La Télégraphie atmosphérique/02

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LA TÉLÉGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE
LE MATÉRIEL ET LES DÉPÊCHES.

(Suite. — Voy. premier article et troisième article.)

Boîtes à dépêches. — Les voyageurs qui prennent place dans les convois lilliputiens que nous avons décrits sont des plis fermés contenant un message. On les empile par groupes de 30 à 40 dans un curseur. Ce curseur ou boite est formé de deux cylindres : l’un intérieur, en tôle ; l’autre extérieur, en cuir, servant d’enveloppe au premier. Pour composer un train, il faut ajouter après la dernière boîte un piston, afin de ne pas perdre la pression de l’air. Le piston est un morceau de bois garni d’une collerette en cuir, qui prend la forme intérieure du tube et constitue un joint presque hermétique, sans trop de frottement.

Appareil de réception et d’expédition. — Nous avons donné dans le précédent article le dessin du récepteur adopté d’abord, il est fort simple et peu encombrant ; l’expédition se fait par la même porte qui sert à l’extraction des boîtes. Quand il faut transborder un train d’une ligne dans une autre, cette manœuvre n’est ni assez rapide ni assez commode. On emploie maintenant un système plus complet qui est représenté ci-contre.
La Nature - 1873 - Télégraphie atmosphérique - p213.png
Appareil de reception et d’expédition.

Le dessin s’explique de lui-même : deux lignes pénètrent dans le bureau, aboutissant chacune à un appareil distinct. Au premier plan, un agent ouvre la porte A au moyen du levier d qui sert à l’expédition ; les boites et le piston sont jetés dans le tube, et attendent au point bas le courant d’air qui doit les propulser. Ce courant est produit au moment de l’ouverture du robinet c, qui commande la tête de l’appareil opposée au tube. Le robinet c′ distribue l’air sur la seconde ligne. Au second plan, la porte de réception B est ouverte par un deuxième agent, le train est en gare, les boîtes attendent qu’on les retire du tube pour donner le jour aux télégrammes. Tout cet attirail a quelque chose de la forme d’un canon ; l’effet seulement est plus bénin, les artilleurs ne sont pas exposés à être tués ; le pire accident qu’ils aient à redouter est de boucher le tube. Nous reviendrons sur cet inconvénient, qui se produit très-rarement.

Avant de quitter l’appareil horizontal, nous indiquerons une disposition qui est usitée, lorsqu’au lieu de l’appliquer à un poste tête de ligne, on le fait fonctionner dans une station intermédiaire. Cette distinction se rattache au groupement des bureaux par rapport aux moyens de production de force. Il est évident, en effet, qu’il n’est pas nécessaire que chaque bureau ait à sa disposition une provision d’air comprimé ou raréfié pour desservir les lignes adjacentes. On conçoit très-bien, qu’au moyen de centres de production repartis, par exemple, de trois en trois kilomètres, on puisse desservir trois sections consécutives.

L’installation de la station intermédiaire sera calquée sur celle de l’écluse d’un canal. Lorsque le train aura franchi la première section, une valve convenable maintiendra la pression à l’amont pendant l’opération du transbordement du train, et un robinet de communication, ouvert à propos, permettra à l’air de passer de la première section dans la seconde, pour pousser le train qui y aura été engagé. Le lecteur complétera cette esquisse ; par cette description sommaire, il aura une idée des divers dispositifs de détail que comporte l’exploitation du réseau des tubes pneumatiques. Le développement total pour le service télégraphique de Paris atteindra 50 kilomètres pour desservir autant de stations.

Dépêches. — La machine est montée, nous pouvons pénétrer plus avant dans le jeu des cycles. Les dépêches appartiennent à deux catégories : il y a les demandes et les réponses, les ordres et le compte rendu de l’exécution. Tout cela peut s’échanger d’abord entre un point de la ville et un point de l’extérieur (province ou étranger), ou inversement. Ce qu’il faut dans ce cas, c’est un centre, nom que nous avons donné à l’hôtel des télégraphes de la rue de Grenelle, en relation d’une part avec l’extérieur par le réseau des fils électriques, et avec l’intérieur par le réseau des tubes pneumatiques. Les circuits fermés, représentés sur le plan donné précédemment (1er article), expliquent comment cette double circulation est obtenue par l’échange des boîtes de départ substituées aux boites d’arrivée dans chaque bureau de passage.

Les facteurs effectuent la distribution dans la circonscription de leur station, tandis que le public vient au guichet pour faire taxer son message. Autrefois l’administration avait adopté un système de timbres d’affranchissement qui devait être complété par l’établissement de boîtes fixes levées périodiquement, afin de faciliter le dépôt. Il a fallu reconnaître que l’éducation télégraphique n’était pas assez avancée dans notre pays pour que l’adoption de cette mesure fut opportune. Les dépêches ainsi affranchies par l’expéditeur étaient le plus souvent rédigées d’une manière incomplète ou écrites d’une façon illisible, lorsqu’il n’arrivait pas que le compte des mots était erroné, au détriment de la taxe.

Le réseau des tubes pneumatiques remplit encore une fonction importante. Il s’adapte bien au service dit de la petite poste, c’est-à-dire à l’échange des dépêches de la ville pour la ville. On aperçoit dans ce cas un avantage nouveau : les dépêches peuvent être remises en original. Avec le tracé adopté, lorsque le réseau sera complet, un pli pourra toujours être remis d’un quartier à l’autre le plus éloigné, dans un intervalle de temps qui ne dépassera pas une heure.

Chaque année le développement des lignes augmente et le nombre des télégrammes de Paris pour Paris dont la minute elle-même peut être transmise, est de plus en plus grand.

Il semble que le compte des mots soit un non-sens dans ce système de transmission, et que l’application de la taxe devrait se faire d’après le poids. Cette observation qui est souvent reproduite est fondée ; si l’usage ancien a prévalu jusqu’ici, c’est que les dépêches qui transitent exclusivement par le tube sont l’exception, tant que le travail général n’est pas terminé.

Signaux électriques. — Nous terminerons aujourd’hui en indiquant comment la télégraphie électrique remplit un emploi accessoire dans le fonctionnement des tubes pneumatiques.

Les manœuvres d’expédition et de réception des trains ressemblent, ainsi que nous l’avons dit, à celles de l’exploitation d’un chemin de fer en miniature. La plupart du temps, ce chemin est à voie unique ; pour éviter les collisions et les portes d’air quand le convoi est arrivé à destination, on a disposé parallèlement au tube un fil électrique aboutissant dans chaque station à une sonnerie et à une pile. Des signaux réglementaires sont échangés à chaque arrivée ; grâce à cette précaution, les rencontres deviennent presque impossibles. Les seuls accidents sont les dérangements produits par des avaries survenues aux divers accessoires de l’exploitation.

Ch. Bontemps.

La suite prochainement.