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Gilles de Rais dit Barbe-Bleue/2

< Gilles de Rais dit Barbe-Bleue

H. Champion, libraire-éditeur. (p. 24-55).

II


GUERRE DE CENT ANS. — RAPPORTS DE GILLES AVEC JEANNE D’ARC ; AVEC GEORGES DE LA TRÉMOILLE. — SA RETRAITE PRÉMATURÉE ; CAUSES DE CETTE RETRAITE.

Après la chute de la maison rivale de la sienne, il semble que Montfort ait éprouvé le besoin de se reposer ; mais le grand danger que courait la France, ne lui permettait pas d’assister, spectateur tranquille et désintéressé, au dénouement du drame qui se jouait sous ses yeux. Depuis plus de quatre-vingts ans, la France était en lutte contre l’Angleterre, non pas seulement pour la possession d’une province isolée, ou pour la querelle particulière de deux princes ennemis l’un de l’autre, mais pour le salut de sa dynastie elle-même et de l’intégrité de son territoire tout entier. Après mille péripéties diverses, la fortune avait souri à l’étranger victorieux, et le trône, avec la patrie vaincue et humiliée, allait passer, par le traité de Troyes (1420), au pouvoir de nos vieux ennemis. Le 21 octobre 1422, aux funérailles du pauvre roi de France, à Saint-Denis, ils disaient tous, et les lâches et les ennemis, que c’étaient les funérailles de la monarchie nationale ; et on pouvait le croire, à considérer l’abandon où demeurait le dauphin, salué roi par quelques fidèles à Mehun-sur-Yèvre. La Bourgogne était aux bras des Anglais ; et la Bretagne elle-même se rapprochait d’eux par le traité d’Amiens ; deux grands mariages enfin, celui du duc de Bedfort, et celui du comte de Richemont, avec les deux sœurs, filles du duc de Bourgogne, resserraient par les liens du sang, d’une manière plus étroite encore que par la haine ou l’ambition, l’union funeste des trois puissances.

Heureusement que les fautes de l’orgueilleux duc de Bedfort, habilement exploitées par la politique, servirent plus utilement la France que le dévouement malheureux de ses fils, jusqu’au jour où lui fut envoyée sa libératrice. Richemont se brouilla bientôt avec son beau-frère (mars 1424), et le duc de Bourgogne lui-même, mécontent de son gendre le duc de Bedfort, n’attendait que le moment favorable pour retourner au dauphin. Une femme d’un grand esprit, d’un cœur élevé, d’un admirable dévouement à la patrie, Yolande d’Aragon, veuve de Louis II d’Anjou et mère de la jeune femme de Charles VII, travailla à les rattacher l’un et l’autre au parti national et eut le bonheur d’y réussir. Richemont, flatté par Charles VII, se vit offrir l’épée de connétable ; son frère, le duc de Bretagne, et son beau-père, le duc de Bourgogne, consentirent à ce qu’il l’acceptât (6 mars 1425) ; la France venait de gagner à sa cause un grand guerrier : c’était l’aube de la délivrance qui se levait. Gilles de Rais avait-il accompagné, dès lors, le comte de Richemont à la cour de France ? Quelques-uns l’ont affirmé ; mais, de cette assertion, il n’existe aucune preuve authentique et péremptoire. La première apparition certaine, qu’il fit à la cour, date du 8 septembre 1425.

Pour réussir à entraîner le duc de Bretagne sur les traces de son frère, Yolande d’Aragon employa sagement les hommes les plus propres à forcer les hésitations de Jean V. Jean de Craon, le vieux seigneur de Champtocé, était désigné tout naturellement pour conduire à bien ces délicates négociations. Vassal puissant des ducs d’Anjou et de Bretagne, le sire de Champtocé et de La Suze jouissait de la double faveur des deux cours voisines, qui avaient intérêt à le ménager ; de plus, les grands services qu’il avait rendus à Jean V, quatre ans auparavant, bien que celui-ci les eût généreusement récompensés, lui donnaient toujours le droit de se faire écouter à la cour de Bretagne ; son grand âge et son patriotisme enfin lui assuraient, plus qu’à tout autre, celui de parler au nom de la raison et de la patrie. Le 23 mars 1425, accompagné du sire de Trêves [1] et de plusieurs autres seigneurs, il partit pour la Bretagne, chargé par le roi de représenter au duc « qu’il avait mis hors ceux dont il avait fait mention, et qu’ils s’en étaient partis et allez, en luy requerrant qu’il luy voulust ayder [2]. » Les conditions de Jean V, pour faire la paix, n’étaient autres que celles du duc de Bourgogne : il avait demandé l’expulsion de ses ennemis hors la cour de Charles VII. Le roi y consentait ; il répudiait, d’ailleurs, toute complicité dans la révolte des Penthièvres ; car il faisait savoir au duc, en même temps, « qu’il avait mis et fait mettre hors de sa maison ceux qui avaient cause de sa prise [3]. » Richemont, enfin, était en faveur, et l’épée de connétable, qu’il portait dans ses mains, paraissait devoir défendre le duc contre tous les envieux : le roi de France ne pouvait montrer plus d’esprit de conciliation. Un grand conseil fut assemblé dans la ville de Nantes, et Gilles de Rais y vint, avec une foule d’autres seigneurs, apporter à son aïeul l’appui de son courage, de ses services et de sa parole. Toute l’assemblée se prononça pour l’alliance française, et une entrevue de Charles VII et du duc de Bretagne fut fixée à Saumur pour le commencement de septembre  [4]. Elle eut lieu, en effet, le 8 de ce mois ; la paix fut signée à la grande joie de tous les vrais Français.

