La Fiancée de Lammermoor/6

Traduction par Albert Montémont.
Ménard (Œuvres de Walter Scott, tome 11p. 70-77).




CHAPITRE VI.

les deux recruteurs.


Est-ce donc pour entendre un conte ridicule que ces guerriers sont venus ici ? Nos bras, accoutumés à donner la mort, se laisseront-ils amollir par de sottes larmes ?
Anonyme.


Dans la soirée du jour où le lord Keeper et sa fille furent sauvés d’un péril aussi imminent, deux étrangers étaient assis dans la chambre la plus retirée d’une petite auberge, ou plutôt d’un obscur cabaret, ayant pour enseigne la Tanière du Renard, à trois ou quatre milles du château de Ravenswood, et à pareille distance de la tour délabrée de Wolf’s Crag, et par conséquent à mi-chemin entre les deux habitations.

L’un de ces étrangers paraissait âgé d’environ quarante ans ; il était grand, efflanqué, avait un nez aquilin, des yeux noirs et pénétrants, un air rusé et une figure sinistre. L’autre avait environ quinze ans de moins : il était petit, robuste ; il avait le visage coloré, des cheveux roux, des yeux où se peignaient la franchise, la résolution et la gaieté, et auxquels un certain degré d’insouciance et de fierté, ainsi qu’une intrépidité naturelle, donnaient beaucoup de feu et d’expression, malgré la couleur de ses sourcils qui étaient d’un gris clair.

Un pot de vin, car à cette époque on le tirait au tonneau dans des pots d’étain, était placé sur une table, et chacun avait son quaigh ou bicker[1] devant soi. Mais il ne paraissait pas régner entre eux beaucoup de cordialité. Les bras croisés, l’air inquiet et impatient, ils se regardaient l’un et l’autre en silence, chacun plongé dans ses réflexions et nullement disposé à les communiquer à son voisin.

À la fin le plus jeune rompit le silence, en s’écriant : « Qui diable peut retenir le maître aussi long-temps ? il faut qu’il ait échoué dans son entreprise. Pourquoi m’avez-vous dissuadé d’aller avec lui ? — Un seul homme suffit pour venger ses propres injures, » dit le personnage plus grand et plus âgé. « Nous hasardons notre vie pour lui, en venant jusqu’ici pour une pareille affaire. — Vous n’êtes après tout qu’un poltron, Craigengelt, dit le plus jeune, et c’est ce que bien des gens pensent de vous depuis long-temps. — Mais ce que personne n’a osé me dire, » répondit Craigengelt en portant la main à la garde de son épée, » et si je ne savais qu’un homme très-prompt ne vaut guère mieux qu’un insensé, je ferais… « Il s’arrêta pour attendre la réponse de son compagnon.

« Vous feriez ? dit froidement l’autre ; pourquoi ne le faites-vous donc pas ? »

