. Les gens qui ont toujours vécu dans l’abondance, qui n’ont jamais eu le temps [ de former un désir, conçoivent difficilement que l’on commette un crime, une mauvaise \ action, même pour satisfaire une passion. Il n est très-facile d’être vertueux lorsque l’on possède. S’ils devenaient malheureux, ils auraient probablement un peu plus d’indulgeno0 PM"’u celui qui ne s’est jamais couché dans un bon SUR H5

lit, qui passe les trois quarts de sa vie exposé à toutes les injures du temps, qui mange du pain sec à la fumée de leurs cuisines, et qui vole pour se procurer quelques jouissances. Lorsqu’il existera des écoles dans lesquelles les enfans du peuple recevront une éducation proportionnée àleurs capacités ; lorsque des professeurs seront chargés de leur faire connaître et respecter les lois du pays et de leur apprendre par leurs paroles, et surtout par leur exemple, à chérir la vertu ; lorsqu’en sortant de ces écoles, ils pourront entrer dans un établissement pour y apprendre un état, et y contracter des habitudes d’ordre et de sobriété. Lorsque l’homme dénué de ressources pourra, sans craindre de se voir ravir le plus précieux et le dernier de ses biens, la liberté, aller trouver le commissaire de police de son A quartier, et lui demander ce qu’alors il obtiendra, du pain en échange de son travail ; lorsqu’en fin, quelques lois préventives seront écrites à côté des lois répressives de notre Code, alors seulement il sera permis dese montrer sévère sans cesser d’etrejuste ; car personne ne pourra jeter au visage du magistrat qui, torse qu’il est assissur son siège, représente la société 4 26 SUR

tunteentière : ~ ¤l’ui volé POI ! manger, je veux bien -m’acquitter dmlartàche qui m’est imponée, mais jesuis homme, fai le droit devine, et la société dont wus êtes le représenta n’a pas celui demo laisser ·mun•rir•x\efaim. · Maintenant il tant admirer ceux qui restent vertueux, plaindre ceux qui suœanhem, leur tendre la main lonsqu’ilsm¤t-e•: pié leursùutes, etcherchernwec soin Iesmoyens de les enpà- ’ olœrale succomber de nouveau ·.

Persome, jeiepenue, nemetm on doute l’utilled’& tablisumena semblables i ceux queje propose, mais on pourrait objecter qu’il nÈy a’pus d’argent pour les fonder ; l’argent ne manqué ’point lorsqu’il n’agit de futilità ; avec ce que coûte un vaisseau carton, on pourrait fonder une uile d’asile, nvecee que coûte Nmetion (un obélisque qui ressemble plus à la cheminée (une u aile qu’à touttiutreobose, bnfeuttnil établir un Itdint dans lequel les nécessitant trouveraient toujoum du travail, au reste je ne <« is pas pourquoi on n’imposerait point ceux qui possèdent, ils boiraient’peut-ètrequelqixns bouteilles de champagne de moins, ils ne donneraient pas autant à la danseuse qu’ils entretiennent, mais où serait lemnhilü mamepoululednvivresuns chmpgne et sans üueune.

Oesètablisuemens, si jamais ils existent, devnneun ’L SUR 12’ !

§ ll.

On peut concluro de ce qui précède q-u’il y a, parmi les hommes qui languissent dans les bagues et dans les maisons centrales, des individus qui, quoique bien coupables sans-doute, doivent cependant inspirer quelque intérêt. Mais il y a aussi, dans les bagues et dans les maisons centrales, des hommes qui exercent depuis si long-temps, qui se sont si bien familiarisés avec tous les crimes, et dont la nature est si corrompue, que tous les correctifs passibles doivent échouer contre eux ; de ces hommes, en un mot, dont on doit désespérer, et qui doivent être regardes comme des membtœgangrenés du corps social ; membres qu’il

faut retrancher si l’on ne vent pas que le corps tout entier périsse ; l’unique occupation de ces administrés par des philanthropes éclairés, et non rétribués. Si l’on veut diminuer le nombre desunalfeîteurs, il Intl !. ¢¤4ui n’est pas impossible, rendre meilleurs et plus heureux ceux qui appartiennent aux classes inférieures dela société. 428 SUR

hommes est de chercher à corrompre ceux qui ne pensent pas comme eux.