Le jeune baron de Rais avait accompagné à Saumur le duc de Bretagne. Quel que soit le motif qui ait inspiré dans ces circonstances Jean de Craon et son petit-fils, patriotisme ou ambition, ou ambition et patriotisme à la fois, il est certain qu’ils embrassèrent le parti du roi avec ardeur. Le jeune baron de Rais apportait toute la fougue de ses vingt ans, de son tempérament et de ses espérances ; le vieux seigneur de Champtocé comptait sur la victoire et sur les faveurs qu’elle donne à ceux qu’elle favorise ; ni l’un ni l’autre ne furent déçus, et le cœur de l’aïeul battra bientôt de fierté, en voyant Gilles, son plus cher espoir, marcher dans la guerre sur les traces de ses pères, et gagner, bien jeune encore, le bâton de maréchal de France dans la plus étonnante campagne de notre histoire. Il n’y a point de doute, d’ailleurs, que le jeune baron de Rais n’ait été, dès le commencement, bien accueilli du roi et des courtisans. La cour alors portait joyeusement le deuil de la patrie, et des maux qui pesaient sur la France, elle soutenait, sans trop de fatigues, la part la plus légère de toutes ; la vie facile qu’on menait à Chinon ou ailleurs, convenait aux goûts de Gilles. Il fut remarqué, recherché, choyé de tous, grâce à son nom, à sa bonne grâce, à son courage : « c’était un beau jeune homme, gracieux, pétulant, d’un esprit vif et enjoué, mais faible et frivole [5] ». Il fut surtout accepté, bien vu dans cette cour éprise d’aventures amoureuses, à cause de son luxe et de son immense fortune. Pour ses plaisirs non moins que pour la guerre, en effet, il fallait à Charles VII beaucoup d’argent, et Charles VII était pauvre ; Gilles pouvait lui en donner, car il était fort riche. Les favoris donc ne lui ménagèrent pas les caresses, et l’attachèrent si bien à la fortune du roi que, même après la disgrâce de Richemont, son protecteur et son général, même après la nouvelle défection du duc de Bretagne, il resta indissolublement lié à Charles VII et à la France.

Mais, à ce moment encore, ni le duc de Bretagne ne songeait à briser une alliance si récente, ni le connétable de Richemont ne pensait que son pouvoir fût si près d’être ruiné. Sous l’impulsion du duc et du connétable, secondés par les grands seigneurs bretons, par Gilles de Rais, en particulier, une nouvelle activité se manifesta dans la guerre. Richemont, ayant reçu de son frère le commandement des troupes bretonnes, vint mettre le siège devant Saint-Jean-de-Beuvron ; ce fut sous les murs de cette place que Gilles combattit pour la première fois pour la France.

Mais le connétable, mal servi ou par la fortune ou par la malveillance de ses ennemis privés, échoua le 6 mars 1426. Dès lors, tout l’effort de la lutte se porta sur la ligne qui s’étend d’Orléans au Mans, et du Mans à Saint-Malo, et pendant deux ans, c’est-à-dire jusqu’à l’apparition de Jeanne d’Arc, avec des alternatives fréquentes de défaites et de victoires. Durant cette longue guerre, où l’ennemi emportait chaque jour quelque nouveau lambeau de la patrie, il y eut cependant de beaux faits d’armes à l’honneur de ses défenseurs ; Gilles de Rais, en ce qui le touche, eut sa grande part de périls et de gloire. Car il faut reconnaître qu’il ne fut pas de ceux qui ne songeaient qu’à s’amuser, et qu’à cette époque il préféra le jeu des armes au jeu du plaisir. Dans la résistance, il paraît avoir été spécialement préposé à la garde du Maine et de l’Anjou ; ce fut sur leurs frontières, en effet, que pendant deux ans, il combattit chaque jour, d’abord de concert avec Richemont, puis, après la disgrâce de ce grand homme, en 1427, avec Ambroise de Loré, l’un des héros de cet âge, et de Beaumanoir, l’un des descendants du glorieux breton qui combattit à My-Voie.

Après l’échec de Saint-Jean-de-Beuvron, le connétable porta ses troupes sur La Flèche. La Hire combattait autour de Montargis, les maréchaux de Boussac et de la Fayette, sur divers points du pays d’alentour ; enfin entre La Flèche, le Mans, Sablé et Angers, Gilles de Rais, Ambroise de Loré et Beaumanoir, tantôt réunis, tantôt séparés, étaient devenus la terreur des ennemis, et surtout des « mauvais Français », que sans autre forme de justice ils envoyaient au bout d’une potence. Gilles, avec un corps de troupes levées et entretenues de ses deniers, s’était joint au sire de Beaumanoir. Dans le même temps que Richemont prenait la place de Galerande, les Anglais s’emparaient de la forteresse de Rainefort, en Anjou. Rais et Beaumanoir en sont aussitôt avertis ; sans tarder ils rassemblent leurs forces et viennent camper à Saint-Jean-de-Mortier [6], à deux lieues de Rainefort [7]. Ambroise de Loré, de son côté, arrive par un autre chemin et s’avance jusque sous les murs de la forteresse. Le combat s’engage, vif de part et d’autre ; les morts et les blessés sont nombreux ; mais le boulevard du château est emporté de force, et comme la nuit apporte une trêve à la lutte, Ambroise de Loré demeure sur ce boulevard jusqu’au lendemain vers dix heures. À ce moment, les Anglais demandent à se rendre par composition ; ils offrent de livrer la place au vainqueur dès le lendemain, s’il ne leur arrive aucun secours, et donnent des otages pour garants de leur foi. Dans la journée, apparurent les capitaines de Rais et de Beaumanoir, dont la présence jeta les assiégés dans le découragement ; les clefs de la forteresse furent remises entre leurs mains. Tous les Anglais furent épargnés ; mais il se trouvait parmi eux quelques Français qui, en embrassant le parti de l’étranger, avaient trahi la patrie : quelque effort que fit Ambroise de Loré pour sauver leurs jours, comme ils n’avaient pas été compris dans la composition, Gilles de Rais ordonna de les pendre ; c’était, à ses yeux, une leçon nécessaire aux traîtres.

