Poésies de Schiller/Le Pèlerin

Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 243-244).



LE PÈLERIN.


J’étais au printemps de la vie, quand je me mis en route ; je laissai les jeux charmants de la jeunesse dans la maison paternelle ;

Je quittai gaiement, avec foi, mon héritage, mon bien, et je m’en allai avec une légèreté enfantine et le bâton de pèlerin.

Car, j’étais entraîné par un espoir puissant, par un sentiment de croyance, par une voix qui me disait : « Marche ! le chemin est ouvert. Va-t’en jusqu’au but ;

« Jusqu’à ce que tu franchisses une porte d’or : là, tout ce qui est terrestre devient céleste et impérissable. »

Le soir vient ; l’aurore succède à la nuit ; je marche sans m’arrêter, et ce que je cherche, et ce que je veux me reste caché !

Des montagnes s’élèvent sur mon chemin, des fleuves arrêtent mes pas. Je me fraye un sentier à travers les abîmes ; je me construis un pont sur les torrents fougueux.

J’arrive au bord d’un fleuve qui roule vers l’orient ; je me fie à son cours ; je me jette dans son sein.

Ses vagues m’emportent vers une grande mer. Devant moi est l’espace libre, je ne suis pas plus près du but.

Hélas ! nul chemin ne m’y conduira ; le ciel pour moi ne se rejoindra pas à la terre, et le lieu où je suis n’est jamais celui où je voudrais être.