Poésies de Schiller/Le Ravissement

Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 231).



LE RAVISSEMENT.


Laura, il me semble que je m’élance autour de ce monde, que je me plonge dans les rayons d’un ciel de printemps, quand ton regard répand sa flamme sur mon regard. Il me semble que je respire l’air éthéré quand mon image se reflète dans le céleste azur de tes beaux yeux.

Je crois entendre la harpe du paradis, la mélodie des astres, et ma muse s’abandonne à d’amoureux transports quand ton accent harmonieux s’échappe de ta bouche charmante.

Je vois les Amours agiter leurs ailes, les arbres émus frémir derrière toi, comme aux accords de la lyre d’Orphée ; et les pôles tournent rapidement autour de moi, lorsque, dans l’essor du bal, ton pied sa balance comme une vague légère.

Quand tes regards sont animés par l’amour, ils pourraient donner la vie au marbre et faire palpiter le rocher. Mes rêves deviennent une réalité quand je puis lire dans tes yeux, Laura, ma Laura !