Craigengelt tira son coutelas un pouce ou deux hors du fourreau, et puis l’y fit rentrer avec violence, en disant : « Parce que cette lame est destinée à quelque chose de mieux qu’à ôter la vie à vingt étourdis comme vous. — En cela vous avez raison, car, après que toutes ces forfaitures, et la dernière amende que ce vieux radoteur Turntippet convoite déjà, et qui, je le parierais, est maintenant prononcée, m’ont définitivement chassé de ma maison, il fallait être un imbécile pour me fier à vos belles promesses de me procurer une commission dans la brigade irlandaise. Et qu’ai-je de commun avec la brigade irlandaise ? Je suis un franc Écossais, comme mon père l’était avant moi, et ma grand’tante, Lady Gimington, ne peut pas vivre éternellement. — Cela est bien vrai, Bucklaw, mais elle peut vivre long-temps ; et quant à votre père, il avait des terres et de quoi vivre, il n’avait à faire ni aux préteurs sur gages ni aux usuriers ; il payait à chacun ce qu’il lui devait, et vivait de ce qui était véritablement à lui. — Et à qui la faute si je ne fais pas la même chose ? à qui la faute, si ce n’est au diable, à vous et à ceux qui vous ressemblent ? Ce sont eux qui m’ont fait voir la fin d’une belle fortune ; et maintenant, je vais être oblige, sans doute, de chercher et d’inventer comme vous des moyens de me tirer d’affaire ; vivre pendant une semaine sur une communication secrètement reçue de Saint-Germain. ; une autre semaine sur la nouvelle d’une insurrection dans les Highlands[2] ; recevoir mon déjeuner et mon verre de vin des Canaries chez de vieilles Jacobites, en leur donnant des mèches de ma vieille perruque pour les cheveux de Chevalier ; servir de second à mon ami dans un duel, jusqu’à ce qu’il arrive sur le terrain, et là l’abandonner, de peur qu’un agent politique aussi important ne périsse dans cet engagement. Il faudra que je fasse tout cela pour avoir du pain, outre le plaisir de me nommer capitaine. — Vous croyez sans doute que vous faites là un beau discours, et que vous déployez beaucoup d’esprit à mes dépens. Vaut-il mieux mourir de faim, ou se faire pendre, que mener la vie que je suis obligé de mener, parce que le roi n’a pas en ce moment les moyens de soutenir ses envoyés ? — Mourir de faim est plus honorable, et la potence pourrait bien être la conclusion de tout ceci. Mais je ne comprends pas ce que vous vous proposez de faire de ce pauvre diable de Ravenswood ; il ne lui reste plus d’argent, pas plus qu’à moi ; ses terres sont engagées et hypothéquées, et l’intérêt absorbe le revenu, qui n’est même pas suffisant ; et qu’espérez-vous en vous mêlant de ses affaires ? — Tranquillisez-vous, Bucklaw ; je sais ce que je fais. Outre que son nom et les services rendus par son père en 1689 donneront un grand prix à une pareille acquisition aux gens des cours de Versailles et de Saint-Germain, vous voudriez bien aussi que je vous dise que le Maître de Ravenswood est un jeune homme bien différent de vous. Il a de l’instruction et de l’adresse, du courage et des talents, et se présentera dans les cours étrangères comme un jeune homme de cœur, qui connaît autre chose que la course d’un cheval ou le vol d’un faucon. J’ai perdu un peu de mon crédit dernièrement, en ne produisant que des gens qui ne savaient absolument que lancer un cerf, ou rappeler l’oiseau. Le Maître a de l’éducation, du jugement, de la pénétration. — Et cependant n’a pas assez d’esprit pour échapper aux ruses d’un embaucheur, Craigengelt. Mais ne vous fâchez pas ; vous savez que vous ne vous battrez point ; ainsi vous ferez tout aussi bien de laisser la poignée de votre sabre en paix, et de me dire d’un ton calme comment vous avez pu vous attirer la confiance du maître. — En flattant sa soif de vengeance, Bucklaw. Il s’est toujours méfié de moi ; mais j’ai épié le moment favorable, et j’ai frappé lorsqu’il était bouillant de colère et par le sentiment des injures passées et par celui de l’insulte qu’il venait de recevoir. Il est allé pour s’expliquer, comme il le dit, et comme il le pense peut-être, avec sir William Ashton. Pour moi je dis que, s’ils se rencontrent, et que l’homme de loi se mette sur la défensive, le maître le tuera ; car son regard exprimait cette vivacité qui révèle les intentions secrètes. Quoi qu’il en arrive, il lui causera une telle frayeur que l’action sera représentée comme une attaque contre un conseiller privé, en sorte qu’il sera en rupture ouverte avec le gouvernement ; l’Écosse sera trop chaude pour lui : la France se l’attachera, et nous nous embarquerons tous ensemble sur le brick français l’Espoir, qui nous attend à la hauteur d’Eyemouth. — C’est fort bien ; l’Écosse ne m’offre plus d’attrait, et si la compagnie du maître peut nous procurer un meilleur accueil en France, en bien ! soit fait comme il est dit, au nom de Dieu ! Je doute fort que nos propres mérites nous fassent obtenir un bien grand avancement, et j’espère qu’il fera passer une balle à travers la tête du lord Keeper, avant de nous rejoindre. On devrait, chaque année, administrer une semblable pilule à un ou deux de ces brigands d’hommes d’état, pour apprendre aux autres à se bien conduire. — C’est très-vrai, et cela me fait rappeler qu’il faut que j’aille voir si nos chevaux ont mangé et s’ils sont prêts ; car si l’affaire est faite, ce ne sera pas le moment de laisser croître l’herbe sous leurs pieds. » Il alla jusqu’à la porte, puis se retourna de l’air du plus grand sérieux, et dit à Bucklaw : « Quel que soit le résultat de cette affaire, je suis sûr que vous serez assez juste pour vous souvenir que je n’ai rien dit au maître qui puisse donner lieu à en inférer que j’aie été complice d’aucun acte de violence qu’il se serait mis dans la tête de commettre. — Non, non, pas un seul mot qui indique complicité ; vous connaissez trop bien le risque attaché à ces deux mots terribles : Art et Part[3] puis, comme s’il se parlait à lui-même, il récita les vers suivants :