Les grands coupables, les voleurs’qui ont donné des preuves de hardiesse et de capacité, sont beaucoup mieux traités dans’les bagues et dans les maisons centrales, que ceux qui expient une faute légère au bagne ; les places de Barberot, de Payot, dans les maisons centrales, celles de conducteur de travaux, leur appartiennent de droit, et cela se comprend : ils sont ordinairement plus actifs, plus industrieux que les autres, ils ne se laissent pas abattre parla mauvaise fortune, et l’administration à laquelle ils rendent souvent d’importants services, et qui craint sans cesse qu’ils ne parviens ’nent à tromper sa vigilance, leur accorde tout ce qu’elle peut leur accorder. Daumas-Dupin, exrécuté à Paris il y a quelques années, était Payot au bagne de Toulon, et au moment où j’écris l’assassin Fort occupe la même place au bagne de Brest, et peut se promenerparlü ville accompagné d’un garde chiourme. Ce n’est pas tout encore, les individus dont je parle reçoivent souvent des secours de leurs camarades libres ; ils rient, chantent et boi" vent ; les autres, au contraire, sont abandonnés § SUR 129

de tous, aussi l’envie de jouir des mêmes avantages les engage à profiter des leçons qu’on veut bien leur donner ; le mépris que les grands coupables et quelquefois même les employés subalternes de la prison dans laquelle ils sont détenus’leur témoignent, les humilie, et rien ne leur coûte pour conquérir l’estime de ceux auxquels d’abord ils ne pouvaient penser sans éprouver un sentiment d’horreur ; cela est si vrai, que j’ai vu plus d’une fois des hommes s’accuser de crimes qu’ils n’avaient pas commis, pour acquérir le droit de dire qu’ils appartenaient à la Hank Pègre.

L’argot est à-peu-près la seule langue qui soit parlée dans les prisons et dans les bagnes, ’même par les employés supérieurs et inférieurs. Ce jargon donttous les mots expriment les choses du métier familiarise avec elles. L’autorité ne tient pas le moindre compte des efforts que lait le prisonnier pour reconquérir l’estime qu’il a perdue ; les condamnés savent cela, et bien certains que l’on ne croira ’même pas à leur repentir, ils se livrent à leurs penchans au lieu de les combattre. I Le mépris que l’on témoigne aux condamnés, la rudesse avec laquelle on les traite, les || 8 | 30 SUR

humiliations qu’on leur fait éprouver, linittént par leur persuader qu’ils n’appartiennent plus à la société, etcela ne doit pas étonner, on prend pour ainsi dire le soin de leur apprendre qu’ils seront repoussés de tous 10rsqu’ils seront rendus à la liberté, et que des remords véritables, une bonne conduite soutenue, n’e6awront pas la tache qui est imprimée sur leur front. Est-il donc étonnant qu’ilsse découra• gent et finissent par croire qu’ils doivent secepter la guerre que la société leur propose ? Tai dit à la fin du premier paragraphe que l’homme qui restait toujours vertueux deuil être admiré, je dois dire : en terminantceluàvb que l’on nesaumittétrioigner trop de reconnaissance a celui qui, lorsque tant d’éléments de W ruption ont été, pour ainsi dire, ligues c0¤l•* lui, ne sort pas du bagne ou de la priwll plus mauvais qu’il n’y est entré. § Ill.

Personne encore ne s’est occupé léflûmœ ment du sortdes libérés ; on a cru pmb¤W’ ment qu’ils n’étaient point susceptibles d8 ’° corriger, ou bien que l’entreprise n’étai¢ W SUR 131

assez importante pour être tentée. Cependant, si l’on voulait bien essayer de ramener insensiblement les libérés sur la bonne voie, je crois que la morale et l’humanité gagneraient quelque chose à cet essai..

Si le législateur n’avait pas pensé que les hommes qui ont failli pouvaient se corriger, et redevenir meilleurs, il urait sans doute conservé le code de Dracon. Mais s’il a voulu proportionner les peines aux crimes et aux défits ; s’îl a laissé aux magistrats chargés de les appliquer la faculté de les modérer encore, suivant que le coupable leur par attrait mériter, soit par ses antécèdens, soit par son repentir, plus ou moins d’indulgence, c’est qu’il avait au contraire la conviction que l’homme condamné à une peine temporaire pouvait s’amender, se corriger et reprendre dans la société la place qu’il n’avait que momentanément perdue. J’ai vu des exemples de correction bien frappans. J’ai employé des hommes qui n’avaient jamais exercé qu’une seule profession, celle de ’ voleur, qui avaient subi plusieurs condamnations, que l’on devait en un mot croire incorrigibles, cependant, je n’eus jamais l’occasion de me plaindre d’eux. Je puis le dire à haute 1 Bi Sl} Il voix, pas un seul des libérés que j’ai employés n’a commis une infidélité pendant qu’il était sous mes ordres. QueIques-uns furent renvoyés soit pour ivrognerie, soit pour incapacité, et replacés en surveillance dans les départemens ; c’est alors seulement qu’ils se firent condamner de nouveau. Je le répète, parce que j’en ai l’intime com viction, la plupart des libérés peuvent être amenésà résipiscence. Beaucoup de condamnés pourraient donc reprendre dans la société la place qu’ils occupaient précédemment, sila surveillance ne venait pas les saisir à leur sortie de prison. § IV. Beaucoup de personnes très-estimables du reste, et dont la bonne foi ne saurait être mise en doute, considèrent la surveillance comme une mesure éminemment utile. Il leur parait juste et naturel à la fois, quo la ait les yeux toujours fixés sur ceux de ses membres qui ont violé ses lois, et qui, parle fait seul de cette violation, se sont volontairement mis en état de suspicion légitime. SUR 133

Il est malheureusement plus facile de-rétorquer par des faits que par des raisonnemens les argumens que ces personnes avancent pour soutenir leur opinion. ’ ’

La surveillance serait une mesure utile, si nous étions tous exempts de préjugés. Malheureusement il n’en est pas ainsi.

