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L’Art de greffer/Végétaux à multiplier par la greffe : arbres, arbrisseaux, arbustes

< L’Art de greffer

VIII. — Végétaux à multiplier
par la greffe ;
arbres, arbrisseaux, arbustes.

Il ne suffit pas de savoir greffer, il faut encore connaître les végétaux qui se soumettent au greffage, la nature du sujet qui leur convient et les procédés à employer.

Ce chapitre, consacré aux principales essences ligneuses du climat de la France ou des régions tropicales, en donnera l’indication.

Les procédés de greffage sont inscrits dans l’ordre de leur importance relative. Nous y ajoutons le mode de reproduction du sujet et quelques observations dictées par l’expérience.

[1]

Abricotier (Armeniaca).

Famille des Amygdalées.

Sujet. — Prunier, Prunus domestica, var. Saint-Julien et Damas noir (semis). — Prunier cerise ou mirobolan, P. cerasifera ou mirobolana (semis, bouture). — Dans la zone du vignoble, on le greffe encore sur Abricotier franc, A. vulgaris, sur Amandier, Amygdalus communis, même sur Pêcher, Persica vulgaris (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91) ; juillet-août. — Anglaise simple (fig. 80). — En incrustation (fig. 59) ; mars-avril. — En pied ou sur tige.

Suivant les milieux, l’Abricotier se greffe sur divers genres voisins énumérés plus haut. Commençons par le plus répandu, le Prunier.

Greffage sur Prunier. — Les espèces sympathiques à l’Abricotier sont les Pruniers de Saint-Julien, Damas et Mirobolan ; celui-ci se multiplie par semis et par bouture, les autres par semis, souvent par cépée. Le greffage en pied se pratique à 0m,15 du sol sur de jeunes plants trapus ; on a d’abord attaché entre elles les branches du sujet et, la greffe terminée, on les écimera et fagotera (fig. 99, p. 181).

Biner le sol, par un beau temps, aussitôt le greffage achevé et surveiller les ligatures.

Les mêmes plants soumis au recepage donneront des sujets propres à être greffés sur tige, deux ou trois ans après cette opération. S’ils étaient d’une nature rabougrie, on aurait recours au greffage intermédiaire d’une espèce vigoureuse et sympathique à l’Abricotier, par exemple les Pruniers Reine-Claude de Bavay, Sainte-Catherine, Quetsche, ou une forme du Prunier de Saint-Julien, celui de Montlignon ou tout autre adopté dans les pépinières.

La figure 109 représente un sujet de Prunier (e) sur lequel est greffé l’intermédiaire (f) ; le surgreffage de l’Abricotier est appliqué en tête. À 0m,20, la jeune greffe a été pincée (g), elle s’est ramifiée (o) ; avant la chute des feuilles, l’onglet sera coupé (i).

C’est ici le cas d’employer le greffage mixte des rameaux du Prunier préalablement écussonnés (fig. 98). M. Bruant, à Poitiers, applique ce système aux rameaux de Prunier Mirobolan qu’il écussonne sur pied, en Abricotier, pour les fractionner à l’automne, les enjauger et les multiplier ensuite par la voie du bouturage.

[fig109]
Fig. 109. — Surgreffage de l’Abricotier.
On rencontre encore d’autres espèces de Prunier sympathisant avec l’Abricotier. Les Anglais emploient le Prunier Brussel, sauf pour l’Abricotier pêche et ses sous-variétés. Les Hollandais ont adopté le Prunier Grosspflaum. À Metz, on emploie le Prunier Quetsche, élevé par cépée.

Greffage sur Abricotier, Amandier et Pêcher. — Parcourons notre région centrale et la région méridionale où l’Abricotier réussit sur les espèces indiquées, Abricotier, Amandier, Pêcher, comme sur le Prunier.

Nous quittons la Bourgogne qui semblerait être la limite nord du succès de l’Abricotier greffé sur Pêcher ou sur Amandier.

Le greffage de l’Abricotier sur Pêcher franc, à demi-tige, se pratique dans une partie du Lyonnais, cantons de l’Arbresle et de Tarare, notamment à Besenay où un abricot blanc, à confiture, est cultivé dans les vignes.

Dans le département de l’Ain, sur les bords de la Saône, l’Abricotier vit avec le Pêcher ; vers la région froide des étangs, il préfère le Prunier.

Dans le Dauphiné, surtout aux environs de Valence, l’Amandier est employé comme sujet pour les cultures en plein vent. On greffe également sur Abricotier franc les variétés robustes, connues sous les noms d’Abricotier d’Ampuis et d’Abricotier Luizet.

En Provence, on adopte le sujet Prunier mirobolan (semis), dans les terrains profonds ou arrosés, et le sujet Abricotier franc lorsque le sol, humide, s’égoutte difficilement.

Sur les bords de la Méditerranée, dans les terrains secs et arides, non abrités du vent violent qui casse les jeunes greffes, on soustrait l’Abricotier à son action par un greffage intermédiaire. L’Amandier est d’abord écussonné en pied avec une variété vigoureuse de Pêcher ; celle-ci s’élèvera à tige et recevra le bourgeon d’Abricotier. Sur Pêcher, la greffe d’Abricotier se décolle moins facilement que sur Amandier, et ce dernier sujet convient aux terrains secs de la région méridionale.

Dans l’Aude, il paraît que l’Abricotier greffé sur l’Abricotier franc, en pied, élevé à tige par l’évolution même de la greffe, est plus robuste que s’il était greffé en tête.

En suivant le cours de la Garonne, nous rencontrerons çà et là des Abricotiers greffés sur Amandier, d’autres sur Abricotier franc, et la majeure partie sur Prunier, comme ils le sont dans l’est, l’ouest et le nord de la France.

Observations. — Les rameaux-greffons de l’Abricotier, bien aoûtés, de grosseur moyenne et récoltés en plein vent sont préférables. Il convient de rejeter les yeux de la base qui se développeraient mal ; ceux du sommet sont difficiles à employer pour le greffage par bourgeon.

Vérifier l’écussonnage quinze jours ou trois semaines après la première opération. Doubler l’écusson pour augmenter les chances de succès ; mais pendant la sève, il conviendra de tenir court, par le pincement, le scion qui se trouve moins bien placé et de le retrancher lors du désonglettage ou suppression de l’onglet.

Dans les pépinières, si l’on craint la non-réussite de l’Abricotier, on pose sur le sujet un second écusson de Prunier ou d’une espèce similaire, Amandier, Pêcher.

Détacher la ligature à l’automne.

Détruire au printemps les lisettes et les colimaçons, friands des bourgeons d’Abricotier.

Palisser rigoureusement, à plusieurs reprises.

Désongletter quelques mois avant l’hiver.

[2]

Abutilon (Abutilon).

Famille des Malvacées.

Sujet. — Abutilon à fleurs striées, Abutilon striatum (semis, bouture).

Greffage. — En demi-fente sur collet (fig. 110). En placage (fig. 118) ; mars-avril, sous verre.

Observations. — Il convient de choisir un sujet d’une nature vigoureuse, à feuille verte quand le greffon est à feuille verte, et à feuille panachée ou maculée quand le greffon est d’une espèce à feuillage bigarré, — si l’on veut éviter une perturbation dans les résultats du greffage.

Victor Lemoine, l’habile multiplicateur de Nancy, ayant greffé l’Ab. Thompsoni fol. variegatis sur l’Ab. vexillarium, celui-ci émit, au-dessous de la greffe, des pousses à feuilles panachées. Une autre fois, la première de ces variétés devint le porte-greffe de nouveautés à feuillage vert, mais elles produisirent une bigarrure telle, qu’elles furent mises au commerce sous les noms de Caprice et de Caméléon. Greffées à leur tour, sur des Abutilons verts, ces dernières provoquèrent la panachure de leur sujet.

Ailleurs, chez Van Houtte à Gand, la panachure blanche d’un sujet devint jaune au contact d’un greffon de cette nuance : la couleur primitive revint au sujet après suppression du greffon.

Ces faits appellent l’attention du physiologiste.

[5]

Alaterne (Rhamnus Alaternus).

Famille des Rhamnées.

Sujet. — Alaterne à large feuille, Rhamnus Alaternus latifolius (semis).

Greffage. — En placage (fig. 55, 56) ; octobre. — En pied ; sous verre.

Observations. — Choisir des plants de deux ans, ayant la grosseur d’une plume d’oie, — le plant d’un an serait trop fin ; s’il était plus âgé, sa tige, trop grosse, sympathiserait moins bien avec les rameaux fluets du greffon.

La soudure étant assez lente, on maintient la greffe à l’étouffée pendant deux mois environ.

Les Alaternes se propagent facilement par le marcottage ; mais, dans les sols légers comme ceux de la Champagne, l’Alaterne à feuille panachée de blanc, Rh. alaternus albo-variegatus, végète mal ; de là, sa multiplication par la greffe. Dans nos pépinières, cette variété est plus vigoureuse, greffée, que multipliée par le couchage.

[6]

Alisier (Aria).

Famille des Pomacées.

Sujet. — Aubépine blanche, Cratægus oxyacantha (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91) ; juillet. — En fente (fig. 69). — En incrustation (fig. 59) ; mars-avril. — En pied.

Observations. — Greffer rez terre, pour éviter la difformité d’un sujet plus étroit que la greffe et la végétation de pousses affamantes sur la tige du sauvageon.

Rejeter du rameau-greffon les yeux de la base, d’un développement incertain, et ceux du sommet, trop disposés à fleurir.

Nous avons vu, au Jardin des Plantes de Paris, de beaux Alisiers greffés sur Cognassier.

[7]

Althéa (Hibiscus).

Famille des Malvacées.

Sujet. — Ketmie des jardins, Hibiscus syriacus ou Althæa frutex à fleur simple (semis ; bouture ; fragment de racine).

Greffage. — En fente (fig. 110). — À l’anglaise (fig. 81). — En incrustation (fig. 60). Sur collet de racine (fig. 115) ; avril. — En pied.

Observations. — Les rameaux, préparés à l’avance, seront enterrés peu profondément avec du sable sec, parce qu’ils craignent la pourriture ; il sera prudent de les abriter de la gelée. Quand l’hiver n’est pas à redouter, on peut couper, au moment du greffage, les rameaux sur le sujet étalon. Dans un climat froid, il est indispensable d’empailler les porte-greffons.

Greffer le plant (A, fig. 110) rez terre, plutôt au-dessous, ou choisir comme sujet un fragment de racine. Veiller à l’ébourgeonnage.

On peut greffer en hiver, à l’abri (page 51), puis enjauger à la cave l’arbuste greffé (B), pour le transplanter au premier printemps.

[fig110]


Fig. 110. — Greffe en demi-fente au collet (Althéa).
[8]

Amandier (Amygdalus).

Famille des Amygdalées.

Sujet. — Amandier à coque dure, Amygdalus communis (semis). — Prunier, Prunus domestica (semis ; marcottage par cépée).

Greffage. — En écusson (fig. 91) ; août. — En fente (fig. 69) ; mars. — En pied ou sur tige.

Observations. — L’écussonnage en pied, à œil dormant, est préférable sur un jeune sujet ; le plant greffé sera fagoté, écimé ensuite (fig. 99).

En Provence, on greffe en flûte, à œil poussant, l’Amandier à coque tendre ou à coque demi-dure sur l’Amandier commun.

Dans les terrains secs ou arides de la région méditerranéenne, on écussonne l’Amandier princesse, avec étêtage immédiat du sujet, pour forcer le bourgeon de la greffe à se développer, avant les grandes chaleurs ; sans cette précaution, l’œil écussonné resterait dormant et se dessécherait au lieu de végéter.

Ce procédé est pratiqué en juin, alors que les bourgeons sont formés. La section du sujet, huit jours après, excite la végétation d’une greffe réussie ; s’il y avait doute, il vaudrait mieux ne pas étêter. En tout cas, la ligature n’est enlevée que lorsque la jeune greffe peut se défendre contre les vents ; dans ces conditions, son accolage est une précaution nécessaire.

Si la contrée est gélive, le sujet Prunier est préféré au sujet Amandier pour la propagation des Amandiers à coque tendre. L’arbre n’y aura pas une longue durée ; mais l’Amandier franc de pied se plairait moins sous un climat froid.

Dans les pépinières, on greffe souvent à titre supplémentaire l’Amandier en plein carré de Pruniers, de Pêchers ou d’Abricotiers.

Les variétés d’ornement seront greffées en pied, par écusson, sur Amandier ou sur Prunier, en pépinière ou dans la serre, avec des sujets vigoureux et de moyenne grosseur.

[11]

Andromède (Andromeda).

Famille des Éricacées.

Sujet. — Andromède (semis), type de l’espèce on variété à reproduire.

Greffage. — En placage (fig. 118) au collet ; février, sous verre.

Observations. — L’Andromède du Japon à feuille panachée se multiplie de cette façon sur son type robuste et toujours vert, l’Andromède du Japon ou Pieris japonica.

Surveiller le drageonnage.

[12]

Aralia (Aralia).

Famille des Araliacées.

Sujet. — Aralia épineux, A. spinosa (racine). — Aralia réticulé, A. reticulata (bouture).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110). En incrustation (fig. 115) ; sur racine ou au collet, sous verre. Février ; août.

Observations. — Les Aralias se multiplient par le bouturage de racines ou de rameaux ; le greffage est appliqué aux types récalcitrants. Le sujet est une racine de l’Aralia épineux ou un plant racine des A. reticulata, Guilfoylei, filicifolia, élevé par bouture ; ceux-ci conviennent aux espèces de serre, les A. elegantissima, leptophylla, Veitchi et var. gracillima.

Le greffon est introduit au collet du plant ou en tête de la racine-sujet et ligaturé solidement.

Empoter les plantes greffées à fleur de terre avec un compost de bonne terre franche, sable et terre de bruyère, puis les placer sous cloche dans la serre à multiplication. Une fois soudées, elles seront portées sur couche tiède, sous verre ou en serre tempérée.

Quelques variétés d’Aralias et de genres similaires se propagent par la greffe sur leurs propres racines. — L’Aralia de Chabrier s’élève mieux, enté sur lui-même, le sujet étant un rameau-bouture et le greffon pris sur tête.

[13]

Araucaria (Araucaria).

Famille des Conifères, § Araucariées.

Sujet. — Araucaria (semis, bouture).

Greffage. — De côté avec incision oblique (fig. 67). — En placage (fig. 113) ; février, août. — En pied ; sous verre.

Observations. — Le groupe des Araucarias se subdivise en Colymbea, Eutacta, Dammara. Les Colymbea imbriqué et du Brésil, les Eutacta élevé et de Cunningham en sont les porte-greffes. Au Brésil, on greffe parfois l’Araucaria du Brésil sur l’Araucaria imbriqué (Colymbea).

Lorsqu’on manque de sujets, on pourrait en créer, par un bouturage de têtes ; mais le nombre de rameaux nés par suite du tronçonnement de la flèche étant restreint, et le bouturage n’étant pas d’une réussite aussi certaine que le greffage, on commencera par bouturer des rameaux de côté ; plus tard, on greffera ces sujets de bouture avec des greffons de tête.

Les greffons de tête sont des jets qui naissent à l’aisselle du verticille supérieur de branches, la flèche ayant été écimée à cet effet.

Le Dammara ovata réussit sur son type, de semis, et sur l’Araucaria imbriqué.

L’Ar. Rulei prend sur Ar. excelsa (Eutacta).

L’Araucaria excelsa, de semis, lorsqu’il est fluet, sera rendu trapu par le greffage de la tête du jeune arbuste sur son propre collet.

[14]

Arbousier (Arbutus).

Famille des Éricacées.

Sujet. — Arbousier des Pyrénées, Arbutus unedo (semis, cépée).

Greffage. — En placage (fig. 55, 56) ; février, septembre. — En pied ; sous verre.

Observations. — Choisir de jeunes plants âgés de deux ans, il vaut mieux opérer sur des tissus jeunes. Greffer sous cloche ou sous châssis ; tenir le sujet greffé à l’étouffée pendant deux mois et l’amener ensuite graduellement à l’air libre en le faisant passer par les abris (fig. 36, p. 71).

Dans le Midi où l’Arbousier croît spontanément, on préfère le plant de cépée pour le greffer par approche, en plein été et à l’air libre.

[15]

Arthrotaxis (Arthrotaxis).

Famille des Conifères, § Séquoiées.

Sujet. — Cryptomeria du Japon (semis).

Greffage. — De côté dans l’aubier (fig. 67). En placage (fig. 113) ; août-septembre, sous verre.

Observations. — Le greffage se fait à l’étouffée, sous cloche et à froid.

L’Arthrotaxis imbriqué réussit à la greffe d’août sur le Cryptomeria élégant.

D’après Keteleer, on évitera d’entailler trop les greffons d’Arthrotaxis.

[16]

Aubépine (Cratægus oxyacantha).

Famille des Pomacées.

Sujet. — Aubépine blanche (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91) ; juillet. — En fente (fig. 69, 71). Anglaise (fig. 81) ; mars. — En couronne (fig. 51, 54) ; avril. — En pied.

Observations. — Écussonner sur des plants de grosseur moyenne.

Les greffages se font à basse tige, assez près de terre, à cause des nombreux rameaux qui se développent sur le sauvageon.

On greffe à haute tige sur des sujets jeunes, bien constitués et droits les variétés à bois fin, à rameaux étalés ou retombants. Cependant, à cause de la tige noueuse de l’Aubépine commune, il conviendrait de pratiquer une double opération : 1° on grefferait on pied, sur le sauvageon, une sorte vigoureuse, soit l’Épine à fleur rose double, le Néflier de Smith, le Sorbier des oiseaux ; 2° une fois celle-ci élevée à tige, on la surgrefferait avec la variété délicate d’Aubépine.

Surveiller l’ébourgeonnement du sauvageon.

Sur l’Aubépine dite de race américaine, Ergot-de-coq, Cr. crus galli, plant de semis, nous obtenons une belle végétation de sa congénère plus modérée, Épine Petit-Corail, Cr. corallina.

L’Azerolier, Cr. Azarolus, se greffe sur Épine indigène ou américaine, rez terre, et les variétés délicates, par surgreffage sur leur type.

[17]

Aucuba (Aucuba).

Famille des Cornées.

Sujet. — Aucuba du Japon (bouture).

Greffage. — En placage (fig. 118). De côté dans l’aubier (fig. 66). En demi-fente (fig. 111) ; d’octobre à février. — En pied ; sous verre.

Observations. — Lorsqu’on manque de sujets racinés, on confectionne des boutures d’Aucuba ; en même temps on les greffe avec la variété à propager. On les place sous cloche ; la soudure s’accomplira tandis que la bouture prendra racine.

Le sujet (T, fig. 111) est un fragment d’Aucuba préparé pour le bouturage ; la base (U) mise en pot (Y) est coupée sous un œil et le sommet porte un bourgeon d’appel et une feuille (V). Le greffon (X) a ses grandes feuilles coupées, les petites sont laissées entières ; il est inséré en demi-fente ou par incrustation. On a ligaturé avec un lien souple, sans engluement.

[fig111]

Fig. 111. — Greffe par rameau-bouture (Aucuba).

La plante est placée sous cloche, à chaud, jusqu’à la sortie des racines ; alors on aère en soulevant la cloche, ensuite la plante est placée sur la tablette de la serre, à froid. Plus tard, on la portera sous châssis où elle hivernera ; enfin, au printemps, la plantation à l’air libre se fera par l’intermédiaire de l’abri-ombrelle (fig. 36).

La greffe en placage (fig. 55), la greffe de côté dans l’aubier (fig. 66) sont généralement employées. Veiller aux ligatures. Au cas d’insuccès, la greffe latérale laisse le sujet plus facilement utilisable que si elle était pratiquée en tête.

La figure 133 indique le moyen de rapprocher les deux sexes de l’Aucuba sur la même plante.

[18]

Aulne (Alnus).

Famille des Bétulacées.

Sujet. — Aulne glutineux, Alnus glutinosa. — Aulne blanchâtre, Alnus incana (semis).

Greffage. — En approche (fig. 38, 42). En couronne (fig. 52) ; mai-juin. — En fente (fig. 72, 78) ; mars-avril. — En pied ou en tête.

Observations. — Les greffages par rameau réussissent avec des greffons dont le bois est âgé de un an ou de deux ans ; mais il est préférable que le bois du sujet étêté soit âgé de deux ans au moins, à l’endroit du tronçonnement.

Les variétés se greffent sur leur type.

Les opérations sous verre seront pratiquées de juillet en septembre.

[19]

Avocatier (Persea).

Famille des Laurinées.

Sujet. — Laurier Avocat. P. gratissima (semis).

Greffage. — En placage (fig. 55 et 125). En demi-fente (fig. 114) ; automne, sous verre. — En approche (fig. 42), à l’air libre, après la période des pluies et des vents du nord.

Observations. — Ce bel arbre toujours vert de l’Amérique intertropicale, déjà acclimaté en Algérie sera ainsi propagé dans ses dispositions vigoureuses et fructifiantes.

Aux Antilles, des planteurs ont réussi le greffage par rameau de l’Avocatier, sur franc, en opérant au retour de la sève, les pluies étant passées et la greffe recouverte d’une sorte de cloche en treillis de fibres de Palmier.

[20]

Azalée (Azalea).

Famille des Éricassées.

Sujet. — Azalée du Pont, ou pontique, A. pontica (semis), pour les variétés dites d’Amérique, à feuillage caduc. — Azalée de Chine, A. sinensis ou mollis (semis), pour les variétés de Chine et du Japon, à feuille caduque, de pleine terre. — Azalée de l’Inde, A. indica, (semis, bouture) pour les variétés dites de l’Inde, à feuillage persistant, de serre ou d’orangerie.

Greffage. — En placage (fig. 55 et 118). En demi-fente (fig. 110 et 114) ; mai-juin ; septembre. — En pied ou sur tige ; sous verre.

Observations. — Les Azalées de pleine terre se propagent généralement par le marcottage ; cependant, on greffe les variétés rares ou peu fournies de bois pour le couchage.

L’Azalée pontique recevra la greffe des espèces américaines et asiatiques ; celles-ci (A. sinensis) donneraient de bons plants, par le semis, mais on préfère les garder pour la culture de pied franc et greffer la variété à propager sur l’Azalée pontique, moins intéressant en fleurs.

L’Azalée de Chine (A. mollis) s’obtient à tige, soit naturellement, soit par son greffage sur une variété vigoureuse d’Azalée pontique, ou même de Rhododendron pontique. L’Az. pontica invectissima fournit par le semis des plants vigoureux pour la culture directe ou pour l’élevage des sujets à tige.

On greffe au mois d’août, en placage (fig. 55). ou en demi-fente (fig. 110), au collet du sujet ; le greffon est semi-ligneux, ses feuilles lui seront conservées ; opérer rapidement pour qu’il ne puisse faner. La greffe au printemps réussit mal.

Ces deux espèces, Azalée pontique et Azalée de Chine, sont préférables de pied franc, par couchage ; robustes en pleine terre, elles ont résisté aux 25° de froid de l’hiver 1879-1880.

Azalée de l’Inde. — L’Azalée de l’Inde, à feuille persistante, riche en variétés florales dites de serre ou de jardin d’hiver, se multiplie par quantités considérables en France, en Belgique, en Angleterre. Nous indiquerons les méthodes que nous avons suivies à Angers, à Versailles, à Gand et à Cherbourg. La culture anglaise se rattache à ces divers procédés.

Méthode angevine. — Nous devons les renseignements suivants à M. Émile Boyau, à Angers, cultivateur de l’Azalée de l’Inde.

Les sujets sont de l’Az. phœnicea, le meilleur type, ou de l’A. rosea elegans, à tige vigoureuse.

On choisit les sujets âgés d’un an ; la greffe en demi-fente (fig. 114) sera pratiquée sur le bois déjà lignifié, quoique étant encore en végétation.

L’opération peut se faire au printemps, mais on préfère la deuxième quinzaine de septembre, en serre tempérée et sous cloche, ou sous châssis de un mètre carré, placé dans une serre fermée ; toutefois, l’étouffée sous cloche est le procédé le plus usité.

Voici quelques précautions nécessaires après le greffage : 1° Sous châssis. Le plant greffé est placé assez près du verre, même « à toucher le verre ». Chaque matin, le châssis sera levé légèrement ; on donnera « un doigt d’air » pendant une demi-heure, pour permettre l’évaporation de l’humidité, puis la plante sera recouverte. 2° Sous cloche. Ici encore, tous les matins, on lève la cloche, la buée est essuyée et la plante reste à découvert pendant une demi-heure.

Lorsqu’il y a disette de sujets de bouture, on couche en avril ou en mai de grosses touffes d’Azalea phœnicea ; les bourgeons produisent alors, en septembre, des plants de 0m,20 à 0m,30 de haut, forts, que l’on peut greffer à mesure qu’on les lève de la pleine terre. Une fois les greffes soudées, après les soins indiqués précédemment, les plantes restent en pleine terre dans le châssis froid, jusqu’au mois de mai, et elles pourront y rester pendant dix-huit mois.

D’autres horticulteurs non moins habiles dans la multiplication de l’Azalée, à Angers, greffent en mai-juin et au mois de septembre, jamais plus tard ; l’opération est en demi-fente avec œil d’appel en tête du sujet. Le greffage est appliqué aux bonnes variétés peu vigoureuses ou lentes à pousser, tandis que le bouturage à chaud au printemps, à froid en été, est préféré pour Alba perfecta striata, Antoine Chantin, Auguste Delfosse, Belle Gantoise, Comtesse de Flandre, Charles Enke, Clémentine Vervaene, Duc de Nassau, Dieudonné Spae, Étendard de Flandres, Jean Verschaffelt, Louise-Marie, La Victoire, Liliiflora, Louise Margottin, La Paix, Madame Van der Cruyssen, Rosea punctata, etc.

Ces deux dernières variétés sont, au contraire, soumises au greffage à Versailles. Dans cette ville, on obtient facilement sur tige de bonnes plantes marchandes en trois ans ; la première année est consacrée au bouturage du sujet, la seconde année au greffage, la troisième au développement de la greffe. Nos amis Truffaut, Duval, Moser, emploient encore à titre de sujet les Az. phœnicea et concinna. M. Veitch, à Chelsea (Angleterre), les y utilise également.

Méthode gantoise. — L’horticulture gantoise produit et vend annuellement 300 000 Azalées. Voici comment la multiplication s’opère, d’après Édouard Pynaert, savant horticulteur de Gand, qui nous a guidé dans nos explorations :

En hiver, on bouture les sauvageons en serre chaude ou tempérée, sous cloche ou en bacs carbonisés recouverts d’une vitre, et dans du sable pur. On emploie, comme bouture, les bourgeons qu’on enlève du sujet ayant un an de greffe, vers février ou mars, alors qu’ils ont de 0m,04 à 0m,06 de longueur et l’on en met 15 par potée. — En mai, du 10 au 20, suivant la température, on plante les boutures racinées en pleine terre de bruyère ou dans un terreau de feuilles.

Au mois d’août ou en septembre, on relève les plants les plus forts et on leur donne des pots de 0m,06 ; les gros greffons leur sont réservés. Quinze jours après, du 15 août au 30 septembre, on peut les greffer.

Le plant à 0m,15 est convenable ; trop faible, il sera opéré au collet ou ajourné au printemps.

Le greffage d’automne ou d’hiver se fait à froid, avec + 6° ou 8° au plus.

Le mode plutôt employé est la demi-fente, herbacée. On coupe la tête du sujet dans la partie encore tendre en face d’une feuille ; le greffon est choisi dans les mêmes conditions, semi-herbacé, suffisamment aoûté, sans être ligneux. On ligature avec un fil de coton, en quatre ou cinq tours, sans engluement.

Les plants greffés sont placés droits sous cloche ou inclinés sous châssis, tenus hermétiquement fermés, avec une humidité suffisante sous le verre et une température de + 15°.

Au bout de quatre semaines, en août, et de cinq à six semaines, en septembre, les greffes sont soudées ; alors on peut commencer l’aération.

En hiver, les Azalées veulent une serre bien éclairée, des arrosements réguliers, une température s’élevant de zéro à 3° ou 4° pendant qu’il gèle, et avant le chauffage de la plante.

Les jeunes greffes sont mises en pleine terre le plus tôt possible, en mai, et préservées des gelées tardives au moyen de nattes placées le soir des journées claires.

Il ne faut pas ménager le soleil et l’eau, même l’engrais liquide (bouse de vache délayée). On pince les jeunes plantes, trois ou quatre fois, et l’on obtient une tête branchue, ramifiée.

En octobre, premier rempotage pour passer l’hiver en serre. Un pot de 0m,11 à 0m, 12 convient à une Azalée d’un an de greffe.

Les sujets porte-greffes sont l’Az. phœnicea pour produire des plantes fortes et l’Az. concinna pour des végétations plus modérées ; quelques maisons de Belgique sont satisfaites des sujets Az. macrantha et Verschaffeltii.

Azalée de l’Inde en pleine terre. — Sous le climat privilégié de Cherbourg, où l’on propage par marcotte l’Azalée de l’Inde, on greffe seulement les variétés nouvelles et les variétés à fleurs panachées. Le mode de greffage est le placage (fig. 55) sur plant levé en motte. On opère en juillet, sous châssis froid, chez notre collègue Cavron, et l’on tient les greffes à l’ombre.

Azalées de l’Inde, robustes au froid. — Pendant la guerre de 1870-71, MM. Thibaut et Keteleer ayant dû abandonner leurs établissements de Sceaux et du Plessis-Piquet, furent surpris de trouver en rentrant après l’hiver, des Azalées de l’Inde qui avaient bravement supporté les − 25°, en conservant indemnes leurs rameaux et boutons à fleur. Telles étaient les Azalées Amæna rosea et pulchella, Aphrodite, Beali rosea, Fortunei, Madame Wagner, Melusine, Mozart, Narcissiflora, Obtusa, Prolifera, Souvenir de l’Exposition, Thaclea, les Vittata alba, rosea et punctata ; aujourd’hui, on les multiplie par le bouturage au mois d’août, en opérant en pleine terrine mise en terre et sous cloche. Pendant l’hiver, la terrine est rentrée dans la serre froide et les jeunes sujets sont mis en pot, au printemps.