Ce succès encourageait les jeunes capitaines à de nouveaux combats. Le château de Malicorne était tombé aux mains des Anglais, qui avaient établi dans ses murs une nombreuse et « vaillante » garnison ; Gilles de Rais et Beaumanoir vinrent l’assiéger. À leurs troupes s’étaient réunies celles d’Ambroise de Loré, des sires de Chartres et de la Buronnière ; ils avaient, en outre, une nombreuse et forte artillerie. La place fut d’abord battue avec une violence extrême, puis l’assaut donné de toutes parts. Tous les défenseurs, à un petit nombre près, avaient été atteints par les projectiles ; la résistance fut cependant opiniâtre. Lorsque enfin, le capitaine, à bout de forces, vit qu’il ne pouvait plus tenir contre la fureur des assiégeants, il entra en pourparlers avec eux et se rendit prisonnier avec toute la garnison. Les Anglais furent tous mis « à finance » ; c’était, en ces temps-là, un moyen commode et avantageux de battre monnaie ; « mais ceux de la langue de France, qui s’étaient rendus à la volonté desdits seigneurs de Rays et de Beaumanoir, furent tous pendus. » On voit que leur résolution était arrêtée ; ni l’un ni l’autre n’aimaient les traîtres. Ils accordaient avec raison que l’on pouvait mourir pour la France, mais non pas l’abandonner [8].

Dès lors, Beaumanoir et de Rais ne se quittèrent plus. Unis par l’âge, les souvenirs, la nation, les travaux et la gloire, il semble qu’il y ait eu entre eux l’une de ces fraternités d’armes, si fréquentes en ce temps-là, et que Du Guesclin et Olivier de Clisson avaient rendues célèbres. On retrouve partout les deux jeunes capitaines l’un à côté de l’autre ; au siège de Montargis, auprès du connétable de Richemont et de la Hire ; de la Hire qui, pressé de monter à l’assaut, disait un jour à Dieu, les mains jointes : « Dieu, je te prie que tu fasses aujourd’hui, pour la Hire, ce que tu voudrais que la Hire fit pour toi, s’il était Dieu et que tu fusses la Hire ; » « et, dit le chroniqueur, il cuidait très bien prier et dire ; » à Ambrières [9], où les Anglais furent battus par Ambroise de Loré ; et bientôt après sous les murs du château du Lude, au bords du Loir [10]. Rude fut le siège : la garnison était nombreuse, les tours solides, les remparts presque inabordables, les Anglais munis de tous les moyens de défense, et leur capitaine, Blackburne, résolu à résister jusqu’à la mort. Mais les assaillants étaient jeunes, pleins d’ardeur, ne tenant compte des obstacles que pour les surmonter, et par les périls mêmes excités à les mépriser. Ils firent établir des canons sur les hauteurs voisines et battre la place sans relâche ; puis ils donnèrent le signal de l’assaut. Leur exemple excitait les soldats : à leur tête, ils escaladèrent les remparts ; Gilles de Rais arriva avant tous les autres au sommet, où le premier ennemi qu’il rencontra fut le capitaine Blackburne, qu’il tua de sa propre main. En voyant leur chef tomber, les soldats anglais déposèrent les armes, et la place fut prise.

Cet exploit couvrait de gloire les jeunes vainqueurs, et, conséquence d’un succès plus avantageuse encore que le succès lui-même, ouvrait la route du Mans. Une attaque fut décidée contre cette place importante. La Hire et plusieurs autres capitaines vinrent se joindre à Rais et à Beaumanoir ; les habitants étaient pour eux ; ils entrèrent par leur connivence dans la ville. Mais ils la perdirent presque aussitôt par leurs fautes ; ils furent repoussés par Talbot et rejetés sur le Lude. Ces combats et ces succès avaient prolongé la lutte jusqu’en 1428. Mais, malgré ces brillants efforts, les Anglais, qui avaient pour eux presque toutes les ressources de la France et toutes celles de l’Angleterre, avançaient toujours dans leurs conquêtes ; la digue qu’on opposait à leurs flots était trop faible pour résister bien longtemps. Pontorson et Laval étaient tombés aux mains des ennemis ; Mehun-sur-Loire s’était rendu quelques jours après ; Beaugency, effrayé, avait ouvert ses portes ; Jargeau avait suivi de quelques jours ; Orléans, enfin, était assiégée depuis plusieurs mois. Serrés de près, ses défenseurs voyaient venir le moment où ils ne pourraient plus tenir tête à l’ennemi ; sur toute la ligne de défense, en un mot, les Français ressemblaient à ces populations effrayées, qui, dans le débordement d’un grand fleuve, courent et s’agitent en vain devant le flot qui les chasse, engloutissant peu à peu sous ses eaux et champs fertiles et demeures délaissées. Charles VII ; découragé, songeait à se replier sur le Midi : c’en était fait de la France, lorsque Jeanne d’Arc parut.