Quoique nous soyons, dit-on, lcpeuple le plus éclairé de la terre, les préjugés nous dominent encore. Lorsqu’un débiteur a payé cc qu’il devait, personne ne vient lui reprocher les retards qu’il a mis à acquitter sa dette. La position du libéré est, suivant moi, tout-à-lltit semblable à celle du débiteur retardataire. Il devait à la société une réparation quelconque, * et s’il s’est acquitté en subissant la peine qui lui a été infligée, pourquoi donc lui reprocher sans cesse la faute ou le crime qu’il a commis ; pourquoi le repousser impitoyablement ? Lorsque les Pharisiens voulurent lapider la femme adultère, Que celui qui est sans péché lui jette t la première pierre, » dit le Rédempteur, et la femme adultère vécut pour se repentir. Vous êtes donc plus purs que le Rédempteur, vous tous qui etes sans pitié. ’ Je connais des gens qui occupent dans le 4 34 SUR

monde de très-belles positions, et qui méri- n tent sous tous les rapports l’estime qu’ils inspirent. Cœ hommes cependant ont tous subi des condamnations plus ou moins fortes ; Eli bien l je le répète, ils méritent l’eetime qu’ils inspirent, et, cependant, si leur position était connue, ceux qui maintenant leur touchent h main, qui les admettent à leur table, s’en éloignbrnient comme on s’éloigne d’un lépreux on d’un pesti

J’ai vu souvent des libérés parvenir, en ca-Glllül leur-position, à se faire admettre dans un atelier, s’y très-bien conduire durant plus leurs années, et cependant en être ignominieusement chassés lorsqu’elle était connue. Les conséquences de la condamnation sont done plus terribles cent’fois que la condamnation elle-même pour ceux qui sont soumis, à l’expiration de leur peine, à la surveillance de la haute police. Et, je necrains pas de le dire, N les libérés qui n’ont point de fortune doivent opter entre deux partis, mourir ou redevenir ce qu’ils étaient. Mourir ! ’tous les hommes n n’ontpas assez de courage pour cela. Le libéré q repoussé durement par cette société que jedi ! ilaolïensee, maisà laquelle cependant il ne p à n SUR 135

doit que ce que tous les hommes doivent, reprend ses anciennes habitudes, il va retrouver ses camarades du temps passé, qui lui donnent ce qui lui manque, un asile etdu pain, et bientôt il redevient malgré lui ce qu’il était jadis. Qui donc à tort ? C’est la société ; ce sont les préjugés. Pourquoi ne pas écouter l’homme qui vient à résipiscence, l’homme auquel une circonstance souvent indépendante de sa volonté, une mauvaise éducation, une passion qui n’a pas été combattue ont fait commettre une link quelquefois involontaire, et souvent excusable Pourquoi se montrer inhumain pour le seul plaisir de l’être ? A quoi sert un code qui pro-· · portion ne les peines aux défits, si le coupable est marqué pour toujours du sceau de la réprobation ? L’injuste préjugé créa la récidive. Que l’on ne croie pas que le libéré succombe toujours sans avoir combattu. Lorsque j’étais chef de la police de sûreté, des libérés qui avaient obtenu la permission de résider A Paris, et qui ne pouvaient trouver du travail, ve- q noient Souvent me’voir et me demander des secours. Je les seconrus long - temps, mais enfin je fus forcé de cesser, alors ils volérent g pour vivre., 136 SUR Le séjour des grandes villes est interdit aut libérés, et cependant ce n’est que dans les grandes Gilles que ceux d’entre eux qui exereent quelquesmnes des professions qui se attachent au luxe, peuvent trouver des moyens d’existence. ’ ils sont souvent envoyés ai résidence là où ils n’ont’ni parens ni amis ! Que’peuvent-ils faire ? ’ ’ Si la surveillance était cllieaee, si elle prêvehdit toutes les réoidives, je comprendraùîü qu’elle fût conservée, dut la mort de tous let libérés bons ou mauvais s’en suivre. Les intérêts particuliers doivent toujours céder W pas aux intérêts généraux ; mais, je ne crains pas de le dire, la surveillance ne sert abs9l¤· ment à rien. I I ’ ’ A On peut sly soustraire moyennant 100 Tf-En bonne morale, si on laisse subsister la surveillance, il ne devrait jamais être permissu libéré de s’en affranchir, car dans l’état actœl de notre législation, si les magistrats eb0\’8é’ d’appliquer les lois ontinlligé à un llûmmeh peine de la surveillance, c’est que prob¤b|°’ ment il la mérite. Eh bien, je le dem8¤d°· nest-il pas ridicule que la possession d’““° SUR 137 somme de 100 francs puisse rendre nuls les effets de la loi ? Est-ce que cette Fatale tendance de notre siècle, qui n’accorde des vertus qu’à celui qui possède, serait devenue une règle assez générale pour ne point souiïrir d’exceptions ? Groit-on par hasard que le libéré qui peut acheter sa surveillance est plus vertueux qu’un autre ? S’il en est ainsi, on se trompe bien grossièrement, le libéré qui veut mal faire a bientôt trouvé dans la poche de ses camarades ou dans celle du premier recéleur venu, ce qui lui manque pour être tout-à-fait libre. W Belle garantie pour la société qu’une somme de 100 francs ! En thèse générale, on doit mieux penser de · celui qui ne peut payer son cautionnement que de celui qui, le jour même de sa sortie de prison, s’empresse de porter au bureau de police de sa commune la somme exigée par l’administration. ’ ’ (3’est cependant pour lui que sont réservées toutes les rigueurs de la police, on ne s’occupe pas plus des autres que s’ils n’existaient pas. Je connais à Paris un libéré du bagne de Lorient qui porte à sa boutonnière trois dé138 SUB ’ ·

