Les Fiancés (Montémont)/Chapitre XXX

Traduction par Albert Montémont.
Ménard (Œuvres de Walter Scott, volume 4p. 294-302).




CHAPITRE XXX.

révélations.


Un vœu, un vœu ; j’ai fait un vœu au ciel Amènerai-je le parjure sur mon âme ? Non, pas pour l’amour de Venise.
Shakspeare. Le Marchand de Venise.


La conclusion du dernier chapitre contient les nouvelles que le ménestrel annonça à son malheureux maître Hugo de Lacy, non pas, il est vrai, avec les mêmes détails que nous avons donnés dans ce récit, mais de manière à lui faire douloureusement penser que sa fiancée et son parent chéri, en qui il avait confiance, s’étaient ligués pour son déshonneur, avaient déployé l’étendard de la rébellion contre leur souverain légitime, et, échouant dans leur tentative audacieuse, avaient mis la vie de l’un d’eux au moins en grand danger, et la maison de de Lacy sur le bord du précipice, si on n’y trouvait un prompt remède.

Vidal épiait la physionomie de son maître, pendant qu’il parlait, avec la même attention pénétrante que le chirurgien suivant le progrès de son scalpel. Les traits du connétable exprimaient la douleur, un profond chagrin, mais sans cet abattement et ce découragement qui l’accompagnent souvent : il y avait de la colère et de la honte ; mais l’une et l’autre étaient d’un caractère noble, excitées plutôt par l’oubli de l’honneur et de la vertu, dans la conduite de sa fiancée et de son neveu, que par la disgrâce et le tort que leur crime pouvait lui faire éprouver.

Le ménestrel fut tellement étonné de ce changement, surtout d’après l’angoisse que Hugo avait témoignée au commencement du récit, qu’il recula ; et, considérant le connétable avec un étonnement mêlé d’admiration, il s’écria : « Nous avons entendu parler de martyrs dans la Palestine, celui-ci les surpasse.

— Ne t’étonne pas tant, mon bon ami, » dit le connétable avec résignation ; « c’est le premier coup de la lance qui perce ou étourdit ; ceux qui suivent se sentent à peine.

— Songez, milord, dit Vidal, que tout est perdu, l’amour, l’autorité, la puissance, une brillante renommée ; vous, si récemment principal chef de nobles, n’êtes plus maintenant qu’un pauvre pèlerin.

— Voudrais-tu te faire un jeu de mes malheurs ? » dit Hugo avec sévérité ; « mais enfin puisque cela doit se dire derrière moi, pourquoi ne pourrais-je pas l’entendre dire devant moi ? Sache donc, ménestrel, et mets-le en chanson si tu veux, que Hugo de Lacy, ayant perdu tout ce qu’il avait emporté en Palestine et tout ce qu’il avait laissé chez lui, est encore maître de lui-même, et que l’adversité ne peut pas plus l’ébranler que le zéphyr qui dépouille le chêne de ses feuilles n’en peut séparer le tronc de ses racines.

— « Par la tombe de mon père, » dit le ménestrel, dans un transport de joie, « la noblesse de cet homme l’emporte sur ma résolution ! » Et s’avançant rapidement vers le connétable, il mit un genou en terre, et saisit sa main avec plus de liberté que l’étiquette maintenue par des hommes du rang de de Lacy ne le permettait ordinairement.

« Ici, dit Vidal, sur cette main, cette noble main, je renonce… »

Mais avant qu’il pût achever, Hugo de Lacy, qui peut-être regarda la liberté de cette action comme une insulte à son malheur, retira sa main, et pria le ménestrel, avec un regard sévère, de se lever, et de se rappeler que le malheur n’avait pas fait de de Lacy un personnage convenable pour une parade.

Renault Vidal se leva mortifié. « J’avais oublié, dit-il, la distance qu’il y a entre un joueur de viole armorique et le haut baron normand. Je pensais que le même chagrin, le même élan de joie, égalisait, pour un moment au moins, ces barrières artificielles qui divisent les hommes. Soit : vivez dans les limites de votre rang, comme auparavant vous viviez dans votre tour entourée de fossés, milord, sans y être importuné par la compassion d’un homme d’une aussi basse extraction que la mienne… Moi aussi j’ai mes devoirs à remplir.

