Les Kitharèdes/Damophyla de Pamphylie

Traduction par Renée Vivien.
Les KitharèdesAlphonse Lemerre, éditeur (p. 75-78).
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DAMOPHYLA DE PAMPHYLIE

(611 av. J.-C.)



Damophyla appartient à la grande École de Mytilène, qui resplendit immuablement de la double gloire de Psappha et d’Éranna.

La Pamphylienne fut la compagne et la disciple de Celle que Nossis appelait la Fleur des Grâces. Apollonios de Tyane dit qu’une étroite tendresse la lia à l’Aède de Lesbos, et que ses plus beaux poèmes furent composés sur le modèle de l’Inimitable.

Après la mort de la Poétesse (les Anciens nommaient Psappha La Poétesse comme ils nommaient Homère Le Poète), Damophyla enseigna à son tour les belles traditions qu’elle avait apprises des lèvres mêmes de Psappha. À son tour, elle fut la maîtresse de cette merveilleuse École qui ralluma dans toute l’Hellas l’amour des nobles harmonies.

Le Temps n’a point épargné un seul vers de Damophyla. Nous savons qu’elle avait écrit des strophes érotiques, des parthénia en l’honneur d’Artémis très chaste, et des invocations aux Déesses.

Les hymnes que les vierges chantaient à Perga furent l’œuvre majestueuse de la Pamphylienne.

Quoique ses tablettes ne soient plus qu’un peu de cendre et de poussière, quoique son labeur ait péri, le nom de Damophyla ne périra point, car elle fut aimée par une Immortelle. Ceux que reçoit la couche solennelle des Dieux et des Aèdes partagent leur éternité. Damophyla n’errera point inconnue parmi les Morts aveugles, car elle s’attarda aux côtés de la Tresseuse de Violettes, dans le verger où la brise murmure fraîchement à travers les branches des pommiers, tandis que des feuillages frissonnants coule le sommeil. Elle demeurera dans la mémoire des hommes, lointaine et pâle comme un rayon de cette Artémis, dont elle fut la Prêtresse et la Kitharède.




L’ombre bleuit les monts sacrés
D’où Phoibé, lente, émerge.
Ses rayons coulent sur les prés
Comme l’eau sur la berge.
Pareil aux Pommes d’Or, le fruit
Du clair verger frissonne et luit ;
Damophyla parle à la nuit :
« Je serai toujours vierge.

« Psappha me brûle de ses yeux.
Je toucherai, comme elle,
De mes bras étendus, les cieux
Que l’or des nuits constelle.
Je verrai l’avant des vaisseaux
Sillonner la pourpre des eaux,
Et les Muses aux beaux travaux
Me rendront Immortelle. »

Elle dit, le front détourné,
Car l’être solitaire
Garde en son cœur prédestiné
Le songe et le mystère ;

L’herbe a des bleus froids de lapis
Que percent des éclairs d’iris,
Et, triomphante, l’Artémis
Illumine la terre.