cotations : la Légion-d’Honneur, Saint-Louis et la Croix de Juillet. fai vainement signalé cet homme à la police, on ne lui a jamais livmandé, du moins je dois le croire, seulement d’où ni de qui il tenait ces décorations. Si cet homme s’était amendé, je n’en parlerais pas ; mais il est encore ce qu’il était jadis, un insigne lripen, et son unique métièrest d’exploiter le commerce de Paris et des départemens, il est devenu l’un des plus habiles Fall mm de la capitale ; aussi je crois rendre à mas lecteurs un important service en leur esquissant le portrait de cet individu. Il peut être agé d’environ cinquante-cinq ans, sa taille sstêie vée, ses manières sont celles de ·la bonne compagnie, ses cheveux sont gris, et sa physionomie assez agréable ; il est toujours paré du ruban de ses décorations.

Je ne signale cet individu que pour prémunir les commerçans qu’il pourrait stmquen ü qui, s’ils n’étaient pas prévenus, succomberaient infailliblement, car le sieur P. A··· M manque ni d’esprit ni d’instruction ; il peut sans peine prendre toutes les formes, même celle d’un honnête homme.

Plusieurs centaines d’individus serubiâblü SUR 139 à celui dontje viens de parler, et dont la position est la même, vivent et vivent bien aux dépens de ceux qu’ils dupent. Cependant on ne songe pas à les inquiéter, ils ont payé leur cautionnement. La surveillaœ est donc une peine inutile et immorale en même temps :· inutile parce qu’elle ne prévient ni ne répare rien, immorale parce qu’elle tourmente sans but des hommes qui peut-être ne demandent qu’à faire’oublier par leur conduite à vtmir leur conduite passée. Mais ce n’est pas seulement contre la peine elle-même qu’il faut s’élever, c’est aussi contre la manière dont elle est exécutée. Les libérés qui ont obtenu la permission de résider dans les grandes villes, sont fumés de se présenter à de certaines époques au bureau de police, de sorte que s’ils parviennent à-cacher toujours leur position, ils ne tardent pas à être pris pour mouchards. Dans les communes rurales ils sont soumis à l’arbitraire-du dernier garde champêtre, et ceux d’entre eux qui cultivent la terre ne peuvent quitter leur commune pour aller vendre leurs légumes au marché de la ville voisine U0 SUR sans rompre leur banc, et s’exposer à une peine correctionnelle. La surveillance est donc une captivité après la captivité. Si l’on ne veut pas que les libérés succombentdenouveau, si l’on veut qu’ils rentrent dans le sentier de l’honneur, il faut qu’una main secourable les prenne à leur sortie de la prison ou du bagne, et leur procure du travail.. Il linut quelquefois leur accorder quelques témoignages de confiance, afin deles réhabiliter à leurs propres yeux. Leur permettre surtout de cacher leur position, car, je le répète, les préjugés qui arrêtent encore la carrière de tant d’hommes, les préjugés contre lesquels nous crions tous, et auxquels cependant nous nous soumettons tous, Iespréjuges repoussent le libéré, aussi ils causent plus de mal et donnent naissance à plus ds récidives que les dispositions vicieuses des libérés. - ’ Que l’on envisage avec un esprit exempt de préventions, et surtout de sang-froid la question soumise in l’appréciation du lecteur, et’ chacun, quelle que soit l’infériorité-de son esSU Il 1 A I prit et le peu de lumières qu’il possède, trou-· vera, sans beaucoup chercher, un remède à opposer aux maux qui marchent à la suite des erreurs et des préjugés. · Les bornes que je mesnis imposées en commençant cet ouvrage ne me permettent pas de m’étendre davantage sur un sujet qui exige pent-être plus de développemens. J’ai indiqué le mal et les causes qui le produisent ; j’ai aussi indiqué les remèdes propres à le guérir ; je souhaite que ma voix trouve un écho dans le cœur de tous les hommes généreux. § V. Que l’on me permette maintenant d’ajouter aux détails qui précèdent le récit d’un fait rècent.

