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chapitre viii

frizure, poliſſure, grandeur, couleur, odeur, vertus, faculté pour couurir & armer couilles : Exceptez moy les horrificques couilles de Lorraine[1], les quelles à bride auallée deſcendent au fond des chauſſes, abhorrent le mannoir des braguettes haultaines : & ſont hors toute methode : teſmoing Viardiere le noble Valentin, lequel vn premier iour de May, pour plus guorgias eſtre, ie trouuay à Nancy, deſcrotant ſes couilles extendues ſur vne table comme vne cappe à l’Heſpaignole. Doncques ne fauldra dorenauant dire, qui ne vouldra improprement parler, quand on enuoyra le franc taulpin en guerre, Saulue Teuot le pot au vin[2], c’eſt le cruon. Il fault dire, Saulue Teuot le pot au laict, ce ſont les couilles : de par tous les diables d’enfer. La teſte perdue, ne periſt que la perſone : les couilles perdues, periroit toute l’humaine nature. C’eſt ce que meut le gualant Cl. Galen[3], lib. I. de ſpermate[4], à brauement conclure, que mieulx (c’eſt à dire moindre mal) ſeroit, poinct de cœur n’auoir, que poinct n’auoir de genitoires. Car là conſiſte comme en vn ſacre repoſitoire le germe conſeruatif de l’humain lignage. Et croieroys pour moins de cent francs, que ce ſont les propres pierres, moyenans les quelles Deucalion & Pyrrha reſtituerent le genre humain aboly par le deluge Poëtique. C’eſt ce qui meut me vaillant Iuſtinian lib. 4. de cagotis tollendis[5], à mettre summum bonum in braguibus & braguetis[6].

Pour ceſte & aultres cauſes le ſeigneur de Meruille eſſayant quelque iour vn harnoys neuf, pour ſuyure ſon Roy en guerre (car du ſien antique & demy rouillé plus bien ſeruir ne pouoit, à cauſe que depuys certaines années la peau de ſon ventre s’eſtoit beaucoup eſloingnée des roignons) ſa femme

  1. Couilles de Lorraine. Voyez ci-dessus, p. 163, la note sur la l. 21 de la p. 221.*
    * Les couilles de Lorraine. — « Les horrificques couilles de Lorraine, les quelles à bride aualée deſcendent au fond des chauſſes. » (t. II, p. 47). — Voltaire les appelle : « L’attribut de Lorraine. » (Épître à Pallu, 1725)
  2. Le pot au vin. Voyez ci-dessus, p. 92, la note sur la ligne 26 de la p. 38.*
    * Le moulle du bonnet, c’eſt le pot au vin. Le moule du bonnet, c’est la tête. Jean Chartier dit on parlant du sire de Lesparre, condamné à mort en 1454 : « Il fut deliuré au bourreau, lequel lui trancha la moitié & le moule de ſon chaperon, c’eſt-à-dire la teſte. » Comme teſta signifie en latin un pot, il est tout naturel que les amateurs de quolibets et d’équivoques se soient égayés sur ces deux significations. On trouve encore plus loin (t. II, p. 47) une locution populaire du même genre : Saulue Teuot le pot au vin, c’eſt le cruon. Cruon, en poitevin, signifie une courge, une gourde, une cruche, et aussi une tête mal faite.
  3. Le gualant… Galen. Jeu de mots.
  4. Lib. I. de ſpermate. « Liv. I, sur le sperme. »
  5. De cagotis tollendis. Voyez ci-dessus, p. 186, la note sur la ligne 34 de la p. 250.*
    * Iuſtinianus de cagotis tollendis. « Justinien, De l’enlèvement des cagots. » Ailleurs (t. II, p. 47), ce titre de Justinien est indiqué comme tiré de son livre IV. C’est, suivant toute apparence, une allusion au De caducis tollendis, qui concerne les biens caducs.
  6. Summum… braguetis. « Le souverain bien dans les braies et braguettes. »