La mission et l’œuvre de Jeanne d’Arc ne sont plus à raconter ; il faudrait reprendre le récit de M. Vallet de Viriville et de M. Wallon, si exacts dans leurs recherches, si intéressants dans la narration des faits. Il serait trop long même, pour les limites où nous avons renfermé cet ouvrage, de suivre pas à pas Gilles de Rais dans cette mémorable campagne, où il joua un si beau rôle à côté de la jeune guerrière. C’est, à la vérité, la partie la plus belle de la vie du maréchal, où se rencontrent ensuite tant et de si grands crimes ; mais ce sera la faire connaître assez en disant qu’il fut l’un des plus dévoués admirateurs de Jeanne d’Arc. Il avait reçu du roi la mission de la conduire et de veiller sur elle sur les champs de bataille : à Chinon, à Poitiers, à Blois, à Orléans, à Jargeau, à Meung, à Beaugency, à Patay, à Reims, où il reçut le bâton de maréchal de France [11], dans la campagne de Paris, sous les murs mêmes de cette capitale, il ne l’abandonna jamais ; bien plus, il a paru lui avoir été fidèle jusqu’aux environs des murs de Rouen, où Jeanne avait été renfermée prisonnière. En exposant ici les raisons qui nous le font croire, nous aurons l’occasion de laver la mémoire de Gilles du grave reproche dont l’a souillée Vallet de Viriville, et de retracer rapidement le tableau des belles actions du maréchal de Rais.

Il a été impossible de découvrir ce qu’était devenu Gilles après la retraite de Paris ; tout document fait défaut et vraisemblablement manquera toujours sur ce point. Demeura-t-il à la cour de France ; ou, comme le duc d’Alençon, mécontent de la trêve qu’on venait de signer, vint-il dans ses terres se reposer de ses fatigues ? Comme plusieurs autres capitaines, fut-il établi gouverneur de quelque place importante ? ou bien demeura-t-il au milieu de l’armée rendue au repos, comme l’exigeaient la nature et l’importance de son grade militaire ? Pendant le temps qui s’écoula entre la retraite de Paris et la mort de Jeanne d’Arc, Gilles de Rais ne se montre qu’une seule fois, et c’est aux environs de Rouen où Jeanne était prisonnière. Elle l’était, depuis le 24 mai 1430 qu’elle était tombée aux mains des Bourguignons, sous les murs de Compiègne ; trahie, selon toute apparence, ou du moins lâchement abandonnée par un parti auquel on a voulu, mais à tort, nous le prouverons tout à l’heure, mêler le maréchal de Rais. Vendue au roi d’Angleterre, de prison en prison elle était arrivée, vers la fin de décembre, jusqu’à Rouen, où les Anglais, peu satisfaits de la faire mourir, voulant surtout la déshonorer, lui faisaient son inique procès [12].

Pendant que la libératrice de la France était prisonnière, la Trémoille et Regnault de Chartres négociaient ; le roi l’avait oubliée. Le parti jaloux de Jeanne avait perdu de vue cette campagne de Normandie qu’il avait si fortement conseillée lorsque la Pucelle voulait lancer le roi sur la route de Reims. Dans la Normandie, cependant, la guerre s’était rallumée. Richemont, l’ennemi de la Trémoille, combattit tout l’hiver sur les frontières ; La Hire, qui s’était emparé de Louviers, située à quelques lieues de la ville de Rouen, en sortait à tout moment pour ravager la campagne ; et, dans Rouen même, plus d’un Anglais craignait qu’il ne se jetât sur cette ville pour délivrer la Pucelle. Les Anglais, qui avaient assiégé Louviers, s’en étaient emparé le 25 octobre, puis l’avaient rasée et abandonnée. Les Français s’y étaient cependant établis de nouveau, peut-être dans le dessein de tenter un coup de main sur la ville de Rouen. En effet, Gilles de Rais s’y trouva le 26 décembre 1430. Selon toutes les vraisemblances, il y était venu rejoindre La Hire, furieux d’avoir perdu une place importante qui était sa conquête.

M. Paul Marchegay, à qui l’on doit la publication du document qui nous guide ici, pense que Gilles de Rais était à Louviers en 1430, comme faisant partie de l’expédition de Normandie ; « peut-être, ajoute-t-il, pour tenter de délivrer Jeanne d’Arc, dont le procès avait cours à Rouen. » Opinion qui n’est pas dépourvue de vraisemblance, quand on se rappelle qu’à Rouen même, plusieurs Anglais, vers la même époque, craignant que Jeanne ne fût délivrée par les Français, l’auraient volontiers jetée à la Seine. Il y avait, en effet, à Louviers, une véritable armée dont l’un des corps avait été équipé, comme pour l’attaque de Jargeau et la campagne de la Loire, par les soins et aux frais du maréchal de Rais. Lui-même nous l’apprend par un acte authentique, signé de sa main, et jusqu’ici inconnu, dans lequel il dit et reconnaît « qu’il doit à Rolland Mauvoisin, son écuyer, capitaine du Prinçay, la somme de huit vingts écus d’or pour achat d’un cheval moreau, sellé et bridé, qu’il a promis à son très cher et bien aimé écuyer Michel Machefer, capitaine de gens d’armes et de traies de sa compagnie, pour l’engager à venir avec lui en ce voyage, aussitôt leur arrivée à Louviers. » Ce document est du 26 décembre 1431, et signé « Gilles ». Avec La Hire, Richemont, et plusieurs autres capitaines, il est donc autour de Rouen, combattant pour le roi, et peut-être pour la Pucelle, tandis que le roi et la Trémoille jouissent sans trouble du repos aux bords de la Loire ; il est donc du parti de la guerre contre le parti de la paix, avec Jeanne d’Arc contre la Trémoille et Regnault de Chartres [13]. Quelques jours encore, et les courageux chevaliers surprendront, mais hélas ! trop tard, la ville de Rouen ; en mars 1432, ils prendront Beauvais ; au mois d’août suivant, Gilles de Rais fera lever le siège de Lagny. On ne peut donc en douter : il était de ceux qui voulaient la guerre ; il avait honte du repos ; il n’était pas avec la Trémoille. Mais, si ses compagnons et lui eurent le courage de tenter la délivrance de la Pucelle, ils eurent la douleur d’échouer dans leur entreprise. Au commencement de juin, la nouvelle leur arriva que Jeanne était morte sur le bûcher le 30 mai 1431. Que la rédemption de la France avait coûté cher à la jeune fille ! Devenue guerrière à la voix de Dieu, elle venait d’ajouter aux gloires viriles des armes la couronne du martyre, et la rançon du peuple français était payée par le sang de sa libératrice. Ainsi s’était, ce semble, accomplie la rédemption de la France, comme toutes les grandes rédemptions, par un sacrifice sanglant.

