Lettres d’un Provençal à son épouse/18

Anonyme, par M. H……Y
(p. 73-74).
Lettre onzième

LETTRE ONZIÈME

Paris, le……


Une connaissance, que je viens de faire, me confirme, ma chère épouse, dans l’idée que tu as sur les ressemblances. Mademoiselle E……r, ou madame P……, car elle a deux noms, est une jeunesse qui n’est ni bien ni mal, mais qui est douée d’un grand fond d’esprit, ce qui lui donne un air de bonté. Cette créature était chez un nommé M……d, qui lui a fait un enfant. Ce monsieur M……d était marié, mademoiselle E……r voulut donner un père à son fruit, elle eut donc la faiblesse apparente de se laisser séduire par un jeune étourdi à qui elle eût l’adresse de faire accroire qu’elle donnait son pucelage. Je ne sais ce que le jeune homme en pensa, mais comme il partit en voyage et qu’il laissa l’image de sa figure à l’adroite donzelle, elle m’a dit l’avoir tant regardé en foutant qu’elle a pondu un chef-d’œuvre pareil au modèle et nullement ressemblant à monsieur M……d, qui en est le véritable auteur (il y a beaucoup de femmes qui voudraient connaître ce procédé !) Voulant à mon tour lui montrer comment se faisaient les enfants à la ressemblance des mères, je déchargeai dans ma main et lui en frottai la figure. Elle parût se fâcher, mais je levai le pied et courus à l’Opéra. Dans ma première, je t’annoncerai des choses plus agréables. Il suffit que tu saches que toutes les femmes de Paris sont les mêmes. Bandez et ayez de l’argent, vous êtes leurs dieux pénates.

Je te baise bien tendrement,
B…