Par arrêt de la Cour d’Assises de Versailles, en date du 3 mai 1822, le sieur Jean-Louis Erosnier, alors âgé de quarante-trois ans, eu condamné à cinq années de travaux forcés. Crosnier avait commis un vol de céréales, la nuit, à l’aide d’escalade. Tant que dura sa captivité, Crosnier sut, par une conduite digne de servir d’exemple, méri1 42 SU R

ter l’estime et la protection des gens auxquels il était subordonné. Le colonel-directeur de l’artillerie de marine du port de Toulon le prit à u son service, et lors de sa libération, il luidé· K livra un certificat conçu en termes très-hon0· rables..

Les meilleurs argumens que l’on puisse opposer à la surveillance sont, sans contredit, - l’analyse du congé délivré au forçat qui s’y trouve soumis. Le forpat libere nepeut, d mobs : d’avoir obtenu une autorisation M- ’ cable, rdsüer ni à Panlv, ai à Versaüles, ni dam aucune villeoû üexùte des palais fûyllüîi · c’est-à-dire dans aucune des villes où il lui serait possible de cacher sa position, et de trou’ver du travail, s’il exerce une des professions qui se rattachent à l’articIe Paris. Il nepwî quitter sa re’.s·ùlem : e sans l’autorùation J ! : prçfet du département. Ainsi, s’il cultive |¤ terre, il ne pourra aller vendre ses fruits all marche de la ville voisine, sans rompre son hen-Quepeut-il donc faire ? Violerla loi, et voi¢*’ pour vivre ! C’est aussi ce qu’il fait prwllle toujours.

Crosnier, porteur d’un congé dont lemodëh est ci-coutre, revint en 1897 dans son p¤y*• N "°" ’ 2%


dé gou ecûül liza !.

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2993. Qowgc (de l’otçwt.,

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M ;, ,, ; Le Couussmxs ne x.A lhnuu, préposé A klIA¤lltXWI’I, Ãfflf• et du bdgllc III port de "’°’“*S°’°°’“’0"°’ Toulon, certife d tutti qIt’il appartiendra, que, \"""/ d’uprès lesordret de Son Excellence le Mxnxsne U ·|a¤·s· ne LA Mumia er nes Cumulus, en date du 28 mai |“82’l, il a, en sa présence, fbit détacher de la chaîne et mettre en liberté le nommé CKOSNIER, Juan-Louis, /orçat, détenu en ce port son : le h° 11,858, fils de Jun-Louis et de feu Arutinn-Rnsamn, mdte, prujèscion de jardinier, né à-llaurecnurt, département de Seine-et§ oise, le........ N, lunùmmlw 1119, taitte afsm mètre 64 centimètres, elnuu H pû ¤, ., amd¤’ ·, et nuttreils bruns, barbe id. grisonnante, visage mmptem hu mini- ovale plein, yeux gris, neslong, bouche moyenne, "’“* maxtor : rond, fronl couvert et étroit, tatoué sur les deux avant-bras légèrement, lequel avait été condamné, ti Mge de quarante-trois uu, à la peine de cinq mu de fers, le B mai 1822, par la Cour d’Assises de Seine-et-Oise séant dVersailles, poursoustrnction frauduleuse, dans un champ, de bottes de fèves, et d’un autre antérieur de raisins, commis la nuit. A l’aide d’escalade et de complicité, dans un clos fermé de murs, faisant partie d’une habitation, condamné en outre à la surveillance et à 200 fr. de cautionnement ; exposé le 9 juillet 1822.

letptclu déclaré choisir pour résidence Ihurccou rt, département de Seine-et-Oise.

En de quoi tc présent lui a été expédié, itëuoilrrk rtcutu. ·

pour tua servir et valoir ce que de raison, sans la "” condition qui lui o été notüiée, lorsqu’il o été re- \ pq, “ fm., mis aux Autorités civiles, de se conformer ottzditui-¤¤è~¤~· -· - 20 · positions du Décret du H juillet 1806.-An. 5. q

  • ·":& !É S9 39 Aucun forçat libéré, à moins d’une autorisation

— spéciale du Directeur général de la Police. ne r Il ïmuflf 59 59 pourra fixersa résidenoedans les villesdchtît. Versailles, Fontainebleau et autres lieux ou tl q M ••·•·••·i• ¢• M-HM. existe des palais royaux, dans les ports où du q “°m“N· bagues sont établis, dans les places de gum. ni à moins de trois myriamètres de la frontière q et des côtés. — An-r. 40. Aucun fumt liltérénc r pourra quitter le lieu de sa résidence, sans l’autorisation du Préfet du département. — An. tt.

t Sur toute la route à suivre par le forçat libéré. l’ol’ücier public du lieu auquel il sera tenu de ne gt présenter, visera sa feuille, et notera la somme lu • ··· •• R · qu’il aura remise au forçat libéré pour S€l’€Ddœ ZI: » à la nouvelle couchée qu’il lui aura indiquée ’~ ; Arr. 12. Arrivé à sa destination, le forçot libèfè ’·’-d’, " t · se présentera au Commissaire de poliœwltt u laire du lieu, qui lui délivrerison congün

  • 1 *~: · echange de sa feuille de route.

