Lettres d’un Provençal à son épouse/09

Anonyme, par M. H……Y
(p. 39-42).
Lettre sixième

LETTRE SIXIÈME

Paris, le……


Je connais à merveille, mon adorable femme, le plaisir que tu as dû éprouver. C’est véritablement là la seule manière que doit employer une Messaline lorsqu’elle veut bien jouir. Mais comme je vois que tu as trop brusqué le plaisir, je vais te faire connaître quelques épisodes qui doivent toujours être employés préalablement. Le plaisir n’est que ce qu’on le fait ; l’imagination au contraire est tout. Je me rendis hier dans un mauvais bousin du Palais, tenu par une nommée Sainte-Foi, au n° 148. — Cette Sainte-Foi est une vieille écourtée, nez de champignon et toujours sale. Elle a pour son gagne-pain : Aimée, Betzy, Fanfan, Laurette, Éléonore et Sophie Dubois, une des plus rouées putains de la capitale.

Aimée est châtain foncé ; elle est très voluptueuse. Son œil est gris de chat, le sourcil bien arqué. Sa tournure n’est point séduisante ; elle figurerait mieux à la halle aux bleds.

Betzy, espèce de Hollandaise. Elle réunit le double avantage de plaire aux deux sexes. Les hommes en usent comme femme et les femmes comme homme. Un clitoris de six pouces la rend propre à l’un et l’autre service. Elle n’a rien de joli.

Fanfan, bien nommée par rapport à son caractère. Tout au plus quatorze ans. Un petit con ; pas encore déflorée du voisin, mais j’en ferai mon affaire.

Laurette, brune, grêlée, belle gorge, peau satinée, mais méchante, et ne foutant que par intérêt.

Éléonore a une taille svelte, un sein velouté et une jolie figure ; on ne peut lui reprocher que de n’être pas bien faite. Elle rachète ce défaut de nature par beaucoup de complaisance.

Enfin, Sophie Dubois, c’est la plus méchante charogne que j’aie encore rencontrée. Elle est digne d’habiter la maison de Sainte-Foi. Son premier mot est : Donne-moi de l’argent. — Lui en donne-t-on ? elle en demande encore. Si on la croyait, on s’en irait non-seulement sans le sol, mais sans culotte. Si nos amis en rencontraient de cette pâte-là, prie-les, ma chère femme, de les bien rosser.

Je renvoyai toute cette saloperie et restai en tête-à-tête avec la jolie Éléonore qui, je te l’assure, a infiniment d’esprit. Elle sort d’un couvent, et s’est échappée de la maison paternelle, où elle était trop surveillée, pour satisfaire à la force de son tempérament. Je te rapporte quelques endroits de notre conversation, afin que tu en fasses ton profit !

— Comment, lui demandai-je, peux-tu foutre avec tant d’hommes différents et éprouver, dis-tu, toujours la même dose de plaisirs ? — Rien de plus naturel ! Quand je sens le moment de la crise qui approche, pour décharger aussi délicieusement qu’il est possible, je fais arrêter un moment mon fouteur ; lorsque je ne me sens plus maîtresse de moi, je le fais me limer de nouveau, et cette fois, ne pouvant plus me contenir, je répands mon foutre en me figurant d’être foutue par un Adonis ; toutes les pines étant pines, c’est donc ce que je me représente qui me procure des jouissances plus ou moins douces. — Mais à force de baiser tu dois être blasée ? — Oui et non. Si l’objet qui s’offre à moi me plaît, je suis en train rien que d’y penser. Si au contraire il me répugne, je ferme les yeux, et pour me faire naître des désirs, je lui dis de me trousser par degré et lentement… Et comme Éléonore se troussa effectivement en me parlant, je ne pus résister plus longtemps. Je la foutis de toutes les manières. La gueuse me fournit dix décharges contre moi une. C’est la volupté personnifiée. Mon doux ange, me dit-elle en me quittant, je sais qu’il faut que je meure à force de foutre. Reviens me voir, contribue à mon trépas, et si tu as beaucoup d’amis qui te ressemblent, adresse-les moi.

Je te la recommande, ma petite bonne femme. Adieu, jusqu’à demain.

Ton véritable ami,
B…