Ce serait se flatter d’un vain espoir que d’essayer de retrouver aujourd’hui la trace des sentiments, que cette mort éveilla dans le cœur de son « fidèle et valeureux » compagnon, Gilles de Rais. Valeureux et fidèle, nous le disons à dessein, suivant l’expression d’un homme à qui rien n’est étranger de tout ce qui regarde Gilles de Rais. C’est ici qu’il convient de répondre, ainsi que nous l’avons promis, aux paroles de l’historien de Charles VII. « Le principal emploi de Gilles de Rais, dit Vallet de Viriville, fut d’être auprès de la Pucelle l’homme de la Trémoille. Il accompagna l’héroïne jusqu’au 18 septembre 1429. Docile aux ordres supérieurs, il l’abandonna lors de l’échec devant Paris et de la retraite du roi vers la Loire. » Ainsi donc, au sein de la cour, un complot secret fut formé pour perdre la Pucelle, et Gilles de Rais, dans les camps, fut l’un des exécuteurs de ce noir dessein. Voilà l’accusation dressée ; quels en sont les appuis ? Car des paroles aussi graves ont besoin de preuves solides ; or, c’est en vain que nous avons cherché les fondements de cette accusation. C’est déjà beaucoup pour la mémoire de Gilles de Rais ; c’en est assez pour donner raison à ces paroles d’un érudit bien versé dans tout ce qui a trait à la Trémoille et au maréchal de Rais : « En faisant du maréchal une créature du ministre favori contre le connétable de Richemont et la Pucelle, M. Vallet de Viriville est tombé complètement dans l’erreur. L’auteur s’est laissé entraîner par son animosité contre Georges de la Trémoille. Sans doute le favori a pu, a dû même faire servir le jeune baron de Rais à ses projets ; mais si Gilles était puissant, il était indépendant ; s’il était valeureux, il était inconsidéré ; s’il était plein d’ambition, il était accessible à l’enthousiasme, que donne le merveilleux, surtout le merveilleux qui se manifeste par le succès ; c’était plus qu’il n’en fallait au favori défiant pour ne pas se confier, en des choses aussi graves, au jeune baron de Rais [14]. » Et s’appuyant sur ces raisons, le savant archiviste appelle Gilles quelque part dans ses œuvres « le valeureux et fidèle compagnon de Jeanne d’Arc. » Il y a d’autres raisons encore qu’il n’a pas étudiées peut-être avec autant de soin que nous, qui avons cherché à pénétrer toutes les parties obscures de cette histoire. Il serait trop long de les mettre au détail devant les yeux du lecteur ; mais il faut les réunir toutes dans un même faisceau : la clarté qui s’échappera de cet ensemble est formé de la clarté de chacune, et placée sous ses rayons, la figure de Gilles en deviendra plus lumineuse : cette figure n’est pas une figure de traître.

Que Jeanne d’Arc ait été en butte aux tracasseries et aux sourdes menées de Regnault de Chartres et de Georges de la Trémoille, rien n’est plus manifeste [15] ; qu’elle ait été livrée, sous les murs de Compiègne, par Guillaume de Flavy, leur âme damnée, le fait est plausible ; à tout le moins Flavy ne se montra pas assez soucieux de la personne de Jeanne et de sa liberté [16] ; mais que Gilles de Rais ait été auprès de la Pucelle l’homme du duc de la Trémoille, malgré le peu de sympathie que nous inspire le triste héros de ce récit, et des crimes inouïs qui l’auraient rendu digne de jouer un rôle cent fois plus infâme encore, au nom de l’histoire, sur laquelle on prétend s’appuyer, il faut le nier. Pour être chargée de crimes, la mémoire d’un tel homme ne donne pas à l’historien le droit de l’accabler outre mesure : or, la part de Gilles aux haines de la Trémoille contre Jeanne d’Arc est une bassesse dont la honte doit lui être épargnée. À l’égard de la Pucelle, Gilles de Rais non seulement ne fut pas un ennemi, mais il fut, on ose dire, l’un de ses plus sincères et de ses plus « fidèles » compagnons. En voici les preuves.

