Lettres d’un Provençal à son épouse/07

Anonyme, par M. H……Y
(p. 27-34).
Lettre cinquième

LETTRE CINQUIÈME

Paris, le……


Me voici, ma bien-aimée, dans le beau séjour du Palais-Royal. Ici l’on n’est embarrassé que du choix ; environ cinq à six cents jeunes et jolies prêtresses de Vénus s’offrent à vos regards : leur mise est aussi élégante que voluptueuse, on dirait qu’elles ne font que de se lever. Toutes vous lancent des regards, vous coudoyent et vous parlent ; à les entendre, vous êtes toujours celui qu’elles ont distingué de la multitude. Les vieux et les sots y croient. Bref, je monte avec une grande gaillarde au n° 113. C’est un bordel assez mal tenu, mais passable pour la canaille. Nos bordels de Marseille étant encore plus malpropres que ne l’est celui où je suis, qui est tenu par une nommée la Lévêque, je vais te décrire les ustensiles et les attributs qui le décorent. Dans chaque petite chambre est un trumeau auquel sont attachés des disciplines et des martinets faits de cordes à petits nœuds et armés d’épingles ; sur la cheminée sont des redingottes anglaises et des godmichés à l’usage du plaisir sodomique ; une cuvette, un pot à l’eau et une serviette figurent sur la commode. La fille qui m’avait racolé me dit de lui faire mon petit cadeau ; n’étant pas au courant, je lui demandai ce qu’elle entendait. Elle me répondit, en deux mots, qu’il était d’usage de payer avant que de ne rien faire. Je trouvai cela ridicule. Mais, ne voulant pas aller contre l’usage, j’allongeai mes six francs. Seulement, pour lier la conversation, je lui demandai son nom : elle me dit s’appeler Louise. C’est une fille de quinze à seize ans, faite au tour ; peau un peu basanée, mais douce et ferme. Elle m’a dit n’être point intéressée, et qu’elle faisait le commerce par pur libertinage. Cet aveu seul me fit bander. Comment, double garce, lui dis-je, j’ai le bonheur, pour mon entrée dans un bordel, d’y rencontrer une Messaline ?… et je la déshabillai. Elle usa de la même familiarité ; en un clin d’œil nous voilà comme Adam et Eve lors de leur création. Je la pris aussitôt dans mes bras et la déposai sur le lit ; j’écarte ses cuisses et mets d’abord le nez dans son vagin, pendant que de ma langue j’humecte l’orifice auquel sacrifie un bardache. La gueuse se prête à la position, elle soulève ses reins ; son con vomit le foutre dans mon nez, et son cul en pétant laisse une étroite entrée à ma langue. Je la fais changer de posture, elle se met à genoux. Je braque mon jean-chouart à son péteux et l’y engloutis d’un seul trait. La sagouine jette un cri… mais passant ma main devant elle, je roule mon doigt sur son clitoris et change en langoureux soupirs les cris qu’aurait pu lui occasionner la première douleur ; au bout d’un moment nous déchargeons. Échauffés l’un et l’autre par ce prélude, nous volons à de nouveaux plaisirs et ne les eussions pas interrompus sans la maquerelle, qui vint nous avertir qu’il était l’heure de me retirer si je ne voulais pas passer la nuit. — Et qui t’a dit, toupie, que je ne voulais point passer la nuit ?… et je l’empoignai (c’était la Lévêque), je lui tétai son énorme vagin. Cela lui plut, et comme c’est la teneuse de la maison, elle me prévint en me disant : « Foutu chien, tu resteras ; je ne veux qu’aucune de mes femmes couche de michés cette nuit, mon maquereau et toi nous suffiront ; tu me parais un bon bougre ; mordille-moi un peu les lèvres du con (elle me pissa quelques gouttes dans la bouche); assez, me dit-elle, ménage mon foutre, je veux me retenir. » Et elle me fit passer dans un grand salon où toutes ses coureuses étaient déjà réunies. Pour procéder exactement, et suivant les formes, dis-je, il faut que je sache vos noms, afin que je puisse vous appeler suivant le besoin de mes jouissances. Quel est le tien, vieille garce ? — Je m’appelle Lévêque, je tiens un bordel honnête et commode, comme tu vois. — Cette femme a pu être passable à seize ans, mais vingt-six printemps de plus sur la tête d’une femme prostituée et prostituante, font de fiers ravages. L’avantage qu’ont avec elle ceux qui aiment à se faire gamahucher, c’est qu’ils ne risquent point d’être mordus. Tête de Suisse et gravelée ; cuisses carrées et molasses. Sa protection vaut mieux que sa personne.

— Et toi ? demandai-je à une autre. — Joséphine l’Écourtée. — Cette fille est affligée de quatorze ans : elle a une figure régulière, peau lisse, un peu noirâtre ; de beaux yeux bruns, mais mal bâtie. Dans deux ans, elle ne sera guère bonne qu’à figurer à l’hôpital.