— Maintenant allons à Garde-Douloureuse, » dit le baron se tournant vers Philippe Guarine (Dieu sait combien son nom est mérité !), nous y verrons de nos propres yeux et entendrons de nos propres oreilles la vérité de ces tristes nouvelles. Descends, ménestrel, et donne-moi ton palefroi. Je voudrais, Guarine, en avoir un pour toi, quant à Vidal, sa présence est moins nécessaire. J’envisagerai mes ennemis ou mes malheurs en homme ; sois sûr de cela, joueur de viole ; et n’aie pas l’air si sombre, je n’oublierai pas les vieilles connaissances.

— Une, au moins, ne nous oubliera pas, milord, » reprit le ménestrel avec son ton équivoque et emphatique et son regard ordinaire.

Mais au moment où le connétable était prêt à partir, deux personnes parurent dans le sentier ; elles étaient montées sur un cheval, et, cachées par des bois nains, s’étaient approchées très-près d’eux sans être aperçues. C’était un homme et une femme ; l’homme, qui était en avant, offrait le portrait de la famine, tel que nos pèlerins avaient pu le voir dans tous les pays dévastés qu’ils avaient traversés. Ses traits, naturellement aigus et maigres, avaient disparu parmi les cheveux et la barbe grise qui les couvraient ; et ce n’était que la saillie d’un long nez qui semblait aussi affilé que le tranchant d’un couteau, et l’éclat de ses yeux gris qui donnaient quelque idée de sa physionomie. Sa jambe, dans l’énorme botte qui la recouvrait, ressemblait à un manche à balai qu’on aurait laissé par hasard dans un seau ; ses bras avaient à peu près la grosseur d’une cravache, et les parties de son corps qui n’étaient pas cachées par les lambeaux d’une casaque de chasseur semblaient plutôt appartenir à une momie qu’à un homme vivant.

La femme qui était assise derrière ce spectre, offrait aussi quelques symptômes d’épuisement ; mais comme elle était naturellement rebondie, la famine n’avait pas pu en faire un spectacle aussi piteux que du squelette derrière lequel elle se trouvait. La dame Gillian (car c’est cette vieille connaissance de notre lecteur) avait effectivement perdu la couleur rose que la bonne chère, l’art et une vie douce avaient substitué à la fraîcheur délicate de la jeunesse ; ses yeux étaient enfoncés, et avaient perdu beaucoup de leur regard hardi et agaçant ; mais elle était toujours en quelque sorte elle-même, et les restes d’une ancienne parure, joints à un bas bien tiré en écarlate fanée, montraient encore un reste de prétention à la coquetterie.

Dès qu’elle fut en vue des pèlerins, elle commença à pousser Raoul du bout de sa cravache. « Essaye ton nouveau métier, puisque tu n’es pas capable d’en faire un autre ; avance vers ces saints hommes, avance donc, et demande-leur la charité.

— Demander l’aumône à des mendiants ! murmura Raoul ; ce serait lancer un faucon sur des moineaux, femme.

— Cela nous y formera la main, » dit dame Gillian, et elle commença d’un ton larmoyant : » Que Dieu vous bénisse, saints hommes, qui avez eu la grâce d’aller en terre sainte, et qui plus est, avez eu celle d’en revenir ; je vous en prie, faites quelques aumônes à mon pauvre vieux mari qui est très misérable, comme vous voyez, et à celle qui a le malheur d’être sa femme : que le ciel ait pitié de moi !

— Paix, femme ! écoutez ce que j’ai à dire, » s’écria le connétable en posant la main sur la bride du cheval ; » j’ai besoin dans ce moment de ce cheval, et…

— De par le cor de saint Hubert, tu ne l’auras pas sans quelques coups ! répondit le vieux chasseur. Un joli temps que celui-ci, où les pèlerins s’amusent à voler les chevaux.

— Paix, drôle ! » dit le connétable sévèrement ; je te dis que j’ai besoin tout de suite de ton cheval. Je le loue pour la journée, et voici deux besants d’or : c’est bien, je crois, ce qu’il vaut, quand même on ne le rendrait jamais.