Après une saison dans les abris-ombrelles, on a de bonnes plantes pour la culture en pleine terre ; mais on peut continuer à les greffer sur tige pour la culture en pot.

[22]

Baguenaudier (Colutea).

Famille des Légumineuses, § Papilionacées.

Sujet. — Baguenaudier ordinaire, Colutea arborescens (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 94) ; août. — Anglaise (fig. 84) ; mars. — En pied.

Observations. — Choisir en hiver des plants plutôt faibles et les planter dans une terre très ordinaire, comme qualité ; une végétation modérée se prête mieux à la soudure.

Faire la chasse aux colimaçons.

[23]

Bibacier (Eriobotrya).

Famille des Pomacées.

Sujet. — Cognassier commun, Cydonia vulgaris (bouture avec talon ; marcottage par cépée). — Aubépine blanche, Cratægus oxyacantha (semis). — Bibacier ou Bibassier du Japon (semis).

Greffage. — En demi-fente (fig. 114) ; avril. — Par approche, en tête (fig. 42) ; mai. — En pied ; à l’air libre ou sous verre.

Observations. — Le greffon du Bibacier pris sur un rameau de deux ans est plus convenable que s’il était choisi sur un rameau de l’année.

Si l’on opère à l’air libre, on coupe les feuilles du greffon sur leur pétiole ; embouer la greffe ou l’envelopper avec un écran jusqu’à ce qu’elle commence à bourgeonner.

En greffant à l’abri, sous verre, on conserve, les feuilles, mais légèrement tronquées.

Greffer à fleur de terre.

Les Japonais multiplient le Bibacier type, par semis, et greffent sur ce sujet, par approche, les sous-variétés qu’ils en ont obtenues.

En Provence et en Algérie, on greffe le Bibacier sur franc, sur Aubépine ou sur Cognassier.

Greffé sur Cognassier, le Bibacier, sous le climat de Paris, vit plus longtemps que greffé sur Aubépine et devient plus robuste au froid que s’il était franc de pied.

[24]

Bignone (Tecoma).

Famille des Bignoniacées.

Sujet. — Bignone de Virginie, Tecoma radicans (fragment de racine).

Greffage. — En fente ou en incrustation sur racine (fig. 112) ; avril-mai.

Observations. — Les fragments de racine sont longs de 0m,10 (A, fig. 112) ; une fois greffés, on les met en terre, de manière que les tronçons soient couverts totalement jusqu’à l’œil supérieur de la greffe.

[fig112]
Fig. 112. — Greffe sur fragment de racine (Bignone)

Le greffon (B) porte un œil ou deux yeux.

La première végétation pourrait être excitée avec l’aide d’une cloche, sur couche tiède.

Avec un greffon, rameau à fleur, on obtient un arbuste moins disposé à grimper. Ces rameaux se rencontrent au sommet des Bignones déjà âgées, leur port est plutôt droit et non tourmenté ; ils seront insérés en fente ou par incrustation.


[25]

Biota (Biota).

Famille des Conifères, § Cupressinées.

Sujet. — Biota d’Orient, vulg. Thuia de Chine, Biota orientalis (semis).

Greffage. — En placage (fig. 113). De côté dans l’aubier (fig. 67) ; février, septembre ; sous verre. — En bifurcation (fig. 77) ; avril-mai.

Observations. — Le greffage sous verre se fait sous cloche à froid, avec les soins indiqués au chapitre v. (Voir pages 60 et suivantes.)

Les sujets greffés en variétés d’une végétation modérée, Biota aurea, minima, semper aurea, falcata nana, filiformis erecta, etc., pourraient être greffés et replantés sans être mis en pot, les racines ne se développant guère. Une variété vigoureuse réussit mieux en pot ; si cependant elle est greffée à racine nue, il convient de l’empoter dès qu’on la relève de l’étouffée.

Choisir un sujet trapu, sain de racines.

Au moyen de la greffe en bifurcation (fig. 77), certaines variétés pourront être transportées sur tige de Biota de Chine ou de Thuia du Canada.

[26]

Bouleau (Betula).

Famille des Bétulacées.

Sujet. — Bouleau blanc, B. alba (semis).

Greffage. — De côté par rameau (fig. 48, 50) ; août. — En approche (fig. 37, 42) ; de mai en août. — En écusson (fig. 89, 91) ; août. — En demi-fente herbacée (fig. 114) ; juillet-août, sous verre. — En pied ou sur tige.

Observations. — Chez les Bouleaux à forts rameaux, comme le Bouleau à canot, B. papyracea, on choisit l’œil-écusson saillant, aoûté, à la base d’un scion de l’année. Avec les variétés à rameaux effilés du Bouleau blanc, comme les Bouleaux lacinié, pyramidal, pleureur, l’œil greffon sera pris sur un rameau de l’année précédente ; l’œil est renflé et non développé (fig. 89). Avec d’autres variétés, par exemple les Bouleaux pourpre, nain, de Young, on utilise les yeux âgés d’un an ou de deux ans suivant le diamètre d’un rameau-greffon. On peut même greffer à œil poussant.

L’écussonnage offre cet avantage aux pépiniéristes que, au cas d’insuccès, le sujet reste vendable comme Bouleau ordinaire. Cependant, on greffe sur flèche de l’année, par approche en tête ou à l’anglaise, en mars-avril, des greffons dont le diamètre s’adapte à celui du sujet. Ce procédé est suivi en Belgique et en Hollande.

En plein air, le Bouleau est également greffé au mois de juillet :

1° En fente, sur une jeune flèche obtenue par la taille au printemps précédent ;

2° En placage, avec des greffons déjà lignifiés et munis de leurs feuilles coupées à moitié.

L’établissement Simon Louis, à Metz, réussit le Bouleau en plein air, à l’anglaise, avec greffon ramifié de deux ans, ramilles tenues court.

Desfossé-Thuillier d’Orléans, a travaillé le Bouleau pourpre de la manière suivante. Le sujet, mis en pot un an à l’avance, a été recepé au printemps ; vers juin, le greffeur introduisit en fente herbacée et sur la jeune flèche miligneuse, un greffon au même, degré de tendreté.

[27]

Bourgène (Rhamnus).

Famille des Rhamnées.

Sujet. — Bourgène ou Nerprun bourdaine, Rhamnus frangula, à feuille caduque (semis). — Bourgène à feuille d’olivier, Rh. oleifolius, à feuille persistante (semis).

Greffage. — En fente (fig. 72, 114) ; février, août-septembre. — En pied ; sous verre.

Observations. — Ici, le greffage est plutôt employé à l’égard du Rhamnus oleifolius et du Rh. incana, Bourgène blanchâtre, qui ne reproduisent point exactement leurs caractères par le semis ; alors on emploie, comme sujet, le plant de Rh. oleifolius. Le greffage se fait en fente, à l’étouffée, sous châssis.

Les autres variétés se greffent sur leur type, par le même système, si la reproduction en est impossible par la semence ou par la marcotte.

Les variétés à feuille caduque seront greffées sur Bourgène bourdaine, Rhamnnus frangula.

[28]

Buisson-Ardent (Pyracantha).

Famille des Pomacées.

Sujet. — Cognassier commun, Cydonia vulgaris (bouture avec talon ; cépée).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110, 114) ; mars-avril. — En pied.

Observations. — Habituellement, on multiplie le Buisson-Ardent, Pyracantha coccinea, par semis ou par bouture ; mais on obtient des arbustes vigoureux en pépinière, par le greffage rez terre sur Cognassier.

Les horticulteurs de Dijon élèvent des carrés spéciaux de Cognassier ; ceux de Metz se contentent des souches devenues trop grosses pour le greffage du Poirier, ils y greffent le Buisson-Ardent directement.

Un rameau-greffon de deux ans est convenable. Quelquefois, l’Aubépine employée comme sujet a donné toute satisfaction.

Le Buisson-Ardent de Lalande, recherché par les amateurs, réussit mieux au greffage sous verre, en août, comme au bouturage de fin été.

[29]

Broussonnetier (Broussonnetia).

Famille des Morées.

Sujet — Broussonnetier, dit Mûrier à papier, Broussonnetia papyrifera (semis).

Greffage. — En incrustation (fig. 59, 60). En fente (fig. 72), à l’air libre ; en avril. Greffage semblable au collet (fig. 110) ou sur fragment de racine (fig. 115), sous verre ; de février en avril. — En pied ou sur tige.

Observations. — Le Broussonnetier à feuille laciniée réussit sur racine avec ou sans collet, sous cloche, à chaleur modérée. Si l’on opère en plein air, on choisira de petits sujets et de gros greffons, pour équilibrer les deux parties à rapprocher.

Le Broussonnetier à feuille cucullée réussit avec les greffes en fente et en incrustation.

Le Broussonnetier de Kæmpfer, d’une espèce différente, B. Kæmpferi, a l’inconvénient de donner des scions trop florifères ou sensibles à la gelée. Dans ce cas, pour l’opération à l’air libre, on a recours aux rameaux formés de bois de deux ans, moins disposés à la floraison et à l’annulation des yeux. Avec le greffage sous verre, il n’y a pas les mêmes inconvénients ; on prendra du plant à racine nue et, aussitôt greffé, on le repiquera sous châssis, à l’étouffée.

[31]

Caféier (Coffea).

Famille des Rubiacées.

Sujet. — Caféier d’Arabie, C. arabica), et Caféier de Libéria, C. Liberica) (semis).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110. 114). — En placage (fig. 55) ; au printemps, sous cloche et dans la serre, sans chaleur de fond.

Observations. — En Europe, on a réussi le greffage du Caféier. Nous citerons deux exemples : Aux environs de Paris, M. Keteleer, horticulteur, a greffé le Caféier d’Arabie à feuille panachée sur son type, par le mode en placage (fig. 55). Dans les Pays-Bas, M. Witte, du Jardin botanique de Leyde, a greffé en fente, au collet, (fig. 110), sur cette même espèce si populaire dans les colonies françaises et néerlandaises, le Caféier à feuille de myrte, rebelle au bouturage. Les deux opérations ont été pratiquées sous verre, dans la serre, à froid.

Le greffage dans la grande culture du Caféier d’Arabie a sa raison d’être, pour faciliter la reproduction de variétés perfectionnées qui, jusqu’alors, n’ont pu être fixées par le semis.

Le greffage rez terre donne de bons résultats. On le pratique au moment où la sève quitte la période de repos et s’apprête à fournir un nouveau bourgeonnement.

Les sujets obtenus par le semis des graines auront une année de pépinière. — Les greffons, jeunes rameaux ; cueillis au moment de leur emploi seront greffés, au collet du plant, en plein air ou à l’abri.

Couper les feuilles à demi limbe ; ligaturer, engluer, butter et ombrager la greffe.

À Ceylan, un caféiculteur japonais sème en mai les graines de la première récolte et en élève le plant de pied franc. Le semis des autres récoltes est greffé de côté (fig. 65 et 67) au réveil de la sève, par un temps calme.

En Haïti, un de nos amis a tenté avec succès l’écussonnage à œil poussant, après la saison des vents du nord.

Le greffage en approche est pour les élèves semés autour de la plante à reproduire.

On étudie au rôle de sujet, le Caféier de Libéria, plus rustique. Attendons les suites.

[32]

Callistémon. — Métrosidéros.

Famille des Myrtacées.

Sujet. — Callistémon lancéolé, Callistemon lanceolatum (semis).

Greffage. — En demi-fente (fig. 114). En placage (fig. 118) ; février-mars, juillet-août ; sous verre.

Observations. — Toutes les variétés de Callistémon se greffent sur le C. lanceolatum.

[118]Un genre voisin, le Métrosidéros, qui a beaucoup d’analogie avec le Callistémon, se multiplie par le greffage sur ce dernier et, plus souvent encore, par le semis de ses graines.

[33]

Callitris.Frenela.

Famille des Conifères, § Cupressinées.

Sujet — Biota de Chine, B. orientalis (semis).

Greffage. — En placage (fig. 113). Dans l’aubier (fig. 65, 67) ; septembre, sous verre.

Observations. — À défaut du Biota, le Thuia d’Occident et le Cyprès fastigié peuvent être employés aux fonctions de sujet.

Choisir des greffons bien caractérisés.

[3]L’Actinostzobus, de la même tribu, se soumet à ce mode de multiplication.

[35]

Camellia (Camellia).

Famille des Ternstrœmiacées.

Sujet — Camellia à fleur simple, Camellia japonica (semis ; bouture).

Greffage. — En placage (fig. 55). En fente dans l’aubier (fig. 65) ; juillet à septembre. — Anglaise à cheval (fig. 86) ; septembre, avril. — En pied.

Observations. — Le Camellia se forme bien et boutonne mieux lorsqu’il est greffé. À part quelques variétés qui réussissent de pied franc — Contessa Lavinia Maggi, Donkelaari, Halleyi, Nobilissima, Noisetti, Tricolor, — il est préférable d’appliquer le greffage à la première éducation de toutes les variétés de Camellia.

Deux procédés de multiplication donnent de bons résultats ; la différence est dans la nature du sujet, rameau-bouture ou plant raciné.

Greffe sur rameau-bouture. — MM. Marie et Treyve, horticulteurs à Moulins, multiplient le Camellia avec un succès remarquable par la greffe de rameau-bouture, de la manière suivante. Au commencement de septembre, ils enlèvent sur des variétés vigoureuses de Camellia, des rameaux-boutures âgés d’un an ou quelquefois de deux ans, munis de feuilles, et les fractionnent en tronçons de 0m,10 ; le bout inférieur est taillé carrément, le supérieur reçoit sur-le-champ la greffe de la variété à propager.

Il est à remarquer que, sur le bois d’un an, on placera un greffon d’un an ; sur celui de deux ans, un greffon ayant deux années de pousse, portant quelques brindilles. Quand le sujet-bouture et le greffon sont de même grosseur, on emploie la greffe anglaise à cheval (fig. 86). Quand la bouture est plus grosse, on a recours à la greffe en demi-fente (fig. 114), ou en placage (fig. 55).

Il suffira de ligaturer par quelques tours de fil et de traiter les plants greffés comme de simples boutures, sous châssis, placés sur couche tiède et en terre de bruyère sableuse. Tenir à l’étouffée, ombrer pour atténuer l’effet des rayons de soleil sans priver de lumière, maintenir le sol légèrement humide. Environ six semaines après, les sujets sont racinés et les greffes soudées ; on les conserve sous châssis jusqu’en juillet-août, alors on lève les sujets en motte pour les mettre en pot. Pendant dix mois, on les traitera comme des plantes adultes et les châssis seront remplacés par des claies.

Greffe sur plant raciné. — Le plant raciné provient de bouture ou de semis. Examinons successivement les deux procédés, en commençant par le plus expéditif.

Sujet par bouture racinée. — Le plant de bouture est fourni par des pieds vigoureux du Camellia type à fleur rouge, ou de ses variétés Mathotiana alba, Targioni, Althæiflora. Les rameaux courts à feuille bien verte, munis de leur talon, sont les meilleurs ; on opère à l’étouffée dans la serre, sous abri vitré à + 15°, en janvier-février ou en juillet-août. Les boutures faites ainsi en godet, ou repiquées en pot après six semaines d’étouffée, seront propres au greffage à 2 ou 3 ans ; un diamètre de 0m,005 suffit. Un plus fort sujet produit une plante plus forte, dite « plante d’exposition » dans le langage des praticiens.

La greffe en placage est généralement adoptée ; soit avec greffon taillé à plat (fig. 55, 118), soit taillé à l’anglaise (fig. 56), le biseau ayant 0m,02, la tête portant 2 ou 3 feuilles. La greffe dans l’aubier (fig. 65) donne à son tour de bons résultats. Dans les deux cas, on opère en juillet-août. La ligature est du coton filé.

Les plantes greffées sont placées dans des coffres sous verre, enterrées dans de la cendre fine ou de la tannée bien consommée, à une température de + 15° au plus. Tenir les greffes bien étouffées ; éviter les arrosages fréquents ; essuyer les verres chaque jour. Au cas de soleil, il faut ombrager les plantes et le vitrage.

La reprise des greffes s’accomplit en trente ou quarante jours ; on coupe alors le sujet à 0,m,05 au-dessus, et à ras, un mois après, la végétation étant suffisante. — La plante hivernera dans la serre et sera mise sous bâche, au printemps. Son rempotage se fera en juin-juillet.

Ce procédé adopté en France, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Allemagne, a été décrit par un spécialiste, Adolphe Van Den Heede, horticulteur à Saint-Maurice-Lille.

Sujet par semis. — Les sujets sont de jeunes plants de semis mesurant de 0m,020 à 0m,030 de tour au collet ; la graine provient du type à fleur simple, le plant est élevé en pot de 0m,12. Au moment du greffage, fin juillet et août, le sujet est coupé à 0m,10 du sol et opéré par incrustation avec une rainure longue de 0m,04 et peu profonde. Le greffon est une sommité de rameau de l’année, taillé ad hoc ; il vient s’enchâsser dans cette rainure (fig. 119). Ligaturer avec le raphia et engluer au mastic froid.

Les plants greffés sont aussitôt placés dans une bâche de la serre ; un second châssis fermant hermétiquement produira l’étouffée ; l’ombrage est nécessaire. Deux mois après, la reprise est complète ; l’aérage continue et, au printemps suivant, la plante sera livrée à la pleine terre.

Greffage à l’air libre. — Dans les environs de Nice, on greffe encore le Camellia en plein air, par rameau inoculé (fig. 48), avec œil terminal.

Sur le littoral et vers l’Ouest, le Camellia vit en terre de bruyère, à mi-ombre, ou au soleil, à l’air libre ; on le livre en pleine terre, au printemps qui suit sa reprise à la greffe. Dans ces conditions de jardin libre ou vitré, on a quelquefois recours à la greffe en approche ou à la greffe en fente avec rameau d’appel — et feuilles au greffon — pour garnir les tiges dénudées ou changer la variété du Camellia.

Ce serait l’occasion de grouper sur la même plante des variétés similaires en végétation, mais distinctes quant au coloris de la fleur : Alba plena et Imbricata rubra ; Donkelaari et Tricolor, etc. et à la fois Miniata de Low, Mistress Cope, Reine des Belges ; etc.

[37]

Cannellier (Cinnamomum).

Famille des Laurinées.

Sujet — Cannellier ou Cinnamome de Ceylan, C. Zeylanicum (semis, bouture).

Greffage. — En placage (fig. 55) ; automne, sous verre. — En approche (fig. 42) ; à l’air libre, après la saison des pluies.

Les Japonais greffent par approche, sur franc, la variété à feuille panachée.

Observations. — La greffe permet de modifier le sexe de l’arbre, et mieux encore de propager les types plus profitables par la qualité de leur écorce industrielle.

[38]

Caragana (Caragana).

Famille des Légumineuses, § Papilionacées.

Sujet — Caragana en arbre, C. arborescens. — C. altagan, C. altagana (semis).

Greffage. — En fente (fig. 72). En incrustation (fig. 59) ; mars-avril. — En écusson (fig. 91) ; juillet-août. — En pied ou en tête.

Observations. — Le sujet pourrait être déplanté dans l’hiver qui précède le greffage.

Les jeunes plants à racines nues seront opérés par incrustation et placés dans la bâche vitrée. Le bourgeon d’appel en tête du sujet empêche le dessèchement de la greffe

Les variétés à rameaux délicats seront greffées à la hauteur fixée pour le branchage. Elles semblent préférer le sujet Caragana en arbre.

Dans les pépinières Looymans, en Hollande, le Caragana est soumis à l’écussonnage.

[92]Le Halimodendron et le Calophaca, genres voisins, seront greffés sur le Caragana.

[39]

Caroubier (Ceratonia).

Famille des Légumineuses, § Césalpiniées.

Sujet. — Caroubier à silique, C. siliqua (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 94). En placage à l’anglaise (fig. 56), à œil poussant ; avril.

Observations. — Le Caroubier étant dioïque, le but du greffage est de rassembler les deux sexes sur un même arbre ou de donner aux jeunes semis le caractère mâle ou femelle, à volonté.

[40]

Catalpa (Catalpa).

Famille des Bignoniacées.

Sujet. — Catalpa commun, C. bignonioïdes (semis).

Greffage. — En fente (fig. 72) ; avril. — En tête dans l’aubier (fig. 62) ; avril. — En couronne (fig. 53) ; mai. — En écusson (fig. 91) à œil poussant ; avril-mai. — En pied ou en tête.

Observations. — Pour le greffage par rameau, on choisit des greffons munis de bois de deux ans, en totalité ou à leur base. On les coupe peu de temps avant de les employer, et on les place dans du sable sec (fig. 32).

Le sujet étant chargé de moelle, l’insertion du greffon pourrait se faire de biais, la tente côtoyant l’étui médullaire, suivant les préceptes de Calvel, tel que nous l’indiquons à la greffe en tête dans l’aubier, avec biseau plat (fig. 62), ou avec biseau de biais (fig. 63, 64).

M. Henri Desfossé, à Orléans, nous a montré un carré de Catalpas écussonnés à œil poussant, ayant produit des jets de 1 mètre. — L’œil greffon, bien formé, est choisi sur un rameau plutôt mince, parfaitement aoûté et coupé sur l’arbre étalon, le jour même de l’écussonnage.

Le Catalpa de Kœmpfer et le Catalpa doré greffés en pied, pourront s’élever à tige ; mais le Catalpa boule doit être greffé à la hauteur fixée pour la tête de l’arbre.

[41]

Céanothe (Ceanothus).

Famille des Rhamnées.

Sujet. — Céanothe d’Amérique, Ceanothus americanus (semis ; fragment de racine).

Greffage. — En fente, sur tronçon de racine (fig. 112, 115). En placage (fig. 124, 125) ; août-septembre. — En pied ; sous verre.

Observations. — Choisir pour sujet de jeunes plants ou des tronçons de racine, et conserver le chevelu qui en garnit l’extrémité.

Couper les feuilles du greffon par la moitié.

Placer les sujets greffés sous cloche ou sous châssis ; leur agglutination s’opère au bout de cinq ou six semaines.

En 1879 Léopold Vauvel, étant alors chef des pépinières au Muséum de Paris, greffait le joli Céanothe azuré, Gloire de Versailles, de la façon suivante.

Cette variété ne se reproduisant point par semis et des éléments de bouturage faisant défaut, il en sema clair les graines au printemps, en pleine terre. Au mois d’août, les jeunes plants ont été arrachés, étêtés et greffés au collet, dans la serre à multiplication.

Le greffon, mi-herbacé, est cueilli sur l’arbuste-étalon que l’on a préalablement taillé pour en obtenir de nouvelles pousses ; l’insertion se fait par demi-fente, placage ou incrustation.

Le sujet greffé est aussitôt mis en pot et étouffé sous châssis. Une fois repris, on le place sous cloche, en attendant la pleine terre.

À défaut de plants de semis, on emploie des plants de bouture, enracinés, de la grosseur d’une plume d’oie, et on les greffe au collet.

Le Céanothe, ainsi fabriqué par la greffe, constituera, après hivernage, une bonne plante de massif ou de marché.

[42]

Cèdre (Cedrus).

Famille des Conifères, § Abiétinées.

Sujet. — Cèdre du Liban, Cedrus Libani (semis).

Greffage. — En placage (fig. 113). En fente oblique, de côté dans l’aubier (fig. 67) ; septembre. — En pied, sous verre.

Observations. — Choisir, pour greffon, des sommités de branches latérales. On les greffe sans étêter le sujet ; deux mois après, on peut découvrir le plant et l’amener progressivement à l’air libre.

Le Cèdre du Liban est un sujet robuste pour le greffage des formes ou sous-variétés des cedrus atlantica, Deodara et Libani. À son défaut, on prendra le Cèdre de l’Atlas, C. atlantica ; mais le C. deodara pourrait être le porte-greffe de ses propres variations.

[44]

Cerisier (Cerasus).

Famille des Amygdalées.

Sujet. — Cerisier Merisier, Cerasus avium. — Cerisier odorant ou de Sainte-Lucie, Cerasus Mahaleb. — Cerisier franc. C. communis (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91) ; été. — En flûte (fig. 100) ; juin. — En couronne (fig. 54). — Sous écorce à l’anglaise (fig. 49) ; mai. — Anglaise (fig. 84) ; printemps. — En fente (fig. 72). En incrustation (fig. 59) ; automne. — En tête pour le C. Merisier ; en pied pour le C. Mahaleb.

Il importe, pour les greffages du printemps, de couper sur l’étalon, avant le mois de janvier, les rameaux greffons de Cerisier et de les conserver sous terre. (Voir fig. 32, p. 58).

Greffage sur Merisier. — Le C. Merisier à fruit rouge est plus docile à l’écussonnage que le Merisier à fruit noir. On le greffe en tête et non en pied : 1° en écusson, lorsque l’activité de la sève commence à se ralentir ; 2° en fente, vers la fin de l’été, avant que la sève ne soit arrêtée.

Si la priorité du greffage d’automne revient, d’après Thouin, à un amateur lyonnais, Rast-Maupas, son application au Cerisier aurait été pratiquée vers 1833 par Pierre Bertin, de Versailles ; puis Audusson-Hiron, à Angers, Jamin (Jean-Laurent), à Bourg-la-Reine, Baltet (Lyé-Savinien), — notre père vénéré — à Troyes, ont propagé dans leurs régions ce procédé de multiplication du Cerisier.

La greffe réussit mieux sur le Merisier lorsqu’il est dans une situation aérée ; c’est pourquoi, dans les pépinières, on le plante souvent en bordure.

La greffe anglaise pratiquée sur la jeune flèche laisse rarement de traces du bourrelet au point de jonction.

Comme cela se pratique en Belgique, on peut greffer le Merisier au mois de juin, sous écorce, à œil poussant. On choisit des greffons semi-ligneux à la base des pousses nouvelles, et on les couvre de boue. Dans ces conditions, on peut accepter encore l’écusson boisé.

Sous le climat de Paris, l’écussonnage à œil dormant du Merisier est le plus employé.

Greffage sur Mahaleb. — Le Cerisier odorant, Mahaleb ou Sainte-Lucie, vient en terrain sec ; il sera greffé en pied et non à haute tige, plutôt par écusson. Si la variété à propager ne pouvait s’élever d’elle-même à tige, on aurait recours à un procédé combiné. Greffer d’abord en pied une variété vigoureuse, par exemple de Bigarreautier, de Guignier ; quand celle-ci sera à tige, au moins deux ans après, on y greffera en tête la variété de Cerisier.

Le système de surgreffage des arbres fruitiers destinés à la haute tige a été pratiqué en grand, dès 1840, par notre grand-oncle, Lyé Baltet-Petit, dans ses pépinières troyennes.

Le plant de Mahaleb, de grosseur moyenne, est à préférer : on l’écussonne à 0m,10 du sol, dès la première année, par un temps chaud, vers la fin de la période consacrée à l’écussonnage. La sève se maintiendra assez longtemps pour nécessiter l’assemblage des rameaux en tête du sujet au moment où il se trouvera greffé (fig. 99).

Quinze jours après, on vérifie les ligatures et la réussite des greffes.

Étêter le sujet après les froids.

Désongletter ayant la chute des feuilles.

Aux Riceys (Aube), les vignerons greffent avec les Cerisiers Anglaise et Montmorency, les C. Mahaleb de leurs friches, par la greffe en flûte, avec étêtage immédiat du sujet (fig. 100). Ils opèrent vers la Saint-Jean, par un temps couvert ; la greffe ne tarde pas à se développer.

Le Bigarreautier réussit en fente sur le Mahaleb ou Sainte-Lucie, plutôt rez terre.

Greffage sur Cerisier franc. — Le Cerisier franc, résistant à la rigueur des grands hivers (de 25° à 30°), est un sujet à utiliser dans les pays froids ; on l’emploie également dans les vallées arrosées du midi de la France où le Mahaleb ne réussit pas. Commun dans notre région, il se couronne en demi-tige et se reproduit par semis ou par drageon dans les vignes et les jardins. Ajoutons que ce type vivra mieux de pied franc, alimenté par ses racines traçantes. On peut donc l’utiliser comme sujet et non comme greffon.

Cerisiers d’ornement. — Les Cerisiers d’ornement, C. serrulata, pseudo-Cerasus, C. Chamæcerasus, semperflorens, à rameaux effilés, étalés ou retombants, réussissent sur Merisier : 1° au printemps, par l’écussonnage à œil poussant ; 2° en août, par le greffage à œil dormant de bourgeons écussons, ou de sommités de rameaux glissés sous l’écorce du sujet (fig. 48), même avec insertion à l’anglaise (fig. 49).

Ils réussissent encore en pied, sur Mahaleb.

Les Mahaleb d’ornement seront greffés sur le type, C. Mahaleb odorant ou de Sainte-Lucie, à la hauteur fixée pour le branchage.

[45]

Chalef (Elæagnus).

Famille des Éléagnées.

Sujet. — Chalef à rameaux réfléchis, Elæagnus reflexa (bouture ; semis).

Greffage. — En placage (fig. 55, 118). En fente oblique dans l’aubier (fig. 65, 67) ; août. — En pied ; sous verre.

Observations. — On opère sous cloche, dans la serre à multiplication ou sous châssis, à l’étouffée ; six semaines après, on découvrira le plant greffé comme il est dit au greffage sous verre (page 69).

[167]Le Shepherdia se greffe ainsi sur l’Argousier Griset, Hippophae rhamnoides.

[46]

Chamécerisier (Chamæcerasus).

Famille des Caprifoliacées, § Lonicérées.

Sujet. — Chamécerisier de Tartarie, Chamæcerasus tatarica (semis ou bouture).

Greffage. — En placage (fig. 56). — Anglaise simple (fig. 80) ; mars-avril.

Observations. — Les Chamécerisiers se multiplient de bouture, mais quelques espèces, — le Ch. des Alpes notamment, joli arbrisseau touffu, aux gros fruits rouges, — sont parfois greffées à demi-tige et produisent un bel effet.

[47]

Chamæcyparis. — [157]Retinospora.

