Poésies de Schiller/La Faveur du moment

Traduction par Xavier Marmier.
Poésies de SchillerCharpentier (p. 194-195).



LA FAVEUR DU MOMENT.


Nous nous retrouvons encore dans notre vive et joyeuse réunion ; nous allons encore former les fraîches et les vertes guirlandes de poésie. Mais à quel Dieu offrirons-nous d’abord le premier tribut de nos chants ? Chantons avant tout celui qui crée la joie.

Car, que nous importe que Cérès pare l’autel de fruits vivifiants, et que Bacchus exprime dans nos coupes le suc empourpré de la vigne ?

Si l’étincelle qui enflamme le foyer ne descend pas du ciel, si l’esprit n’éprouve pas une ardente ivresse, le cœur n’est pas réjoui.

C’est du milieu des nuages, c’est du sein des Dieux que le bonheur doit venir, et le plus puissant de tous, c’est le Dieu du moment.

Entre tous les éléments primitifs de l’immense nature, ce qu’il y a de divin sur la terre, c’est la pensée de lumière.

Lentement, dans le cours des heures, la pierre s’unit à la pierre ; mais l’idée entière de l’œuvre doit être conçue rapidement comme l’œuvre de l’esprit.

De même qu’une riante verdure éclôt par un beau rayon de soleil ; de même qu’Iris jette à travers le ciel son pont diapré ;

De même chaque doux présent est fugitif comme l’apparition de l’éclair. La nuit l’ensevelit dans son obscur tombeau.