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<references />
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=== TAILLE ===
 
s. f. On dit : « Une bonne taille, une taille négligée, une taille
layée », pour indiquer la façon dont est traité un parement de pierre.
La nature de la taille est un des moyens les plus certains de reconnaître
la date d’une construction ; mais, dès le {{s|XII}}, les diverses écoles de
tailleurs de pierre ont des procédés qui leur appartiennent, et qu’il est
nécessaire de connaître pour éviter la confusion. Ainsi certaines provinces
n’ont jamais adopté la laye ou bretture<span id="note1" ></span>[[#footnote1|<sup>1</sup>]], ou n’ont employé cet outil
que très-tard. Des tailleurs de pierre ne se sont servis que du ciseau
étroit ou large ; quelques contrées ont employé de tout temps le marteau
taillant sans dents, avec plus ou moins d’adresse.
 
Autant les ravalements des édifices romains, élevés sous l’influence ou
sous la direction d’artistes grecs, sont faits avec perfection, autant les
parements de nos monuments gallo-romains de l’empire sont négligés.
D’ailleurs les Grecs, comme les Romains, posaient la pierre d’appareil à
joints vifs sans mortier, épannelée, et ils faisaient un ravalement lorsque
l’œuvre était montée. Quand ils employaient des matières dures comme
le granit ou le marbre, la taille était achevée avant la pose. Beaucoup
de monuments grecs, en pierre d’appareil, sont restés épannelés. Le
temple de Ségeste, par exemple, le grand temple de Sélinonte, de l’époque
dorienne, ne montrent, sur bien des points, que des tailles préparatoires.
 
Quant aux édifices romains en pierre d’appareil, il en existe très-peu
qui aient été complètement ravalés. Le Colisée, la porte Majeure à
Rome, les arènes de Nîmes et d’Arles, celles de Pola, ne présentent que
des ravalements incomplets. Il est évident que, la bâtisse achevée, on
s’empressait d’enlever les échafaudages, et l’on se souciait peu de terminer
les ravalements, ou bien ils étaient faits avec une négligence et une
hâte telles, que ces ravalements conservaient une apparence grossière.
 
Il suffit d’examiner les nombreux débris que nous possédons de
l’époque gallo-romaine des bas temps, pour constater l’infériorité de la
taille des parements, tandis que les lits et joints sont dressés avec une
précision parfaite ; si bien que les blocs de pierre, même dans des monuments
d’une très-basse époque, sont exactement jointifs. Cette négligence
des parements tenait donc au peu d’importance que les Romains
attachaient à la forme, et non à l’inhabileté des ouvriers. Les tailles préparatoires
sont faites, dans les monuments gallo-romains, au moyen
d’une ciselure sur l’arête ; le nu vu de la pierre conservant la taille de
la carrière, faite à l’aide d’un taillant droit peu large. Quant aux lits et
joints, ils sont taillés au moyen d’une ciselure très-fine sur les arêtes
bien dégauchies, le milieu étant parfaitement aplani à l’aide d’un taillant
droit large et fin. Quelquefois ces lits et joints sont moulinés, probablement
à l’aide d’une pierre dure et rugueuse, comme de la meulière,
par exemple, ou de la lave. L’emploi de la lave, pour mouliner les
lits et joints, parait avoir été en usage dans les Gaules, car là où il existe
des restes de constructions gallo-romaines, nous avons fréquemment
trouvé des morceaux de lave, bien que les contrées où existent ces restes
soient fort éloignées des pays volcaniques.
</div>
[[Image:Taille.de pierre.epoque.merovingienne.png|center]]
<div class="text" >
À la chute de l’empire romain, les connaissances de l’appareilleur se
perdent entièrement. On ne construit plus qu’en moellon smillé, et les
quelques blocs de pierre de taille qu’on met en œuvre dans les bâtisses
sont à peine dégrossis. Cependant une façon nouvelle apparaît dans la
taille de ces parements de moellons. On sait le goût des races indo-germaniques
pour les entrelacs de lignes. Les bijoux que l’on découvre
dans les tombeaux mérovingiens présentent une assez grande variété
de ces combinaisons de lignes croisées, contrariées, en épis, formant
des méandres ou des échiquiers. On voit apparaître à l’époque mérovingienne
les tailles dites en arête de poisson (fig. 1), et ce genre de
tailles persiste assez tard chez les populations qui conservent les traditions
germaniques. Ces tailles en épis sont faites à l’aide du taillant
droit romain large. Jusqu’à l’époque
carlovingienne, la ciselure semble abandonnée.
On ne construit plus en pierres
d’appareil. Nous voyons au contraire la
ciselure employée partout dans les tailles
de pierre appartenant aux VIII<sup>e</sup> et IX<sup>e</sup> siècles,
ciselure inhabilement faite, mais
cependant cherchée, travaillée. Les moulures
sont complètement traitées pendant
cette époque, à l’aide du ciseau. Pour les parements simples, ils
sont grossiers, faits à la pointe et dressés avec le taillant droit large.
C’est en Bourgogne et dans le Charolais, pays riches en pierres dures,
que vers la fin du XI<sup>e</sup> siècle on voit apparaître une taille très-bien faite
à l’aide du taillant droit étroit, sans ciselures. Alors les pierres d’appareil
étaient toutes entièrement taillées avant la pose, on ne faisait pas
de ravalements:l’habitude que les ouvriers avaient prise, depuis la
chute de l’empire romain, de bâtir en moellon smillé, posé sur lits
épais de mortier, leur avait fait perdre la tradition des ravalements. Du
moellon smillé ils arrivaient peu à peu à employer des pierres d’un
échantillon plus fort, puis enfin la pierre d’appareil, mais ils continuaient
à la poser comme on pose le moellon qui ne se ravale pas; et ils taillaient
chaque bloc sur le chantier, soignant d’ailleurs autant les lits et
joints que les parements. Les constructions du XI<sup>e</sup> siècle que l’on voit
encore en Bourgogne, et sur les bords de la Saône, présentent de beaux
parements, dont la taille par lignes verticales sur les surfaces droites,
et longitudinales sur les moulures, est égale partout, fine et serrée. C’est
à cette époque que l’on reconnaît souvent l’emploi du tour pour les colonnes
et bases, et le polissage parfois pour des moulures délicates à la
portée de la main. En Auvergne, vers ce même temps, les tailles, quoique
un peu plus lourdes que dans la Bourgogne et le Charolais, sont
bien faites, régulières, et parfois rehaussées par de la ciselure sur les
moulures. Avant le XII<sup>e</sup> siècle, dans l’Île-de-France, les tailles sont grossières,
mal dressées, et rappellent celle des monuments gallo-romains.
 