Famille des Conifères, § Cupressinées.

Sujet. — Chamæcyparis de Boursier, Ch. Boursieri. — Biota de Chine, Biota orientalis. — Thuia du Canada, Thuia occidentalis semis).

[fig113]
Fig. 113. — Greffe en placage du Retinospora sur le Biota.

Greffage. — En placage (fig. 113). Dans l’aubier avec fente droite (fig. 65) ou oblique (fig. 67) ; septembre, sous verre. — Sur bifurcation (fig. 77) ; mai et août. — En pied ou en tête.

Observations. — Les greffes en placage et de côté se pratiquent en serre ; la soudure a lieu au bout de six semaines.

Les Chamæcyparis Boursieri (ou Cupressus Lawsoniana) et Ch. Nutkaensis (ou Thuiopsis borealis) sont employés comme sujets, concurremment avec le Biota orientalis, pour le greffage de leurs sous-variétés.

Le Ch. de Boursier est généralement recherché. — Le Ch. obtusa pygmæa, greffé sur ce sujet, prendra une forme élancée, tandis que ses branches resteront traînantes, s’il est greffé sur Biota ou sur Thuia.

Les Retinospora seront greffés sous verre, en placage (fig. 113), sur le Biota.

Les Retinospora squarrosa et juniperoides sont, de préférence, multipliés par le bouturage.

On peut pratiquer le greffage sur Thuia d’Occident, en tête, par la fente sur bifurcation (fig. 77), en plein air.

Choisir, pour ces deux genres, des rameaux-greffons dont les caractères soient bien accusés.

[48]

Charme (Carpinus). — [134]Ostrya

Famille des Cupulifères.

Sujet. — Charme commun, Carpinus Betulus (semis).

Greffage. — En fente (fig. 69) ; mars-avril. — En approche (fig. 38 et 42) ; mai à juillet. — En pied ou sur tige.

Observations. — Le greffage sur tige est plutôt employé à l’égard du Charme pleureur ; le greffage en pied convient aux variétés cultivées pour leur port érigé ou pour leur feuillage particulier.

La greffe par approche à l’anglaise faite en tête (fig. 42) est applicable au Charme.

On peut avoir recours au greffage sous verre, en mars, sur plants en arrachis.

L’Ostrya, genre voisin, et ses variétés seront greffés de même sur le Charme commun.

[49]

Châtaignier (Castanea).

Famille des Cupulifères.

Sujet. — Châtaignier commun, Castanea vulgaris (semis).

Greffage. — En fente (fig. 72). Sur bifurcation (fig. 78). Anglaise (fig. 81). Placage à l’anglaise (fig. 56) — En écusson (fig. 91) ; août-septembre. En pied ou sur tige.

Observations. — Les variétés du Châtaignier se reproduisent par la greffe.

Le mode de greffage le plus ancien et le plus populaire des régions montagneuses, où le Châtaignier joue un rôle si important dans l’économie rurale, est la greffe en flûte au printemps. Certains sauvageons à petite feuille, lente à tomber, sont plus rebelles à la greffe.

Dans les pépinières, on réussit la greffe en placage à l’anglaise (fig. 56), au départ de la sève, et même l’écussonnage en août-septembre, si le sol conserve la sève assez longtemps.

La greffe terminale sur l’œil de flèche (fig. 73) pourrait être appliquée sous verre.

Le Châtaignier accepte parfois le greffage sur Chêne, au moyen de jeunes plants semés en place ou nouvellement repiqués. On les greffera rez terre, en fente ordinaire ou sur bifurcation ; il est alors préférable de greffer à fleur du sol. Il existe un assez bel exemplaire de ce genre, greffé sur Chêne, au Jardin botanique de Dijon. En 1838, Jaumard greffait ainsi à la pépinière départementale de la Gironde. Les exemples cités n’ont pas été avantageux à la fructification.

[50]

Chêne (Quercus).

Famille des Cupulifères.

Sujet. — Chêne blanc ou pédonculé, Q. pedunculata, pour les variétés indigènes. — Chêne chevelu ou de Bourgogne, Q. Cerris, pour les variétés d’Amérique. — Chêne vert, Quercus Ilex, pour les variétés à feuillage persistant (semis).

Greffage. — En fente sur bifurcation (fig. 78). Anglaise (fig. 81) ; mars-avril. — En approche (fig. 39 et 42) ; mai-juin. — En pied ou en tête.

Observations. — Les Chênes à feuille caduque seront greffés sur le Chêne commun, pédonculé, Q. pedunculata, ou sur le Chêne sessile, rouvre, Q. sessiliffora ou Robur, greffe en fente (fig. 69), ou sur bifurcation, au printemps et à l’air libre.

Engluer le greffon. — La greffe en placage, fin été, est pour les opérations sous verre.

Le Chêne pédonculé résiste aux grands hivers mieux que les autres espèces ; le Chêne sessile y est plus sensible ; cependant les sous-variétés préfèrent leur espèce comme sujet.

Les variétés du Chêne chevelu, Q. Cerris, seront greffées sur leur type, en placage simple ou à l’anglaise, vers juillet-août, et à l’étouffée.

Les Chênes verts seront greffés en demi-fente (fig. 114) ou dans l’aubier (fig. 67) sur Q. Ilex, et même sur Q. Cerris, aux mois de mars ou de juillet-août, sous cloche, ou encore en avril à l’air libre. On coupera les feuilles au greffon, sur leur pétiole.

Dans la zone nord de l’aire géographique du Chêne, son greffage se pratique sous verre ; quelquefois, le greffage au galop (fig. 84) avec greffon de deux ans, a donné toute satisfaction.

M. Arbeaumont, à Vitry-le-François, greffe ses plants de Chêne dans la serre à multiplication, fin de l’été ; au printemps suivant, lorsque le greffon se développe, il lui emprunte quelques jeunes pousses semi-ligneuses pour les greffer en plein air, en fente ou en couronne.

À Majorque, les habitants propagent les types de bon rapport du Chêne à gland doux, Q. Ballota, par la greffe en couronne, à la montée de la sève, sur les jeunes sauvageons en pleine forêt. Le greffon est effeuillé un mois à l’avance et couché en terre. On lui taille un biseau de 0m,10 portant deux yeux qui pénétreront sous l’écorce du sujet, incisée ou fendue dans ce but.

[7.52]

Chionanthe (Chionanthus).

Famille des Oléacées.

Sujet. — Frêne à fleur, Fraxinus Ornus. — Frêne commun, Fraxinus excelsior (semis).

Greffage. — En incrustation (fig. 60). En fente (fig. 72) ; mars-avril. — En écusson (fig. 91) ; juillet-août. — En pied ou en tête, à l’air libre ; greffage sous verre, dans les pays froids.

Observations. — Le Chionanthe, Ch. virginica, greffé au collet, est plus fleurissant.

Le Frêne à fleurs, Fraxinus Ornus, comparé au Frêne commun, Fraxinus excelsior, est plus sympathique au greffage du Chionanthe.

[7.53]

Clématite (Clematis).

Famille des Renonculacées.

Sujet. — Clématite d’Italie à fleur bleue, Clematis viticella cærulea (racine).

Greffage. — En fente sur fragment de racine, sous verre (fig. 115 et 120), avril, mai, août.

Observations. — Le meilleur greffage se fait en mai, le greffon étant demi-herbacé, choisi plus tendre que dur. Le sujet est une fraction radiculaire assez grosse, sur laquelle on conserve le chevelu qui se trouve aux extrémités.

Les greffons sont des pousses de l’année, aussi courtes que possible, les feuilles étant coupées à moitié du limbe.

Ligature au coton ; pas d’engluement.

On préfère la terre de bruyère un peu fraîche autour de la racine greffée, parce qu’elle nécessite moins d’arrosage.

Lorsqu’on peut rentrer en serre la plante-étalon, sa végétation d’hiver fournira des greffons semi-herbacés qui pourront être utilisés de février en avril. Le sujet-racine, une fois greffé, est mis en godet de 0m,025 à 0m,04, sous cloche et sur la bâche légèrement chauffée de la serre à multiplication. Quinze jours après, la soudure est complète et le chevelu se développe. On rempote alors en godet plus grand que l’on place sous verre, dans une bâche non chauffée.

En mai-juin, la plante sera sortie à l’air libre et livrée au commerce dès le mois de septembre.

Sur jeune plant de la Clématite des haies, Cl. vitalba, plant de semis, la greffe en placage, un peu au-dessus du collet, produit une plante vigoureuse ; mais la Clématite d’Italie précitée a l’avantage de ne pas drageonner, de bien entretenir la plante en sève et de fournir un plus grand nombre de sujets ; les plus petites racines pourraient attendre une année en terre leur grossissement et le développement du chevelu.

Au mois d’août, on greffe encore la Clématite ; la soudure en étant plus lente, la plante sera placée sous châssis à froid, en terre de bruyère. Au printemps suivant, aura lieu la mise en pot et la continuation de l’abri vitré.

Les Anglais greffent même en décembre et janvier ; le greffon court « à bois sec » porte un seul œil. Les plants greffés sont aussitôt mis en pot avec terre de bruyère, et enterrés dans le sable d’une couche chauffée de 20 à 25°, chaleur de fond ; quinze jours après, ils sont entrés en sève, alors on les retire de la couche chaude pour les placer dans un lit de sable préparé sur une tablette de la serre, et plus tard, sous un abri vitré plus froid. Au printemps, nouveau rempotage en godets de 0m,08 et mise en planches, dehors.

[55]

Cognassier (Cydonia). — [51]Chænomeles.

Famille des Pomacées.

Sujet. — Cognassier ordinaire, Cydonia vulgaris (bouturage à talon, fig. 21 ; marcottage ou éclatage par cépée, fig. 17). — Aubépine blanche, Cratægus oxyacantha (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91) ; juillet-août. — En fente (fig. 69). Anglaise (fig. 82, 84) ; avril. — Au collet.

Observations. — L’écussonnage se fait avec des sujets jeunes ; on attend, pour cette opération, que la force de la sève soit calmée. Une fois greffé, on lie les branches du sujet (fig. 99).

Éviter d’employer les yeux à peine visibles placés à la base des rameaux-greffons.

Lors de la végétation de la jeune greffe, on l’accole contre l’onglet ou sur un tuteur.

Désongletter avant la chute des feuilles.

Nous avons vu, dans quelques pépinières de Hollande, et en France dans le Lyonnais et le Mâconnais, greffer le Cognassier de Portugal, Cydonia lusitanica, sur Aubépine blanche, en pied. L’arbre y vit longtemps et prospère dans un terrain sec.

Le Cognassier de Chine, C. sinensis, plutôt d’ornement, sera greffé en pied sur le Cognassier ordinaire.

Le Cognassier du Japon, Chænomeles, arbuste drageonnant, se propage par le bouturage de racines au printemps, ou de rameaux en août ; on peut greffer ses variétés sur un type vigoureux, C. ombiliqué, à fleur rose. — Greffer en demi-fente, en placage ou en écusson plaqué sur collet ou sur racine, sous verre, en juillet-août. Surveiller le drageonnage.

[57]

Cornouiller (Cornus).

Famille des Cornées.

Sujet. — Cornouiller à fruits, Cornus mas (semis). — Cornouiller à fruit blanc, Cornus alba. — Cornouiller sanguin, Cornus sanguinea (semis ; marcotte), suivant la variété à propager.

Greffage. — Par rameau de côté sous écorce (fig. 48 et 50) ; juillet. — En écusson (fig. 94) ; juillet-août. — En pied ou sur tige.

Observations. — Le greffage de côté sous écorce (fig. 48), convient au Cornouiller à fruits, C. mas ; on choisira s’il est possible, pour greffons, des rameaux longs de 0m,08 à 0m,10, munis de bois de deux ans à leur base.

Le greffage de côté par rameau avec embase (fig. 50) est applicable à cette espèce.

Éviter de greffer trop tard : le cambium durcit assez vite chez le Cornouiller.

Les autres espèces de Cornouiller réussissent par la greffe sous écorce et par écusson en plein air, sur leur type, le C. sanguinea, indigène, le C. alba, fruit blanc, le C. sibirica, de Sibérie.

[58]

Corossolier (Anona).

Famille des Anonacées.

Sujet. — Corossolier, Anona americana (semis).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110, 114). — En placage (fig. 55, 56). — En approche (fig. 46). — En couronne (fig. 53). — De côté dans l’aubier (fig. 65). — À l’air libre, au réveil de la sève ; sous verre, en toute saison.

Observations. — Le genre Anona comprend une série d’espèces et de variétés dont le fruit, pomme de corossol, de cannelle, cherimolia, etc., est recherché sur les marchés aux Antilles, au Mexique, au Brésil, au Pérou, à la Guyane, à Java, aux Canaries, en Égypte, en Algérie.

Les greffeurs javanais, nous écrit Ottolander, réunissent par la greffe, sur le même plant, les Anona muricata et squamosa.

Au Jardin d’essai d’Alger, Charles Rivière a obtenu l’Anona cherimolia par les greffes en couronne (fig. 53) et de côté dans l’aubier (fig. 65), à l’air libre, sur des plants peu fertiles. Mêmes résultats avantageux obtenus aux îles Canaries, où les indigènes emploient la greffe en approche.

D’après l’avis de botanistes voyageurs et de D. Bois, du Muséum d’histoire naturelle, les Anona squamosa (pomme de cannelle) et cherimolia (corossol, des Malais) seraient plus particulièrement recherchés par nos Jardins d’études et par les planteurs.

[59]

Correa. — [61]Crowea. — [71]Eriostemon. — [183]Zieria.

Famille des Cupulifères.

Sujet. — Correa alba et ruffa (bouture).

Greffage. — En placage (fig. 118), sous verre ; février-mars. — Au collet du sujet.

[61]Observations. — Les variétés d’Eriostemon, de Boronia, de Crowea, de Zieria et de Correa se greffent sur les Correa alba et ruffa dans la serre, sous cloche et à froid, en février-mars. Deux mois après, les jeunes plantes seront placées dans une bâche, puis au nord d’un abri (fig. 36).

Le Correa alba est le sujet le plus employé ; cependant les Correa bicolor, cardinalis, picta superba, rosea, speciosa, semblent avoir des préférences pour le porte-greffe Correa ruffa.

[60]

Cotonéaster. — Amélanchier.

Famille des Pomacées.

Sujet. — Aubépine, Cratægus oxyacantha. — Cotonéaster commun, C. vulgaris (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91, 95). Sous écorce avec rameau simple (fig. 48, 49) ; été. — En demi-fente (fig. 110, 114). En incrustation (fig. 119) ; mars-avril. — En pied.

Observations. — Greffer très près du sol, plutôt au-dessous qu’au-dessus. Choisir des greffons bien aoûtés. Ébourgeonner sévèrement.

[9]Greffer l’Amélanchier sur tronc radicellaire.

Les Cotonéasters toujours verts greffés sur une tige d’Aubépine ou de Sorbier sont jolis, mais ne vivent pas longtemps.

Le Cotonéaster de Simons s’y plaît mieux ; on choisit un sujet d’Aubépine qui n’ait pas la tige noueuse.

Les autres variétés seront greffées au collet, sous cloche à froid, en août-septembre.

Le Cotonéaster réussit encore sur Cognassier.

[62]

Cryptoméria (Cryptomeria).

Famille des Conifères, § Cupressinées.

Sujet. — Cryptoméria du Japon, Cryptomeria japonica (semis).

Greffage. — Placage (fig. 113). Dans l’aubier (fig. 67) ; février, août. — En pied ; sous verre.

Observations. — Employer comme sujet des plants assez jeunes, élevés en pot.

Greffage de côté, sans étêlage immédiat. Deux mois après, on commencera l’aération.

[63]

Cyprès (Cupressus).

Famille des Conifères, § Cupressinées.

Sujet. — Cyprès pyramidal, C. fastigiata. — Biota ou Thuia de Chine, Biota orientalis (semis).

Greffage. — En placage (fig. 113). Dans l’aubier, de côté (fig. 67) ; février-septembre. — En fente sur bifurcation (fig. 77) ; avril.

Observations. — Greffer en placage à l’étouffée ; la reprise est complète à deux mois. Pour le greffage de côté, on peut inciser le sujet obliquement (fig. 67). — Choisir des greffons qui aient perdu leur caractère « juvénile ».

Sous notre latitude, le sujet Cyprès gèle et grossit lentement ; le Genévrier de Virginie réussit, mais forme bourrelet.

Le Biota est plus avantageux comme sujet.

[64]

Cytise (Cytisus).

Famille des Légumineuses, § Papilionacées.

Sujet. — Cytise des Alpes, C. Laburnum (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91, 94, 95) ; juillet-août. — En fente (fig. 69, 110, 114). Anglaise (fig. 80, 84). En incrustation (fig. 119) ; avril. — En couronne (fig. 51, 54) ; mai. — En pied ou sur tige.

Observations. — Les Cytises (Cytisus) à bois fin, C. pourpre, rose, blanc, carné, noir, élégant, à trois feuilles, versicolore, etc., ne réussissent guère qu’au greffage en fente, à cause de la ténuité des rameaux. On insérera le greffon sur le sujet, en face d’un œil d’appel, à la hauteur fixée pour le branchage, la tête de ces espèces se ramifie sans pouvoir monter davantage.

Les Cytises (Laburnum) à gros bois, C. Adam, bifère, odorant, à grande fleur, à feuille sessile, à feuille bullée, à feuille de chêne, etc., se multiplient par l’écussonnage, ou par les greffes à l’anglaise, en fente, en incrustation. Les rameaux sont assez vigoureux pour que, se trouvant insérés à fleur de terre, ils s’élèvent à tige.

Lorsqu’on étête le Cytise pour le greffer, il faut absolument conserver un bourgeon au sommet du sujet, à l’opposé ou sur le côté de l’insertion du greffon. La fonction de ce bourgeon est d’appeler la sève et d’entretenir la vie sur l’arbuste pendant la première année.

Il vaut mieux détacher les rameaux-greffons de l’arbre-étalon peu de temps avant le greffage ; dans les localités exposées aux gelées d’hiver, on peut couper à l’avance les rameaux des Cytises à bois fin et les conserver en terre (fig. 32).

Les petits Cytisus Attleyanus et Everestianus, plantes « de quai », qui prennent mal de bouture, se greffent sous verre, sur le C. racemosus.

[4][30]Les variétés de l’Ajonc, Ulex, et de Bugrane, Ononis, peuvent être greffées sur le Cytise à gros bois, Laburnum.

[65]

Dacrydium (Dacrydium).

Famille des Conifères, § Podocarpées.

Sujet. — Dacrydium faux-cyprès, Dacrydium cupressinum (bouture).

Greffage. — En placage (fig. 113). Dans l’aubier (fig. 67) ; septembre, sous verre.

Observations. — Ce genre de Conifères est de serre froide, sous le climat de Paris. Greffé, le Dacrydium élevé, D. elatum, entre autres, est plus élancé que franc de pied.

Soins habituels prodigués aux greffes sous verre. (Voir page 69.)

[66]

Daphné (Daphne).

Famille des Thymélées.

Sujet. — Daphné Lauréole, Daphne Laureola. — Daphné Mézéréon, D. Mezereum (semis).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110, 114) ; février-mars ; août. — Sous verre.

Observations. — Les variétés à feuilles caduques, lentes à monter, seront greffées sur petite tige de Daphné Mézéréon, ainsi que les variétés rebelles ou difficiles au bouturage, comme le Daphné à feuille pourpre (greffage en août).

[fig114]
Fig. 114. — Greffe du Daphné en demi-fente.
Les variétés à feuilles persistantes sont greffées sur le Daphné Lauréole ; cependant elles réussissent aussi bien que les autres, lorsqu’elles sont greffées sur le Daphné Mézéréon, espèce plus commune et moins sujette à pourrir.

Le sujet (A, fig. 114) fendu à moitié, en tête, reçoit le greffon (B) et on ligature (C). Le bourgeon (a) servira d’appelle-sève.

Les Daphnés Dauphin, des collines, odorant, de serre, se propagent de cette façon, greffés sur petite tige de leur congénère, Daphné Lauréole et quelquefois sur le Daphné Mézéréon.

[67]

Dierville (Diervilla).

Famille des Caprifoliacées, § Lonicérées.

Sujet. — Dierville rose, Diervilla ou Weigela rosea (semis ; bouture racinée).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110, 114). Dans l’aubier (fig. 66) ; avril et août, sous verre. — En pied, rez terre.

Observations. — Le Dierville rose ou Weigela se propage par bouture ; mais pour augmenter la multiplication d’une variété rare, on a recours à la greffe. On se sert de boutures racinées faites au printemps ; le greffage est pratiqué sous verre, en août, avec des greffons semi-ligneux. Les plants sont opérés au collet, en demi-fente et placés sous cloche à froid, sur le sable.

En chauffant des touffes de l’espèce sujet et de la variété qui doit être multipliée, on obtient de part et d’autre des rameaux forcés que l’on unira, sous verre, en mars-avril ; ce sera alors une greffe-bouture de rameaux semi-herbacés.

[68]

Diosma (Diosma).

Famille des Diosmées.

Sujet. — Diosma à ombelle, D. umbellata (bouture).

Greffage. — En demi-fente (fig. 114), en serre ; février-mars. — Au collet.

Observations. — La greffe du Diosma est spéciale au D. fragrans, qui prend mal de bouture.

[69]

Épine-Vinette (Berberis). — [110]Mahonia (Mahonia).

Famille des Berbéridées.

Sujet. — Épine-vinette ordinaire, Berberis vulgaris (semis).

Greffage. — En fente (fig. 110, 114). En placage (fig. 118) ; août-septembre, sous verre. — En pied.

Observations. — Choisir des plants qui paraissent moins disposés au drageonnage.

Greffer au collet du sujet. Quand la soudure sera complète, on plante le jeune arbuste, greffe en terre, pour l’exciter à prendre racine ; sans cette précaution, le tronc pourrait affamer la plante par son émission de rejets.

Édrageonner rigoureusement.

[70]

Érable (Acer).

Famille des Acérinées.

Sujet. — Le type des variétés et des sous-variétés que l’on désire propager (semis).

Greffage. — Écusson ordinaire (fig. 89, 91). Écussonnage avec incision renversée (fig. 94). Par rameau avec embase (fig. 50) ; août. — En pied ou sur tige.

Observations. — L’Érable champêtre, Acer campestre, reçoit par greffage ses sous-variétés.

En général, l’Érable sycomore, A. pseudoplatanus, est le sujet qui sympathise avec les divers groupes ; ainsi l’Acer Ginnala, sous-variété de l’Acer tataricum, se greffe mieux sur l’Érable sycomore que sur son type.

L’Érable rouge, A. rubrum, et ses variétés, ont plus d’affinité avec l’Érable sycomore et semblent gagner en robusticité à son contact.

L’Érable jaspé, A. pensylvanicum, vit sur le Sycomore par l’écussonnage de bourgeons anticipés, ou de petits rameaux munis de leur embase (fig. 50). Ici, le greffage en pied met en évidence la tige ornementale de l’arbre par son épiderme veiné et coloré.

L’écussonnage des variétés de l’Érable plane, Acer platanoides, réussit à œil poussant avec des rameaux détachés en hiver et conservés (fig. 32). Les variétés à feuille pourpre, de Schwedler et de Reitenbach, forment avec le Sycomore un bourrelet plus prononcé qu’avec l’Érable plane. Il en est de même des autres variétés : en colonne, en boule, à feuille laciniée ou digitée, ou panachée.

L’Érable lisse, A. lævigatum, greffé sur l’Érable plane, est plus vigoureux que franc de pied.

L’Érable de Wagner, A. Wagneri, « prend » sur l’Érable à fruit cotonneux, A. eriocarpum.

L’Érable de Colchide tricolore se reproduit par l’écussonnage sur son type et non sur d’autres.

Les variétés très vigoureuses d’Érable seront greffées, en plein air, par écusson avec incision renversée (fig. 94) ; l’œil greffon sera simple ou choisi sur des rameaux de l’année précédente (a, fig. 89). Réunir et écimer alors les rameaux du sujet dès qu’il sera écussonné (fig. 99).

L’onglet de l’Érable ayant le défaut de se dessécher promptement, il faudra réserver, au début de la végétation, quelques rameaux herbacés sur cet onglet pour y appeler la sève ; on les pincera à trois yeux et on les supprimera quand la greffe sera suffisamment développée.

Pour le greffage sous verre, on prend du jeune plant de Sycomore ; on l’empote pour le greffer en fente, vers février-mars.

Les variétés d’Érables polymorphe et palmé sont greffées dans l’aubier, de biais (fig. 67), à l’étouffée, sur le type Acer polymorphum, que l’on multiplie par couchage et par bouture. Les Japonais les traitent par approche en travers (p. 77) et par écusson boisé. — On greffe surtout les plants de semis, peu intéressants, et qui s’écartent trop de leur « mère ».

Au Japon, la greffe réunit sur le même sujet des variétés différant par le coloris, par la forme ou par la disposition du feuillage.

[72]

Eucalyptus (Eucalyptus).

Famille des Myrtacées.

Sujet — Eucalyptus amygdalina, robusta, resinifera (semis).

Greffage. — En approche (fig. 39, 42), mai-juin et août, à l’air libre. — En placage (fig. 118) ; février, septembre — En pied ; sous verre.

Observations. — La greffe en approche se pratique à la montée de la sève, ou un mois avant son déclin, le greffon étant encore dans son état « juvénile ». Nous en avons vu quelques beaux exemples dans la Provence maritime.

[73]

Eugenia. — Goyavier. — Jambosa.

Famille des Myrtacées.

Sujet. — Eugenia. — Psidium. — Jambosa.

Greffage. — En demi-fente, (fig. 114). En placage (fig. 118). Anglaise (fig. 80, 81) ; février-mars et août-septembre, sous verre.

Observations. — Les sujets sont de jeunes semis, vigoureux ; les greffons ont été cueillis, au moment du greffage, sur des étalons de choix.

Les deux parties à rapprocher doivent être, autant que possible, à l’état semi-herbacé.

La soudure de ces divers genres exotiques sur le Myrte a été obtenue dans les serres françaises.

Dans quelques colonies, l’Eugenia a réussi à la greffe. Cette opération a été favorable au [87]Goyavier, Psidium, en Algérie, sous une bâche vitrée, ou dehors, avec la claie-abri de roseaux.

[98]En Cochinchine, on a transformé, par la greffe en fente herbacée, le Jambosier à feuille de myrte en arbrisseaux de plus grand rapport.

Les Jambosa vulgaris et australis sont de bons sujets porte-greffe.

Il serait intéressant d’essayer le greffage du Giroflier, Caryophyllus, arbre de cette Famille, lent à se multiplier ; on propagerait ainsi les plants productifs que les exploitants de « clou de girofle » remarquent aux Moluques, à la Réunion, à Sumatra, aux Antilles, à la Guyane, etc.

[74]

Eurya (Eurya).

Famille des Ternstrœmiacées.

Sujet. — Eurya de Siebold, E. Sieboldi.

Greffage. — En demi-fente (fig. 114). En placage (fig. 118) ; février-mars, août ; sous verre.

Observations. — Les Euryas se multiplient de bouture à l’étouffée, ou peuvent être greffés sur les Eurya Sieboldi et angustifolia.

[76]

Févier (Gleditschia).

Famille des Légumineuses, § Césalpiniées.

Sujet. — Févier d’Amérique, Gleditschia triacanthos (semis).

Greffage. — En couronne (fig. 52) ; mai, — En fente (fig. 72) ; avril. — En pied, mieux en tête.

Observations. — Choisir, pour greffon, une partie mixte, bois de deux ans à la base, bois de l’année au sommet (fig. 52) ; lors du greffage, on badigeonnera de mastic le rameau-greffon contre l’action de l’air.

Il est indispensable de conserver en face de la greffe un bourgeon ou petit rameau appelle-sève, soumis au pincement, — la tige de Févier étant disposée à se dessécher rapidement.

En opérant fin d’avril ou courant de mai, on peut encore greffer le Févier en fente, avec des rameaux fraîchement coupés et employés aussitôt. Le Févier pleureur de Bujot, Gleditschia Bujoti, est plus robuste, greffé en tête.

L’écussonnage à œil poussant du Févier est praticable. La tête du sujet écimée au printemps produira deux ou trois rameaux destinés à l’écussonnage. Le bourgeon-écusson est un œil renflé, pris sur rameau de l’année précédente (a, fig. 89) ; on greffe en juillet et, trois semaines après, la soudure étant certaine, les rameaux écussonnés seront étêtés successivement pour forcer le développement du greffon. L’ébourgeonnage en sera fait avec mesure.

[77]

Figuier (Ficus).

Famille des Artocarpées.

Sujet. — Figuier, F. carica (bouture ; cépée).

Greffage. — En flûte (fig. 100, 101). En couronne (fig. 54) ; avril-mai. — Au collet et sur racine.

Observations. — Il est rare que l’on ait recours au greffage du Figuier, étant donnée sa propagation facile par bouture et par marcotte.

Le greffage se fait « entre deux terres » ; on tronçonne le sujet et l’on attend, pour greffer, que le suintement du suc laiteux soit arrêté.

Le greffage sur racine détachée se fait à froid, sous cloche ou sous châssis.

Pour utiliser tous les yeux et petits rameaux des nouveautés, nous avons vu appliquer le greffage forcé, sous verre, au printemps.

L’écusson avec incision renversée (fig. 94) est parfois employé dans le Midi.

En Provence, on greffe en flûte sur plant étêté, mais on place un second anneau greffon au-dessus du premier pour préserver celui-ci du dessèchement, et l’on couvre la plaie de mastic.

On greffe parfois le Ficus elastica, de serre froide, sur racine de notre Figuier, F. carica. Au Tonkin, on a tenté l’opération inverse.

Louis Noisette déclare avoir obtenu des effets « très pittoresques » par le greffage des Ficus bengalensis et nervosa sur le Ficus elastica.

[78]

Frêne (Fraxinus).

Famille des Oléacées.

Sujet. — Frêne commun, F. excelsior (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91) ; juillet. — En fente (fig. 71). Anglaise au galop (fig. 84, 85) ; mars-avril. — En pied ou sur tige.