Quand Charles VII se décide à tenter l’expédition d’Orléans, il confie la conduite de la Pucelle et de l’armée à Gilles de Rais, sur la demande de Jeanne elle-même, si l’on en croit un chroniqueur [17]. À quoi ne pousse pas les capitaines cette jeune fille inspirée ? À sa parole, ils se confessent ; ils chassent de leur armée les femmes de mauvaise vie [18] ; ils prient et s’en vont en campagne en forme de procession, à la suite de la bannière de Jeanne, derrière un chœur de prêtres, et au chant du Veni Creator et des psaumes, au risque de paraître, en cas d’insuccès, ridicules aux yeux du monde entier, en se faisant les exécuteurs des ordres d’une pauvre bergère de seize ans, qui ne sait ni « a ni b », comme elle le déclare elle-même. Comment concilier avec cette haine secrète, dont ils auraient été l’instrument caché, de pareils actes de soumission et de dévouement ? Lorsque le bâtard d’Orléans, sous les murs de cette ville, désespérant de vaincre la résistance de la Pucelle, qui voulait retourner à Blois avec son armée, est à bout d’expédients et de prières, c’est à Gilles de Rais et à Ambroise de Loré qu’il s’adresse comme aux seuls capables de la faire revenir sur une décision qu’il juge funeste ; preuve manifeste de la confiance qu’on croyait qu’elle avait en eux [19]. Les deux capitaines lui promettent de revenir de Blois, sans tarder, avec un nouveau convoi de vivres ; et la Pucelle, confiante dans leur parole, consent à pénétrer dans la ville avec Dunois. Elle sait désormais que ses gens sont placés sous bonne conduite, et les soucis qu’elle conçoit pour leur persévérance se calment et se dissipent [20] . À Blois, dans le conseil, on discute sur le retour de l’armée à Orléans ; là, règne l’homme vraiment vendu de la Trémoille, le chancelier de France, Regnault de Chartres : qui donc plus vivement que les deux capitaines, qui avaient promis à Jeanne de retourner vers elle, s’opposa aux perfides desseins du chancelier ? En les quittant, elle leur avait ordonné de revenir à Orléans par la Beauce ; Gilles, au premier voyage, par un reste de prudence humaine bien compréhensible, avait conseillé de prendre le chemin par la Sologne ; mais il avait été témoin des merveilles qui avaient marqué l’arrivée du convoi et l’entrée de Jeanne dans Orléans, et il n’hésite plus à traverser par la Beauce les lignes ennemies ; il n’a plus rien de ses défiances [21]. Dans Orléans, lors de l’attaque du fort des Augustins, quand tout le monde, saisi de panique, abandonne la Pucelle, et qu’elle revient toute seule contre la bastille, Gilles de Rais, incontinent, la rejoint sur le bord du boulevard où elle a planté son étendard de sa propre main [22].

Orléans délivré, il conseille avec Dunois de chasser les Anglais des rives de la Loire, avant de se porter sur Reims [23] ; et dans un temps, où n’ayant plus rien à espérer des faveurs d’une cour sans ressources, le dévouement n’est plus égoïste, il s’impose les plus grands sacrifices pour la prise de Jargeau et la campagne de la Loire, si fort blâmée par la Trémoille et par son parti [24]. Mais l’enthousiasme est général ; les capitaines sont dans l’admiration de l’héroïne, de son adresse et de sa science militaires ; les grands prennent son panonceau ; le duc de Bretagne lui envoie des compliments et dans quelques jours lui adressera une bague et des chevaux de grand prix ; les sires de Laval, cousins de Gilles, écrivant à leur aïeule et à leur mère, protestent qu’ils la suivront : « Abandonné celui qui demeurerait ! », s’écrient-ils [25] ; le peuple la regarde et la traite comme une sainte ; pour la chanter, Christine de Pisan va ranimer son génie poétique presque éteint ; le merveilleux environne son berceau et son enfance ; les prodiges célestes accompagnent ses pas ; c’est une admiration générale que les lettres du roi, des particuliers, et les récits populaires vont semer par toute la France [26]. Gilles de Rais, par ses actes, montre qu’il a subi, comme ses cousins, la puissance de la séduction. Pour la campagne nouvelle, il lève à ses frais un corps de troupes considérable [27] ; ses cousins engagent leurs meilleures terres ; il n’y a point, ce semble, de famille plus dévouée à la Pucelle que la sienne, et pour qui Jeanne, par un juste retour, montre plus d’estime et d’affection. Il est du nombre de ces capitaines qui, par lettres scellées de leurs sceaux, se portent garants de la fidélité de Richemont [28] à la veille de cette immortelle journée de Patay, à laquelle Gilles prit tant de part, et dont le nom, doublement cher à tous les cœurs français, restera « perdurablement », selon l’expression de Monstrelet [29]. Il est encore avec eux et la Pucelle qui manifestent leur mécontentement pour la dureté avec laquelle le roi, ou plutôt Georges de la Trémoille dans le roi, en qui le favori a passé avec ses rancunes, repousse les services du connétable.

Au jour du sacre, où il représenta l’un des pairs de France, il reçut ce glorieux titre de maréchal [30], qui l’élevait aux premiers rangs de l’armée : or, après comme avant, l’on ne voit pas qu’il ait usé de son pouvoir contre la Pucelle, selon le dessein de Georges de la Trémoille : loin de là, au contraire. Lorsque les courtisans échouent à Braysur-Seine dans leur dessein de regagner la Loire, n’est-il pas parmi ces hommes de guerre, qui, avec Jeanne, se réjouissent ostensiblement de cet échec [31]? Lorsque la Pucelle, impatiente de marcher sur Paris, quitte subitement la cour, il la rejoint à Senlis, et l’accompagne à la tête de l’armée jusqu’à Saint-Denis [32]. Il est à croire que Jeanne d’Arc, avec son grand bon sens, savait, dans le conseil, discerner ses fidèles de ses ennemis ; il est à croire qu’elle savait démêler, dans l’armée, les capitaines qui lui étaient dévoués de ceux qui lui portaient envie ; certes, en allant à l’attaque des murs de Paris, au moment même où le roi et la Trémoille étaient manifestement opposés à son dessein de se porter sur cette ville, elle n’eût pas volontiers pris comme aide un adversaire, allons encore plus loin, un indifférent [33]. Cet ennemi secret de ses conseils et de ses actes ne se serait pas exposé toute une journée aux traits de l’ennemi, dans les fossés de Paris, pendant que ses complices, dans la plaine de Saint-Denis, étaient prudemment à l’abri de tous les coups. N’était-il pas de ces capitaines qui, le lendemain, retournant sur Paris tout joyeux et pleins d’une ardeur nouvelle pour recommencer l’assaut, subitement rappelés par un ordre impérieux du roi, laissèrent vivement éclater leur mécontentement et se retirèrent la mort dans l’âme [34] ?