— Mais le cheval est une vieille connaissance, maître, dit Raoul ; et si par hasard…

— Vas donc avec tes si et tes par hasard, dit la dame en poussant son mari si vigoureusement qu’elle lui fit perdre la selle. Descends et remercie Dieu et ce digne homme du secours que nous venons de recevoir dans notre extrémité. À quoi sert un palefroi, quand nous n’avons pas de quoi nourrir l’animal et nous, quand nous voudrions manger de l’herbe et du blé avec lui, comme le roi Somebody[1] dont le bon père nous lisait l’histoire pour nous endormir.

— Trêve de bavardage, femme, » dit Raoul, venant l’aider à descendre de cheval ; mais elle préféra le secours de Guarine, qui, quoique âgé, avait encore l’avantage d’une tournure militaire.

« Je vous remercie de votre bonté, » dit-elle, quand, après l’avoir d’abord embrassée, l’écuyer la mit à terre ; « mais dites-moi, je vous prie, monsieur, venez-vous de la terre sainte ? avez-vous eu par là quelques nouvelles du connétable de Chester ? »

De Lacy, occupé à enlever le coussinet placé derrière la selle, s’arrêta tout court dans sa tâche, et lui dit : « Ha ! voudriez-vous bien lui dire quelque chose ?

— Beaucoup de choses, bon pèlerin, si je pouvais le rencontrer ; car ses biens et ses titres vont être donnés, à ce qu’il paraît, à ce traître de voleur, son parent.

— Quoi ! à Damien, son neveu ? » s’écria le connétable avec dureté et colère.

« Mon Dieu comme vous me faites trembler, monsieur ! dit Gillian ; puis se tournant vers Philippe Guarine, elle lui dit :

« Votre ami est un homme emporté, à ce qu’il paraît.

— C’est la faute du soleil sous lequel il a vécu si long-temps, dit l’écuyer ; mais tâchez de répondre véridiquement à ses questions, et vous vous en trouverez bien. »

Gillian profita de l’avis aussitôt. « Était-ce Damien de Lacy que vous vouliez dire ? Hélas ! pauvre jeune homme ! pas de place ni de biens pour lui ; il est plus que probable qu’il aura un gibet ; pauvre garçon ! et tout cela pour rien, aussi vrai que je suis une honnête dame. Damien ? non, non, ce n’est pas Damien, ni Damas non plus, mais Randal de Lacy qui tourne le rôti, et qui aura tous les biens du vieillard, ses revenus, et sa seigneurie.

— Quoi ! dit le connétable, avant qu’on ne sache si le vieillard est mort ou non ? Il me semble que cela est contre la loi et la raison.

— Oui, mais Randal de Lacy peut finir des choses encore plus difficiles. Voyez-vous, il a juré au roi qu’ils avaient des nouvelles certaines de la mort du connétable ; et allez, il saurait les rendre vraies si le connétable se trouvait à sa portée.

— En vérité ? dit le connétable. Mais vous nous faites des contes sur ce noble gentilhomme. Allons, allons, femme, vous dites cela parce que vous n’aimez pas Randal de Lacy.

— Je ne l’aime pas ! et quelle raison aurais-je pour l’aimer, je voudrais bien savoir ? reprit Gillian. Est-ce parce qu’il profita de ma simplicité pour entrer dans le château de Garde-Douloureuse ? oui, une fois et même deux, quand il était déguisé en colporteur et que je lui ai dit tous les secrets de la famille, et comment le jeune Damien et la jeune Éveline se mouraient d’amour l’un pour l’autre, mais n’avaient pas le courage de se le dire, de peur du connétable, quoiqu’il fût à mille lieues de là ? Vous paraissez malade, mon digne monsieur ; puis-je offrir à Votre Révérence un petit coup de ma bouteille, qui est souveraine pour tous les tremor cordis et le spleen ?

— Non, non, s’écria de Lacy ; ce n’était qu’un élancement causé par une ancienne blessure. Mais, je répondrais que ce Damien et cette Éveline, comme vous les appelez, devinrent meilleurs amis avec le temps.