Observations. — Rejeter les yeux de la base des rameaux, ils se développeraient difficilement. Lors de l’écussonnage, on utilisera les sommités des rameaux moyens en les inoculant sous l’écorce par la greffe de côté simple (fig. 48) ou à l’anglaise (fig. 49).

Les variétés au branchage rabougri, à rameaux fins et courts, Frêne crépu, Fr. atrovirens, Frêne nain, Fr. nana, seront greffées à la hauteur projetée du branchage. Les Frênes dimorphe, globe, etc., sont dans ces conditions.

Les Frênes à rameaux retombants, dits pleureurs, variétés du Frêne commun, Fr. excelsior, du Frêne à feuille de lentisque, Fr. parvifolia, seront greffés en tête, pour former un parasol de branches. En les greffant au pied du sujet, et en dressant la flèche du greffon, les branches latérales retombantes donneront à l’arbuste un aspect original.

Il convient de greffer en pied les variétés cultivées : 1° pour la nuance de leur épiderme, Fr. doré, Fr. aurea, Frêne jaspé, Fr. jaspidea ; 2° pour leur feuillage, Fr. à feuille d’Aucuba, Fr. hispida, Frêne à feuille cucullée, Fr. cucullata ; 3° les jolies espèces de Frêne d’Amérique, Frêne de la Nouvelle-Angleterre, Fr. novæangliæ, Frêne à feuille de noyer, Fr. juglandifolia, Frêne de Californie, Fr. californica ; 4° les types vigoureux, les Frênes à une feuille, Fr. heterophylla, Fr. imbricaria, Fr. simplicifolia.

Au début de la végétation de la greffe, on ébourgeonnera sévèrement le sujet tout en conservant, çà et là, des bourgeons foliacés pour attirer et entretenir la sève.

Les variétés du Frêne à fleur, Fraxinus Ornus, seront greffées sur le type, assez tôt en saison, par les procédés ci-dessus indiqués.

M. Le Vardois, amateur à Caen, a constaté que le Fr. Ornus longiscupis est beau et vigoureux, s’il est greffé sur le Fr. excelsior, mais étiolé et gélif lorsqu’il est franc de pied.

[79]

Fusain (Evonymus).

Famille des Célastrinées.

Sujet. — Fusain d’Europe, Evonymus europæus (semis), pour les variétés à feuilles caduques. — Fusain du Japon, Evonymus japonicus (bouture), pour les variétés à feuilles persistantes.

Greffage. — En écusson (fig. 91). Par rameau sous écorce (fig. 48, 49) ; juillet. — En placage (fig. 56, 118). En demi-fente (fig. 110, 114) ou par incrustation (fig. 119) : février-avril, sous verre. — En pied ou sur tige.

Observations. — Nous avons deux sections de Fusains : les variétés à feuilles persistantes, les variétés à feuilles caduques.

Fusains à feuilles persistantes. — Bien que ce groupe soit de multiplication facile par le bouturage, on a recours quelquefois à la greffe, pour les plants à basse tige.

En hiver, on greffe en demi-fente, en placage et par incrustation, dans la serre, les variétés du Fusain du Japon. À défaut de plants racinés, on emploie, comme sujets, des rameaux-boutures. On peut encore opérer sur des plants à racines nues, en les soumettant au greffage à l’étouffée.

Pour maintenir la panachure des Fusains à feuille persistante, on greffe les variétés à feuille panachée sur plant enraciné, ou sur rameau-bouture, de l’ancien Fusain du Japon argenté.

Les Fusains toujours verts greffés sur tige et formant une boule de verdure sont obtenus par le greffage d’un type japonais sur l’espèce originaire, à feuillage persistant, ou sur Fusain d’Europe à feuille caduque ; l’opération reste la même. Commençons par le sujet indigène.

Pendant l’hiver, on met en pot des Fusains d’Europe à tige, et on les enterre en plein air. Au mois d’août suivant, on les greffe en fente ou en incrustation, à la hauteur fixée pour le branchage et on les transporte sous verre, dans une serre ou une bâche, ou dans un coffre sous châssis. Suivant leur taille, ils sont placés droits, inclinés ou couchés ; ils restent ainsi à l’étouffée jusqu’à ce que la reprise de la greffe soit complète ; alors on les aère graduellement, pour les livrer à l’air libre avant les gelées. — En plein air, cette éducation aurait moins d’efficacité.

Le greffage du Fusain toujours vert, sur tige à feuille persistante, offre cet avantage que le branchage de la tête greffée conservera plus longtemps et plus régulièrement sa verdure perpétuelle. On choisit un type vigoureux pour sujet et l’opération se fait comme nous l’avons dit.

Fusains à feuilles caduques. — On peut greffer le sujet avant sa mise en pot, et employer des greffons déjà ramifiés.

Le Fusain d’Europe reçoit, en plein air, rez terre ou sur tige, le greffage des variétés à feuille caduque, pourpre ou panachée, à feuille étroite, à large feuille. L’écusson boisé ou plaqué, la greffe par rameaux sous écorce (fig. 48) ou avec embase (fig. 50) nous donnent de bons résultats.

[80]

Gainier (Cercis).

Famille des Légumineuses, § Césalpiniées.

Sujet. — Gainier ordinaire, Cercis siliquastrum (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91 et 93) ; août. — En pied ou sur tige.

Observations. — Aussitôt l’écussonnage fait on réunira les rameaux du sujet par un lien, et on coupera les extrémités (fig. 99) ; il n’y aurait pas d’inconvénient à éclairer le branchage par un effeuillement assez modéré.

Le Gainier du Canada, Cercis canadensis, utilisé comme sujet, résistera au froid (− 30°).

[81]

Gattilier (Vitex).

Famille des Verbénacées.

Sujet. — Gattilier commun, Vitex agnus-castus (plant de semis ; fragment de racine).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110). Sur racine (fig. 115), en septembre ; sous verre.

Observations. — On greffe indistinctement sur racine, sur plant de semis et au collet. En déplantant une touffe du type, on divisera les racines qui constitueront autant de sujets.

Les jeunes plants de semis sont en arrachis ; on les met en pot aussitôt le greffage, puis à l’étouffée sous verre. Au printemps suivant, ils pourront être livrés à la pleine terre.

[54]Louis Neumann, du Muséum, a greffé le Clerodendron splendens, plante de cette Famille, sur les Clerodendron squamatum et fallax.

[82]

Genêt (Genisia, Spartium, Sarothamnus).

Famille des Légumineuses, § Papilionacées.

Sujet. — Genêt d’Espagne, Spartium junceum. — Cytise ébénier, Cytisus Laburnum (semis).

Greffage. — En fente ou demi-fente (fig. 69 et 114) ; mars-avril. — En pied ou sur tige.

Observations. — Prendre pour greffons des rameaux de l’année avec un talon de deux ans.

On greffe sur le Cytise ébénier, Labumum, le Genêt multiflore blanc, Spartocytisus albus, les Spartium, les Genista, par exemple les G. americana, præcox, sibirica et le Genêt André, une jolie variété de l’espèce Sarothamnus.

La réussite est plus certaine en mars, sous châssis, avec des plants à racine nue. Les sujets seront de grosseur moyenne ; on leur conservera un œil au sommet du tronçonnement. Au cas de hâle, on entoure la greffe d’un écran.

Tuteurer et pincer tes jeunes pousses.

Détruire les colimaçons, ils recherchent volontiers les arbustes de cette Famille.

[83]

Genévrier (Juniperus).

Famille des Conifères, § Cupressinées.

Sujet. — Genévrier de Virginie, Juniperus Virginiana (semis).

Greffage. — En placage (fig. 113) ; février et septembre. — En bifurcation (fig. 77) ; avril.

Observations. — Greffer en placage (fig. 113), ou de côté en fente oblique (fig. 67), sous cloche et sous châssis, avec de jeunes plants bien racines ; deux mois après, la soudure est assurée. Voir les soins ultérieurs, page 69.

La greffe sur bifurcation se fait en plein air, sur la flèche ramifiée du sujet (fig. 77, p. 147).

Plusieurs variétés de Genévrier, greffées, sont plus vigoureuses que de pied franc.

[84]

Ginkgo (Ginkgo).

Famille des Conifères, § Taxinées.

Sujet. — Ginkgo bilobé, Ginkgo biloba ou Salisburia adianthifolia (semis ; bouture).

Greffage. — En fente (fig. 72) ; mars-avril, en plein air. — En placage (fig. 56) ; au collet et sur tronçon de racine (fig. 115, 120) ; septembre, sous verre. — En pied ou en tête.

Observations. — Le greffage permet de réunir sur le même individu les [fig115]
Fig. 115. — Greffe sur fragment de racine (Glycine).
deux sexes du Ginkgo, arbre dioïque, et d’en obtenir une fructification. C’est ainsi que Delile, professeur de botanique à Montpellier, aurait obtenu le premier en France, vers 1835, la fructification du Ginkgo. Il fut imité à Trianon, puis à Strasbourg, ensuite à Tours, etc.

Le semis du Ginkgo produit une forte proportion de plants mâles ; plus tard, on pourra enter sur leurs tiges ou sur leurs branches des greffons du type femelle.

On propage les variétés de cet arbre par la greffe, sur racine, de sommités de rameaux.

[85]

Glycine (Wistaria).

Famille des Légumineuses,
§ Papilionacées
.

Sujet. — Glycine de Chine, Wistaria sinensis (fragment de racine).

Greffage. — En fente ou en incrustation, sur racine (fig. 115) ; avril-mai.

Observations. — Choisir pour sujet des morceaux de racines longs de 0m,10, et les greffer en fente ou en incrustation. On plante les sujets greffés sous châssis, de manière que le tronc radiculaire soit complètement enterré ; plus tard, ils seront livrés à l’air libre.

Le greffage au collet du plant offre les mêmes chances avec des sujets complets.

[88]

Grenadier (Punica).

Famille des Granatées.

Sujet. — Grenadier ordinaire, Punica granatum (semis ; bouture).

Greffage. — En fente (fig. 110, 114) ; avril. — En incrustation (fig. 119) ; août, sous verre.

Observations. — Dans les climats chauds, le Grenadier supporte les procédés du greffage en plein air, particulièrement la greffe en fente, sur le collet. En Provence, on greffe sous verre, à tige, les variétés naines ou à fleur double.

Sous le climat de Paris, on le greffe dans la serre, à froid, de juillet à septembre, au moyen du placage si le sujet est en arrachis, ou de l’incrustation s’il est élevé en pot.

On emploie le plant de semis, âgé de deux ans, du Grenadier acide, et on a le soin de ménager un bourgeon d’appel à l’opposé de la greffe.

[89]

Grévillea (Grevillea).

Famille des Protéacées.

Sujet. — Grévillea robuste, G. robusta (semis). — Grévillea de Mangles, Gr. Manglesi (semis ; bouture).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110, 114). En incrustation (fig. 119) ; février-mars, sous verre.

Observations. — Sous un climat chaud, le Grévillea se propage par semis. Dans le rayon de Paris, on greffe sur le Grévillea robuste les variétés à grand développement : Gr. Banksi, Gr. Hillii, etc. ; les variétés moins vigoureuses, Gr. flexuosa, Gr. pteridifolia, sont greffées sur le Grévillea de Mangles, élevé par bouture.

Quelques autres genres de cette Famille, tels que le [91]Hakea et le [101]Lambertia peuvent se greffer sur le Grévillea, avec des chances variables.

[90]

Groseillier (Ribes).

Famille des Grossulariées.

Sujet. — Variété de l’espèce à propager. — Groseillier doré, R. aureum (bouture ; semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91) ; juillet. — De côté (fig. 48, 49) ; août. — En fente (fig. 72, 110) ; septembre, en plein air. — Anglaise simple (fig. 80, 117), janvier ; sous verre.

Observations. — Le Groseillier se multiplie si facilement par bouture que l’on a rarement recours au greffage. Toutefois on peut, par la greffe, utiliser un œil isolé, un rameau délicat, et même changer la physionomie de la plante.

Greffer aussi près que possible des racines. Tel était, en 1829, l’avis de Thory, auteur de la Monographie du Groseillier.

[fig116]

Fig. 116. — Groseiller à grappes, greffé sur une tige de Groseiller palmé.

Un rameau-bouture de Groseillier à grappes peut recevoir la greffe du Groseillier à maquereau, en demi-fente (fig. 110) ou par rameaux préalablement écussonnés (fig. 98) ; cette tribu serait un bon entre-greffe sur le Gr. doré.

L’intérêt du greffage réside surtout dans l’éducation de l’arbuste élevé sur tige. Le Gr. doré, R. aureum, sujet, est préféré aux R. revolutum et R. tenuifolium, qui drageonnent davantage ; il se soumet, en plein air, aux greffages en écusson, de côté sous écorce et en fente d’automne ; mais le greffage sous verre est plus certain.

[fig117]


Fig. 117. — Greffe du Groseillier épineux sur Groseillier palmé.

Dès l’année 1862, Franz Slaby recommandait le greffage des Groseilliers à fruit comestible sur l’espèce ornementale, à fleur jaune. Depuis, cette culture a pris une certaine extension en deçà et au delà du Rhin. Les Groseilliers à grappes, R. rubrum (fig. 116), et à maquereau, R. uva crispa (fig. 117), se cultivent greffés sur tige, comme le Rosier sur tige d’Églantier.

Le sujet est fabriqué par bouture simple, par bouture herbacée, par semis et surtout au moyen de la cépée. Le plant, en pépinière, pousse en toute liberté ; on se borne à l’édrageonner. En février-mars, on le recèpe et, par l’ébourgeonnement, un seul brin est conservé.

Au mois d’octobre, on l’arrache pour l’empoter, après lui avoir retranché tous les bourgeons souterrains. Les pots sont mis en pleine terre dehors, et bien paillés, contre l’action des gelées. En même temps, on prépare les rameaux-greffons que l’on place à la cave ou en terre, pour les retarder (fig. 32, p. 58).

Le mois de janvier arrivé, on rentre les Groseilliers en pot dans une serre chauffée à + 8° ou + 12°. Le greffage, sera pratiqué en février, à l’anglaise simple (C, fig. 117), à cheval (fig. 87) ou en incrustation (fig. 60). Ligaturer et engluer à froid.

L’étouffée s’obtient par une cloche ou par un châssis fermé sur la bâche de la serre.

Les sujets plus gros pourraient être greffés sur branches latérales ; on conserverait des yeux au sommet pour tirer la sève de l’arbuste. Ainsi la tige (A, fig. 117), bifurquée, recevra les greffons (E, E) à l’opposé d’un œil sur chaque branche.

Le sujet (B) est une tige ou une branche du Groseillier doré supportant le greffon (R) du Groseillier à grappes, avec œil d’appel.

Quand les bourgeons de la greffe se développent, on transporte les plantes sous châssis ou en serre froide ; elles y séjourneront jusqu’en mai, époque de leur mise en pleine terre.

[93]

Hêtre (Fagus).

Famille des Cupulifères.

Sujet. — Hêtre commun, F. sylvatica (semis).

Greffage. — En fente sur bifurcation (fig. 78) ; mars-avril. — Par rameau sous écorce (fig. 48) ; juin-juillet. — En écusson à œil poussant. En approche (fig. 39) ; juin. — En pied ou sur tige.

Observations. — Les greffons du Hêtre sont des rameaux simples ou ramifiés, de deux ans ; le biseau en sera fortement aminci vers la pointe, et la tête enduite de boue ou de mastic.

Le jeune bois du sujet supporte mieux le greffage que le vieux bois. D’ailleurs, il faut opérer assez tôt pour avoir une bonne sève.

On réussit l’écussonnage à œil poussant du Hêtre, au mois de juin, en employant des yeux choisis sur des rameaux de l’année précédente (a, fig. 89). Si l’on coupe l’œil principal, les sous-yeux se développent. On étête le sujet huit ou quinze jours après l’écussonnage ; le greffon ne tarde pas à entrer en végétation.

La greffe par approche de côté ou en tête (fig. 42), au printemps, a toutes chances de succès.

Pour la greffe en fente, on emploiera des rameaux âgés de deux ou trois ans, les brindilles du greffon seront taillées à l’empâtement.

Les Hêtres à feuilles pourpres et les variétés du Hêtre d’Amérique se reproduisent par la greffe sur notre espèce indigène.

[94]

Houx (Ilex).

Famille des Ilicinées.

Sujet. — Houx commun, I. aquifolium (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91) ; mai, août. — Dans l’aubier, en fente oblique (fig. 67) ; juillet. — En placage (fig. 55), et à l’anglaise (fig. 56). Anglaise simple (fig. 80) ; sous verre ; août-septembre et mars-avril. — En pied ou sur tige.

Observations. — L’écussonnage se fait en plein air : à œil poussant, en mai ; à œil dormant, en août. On retranche sur son pétiole la feuille qui accompagne l’œil-greffon.

Dans les pépinières de Boskoop, en Hollande, l’écusson de cet arbre étant posé en août reste dormant pendant vingt mois. On étête le sujet au mois d’avril de la seconde année qui suit le greffage, et sans laisser d’onglet ; mais on tuteure de suite, et le bourgeon écussonné se développe plus vigoureusement que s’il eût été « forcé à la pousse » l’année précédente.

Les greffes d’automne se font sous cloche, dans la serre, ou sous châssis froid ; on laisse les feuilles au greffon (fig. 67). Le sujet ainsi travaillé en août-septembre reste environ trois mois à l’étouffée pour la reprise de la greffe.

L’opération réussit parfaitement lorsque le sujet est mis en pot au moment du greffage.

Pour la greffe en fente, on choisit un rameau âgé de deux ou trois ans. Les yeux se développent tard, parfois en juillet, mais avec vigueur.

[95]

Idésia (Idesia).

Famille des Bixacées.

Sujet. — Idésie polycarpe, I. polycarpa (semis).

Greffage. — En fente (fig. 110 et 114) ; avril, en plein air ; août-septembre, sous verre.

Observations. — Sur l’Idésia, arbre dioïque, la greffe facilite la production du fruit. En transportant une branche de l’espèce mâle sur l’arbre femelle, la fructification des grappes florales s’imposera, après fécondation, bien entendu.

[96]

If (Taxus). — [43]Cephalotaxus. — [176]Torreya.

Famille des Conifères, § Taxinées.

Sujet. — If. — Cephalotaxus. — Torreya ; suivant l’espèce à propager (semis ; bouture).

Greffage. — En placage (fig. 113) ; février, septembre. — En pied ; sous verre.

Observations. — On peut fabriquer des sujets au moyen de boutures de branches ; plus tard, on les greffera avec de jeunes rameaux qui naissent sur la tête écimée de l’étalon, au verticille supérieur du branchage. On a recours à ce procédé pour propager certaines variétés, lorsqu’on ne possède pas de sujets de semis.

La même plante fournira donc les sujets par le bouturage de ses branches latérales, et les greffons par ses bourgeons du sommet étêté.

L’If commun, Taxus baccata, élevé par semis, est un bon type pour recevoir le greffage de ces trois genres résineux.

[97]

Indigotier (Indigofera).

Famille des Légumineuses, § Papilionacées.

Sujet. — Indigotier Dosua (semis).

Greffage. — En fente (fig. 110). En incrustation (fig. 115) ; mars, sous verre.

Observations. — On applique le greffage à l’Indigotier blanc élégant, Indigofera decora alba ; l’opération se fait à l’étouffée.

On pratique la greffe sur le collet du plant, en arrachis ou en pot, et sur racine.

[99]

Jasmin (Jasminum).

Famille des Jasminées.

Sujet. — Jasmin blanc, Jasminum officinale (bouture).

Greffage. — En demi-fente (fig. 114) ; janvier-avril. — Anglaise simple (fig. 80, 117) ; août, sous verre. — En pied ou sur petite tige.

Observations. — Choisir un plant en arrachis et supprimer les rudiments d’yeux de la partie souterraine, on évite ainsi le drageonnage futur ; greffer en fente, puis étouffer sous verre.

On greffe particulièrement sur jeune tige les Jasmins à fleur double, d’Arabie, d’Espagne, Poiteau, à feuille glauque, à feuille panachée, arbustes d’orangerie, pour les convertir en sujets plus ramifiés, moins volubiles et susceptibles d’être dressés en boule sur petite tige.

À Ollioules (Var), le Jasmin d’Arabie dit « Sambac », cultivé pour le commerce des fleurs, est greffé en mai sur le Jasmin blanc.

Dans la région méditerranéenne, on plante le Jasmin officinal, en bouture, par carrés de la surface d’un châssis, ce qui permet de le couvrir l’hiver. Au mois d’avril, on le greffe en fente ; pas de ligature, mais un engluement d’argile pétrie à la main. Étouffer le plant aussitôt, au moyen d’un châssis incliné ; plus tard, aérer.

En août, les plants réussis sont levés en motte, mis en pot et étouffés à nouveau dans une serre tenue ombragée. Vingt jours après, les sujets ont repris leur végétation et peuvent être livrés au commerce ou à la pleine terre.

Sous ce climat, favorable au Jasmin, on pratique encore l’écussonnage, soit à œil poussant, en mai-juin, soit à œil dormant, en août, à 0m,05 de terre.

[102]

Laurier (Laurus). — [36]Camphrier (L. Camphora).

Famille des Laurinées.

Sujet. — L’espèce type des variétés ou sous-variétés à propager (semis ; bouture).

Greffage. — En placage (fig. 55, 118) ; février ou fin juillet, sous verre.

Observations. — Le Laurier noble, L. sauce, L. d’Apollon, Laurus nobilis, et ses variétés se propagent par semis, par marcotte, par bouture ; quelquefois, on greffe les variétés nouvelles sur leur type. Le procédé adopté est le placage au collet, sous cloche.

Le Camphrier, Laurus Camphora, bel arbre acclimaté dans notre région du sud et en Algérie, aura ses « formes » intéressantes greffées ainsi sur ses propres semis.

[103]

Libocèdre (Libocedrus).

Famille des Conifères, § Cupressinées.

Sujet. — Biota de Chine, B. orientalis. — Genévrier de Virginie, Juniperus Virginiana (semis).

Greffage. — En placage (fig. 113). En fente oblique dans l’aubier (fig. 67) ; août et février, sous verre.

Observations. — Le greffage sous verre a lieu avec les soins indiqués pour les Conifères, pages 60 et suivantes.

Il arrive fréquemment en France que le Libocèdre greffé est plus vigoureux qu’à l’état de semis ; le L. chilensis et le L. decurrens (vulg. Thuia gigantesque, Carr.), greffés sur Biota, en fournissent la preuve.

[104]

Lierre (Hedera).

Famille des Araliacées.

Sujet. — Lierre commun, Hedera hélix. — Lierre d’Irlande, H. helix hibernica (bouture).

Greffage. — En placage (fig. 118) ; septembre-octobre. — En pied.

Observations. — En choisissant, pour greffon, de jeunes extrémités de rameaux ayant fleuri ou de nature à fleurir bientôt, on produira des Lierres non grimpants, dits Lierres en arbre, particulièrement avec les variétés des Lierres d’Irlande, de Rægner, de Cavendish.

L’opération étant faite à l’étouffée, l’agglutination en sera achevée au bout de deux mois.

Le rameau (A, fig. 118) est un greffon de cette nature, son œil terminal (a) est disposé à fleurir ; on lui taille la base en biseau (b) et on le plaque sur le sujet (C) préparé (en d), avec la retraite (e) pour que le greffon s’y place comme on le voit en F.

Le rameau trapu, florifère, du Lierre réussit difficilement par bouture ; il se greffe bien et forme alors des arbustes buissonnants, tandis que les rameaux sarmenteux de la même espèce deviennent, par le bouturage, des arbrisseaux grimpants ; greffés, ils restent chétifs avec des rameaux traînants.

[fig118]


Fig. 118. — Greffe du Lierre, en placage.
Choix du greffon pour rendre la plante buissonnante.

Le greffage du Lierre, précité, commencé en 1841 par Pierre Bertin, à Versailles mériterait d’être plus souvent employé.

[105]

Lilas (Syringa).

Famille des Oléacées.

Sujet. — Lilas de Marly, Syringa vulgaris (semis) ; préférable au Frêne ou au Troène.

Greffage. — En écusson (fig. 91) à œil dormant, juillet ; à œil poussant (fig. 102), avril. — En incrustation (fig. 60). En fente (fig. 69, 110) ; mars. — En pied ou sur tige.

Observations. — Choisir, pour sujet, de jeunes plants élevés par semis, moins susceptibles de drageonner ; on les greffe au collet, ou sur tige quand le plant est vigoureux.

Surveiller le drageonnement ; d’abord nettoyer les yeux ou bourgeons qui naissent des racines, avant la plantation ; puis dégager la terre et raser net ou arracher sur leur empâtement les rejets souterrains.

Préparer les rameaux-greffons en leur retranchant, et la base, qui se développe mal, et le sommet, généralement disposé à fleurir.

Les Lilas à bois fin tels que : Lilas de Perse (S. persica), Lilas Varin, Saugé, carné de Chine (S. dubia), seront greffés en pied ou en tête sur Lilas de Marly. Ces espèces à bois fin réussissent en outre au marcottage.

Les Lilas à gros bois (S. vulgaris) : Lilas de Trianon, Charles X, Gloire de Moulins, Aline Mocgueris, Ville de Troyes, Philémon, Virginal, Lucie Baltet, Bleuâtre, de Croncels, à grande fleur, Madame Moser. Princesse Marie, etc., à fleur blanche, rose, lilas, carmin, pourpre, puis la série des variétés à fleuron double et le Lilas de Chine (S. oblata), doivent être greffés en pied sur le Lilas de Marly ; ils s’élèveront à tige.

Les types L. Josikæa, Emodi, de Bretschneider, du Japon, sont susceptibles de s’unir au Frêne à fleurs, Fraxinus Ornus. Sur le Lilas de Marly, ils prennent mieux par la greffe en fente ou en demi-fente, au collet, en plein air ou sous verre. Ils se soudent encore avec le Troène.

On peut les élever, ainsi que les Lilas à bois fin, sur tige de Troène de Californie, Ligustrum ovalifolium, ou de Troène de Chine, L. Ibota, par la demi-fente ou le placage, — dans les localités où ces espèces de Troène ne gèlent pas.

[107]

Litchi (Nephelium ou Euphoria).

Famille des Sapindacées.

Sujet. — Li-tschi Euphoria Litchi ; (semis).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110, 114). En placage (fig. 118) ; février et fin août, sous verre. — En approche herbacée (fig. 42) ; octobre.

Observations. — En Chine et au Japon, à la Réunion, etc. des essais sur la greffe par approche à l’air libre, au début de la sève, ont réussi.

L’arbre greffé devient moins élevé, plus productif, et son fruit plus gros et meilleur ; c’est surtout le type japonais qui fournit des espèces recherchées dans la consommation.

D’après le docteur Bretschneider, de la légation russe à Pékin, les Nephelium longana et lappaceum ont de nombreuses variétés dans l’archipel Malais et dans l’Asie tropicale. Les unes sont reproduites par le marcottage, d’autres par le greffage en approche, au réveil de la sève.

À la mission de Késô, au Tonkin, le R. P. Bareille a propagé la greffe, par rameau détaché, du Litchi royal, à fruit comestible, sur le L. commun et sur le L. « Œil de Dragon », Nephelium longana, « plutôt médicinal » nous écrit M. Voinier, vétérinaire en chef de notre armée d’occupation, créateur de pépinières d’études et de propagandes, à Hanoï.

[108]

Maclure (Maclura).

Famille des Morées.

Sujet. — Maclure orange, Maclura aurantiaca (semis ; bouture de racine).

Greffage. — En fente (fig. 72) ou demi-fente (fig. 110) ; avril, en plein air ou sous verre.

Observations. — Le Maclure est un végétal dioïque ; il convient alors de propager, par la greffe, les types staminés ou les types pistillés avec des greffons d’origine certaine.

Les variétés du Maclure se greffent encore sur de jeunes plants, sous bâche vitrée, en mars.

[109]

Magnolier (Magnolia).

Famille des Manoliacées.

Sujet. — Magnolier pourpre, Magnolia discolor. — M. de Soulange, M. Yulan, variété Soulangeana (semis, marcotte), pour les espèces à feuilles caduques. — Magnolier à grande fleur, Magnolia grandiflora (semis, marcotte), pour les espèces à feuilles persistantes.

Greffage. — En placage (fig. 55, 56). En fente dans l’aubier (fig. 65). En incrustation (fig. 119) ; de février en avril, sous verre. — En approche (fig. 39) ; avril, juillet. — En pied ou en tête.

Observations. — Le greffage de côté avec rameau pénétrant l’aubier (fig. 65), au collet du sujet non étêté, se pratique en juillet et en août. Le plant greffé étant placé sous double châssis, la soudure sera complète un mois après. Le placage se fait dans les mêmes conditions.

La greffe par approche, plus lente à la reprise, est appliquée sur de forts sujets. Le sevrage ne sera commencé qu’au printemps suivant, pour être achevé graduellement avant l’hiver.

Les Magnolia grandiflora et variétés à feuille persistante réussissent également sur le Magnolier pourpre, M. discolor, à feuille caduque.

Aux États-Unis, on écussonne les variétés du Magnolier sur le M. acuminé, de Pensylvanie

Sur les bords de la Loire, on greffe ce bel arbre en fente herbacée, au mois de juin, sous cloche en serre, à froid, avec quinze jours d’étouffée.

Dans le Midi, on écussonne les Magnoliers toujours verts sur le M. grandiflora. — À Nantes, l’écusson est pris sur rameau de deux ans.

[111]

Mangoustan (Garcinia).

Famille des Clusiacées.

Sujet. — Garcinia mangostana (semis).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110, 114) ; février et août, sous verre.

Observations. — Le greffage reproduit les types les plus avantageux à la production fruitière, on utilise les sujets robustes qui croissent ça et là et d’un avenir incertain.

En Cochinchine, nos compatriotes Godefroy et Daveau ont essayé avec succès la greffe en approche. De jeunes plants du Mangoustan de Roxburg, mis en pot ou en panier, ont été accrochés dans un arbre d’un produit avantageux et, après la saison des pluies, on pratiqua le greffage en approche. Deux mois après, sevrage de la greffe, puis tuteurage, ébourgeonnement et mise en place.

