Le Coran (Traduction de Savary)/60


Traduction de Claude-Étienne Savary.
LE CORAN,

traduit de l’arabe, accompagné de notes, précédé d’un abrégé de la vie de Mahomet, tiré des écrivains orientaux les plus estimés.

Seconde partie.
Réédition de 1821 (première édition en 1782).

Publié à Paris et Amsterdam par G. Dufour, Libraire.
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CHAPITRE LX.
L’Épreuve.
donné à Médine, composé de 13 versets.

Au nom de Dieu clément et miséricordieux.


O croyans ! n’entretenez aucune liaison avec mes ennemis et les vôtres[1]. Vous leur montrez de la bienveillance, et ils ont abjuré la vérité qu’on leur a enseignée. Ils vous ont rejetés, vous et le prophète, du sein de leur ville, parce que vous aviez la foi. Si vous les combattez pour la défense de ma loi, et pour mériter mes faveurs, conserverez-vous de l’amitié pour eux ? Je connais ce qui est caché au fond de vos cœurs, et ce que vous produisez au grand jour. Celui qui trahira mes intérêts aura abandonné le sentier de la justice.

2S’ils vous avaient en leur puissance, ils vous traiteraient en ennemis, et s’efforceraient de vous faire abjurer votre religion.

3Les liens du sang, et vos enfans, seront de vains titres au jour du jugement. Dieu mettra une barrière entre vous. Il observe toutes vos actions.

4La conduite d’Abraham, et de ceux qui avaient sa croyance, est un exemple pour vous. Nous sommes innocens de vos crimes et de votre idolâtrie, dirent-ils au peuple. Nous nous séparerons de vous. Que l’inimitié et la haine règnent entre nous jusqu’à ce que vous ayez cru en un seul Dieu. Abraham ajouta : O mon père ! j’implorerai pour toi l’indulgence du Seigneur ; mais il n’exaucera point mes vœux. Seigneur, nous mettons en toi notre confiance ; nous sommes tes adorateurs ; un jour nous serons rassemblés devant ton tribunal.

5Seigneur, fais que les infidèles ne nous séduisent pas ; pardonne-nous, tu es puissant et sage.

6O vous qui croyez en Dieu et au jour du jugement ! leur piété vous offre un exemple. Que l’impie refuse au Tout-Puissant l’hommage qui lui est dû ; il n’en est ni moins riche ni moins comblé de louanges.

7Peut-être qu’un jour Dieu fera régner la concorde entre vous et vos ennemis. Il est puissant, indulgent et miséricordieux.

8Dieu ne vous défend pas la bienfaisance et l’équité envers ceux qui n’ont point combattu contre vous, et qui ne vous ont point bannis du sein de vos familles. Il aime la justice.

9Mais il vous interdit toute liaison avec ceux qui, les armes à la main, vous ont chassés de vos foyers, et ont voulu abolir votre religion. La même défense vous est prescrite contre ceux qui leur ont prêté du secours. Leur montrer de la bienveillance, c’est être voué à l’iniquité.

10O croyans ! lorsque des femmes fidèles viendront chercher un asile parmi vous[2], éprouvez-les. Si elles professent sincèrement l’islamisme, ne les rendez pas à leurs maris incrédules. Le ciel défend une pareille union, mais vous devez rendre à leurs époux la dot qu’ils leur ont donnée. Il vous sera permis de les épouser, pourvu que vous les dotiez convenablement. Vous ne garderez point une femme infidèle ; mais vous pouvez exiger d’elle ce que vous lui avez accordé par le contrat. Cette loi est générale ; elle est émanée du ciel. Dieu donne des préceptes ; il est savant et sage.

11Si quelqu’une de vos femmes fuyait chez les idolâtres, donnez à son mari, lorsque vous leur enlèverez des dépouilles, une somme égale à la dot qu’il lui avait accordée. Craignez le Seigneur dont vous professez la religion sainte.

12O prophète ! si des femmes fidèles viennent te demander un asile après t’avoir promis avec serment qu’elles fuiront l’idolâtrie, qu’elles ne voleront point, qu’elles éviteront la fornication, qu’elles ne tueront point leurs enfans, qu’elles ne te désobéiront en rien de ce qui est juste ; donne-leur ta foi, et prie Dieu pour elles ; il est indulgent et miséricordieux.

13O croyans ! n’ayez aucun commerce avec ceux qui sont chargés de la colère divine ; ils désespèrent de la vie future, comme en ont désespéré les infidèles qui sont dans le tombeau.


  1. Mes ennemis et les vôtres, c’est-à-dire, les habitans de la Mecque. Gelaleddin.
  2. Lorsque de semblables femmes venaient chercher un asile à Médine, Mahomet les obligeait à jurer que le désir d’embrasser l’islamisme était le seul motif de leur démarche, que la haine contre leurs maris ou l’amour pour quelque musulman n’y avaient aucune part. Gelaleddin.