Si le dénommé au présent Congé mfidtü la ordres qui s’y trou tient mentionnés, et s’ü extra’contre hors de la route qui lui ouro été trttéttü V"’ sera arrêté et poursuivi par qui de droit, rW¤· i’°° ¢° Q°"& ?°l"’"° bir le : peines qu’il aura encourues. t — D, fa : mMmU’Fait d Toulon, le neuf du moisde juillet mil ’ c-. DABTUGUE. huüœm ’*¤8¢·¤¢P¤-I

Signé, RAYNAUL1’.

txt.) ln. 125. 4

Vu par /1* Comntissairjc gtivrnlde Id IMM’- t signe, mîntnu. q

’i SUR M5.

Porteur d’un semblable congé, il n’aurait certainement pas trouvé les moyens d’utiliser son industrie s’il n’avait eu que son travail pour · se procurer des moyens d’existence. Mais heureusement pour lui, il n’en.était pas ainsi ; il possédait quelques biens qu’il fit valoir. Enfin, il parvint à oublier près de sa femme et de ses enfans, les souffrances qu’il avait éprouvées. Grâce à une conduite régulière et à une sage. administration de.ses biens, Crostiier est aujourd’hui un des plus aisés habitons de la com-. mune qu’il habite, et il possède l’estime de tous ceux qui-le connaissent. ’ Persuadé que l’on ne pouvait lui refuser sa réhabilitation, et pour obtenir le’certificat de bonne conduite exigé par l’article $$20 du Code d’instruction criminelle, Qrosnier se présenta devant lesieur Memacle, maireile sa commune, assisté d’un conseil pourvu de procuration. - Fort du témoignage de sa conscience, et ne craignant pas que le maire pût lui dire qu’il n’avait pas de droits à recouvrer sa qualité de citoyen, Crosnier le pria de vouloir bien convoquer le conseil municipal de la commune. Le sieur Mcmacle lui ¤épondit qu’il ne le pouvait sans y être autorisé par M. le préfet du déparn. 9 tement de Seine-et-Oise ; et il ajouta que Crosnier ne devait pas espérer une décision favorable. « Qu’ai-je donc fait depuis que je suis « dans la commune ? dit alors Crosnier. — Je ne suis pas ici à confesse, répondit le maire. Je n’ai rien à vous dire ; seulement soyez bien ¤ persuadé que vous n’aurez pas ma protection. »

Crosnier n’ayant absolument rien à craindre, y se pourvut auprès de M. le préfet, et il en obtint, pour M. le maire, l’autorisation de convoquer le conseil. ’

Le conseil fut en effet convoqué ; il était seulement composé de trois membres. Une décision, rédigée à l’avance par le maire, fut signée séance tenante par les trois membres présens, et fut ensuite colportée chez les autres membres du conseil dont, il faut bien le croire, la religion fut surprise, car Crosnier possède des certificats signés d’eux, et qui otent toute valeur à la délibération du conseil municipal de Manrecourt. Cependant cette délibération ainsi faite fut envoyée au préfet du département. Il y était dit que le conseil ne polmîl délivrer le certificat qu’au tant que Crosnier sortirait de la commune. SUR 447

La loi, article 620 du Code d’instruction criminelle, ayant été mal interprétée par le conseil municipal de lllaurecourt, ou plutôt par le maire de cette commune, M. le préfet renvoya à ce dernier la décision en question, avec l’ordre de convoquer le conseil de nouveau, afin de savoir par une nouvelle décision s’il avait lieu d’accorder le certificat, et, dans le cas contraire, énoncer les motifs de l’empêchement. I

Peu de temps après, le fondé de pouvoir de Crosnier, après avoir acquis la certitude que I. le préfet avait envoyé un nouvel ordre à M. Mémacle, se rendit à Maurecourt et le pria de vouloir bien convoquer le conseil. ~ Je n’ai pas reçu d’ordre, n répondit le maire, sans s’écarter du respect qu’il devait au caractère que la loi accorde aux magistrats. Le fondé de pouvoir lui soutint qu’il avait reçu quelques jours auparavant cet ordre qu’il prétendait ne point connaître. Alors le sieur Memacle s’emporta, et dit au fondé de pouvoir que, tant qu’il serait maire, Crosnier ne serait pas réhabilité’ ; qu’il recevait tous les jours des voleurs et des forçats libérés, et que journellement il lui parvenait des plaintes contre lui. M8 SUR -