[113]Le Mammea, dit « Abricotier des Antilles ou de Saint-Domingue », que l’on cultive par semis, pourrait être reproduit dans ses variétés les plus fécondes par le greffage sous verre, sur jeunes semis du type ou infertiles, ou par la greffe en approche à l’air libre de jeunes plants élevés en bourriche ou en noix de Cocotier.

[112]

Manguier (Mangifera).

Famille des Térébinthacées.

Sujet. — Manguier de l’Inde, Mangifera indica (semis).

Greffage. — En fente, au collet (fig. 110, 114) ; dès que la sève monte, en évitant la période des grandes pluies ou des chaleurs excessives. — En approche herbacée (fig. 39, 42) ; octobre.

Observations. — Le semis du Manguier (la graine semée fraîche) produit du plant que l’on met en pot, et on le greffe en demi-fente. La réussite est plus certaine par le rapprochement de parties herbacées ou à peu près ; l’opération se fait au printemps, sous cloche, dans la serre.

Dans les Indes orientales et dans les pays chauds où croît le Manguier, on le greffe à l’air libre, en fente ou en couronne, en tête ou en pied ; le sujet et le greffon sont en sève, leur état semi-herbacé active la soudure ; c’est le moyen de propager les variétés à chair tendre, peu fibreuse et à petit « noyau », recherchées par le commerce et par la consommation.

Le greffage en approche est pratiqué par les indigènes intelligents. Au mois de mai, ils sèment des graines de mangues autour d’un Manguier d’espèce avantageuse à reproduire ; l’étalon est garni de ramifications assez près du sol. La germination se fait vite et, en octobre, on greffe le plant par approche, de côté ou mieux en tête, les deux parties étant semi-herbacées. Quelques mois de sève suffiront et la greffe sera sevrée ; après une végétation nouvelle, on pourra mettre le jeune arbre en place.

Tel est le procédé suivi dans la Cochinchine française et aux Indes anglaises.

À Bombay, nous disait Ermens, quand l’étalon est haut de branches, on y accroche les sujets élevés dans des pots à fleur ou des noix de coco et, le moment venu, on les greffe par approche.

À la Guyane où les pluies sont pour ainsi dire permanentes, le colon sème et cultive le plant en panier et profite d’une éclaircie pour l’approcher de l’étalon et lui inoculer ses rameaux.

À la Réunion, les planteurs propagent, par la greffe, la mangue Auguste et autres variétés pour l’industrie des conserves.

Les Japonais pratiquent en outre la greffe en tête dans l’aubier (fig. 62) ; l’engluement est de l’argile délayée dans l’eau de mer ou l’eau salée, pétrie avec des déchets de coton. Une feuille de Palmier, attachée à la greffe, forme écran et complète le travail.

Partout, le Manguier greffé produit vite, régulièrement, et son fruit est un objet d’exportation.

[10]L’Anacardier, Anacardium, de la même famille, produit la « pomme d’acajou » et se propage par le semis immédiat de ses graines ; certaines formes ou variétés seront fixées par le greffage : incrustation en tête (fig. 119) ou de côté dans l’aubier (fig. 65), en pied.

[114]

Marronnier (Æsculus). — Pavia.

Famille des Hippocastanées.

Sujet. — Marronnier d’Inde, Æsculus hippocastanum (semis).

Greffage. — Écusson avec incision cruciale (fig. 93) ; juillet. — Par rameau sous écorce (fig. 48) et à l’anglaise (fig. 49) ; avril ou juillet. — En fente (fig. 72) ; mars. — En flûte (fig. 100). En couronne (fig. 52 et 54) ; avril. — En pied ou sur tige.

Observations. — Chaque mode de greffage doit être pratiqué de bonne heure.

Refuser pour l’écussonnage, les yeux de la base des rameaux-greffons ; les yeux bien formés sont indispensables, fussent-ils choisis sur des branches de l’année précédente. Les sommités de rameau avec bourgeon terminal, bien lignifiées, conviennent aux opérations faites en tête.

Pour la greffe en fente, on prend des greffons âgés de deux ans sur toute leur étendue, sinon à la base, pour la taille du biseau.

On greffe encore le Marronnier rubicond ou autre, par rameau sous écorce, simple ou à l’anglaise (fig. 48 ou 49), à œil poussant ou à œil dormant ; on a le soin de lier aussitôt par un jonc, la tête du greffon avec le corps du sujet.

Palisser sévèrement les jeunes greffes sur leur onglet, outre l’appui d’un tuteur spécial ; le poids et le balancement des feuilles pourraient briser les pousses nouvelles.

En pépinière, on peut écussonner les jeunes sauvageons de Marronnier dans les carrés de semis ou de repiquage ; l’année suivante, on replantera à distance les sujets tout écussonnés.

[136]Le Pavia se greffe dans les mêmes conditions sur le Marronnier d’Inde. Comme il a une tendance à rester plus faible que son sujet, on choisira des greffons vigoureux d’un an, ou ayant deux ans au biseau, lorsqu’il s’agit du greffage par rameau.

Les Pavias à épi et de Californie sont cultivés de pied franc.

[115]

Mélaleuque (Melaleuca).

Famille des Myrtacées.

Sujet. — Mélaleuque armillaire, Melaleuca armillaris (semis).

Greffage. — En demi-fente (fig. 114). — En placage (fig. 118) ; février-mars, juillet-août.

Observations. — Les Mélaleuques se multiplient par le semis. Si on veut les reproduire par le greffage, on emploiera comme sujet le Mélaleuque armillaire qui, par sa robustesse relative, convient à cette destination.

[116]

Mélèze (Larix).

Famille des Conifères, § Abiélinées.

Sujet. — Mélèze d’Europe, Larix europæa. — Mélèze d’Amérique, Larix microcarpa (semis).

Greffage. — En placage (fig. 113) ; août. — De côté dans l’aubier (fig. 65, 67). En approche (fig. 37, 12) ; avril-juin. — En pied ou sur tige.

Observations. — La greffe d’automne, en placage, se fait à l’étouffée.

Les greffes en fente et de côté sont pratiquées à l’air libre, sur la flèche, quand le gonflement des bourgeons annonce le réveil de la sève ; on coiffera la greffe, provisoirement, avec un cornet de papier.

Le Mélèze pleureur se greffe facilement en approche à haute tige (fig. 37, 42, 47).

Le Mélèze de Griffith peut être greffé, par approche en tête (fig. 42), sur le Mélèze d’Europe.

Un horticulteur belge, Van Herzeele, propage le Mélèze de Kæmpfer, Pseudo-Larix Kæmpferi, en le greffant sur ses propres racines. Au commencement de mars, il choisit des bouts de racine ayant la grosseur d’un crayon sur une longueur de 0m,10 ; il greffe en fente et place les plants greffés sous cloche ou sous châssis, à une température de + 15 à 18°.

[117]

Merisier à grappes (Cerasus, § Padus).

Famille des Amygdalées.

Sujet. — Merisier à grappes, C. Padus (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91 et 94). Par rameau sous écorce (fig. 48, 49) ; avril, juillet. — En fente (fig. 72) ; mars. — En pied ou sur tige.

Observations. — La sommité des rameaux-greffons, ayant les yeux rapprochés, est utilisée en été au moyen du greffage sous écorce par rameau (fig. 48 ou 49), et au printemps ou à l’automne par le greffage en fente.

Le Padus Capuli réussit sur le Mahaleb.

[119]

Micocoulier (Celtis).

Famille des Celtidées.

Sujet. — Micocoulier de Virginie, Celtis occidentalis (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 94) ; août. — En incrustation (fig. 60). En fente (fig. 69,72) ; avril. — En pied, et quelquefois sur tige.

Observations. — Choisir du jeune plant pour l’écussonnage.

Si l’on greffe en fente, en incrustation ou à l’anglaise, il convient de couper le rameau sur l’étalon au moment du greffage, en évitant d’employer les fragments fatigués par l’hiver. Il serait alors prudent de couper les greffons avant les froids et de les conserver à l’abri, enterrés dans le sable sec (fig. 32, p. 58).

Sous une latitude tempérée, le Micocoulier de Provence, C. australis, est employé comme sujet.

[120]

Millepertuis (Hypericum).

Famille des Hypéricinées.

Sujet. — Millepertuis fétide, Hypericum hirsinum (semis ou éclat raciné).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110, 115). En placage (fig. 118) ; février, août. Au collet, sous verre.

Observations — Le floribond Millepertuis de Moser a été greffé ainsi, sur tronçon de racine, en attendant que l’on possède des touffes qui puissent approvisionner la multiplication par bouture ou par division.

Enterrer la greffe lors de la plantation.

[121]

Morelle (Solanum).

Famille des Solanées.

Sujet. — Morelle douce-amère, Solanum dulcamara (bouture débranché ou de racine).

Greffage. — En demi-fente (fig. 115). En placage (fig. 118) ; février et août, sous verre.

Observations. — La Douce-amère indigène sert de sujet aux variétés panachées. Le sujet s’obtient très facilement de semis et mieux encore de bouture de rameaux ou de racines.

À la plantation des greffes reprises, on éborgne les yeux sur le tronc, au-dessous du collet.

En France, on a lignifié la Tomate par son greffage sur la Douce-amère, et en Haïti, l’Aubergine sur une autre Solanée, dite « Amourette ».

[122]

Mûrier (Morus).

Famille des Morées.

Sujet. — Mûrier blanc, Morus alba (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 94) ; septembre. — En demi-fente (fig. 72, 110) ; mars-avril. — En flûte (fig. 101) ; avril. — En pied ou sur tige.

Observations. — Le greffage par bourgeon réussit sur le Mûrier, dans les contrées favorisées par la chaleur. Là, on l’écussonne vers la fin de juin, à œil poussant, avec des rameaux conservés dans du sable (fig. 32). L’opération à œil dormant est souvent retardée jusqu’en septembre ou en octobre ; l’écussonnage se fait en pied, au niveau du sol. Pour le greffage en tête, on a encore la greffe en flûte (fig. 100 et 101).

Les pépiniéristes méridionaux, qui redoutent l’insuccès de la greffe du Mûrier, opèrent de telle sorte qu’ils obtiennent des carrés complets de cette essence. Ils repiquent le jeune semis qu’ils soumettent ensuite, en septembre, au greffage à œil dormant. Au commencement de l’année suivante, en mars, avril ou mai, les greffes qui n’ont pas réussi sont recommencées, en flûte (fig. 100 et 101) ; enfin, les sujets qui pourraient encore manquer seront recourus en mai-juin, par l’écussonnage à œil poussant, avec des rameaux conservés et retardés. L’étêtage graduel du sujet est appliqué de suite (fig. 102, p. 190).

À l’automne, les plants repris à la greffe sont arrachés et replantés en pépinière pour constituer des carrés homogènes.

Le greffage par rameau est pratiqué dans le Nord sur de jeunes plants en arrachis ; aussitôt greffés, on les porte dans une bâche à l’étouffée.

[123]

Myrte (Myrtus).

Famille des Myrtacées.

Sujet. — Myrte commun, Myrtus communis (semis ; marcotte).

Greffage. — En demi-fente (fig. 114). En incrustation (fig. 119) ; février-mars et août-septembre, sous verre.

Observations. — La majeure partie des Myrtes se reproduisent par marcotte ; cependant les variétés moins vigoureuses, ou à feuille panachée ou à fleur double, peuvent être greffées sur petite tige, dans la serre à multiplication, même sous le climat du Midi.

Le placage à l’anglaise (fig. 56), en tête, « greffe Collignon » d’après André Thouin, convient encore au greffage du Myrte.

[126]

Nandina (Nandina)

Famille des Berbéridées.

Sujet. — Nandina domestique (semis).

Greffage. — Au collet, par demi-fente (fig. 110, 114), ou en placage (fig. 118) ; août-septembre, sous verre.

Observations. — La multiplication habituelle se fait par rejets, par cépée ou bouture ; cependant on greffe, au collet des racines, les variétés délicates et les nouveautés.

C’est ainsi que les Japonais en exhibaient au Trocadéro, lors de l’Exposition de 1889.

[125]

Néflier (Mespilus).

Famille des Pomacées.

Sujet. — Aubépine blanche et Ergot-de-Coq, Cratægus oxyacantha et Cr. crus galli (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91) ; juillet. — En fente (fig. 72) ; mars-avril. — En couronne (fig. 54) ; avril. — En pied.

Observations. — Greffer aussi près de terre que possible, afin d’éviter la végétation de rameaux d’Aubépine qui pullulent sur le tronc.

Choisir des greffons dont les yeux soient saillants ou bien formés, les yeux de la base s’éteignent facilement.

Éviter un onglet trop long lors de l’étêtage des sujets écussonnés. Forcer le développement des yeux greffés par un ébourgeonnement sévère, au début de la végétation.

Tuteurer constamment le jeune arbre.

On peut greffer le Néflier commun, M. germanica, et ses variétés, sur des tiges hautes et droites du Sorbier des oiseleurs, Sorbus aucuparia, ou du Néflier de Smith, Mespilus Smithii.

Le greffage sur Néflier franc des bois, sur Azerolier, sur Cognassier, a moins d’avenir qu’avec l’Aubépine.

En Lorraine, on rencontre de beaux arbres de Néflier greffés sur Poirier franc.

À Cherchell (Algérie), on n’hésite pas à greffer le Néflier sur le Cognassier.

Depuis 1890, nous obtenons de beaux résultats, bien réguliers, avec le greffage en pied du Néflier à fruit comestible sur l’Épine Ergot-de-Coq, jeune plant de semis.

[126]

Négondo (Negundo).

Famille des Acérinées.

Sujet. — Négondo à feuille de frêne, Negundo fraxinifolium (semis).

Greffage. — Écusson ordinaire (fig. 91), ou avec incision renversée (fig. 94) ; fin août. — En placage à l’anglaise (fig. 56) ; avril. — En pied ou sur tige.

Observations. — Les greffons du Négondo à feuille panachée seront choisis sur des rameaux vigoureux, suffisamment chlorotiques, mais conservant assez de couleur verte sur l’épiderme et sur les feuilles. Les rameaux à feuillage périssent, une fois greffés, et entraînent la perte de l’arbre complètement décoloré.

De jeunes sujets sont préférables pour le greffage. Quand il s’agit d’obtenir des buissons de Négondo panaché, on plante en pépinière des plants plutôt faibles, assez rapprochés, et on les écussonne dès la première année.

À Orléans, à Angers, on écussonne de bonne heure le Négondo, tandis qu’à Vitry et à Metz, on attend que la sève soit calmée. À Troyes, nous avons réussi aux deux époques, mais mieux en première saison.

Des rameaux portant des yeux de l’année précédente (fig. 89), sont utilisables.

Le bourgeon d’appel est nécessaire pour entretenir la vie dans l’onglet de la greffe.

[127]

Nerium (Nerium).

Famille des Apocynées.

Sujet. — Nerium ordinaire, Nerium oleander, vulg. Laurier-rose (bouture).

Greffage. — En demi-fente (fig. 110, 114). En incrustation (fig. 119) ; octobre ou février, sous verre ; sur sujet-bouture ou racine. — Anglaise simple (fig. 80) ; mai, en plein air.

Observations. — La greffe avec sujet-bouture se fait en février ou en octobre.

Le rameau greffé est placé, soit dans un vase d’eau, en serre chauffée, soit immédiatement dans le sable d’une bâche à multiplication, sur fond chauffé à + 20 ou 30°, et sous cloche.

Le sujet raciné s’obtient par le bouturage de rameaux aoûtés, en avril ou mai, à l’étouffée sous cloche, et en pleine terre au midi. Au mois de juillet, on empote le plant et on le laisse sous châssis froid, pour le greffer en février-mars ou en septembre-octobre, sous double verre.

Dans la région méridionale, le greffage se fait en plein air, mais la multiplication par bouture y est encore plus fréquente.

La greffe anglaise, en mai, rapproche des parties herbacées. Ligature de laine, mastic froid et cornet écran. La plante est portée à l’ombre ; environ douze jours après, elle est ramenée au soleil, la soudure étant complète.

[128]

Noisetier (Corylus).

Famille des Cupulifères.

Sujet. — Noisetier ordinaire, Corylus aveliana. — Noisetier de Byzance, C. Colurna (semis ; marcotte).

Greffage. — Par approche (fig. 39 et 42) ; de mai à juillet. À l’air libre. — En fente herbacée (fig. 114) ; été, sous verre.

Observations. — Le Noisetier se propage facilement par le marcottage en cépée. On fait appel au greffage pour multiplier, sur tige, certaines variétés ornementales : les Noisetiers pleureur, N. pourpre, N. doré, N. à feuille laciniée.

On plantera des sujets à tige, couchés près du sol, pour faciliter leur greffage en approche, si l’arbrisseau étalon est en buisson rez de terre. Si, au contraire, l’étalon est nain et en pot, il sera facile de l’élever à la hauteur des sujets à tige (fig. 47).

Les frères Transon d’Orléans pratiquent le greffage à l’étouffée, du Noisetier. Le sujet, élevé en pot, est recepé ; sur cette jeune tige, on greffe en fente, au mois de juillet, un rameau d’une contexture également semi-herbacée.

Le Noisetier de Byzance, C. Colurna, vigoureux et robuste au froid, convient au rôle de porte-greffe, pour les grands arbres à tige.

[129]

Noyer (Juglans).

Famille des Juglandées.

Sujet. — Noyer commun. Juglans regia. — Noyer d’Amérique, J. nigra (semis).

Greffage. — En couronne (fig. 52, 54). En flûte (fig. 100) ; avril-mai. — En fente au collet (fig. 110). Sur bifurcation (fig. 78). De biais (fig. 64) ; mars-avril. — En approche (fig. 38) ; d’avril à juillet. — En pied ou sur tige.

Observations. — Éviter de greffer des Noyers à végétation précoce sur ceux à végétation tardive.

Le greffon du Noyer sera de moyenne grosseur et tranché de biais sur la moelle, de manière qu’un seul côté du biseau la mette à nu (fig. 64).

Un rameau ayant du bois de deux ans à sa base (fig. 52) est acceptable, ainsi qu’un greffon portant son œil terminal (fig. 73).

Un sujet enté près du sol sera butté de terre jusqu’à l’œil supérieur du greffon.

La greffe en approche convient aux parties jeunes ; on l’entoure avec de la mousse.

Dans le Berry et le Dauphiné, nous avons vu greffer le Noyer en flûte (fig. 101) et en couronne (fig. 53). À Beaune, Joseph Gagnerot se contente de l’écussonnage en placage (fig. 95).

Notre collègue Treyve, de Trévoux, propage le Noyer de la manière suivante :

Dans la seconde quinzaine de janvier, il arrache des plants de Noyer âgés d’un an et les met en jauge, peu serrés, dans du sable.

Les greffons sont coupés en mars et placés à l’ombre, dans le sable, pour être retardés. Du 15 au 30 mars, il retire les plants de la jauge, les coupe un peu au-dessous du collet des racines et greffe sur ce tronçon, soit en demi-fente (fig. 110) si le sujet est gros, soit en incrustation (fig. 59) ou à l’anglaise à cheval (fig. 87), s’il est petit.

Ligaturé et mastiqué, le plant greffé est mis en godet rempli d’un compost, terreau et sable ; on le place aussitôt sous cloche ou sous châssis, à l’étouffée. Essuyer souvent la buée et chauffer à + 10 ou 15° si la température extérieure est plus basse. L’âge du sujet et le repos préalable du greffon sont des conditions de succès.

Noyers d’ornement. — Le Noyer à feuille laciniée se greffe en fente, au mois d’août, sous cloche, sur des sujets mis en pot, et avec de jeunes rameaux munis de l’œil terminal.

Les variétés de Noyers d’Amérique seront greffées en bifurcation sur leur type, J. nigra.

Les Noyers de Mandchourie vivent sur le Noyer noir (en bifurcation, fig. 78).

Nous avons réussi le greffage en bifurcation du Noyer à fruit comestible, J. regia, sur tige de Noyer noir, J. nigra, espérant bénéficier de la valeur industrielle de la tige et de la production alimentaire de la tête. D’ailleurs, le Noyer américain résiste aux hivers rigoureux.

[130]

Olivier (Olea).

Famille des Oléacées.

Sujet. — Olivier commun, Olea europæa (cépée ; semis).

Greffage. — En fente (fig. 72) ; mars. — En couronne (fig. 52) ; avril. — En écusson (fig. 91) ; de mai à septembre. — Par rameau sous-écorce (fig. 48, 49) ; mai. — En pied ou sur tige.

Observations. — Dans le midi de la France, on reproduit généralement le plant d’Olivier par cépée (fig. 17) en plein champ, ou sur couche en pépinière ; le sujet est plutôt greffable que le plant de semis. Les jeunes Oliviers sauvages sont écussonnés à œil poussant, en avril-mai, sur leurs branches latérales. Quand l’arbre est vieux, on emploie la greffe en couronne, rez terre et buttée ; le greffon ramifié est admis. Duclaux, à Draguignan, ligature avec des bandes d’écorce de Mûrier, passées à l’eau bouillante.

Jacques Audibert, à la Crau d’Hyères, multiplie les variétés d’Olivier : 1° par la greffe en fente, au mois d’avril, en plein air ou sous verre ; 2° par l’inoculation de rameaux-greffons sous écorce (fig. 48), à œil poussant, au mois de mai. Nous en avons constaté les bons résultats dans ses cultures.

Félix Sahut, à Montpellier, pratique l’écusson en placage avec lanière, en mai, pour restaurer les gros Oliviers ; on facilite la soudure par une incision au-dessus de l’écusson.

De jeunes drageons issus d’une vieille souche recepée, greffés sur place, en mai, entrent en végétation à la fin de l’été ; étêtés au printemps suivant, ils sont plantables à l’automne.

L’Olivier se perpétue sur le même tronc par le greffage de ses propres rejets.

Les espèces à feuilles persistantes, Olea fragans ilicifolia, etc., appartiennent désormais au genre Osmanthe (Voir p. 317).

[131]

Oranger (Citrus).

Famille des Aurantiacées.

Sujet. — Bigaradier, Citrus bigaradia. — Citronnier, C. limonium. — Oranger, C. aurantium (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 89, 91, 94). Par rameau sous écorce (fig. 48,49) ; à œil dormant, de juillet à septembre ; à œil poussant, d’avril à juin ; à l’air libre. — En incrustation (fig. 59, 119). En placage (fig. 55, 56, 118). En fente (fig. 114) ; août-septembre, sous verre. — En pied ou sur tige.

Observations. — Le greffage de l’Oranger est une opération de plein air ou de serre.

Greffage en plein air. — On a reconnu que, pour sujet, le Bigaradier, C. bigaradia, est plus rustique que le Cédratier, C. medica, et plus vigoureux que le Citronnier, C. limonium ; il prend moins le blanc des racines. Avec lui, l’Oranger, C. aurantium, gagne de la longévité et le Mandarinier, C. nobilis, de la vigueur ; on a cependant cru reconnaître un goût plus fin dans le fruit du Mandarinier greffé sur Oranger franc.

Nous avons vu, dans les établissements Nardy à Hyères, Besson à Nice, pratiquer l’écussonnage de l’Oranger à l’air libre, soit à œil poussant en avril, soit à œil dormant en septembre-octobre. On y greffe également les Aurantiacées sur sujet bouture de Citronnier, de Poncire ou Cédratier de Corse ; cette dernière espèce est vigoureuse et prend de bouture ; elle s’élève promptement à tige et facilite la fructification de la greffe.

Si le rameau greffon est délicat ou anguleux, on choisit l’œil à écussonner sur rameau de deux ans (a, fig. 89). Il serait plus facile de pratiquer, comme le fait Robillard à Valence, le greffage par rameau sous écorce (fig. 48). Les Bigaradiers sont ainsi greffés, à œil poussant, en pleine pépinière, vers la mi-mars, époque du réveil de la sève dans cette contrée de l’Espagne justement renommée pour ses belles orangeraies. [fig119]
Fig. 119. — Greffe en incrustation de l’Oranger.
En Italie, on applique parfois l’écussonnage avec incision renversée (fig. 94).

À Nice, on greffe en couronne les gros Orangers, avec insertion de plusieurs greffons.

Les jardiniers japonais et chinois utilisent comme sujet les Kara-tatsi ou Kum-Quat, nos rustiques Citrus japonica ou trifoliata.

Greffage sous verre. — Les « orangistes » parisiens ramassent les pépins de citron aux halles et les sèment par potées. À deux ans, les plus beaux plants, de la grosseur d’un crayon, seront greffés ; les autres seront coupés en pied et détruits ; au lieu de les repiquer, on préfère semer à nouveau et greffer sur plant vif.

On laisse dix à douze sujets par potée de 0m,16 et on les greffe en septembre, par demi-fente (fig. 114) ou incrustation (fig. 119). On conserve un œil sur le dos du greffon ; les feuilles sont laissées entières ou à peu près.

Ainsi le sujet (A, fig. 119) tronçonné avec œil d’appel (a), reçoit en C le greffon (B) taillé en biseau triangulaire (c) ; les feuilles sont écimées, sauf les petites (b), conservées intactes.

Les potées ainsi greffées passent l’hiver sous châssis, sur couche chaude. Après l’hiver, on isolera les sujets greffés, un par pot, et l’année suivante, on aura déjà des plantes de commerce.

[132]

Orme (Ulmus).

Famille des Ulmacées.

Sujet. — Orme commun, Ulmus campestris (semis). — Orme gras ; Orme Dumont (cépée).

Greffage. — En écusson (fig. 91, 94) ; juillet-août. — En fente (fig. 69) ; mars-avril. — En couronne (fig. 52) ; mai. — En pied ou sur tige.

Observations. — Les tiges à écorce rugueuse se prêtent mieux aux greffages par rameau.

Les variétés rares peuvent être greffées sur jeune plant, en demi-fente et sous verre.

Les Ormes à rameaux tourmentés ou retombants, à feuilles panachées ou poudrées, destinés à la haute futaie, seront greffés sur tige.

En levant l’écusson, on évitera de pénétrer l’aubier avec l’outil, le tissu filandreux de l’Orme se coupe mal ; l’inoculation aura lieu sur une partie vive du sujet.

L’Orme gras est préféré, comme sujet, aux Ormes noir et Klimmer, plus secs.

[133]

Osmanthe (Osmanthus).

Famille des Oléacées.

Sujet. — Troène commun, Ligustrum vulgare (semis).

Greffage. — En placage (fig. 118) ; octobre, sous verre. — En pied, au collet ; mars-avril.

Observations. — L’Osmanthe se prête difficilement au bouturage et prend bien à la greffe.

Le sujet est un plant de Troène en arrachis ; son greffage rez terre est indispensable. Aussitôt opéré, le plant est mis en pot et sous verre, à l’étouffée, jusqu’à parfaite soudure.

La greffe en placage conserve, au sujet, un bourgeon d’appel précieux pour l’avenir d’un plant mis en pot à la dernière heure.

À Ussy, M. Levavasseur emploie comme sujet le Troène à feuille ovale, L. ovalifolium. Le plant, en godet, est greffé en placage au printemps — ou encore à l’automne — et aussitôt déposé sous cloche, en serre froide ou sous châssis.

[135]

Passiflore (Passiflora).

Famille des Passiflorées.

Sujet. — Passiflore bleue, P. cærulea, et autres variétés vigoureuses (bouture).

Greffage. — En demi-fente (fig. 114). Dans l’aubier (fig. 65). En placage (fig. 118), sous verre ; mars-avril ou juillet-août.

Observations. — Les greffes de Passiflore reprennent très bien ; en général on obtient, par le greffage, des plantes trapues, arbustives pour ainsi dire, qui gagnent en floribondité.

La Passiflore ou Grenadille bleue reçoit la greffe des Gr. du Brésil, quadrangulaire, ailée, etc.

On greffe dans le même but les espèces des genres [172]Tacsonia et [135b]Disemma de cette famille.

[137]

Pêcher (Persica).

Famille des Amygdalées.

Sujet. — Amandier, Amygdalus communis, — Pêcher, Persica vulgaris (semis). — Prunier, Prunus domestica (semis, cépée, bouture de racine). — Très rarement, le Cerisier Mahaleb.

Greffage. — Écussonnage (fig. 91 et 96) : 1° à œil dormant, en juillet-août avec le Prunier, en août-septembre avec l’Amandier ; 2° à œil poussant, en avril. — En pied ou sur tige.

Observations. — Les bons rameaux porte-greffons du Pêcher proviennent d’arbres en espalier non palissés ou d’arbres en plein vent. Avec un rameau bien constitué, de moyenne grosseur, les yeux doubles ou triples sont les meilleurs ; les rameaux gourmands ont trop d’yeux plats, et les brindilles, trop d’yeux à fleurs.

Dans les pépinières, une certaine quantité d’yeux de la même sorte sont nécessaires à l’écussonnage, on a conservé dans cette prévision un sujet, au moins, de chaque variété.

Quelquefois, en nourrice ou en place, le Pêcher est soumis à l’écussonnage double (fig. 96 et 97, p. 177).

Lorsqu’il s’agit d’écussonner à bonne heure, on pourrait craindre que la végétation active, prolongée du Pêcher, ne fournisse pas assez tôt des greffons en maturité ; il suffira de pincer l’extrémité des rameaux porte-greffes dès que les yeux seront apparents. Avec un pincement plus tôt, il résulterait trop d’yeux annulés à la base, et ceux du sommet seraient développés. Dans ce cas, un rameau herbacé, effeuillé et laissé au soleil pendant une heure, serait préférable. Quand il y a peu d’intervalle entre l’époque du pincement et celle du greffage, un écimage suffit.

Dès le mois de juin ou de juillet, on prépare le sujet par l’élagage des ramifications jusqu’à 0m,15 du sol. Au mois d’août, on l’écussonne à la face nord du plant.

La ligature est enlevée à l’automne, avant la chute des feuilles ; si elle a « étranglé » le sujet, on étête cime et branches de celui-ci.

