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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/287

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LES CAHIERS

c’était un morceau d’un de mes braves camarades qui était venu me frapper avec tant de violence qu’il s’était collé à mon bras.

Le lieutenant arrive près de moi, me prend le bras, me le remue et le morceau de viande tombe ; je vois le drap de mon habit. Il me secoue et dit : « Il n’est qu’engourdi. » On ne peut se figurer ma joie de remuer les doigts. Le commandant me dit : « Laissez votre fusil, prenez votre sabre. — Je n’en ai plus, le boulet qui m’a renversé a emporté la poignée. » Je prends mon fusil de la main gauche.

Les pertes devenaient considérables ; il fallut mettre la garde sur un rang pour faire voir a l’ennemi la même ligne sur le terrain. Sitôt cette opération faite, il arrive sur notre gauche un brancard porté par des grenadiers qui déposèrent au centre de la garde leur précieux fardeau. L’Empereur, du haut de son sapin, avait reconnu son favori ; il avait quitté son poste d’observation et était accouru pour recevoir les dernières paroles du maréchal Lannes, frappé à mort à la tête de son corps d’armée. L’Empereur mit un genou à terre pour le prendre dans ses bras, et le fit transporter dans l’île, mais il ne put supporter l’amputation. Là finit la carrière de ce grand général. Tout le monde fut dans la consternation d’une pareille perte.

Il restait de notre côté le maréchal Bessières qui était comme les autres démonté ; il parut de-