L’Encyclopédie/1re édition/MANCHE

MANCHE, s. m (Gram.) c’est dans un marteau, par exemple, le morceau de bois que l’on fixe dans l’œil, & qu’on prend à la main pour s’en servir. Ainsi en général un manche ou une poignée que l’on adapte à quelqu’instrument, c’est la même chose. Les limes sont emmanchées, les couteaux, les canifs, presque tous les instrumens de la Chirurgie, les rasoirs, les bistouris, les lancettes, tous les outils tranchans de la menuiserie, &c.

Manche de Couteau, (Conchyliol.) (Plan. XIX. fig 4.) coutelier, solene. Coquillage de mer, auquel on a donné le nom de manche de couteau, par rapport à la grande ressemblance qu’il a avec le manche d’un vrai couteau. Ce coquillage est composé de deux pieces, allongé, ouvert par les deux extrémités, souvent un peu courbe, & quelquefois droit. Les manches de couteau ne restent pas sur le fond de la mer, comme la plûpart des autres coquillages. Ils se font un trou dans le sable, qui a quelquefois jusqu’à deux piés de profondeur ; ils sont posés verticalement dans ce trou, relativement à leur longueur ; de tems en tems ils remontent jusqu’au dessus du sable, & ils redescendent bientôt après au fond de leur trou. Quand la mer se retire, on trouve beaucoup de ces trous dans le sable. On fait monter l’animal jusqu’à la surface, en y jettant un peu de sel. Il y a plusieurs especes de manches de couteau, qui different entr’elles par la longueur & par les couleurs. Voyez Coquillage & Coquille.

Manche de Couteau, (Conchyliol.) Les manches de couteau, appellés en latin solenes, composent une des six familles de coquilles bivalves, leur figure, qui ressemble à un manche de couteau, est toujours la même, & très-aisée à reconnoître. On appelle ce coquillage dans le pays d’Aunis, coutelier. Voyez Coutelier.

Le poisson de ce coquillage s’enfonce jusqu’à deux piés en terre, & revient perpendiculairement à sa surface. Lorsqu’il est entierement dégagé de son trou, & qu’on l’abandonne à lui-même, il s’allonge, recourbe la partie la plus longue de son corps, & creuse promptement un nouveau trou où il se cache. On peut dessiner les manches de couteau sur le rivage, en jettant un peu de sel sur le trou où ils sont placés, ce qui les fait sortir aussitôt.

Il faut avoir grand soin de changer l’eau de la mer tous les jours, & de laisser un peu à sec les animaux, environ pendant vingt-quatre heures, ensuite on les asperge légerement avec les barbes d’une plume. Le poisson, qui a été privé d’eau pendant quelques heures, revient à lui, sort de sa coquille, & s’épanouit peu-à-peu pour chercher l’eau de la mer.

Quand ces animaux sont rebelles à la volonté de l’observateur, jusqu’à refuser d’allonger leurs bras ou quelqu’autre membre, on entrouvre la coquille, & on la perce avec un fer pointu du côté opposé à la bouche de l’animal, ou à la partie qu’on souhaite de faire sortir. Pour lors on fait entrer par cette petite ouverture, plusieurs grains d’un sel noir & piquant, qu’on nomme à la Rochelle sel de chaudiere ; l’effet de cet acide est si violent, qu’on voit aussi-tôt l’animal revenir de sa léthargie, & céder à cet effort, en ouvrant sa coquille, ou allongeant quelques-uns de ses membres. C’est ainsi qu’on peut venir à bout de ces animaux, pour avoir le tems de les examiner, & de terminer ses desseins.

Il faut encore observer que comme ces animaux ne restent pas long-tems dans la même situation, on peut recommencer à leur donner du nouveau sel, pourvu qu’entre les deux observations, il y ait un certain intervalle de tems.

La lumiere leur est très-contraire, & ils se retirent à son éclat ; c’est donc la nuit qui est le tems le plus favorable pour les examiner : une petite lampe sourde réussit à merveille pour les suivre, & profiter de ce qu’ils nous découvrent. On doit avoir grand soin de les rafraîchir le soir avec de l’eau nouvelle, ou de changer le soir & le matin l’herbe dans laquelle ils doivent être enveloppés. On les trouve souvent qui rampent la nuit sur cette herbe, & cherchent les insectes qui y sont contenus.

Cette herbe qui ne se trouve que sur les bords de la mer, se nomme sar à la Rochelle, & s’appelle varec ou goémon dans d’autres endroits. Outre l’avantage qu’elle a d’être remplie d’une multitude de petits insectes très-propres à la nourriture du coquillage, son goût marin le trompe ; & quoique placé dans un grand vase, il se croit proche des côtes de la mer. Hist. nat. éclairée, tom. I. & II. (D. J.)