— Toi ? dis-je à une espèce d’Agnès. — Monsieur… — Hé bien, salope, diras-tu ? — N’ayant pas l’habitude… et des malheurs… — Et, que me fout ton habitude et tes malheurs ! ton nom, double putain ? — Bien, sacré couillon ! dit la malheureuse, je voulais voir si tu étais réellement roué. On me nomme Cassepine à cause de la manière vigoureuse avec laquelle je les branle. Sitôt dit, elle me pressura ma gogotte, me chatouilla les roupettes et faillit me les rompre par la rudesse qu’elle y mit. Je fus obligé de la faire cesser pour continuer mes descriptions. Cassepine est âgée de près de vingt ans ; des membres comme un grenadier, une gorge ronde et se soutenant parfaitement bien. Son œil est doux et dément la force de ses abattis. C’est une bonne jouissance pour quelqu’un dont la vigueur a besoin d’être émoustillée.

— À ton tour ? dis-je à une autre. — Moi, j’ai plusieurs noms. — Qu’importe, dis-les tous. — Julie Arnould dite Sans-Souci, dite la langotteuse. Cette grenouille a bien trente années, ses tétons servent de serviette à son nombril. Elle ne convient qu’à ceux qui veulent foutre en tétons.

Vint après ma Louise. À côté était une petite brune de quinze à seize ans qui me dit s’appeler Élisa. Ses yeux sont bleus ; sa bouche est petite et ornée de belles dents, sa peau tant soit peu huileuse ; c’est un bijou de pacotille, Laurence s’annonce d’elle-même. Elle peut passer pour belle femme. Environ dix-huit ans. Blonde ; d’une fraîcheur éblouissante ; sans être grasse ses chairs sont fermes. C’est elle qui est la première coureuse du bordel, à cause de sa taille avantageuse et de sa figure enfantine. Elle trotte menu et se tient presque toujours en face la rotonde dans le jardin du palais. Les amis pourront en essayer.

Enfin, la dernière était Adélaïde. C’est une petite espiègle au nez retroussé ; yeux enfoncés et petits, mais vifs. Elle a le poil roux, pas de gorge, en revanche elle possède une jambe parfaitement faite. On peut la visiter lorsqu’on est mélancolique.

Tels sont mes personnages. Je ne te parlerai pas du souteneur, il passe pour le fouteur de la Lévêque, sa mine et sa tournure sont celles d’un savoyard. Je disposai mon monde ainsi qu’il suit : La Lévêque se mit à genoux appuyée sur ses mains. La langotteuse se coucha sur le dos, en sorte que sa tête se trouva sous celle de Lévêque, et lui fit langue fourrée. Laurence se glissa dessous et lui chatouilla le clitoris avec un bâton de pommade : Élisa et Adélaïde lui suçaient chacune le giron. Cassepine lui administrait de vigoureux coups de fouet sur les reins, et Louise, également à quatre pattes, avait le nez au cul et la langue dans le con de la Lévêque ; j’enculai Louise dans cette position ; le maquereau me fit la même opération. Lévêque ne tint pas aux titillations qu’elle éprouvait de tant de manières ; elle ne cessa pas un instant de décharger, de pissotter et de pétrailler. Elle fut près d’une heure sans connaissance. Je fus maître de ma semence ; je ne la répandis pas cette fois. Le maquereau me décula. Louise le fut aussi. Je m’armai d’une énorme poignée de verges et retirai la Lévêque de son anéantissement, en lui appliquant une cinquantaine de coups sur son gros vilain cul. Je baisai celui de toutes les femmes et le gabahotai ensuite. J’adressai un hommage particulier à celui de la belle Laurence. Le petit nez retroussé voulut que je l’enconnasse, et je la limai quelques minutes. Le maquereau tenta de l’enculer, mais sa vigueur le trahit. À force de paillassonner, je sentis ne pouvoir plus bientôt retenir ma liqueur. Je composai un groupe tout à mon avantage. Je me couchai sur le dos, le cul sur la tête de Julie, qui me gabahota l’anus. Je branlai le maquereau de ma main droite. Je mis le doigt du milieu de la main gauche dans le joli cul de Laurence. Joséphine et Élisa me léchèrent la plante des pieds. La bouche de Louise s’accola à la mienne. Adélaïde et Cassepine me tétèrent. L’édentée Lévêque sauta sur mon polisson de vit, se l’enfonça jusqu’au fond du gosier, me chatouilla les zouzettes en appuyant par moment sur le canal de l’urêtre. Bientôt le chatouillement est général, je me sens absorbé, anéanti, et décharge pendant un quart d’heure consécutif. Le plaisir que j’ai ressenti ne peut pas se décrire ; essaye, ma chère amie, de cette position et tu m’en diras deux mots. Je te quitte pour courir à d’autres plaisirs. Réponds-moi et reçois mille tendres baisers que je t’envoie.

Ton ami,
B…

P.-S. — Si la scène de la Lévêque pouvait séduire quelques-uns de nos amis, tu leur diras qu’il m’en a coûté six louis pour le tout.