Le cadran garda le silence,
Mais donna des signes parlants ;
Et l’aiguille, ce doigt du temps,
Pointa l’heure de la vengeance.

« Comment ! que dites-vous donc là ? » demanda Craigengelt, en se retournant d’un air d’inquiétude. — Rien, répondit son compagnon ; seulement des vers que j’ai entendu réciter sur le théâtre. — Bucklaw, dit Craigengelt, j’ai pensé quelquefois que vous auriez dû vous faire comédien ; chez vous tout est caprice et légèreté. — Je l’ai souvent pensé aussi, dit Bucklaw ; et je crois que ce serait moins dangereux que de jouer un rôle avec vous dans la fatale conspiration. Mais partez ; occupez-vous du vôtre, et volez après les chevaux, comme un palefrenier que vous êtes… Lui, auteur ! lui, jouer sur un théâtre ! cela aurait mérité un coup d’épée, si ce n’était que Craigengelt est un poltron. Et cependant j’aimerais assez cette profession. Attendez… voyons…

mais oui, je pourrais débuter dans le rôle d’Alexandre[4]

« J’échappe du tombeau pour sauver ce que j’aime ;
Glaive en main, et marchez, aussi prompts que l’éclair.
Lorsqu’au sein des périls je m’élance moi-même,
À présent nul de vous, dont chacun m’est si cher,
Nul de vous n’oserait permettre ma déroute :
La gloire à l’amour cède et nous montre la route. »

Pendant que, d’une voix de tonnerre, et la main sur son épée, Bucklaw déclamait d’une manière emphatique les vers du pauvre Lee, Craigengelt rentra l’inquiétude peinte sur le visage.

« Nous sommes perdus, Bucklaw, dit-il ; le cheval du maître s’est enchevêtré dans son licou ; et voilà qu’il est absolument boiteux ; le mauvais cheval qu’il monte sera épuisé par la course d’aujourd’hui, et maintenant il n’en a pas de frais ; il ne pourra jamais s’échapper. — Ah ! ma foi, il n’est pas question de la rapidité de l’éclair cette fois-ci. Mais, attendez, vous pouvez lui donner le vôtre. — Quoi ? et me laisser prendre moi-même ? Grand merci de la proposition. — Mais, dans le cas où le lord Keeper aurait succombé, ce que, pour ma part, je ne puis croire, attendu que le Maître n’est pas homme à tirer sur un vieillard sans armes ; mais enfin, dans le cas où il y aurait eu du fracas au château, vous n’avez ni art ni part dans tout cela, vous n’êtes point complice, et par conséquent vous n’avez rien à craindre. — Sans doute, sans doute, » répondit l’autre d’un air embarrassé ; « mais considérez la commission que j’ai reçue de Saint-Germain. — Et que bien des gens pensent être une commission de votre propre fabrique, noble capitaine. C’est fort bien ; mais, puisque vous ne voulez pas lui donner votre cheval, en bien ! morbleu ! il faut qu’il prenne le mien. — Le vôtre ! — Oui, le mien, je ne veux pas que l’on puisse jamais dire qu’après avoir promis à quelqu’un de le soutenir dans une petite affaire d’honneur, je ne l’ai pas aidé à la vider, ou à le mettre à l’abri du danger qui en était la suite. — Vous voulez lui donner votre cheval ? mais avez-vous considéré la perte ? — La perte ! il est bien vrai que Gilbert mon cheval gris m’a coûté vingt Jacobus, mais le cheval qu’il a aujourd’hui vaut quelque chose, et son Blackmor vaudrait le double de ce qu’il vaut à présent, s’il n’était pas malade, et je sais comment il faut le guérir. Prenez un jeune chien matin ; écorchez-le, videz-le, farcissez bien son corps de limaçons noirs et gris, faites-le rôtir pendant quelque temps, en l’arrosant d’huile d’aspic, mêlée avec du safran, de la cannelle et du miel ; frottez avec la graisse qui en tombera, en tâchant de la faire pénétrer… — C’est très-bien, Bucklaw ; mais en attendant, vous verrez qu’avant que le cheval soit guéri, ou même que le chien soit rôti, on vous prendra et on vous pendra. Soyez sûr que l’on donnera une chasse vigoureuse à Ravenswood. Je voudrais bien que le lieu du rendez-vous eût été plus près de la côte. — Sur ma foi, je ferai donc beaucoup mieux de partir à présent, et de lui laisser mon cheval… Attendez, attendez ; le voilà qui arrive ; j’entends le pas d’un cheval. — Êtes-vous bien sûr qu’il n’y en ait qu’un ? Je crains qu’il ne soit poursuivi, il me semble entendre le galop de trois ou quatre chevaux ; du moins je suis sûr d’en entendre plus d’un. — Bah, bah ! c’est la servante de la maison, qui fait claquer ses patins en allant au puits ; par ma foi, capitaine, vous devriez renoncer à votre grade de capitaine et à votre service secret, car vous vous alarmez aussi facilement qu’une oie sauvage. Mais voici le maître qui arrive seul, et qui paraît aussi sombre qu’une nuit de novembre. »