Tel enfin Gilles de Rais a paru dans toutes ses campagnes avec Jeanne d’Arc, qu’il a fait supposer, à des esprits fort graves, — et c’est déjà un grand honneur pour sa mémoire, — que sa présence à Louviers avait rapport avec quelque tentative pour délivrer Jeanne prisonnière. Pendant ce temps, on sait ce que pensaient, ce qu’écrivaient ses ennemis véritables : sa prise était une juste punition de son orgueil ! Superstitieux à l’excès, surtout vers la fin de sa vie, Gilles paraît avoir subi plus qu’aucun autre l’influence du merveilleux, dont la vertu sortait de la sainte envoyée de Dieu ; lorsque la fausse Pucelle se montra, le peuple, qui ne pouvait croire que Jeanne fût morte, se figura qu’elle avait miraculeusement échappé au bûcher ; or, Gilles de Rais apparaît parmi les soutenants de la Pucelle sauvée [35].

Enfin, le Mystère du siège d’Orléans, qui, au dire de M. Jules Quicherat, n’a aucune valeur historique (singulière assertion !) parce qu’il suit trop pas à pas l’histoire, nous fournit, dans le rôle qu’y joue Gilles de Rais, les protestations les moins douteuses de son dévouement pour Jeanne. Il serait difficile d’y rencontrer, exprimées plus de fois et en plus de manières différentes, la foi en la mission de la Pucelle et la croyance aux voix divines qui l’inspiraient. À n’en pas douter, les visions de Jeanne, d’après ses paroles, sont des voix, mais des voix distinctes, personnelles. Elle le déclare en vingt endroits divers, mais surtout à Rouen, devant ses juges. C’est de ses voix qu’elle parlait, à Poitiers, devant les clercs chargés de l’examiner ; c’est de ses voix qu’on s’entretenait à la cour et autour d’elle : personne n’ignorait donc que l’inspiration d’en haut se produisait à elle particulièrement sous cette forme. Pour bien des raisons, Gilles de Rais ne pouvait l’ignorer moins que personne. Il vivait au milieu de la foule dont ces voix étaient l’ordinaire entretien ; surtout, curieux comme il l’était, placé par son rôle à côté de Jeanne, admis dans son intimité et dans sa confiance, il n’est pas admissible qu’il ne l’ait pas interrogée quelquefois sur les sources de son inspiration. De là, s’il est vrai, comme on doit le croire, que le Mystère du siège d’Orléans fut composé avant la mort de Gilles ; s’il est vrai qu’il l’ait fait jouer lui-même à Orléans vers 1435 ou 1436, il n’est pas supposable, ou que l’auteur du poème lui ait prêté des sentiments qu’il n’avait pas, ou qu’il l’ait fait parler contrairement à ses croyances. La présence de Gilles à Orléans est un gage de la vérité historique de son rôle dans le drame. C’est donc sa foi en Jeanne d’Arc, c’est donc sa parole elle-même qu’on trouve rapportées au conseil du roi, lorsqu’il dit de la campagne de la Loire :


          De la Pucelle, en somme toute,
          On ne lui doit rien refuser ;
          Et que son plaisir on escoute,
          Que bel vois lui fait propposer.

            ...........
           Et ne vous doubtez de victoire
           Que elle vous est préminant.


Vers la même époque, Perceval de Boulainvilliers (21 juin 1429), Alain Chartier (juillet 1429) ne parlent pas différemment. Gilles se trouve d’accord avec tous les autres compagnons de sa vie militaire, le duc d’Alençon, Dunois, d’Aulon, l’écuyer de la Pucelle [36].

Pour rendre vraisemblable la complicité du maréchal avec Georges de la Trémoille, on a dit qu’ils étaient parents : mais l’étaient également et Guy de Laval et André de Lohéac, son frère : qui a jamais songé à faire de ces deux jeunes seigneurs les complices du favori ? On a affirmé qu’il abandonna la Pucelle sous les murs de Paris et lors de la retraite de Charles VII sur la Loire : trahison étrange, dont le dessein lui conseille de demeurer un jour sous les traits de l’ennemi, dont Jeanne elle-même est blessée ! Mais de quel nom qualifier alors la conduite du duc d’Alençon, « son beau duc, » et celle du duc de Bourbon, qui vinrent la chercher jusqu’au pied du rempart et l’emmener de force sur un cheval ! Que penser du comte de Clermont et de René d’Anjou qui, le lendemain matin, vinrent au nom du roi lui signifier de retourner à Saint-Denis et aux capitaines de la ramener ? Que dire de La Hire, de Dunois, de Gaucourt, et de tant d’autres, qui, depuis ce jour, n’apparaissent plus jamais près d’elle ? On a ajouté enfin qu’il avait participé aux fruits de la victoire : mais la Pucelle également, non moins que les sires de Laval, ses cousins ; il avait été à la peine, n’était-il pas juste que, comme l’étendard de Jeanne, il fût aussi à l’honneur ? Il est dans l’ordre que celui qui a semé soit celui qui moissonne. Bien loin donc d’avoir été auprès de la Pucelle l’homme vendu de la Trémoille, il faut voir en lui l’un des plus sincères admirateurs de la jeune héroïne. Mais on peut aller plus loin encore : s’il ne fut pas le complice du favori, a-t-il donc été si étroitement lié à sa fortune [37] ?