C’est ici le lieu de laire remarquer que c’est chez le sieur Memucle que fut commis le crime qui conduisit Crosnier au bagne. Quelques jours après, le fondé de pouvoir de Crosnier se trouva avec le sieur Memacle et un sieur Moret, membre du conseil municipal de la commune de Maurecourt, à la préfecture du département de Seine-et-Oise. Le sieur Ismacie, qui n’avait point encore aperçu le fonderie pouvoir, dit au secrétaire général que Crosnicr était craint de tous les hubitans du pays, et que ce n’était que grâce à la terretu qu’il inspirait qu’il trouvait à qui parler. Le fondéde pouvoir crut que son devoir était d’intervenir, et il son tint au sieur Memacle que œqu’il avançait contre Crosnier ne pouvait pasètre, puisque ce dernier était porteur de certificats qui émanaient de personnes trop recommandables pour qu’il fût permis de croire qu’elles NEW" ; en les signant, cédé à un sentiment de minit-Enfin, après quelques autres explications de w genre, il fut convenu que le sieur llerwlü convoquerait le conseil, et que l’on wml ! alors si la demande de Crosnier devait lui étu ? accordée.

En effet, une réunion du Conseil «· u¤î¤lP’ SUR 149

eut lieu, et sa décision rejeta la demande du pauvre Crosnier.

Ce qui précède n’est rien autre clioœ que le récit exact des liiits qui se sont passés dans une circonstance particulière, mais ce récit sulîira, du moins je l’espère, pour faireîconnaître les divers obstacles que le libéré doit. surmonter avant de pouvoir reprendre la place qu’il occupait dans la société. Le vol commis par Crosnier était de très-peu d’importance. De trois questions soumises au jury, In première fut résolue négativement, et les deux autres ne furent résolues dans un sens contraire qu’à la faible majorité de sept voix contre cinq ; ainsi donc, sur les doute hommes qui avaient mission de prononcer sur le sort de Crosnier, cinq ont cru à son innocence ; mais ce n’est point cela, un arrêt a condamné Crosnier, mon’intention n’est point d’en contester la justice, mais Crosnier a subi la peine à laquelle il :1 été condamné ; pendant tout le temps de sa captivité, il s’est fait remarquer par ss douceur, sa soumission, sa bonne conduite. Crosnier, depuis dix ans qu’il habite la commune de Maurecourt, n’a point, quoi qu’en dise le sieur Memacle, donné le moindre sujet 150 SUR de plainte, c’est ce que prouvent du reste les certificats dont il est porteur, certificats émanes des plus honorables propriétairesret cultivateurs de sa commune, parmi lesquels on en distingue trois qui ont rempli la place occupée aujourd’hui par le sieur Memacle, et sous l’administration desquels Crosnier a vécu durant - plusieurs années, et qui sont actuellement membres du conseil municipal existant. Le curé de la paroisse de Maurecomt, homme éclairé, et qui comprend bien tous les devoirs de son saint ministère, estime Crosnier. Un des anciens maires dont je viens de parler, est tout pret de répondre corps pour corps du pauvre forçat, auquel cependant 00 refuse ce que peut-être il paierait de sa vis même. Il faut nécessairement qu’il y ait dans WW ’affaire un dessous de cartes qu’il est impossible d’apercevoir. Je veux bien croire que le sieur Mem861¢ comprend trop bien les devoirs de sa ch1¤’8° pour vouloir faire servir le pouvoir que 86 concitoyens lui ont confié à la satisfaction •l¢ ses inimitiés personnelles. ’ ’ Je veux bien croire même qu’il à tout-Man SUR 1 51

oublié le léger dommage que lui a fait éprouver Crosnier, mais si l’on examine avec soin sa conduite, elle peut paraitre au moins extraordinaire.. M. Memacle refusant à Crosnier ce que celui-ci lui demande, est tout à la fois juge et partie, ce qui n’est guère convenable. Un homme délicat, à la place de M. Menacle, s’il ne s’était pas senti la force de pardonner, se serait récusé, et aurait laissé les choses suivre leur cours. Il est étonnant que M. Memacle, qui a été directeur du pouvoir exécutif en 1793, n’aie pas senti que son devoir était d’agir ainsi.

Il ne formule pas ses accusations, mais cependant il accuse Crosnier. M. Memacle ne me paraît guère conséquent ; ou ses accusations sont fausses, où il a manqué à ses devoirs en ne signalant pas à l’autorité judiciaire celui qu’il était chargé de surveiller.. M. Menacle a accusé Crosnier devant le conseil municipal, et il n’a pas voulu permettre au fondé de pouvoir de ce dernier de venir y présenter sa défense. Cependant lorsque l’on condamne un homme, ce n’est qu’après l’avoir entendu lui ou son avocat. I 52 SUR

