Poésies de Schiller/Nénie

Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 187).



NÉNIE.


Le beau doit aussi mourir ; le beau, qui subjugue les hommes et les Dieux, ne peut fléchir la poitrine de fer du maître du Styx.

Une fois le roi des ombres fut attendri par l’Amour, et soudain il réclama d’une voix sévère son présent. Aphrodite ne peut guérir les blessures qu’un sanglier sauvage a faites au corps d’un beau jeune homme. Une Déesse ne peut sauver le héros divin, son fils, lorsqu’à la porte Scée il accomplit son destin. Elle sort de la mer avec les filles de Nérée, et se lamente sur le sort de son noble enfant. Les Dieux pleurent avec les Déesses : ils pleurent, parce que la beauté meurt, parce que la perfection périt. Mais il est beau d’entendre un chant de deuil dans la bouche d’un être aimé, le vulgaire seul descend aux enfers sans qu’on le plaigne.