Manche faux a tremper, (Coutelier.) c’est une barre de fer terminée par une espece de douille où l’extrémité des pieces qu’on a à tremper est reçue.

Manche a émoudre, c’est un manche de bois sur lequel on place les pieces à émoudre, pour les tenir plus commodèment.

Manche a polir, c’est un manche de bois sur lequel on place les pieces à polir, pour les travailler plus commodément.

Une piece trempée, émoulue ou polie, le faux manche sert tout de suite à une autre qui est prête à être ou polie, ou émoulue, ou trempée.

Manche, (Art méchaniq.) c’est dans tout vêtement moderne, la partie qui couvre depuis le haut du bras jusqu’au poignet. La manche est difficile à bien tailler. La chemise a des manches, la veste, l’habit, la soutane, le surplis, &c.

Manche, (Pharmac.) manche d’Hippocrate, manica Hippocratis. Voyez Chausse, Pharmac.

Manches du bataillon, (Art milit.) c’est ainsi qu’on appelle différentes divisions du bataillon. Voyez Divisions.

Manche a eau, ou Manche pour l’eau, (Marin.) c’est un long tuyau de cuir fait en maniere de manche ouverte par les deux bouts. On s’en sert à conduire l’eau que l’on embarque, du haut d’un vaisseau jusqu’aux futailles qui sont rangées dans le fond de cale, pour faire passer l’eau d’une futaille dans l’autre. On applique pour cela une des ouvertures de la manche sur la futaille vuide, & l’autre ouverture sur celle qui est pleine, & où l’on a mis une pompe pour faire monter l’eau. On se sert de ce moyen pour conserver l’arrimage & l’assiete, ou l’estive d’un vaisseau, en remplissant les futailles vuides du côté où il faut que le vaisseau soit plus chargé.

Manche de pompe, c’est une longue manche de toile goudronnée, qui étant clouée à la pompe, reçoit l’eau qu’on en fait sortir, & la porte jusques hors le vaisseau.

Manche, la Manche, (Marin.) se dit d’une espece de mer de figure oblongue, qui est renfermée entre deux terres. Il s’applique plus particulierement à quelques endroits.

Manches, terme de Pêche, usité dans le ressort de l’amirauté de Marennes, sorte de rets. Ce sont les véritables guideaux à hauts étaliers, à la différence qu’au lieu d’être aussi solidement établis que les guideaux de cette espece, qui sont sur les côtes de la haute Normandie, au lieu d’être montés sur des pieux, ils ne sont tendus que sur des perches, qui ont à la vérité quatre, cinq, jusqu’à six brasses de hauteur. Le sac qui forme le guideau a environ quatre à cinq brasses de long, & presqu’autant d’ouverture ; à chaque coin du manche, tant du haut que du bas de l’entrée du guideau, il y a une raque ou annelet de bois, qui sert de couet ou œil pour arrêter le sac ; on passe ces raques dans les deux perches qui tiennent le sac du guideau, dont l’ouverture est tenue ouverte par une traverse de corde, comme aux autres guideaux. Les pêcheurs ont besoin d’un bateau pour tendre leur rets ; & pour faire couler les raques le long des perches & descendre le guideau autant qu’ils le jugent à propos, ils se servent d’une petite perche croisée par le bout, pour abaisser & arrêter les raques ; souvent même la tête du guideau reste à un pié ou deux au-dessus de la surface de l’eau.

Les manches pêchent de la même maniere que les guideaux, c’est-à-dire, tant de marée montante que de jussant. Il faut du beau tems pour faire cette pêche avec succès : les grosses mers & les tempêtes, ainsi que les molles eaux y sont contraires. On prend dans les guideaux des chevrettes, des salicots ou de la santé, & généralement toutes sortes de poissons que la marée y peut conduire.

Cette pêche a le même abus de celle des guideaux. Les manches ont les mailles très-larges à l’ouverture ; mais elles diminuent, de maniere que vers le fond, ou à la queue du sac, à peine ont-elles deux à trois lignes au plus en quarré. Deux perches suffisent pour chaque guideau, qui s’étendent la plûpart séparement & non en rang & contigus, comme sont les rangs d’étaliers des côtes de Caux & du pays d’Auge.

Les mailles des manches ont à l’entrée dix-huit lignes ; elles diminuent vers le milieu, où elles ont environ neuf lignes, & vers le fond du sac, à peine ont-elles trois lignes en quarré. Voyez la figure dans nos Pl. de Pêche.

Manches, Maniolles ou Sanet. Voyez Maniolle. Cet instrument est une espece de bouteux, ou bout-de-quievre.