I’ai cru devoir, dans l’intérêt du pauvre Crosnier, livrer à la publicité le récit des faits qui précèdent, et je souhaite bien vivement que l’autorité supérieure lui accorde enfin on qu’il désire, et dont il est si digne ’. ’ Les faits parlent plus haut que tous les discours possibles ; aussi je ne puis ma lasscrde citer des faits. Ur individu, nommé Carre, a peine âgé de treite ans, lut néanmoins condamné à seize années de travaux forcés pour un vol de deux lapins, commis de complicité à l’aide d’eti’raction ; mais, à raison de son age, la peine qu’il avait encourue fut commuée en seize années de prison. Carré se conduisit bien tant que dura sa captivité, et ar prit l’état de polisseur de boutons. Il fut assez heureux. lors de sa libération, pour trouver de l’occupation : et. durant plusieurs années, il ne donna pas le moindre Mtl ! de plainte ; mais le métier qu’il exerçait étant venu â tomber, il se trouva tout à coup dans la plus alïreutt misère. Pendant long-temps il vint tous les deux ou trois jours me voir, et à chaque visite je lui remettais troisou quatre francs ; mais, craignant sans doute quit W lassasse de le secourir, il ne revint plus, et vala. d¤¤’ une cuisine, deux casseroles qui pouvaient valoir dix francs au plus ; il fut arrêté pour ce fait, et condamné aux travaux forcés à perpétuité et à la marque. Lors du départ de la chaîne, j’allai voir Carré, Ni W connaissant pas les circonstances qui Puvaient portéû commettre un nouveau crime, je crus devoir lui adlnwf SUR 453

SURFINE, ou Sœurs : Gumrrst — Les voleurs donnent ce nom à des veleuses qui procèdent à-peu-près de cette manière :

Uâge de la Sœur de Cliarùe’est raisonnable, sa mise décente, même quelque peu monastique, elle fréquente les églises, assiste à toutes les messes, fait l’aumône, fait allumer des cierges, se confesse et communie au besoin ; après avoir quelque temps fréquenté une église ets’y être fait remarquer par sa piété et son exactitude, la Sœur de Charité cause avec les employés de l’église et les prie de lui indiquer quelques nécessiteux dignes d’intérêt, car elle sa, dit-elle, chargée de distribuer les aumônes d’une riche veuve ; Pun des employés, soit la loueuse de chaises ou tout autre, lui indique aussitôt quelques pauvres auxquels elle donne immédiatement deux ou trois francs, et elle se retire après avoir pris leur adresse et leur avoir promis des secours plus considérables. Quelques jours après la Sœur de Clumkd se quelques reproches. c Bh ! Monsieur, me répondit- il, je ne pouvais trouver de l’ouVI’=i3e nulle part : j’étais repoussé de tout le monde, je n’ai volé que pour être condamné de nouveau au bagne ; du moins ie mangerai tous les jours. n 1 54 SUR

rend chez un des pauvres qu’elle a assisté, et lui dit qu’elle est heureuse de pouvoir lui annoncer que madame la marquise ou madame

la comtesse veut bien prendre sa position en considéra tion, et lui accorder quelques secours ; mais, ajoute-t-elle, madame, qui ne veut point que ses bienfaits servent à satisfaire des passions mauvaises, ne donne jamais d’argent. Vous allez me dire ce qui vous manque, et vous Pobtiendrez en nature ; elle examine alors les effets de son protégé, fouille partout, carellc veut acquérir la certitude qu’on ne simule pu des besoins que l’on n’éprouve point. Les pauvres honteux possèdent presque toujours, quelques débris de leur fortune passée. qui servent à leur rappeler des temps plus heureux ; pendant qu’elle fouille dans les tiroirs, la Sazurde C/’zan2’¢’sait s’emparer adroitement de ces objets ; cela fait, elle fait sortir le pauvre diable pour le mener de suite chez la noble dame qui veut bien s’intéresser à lui, mais avant d’etrearrivés à la destination indiquée elle a trouvé le moyen de s’en débarrasser. Dans le courant de l’année 1814, deux Rumamàzlwlles, la mère Caron et la Duchènm

dévalisèrent, en procédant ainsi, un grand SUB—S’l’R 455 nombre de malheureux ; elles aivaient, à la même époque, commis un vol très considérable ! au préjudice du brave curé de Saint-Gervais ; ï ces deux femmes, découvertes et arrêtées par moi, furent condamnées deux mois après la consommation de ce dernier vol. p SURGEBÉ (Era :), v. p.—Etre condamné en dernier ressort. SURGEBEMENT, s m. — Arret définitif en cassation. ’ SUR LE GRIL (Enum), v. p. — Attendre le prononcé de son jugement. ’ STROC, s. m. — Septier.

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  1. Note Wikisource : voir aussi Les Sabouleux en l’annexe « Pièces justificatives »
  2. Le père Cornu, dont j’ai parlé dans mes Mémoires, avait trois garçons et deux filles : les garcons sont morts tous les trois sur l’échafaud, et les deux filles en prison. Le caractère de l’une d’elles, nommée Marguerite, était si cruel, qu’un jour, après avoir de complicité avec toute sa famille commis un triple assassinat, elle porta la tête de l’une des victimes dans son tablier pendant tout le temps qu’elle mit à faire plusieurs lieues.