Différences entre les versions de « Le Jardinier, la Ronce, la Traînasse et les Fleurs »

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[[Catégorie:1844]]
[[Catégorie:Valachie]]
[[Catégorie:Revue de l’Orient]]
 
<div class="text">
{{Titre|Le jardinier, la ronce, la traînasse et les fleurs||Revue de l’Orient, tome troisième. Chez Delavigne, Paris, 1844. ({{abréviation|pp.|pages}} 342-344)|nocat=1}}
 
 
{{t3|Fable vallaque<ref>La fable est originaire d’Orient, où le despotisme force les peuples opprimés à
couvrir la vérité du voile de l’allégorie. La pièce dont on va lire la traduction, et qui
nous est envoyée de Vallaquie, a trait aux derniers événements dont cette principauté
vient d’être le théâtre.
<p>Le ''jardinier'' est l’hospodar ; la ''ronce'', la politique russe ; la ''traînasse'', ses agents ;
et les ''fleurs'' sont les Vallaques.
<p>L’auteur de la lettre par laquelle cette pièce nous est parvenue regrette amèrement
que le colonel Tuzel, Allemand au service de Vallaquie, et qui a combattu contre les
Français pour l’indépendance de son pays, ait joué le rôle d’inquisiteur pour enlever
de son régiment toutes les copies de cette allégorie politique que le patriotisme y
faisait courir.</ref>}}
 
 
 
Une ronce épineuse et sauvage, — galeuse, venue je ne sais d’où, — arrachée
par l’aquilon, — et jetée dans un jardin riche et fertile, prétendait y prendre
racine parmi les fleurs odorantes. — Elle traînait après elle certaine herbe
maudite, — qui s’étend, s’allonge en mille bras, — s’attache, se cramponne,
prend racine en terre, — la dessèche, la rend stérile, — absorbe le suc des
plantes, — rend vaine la sueur du jardinier, — et dont le nom est ''traînasse''.
Nous savons ce que vaut la ronce, — pas grand’chose ; — ici pourtant, —
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elle prétend — être de la famille des roses. — Réjouissez-vous, amantes ;
jeunes garçons, faites vos bouquets. —
 
Enorgueillie de sa longueur, — qu’elle prend pour mesure de sa noblesse,
— elle sourit à sa queue, — qu’en guise de pompon elle a décorée d’un
''of'' — qu’elle fait sautiller çà et là, — ''of'' par ci, ''ef'' par là, — ''of'' dans tout le
jardin. C’est charmant !
 
Les fleurs curieuses se disent l’une à l’autre : — Mais, ma sœur, est-ce donc
une rose ? — Rose ! non, ma mie, mais une ronce. — Pauvres fleurs !
qu’allons-nous devenir ? — Mauvais augure que la ronce ! — Elle enlace, étouffe
et nous fera mourir. —
 
Charmantes sœurs, reprend la ronce, — qui les entend ainsi discourir, —
ne craignez rien, j’ai le même Dieu que vous, — comme vous je porte des
fleurs et je vous invite à fleurir. —
 
Là ! là ! disent les fleurs, ronce, tais-toi, — tu n’as pas de Dieu,
menteuse, — va donc, tire ta queue et déguerpis, — tu ne traînes après toi que
malheur — avec ta sœur — la traînasse, qui s’insinue, perce la terre, — se
faufile, se fait place en haut, en bas, dessus, dessous, — dedans, dehors
et partout. — Va donc, menteuse, tire ta queue et déguerpis. —
 
La rumeur alors était grande ; — soudain, entre le jardinier, — il veut
planter la ronce parmi les fleurs. —
 
Père jardinier, bon père, — sais-tu donc bien ce que tu vas faire ? — bouche
ce trou, tu feras bien ; — arrose-nous, tu feras mieux ; — et si tu nous en
crois, bon père, à l’instant, nous t’en prions, chasse et la ronce et la
traînasse.
 
Vraiment ! répond le jardinier, mais non ! — non ! cent fois non ! et
taisez-vous, mes belles, — vous n’entendez rien à l’affaire. — Chasser la
ronce quand j’en peux faire — un églantier ? — y pensez-vous ! Boucher le
trou ? chasser ces plantes ? — De tous mes soins prouvez-moi donc — que vous
êtes reconnaissantes. — Permettez-moi de travailler au bien public, à sa
richesse. — Un peu plus de confiance en moi, et je promets — que la ronce
portera comme vous des fleurs odorantes. — Je l’enterai d’un rosier franc,
— vous en deviendrez toutes jalouses. —
 
Bon jardinier, lui répliquent les fleurs, — rosier sauvage s’adoucirait ; —
mais ceci n’est qu’une ronce, — dont la queue, terminée en ''of'', nous enlace
déjà de ses plis. — Qui sème mieux qu’un villageois ? — qui fane mieux
qu’un ''oltean ?'' — qui conduit mieux qu’un paysan, — mieux qu’un pâtre
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qui fait le fromage ? — mieux que toi, jardinier, qui peut — voir ce que
promet la traînasse. — Travaille moins à notre richesse, — songe un peu plus
à notre santé. — Prends l’arrosoir, laisse ton greffoir. — Ronce est ronce,
herbe épineuse et rapace, — et, non plus que la traînasse, — le proverbe
le dit, — ne la laisse jamais monter dans ta maison. — Nous connaissons
ton zèle, ton savoir, tes fatigues ; — mais lance par-dessus la haie, de
grâce, — et la ronce et la traînasse. Elles ne peuvent que jeter parmi nous —
non la discorde et l’anarchie, mais le désespoir et la mort. — Gare à ta
gloire, je t’en prie. Ainsi lui dit chaque fleur. —
 
N’avez-vous pas fini, fleurettes ? — Taisez-vous ! ou je vous assène — sur la
tête un coup de plantoir. — Le trou est fait, mon honneur veut — que j’y
plante la ronce. —
 
Ce disant, en dépit des fleurs, — il plante et ronce et traînasse. —
 
Mais tout à coup un vent venu de l’ouest — souffle, siffle, tourbillonne, —
arrache la ronce, l’enlève, la fait pirouetter, — la brise en mille pièces et la
disperse. — Une heure après, dans le jardin, — toutes les roses dansaient en
se donnant la main, — et chantant : « Jardinier, prends garde à la traînasse
dont chaque bras a mille nœuds — et dont chaque nœud est un ''of''. — ''Of''
par-ci, ''ef'' par-là ; — {{corr|gâre|gare}} les ''of !'' gare les ''ef !'' c’est une grêle, — jardinier, qui te
ruinerait en nous donnant la mort. »
 
<references />
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