Greffage du Pêcher sur Amandier. — L’Amandier à coque dure avec amande douce, A. dulcis, est le sujet favori du Pêcher.

En pépinière, le plant d’Amandier est le produit d’amandes semées à l’automne, ou stratifiées en hiver et semées au printemps. On écussonne le plant dès la première année de pousse, et on l’écime (fig. 99, p. 181) avant la chute des feuilles.

Le semis de l’amande germée, en rigole à fond plat, forçant la racine à se couder à sa naissance, on place l’amande dans un sens tel que le coude rejette les racines vers le nord, et du côté même où l’écusson sera posé. Cette combinaison donnera des Pêchers disposés à la plantation contre un mur, les racines en avant, l’onglet au revers.

L’étêtage des sujets écussonnés se fait après l’hiver, en mars. Les sujets où la greffe a manqué sont recepés pour être écussonnés à nouveau, au mois d’août suivant. On pourrait même éviter de les receper, pour les écussonner à œil poussant, en avril-mai, avec des rameaux conservés et retardés (fig. 32). Quelquefois, on laisse le sauvageon monter à tige, on le greffera en tête.

Greffage du Pêcher sur Prunier. — Le Prunier qui convient à la greffe du Pêcher est le Damas noir, P. Damascena (semis), ou tout autre d’une adaptation reconnue, comme le Damas noir d’Orléans ; on écussonne en juillet-août.

Dans le Sud-Ouest, on greffe le Pêcher et non le Brugnon sur le Prunier Damas de Toulouse.

À Metz, on emploie un Damas noir hâtif qui se propage par cépée et par bouture de racine.

Sur Prunier Myrobolan, P. Myrobolana, le Pêcher n’a pas d’avenir. Le surgreffage par le Damas noir ou toute autre variété sympathique au Pêcher devient alors nécessaire.

Quand les pépinières possèdent une espèce sauvage ou cultivée de Prunier sympathique au Pêcher, elle est employée au rôle d’intermédiaire. On la greffe rez terre sur le plant de Prunier, quelle qu’en soit la race ; puis, au mois d’août de sa première végétation, si la tige est assez forte, on y écussonne, à 0m,10 au-dessus de la greffe, un œil de Pêcher. Au cas d’incertitude, les chances de réussite seraient doublées par l’inoculation d’un œil d’Abricotier ou de Prunier, au-dessus ou en face de l’écusson du Pêcher. Lorsque, plus tard, les nouveaux jets auront atteint 0m,15, la greffe supplémentaire sera pincée et plus tard supprimée, lors de la coupe de l’onglet ; seul, le Pêcher restera.

Quelques variétés de Pêchers : Alexander, Alexis Lepère, Reine des Vergers, Bourdine, ont réussi, par écusson, sur le Prunellier, Pr. spinosa, jeune plant bien en sève, recepé l’année précédente.

Pêcher greffé sur franc. — Le Pêcher franc est le produit d’un semis de noyaux de pêches. Le cultivateur a tout avantage à semer des types robustes qui se reproduisent avec leurs bonnes qualités fructifères, sinon sympathiques à la greffe qui viendra les transformer en bonnes espèces de plein vent.

Le semis et le greffage se pratiquent comme nous l’avons dit au Pêcher sur Amandier.

Cette culture est spéciale à la zone sud du vignoble. L’arbre acquiert plus de durée par le semis sur place et par l’écussonnage à la première ou à la seconde année de végétation.

Le Pêcher franc, comme sujet de greffage, ne réussit pas partout, et encore moins dans les contrées plus septentrionales. Les Pêchers Alexander, Grosse Mignonne, Reine des Vergers, et quelques autres, prennent bien sur le Pêcher franc.

Pêcher à tige. — Le Pêcher sur tige est greffé plus généralement à la hauteur de la couronne, sur Amandier ou sur Prunier.

Les Anglais se servent des Pruniers Muscle et Brompton obtenus par bouture ou par cépée, et les élèvent à tige pour les greffer en Pêcher.

Le Prunier Pêche se prête au greffage du Pêcher et devient précieux au rôle d’intermédiaire, dans les cas de surgreffage.

Greffe du Pêcher par rameau. — La greffe par rameau du Pêcher se fait en serre pour la multiplication de variétés rares, avec des greffons hivernés. En plein air, on pourrait essayer la greffe de rameaux de Prunier écussonnés une année à l’avance (fig. 98, p. 178) avec des yeux de Pêcher.

La greffe en placage à l’anglaise (fig. 56) réussit au Pécher, au printemps, à œil poussant.

Le Pêcher Reine des Vergers est un de ceux qui réussissent le mieux en fente.

Recouvrir la greffe d’un capuchon-écran.

Greffage pour la culture forcée. — Pour la culture forcée d’arbres en pots, on est satisfait en Belgique, du greffage sur Pêcher franc, le sujet semé et greffé en pot. En Angleterre, Rivers emploie suivant les affinités, les Pruniers Pershore et de Saint-Julien, plants de semis.

Greffé sur Prunier Mirabelle, le Pêcher en pot reste nain, mais la chute précoce des feuilles du sujet empêche la formation de ses yeux à fleurs.

On préfère le Damas noir, petit sujet en pot de 0m10, greffé en janvier sous châssis et sur couche, dans la serre.

Pêchers d’ornement. — Les Pêchers d’ornement se propagent de la même façon que les autres.

[138]

Peuplier (Populus).

Famille des Salicinées.

Sujet. — Peuplier blanc, P. alba. — Peuplier de Virginie, P. virginiana. — Peuplier d’Italie, P. pyramidalis. — Peuplier tremble, P. tremula, selon les variétés à propager (bouture).

Greffage. — En fente (fig. 69) ; mars-avril. — En couronne (fig. 51) ; avril-mai. — En écusson (fig. 91) ; août. — En pied ou sur tige.

Observations. — Avec le greffage par rameau, on peut employer des sujets nouvellement déplantés. En opérant sur plançon, on réalise une greffe par sujet-bouture.

On greffe seulement les nouveautés, les variétés à rameaux retombants, à feuilles panachées, ou celles qui réussissent mal par bouture.

Le Tremble pleureur, P. tremuta pendula, réussit sur son type, P. tremula, sur le Peuplier blanc, P. alba, et sur le Peuplier d’Italie, P. nigra pyramidalis ; celui-ci a de plus belles tiges en pépinière, de durée plus limitée dans les jardins, une fois greffées. Cette même variété de Tremble ne prend pas sur le Peuplier de Virginie.

Le Peuplier blanc pyramidal, ou P. Bolleana, du Turkestan, se greffe par œil ou par rameau sur le Peuplier blanc, P. alba, en pied.

Les P. græca, grandidentata, tremuloides, réussissent sur le P. Tremble, et le P. heterophylla sur le Peuplier du Canada.

Les variétés à feuilles panachées se prêtent à l’écussonnage en pied, sur leur type.

[139]

Photinia (Photinia).

Famille des Pomacées.

Sujet. — Cognassier ordinaire, Cydonia vulgaris. — Cognassier d’Angers, C. macrocarpa (bouture avec talon ; marcotte par cépée).

Greffage. — Écussonnage (fig. 91) ; août. — En fente, à l’air libre (fig. 114) ; avril. — En placage (fig. 55) ; février ou septembre, sous verre. — En pied.

Observations. — En opérant à l’air libre, on doit supprimer les feuilles au greffon, œil ou rameau. On les conserve entières, ou coupées à moitié, pour le greffage en serre ; ici, la soudure s’accomplira en cinq ou six semaines.

Forcer l’ébourgeonnage en plein air ; pincer les jeunes greffes à 0m,30 pour les faire ramifier.

Pour le greffage en fente à l’air libre, on emploiera des rameaux de deux ans.

Avec l’écussonnage, on utilisera même les yeux peu apparents ; ils se développeront sous l’influence d’un ébourgeonnement sévère.

[140]

Phyllirea, vulg. Filaria (Phyllirea).

Famille des Oléacées.

Sujet. — Phyllirea à large feuille, Ph. latifolia (semis). — Troène commun, Ligustrum vulgare (semis ; cépée).

Greffage. — En placage (fig. 118) ; octobre, sous verre. — En pied, au collet.

Observations. — Les Phyllireas se propagent par semis ; mais les raretés, par exemple le robuste Phyllirea de Vilmorin, Ph. Vilmoriniana « à feuille de laurier », sont trop récentes pour que la graine en soit abondante. On les greffe sous verre, à l’automne, en placage (fig. 118) ou en demi-fente (fig. 114), sur plant élevé en pot.

Le Troène commun convient dans les sols calcaires au rôle de sujet.

[141]

Phylloclade (Phyllocladus).

Famille des Conifères, § Taxinées.

Sujet. — Phylloclade à feuille de Doradille, Phyllocladus trichomanoides (bouture).

Greffage. — En placage (fig. 113,118). En fente dans l’aubier (fig. 67) ; septembre, sous verre.

Observations. — Le plant s’obtient par bouture, à chaud, sous cloche, dans la serre à multiplication. Le rameau avec feuilles s’enracine plus vite que la branche avec phyllodes.

Le Phyllocladus rhomboidalis est un de ceux qui ne prennent pas de bouture et qui réussissent au greffage, à l’étouffée.

[142]

Pimélée (Pimelea). — [100]Lachnæa.

Famille des Thymélées.

Sujet. — Pimélée à drupe, P. drupacea (semis).

Greffage. — En demi-fente, au collet (fig. 114) ; février, sous verre.

Observations. — Le Pimélée drupacé est le sujet adopté pour les P. linifolia, intermedia, macrocephala ; toutefois le Pimélée remarquable, P. spectabilis, s’accommodera mieux du Pimélée à feuille en croix, P. decussata.

Les Pimelea axiflora et hypericina, vigoureux, sont encore de bons sujets porte-greffes, moins employés dans la pratique.

Le Lachnéa, Lachnæa purpurea, réussit au greffage sur le Pimelea drupacea.

[143]

Pin (Pinus).

Famille des Conifères, § Abiélinées Pinées.

Sujet. — Choisir l’espèce type de la variété à propager, ou bien une espèce congénère de la même section ou tribu.

Greffage. — En placage (fig. 113) ; mars et septembre, sous verre, au collet. — En fente terminale (fig. 75 et 76), avec rameaux herbacés ; mai, en plein air et sur flèche.

Observations. — La greffe sous verre se fait à l’étouffée, au printemps ou à l’automne, à la base du plant, dans les conditions habituelles.

La greffe terminale herbacée (page 144) sera pratiquée à l’air libre, en forêt ou en pépinière. Les sujets seront, autant que possible, analogues aux variétés à multiplier. Ainsi les Pins à cinq feuilles sympathisent avec les Pins élevé et du lord Weymouth ; les Pins à deux ou à trois feuilles avec les Pins sylvestre et d’Autriche.

Les Pins de Lambert, monticole, tribu des Strobus, le Pin Cembro, tribu des Cembra, vivent ici greffés sur les P. strobus et excelsa, tribu des Strobus, mieux que par semis. Avec un sol crayeux, on a recours au Pin sylvestre comme sujet des variétés précitées.

Dans le Midi, les Pinus halepensis, pyrenaica, Laricio, tribu des Pinaster, sont de bons sujets pour la greffe des Pins à deux feuilles. Plus au nord, on emploie le Pin sylvestre, P. sylvestris, et le Pin noir d’Autriche, P. austriaca, espèces rustiques de cette tribu, avec lesquelles on peut propager la majeure partie des Pins.

Les Pins à trois feuilles, P. Coulteri, insignis, ponderosa, radiata, Sabiniana, tuberculata, etc., réussissent au greffage sur P. sylvestris et nigra, à deux feuilles ; les espèces de la tribu Pseudo-Strobus sont dans les mêmes conditions.

L’exemple d’arbres greffés plus vigoureux que leurs similaires de pied franc se rencontre avec les Pinus Gerardiana et rigida. Cette dernière espèce fournit le bois si recherché, dit pitchpin. Par la greffe, il sera facile de convertir sur place en Pin rigide certaines plantations forestières de Pin sylvestre ou de Pin noir d’Autriche.

[144]

Pistachier (Pistacia).

Famille des Térébinthacées.

Sujet. — Pistachier térébinthe, Pistacia terebinthus. — P. Lentisque, P. lentiscus (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91). En flûte (fig. 100) ; mai et juillet-août. — En couronne (fig. 51, 54) ; avril. — En pied ou sur tige.

Observations. — Le Pistachier greffé gagne en vigueur, en rusticité, en fécondité.

L’arbre étant dioïque, le greffage permettra de propager tel sexe à volonté.

En Provence, où le P. térébinthe est indigène, on le sème en pépinière et on le convertit en Pistachier du Levant. Déjà, en Algérie, on essaie de transformer ainsi des friches de Lentisques.

M. Delchevalerie en a fait l’expérience dans les plaines sableuses de l’Égypte.

Le sujet, étêté en hiver, sera écussonné au mois de juillet suivant, sur les jeunes rameaux qui résultent de cette taille ; si la sève est abondante, on a recours à l’écusson renversé (fig. 94) ou à la greffe en flûte, vers la fin de l’été.

La greffe en flûte (fig. 100 et 101) rapprochera les deux parties, dans un état de sève analogue, au printemps ou en plein été, après les pluies.

En mars, on greffe en fente les gros sujets. Un mois plus tard, la greffe en couronne introduira dans les pistacheraies l’élément sexuel qui s’y trouverait insuffisamment représenté.

Par semis, le Pistachier cultivé « du Levant » donne 10 p. 100 de plants mâles. Le greffage du type femelle rendra la plantation plus féconde.

[145]

Pittospore (Pittosporum).

Famille des Pittosporées.

Sujet. — Pittospore ondulé, Pittosporum undulatum (semis ; bouture).

Greffage. — En demi-fente (fig. 114). En incrustation (fig. 119) ; février-mars, sous verre.

Observations. — On greffe sur petite tige, en fente ou par incrustation, à l’étouffée.

Le placage se pratique plutôt en octobre.

[146]

Pivoine en arbre (Pæonia moutan).

Famille des Renonculacées.

[fig120]
Fig. 120. — Greffe de la Pivoine.

Sujet — Pivoine en arbre, P. moutan. — Pivoine herbacée de Chine, P. sinensis (racine).

Greffage. — Sur racine, en fente et en incrustation (fig. 115, 120) ; avril, mieux juillet-août ; sous verre.

Observations. — La meilleure saison pour le greffage de la Pivoine est en juillet-août, lorsque les tissus du greffon sont lignifiés ; on greffe en fente ou en incrustation sur des fragments de racine longs de 0,08 à 0,10 (A, fig. 120).

Quand on n’a pas suffisamment de racines de Pivoine en arbre, on prend pour sujet de grosses racines de Pivoine herbacée. Les tronçons de la Pivoine de Chine ont l’avantage de produire moins de bourgeons souterrains ; la Pivoine officinale, P. officinalis, en fournit davantage.

Conserver deux folioles à chaque feuille du greffon (B) ou les couper sur leur pétiole, et ménager un œil (C) près de l’insertion. Ligaturer au fil de plomb (D), en tête, avec une longueur de filasse au-dessous ; mastic d’argile. Opérer sous cloche, dans le sable, avec ou sans empotage.

Tenir les plants greffés pendant six semaines à l’étouffée. Dès leur sortie, les placer à l’ombre rigoureusement pendant quinze jours. Continuer à les maintenir dans un endroit ombragé, jusqu’à ce qu’ils paraissent bien repris et solides.

Le greffage de la Pivoine réussit en plein air ; opération, fin juillet. On plante les racines toutes greffées dans une plate-bande au nord, ou à mi-ombre, la terre recouvrira la greffe et non le greffon ; il reste à pailler le sol, à arroser aussitôt et à entretenir une fraîcheur continue par des bassinages.

Les horticulteurs d’Orléans greffent en août, piquent les racines greffées dans le sable en plein air, par clochées ; ils y utilisent leurs cloches raccommodées, parce qu’il n’y aura pas besoin de les lever en hiver. Il convient d’ombrager avec des claies de bruyère ou des nattes d’emballage et d’hiverner avec de la mousse.

En 1878, les Japonais exhibaient un sujet porte-greffe de Pivoine, inconnu en France.

[147]

Planéra (Planera).

Famille des Ulmacées.

Sujet. — Orme commun, Ulmus campestris (semis ; quelquefois bouture à talon ou cépée).

Greffage. — En fente (fig. 69) ; mars-avril. — En écusson (fig. 91) ; août. — En pied.

Observations. — Sous notre climat, le Planéra greffé, particulièrement le Planéra du Japon, est plus vigoureux qu’à l’état franc de pied.

Le Planéra pleureur est greffé à haute tige, en écusson ou en fente, sur le Planéra crénelé ou sur l’Orme champêtre.

[148]

Plaqueminier (Diospyros).

Famille des Ébénacées.

Sujet. — Plaqueminier de Virginie, Diospyros virginiana. — Pl. d’Italie, D. lotus (semis).

Greffage. — En fente (fig. 110). Dans l’aubier (fig. 62) ; avril. — Par rameau sous écorce (fig. 48). En couronne (fig. 52) ; mai. — En écusson (fig. 94) ; août. — En pied ou sur tige.

Observations. — Les procédés de greffage indiqués sont pour le plein air ; mais on peut avoir recours à la multiplication en serre, et sous bâche, pour les greffes par rameau.

Dans la région sud, le Plaqueminier d’Italie est le meilleur sujet porte-greffe ; il se prête aux greffages en fente ou dans l’aubier, en mars, et à l’écussonnage à œil poussant, en mai-juin, ou à œil dormant, en septembre. Les horticulteurs adoptent la greffe en fente buttée (fig. 174), qui leur offre plus de sécurité. Le sujet pourrait être un tronçon de racine centrale.

Dans leurs pépinières du Gard, MM. Fabre ont constaté une certaine antipathie entre le Plaqueminier d’Italie et les variétés japonaises D. Toyama et Tsouroumarou ; alors on choisit l’espèce américaine pour sujet.

Le Plaqueminier de Virginie se greffe moins jeune que le précédent, et fournit des arbres plus solides ; il accepte le greffage en couronne, à l’automne et surtout au printemps.

Au Japon et en Amérique, on emploie souvent comme sujet le semis des variétés cultivées ; ce sont ici des Persimonn indigènes, là des Kaki sauvages. C’est un greffage sur franc.

Les planteurs cingalais sèment la graine en décembre et écussonnent le plant en pépinière fin été, ou le greffent sur place, par incrustation, au printemps de l’année suivante.

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Platane (Platanus).

Famille des Térébinthacées.

Sujet. — Platane d’Orient ou d’Occident, P. orientalis ou P. occidentalis (bouture ; semis).

Greffage. — En incrustation (fig. 60) ; mars-avril. — En approche par incrustation (fig. 38). Par approche, en tête (fig. 42) ; mai-juin. — En tête ou en pied.

Observations. — Le Platane se multiplie facilement par bouture ; mais on a recours à la greffe pour propager, sur tige, les espèces et variétés à feuilles panachées, à rameaux en boule ou retombants. — Engluer le greffon.

Sous verre, on greffe le Platane par placage, au mois d’août, en ménageant un bourgeon appelle-sève à la tête du sujet tronqué.

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Podocarpe (Podocarpus).

Famille des Conifères, § Podocarpées.

Sujet. — Podocarpe Totara et autres variétés, Podocarpus Totara, etc. (bouture).

Greffage. — En placage (fig. 113). En fente dans l’aubier (fig. 67) ; septembre. — Sous verre.

Observations. — E.-A. Carrière recommande les sujets de P. Totara, læta, spinulosa, sauf pour les espèces à gros rameaux, plus sympathiques aux P. neriifolia, japonica, salicifolia. — Le Podocarpus latifolia vit sur le P. elongata.

Greffé, le P. nubigæna se développe mieux.

Nous avons remarqué chez Charles Van Geert à Anvers, le P. Blumei greffé en placage sur le P. neriifolia, et les horticulteurs de Tokio nous ont fait voir, au Trocadéro, parmi leurs arbustes nanisés, de gros Podocarpes greffés par placage en tête (fig. 57), avec plusieurs greffons de variétés à feuilles lisses ou panachées.

[151]

Poirier (Pirus).

Famille des Pomacées.

Sujet. — Poirier franc, Pirus communis (semis). — Cognassier, Cydonia (bouture à talon ; cépée). — Aubépine, Cratægus oxyacantha (semis) ou Épine d’Amérique, par le surgreffage.

Greffage. — À peu près tous les systèmes. — En pied ou sur tige, mais en pied pour le sujet Cognassier et pour l’Aubépine indigène.

Observations. — Nous examinerons le greffage, en pépinière, du Poirier sur divers sujets.

Greffage sur franc. — Le sujet Poirier franc ou sauvageon, planté à l’âge de un ou deux ans de semis, peut être écussonné dès sa première année de plantation s’il est assez fort, ou greffé par rameau au moins une année après qu’il aura été planté. Greffé à deux ans, bien trapu, il donnera une belle végétation.

Le Poirier franc doit être écussonné de bonne heure, plusieurs causes étant susceptibles de lui faire perdre vite sa sève, surtout dans les plantations ayant un certain âge.

Les arbres destinés à former des hautes tiges sont le résultat d’un greffage en pied ou en tête. On ne peut greffer en tête, à la hauteur du branchage, que les sauvageons robustes, droits et vigoureux. On greffe en pied les variétés qui s’élèvent d’elles-mêmes à haute tige.

Lorsqu’il s’agit d’obtenir sur un sujet délicat ou rabougri une tige de variété lente à monter, par exemple Beurré Gambier, Beurré Henri de Courcelle, Grand-Soleil, Bonneserre, de Saint-Denis, Madame Lyé Baltet, Prévost, Seckel, etc., on aura recours à l’intermédiaire d’une variété rustique et vigoureuse. Greffée au pied du sauvageon, elle s’élève à tige ; après deux années de végétation, au minimum, on la greffera en tête avec la variété définitive. La nouvelle tige sujet ne doit pas être opérée trop jeune ni trop faible, et il convient de la choisir d’une espèce rustique, élancée, peu branchue.

Les pépiniéristes ont leurs variétés favorites à cet usage ; les uns adoptent Jaminette, Beurré d’Angleterre ; d’autres, Louise-bonne d’Avranches, Beurré Hardy ; les belges, Mme Élisa. À Metz, le Poirier à cidre, Eisgrüber Mostbirne a les préférences ; il s’est montré assez résistant au froid, comme Urbaniste et Beurré Hardy, à fruit de table. Le Beurré Baltet père, plus résistant encore, est lent à s’élever. Enfin, quelques horticulteurs ont l’Égrin Couturier, l’Égrin de Bollwiller, l’Égrin Leroy, Prolifique de l’Ouest, du Vigan, etc., pour le surgreffage à haute tige.

Une méthode analogue est indispensable pour amener à haute futaie les Poiriers dont l’écorce est fendillée à l’état naturel, comme Beurré de Jonghe, Colmar de Mars, Délices de Charles, Doyenné Bizet, Tardive d’Anvers, Van Mons, et même Fondante du Panisel et Bonne d’Ézée.

Greffage sur Cognassier. — Le Cognassier n’ayant pas avec le Poirier une liaison toujours sans reproches, on aura soin de faciliter cette union par le choix de plants de bonne race, et par l’inoculation de bourgeons munis d’une assez longue plaque d’écorce purgée d’aubier.

Les horticulteurs ont adopté divers types ou formes du Cognassier qui portent le nom de Cognassier de Vitry, C. d’Angers, C. de Doué, C. de Fontenay, du pays où ils sont propagés par cépée et vendus sur le marché.

Le Cognassier doit être un jeune plant ; il sera écussonné en pied, assez près du sol.

Une méthode traditionnelle d’Orléans consiste à receper le Cognassier en le plantant et, l’année suivante, à greffer le plus beau scion qui se développe ; les autres pousses sont enlevées après une année de végétation pour être bouturées, en nourrice, et fournir de nouveaux sujets.

À Troyes, on étête le plant à 0m,30, lors de la plantation, pour l’écussonner au mois d’août suivant. En préparant à l’avance, juste la place pour loger l’écusson, le sujet ne s’affaiblit pas, et l’on réserve ainsi des rameaux-boutures pour la multiplication prochaine.

Le bourgeon-écusson du Poirier se soude mal au sujet trop gros ou trop vieux de Cognassier.

Il conviendra de remédier à la non-réussite de la greffe, en vérifiant quinze jours après la première opération et en écussonnant à nouveau les sujets manqués, soit sur le tronc, soit au talon d’un rameau de la base. Dans un champ de Poiriers compliqué de variétés nombreuses, on peut greffer en second lieu des sortes à bois panaché, des Photinias ou des Bibaciers toujours verts, dont l’aspect tranche suffisamment.

L’étêtage du sujet se fait après l’hiver. Si la greffe a manqué, on recèpe le sujet pour recommencer l’année suivante, ou bien on le dresse pour former un Cognassier ordinaire. Plus d’une fois, nous avons regreffé, au printemps, les Cognassiers manques à l’écussonnage, au moyen de la greffe de côté sous écorce (fig. 48), à œil poussant. Le greffon est un rameau conservé au nord ou dans la glacière ; nous l’insérons sur le sujet, en avril ou mai, à la montée de la sève.

Aujourd’hui, la culture à la charrue étant admise à l’exploitation horticole, on aura la précaution d’écussonner les Cognassiers dans le sens des rangs afin d’éviter, pour l’année suivante, le choc de l’instrument de labour sur le dos des jeunes scions, ce qui pourrait les décoller.

Palisser sévèrement la greffe sur Cognassier et désongletter avec précaution, avant la chute des feuilles, assez tôt en saison.

Certaines variétés de Poiriers vivent mal avec le Cognassier, on les écussonne alors sur jeune plant ; quand le sujet est plus âgé, on pratique le greffage par rameau.

Enfin, celles qui semblent plus hostiles au Cognassier, comme Alexandrine Mas, Beurré d’Apremont, Broompark, Délices de Lowenjoul, Doyenné de juillet, Doyenné de Montjean, Grand-Soleil, Madame Chaudy, Marguerite Marillat, seront obtenues par le moyen d’un auxiliaire rustique, qui s’adapte directement au Cognassier : Beurré Hardy, Curé, Jaminette, à bourrelet peu saillant. Dès l’année suivante, on surgreffera l’intermédiaire avec la variété rebelle.

On a souvent recours au surgreffage pour obtenir des Poiriers sur Cognassier en haute tige. Les variétés vigoureuses, à tige droite et saine, telles que Beurré Hardy, Jaminette, Bergamote Sageret, greffées rez terre, s’élèvent naturellement à tige et deviennent l’intermédiaire ou l’entregreffe, parce qu’elles recevront à la hauteur voulue pour le branchage, la greffe des variétés délicates.

À l’École nationale d’horticulture de Versailles, le directeur Auguste Hardy obtint de beaux fruits de Doyenné d’hiver et de Beurré d’Hardenpont en plantant des Poiriers Curé (b, fig. 121) greffés sur Cognassier (a), et en leur appliquant, la seconde année, trois écussons, Doyenné d’hiver ou Beurré d’Hardenpont. Les jeunes pousses (c) commencent l’ossature de la palmette, et la flèche (d) la continue.

Dans tous les cas de surgreffage, les greffes ainsi superposées doivent conserver de l’une à l’autre un certain parcours libre de la sève, qui ne soit pas obstrué brusquement coup sur coup, par des bourrelets trop rapprochés.

[fig121]


Fig. 121. — Surgreffage du Poirier sur Cognassier.

Greffage sur Aubépine. — Nos aïeux, pépiniéristes depuis plusieurs générations, ont tenté pour le sol champenois le greffage du Poirier sur Aubépine. Les variétés à fruit ferme, Catillac, de Calouet, Martin sec, Messire-Jean, Rateau gris, etc., ont assez bien réussi et depuis, Williams, Louise-bonne d’Avranches, Triomphe de Jodoigne, Triomphe de Vienne, etc.

Des essais pratiqués, depuis, dans le jardin de la Société d’horticulture et de viticulture de Reims, ont prouvé que l’Épine américaine (ou à gros fruit) pouvait être le canal séveux reliant l’Aubépine au Poirier. La racine est de l’Aubépine blanche ; la tige, de l’Épine américaine et le branchage, du Poirier.

Les Épines Petit-corail, de Carrière, à fruit cocciné, etc., ont donné, dans nos cultures, de sérieuses espérances. Nous continuons nos essais.

On peut encore greffer le Poirier sur le Sorbier, sur les Pommiers franc et doucin ; mais son existence et sa fructification y laissent à désirer.

Poiriers d’ornement. — Les Poiriers d’ornement se greffent comme les autres variétés, plutôt sur franc. Quelques espèces délicates ou à rameaux retombants seront greffées en tête de sauvageons vigoureux.

Notre région Sud fournit les Poiriers à feuille d’amandier ou de saule, sur lesquels prennent certaines espèces d’origine africaine ou asiatique.

Les Poiriers de race japonaise se soudent mal au Cognassier.

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Pommier (Malus).

Famille des Pomacées.

Sujet. — Pommier franc, Malus communis (semis). — P. doucin, M. mitis. — P. paradis, M. paradisiaca (marcottage en cépée, fig. 17).

Greffage. — À peu près tous les systèmes. — En pied ou sur tige (Pommier franc). — En pied (Pommier doucin et Pommier paradis).

Observations. — La végétation tardive et prolongée du Pommier indique que l’époque du greffage doit être rarement précoce.

Pommier greffé sur franc. — Le Pommier destiné aux grandes formes sera greffé sur Pommier franc, obtenu par semis. Pour le dresser en haute tige, on le greffe en pied ou en tête. Un sauvageon rustique, bien élancé, rentre dans ce dernier cas. S’il est chétif, on le greffe à la base et on fait monter la jeune pousse.

Lorsqu’on traite de forts sauvageons en pépinière, dans une situation fraîche ou ombragée, il est prudent de les déplanter et de les replanter, une année ou deux avant de les greffer. Sans cette précaution, il y aurait à craindre que le refoulement de sève ne vînt occasionner des désordres et provoquer des chancres sur la tige.

