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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/22

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AVANT-PROPOS.

gner la partie, quelle péroraison ! « On bat la charge partout. Tout le monde fait demi-tour. Et de courir en avant ! On ne criait pas, on hurlait109 ! »

Parlerons-nous de ces grenadiers se tuant de désespoir dans les fondrières de Pologne où les moins vigoureux restent cloués sur place ? Coignet prend chaque jambe à deux mains et l’arrache pour faire un pas193. À Essling, la canonnade autrichienne, qui « fait sauter les bonnets à poils à vingt pieds », projette des lambeaux de chair humaine avec une violence telle qu’il en est un instant assommé248. Sur la route de Witepsk, il voit, sans autre formalité que celle d’un tirage au sort, fusiller 70 hommes d’un bataillon de marche, dernier holocauste offert à une discipline expirante305

Partout, d’ailleurs, c’est la mort qui règne sous une forme ou sous l’autre. À Mayence, pendant les horreurs du typhus, on entasse les cadavres sur des voitures à fourrage, et sous la menace de la mitraille, les forçats viennent corder cet épouvantable chargement pour le renverser ensuite comme un tombereau de pierres369. Voilà certes du drame, et du drame vrai.