Les épisLa Cie J.-Alfred Guay (p. 45-47).


Dulcia linquimus arva


Pourquoi donc fuyez-vous notre belle patrie,
Jeunes gens aux bras vigoureux ?
N’a-t-elle plus besoin ni de votre industrie,
Ni de votre sang généreux ?
Est-ce ainsi que fuyaient, en d’autres temps, nos pères
Qui virent tant de jours mauvais ?
D’un rivage étranger les gloires mensongères
Ne les séduisirent jamais.

Et vous vous exilez ! Mais dans nos vastes plaines
N’est-il pas de place pour vous ?
Craignez-vous de l’hiver les rigides haleines ?
L’été n’est-il pas assez doux ?
Sont-elles sans parfums les fleurs de nos charmilles ?
Sans ombres, nos grandes forêts ?
L’amour et la vertu croissent dans nos familles,
Comme les blés dans nos guérets.


Aiguillonnez les flancs de la glèbe féconde ;
Traînez partout le soc vainqueur.
Des sueurs du travail que votre front s’inonde,
Le travail retrempe le cœur.
Transformez nos déserts. Que la ronce sauvage
Fasse place à l’or du froment !
Laissez à vos enfants, pour premier héritage,
L’exemple d’un grand dévoûment.

Un son qui vient de loin vous trouble et vous enivre.
Est-ce donc un concert si beau ?
C’est la voix de l’airain, c’est la clameur du cuivre
Qui montent comme d’un tombeau.
C’est le pétillement de la flamme qu’allume
L’haleine des grands soufflets noirs,
C’est le coup des marteaux qui fait gémir l’enclume
Comme le bœuf des abattoirs.

C’est le sourd grondement de l’immense fabrique
Où les engins chantent en chœur ;
C’est comme le réveil d’un cauchemar lubrique
Qui vous empoisonne le cœur.

Ah ! combien plus sacrés sont les accents rustiques
Qui font retentir nos hameaux !
Voix de nos gais enfants, chants des vierges pudiques,
Soupirs du vent dans les rameaux !

Aimez, ô Canadiens ! le sol qui vous vit naître,
Et qu’il ne soit jamais qu’à vous.
Sur les bords étrangers chacun est votre maître ;
Demeurez libres parmi nous.
Aimez votre village et les temples champêtres,
Où Dieu vous parla tant de fois.
Aimez le cimetière où dorment les ancêtres,
Sous l’humble égide de la croix.