Dans le Poitou, le Berri et la Saintonge, les tailles, avant le XII<sup>e</sup> siècle,
sont extrêmement grossières, faites à l’aide d’un taillant épais, coupant
mal, écrasant le parement, et laissant voir partout les coups du pic ou du
poinçon à dégrossir. La ciselure apparaît dans les moulures, mais elle
est exécutée sans soin et par des mains inhabiles.
 
C’est avec le XII<sup>e</sup> siècle, au moment où se fait sentir en Occident
l’influence des arts gréco-romains de la Syrie, que les tailles se relèvent
et arrivent très-promptement à une perfection absolue. Dans toutes les
provinces, et notamment en Bourgogne, dans la haute Champagne, dans
le Charolais et dans la Saintonge, les progrès sont rapides, et les tailleurs
de pierre deviennent singulièrement habiles. On voit alors apparaître
certaines recherches dans la façon de traiter les diverses tailles : les parements
unis sont dressés au taillant droit, tandis que les moulures sont
travaillées au ciseau et souvent polies. L’emploi de la bretture commence
à se faire voir sur les bords de la Loire, dans le pays chartrain
et dans le domaine royal. C’est vers 1140 que cet outil paraît être d’un
usage général dans les provinces au nord de la Loire, tandis qu’il n’apparaît
pas encore en Bourgogne et dans tout le midi de la France. Les
tailles à la bretture ne se montrent en Bourgogne que vers 1200, et elles
n’apparaissent que cinquante ans plus tard sur les bords de la Saône et
du Rhône, en Auvergne et dans le Languedoc. <span id="Montreal.Yonne19" ></span>Le chœur de l’église abbatiale
de Vézelay, qui date des dernières années du XII<sup>e</sup> siècle, et qui
présente des tailles si merveilleusement exécutées, montre en même
temps l’emploi du taillant droit très-fin, du ciseau, du polissage, et, dans
quelques parties, de la bretture à larges dents. Les bases, les tailloirs
des chapiteaux, les moulures des bandeaux, sont polis et d’une pureté
d’exécution incomparable. Même exécution dans l’église de [[Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle - Index communes M#Montreal.Yonne|Montréal]] (Yonne), de la même époque. Ces différences de natures de taille produisent
beaucoup d’effet et donnent aux profils une finesse particulière.
À dater du XIII<sup>e</sup> siècle, l’école de l’Île-de-France, qui prend la tête de
l’art de l’architecture, n’emploie plus que la bretture, mais elle polit
souvent les profils à la portée de la main, tels que les bases des colonnes.
Ce fait peut être observé à Notre-Dame de Paris, à Notre-Dame de
Chartres, à la cathédrale de Troyes, à Saint-Quiriace de Provins, à la
sainte Chapelle du Palais, et dans un grand nombre de monuments.
</div>
[[Image:Taille.pierre.cathedrale.Strasbourg.png|center]]
<div class="text" >
Pendant ce temps, dans les contrées où le grès rouge abonde, dans
les Vosges et sur les bords du Rhin, on continue de faire les tailles à
l’aide du poinçon, du large ciseau et du marteau de bois. On voit beaucoup
de tailles de ce genre à Strasbourg, où l’on se sert encore aujourd’hui
du même outillage. Dans la cathédrale de cette ville, on remarque
une grande variété de tailles du XI<sup>e</sup> au XIV<sup>e</sup> siècle, obtenues avec les
mêmes outils. Ainsi, dans la crypte de ce monument, sur le mur nord, on
voit des tailles faites au poinçon qui donnent ce dessin (fig. 2). Aux
voûtes de cette même crypte (XII<sup>e</sup> siècle), les tailles sont façonnées en épis
à l’aide du large ciseau strasbourgeois (fig. 3). L’église de Rosheim, près
de Strasbourg (XII<sup>e</sup> siècle), présente extérieurement et intérieurement
des parements taillés au ciseau large, ainsi que l’indique la figure 4. Il
faut dire que le grès rouge des Vosges ne peut guère être parementé
autrement qu’à l’aide de ce large ciseau, et les tailleurs de pierre de
cette contrée mettaient une certaine coquetterie à obtenir des tailles