— Eux ! non pas, vraiment, pauvres innocents ! Ils auraient eu besoin de quelque sage conseiller qui put leur donner des avis ; car, voyez-vous, monsieur, si le vieux Hugo est mort, comme il est probable, il serait plus naturel que sa fiancée et son neveu héritassent de ses biens, plutôt que ce Randal, qui n’est qu’un parent éloigné et un misérable vaurien. Le croiriez-vous, révérend pèlerin ? après les montagnes d’or qu’il m’avait promises, quand le château fut pris, et qu’il vit que je ne pouvais plus le servir, il me traita de vieille sorcière et me menaça du bedeau et du cucking-stool[2]. Oui, monsieur, vieille sorcière et cucking-stool furent ses paroles les plus honnêtes quand il sut que je n’avais personne pour me défendre, sauf le vieux Raoul, qui ne peut se défendre lui-même. Mais si le vieux Hugo rapporte sa vieille carcasse de la Palestine, et s’il est la moitié aussi diable qu’il l’était quand il fut assez bête pour s’en aller, sainte Marie ! je lui ferai compliment de son parent ! »

Il y eut un moment de silence quand elle eut fini de parler.

« Tu dis, s’écria enfin le connétable, que Damien de Lacy et Éveline s’aiment, et cependant qu’ils n’ont commis ni crime, ni trahison, et n’ont à se reprocher aucun trait d’ingratitude envers moi… je veux dire envers leur parent qui est en Palestine ?

— S’ils s’aiment, monsieur ! En vérité, c’est bien comme vous le dites. Ils s’aiment, dit Gillian, mais comme des anges, ou comme des agneaux, ou comme des imbéciles, comme vous le voudrez ; et ils ne se seraient même jamais parlé sans une fredaine de ce même Randal de Lacy.

— Comment ! demanda le connétable, une fredaine de Randal ? Quel motif avait-il pour les faire rencontrer ?

— Bah ! il ne cherchait pas à les faire rencontrer ; mais il avait formé le projet d’enlever lady Éveline lui-même, car c’était un fier maraudeur, ce Randal, et il vint déguisé en marchand de faucons et entraîna mon vieux stupide Raoul et lady Éveline, et nous tous, pour nous faire chasser le héron. Mais il avait une bande de milans gallois tout prêts à fondre sur nous ; et sans l’arrivée subite de Damien, il est impossible de deviner ce qui nous serait arrivé : Damien, ayant été blessé dans le combat, fut transporté à Garde-Douloureuse par pure nécessité ; mais, si ce n’eût été pour lui sauver la vie, je crois que milady ne lui aurait jamais permis de traverser le pont-levis, quand même il le lui aurait demandé.

— Femme, dit le connétable, songe à ce que tu dis. Si tu as mal agi dans cette affaire, comme je le suppose d’après ton histoire, ne crois pas pouvoir te justifier par une série de nouveaux mensonges faits par dépit de n’avoir pas été récompensée.

— Pèlerin, » dit le vieux Raoul avec sa voix cassée, « j’ai l’habitude de laisser raconter ma femme Gillian, qui l’emporte sur toutes les commères de la chrétienté ; mais tu parles comme un homme qui est intéressé dans toutes ces affaires, et alors je dois te dire franchement que cette femme a publié sa propre honte en avouant ses relations avec ce Randal de Lacy ; cependant ce qu’elle a dit est vrai comme l’Évangile, et fût-ce avec mon dernier mot, je dirai que Damien et lady Éveline sont innocents de toute trahison et de tout déshonneur, comme l’enfant nouveau-né. Mais à quoi sert ce que disent des gens comme nous, qui sommes réduits même à mendier pour nous soutenir, après avoir vécu dans une grande maison et au service d’un bon lord ? Que le ciel le bénisse !

— Mais, écoutez, continua le connétable, ne reste-t-il pas d’anciens serviteurs de la maison qui pourraient appuyer ce que vous venez de dire ?

— Diable ! reprit le chasseur, les hommes ne se soucient pas de babiller quand Randal de Lacy fait claquer son fouet au-dessus de leur tête. Plusieurs sont tués ou morts de faim ; on a disposé de quelques-uns, et les autres sont partis. Mais il y a encore le tisserand Flammock et sa fille Rose qui en savent autant que nous à ce sujet.

— Quoi ! Wilkin Flammock, le vigoureux Flamand ? dit le connétable, et sa fille Rose, si brusque, mais si franche ? Je garantirais sur ma vie leur fidélité. Où demeurent-ils ? quel a été leur sort dans tous ces changements ?