Le Maître de Ravenswood entra effectivement dans la chambre, enveloppé dans son manteau, les bras croisés, l’air sérieux et en même temps abattu. Il se débarrassa de son manteau, se jeta sur une chaise et parut plongé dans une profonde rêverie.

« Qu’est-il arrivé ? qu’avez-vous fait ? » demandèrent en même temps Craigengelt et Bucklaw, avec un air d’empressement.

« Rien, » répondit-il d’un ton sec et de mauvaise humeur.

« Rien ? dit Bucklaw, et vous nous aviez quittés, bien déterminé à demander raison au vieux coquin, des injures qu’il a faites à vous, à nous et à tout le pays ? L’avez-vous vu ? — Je l’ai vu, répondit le maître de Ravenswood. — Vous l’avez vu, et vous revenez sans avoir réglé le compte qu’il vous doit depuis si longtemps ? dit Bucklaw ; c’est à quoi je ne me serais pas attendu de la part du maître de Ravenswood. — Peu m’importe ce à quoi vous vous seriez attendu, répliqua Ravenswood ; ce n’est pas à vous, monsieur, que je serai disposé à rendre compte de ma conduite.

— Patience, Bucklaw, » dit Craigengelt en arrêtant son compagnon qui paraissait sur le point de répondre avec emportement. « Le Maître a été contrarié dans ses projets par quelque accident : mais il excusera l’inquiétude et la curiosité d’amis dévoués à ses intérêts comme nous. — D’amis, capitaine Craigengelt ! » répliqua Ravenswood avec hauteur. « J’ignore le degré de familiarité qui s’est établi entre nous pour vous autoriser à faire usage de cette expression. Je pense que notre amitié consiste simplement en ce que nous sommes convenus que nous quitterions l’Écosse ensemble aussitôt que j’aurais visité le château aliéné de mes ancêtres, et que j’aurais eu une entrevue avec celui qui en est aujourd’hui le possesseur, je ne veux pas l’appeler le propriétaire. — Cela est vrai, maître, répondit Bucklaw ; et comme nous avions pensé que l’exécution du projet que vous aviez formé pouvait mettre votre vie en danger, nous étions très-courtoisement convenus, Craig et moi, de vous attendre ici, bien que ce fût nous exposer aux mêmes risques. Relativement à Craig, il est vrai, ce n’était pas une chose de bien grande importance ; car la potence a été écrite sur son front dès l’instant de sa naissance ; mais je n’aimerais pas à imprimer une tache sur ma famille par une fin pareille, et pour une cause qui m’est étrangère. — Messieurs, dit le Maître de Ravenswood, je suis fâché de vous avoir occasionné tant d’embarras, mais je réclame le droit de juger du meilleur parti que j’ai à prendre dans mes propres affaires, sans en donner d’explication à qui que ce soit. J’ai changé d’avis, et ne me propose point de quitter le pays pour le moment. — Ne point quitter le pays, maître ! s’écria Craigengelt. Ne point partir, après toutes les peines que je me suis données et les dépenses que j’ai faites ; après avoir couru le risque d’être découvert, après les frais qu’il en coûtera pour le fret et le retard à nous embarquer ! — Monsieur, répliqua le maître de Ravenswood, lorsque je formai le projet de quitter aussi promptement le royaume, je profitai de l’offre obligeante que