Les pêcheurs qui font la pêche avec cet instrument, montent dans leur chalan : c’est un petit bateau semblable en toutes manieres aux pirogues de la Martinique. Plusieurs sont faits comme d’un seul tronc d’arbre. Ceux qui sont construits avec du pordage, n’ont que deux ou trois plates petites varangues assez foibles ; cette sorte de bateau ressemble à une navette de tisserand, dont les deux bouts sont un peu relevés ; le dessous est plat, l’avant pointu, & l’arriere un peu quarré en dessous. Un chalan de dix-neuf piés de longueur, a deux piés un quart de hauteur dans le milieu, & deux piés neuf pouces de largeur. Deux hommes suffisent pour faire la pêche, l’un tend le rets, & l’autre rame, de la même maniere que nous l’avons ci-devant expliqué des pêcheurs de la riviere d’entre le pont & la barre de Bayonne. Quand ces bateaux portent voile, elle est placée sur un petit mât à l’avant, & faite comme celle des tillolles, & la voile leur sert aussi de teux.

Quand les chalans pêchent à la manche, ils suivent le bord de la levée de la riviere, en tenant leur manche de la même maniere qu’on tient une écumette, avec quoi ils prennent généralement tout ce qui range le bord de l’eau ; l’usage alors en est aussi pernicieux, que celui du bouteux ou bout-de-quievre sur les sables durant les chaleurs. Les pêcheurs ne se servent ordinairement de ces manches, que durant les savasses & débordemens provenant de la fonte des neiges des Pyrénées, qui arrive toujours dans les mois de Juillet & d’Août.

Manche, en termes de Potier de terre, est une espece de poignée arrondie, par laquelle on prend une piece quelle qu’elle soit.

Manche, en termes de Blason, est la représentation d’une manche de pourpoint à l’antique, telle qu’on en voit dans quelques armoiries.

Manche, la (Géog.) contrée d’Espagne dans la nouvelle Castille, dont elle est la partie méridionale, le long de la Guadiana qui la traverse. Elle est bornée au couchant par l’Estramadure, au midi par le royaume de Grenade & par l’Andalousie ; au levant par la Sierra, & par le royaume de Valence & de Murcie, & au nord par le Tage, qui la sépare de l’Algarrie. La Guadarmena qui se perd dans le Guadalquivir, & la Ségura qui arrose le royaume de Murcie, ont leurs sources dans la Manche. Cieudad-Real, Orgaz & Calatrava, sont les principaux lieux de cette contrée ; mais elle n’est vraiment fameuse, que depuis qu’il a plu à Miguel Cervantes d’y faire naître Dom Quixote, & d’y placer la scene de son ingénieux roman. Le seul village du Toboso est immortalisé par l’imagination de cet aimable auteur, qui l’a choisi pour y loger la dulcinée de son chevalier errant. (D. J.)

Manche, la (Géog.) nom que l’on donne à cette partie de la mer qui se trouve resserrée entre l’Angleterre au nord, & la France à l’orient, & au midi ; ce qui est au nord-est est le détroit, & s’appelle le pas de Calais. Horace voulant faire sa cour à Auguste, lui dit dans une de ses odes :

Te belluosus qui remotis
Obstrepit Oceanus Britannis
Audit.


« Vous voyez couler sous vos lois l’Océan, qui nourrit dans son sein une infinité de monstres, & bat de ses flots bruyans les côtes britanniques ». Obstrepit est un terme propre à cette mer, dont les flots sont d’ordinaire dans une grande agitation, à cause des terres qui les resserrent, & du refoulement continuel qui s’y fait par l’Océan, & par la mer du nord. Mais on nomme aujourd’hui la Manche, Oceanus britannicus, & l’on peut avancer qu’elle coule sous les lois de la Grande Bretagne, tant en vertu de ses forces maritimes, que parce qu’elle possede les îles de Jersey & de Guernesey du côté de la France. (D. J.)

Manche de Bristol, la, (Géog.) bras de la mer d’Irlande, sur la côte occidentale de l’Angleterre, entre la côte méridionale du pays de Galles, & les provinces de l’ouest, à l’embouchure de la Severne, auprès de Bristol. (D. J.)

Manche de Danemark, la, (Géogr.) partie de l’Océan, entre le Danemark, la Suede & la Norwege. Ceux du pays l’appellent le Schager-Rach ; les Flamands & les Hollandois la nomment Cattegat. (D. J.)

Manche de S. Georges, la, (Géogr.) c’est la partie méridionale de la mer d’Irlande ; elle comprend la Manche de la Severne ou de Bristol. (D. J.)