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Œuvres complètes (1552)
Alphonse Lemerre (2 : Le Tiers Livre, Le Quart Livrep. 156-160).

Comment Rondibilis declaire Coquage estre naturellement des apennages de mariage.

Chapitre XXXII.



Reste (dist Panurge continuant) vn petit poinct à vuider. Vous auez aultres foys veu on confanon de Rome. S. P. Q. R. Si peu que rien. Seray ie poinct coqu ? Haure de Grace (s’escria Rondibilis) que me demandez vous ? Si serez coqu ? Mon amy, ie suys marié, vous le serez par cy après. Mais escriuez ce mot en vostre ceruelle auecques vn style de fer, que tout home marié, est en dangier d’estre coqu. Coquage est naturellement des apennages de mariage. L’vmbre plus naturellement ne suyt le corps, que Coquage suyt les gens mariez. Et quand vous oirez dire de quelqu’vn ces trois motz : Il est marié, si vous dictez, il est doncques, ou a esté, ou sera, ou peult estre coqu : vous ne serez dict imperit architecte de consequences naturelles. Hypochondres de tous les Diables (s’escria Panurge) que me dictez vous ! Mon amy (respondit Rondibilis) Hippocrates allant vn iour de Lango en Polystylo visiter Democritus le philosophe, escriuit vnes letres à Dionys son antique amy, par les quelles le prioic que pendent son absence il conduist sa femme chés ses pere & mere, les quelz estoient gens honorables & bien famez, ne voulant qu’elle seule demourast en son mesnaige. Ce neantmoins qu’il veiglast sus elle soingneusement, & espiast quelle part elle iroit auecques sa mere, & quelz gens la visiteroient chés ses parens. Non (escriuoit il) que ie me defie de sa vertus & pudicité, laquelle par le passé m’a elle explorée & congnue : mais elle est femme. Voy là tout. Mon amy, le naturel des femmes nous est figuré par la Lune, & en aultres choses, & en ceste : qu’elles se mussent, elles se constraignent, & dissimulent en la veue & præsence de leurs mariz. Iceulx absens elles prenent leur aduentaige, se donnent du bon temps, vaguent, trotent, deposent leur hypocrisie, & se declairent : comme la Lune en coniunclion du Soleil n’apparoist en ciel, ne en terre. Mais en son opposition, estant au plus du Soleil elloingnée, reluist en sa plénitude, & apparoist toute, notamment on temps de nuyct. Ainsi sont toutes femmes femmes.

Quand ie diz femme, ie diz vn fexe tant fragil, tant variable, tant muable, tant inconstant, & imperfaict, que nature me semble (parlant en tout honneur & reuerence) s’estre esguarée de ce bon sens, par lequel elle auoit créé & formé toutes choses, quand elle a basty la femme. Et y ayant pensé cent & cinq cens foys, ne sçay à quoy m’en resouldre : si non que forgeant la femme, elle a eu esguard à la sociale delectation de l’home, & à la perpetuité de l’espece humaine : plus qu’à la perfection de l’indiuiduale muliebrité. Certes Platon ne sçait en quel ranc il les doibue colloquer, ou des animans raisonnables, ou des bestes brutes. Car Nature leurs a dedans le corps posé en lieu secret & intestin vn animal, vn membre, lequel n’est es homes : on quel quelques foys sont engendrées certaines humeurs salses, nitreuses, bauracineuses, acres, mordicantes, lancinantes, chatouillantes amerement : par la poincture & fretillement douloureux des quelles (car ce membre est tout nerueux, & de vif sentement) tout le corps est en elles esbranlé, tous les sens rauiz, toutes affections interinées, tous pensemens confonduz. De maniere, que si Nature ne leurs eust arrousé le front d’vn peu de honte, vous les voiriez comme forcenées courir l’aiguillette plus espouantablement que ne feirent oncques les Prœtides, les Mimallonides, ne les Thyades Bacchicques au iour de leurs Bacchanales. Par ce que cestuy terrible animal a colliguance à toutes les parties principales du corps, comme est euident en l’Anatomie.

Ie le nomme animal, suyuant la doctrine tant des Academicques, que des Peripateticques. Car si mouuement propre est indice certain de chose animée, comme escript Aristoteles : & tout ce qui de soy se meut, est dist animal : à bon droict Platon le nomme animal, recongnoissant en luy mouuemens propres de suffocation, de præcipitation, de corrugation, de indignation : voire si violens, que bien souuent par eulx est tollu à la femme tout aultre sens & mouuement, comme si feust Lipothymie, Syncope, Epilepsie, Apoplexie, & vraye resemblance de mort. Oultre plus, nous voyons en icelluy discretion des odeurs manifeste, & le sentent les femmes fuyr les puantes, suyure les Aromaticques. Ie sçay que Cl. Galen s’efforce prouuer que ne sont mouuemens propres & de soy, mais par accident : & que aultres de sa secte trauaillent à demonstrer, que ne soit en luy discretion sensitiue des odeurs : mais efficace diuerse procedente de la diuersité des substances odorées. Mais si vous examinez studieufement & pesez en la balance de Critolaus leurs propous & raisons, vous trouuerez que & en ceste matiere, & beaucoup d’aultres ilz ont parlé par guayeté de cœur, & affection de reprendre leurs maieurs, plus que par recherchement de Vérité. En cette disputation ie ne entreray plus auant. Seulement vous diray que petite ne est la louange des preudes femmes, les quelles ont vescu pudicquement & sans blasme, & ont eu la vertus de ranger cestuy effréné animal à l’obeissance de raison. Et seray fin si vous adiouste, que cestuy animal assouy (si assouy peut estre) par l’aliment que Nature luy a préparé en l’home, sont tous ses particuliers mouuemens à but : sont tous ses appetitz assopiz : sont toutes ses furies appaisées. Pourtant ne vous esbahissez, si sommes en dangier perpétuel d’estre coquz, nous qui n’auons pas tous iours bien de quoy payer, & satisfaire au contentement.

Vertus d’aultre que d’vn petit poisson, (dist Panurge) n’y sçauez vous remede aulcun en vostre art ? Ouy dea, mon amy, (respondit Rondibilis) & tresbon, du quel ie vse : & est escript en autheur celebre passé a dix huyct cens ans. Entendez. Vous estez (dist Panurge) par la vertus Dieu, home de bien, & vous ayme tout mon benoist saoul. Mangez vn peu de ce pasté de Coins : ilz ferment proprement l’orifice du ventricule à cause de quelque stypticité ioyeufe qui est en eulx, & aydent à la concoction premiere. Mais quoy ? Ie parle Latin dauant les clercs. Attendez que ie vous donne à boyre dedans cestuy hanat Nestorien. Voulez vous encores vn traict de Hippocras blanc ? Ne ayez paour de l’Esquinance, non Il n’y a dedans ne Squinanthi, ne Zinzembre, ne graine de Paradis. Il n’y a que la belle cinamome triée, & le beau sucre fin, auecques le bon vin blanc du cru de la Deuiniere, en la plante du grand Cormier, au dessus du Noyer groslier.