vous me fîtes de me procurer des moyens de transport ; mais je ne me souviens nullement de m’être engagé à partir, si j’avais des motifs de changer de dessein. Je suis fâché de la peine que vous avez prise pour moi, et je vous en remercie. Quant à vos dépenses, » ajouta-t-il en mettant la main dans sa poche, » elles demandent une compensation plus solide : fret, retard d’embarquement, sont des choses que je ne connais point, capitaine Craigengelt ; mais prenez ma bourse, et payez-vous vous-même d’après votre propre conscience. » Il présenta effectivement au soi-disant capitaine une bourse contenant quelques pièces d’or.

Mais ici Bucklaw s’interposa à son tour. « Il me paraît, Craigie, que vos doigts vous démangent de tenir ce petit filet vert, dit-il ; mais je vous jure que, s’ils font seulement mine de se plier pour le saisir, je les abats d’un coup de sabre. Puisque le maître a changé d’avis, je pense qu’il est utile que nous restions ici plus long-temps ; mais avant de nous quitter, je demande la permission de lui dire… — Dites-lui tout ce qu’il vous plaira, interrompit Craigengelt, si vous me laissez auparavant lui faire sentir les inconvénients auxquels il s’expose en quittant notre société, les obstacles qui s’opposent à ce qu’il reste ici, les difficultés qu’il éprouvera à se présenter à Versailles et à Saint-Germain, sans être appuyé par ceux qui y ont établi des relations utiles. — Outre la perte de l’amitié d’au moins un homme d’honneur et de courage, ajouta Bucklaw. — Messieurs, dit Ravenswood, permettez-moi de vous assurer encore une fois que vous avez bien, voulu attacher à notre liaison momentanée plus d’importance que je n’ai jamais eu dessein de lui en donner. Lorsque j’irai dans les cours étrangères, je n’aurai pas besoin d’y être introduit par un intrigant aventurier, et je ne me crois pas obligé de mettre un grand prix à l’amitié d’un écervelé fanfaron. » En disant ces mots, et sans attendre une réponse, il sortit de l’appartement, remonta à cheval et on l’entendit s’éloigner.

« Morbleu ! dit Craigengelt, voilà ma recrue perdue. — Oui, capitaine, dit Bucklaw, le saumon est parti, emportant hameçon et tout. Mais je cours après lui, car je ne saurais lui passer son extrême insolence. »

Craigengelt offrit de l’accompagner ; mais Bucklaw lui dit : « Non, non, capitaine ; tenez-vous au coin de la cheminée jusqu’à ce que je revienne ; il fait bon dormir quand on n’a rien à craindre :


La vieille femme assise à son doux coin de feu
De l’aquilon glacé s’embarrasse fort peu.


Et toujours continuant à chanter, il sortit de l’appartement.





  1. Coupes de diverses grandeurs, formées de petites douves retenues ensemble par des cerceaux. On se servait ordinairement du quaigh pour boire le vin ou l’eau-de-vie ; il pouvait tenir environ une roquille, et était souvent fait de bois précieux et garni en argent avec beaucoup de goût. Le mot écossais bicker rappelle l’italien bicchiere, verre. a. m.
  2. Montagnes les plus élevées d’Écosse. a. m.
  3. C’est-à-dire crime ou complicité. a. m.
  4. Tragédie de Lee et Dryden. a. m.