Dans les pays à pommes, on greffe l’arbre en tête, sur sauvageon planté à demeure depuis deux ou trois ans, assez fort et bien repris.

Pour les fruits de table, les horticulteurs possèdent des types vigoureux sur lesquels ils entent les variétés qui s’élèvent trop lentement, telles que : Api, Azeroly, Borowitsky, de Jaune, de Lait, Éternelle d’Allen, Fenouillet, Hawthornden, Jacquin, Reinette ananas, Reinette brodée, Reinette des Carmes, Reinette musquée, Reinette plate de Champagne, Transparente de Zurich, Wagener.

Les Rambour d’hiver et Transparente de Croncels conviennent au rôle d’intermédiaire pour le surgreffage des variétés délicates. On rencontre des types locaux adoptés à cet usage, comme la Reinette Abry, à Montlignon.

Le Pommier Transparente de Croncels, vigoureux et rustique, offre cet avantage que, par sa résistance à − 30°, il sera vivace au lendemain des hivers rigoureux et pourra se prêter à un nouveau greffage ou rester seul fructifiant, son fruit étant de premier mérite.

Les Calville rouge d’hiver, Reinette de Caux, Reinette de Cuzy, Belle de Pontoise, Astrakan, donneront des tiges trapues bravant − 20° et se prêtant au rôle d’entregreffe.

Parmi les variétés du Pommier à cidre, il en est également qui réclament le greffage en tête d’un sauvageon vigoureux ou le surgreffage, à haut vent, sur une tige élancée et robuste d’une variété déjà entée au collet d’un égrin.

Ainsi les végétations modérées ou ramifiées que l’on remarque chez Belle Cauchoise, Bedan blanc, d’Averolles, de Boutteville, Hauchecorne, Marabot, Marin-Onfroy, Martin Fessard, Nez plat, Or Milcent, Peau de Vache, Railé Varin, s’accommoderont d’un entregreffe à végétation rapide : Amer doux, Barbarie, Fréquin de Chartres, Gros Fréquin, Noir de Vitry, Rouge de Trèves.

Les pépiniéristes se créent des types plus ou moins connus au rôle d’entregreffe, et certaines contrées ont des variétés localisées, comme Abondance, Antoinette, Écarlatine, Sonette.

Non seulement l’intermédiaire doit être de sorte vigoureuse et rustique, mais encore peu sujette au chancre et peu ramifiée ; son entrée en végétation sera égale ou plus précoce que celle du greffon. Un état de sève prolongé à l’automne est favorable à la surgreffe.

Les Anglais et les Américains ont le Crab-Apple (semis de Pommiers égrins) pour le greffage des arbres de verger, et un type productif (semis de gros fruits hâtifs) pour le greffage de Pommiers à cultiver en basse tige, dans le jardin fruitier.

En Angleterre, la greffe au galop, Whip graft (fig. 84, 85) est usitée au printemps, parce que la température brumeuse de l’automne n’est pas favorable à l’écussonnage du Pommier, les greffons se lignifiant tard en saison.

Pommier sur doucin et sur paradis. — Les Pommiers doucin et paradis sont destinés à fournir des arbres en basse tige, greffés rez-terre. Le jeune plant a plus de chances de succès ; on l’écussonnera dès sa première année de plantation, si c’est possible.

Un rameau greffon trop tendre peut être préparé, effeuillé, et exposé au soleil pendant deux heures ; le bourgeon sera greffable.

Dans les terrains secs, où la sève s’arrête promptement, le greffon pourrait ne pas être aoûté au moment voulu ; alors on conserve des rameaux de l’année précédente, couchés dans du sable-gravier, et on en écussonne les yeux non développés, dès le mois de mai ou de juin, à œil dormant, sur les sujets en sève.

Vérifier, quinze jours après, les écussons non repris, et les recommencer.

Un plant rendurci sera soumis au greffage, à la montée de la sève, par rameau sous écorce (fig. 48 et 49), à œil poussant.

Des pépiniéristes ont adopté le Paradis jaune de Plantières-lez-Metz, vigoureux et fertile, et, malgré ses grosses racines, le Doucin d’Angers, types conservant leur sève assez longtemps.

Nous avons vu, chez Pierre Tourasse à Pau, le Pommier greffé sur Cognassier. Le même fait nous est signalé en Turquie.

Pommiers d’ornement. — Les Pommiers d’ornement se greffent de la même façon, sur franc, quelquefois sur doucin. Les espèces microcarpes, Malus baccata, cerasifera, originaires de Sibérie, et leurs dérivés, ont résisté au grand hiver.

Les espèces et variétés cultivées pour la beauté de leurs fleurs, M. spectabilis, de la Chine et du Japon, plus délicates, sont greffées sur franc.

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Prunier (Prunus).

Famille des Amygdalées.

Sujet. — Prunier, P. domestica, Saint-Julien et Damas (semis, bouture de racine, cépée). — P. Myrobolan, P. Myrobolana (bouture ; semis).

Greffage. — Par écusson (fig. 91) ; juillet-août. — En fente (fig. 69, 71, 72). En incrustation (fig. 59). Anglaise (fig. 82, 84, 86) ; mars et septembre. — En couronne (fig. 54) ; avril-mai. — En pied ou sur tige.

Observations. — Les plants issus du drageonnage sont impropres à la bonne multiplication du Prunier. Le semis est à préférer ; vient ensuite le plant obtenu par cépée (fig 17), qui reproduit rigoureusement les caractères de la souche.

Avec les Pruniers Damas et Saint-Julien, dans une situation aride, la sève pourrait s’arrêter au milieu de l’été ; il serait alors prudent d’arroser copieusement le sujet et de pincer le rameau-greffon à l’avance pour que l’écussonnage ait lieu en conditions normales.

Le P. Myrobolan sera écussonné assez tard en saison ; ses rameaux seront liés en faisceau lors du greffage et écimés en même temps (fig. 99).

Les jeunes greffes en pied sur P. Myrobolan seront tuteurées dès qu’elles auront atteint environ 0,50 de haut. — On supprimera l’onglet de la greffe avant la chute des feuilles.

L’étêtage du sujet écussonné se fait après l’hiver, mais avant la montée de la sève.

Les Pruniers à greffer par rameau peuvent être transplantés au moment de l’opération ; ils seront arrachés plusieurs mois à l’avance, c’est alors un greffage en jauge ou à l’abri. Si le greffage est fait sur place, on écime les sujets, au moins six à huit semaines plus tôt, en février. L’opération se fait en fente ou à l’anglaise, dès les premiers mouvements de la sève, et mieux en couronne, aux mois d’avril et de mai ; on peut même greffer en fente à l’automne, avant l’arrêt de la sève, soit en septembre. Un lait de chaux sur le greffon en éloignera les insectes.

Pour la greffe en couronne, il faut avoir le soin d’amincir suffisamment la base du greffon, tout en conservant un œil au dos du biseau.

Les Pruniers de Reine-Claude, de Damas, de Quetsche se multiplient par la cépée (fig. 17) et se reproduisent à peu près par le semis. Assez rustiques à la gelée d’hiver, ces types sont parfois employés comme sujets.

Dans la Meuse, les Mirabelliers de Buxières et de Ronvaux sont élevés par le bouturage, à l’automne ; cependant, ils peuvent servir de sujets porte-greffe aux autres formes de la Mirabelle.

On obtient des Pruniers haute tige par le greffage en pied ou en tête. Avec un sujet rachitique, les variétés naines, touffues comme la Petite Mirabelle, montent difficilement ; alors on emploie l’intermédiaire, comme entregreffe, d’une sorte vigoureuse : Quetsche, Reine-Claude de Bavay, Sainte-Catherine. Greffée au pied du sujet, la nouvelle venue s’élancera et recevra à son tour en haute tige, la variété délicate, au moins deux ans après. (Voir fig. 109, p. 203).

Aux environs de Paris, on possède sous le nom de Prunier « de Montlignon » une forme vigoureuse et élancée du P. de Saint-Julien élevé en cépée ; il est planté en pépinière et recepé l’année suivante. À deux ans, sa tige peut recevoir la greffe en tête du Prunier ou de l’Abricotier ; elle est antipathique au Pêcher.

Les sauvageons qui doivent monter à tige et recevoir la greffe en tête seront soumis au recepage (fig. 26) après une année de plantation.

Pruniers d’ornement. — Les Pruniers de Chine ou du Japon, P. japonica, le Prunier trilobé, P. triloba ; le Ragouminier, P. pumila ; le Prunellier, P. spinosa, à fleur double, etc., seront greffés en écusson, sinon par rameau, sur les Pruniers Myrobolan, Damas et de Saint-Julien.

Pour l’éducation en basse tige, on choisit des sujets faibles en diamètre ; l’écussonnage réussit bien sur des plants bouturés au printemps.

Les sujets de moyenne grosseur sont greffés à tige, sur le corps de l’arbre. Un gros sauvageon serait écussonné sur ses jeunes branches latérales.

Le Prunier trilobé se plaît sur le Prunier de Quetsche, par écusson. Le greffage par rameau nécessite l’abri du verre.

En pépinière, il sera facile de planter des rameaux boutures du Prunier Myrobolan, préalablement écussonnés en variétés d’utilité ou d’ornement (Voir fig. 98, le rameau écussonné).

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Ptéléa (Ptelea).

Famille des Zanthoxylées.

Sujet. — Ptélée à trois feuilles, Ptelea trifoliata (semis).

Greffage. — En demi-fente ou en incrustation (fig. 110 ou 59) ; mars-avril. — Sous verre.

Observations. — Le greffage se pratique sur de jeunes plants en arrachis. Aussitôt greffés, ils seront plantés sous châssis ; l’aération commencera avec le développement du greffon.

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Quinquina (Cinchona).

Famille des Rubiacées.

Sujet. — Quinquina commun, Cinchona officinalis (semis ; bouture).

Greffage. — Anglaise simple (fig. 80). De côté dans l’aubier (fig. 65). En placage (fig. 55). Par approche-bouture (fig. 143) ; mai, septembre.

Observations. — Dans les pays chauds où le Quinquina croît en plein air, les semis donnent des arbres plus ou moins riches en alcaloïde. Le greffage permet de propager les espèces recherchées pour leur rendement en quinine.

À Ceylan, des cultivateurs greffent en plantant le sujet d’un an, par la greffe anglaise simple, rez-terre ; d’autres repiquent le semis à l’état herbacé, et l’ombragent pour l’écussonner à œil dormant, au mois d’octobre.

Le greffage du Quinquina a pris une extension rapide dans les possessions néerlandaises de l’archipel Indien, grâce à l’initiative des frères Ottolander. L’obligeance amicale des professeurs Ed. Pynaert et Fr. Burvenich, de Gand, nous permet de vulgariser leur système de greffage.

D’abord, une serre chauffée modérément facilitera mieux la reprise de la greffe.

Le sujet est jeune, semis ou bouture, et opéré au collet. Le greffon, rameau court, conservera ses feuilles entières ou coupées à moitié ; son origine doit être connue, car il est des variétés qui rendent en argent dix fois plus que d’autres.

L’espèce qui se prête le mieux au greffage, comme sujet, est une hybride des Cinchona Ledgeriana et succirubra, recherchés eux-mêmes pour leur valeur industrielle. Le plant est élevé par bouture courte et greffé jeune.

Le greffage se pratique à fleur du sol, ce qui excitera l’affranchissement de la plante ; sons l’abri vitré, on opère quand la sève ralentit son activité, et en plein air, quand elle la reprend.

Le procédé employé tout d’abord à Java par J. W. Ottolander, et qui s’est vite popularisé, est l’anglaise simple (fig. 80 et 117).

La greffe par approche-bouture (fig. 143) a l’inconvénient d’exiger un greffon trop long.

Les agents du gouvernement hollandais recommandent, la greffe de côté dans l’aubier (fig. 65 et 66) sous double vitrage.

Les Indes anglaises ont suivi l’impulsion de Java en propageant le Quinquina par le bouturage et le greffage.

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Raphiolépis (Raphiolepis).

Famille des Pomacées.

Sujet. — Cognassier commun, Cydonia vulgaris (bouture à talon, cépée). — Aubépine blanche, Cratægus oxyacantha (semis).

Greffage. — Sous écorce, par écusson (fig. 94 et 95) ou avec rameau (fig. 48) ; été, plein air. — En placage (fig. 118) ; mars et août, à l’abri.

Observations. — Le Raphiolépis est à feuille persistante et se greffe en plein air ou sous verre.

Dans la pratique, le greffage sous cloche en serre, avec le Cognassier, est le plus employé.

[158]

Rhododendron (Rhododendron).

Famille des Éricacées.

Sujet. — Rosage ou Rhododendron pontique, Rhododendron ponticum. — Rhodododendron de Catawba, Rh. Catawbiense (semis).

Greffage. — En placage (fig. 55). De côté dans l’aubier (fig. 65). En fente (fig. 114) ; mars, août. — Anglaise à cheval (fig. 86) ; février-mars, sous verre. — En approche (fig. 37 et 42) ; en plein air, avril et août. — En pied.

Observations. — Les greffages en fente et en incrustation nécessitent l’amputation préalable du sujet ; toutefois, on corrige cet inconvénient en conservant un bourgeon feuillu au sommet du tronc, la soudure en sera mieux assurée. Ces procédés conviennent mieux à l’assemblage de gros sujets et de petits greffons.

La greffe anglaise à cheval (fig. 86) se fait à l’automne. Le bouton à fleurs étant bien formé, on prend, sur de grosses plantes, des rameaux couronnés d’un de ces boutons et on les greffe. Dès que la soudure est certaine, la plante sera enterrée dans la bâche d’une serre et y restera jusqu’à l’époque de la floraison.

La greffe en placage est la plus usitée (fig. 55) ; on opère à froid, en juillet-août. Le sujet, recepé au printemps, a donné une jeune tige propre au placage. Après son greffage, on étouffe le plant sous cloche ou sous la bâche vitrée de la serre, pendant cinq ou six semaines, jusqu’à complète agglutination ; alors on aère graduellement.

La greffe dans l’aubier (fig. 65) est pratiquée en mars ou en août, dans ces conditions.

Pour ces divers procédés, on conserve les feuilles au greffon ; cependant il est facile de réduire d’un tiers le limbe des plus longues.

La disposition radiculaire du Rhododendron permet de greffer le sujet à racines nues, sous cloche, et de le repiquer en planches sans être empoté, lorsqu’il est relevé de l’étouffée.

À Angers, on greffe le Rhododendron en placage (fig. 55), soit en septembre, soit de janvier à mars, sur bâche légèrement chauffée, ou en avril, non chauffée. La greffe anglaise simple (fig. 80) est pratiquée sur jeune sujet.

À Gand, les fleuristes empotent les sujets en octobre, pour les greffer sous verre en décembre-janvier. Le procédé en vogue est le greffage en demi-fente (fig. 114) au sommet du sujet, sur partie jeune, demi-ligneuse, avec œil d’appel.

À Versailles et aux environs de Paris, le Rh. Catawbiense, plus rustique, utilisé au rôle de sujet, produit des plantes assez robustes.

Les Rhododendrons à tige, dans les espèces moins vigoureuses, s’obtiennent avec le concours de types élancés, robustes, par exemple les Rh. album elegans, Ingrami, roseum magnum, déjà greffés rez-terre sur le Rh. pontique. Leur flèche ou leur tête branchue sera ensuite surgreffée avec la variété définitive, en placage, sous verre.

Rhododendrons himalayens. — Nous avons vu chez M. Cavron, sous le climat privilégié de Cherbourg, la culture à l’air libre des superbes Rosages du Sikkim, de l’Himalaya, du Boutan.

Le greffage est nécessaire pour hâter le « boutonnage » des plantes lentes à fleurir : les Rh. Nuttalii, Falconeri, argenteum, longifolium, lancifolium ; ces variétés, à gros bois, sont greffées à l’anglaise, sur un plant semis du Rh. lancifolium, tandis que ses congénères Rh. Gibsoni superba et Kendicki, de semis, également de premier mérite, seront les sujets pour la greffe en placage des variétés à bois fin.

Le Rh. campanulatum s’épanouit sur le Rh. Catawbiense, alors que les Rh. Dalhousiæ, Edgeworthii n’y fleurissent point.

Avec ces espèces, le sujet de Rh. ponticum produirait un bourrelet fâcheux, à l’exception, toutefois, de quelques hybrides de l’Himalaya, Rh. fragrantissima, sesterianum, etc., qui s’y adaptent mieux.

L’époque du greffage est au mois de juillet, lorsque les pousses sont demi-ligneuses.

Une feuille, tronquée à moitié, sera conservée à la pointe du greffon et une feuille entière au sommet du sujet.

Les sujets semés en pleine terre sont levés en motte, greffés aussitôt, puis placés côte à côte, dans un coffre sous châssis, bien à l’ombre. Un arrosage raffermit la terre, il sera renouvelé.

Rhododendrons javanais. — Un praticien habile, Georges Schneider, chef au « Royal exotic nursery » a trouvé le moyen de propager le groupe du Rosage de la Sonde par le greffage sur jeune bouture racinée du Rh. Princess Royal, hybride du Rh. javanicum et du Rh. jasminiflorum. Il en obtient une riche végétation et une floraison luxuriante, bien accentuée.

Les Rh. Scarlet Crawn. Lord Wolseley, Président, Maiden’s Blush promettent, aux fonctions de sujet, des résultats analogues.

[159]

Rhopala (Rhopala).

Famille des Protéacées.

Sujet. — Rhopala de Jongh, Rhopala Jonghi (bouture).

Greffage. — En placage (fig. 118). En demi-fente (fig. 114) ; févriers-mars. Sous verre.

Observations. — Le Rhopala de Corcovado, Rh. corcovadensis, reprend mal de bouture ; greffé sur le Rh. de Jongh, il pousse vigoureusement.

[160]

Robinier (Robinia).

Famille des Légumineuses, § Papilionacées.

Sujet. — Robinier commun, R. pseudo-Acacia, dit Acacia blanc (semis).

Greffage. — En fente (fig. 69) ; avril. — En couronne (fig. 52, 54). En écusson (fig. 91), à œil poussant ; mai-juin. — En pied ou sur tige.

Observations. — Greffer à la hauteur projetée du branchage les variétés à bois fin ou tourmenté, comme les R. boule, tortueux, rose, etc.

Les variétés vigoureuses, Robinier Decaisne, monophylle, pyramidal, remarquable, toujours fleuri, pourront être greffées en pied, même lorsqu’elles seront destinées à s’élever à tige.

Les Robiniers de Besson, tortueux, volubile, se font en tête, à haute tige ou en demi-tige, et en pied sur un plant déjà fort.

Le Robinier glutineux, R. viscosa, destiné à tige, pourrait être greffé en pied ou en tête.

Pour éviter la rupture d’une greffe trop chargée, le Robinier à fleur rose, R. hispida, nécessite le palissage de ses rameaux, assez cassants, et même la mutilation des feuilles du sommet, au mois d’août de la première année.

Le Robinier se prête à la déplantation et à la replantation lors du greffage par rameau.

Les rameaux greffons du Robinier sont coupés sur l’arbre étalon le jour même de leur emploi ; sinon, ils sont conservés dans du sable sec, ou dans un silo, sous terre (fig. 32, p. 58).

Le Robinier est moins docile à l’écussonnage. Dans le Midi, en Italie, en Grèce, ce procédé est employé à œil poussant ; l’étêtage du sujet commence avec la végétation du greffon. Au centre du pays vosgien, Vaudrey-Evrard écussonne, en mai-juin, des greffons du Robinier de Besson retardés à la cave.

Le Robinier Decaisne, que l’on multiplie par bouture de racine, produira de belles tiges pour le greffage en tête des variétés délicates.

[161]

Rogiera (Rogiera).

Famille des Rubiacées.

Sujet. — Rogiera à large feuille, R. latifolia (bouture).

Greffage. — En demi-fente (fig. 114). En placage (fig. 118) ; février-mars. Sous verre.

Observations. — Le Rogiera gratissima est plus vigoureux greffé que franc de pied ; il s’adapte à l’espèce dite à large feuille, R. latifolia.

[162]

Rosier (Rosa).

Famille des Rosacées.

Sujet. — Rosier Églantier, R. canina (semis ; bouture, drageon). — Rosier Manetti, R. Manetti. — Rosier multiflore, R. multiflora ou polyantha. — Rosier des Quatre-saisons, R. bifera. — Rosier de l’Inde, R. indica (bouture).

Greffage. — En écusson (fig. 91, 122, 123) ; à œil dormant, juillet-août ; à œil poussant, mai-juin. — En fente (fig. 110). En incrustation (fig. 60) ; avril. — En placage et à l’anglaise sur racine (fig. 124, 125). — En pied ou sur tige.

Greffage sur Églantier. — La principale multiplication du Rosier se fait sur Églantier. Plusieurs types de cette espèce indigène se rencontrent dans les haies et dans les bois. Il serait intéressant de découvrir et de propager une race vigoureuse, robuste au froid, peu chargée d’aiguillons, drageonnant peu, et docile au greffage du Rosier.

Le sujet est le résultat d’un semis fait en pépinière ou de l’édrageonnage des souches d’Églantier. Les semis sont plutôt employés à la propagation du Rosier en basse tige. Examinons d’abord ce qui concerne le Rosier greffé à tige.

Rosiers à tige. — Les Rosiers à tige sont greffés sur Églantier de semis ou de drageon. On plante les sauvageons à demeure, ou provisoirement en pépinière. Si l’on redoute l’effet du hâle, on emboue les tiges d’Églantier et l’on englue les plaies et les coupes lors de la plantation.

[fig122]


Fig. 122. — Écussonnage du Rosier sur rameau d’Églantier. Arcure des rameaux pour la greffe à œil poussant.

Par l’ébourgeonnement on conservera, en tête du sujet, deux ou trois rameaux vigoureux et bien placés (fig. 122). On les écussonnera la première année, dès qu’ils seront assez gros et ligneux.

Quand la sève se calme, quand la teinte verte de l’épiderme blanchit sous l’incision du greffoir, il faut se hâter, la sève passe.

En général, il convient de ne pas écimer les rameaux du sujet avant de les greffer.

Le rameau en fleur, ou ayant fleuri récemment, est arrivé à point, pour le greffage : plus tôt, il n’est pas suffisamment ligneux ; plus tard, il est durci ou ses yeux sont développés. Cette observation est plus spéciale aux Rosiers remontants, les Rosiers non remontants fournissant de bons greffons aoûtés par le pincement.

La chute des aiguillons au froissement de la main est un signe de la maturité du greffon.

Sur les variétés à grand bois, ou peu disposées à fleurir, on choisit les yeux supérieurs des rameaux terminés par une fleur. Il est à présumer que le Rosier futur héritera des qualités florifères du greffon.

Sur les variétés à bois court ou floribond, on prendra les yeux de la base et du centre du rameau ; vers le sommet, l’œil est souvent remplacé par un renflement sans gemme.

Un rameau fin, ténu, sera inoculé par le procédé sous écorce (fig. 48). L’Anglais Knight le recommandait ; Pierre Cochet, de Suines, le pratiquait vers 1815 ; un amateur d’Épinal, Lervat, les imite, greffant avec un seul bourgeon, et ménageant un œil sur le dos du biseau.

Avec le Rosier, on peut greffer les yeux qui commencent à bourgeonner, mais on aura la précaution de les doubler avec un œil latent.

En préparant le greffon, on coupe la feuille sur son pétiole et on enlève les stipules qui l’accompagnent. Les aiguillons sont coupés au ras de l’écorce ; on conserve ceux qui sont au coussinet de l’œil des Rosiers Microphylle et à bractées. Les greffons du Rosier Mousseux n’ont pas besoin d’être complètement nettoyés de leurs aiguillons et de leurs poils ; on se borne à enlever les principaux dards qui s’opposeraient au glissement de l’œil sous l’écorce du sujet.

L’écusson se place dans la gorge même du rameau de l’Églantier, vers son empâtement sur la tige. On ligature avec deux ou trois brins de laine ; plus tard, on surveillera les strangulations pour délainer s’il le faut. La spargaine (fig. 11) a l’avantage de se rompre au grossissement de la branche ; la base de la feuille de spargaine, finement divisée, est une bonne ligature du Rosier.

Nous recommandons le greffage dans la gorge ou aisselle, parce que le débutant a une tendance à s’en éloigner ; son travail est plus facile peut-être, mais il en résulterait une évolution de bourgeons sauvages qui viendraient affamer la greffe. Il faudra donc, tout en inoculant à la base, éborgner ces yeux de l’empâtement.

On reconnaît l’apprenti greffeur au nombre de rameaux qui cassent et tombent huit jours après l’opération, par suite de l’incision trop vive en tête du T. Cette rupture fait végéter la greffe aussitôt, ou bien la tue. Pour éviter la cassure, certains fleuristes anglais pratiquent l’écussonnage au moyen de l’incision longitudinale seule, avec sommet en faucille, appliquée sur le sujet, sans ouverture de cran transversal ; l’inoculation de l’œil nécessite un petit tour de main que donnera l’expérience.

[fig123]
Fig. 123. — Écussonnage
sur tige d’Églantier.
L’écussonnage du Rosier réussit encore sur la tige même du sujet (fig. 123), assez tôt en saison, et sous les rameaux de la couronne où la sève est plus active. La tige ne grossissant pas autant qu’un rameau, il faudra ligaturer fortement, soit avec du coton filé ou de la grosse laine, soit avec une bandelette de spargaine ou de raphia. Le greffage se fait : à œil dormant en juillet et en août ; à œil poussant, en mai et en juin. Il n’est cependant pas rare de rencontrer des écussons faits de bonne heure qui se développent l’année suivante, et des écussons tardifs qui végètent immédiatement.

Si l’on désire que l’écusson reste dormant, on modère la suppression des rejets qui poussent sur les racines et sur la tige ; de cette façon la sève ne concentre pas ses forces au sommet de l’arbuste, et ne fait ni bourgeonner ni étrangler la greffe. C’est une recommandation absolue du rosiériste Victor Verdier, scrupuleusement observée par ses fils Eugène et Charles.

Au cas de végétation anticipée, on ébourgeonne partout et on écime les branches du sujet comme si on l’eût préparé à œil poussant. Quand le greffage est à œil poussant, on facilite le développement de l’écusson en arquant les rameaux et en les attachant sur la tige (fig. 122) ; cette précaution préalable sera prise dans la même journée afin de conserver la sève au sujet. Dès que le greffon atteint 0m,10 à 0m,15 de pousse (e, fig. 163), on écime le rameau (B) qui le porte à 0m, 40 ou 0m,50 de la greffe. On suivra l’ébourgeonnement de la tige et, successivement, on réduira la longueur des branches ; par l’effet de cette opération, les onglets auront, à l’automne, 0m,10 environ, et la greffe sera développée.

Le greffage à œil poussant doit être pratiqué assez tôt si l’on veut que les scions de la greffe soient suffisamment aoûtés pour passer l’hiver. On le pratique également en avril-mai sur des rameaux de l’année précédente, avec des greffons conservés au nord, dans du sable (fig. 32), ou avec des rameaux de l’année, pris sur des Rosiers forcés en serre ou sous châssis.

La ligature est enlevée au mois de septembre, sauf sur les variétés gélives, pour lesquelles on attendra le printemps ; le lien doit être coupé en dessous du rameau, à l’opposé de l’écusson.

L’étêtage définitif des branches à 0m,05 ou à deux yeux au-dessus de la greffe (o, fig. 163) se fait pendant l’hiver et avant la végétation. On éborgne en même temps les yeux du sauvageon qui entourent l’œil écussonné ; ceux qui se trouvent placés au-dessus serviront d’appelle-sève.

Certains groupes : le Rosier Thé, R. indica ; le R. Moussu, R. muscosa ; le R. du Bengale, R. diversifolia ; et quelques variétés dont les tissus sont plus lents à lignifier, Souvenir de la Malmaison, tribu borbonica ; Ernestine de Barante, tribu hybrida, reprennent mieux à l’écussonnage dormant, assez tard en saison.

Le greffage par rameau sur Églantier a des chances de succès au printemps, sur des sujets à écorce plus grise que verte ; on recouvre provisoirement la greffe avec une coiffe de papier qui la préservera de l’action des hâles et des agents atmosphériques.

Les Rosiers de la tribu Portland acceptent le greffage en fente ; on opère sur la tige du sujet, c’est-à-dire en tête. On peut également les greffer sur racine, en fente (fig. 115) ou par incrustation (fig. 120), particulièrement le Rosier du Roi, de cette même tribu. L’opération se fait pendant l’hiver, en Touraine et en Anjou, mais à l’abri ; le plant greffé est mis en jauge et ensablé, pour être planté et butté au printemps.

Rosiers à basse tige. — Les Rosiers à basse tige reçoivent le même traitement que les précédents, sur tige ou sur branche, à œil dormant ou à œil poussant. Le travail de l’œil poussant est détaillé aux fig. 102 et 163.

Sur le corps de l’arbre, la sève se garde moins longtemps, ce qui devient un inconvénient pour les opérations tardives ; cependant, on y obvie dans une certaine mesure. Ainsi, dans les environs de Brie-Comte-Robert, où l’on propage le Rosier du Roi par milliers, on plante assez tard les Églantiers destinés à ce greffage, de sorte que la sève est encore active lorsque les greffons de Rosier du Roi sont bien constitués avec des yeux saillants et greffables.

Le meilleur système de greffage du Rosier basse tige en pleine terre est avec l’Églantier de semis, planté surélevé, c’est-à-dire au-dessus du niveau du sol et butté. Pour faciliter le greffage, on débute le plant et l’on y introduit l’écusson au-dessous du collet, sur le corps de la racine principale ou du pivot. On comprend, en effet, qu’un plant de semis drageonnera moins que s’il était pris sur souche.

M. Guillot fils, de Lyon, a commencé dès l’année 1850 à propager ce mode de culture.

M. Lévêque, à Ivry-Paris, multiplie des Rosiers Thé et Noisette par un greffage fait en novembre, sur semis d’Églantier mis en godet, aussitôt greffés. Le sujet est coupé ras, au collet et le rameau greffon vient le couronner par le placage en tête. La plante est aussitôt portée sur la bâche vitrée de la serre ; elle sera rempotée au printemps et livrable à l’automne suivant.