d’une régularité et d’une finesse que permettait la nature des matériaux.
Dans l’Île-de-France, nos tailleurs de pierre, au XIII<sup>e</sup> siècle, taillent non-seulement
les parements, mais aussi les moulures les plus délicates, à
la bretture, ce qui exige une grande adresse de main. Cet outil (la bretture)
est dentelé avec d’autant plus de finesse, que les profils deviennent
plus délicats. Au XIV<sup>e</sup> siècle, ces profils acquièrent souvent une telle
ténuité, que la bretture ne saurait les dégager ; alors on emploie la ''ripe'',
sorte de ciseau recourbé et dentelé très-fin, et c’est perpendiculairement
à la moulure que cet outil est employé (fig. 5). Ainsi le tailleur de
pierre modèle son profil, comme le ferait un graveur, pour faire sentir
les diverses courbures. La ripe, au XV<sup>e</sup> siècle, est l’outil uniquement
adopté pour terminer tout ce qui est mouluré, et la bretture n’est plus
employée que pour les parements droits.
</div>
[[Image:Taille.pierre.cathedrale.Strasbourg.et.eglise.Rosheim.png|center]]
<div class="text" >
Dans des contrées où l’on n’avait que des pierres très-dures, telles que
certains calcaires jurassiques, le grès, la lave et même le granit, on
continue à employer le poinçon, le ciseau et le taillant droit. La bretture,
et à plus forte raison la ripe, n’avaient pas assez de puissance pour
entamer ces matières. Tous les profils étaient dégagés au ciseau et terminés
au taillant droit très-étroit, employé longitudinalement. On ne
voit de traces de l’outil appelé boucharde que dans certains monuments
du Midi bâtis de grès dur, comme à Carcassonne, par exemple, et cet
outil n’apparaît-il que fort tard, vers la fin du XV<sup>e</sup> siècle. Encore n’est-il
pas bien certain qu’il fût fabriqué comme celui que l’on emploie trop
souvent aujourd’hui. C’était plutôt une sorte de grosse bretture à dents
obtuses, au lieu d’être coupantes. Jusqu’à la fin du XV<sup>e</sup> siècle, la taille de
la pierre, en France, est faite avec une grande perfection, souvent
avec une intelligence complète de la forme et de l’effet à obtenir. Les
parements unis ne sont jamais traités comme les moulures. Le grain de
la bretture, et plus tard de la grosse ripe, apparaît sur ces parements,
tandis qu’il est à peine visible sur les parties profilées. Des détails polis
viennent encore donner de la variété et du précieux à ces tailles.
</div>
[[Image:Taille.pierre.XIVe.siecle.png|center]]
<div class="text" >
Avec le XVI<sup>e</sup> siècle, trop souvent la négligence, l’uniformité, le travail
inintelligent, remplacent les qualités de tailles qui ressortent sur nos
vieux édifices. Puis, depuis le milieu du XV<sup>e</sup> siècle, on ne mettait plus
guère en œuvre que les pierres tendres à grain fin et compacte, comme
la pierre de Vernon, les pierres de Tonnerre, le Saint-Leu le plus serré.
Il n’était plus possible, sur ces matériaux, de se servir de la bretture,
on employait les ripes grosses et fines. Ces outils ont l’inconvénient,
pour les parements unis surtout, si l’ouvrier n’a pas la main légère,
d’entrer dans les parties tendres, et de se refuser à attaquer celles qui
sont plus dures. Il en résulte que les surfaces ripées sont ondulées, et
produisent le plus fâcheux effet sous la lumière frisante. On en vient à
passer le grès sur ces parements pour les égaliser, et cette opération
amollit les tailles, leur enlève cette pellicule grenue et chaude qui accroche
si heureusement les rayons du soleil. Les moulures, les tapisseries,
prennent un aspect uniforme, froid, mou, qui donne à un édifice
de pierre l’apparence d’une construction couverte d’un enduit.
 
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<span id="footnote1" >[[#note1|1]]:Outil dont le taillant est dentelé (voyez [[Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 2, Bretture|Bretture]]).
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