— Au nom de Dieu, qui êtes-vous donc, vous qui nous faites ces questions ? dit dame Gillian. Mon mari, nous avons été trop libres ; il y a quelque chose dans ce regard et dans cette voix que je devrais me rappeler.

— Oui, regardez-moi plus fixement, » dit le connétable en rejetant en arrière le capuchon qui avait jusqu’alors caché ses traits.

« À genoux, à genoux, Raoul ! » s’écria Gillian en s’y jetant en même temps, « c’est le connétable lui-même que j’ai appelé le vieil Hugo !

— C’est tout ce qui reste de celui qui était le connétable, au moins, reprit de Lacy ; et le vieil Hugo vous pardonne volontiers en considération de vos bonnes nouvelles. Où est Flammock ? où est sa fille ?

— Rose est avec lady Éveline, dit dame Gillian. Il paraît que Sa Seigneurie l’a choisie pour dame d’atours à ma place, quoique Rose n’ait jamais su arranger une poupée de Hollande.

— Fidèle fille ! dit le connétable ; et où est Flammock ?

— Oh ! quant à lui, il est pardonné et est en faveur, dit Raoul ; il est chez lui dans sa maison, avec sa troupe de tisserands, tout près du pont du combat, ainsi qu’on appelle maintenant l’endroit où Votre Seigneurie repoussa les Gallois.

— Je vais m’y rendre, dit le connétable ; et nous verrons quel accueil le roi Henri d’Anjou fera à son ancien serviteur. Il faut que vous m’accompagniez tous deux.

— Milord, » dit Gillian avec hésitation, « vous savez que quelquefois on remercie mal les pauvres gens qui se mêlent des affaires des grands. J’espère que Votre Seigneurie pourra nous protéger si nous disons la vérité, et que vous ne regarderez pas avec déplaisir ce que j’ai fait, ayant agi pour le mieux.

— Paix ! femme, et trêve à vos billevesées, dit Raoul ; pensez-vous à votre vieille carcasse, quand vous devriez songer à sauver votre aimable jeune maîtresse de la honte et de l’oppression. Et quant à ta mauvaise langue et à les mauvaises actions, Sa Seigneurie sait que tout cela est né avec toi.

— Paix ! brave homme, dit le connétable ; nous ne penserons pas aux erreurs de ta femme, et ta fidélité sera récompensée. Quant à vous aussi, fidèles serviteurs, » dit-il en se retournant vers Guarine et Vidal, « lorsque de Lacy rentrera dans ses biens, ce dont il ne doute pas, son premier soin sera de récompenser votre fidélité.

— La mienne, telle qu’elle est, a été et sera sa récompense, dit Vidal. Je n’accepte pas de faveurs de celui qui est dans la prospérité, quand, dans l’adversité, il m’a refusé sa main.

— Va, va, tu es un sot ; mais ta profession te donne le privilège d’être capricieux, » dit le connétable, dont les traits simples et battus par maint orage s’embellissaient quand ils étaient animés par la reconnaissance envers le ciel et la bienveillance envers le genre humain. « Nous nous rencontrerons, dit-il, au pont du combat, une heure avant vêpres ; j’aurai fait beaucoup d’ici là.

— Le temps est court, dit son écuyer.

— J’ai gagné une bataille en moins de temps encore, reprit le connétable.

— Et dans cette bataille, dit le ménestrel, il périt plus d’un homme qui se croyait bien sûr de la vie et de la victoire.

— C’est ainsi que mon dangereux cousin Randal verra tomber ses projets d’ambition, » reprit le connétable ; et il partit accompagné de Raoul et de sa femme, qui étaient remontés sur leur cheval, tandis que le ménestrel et l’écuyer suivirent à pied, et par conséquent bien plus lentement.





  1. Mot qui veut dire quelqu’un.
  2. Cucking-stool, dit le texte ; ce qui est par erreur pour duckinq-stool, mot composé signifiant tabouret à plongeon ; c’était l’épreuve que l’on faisait subir autrefois en Écosse aux femmes accusées de sorcellerie, en les attachant avec des cordes à un tabouret et les plongeant dans une rivière. a. m.