Rappelons, pour mémoire, l’écussonnage sur bouture de rameaux ou de rejets du sauvageon.

Greffage sur racine. — Le plant d’Églantier élevé par semis peut servir, en hiver, au greffage sur racine. Ainsi, le sujet (L, fig. 124) reçoit sur son tronc radiculaire (en o), au-dessous du collet (n), le placage du greffon (M), celui-ci étant ou conservé dans le sable ou cueilli sur l’étalon le jour même. S’il est encore feuillé, on coupe le pétiole à moitié de l’aile, de manière qu’il reste une ou deux folioles au greffon. Le greffage se fait du 15 octobre au 15 janvier, sous cloche, le plant est enterré dans le sable de rivière ou sur la bâche de la serre chauffée à + 10°. Aussitôt la reprise assurée, le sujet sera écimé (n) et plus tard étêté (u) ou désongletté.

Un Rosier ainsi obtenu s’affranchit vite et drageonne rarement ; ce résultat cherché est plus prompt avec la greffe pure et simple sur racine.

Le greffage sur fragment de racine essayé avant 1830 par Filliette, à Rueil, et vers 1840 par Utinet, de la Brie, prend une certaine extension en France et en Angleterre.

À Orléans, il en est fabriqué chaque année des quantités incroyables, par variétés indociles au bouturage ou autres. On utilise ainsi les racines coupées sur les jeunes semis d’Églantier, lors de l’arrachage ou de l’habillage du plant. Les greffons sont des rameaux de taille ; les uns et les autres sont conservés à froid jusqu’au moment de greffer.

[fig124][fig125]

Baltet - L'art de greffer - fig124.jpg
Fig. 124. — Greffe en placage du Rosier
sur jeune semis d’Églantier.
Fig. 125. — Greffe en placage à l’anglaise du Rosier sur racine.

Le greffage se fait en octobre ou novembre pour les variétés à rameaux délicats, d’un hivernage incertain, et en décembre ou janvier s’il s’agit de Thé à gros bois et d’autres tribus plus robustes, y compris les Provins et les Mousseux, rebelles au bouturage.

Le mode de placage à l’anglaise (fig. 56) est avantageux. Le sujet racine (A, fig. 125) reçoit (en c) le greffon (B). Une condition du succès est la présence de la tête de la racine, avec le chevelu (e) où doit apparaître un bourgeon d’appel. Plus tard, ce sommet sera coupé ras (i).

La greffe anglaise, avec ou sans cran en tête du fragment de racine, est maintenant adoptée par le rosiériste Louis Chenault et par ses confrères orléanais. Le sujet est un petit morceau de racine, long de 0m,08 à 0m, 10, et le greffon porte 2 ou 3 yeux. Ligature au raphia.

Aussitôt greffé, le plant est repiqué sous cloche, dans une terre légère ou mélangée avec du sable de la Loire, un œil hors terre.

Fin mars ou commencement d’avril, on donnera de l’air aux cloches pour les enlever huit ou dix jours après. La mise en place se fera ensuite fin avril ou commencement de mai.

Les racines peuvent encore servir de sujet à l’écussonnage poussant. On les met en terre ou en terrine, sous châssis ; vers la fin de mars ou dans les premiers jours d’avril, on les enlève du sol et on inocule sous l’écorce radicellaire les yeux pris sur des rameaux conservés. On les reporte alors sous cloche, l’œil affleurant le sol, pour en faciliter la végétation.

Greffage sur Rosier Manetti. — Le Rosier Manetti se reproduit par le bouturage de branches ou de racines. Pour basse tige, on choisit du plant d’un an et on l’écussonne au mois d’août ou de septembre qui suit sa plantation.

Le greffage est à peu de chose près celui du Rosier Églantier ; on tiendra compte de la végétation prolongée du Rosier Manetti, en écussonnant plus tôt, à œil poussant, ou plus tard, à œil dormant.

Le R. Manetti émet, au-dessous du collet, des jets envahissants. Il serait facile de les éviter en éborgnant à la base souterraine les yeux du rameau-bouture, lors de sa confection et en ébourgeonnant, lors de la plantation, les rejets à l’état rudimentaire sur le tronc des sujets racinés.

Les Rosiers de la tribu Hybride, très vigoureux ou à gros bois, se plaisent sur le R. Manetti. Les autres tribus s’y défeuillent trop tôt.

Docile à la chaleur, il convient au rôle de sujet des Rosiers en culture forcée.

Le greffage en fente réussit mal sur ce sujet ; le plant, fendu, s’ouvre totalement et se dessèche. On a recours alors au placage à l’anglaise (fig. 124) applicable au sujet-bouture.

À tige, le Rosier Manetti se tient mal ; pour y remédier, Thomas Rivers, horticulteur anglais, le greffe en pied avec une variété vigoureuse, Madame Pisarony. Celle-ci fournit une tige qui recevra le surgreffage de la variété à propager, en tête ou sur le corps de cette tige.

Greffage sur Rosier Multiflore, var. de la Grifferaie. — Ce sujet se prête mieux à l’écusson de certains Rosiers Thé, île Bourbon, et des Hybrides à bois délicat ou ayant l’écorce lisse.

Vigoureux partout, facile à travailler, écussonnable jusque fin septembre, le R. Multiflore est fort apprécié des rosiéristes Orléanais. Le drageonnage est prévenu par l’ablation des yeux souterrains, lors du bouturage.

Dans le duché de Luxembourg, la végétation prolongée du R. Multiflore le fait difficilement hiverner ; alors les rosiéristes de ce pays ont conservé le R. Manetti pour le greffage en serre, et l’Églantier, pour la greffe en pleine terre.

Chez nos voisins d’Angleterre, d’Espagne, de Portugal et dans notre région lyonnaise, on emploie le Rosier Multiflore japonais, Polyantha, pour l’écussonnage sur collet des Rosiers, et plus particulièrement des R. Thé ; ils y deviennent promptement et abondamment florifères.

Les Anglais préfèrent le sujet bouture, même de 2 ou 3 ans, au plant de semis.

Le greffage en fente, sous verre, au mois de février, sur racine de R. polyantha mesurant 0m,06 à 0m,08 de longueur et 0m,005 de diamètre au moins, est pratiqué par les rosiéristes lyonnais pour la multiplication des nouveautés.

Greffage dans le midi de la France. — De Nice à Hyères, où les roses s’épanouissent en plein hiver, on écussonne le Rosier sur R. Indica major, plant raciné de bouture, et il y acquiert une grande vigueur. Les Rosiers « à odeur de Thé », si lucratifs par la vente de leurs fleurs, sont naturellement sympathiques au sujet Indica.

Les rosiéristes de cette région élèvent l’Indica à tige et préfèrent l’Indica major plus vigoureux, implantant ses racines dans les terrains secs et conservant sa végétation en hiver. L’écussonnage se fait en mai, à œil poussant.

Disons un mot du rameau-bouture préalablement écussonné. Les souches recepées qui ont donné des jets vigoureux reçoivent, sur chacun d’eux, une série d’écussons à œil dormant, en août-septembre (fig. 98). Au mois de janvier, on fractionne ces rameaux du sauvageon, de manière que chaque fragment porte au moins un bourgeon écussonné, et on plante ces fragments en pépinière, par bouture.

Nous avons remarqué de vigoureux Rosiers Thé Maréchal Niel, greffés de cette façon sur Indica et même sur Gloire des Rosomanes.

Enfin, on plante des tiges, plant raciné ou plançon-bouture, du R. indica major, et on les greffe immédiatement en fente, pour former une tête quelques mois après.

Sous ce climat et aux Antilles, le Rosier du Bengale est un bon porte-greffe, pour basse tige ; l’écusson s’y développe promptement.

Dans l’Hérault et le Var, on place des écussons de roses remontantes sur les rameaux des R. de Banks, et Multiflore en palissage ; on obtient ainsi un tapis florifère de roses thé et d’autres variétés s’épanouissant encore en dernière saison.

Greffe forcée. — Il s’agit de la multiplication des variétés nouvelles, par un procédé tel, qu’un Rosier choisi à l’automne puisse, entre les mains d’un bon multiplicateur, produire un grand nombre de sujets au printemps suivant.

Le Rosier de Quatre-Saisons, employé à cet usage, dès 1820, par Descemet à Saint-Denis, est remplacé en ce moment par le R. Manetti, le R. Multiflore, l’Églantier.

Le sujet, mis en pot à l’automne, sera greffé sous verre, par demi-fente (fig. 114) ou en incrustation (fig. 119), vers les mois de janvier ou de février suivants. On conservera un bourgeon d’appel en tête du sujet.

Lorsque la soudure est complète, quand les yeux du greffon se renflent, on commence l’aérage successif pour arriver à transporter le Rosier sous châssis froid, c’est-à-dire en bâche froide entourée de fumier froid ; la gelée ne doit pas y pénétrer ; puis on aère graduellement jusqu’à ce que les panneaux soient enlevés, ce qui arrivera fin mars ou commencement d’avril, au plus tôt. Un mois après, le soleil aidant, les rameaux étant suffisamment durcis, les jeunes plantes seront livrées à la pleine terre.

En 1885, nous avons constaté, chez Soupert et Notting, à Luxembourg, le résultat prodigieux d’une multiplication forcée du Rosier. La graine semée en septembre a germé deux mois après ; le plant embryonnaire fut, avec une dextérité, extrême, implanté sur un sujet en godet, par un procédé que l’on pourrait qualifier de greffe en approche « capillaire ». Au mois de février, la plante fleurit, elle « promettait » ; aussitôt ses yeux furent inoculés sur autant de sujets en pots. Deux mois plus tard, chaque arbuste alimentait le greffage de sujets ayant poussé sous verre. Ces végétations rapides, de première saison, s’obtiennent plutôt avec le R. Polyantha ; et fin de saison, avec l’Églantier.

[163]

Sapin (Abies, Picea, Tsuga).

Famille des Conifères, § Abiétinées Sapinées.

Sujet. — Choisir le type de la variété à multiplier : ou Abies, ou Picea, ou Tsuga (semis).

Greffage. — En placage, en pied (fig. 113) ; février ou septembre. Sous verre. — En fente herbacée, en tête (fig. 74) ; avril-mai ou juillet-août. À l’air libre.

Observations. — La greffe à l’étouffée se fait sous cloche en plein air, ou en serre sous double vitrage ; le plant, élevé en pot, est tenu incliné ou oblique dans la bâche vitrée.

Les autres modes de greffage pratiqués à l’air libre n’empêchent pas le sujet greffé de pousser aussi droit que s’il était venu de graine,

La greffe sur bouton terminal (fig. 74) est faite en avril quand la sève se met en mouvement, ou en août avant qu’elle ne s’arrête. Le greffon est déjà ligneux et couronné par l’œil de tête.

Les Anglais emploient volontiers comme sujet le Sapin du Canada, Tsuga canadensis, élevé par semis ou par bouture.

Il est préférable de fournir un sujet type à chaque groupe des Sapinées : le Sapin pectiné, Abies pectinata, aux Abies ; l’Épicéa, Picea excelsa, et la Sapinette Picea alba, aux Picea ; le Sapin du Canada, Tsuga canadensis, aux Tsuga ; le Sapin de Douglas, Pseudo-Tsuga Douglasii, aux Pseudo-Tsuga.

Le Sapin noble, Abies nobilis, est généralement plus vigoureux, greffé sur le Sapin pectiné, Abies pectinata, que s’il était élevé par semis.

Les sous-variétés seront greffées sur leur espèce originaire.

Le Sapin Pinsapo pyramidal ne réussit que sur son type, Abies pinsapo, tandis que le Sapin de Nordmann doré adopte le Sapin pectiné pour sujet de greffage.

[164]

Saule (Salix).

Famille des Salicinées.

Sujet. — Les types de la variété à propager, particulièrement le Saule marsault, S. capræa et var. jaspidea, aglæa ; le Saule cendré, S. cinerea.

Greffage. — En fente (fig. 69). Anglaise (fig. 84) ; mars. — En écusson (fig. 94) ; août.

Observations. — La majeure partie des Saules seront greffés en tête ; mais les variétés à branches effilées pourront être écussonnées ou greffées de côté (fig. 49), soit à œil poussant, en avril, soit à œil dormant, au mois d’août.

On pourrait greffer le Saule en flûte, en couronne ou en approche, à la montée de la sève.

Les sujets vigoureux sont arrachés et greffés à l’abri, en mars, ce qui évitera le chancre des tiges, principalement avec le Saule marsault.

Le greffage du Saule, sur tige, est appliqué aux variétés à rameaux retombants des espèces qui ne pourraient s’élever à tige par bouture, comme s’élèvent de leur plein gré les Saules pleureurs de Babylone et de Salomon.

Ainsi les formes « pleureur » des S. capræa, incana, rigida, sericea, Zabeli, réussissent sur le Saule marsault ordinaire, et celles qui appartiennent aux S. americana, napoleonensis, nigra, prennent sur ses variétés Aglæa et jaspidea.

[165]

Sciadopytis (Sciadopytis).

Famille des Conifères, § Séquoiées.

Sujet. — Cunninghamia de Chine (semis).

Greffage. — En placage (fig. 113). De côté avec incision oblique (fig. 67) ; août-septembre. — En pied ; sous verre.

Observations. — Les sujets de Cunninghamia sont produits par le bouturage de branches, tandis que les greffons de Sciadopytis sont obtenus par l’écimage de la flèche de l’étalon.

Le greffage se fait à l’étouffée, à froid.

[166]

Sequoia (Sequoia).

Famille des Conifères, § Séquoiées.

Sujet. — Le type de la variété à propager, le Sequoia gigantea ou le S. sempervirens (semis ; bouture).

Greffage. — En placage (fig. 113). En fente dans l’aubier (fig. 65, 67). ; septembre, sous verre.

Observations. — Pour l’instant, il s’agit seulement des formes du Sequoia gigantesque, dit « Wellingtonia. »

Le sujet est raciné, semis ou bouture. Le greffon est une sommité forte et trapue des branches latérales de l’étalon.

Aussitôt greffés, les plants sont disposés sur une tablette froide dans la serre, sous cloche à froid. Ombrager contre les rayons solaires.

Au cas de végétation, délainer et tuteurer.

[168]

Sophora (Styphnolobium).

Famille des Légumineuses, § Papilionacées.

Sujet. — Sophora du Japon, Styphnolobium japonicum (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91 et 94) ; juillet-août. — En fente (fig. 72) ; avril. — En couronne (fig. 54). — En pied ou sur tige.

Observations. — Le Sophora végète assez tardivement pour qu’il ne soit pas nécessaire de couper à l’avance, sur l’étalon, les rameaux-greffons. Si cependant les effets de l’hiver sont à redouter, on détachera ces rameaux avant les gelées et on les hivernera dans du sable sec (fig. 32, p. 58), l’épiderme du Sophora étant assez délicat.

On opère par un beau temps, lorsque les bourgeons commencent à se gonfler.

En ce qui concerne l’écussonnage, il est à remarquer que le pétiole coiffe totalement le bourgeon-greffon à inoculer sur le sujet.

Les sujets destinés à l’écussonnage seront à tige jeune. La réussite en est tellement incertaine que dans certaines pépinières de l’Est, on écussonne les mêmes sujets à deux ou trois époques différentes, avec vingt jours d’intervalle, à partir de l’écussonnage à œil poussant.

[169]

Sorbier (Sorbus) — [56]Cormier (Cormus).

Famille des Pomacées.

Sujet. — Aubépine blanche, Cratægus oxyacantha et monogyna (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91 et 93) ; juillet, — En fente (fig. 69 et 72) ; mars. — En couronne (fig. 51 et 52) ; avril. — En pied.

Observations. — Rejeter du rameau-greffon les yeux de la base, — ils végètent mal, — et ceux du sommet, généralement moins faciles à inoculer ou trop disposés à fleurir.

Avec de gros yeux à écussonner, on pratiquera l’incision cruciale sur le sujet (fig. 93).

Le Sorbier pleureur se greffe à haute tige sur son type. Sorbier des oiseaux, S. aucuparia, en écusson, en fente ou en couronne.

Le Sorbier hybride réussit sur Cognassier, et mieux sur Aubépine, rez terre.

Éviter les étalons chancrés, surtout pour le Cormier, Cormus, Sorbier domestique. Cette espèce réussit encore sur Sorbier, franc de pied.

Ébourgeonner sévèrement l’Aubépine, lorsque la greffe se développe, et palisser aussitôt.

[170]

Spirée (Spirea) — [75]Exochorda.

Famille des Rosacées, § Spiréacées.

Sujet. — Type de la variété à propager.

Greffage. — Sur racine : en couronne (fig. 115), ou en fente de côté (fig. 120) ; en placage à l’anglaise (fig. 125), ou anglaise simple (fig. 80) ; août-septembre. — Sous verre.

Observations. — Les Spirées se propagent par semis, bouture, marcotte, division, sauf l’espèce à grande fleur, Exochorda grandiflora, qui constitue un genre spécial et se multiplie difficilement ; on a recours au greffage de ses rameaux sur ses propres racines.

M. Treyve pratique cette opération du 15 août au 15 septembre, de la façon suivante :

Après avoir arraché une touffe d’Exochorda, il coupe les racines saines par tronçons de 0m,05 à 0m,08, et les classe en trois catégories :

1° Les grosses racines sont greffées en couronne, l’écorce non fendue. En palpant le sujet-racine entre l’index et le pouce, l’écorce se sépare suffisamment pour laisser glisser le greffon ;

2° Les moyennes racines sont greffées dans l’aubier (fig. 66) ou en placage anglais (fig. 125) ;

3° Et les petites, à l’anglaise simple (fig. 80).

Les racines ainsi travaillées sont mises en godet de 0m,05 à 0m,06, avec compost de vieux terreau, terre franche et terre de bruyère, et placées sur couche jusqu’au sommet de la greffe. Une étouffée de 15 à 25 jours, sous châssis garni de mousse, suffira. À ce moment, les plantes sont faites, on les aérera graduellement.

[171]

Sureau (Sambucus).

Famille des Caprifoliacées, § Sambucinées.

Sujet. — Sureau noir, Sambucus nigra (bouture, fragment radiculaire et plançon bouture).

Greffage. — En fente sur racine (fig. 120) et sur tige ; février-mars. Sous verre.

Observations. — Le greffage en basse tige est applicable aux variétés du Sureau pubescent, S. pubens ou S. spectabilis, et particulièrement aux S. plumosa et roseiflora qui réussissent difficilement au bouturage. La greffe sur tige est applicable aux espèces à rameaux retombants ou portant un feuillage gracieux.

Le sujet du greffage en basse tige est un fragment de racine ou un plant racine étêté au-dessous du collet. Greffage en demi-fente (fig. 120), en mars, sous verre, avec des greffons conservés.

Le sujet du greffage sur tige est un plançon bouture, de 1m,50 à 2 mètres de longueur, cette simple baguette coupée à l’automne est mise en pot aussitôt ; celui-ci émoussé et ficelé est rentré à l’abri. Au mois de février, on le greffe en demi-fente, à la hauteur voulue pour le branchage. Ligaturer, engluer. Il est placé ensuite, droit ou incliné, sur la bâche de la serre à multiplication chauffée de + 15° à 18°.

Bassiner le corps du sujet deux ou trois fois par jour. Au printemps, on le met en place, à la pépinière, à mi-ombrage, avec un tuteur qui dépasse la greffe. Tel est le procédé suivi et réussi par Georges Boucher, horticulteur à Paris.

[173]

Taxodier (Taxodium) — [86]Glyptostrobus.

Famille des Conifères, § Cupressinées Taxodinées.

Sujet. — Taxodier distique, vulg. Cyprès de la Louisiane, Taxodium distichum (semis).

Greffage. — En fente (fig. 114) ; avril. — En placage (fig. 113) ; août. — Sous verre.

Observations. — La greffe en fente ordinaire, avec sujet étêté, sera mieux assurée si elle est pratiquée sous verre.

La greffe en placage permet d’opérer sur un sujet entier, avec bourgeon d’appel.

En plein air (avril), il convient d’engluer la greffe et de la préserver de l’air avec un écran.

Le Glyptostrobus se greffe sur le Taxodier, en demi-fente (fig. 114), sous abri vitré.

[174]

Thuia[175]Thuiopsis.

Famille des Conifères, § Cupressinées Thuyopsidées.

Sujet. — Thuia du Canada, T. occidentalis. — Thuia de Chine, Biota orientalis (semis).

Greffage. — En placage (fig. 113). De côté dans l’aubier (fig. 67) ; février ou septembre. Sous verre. — En fente sur bifurcation (fig. 77) ; avril-mai. — En pied ou sur tige.

Observations. — Choisir pour sujet un plant trapu, dont la racine ne soit pas fatiguée.

Au greffage des variétés à développement restreint, Th. nana, globosa, dumosa, pygmea, etc., on peut opérer sur plant à racine nue ; mais on les empotera au sortir de l’étouffée.

Le Thuia de Lobb, Thuia Lobbii, connu sous les noms de Thuia Menziesii (Carr.), de Thuia gigantea (Lavall.), réussit mieux sur le Biota de Chine.

Le Thuiopsis à feuille en doloire, Thuiopsis dolabrata, et var. læte-virens, nana, variegata, Conifères robustes de troisième grandeur, seront greffés sous verre, en placage (fig. 113), sur le Thuia du Canada ou sur le Biota de Chine.

[176]

Tilleul (Tilia).

Famille des Tiliacées.

Sujet. — Tilleul de Hollande, Tilia mollis (semis).

Greffage. — En écusson (fig. 91 et 94) ; à œil poussant, avril ; à œil dormant, août. — Sous écorce par rameau (fig. 48 et 49) ; en juillet-août. — Par approche, en tête (fig. 42) ; mai. — Placage à l’anglaise (fig. 56) ; août. — En pied ou sur tige.

Observations. — Le sujet doit être assez gros pour recevoir la greffe ; mais la reprise du bourgeon-écusson est plus certaine sur un sujet jeune ou sur une flèche des dernières années.

Quand l’écorce du sujet est trop épaisse pour l’écusson, on pratique la greffe sous écorce (fig. 48 et 49), ou le placage à l’anglaise (fig. 56).

Les variétés de Tilleul argenté et de Tilleul d’Amérique seront greffées en pied, afin d’éviter un bourrelet proéminent sur la tige.

Les non-réussites de l’écussonnage ont fait étudier des procédés plus précis de la propagation du Tilleul argenté, qui ne se reproduit pas identiquement par le semis.

M. Desfossé à Orléans et ses confrères repiquent dans le sable, sous cloche au printemps, les jeunes plants du Tilleul de Hollande ; en juillet-août, ils les greffent en demi-fente, en ménageant un œil d’appel (voir a, fig. 114).

Chez M. Croux, à Sceaux, les plants âgés de deux ans (un an de semis, un an de repiquage) sont arrachés en août, taillés court et greffés à l’anglaise ou en placage. Les sujets greffés sont ensuite enjaugés sous un châssis que l’on tient ombragé avec des paillassons, pendant une huitaine de jours. En hiver, on évitera l’excès d’humidité ; au printemps, on dépanneautera la bâche. Dix-huit mois après le greffage, les sujets repris seront plantés en pépinière.

Au Sud et à l’Ouest de la France, on réussit parfaitement le Tilleul argenté, en plein air, par l’écussonnage dormant pratiqué fin septembre, et quelquefois à œil poussant, en avril-mai.

Dans nos cultures, c’est la greffe par rameau sous écorce, simple (fig. 48) ou à l’anglaise (fig. 49), fin été, qui donne les meilleurs résultats.

Le Tilia dasistyla ou euchlora est docile à la greffe par rameau sous écorce, en août.

Pour propager les variétés à rameaux retombants, MM. Grolez, à Ronchin-Lille, greffent à haute tige, par approche en tête et à l’incrustation, des sujets du Tilleul de Hollande ; ceux-ci ont été contreplantés depuis un an, près de l’étalon, et sont étêtés au moment du greffage.

[178]

Troène (Ligustrum).

Famille des Oléacées.

Sujet. — Troène commun, Ligustrum vulgare. — Troène de Chine, L. Ibota. — Troène à feuille ovale, L. ovalifolium (semis, bouture).

Greffage. — En fente (fig. 110, 114). En placage (fig. 56, 118). En incrustation fig. 119) ; mars et août. Sous verre. — En écusson (fig. 91, 95). Par rameau sous écorce (fig. 48, 49) ; juillet. À l’air libre. — En pied ou sur tige.

Observations. — Les variétés de Troènes à feuillage persistant seront greffées en pied, et à l’étouffée, sur de jeunes plants isolés ou groupés en pot. Cette opération aura lieu dès juillet-août, quand le greffon semi-herbacé sera assez lignifié, jusqu’à la fin de l’hiver ; à cette dernière saison, moins favorable que la première, la greffe se fera toujours à l’étouffée, mais en serre, avec des greffons ligneux.

On conservera les feuilles au greffon ; le mode de greffage pourrait être la demi-fente (fig. 114) sur plant raciné, mis en pot à la dernière heure.

Les variétés à feuilles caduques réussissent sur le Troène commun par l’écussonnage (fig. 91) ou par la greffe de rameau sous écorce (fig. 48 et 49). On opère sur des plants de semis.

Où le Troène à feuille ovale ne gèle pas, on l’emploiera au titre de sujet, car il drageonne moins que le Troène ordinaire. Sur tige, on greffera en fente les variétés à bois court, le T. à feuille coriace, ou à bois grêle, le T. de Quihou, en abritant la jeune greffe avec un capuchon.

La variété Ibota du Troène de Chine, plus robuste, s’élève vite et remplit le même but.

À Toulouse, on greffe sur le Troène du Japon, L. japonicum, ses variétés ; greffe en couronne à la pousse, plantation immédiate en plen air.

[106]Le Ligustrina de l’Amour, Lig. amurense, qui semble relier les genres Lilas et Troène, dont il est peut-être un démembrement, peut également se greffer sur ce dernier sujet.

[179]

Tulipier (Liriodendron).

Famille des Magnoliacées.

Sujet. — Tulipier de Virginie, Liriodendron tulipifera (semis).

Greffage. — Par approche (fig. 42) ; mai-juin. — En fente (fig. 114). En placage (fig. 56) ; de mai en juillet. Sous verre. — En pied ou sur tige.

Observations. — Le Tulipier est un des arbres les plus difficiles à réussir au greffage.

En toute circonstance, il faut que le greffon soit couronné par l’œil terminal. Il est prudent d’embouer ou d’emmousser greffe et greffon.

Avec la greffe en placage, sous cloche, l’opération réussit, mais une partie des plants greffés fondent en hiver, surtout quand le sujet manque du bourgeon d’appel.

Si pour le greffage en approche, à l’air libre, on ne se sert pas de sujets en pot, il faut en planter de jeunes, et assez longtemps à l’avance pour qu’ils soient bien repris et vigoureux. On laissera le sujet greffé deux ans sur mère, avant sevrage, et on le déplantera au printemps, après une année de végétation libre.

M. Octave Thomas, de Metz, a vu dans le midi de la France, écussonner avec succès les quelques variétés du Tulipier ; mais lui-même a échoué sous le climat messin, plus rigoureux.

[180]

Vigne (Vitis).

Famille des Ampélidées.

La multiplication de la Vigne étant facile par le bouturage, même à un seul œil, il est rare que l’on ait recours au greffage pour propager une variété de Vigne.

Au début de l’invasion phylloxérique, le viticulteur qui voulait obtenir beaucoup de sarments des cépages américains, lents à s’enraciner, en introduisit des rameaux sur des souches françaises encore vivaces, par la greffe-provin (A, fig. 126) : insertion, à la façon de la greffe anglaise à cheval, le greffon étant couvert de terre (B) jusqu’à l’œil supérieur. Ce procédé fut déjà employé, vers 1830, par Filliette, à Rueil.

[fig126]


Fig. 126. — Greffe-provin d’un sarment bouture.

Lorsque le sujet manque du sarment porte-greffe, on greffera sur souche (fig. 127), en fente ou en incrustation ; le greffon (fig. 128,) taillé en biseau (a, p), enté et couvert de terre jusqu’à l’œil de tête, s’enracinera et produira des sarments pour la propagation de l’espèce nouvelle.

[fig127][fig128]

Baltet - L'art de greffer - fig127-128.jpg
Fig. 127. — Greffon sur tronçon
de Vigne.
Fig. 128. — Greffons
de Vigne.

Voir plus loin l’application du greffage dans la grande culture et contre les attaques du phylloxéra (p. 425 et suivantes).

[181]

Viorne (Viburnum).

Famille des Caprifoliacées, § Sambucinées.

Sujet. — Viorne mansienne, V. Lantana (semis). — Viorne obier, V. opulus (semis ; bouture).

Greffage. — En demi-fente (fig. 114). En placage (fig. 118) ; août-septembre. Sous verre.

Observations. — Choisir de jeunes plants âgés d’un an, mis en pot, et d’un genre correspondant avec le genre on l’espèce à greffer.

Greffer à fleur de terre, plutôt au-dessous qu’au-dessus du collet des racines (fig. 110, 124).

Les Viornes reprennent de bouture, sauf la variété à grosse tête, V. macrocephalum ; alors on la greffera sur la Mansienne, quelquefois sur la Viorne obier. La Viorne plissée, V. plicatum, est dans le même cas. — Détruire les rejets.

Le Laurier-tin, Viburnum tinus, réussit sur tige de Viorne mansienne, en placage, sous verre. Ses variétés sont greffées ainsi ou sur tige de Laurier-tin, plant vigoureux, bien choisi.

[182]

Widdringtonia (Widdringtonia).

Famille des Conifères, § Cupressinées.

Sujet. — Genévrier de Virginie, Juniperus virginiana (semis).

Greffage. — En placage (fig. 113) ; septembre, Sous verre.

Observations. — Ce genre de Conifères, assez sensible au froid, réussit mal de bouture et vit en serre froide, sous le climat de Paris. Il sera élevé par semis ou greffé sur le Genévrier de Virginie, quelquefois sur le Cyprès pyramidal.