Il existe un document qui, mal compris et mal commenté, pourrait le faire penser. Il est à supposer que l’historien de Charles VII l’a consulté. Mais, s’il l’a fait, il n’avait certainement pas le droit de s’en servir pour appuyer son opinion ; car ce document ne renferme rien qui puisse la soutenir. Il est tiré des originaux du château de Thouars et copié dans les manuscrits du célèbre bénédictin D. Fonteneau, conservés aujourd’hui à la Bibliothèque publique de Poitiers. C’est un acte par lequel Gilles, seigneur de Rais et de Pouzauges, « s’engage sur son honneur à une fidélité inviolable envers Georges, seigneur de la Trémoille, de Sully et de Craon, pour le service du Roi. » En reconnaissance « des grands biens, honneurs et courtoisies » qu’il a reçus en maintes occasions, il jure au ministre un attachement inviolable ; il promet par serment de le servir « jusques à mort et à vie, envers tous et contre tous seigneurs et autres, sans nul excepter, de quelque estat qu’il soit,… toujours en la bonne grâce et amour du Roi. » Cet engagement est signé de la main de Gilles, muni de son sceau et daté de Chinon, le 8 avril 1429. Selon toutes les probabilités, le roi y était alors revenu de Poitiers avec la Pucelle. De Jeanne d’Arc, d’un complot contre elle, de mesures secrètes prises dans le dessein de faire échouer son entreprise, on ne voit pas de traces ; rien dans les termes, absolument rien, ne fait supposer que l’on ait trafiqué alors de la liberté ou du sang de la jeune fille. On dira peut-être qu’un si noir complot ne pouvait être confié au parchemin. Peut-être, en effet ; mais rien n’autorise non plus à penser et à dire d’un document ce qu’il ne contient pas ; or, en dehors de ce document, il est impossible de montrer rien qui puisse même faire supposer ce qu’on avance si gratuitement ? Il parait à tout le moins bien dangereux, en histoire, de faire parler des textes muets et d’interpréter, d’une manière précise, un acte vague dans ses expressions. Enfin, les engagements de la nature de celui-ci portent en eux-mêmes bien des sous-entendus ; car rien n’est plus mobile que les promesses de la reconnaissance, surtout dans un cœur léger. Or, combien le cœur et l’esprit de Gilles de Rais furent changeants, nous le verrons plus tard ; mais nous allons en fournir de suite une preuve à l’endroit de Georges de La Trémoille. Le meilleur moyen de juger de la valeur d’un acte est de considérer l’estime qu’en ont faite les auteurs ; car les actions sont les meilleurs et les plus sûrs interprètes des paroles.

L’on a déjà dit que le caractère de Gilles de Rais n’était pas de ceux auxquels la Trémoille pouvait se fier impunément ; et, en vérité, la suite des événements lui prouva, que, s’il a été prudent à l’égard du jeune baron si facile à l’enthousiasme, il n’eut pas lieu de s’en repentir. Car le document de Chinon ne peut renfermer que deux choses : l’une, sous-entendue prudemment, c’est-à-dire, un complot contre Jeanne d’Arc ; l’autre, clairement exprimée, c’est-à-dire, la promesse d’une fidélité à toute épreuve envers le premier ministre de Charles VII. Or, nous avons assez signalé le dévouement de Gilles pour la Pucelle : il demeure établi solidement pour tous. Mais envers la Trémoille lui-même, Gilles de Rais fut-il cet homme dévoué qu’il promettait d’être par l’acte du 8 avril 1429 ? et après avoir abandonné son protecteur dans ses complots machiavéliques contre l’héroïne, demeura-t-il attaché au favori tombé du pouvoir ? Encore là nous trouvons une preuve de ce que valait, au fond, dans la pensée de Gilles, la promesse du 8 avril 1429.

Georges de la Trémoille fut renversé du pouvoir au mois de juin 1433 par Charles d’Anjou et son parti, qui comptait le connétable de Richement, Prégent de Coétivy et le sire de Bueil. Or, il paraît bien que depuis longtemps Gilles de Rais avait oublié sa promesse de servir et de défendre le favori en toute occasion envers et contre tous les seigneurs, sans nul excepté, et de quelque état qu’ils fussent. Du moins, au moment de la chute de la Trémoille, où tout devait lui rappeler son serment, s’il s’en souvint, ce souvenir fut peu efficace. Bien loin d’avoir été entraîné, en effet, dans la disgrâce du ministre tombé, non plus que ses cousins de Laval, dont Georges était également et le parent et le protecteur, j’oserais dire même le tuteur à la cour de Charles VII, il paraît avoir été admis à partager ses dépouilles avec les successeurs du favori au pouvoir ; à tout le moins participa-t-il à leur amitié et à leurs exploits [38]. On objectera qu’il était impuissant contre la faction victorieuse ; mais il est facile de répondre qu’un homme, qui s’est engagé par serment à défendre son protecteur, ne communique pas avec ses ennemis lorsqu’ils triomphent. Dans l’impuissance où il est de rien faire pour un ami malheureux, il lui reste la ressource de briser loyalement son épée, et de sortir d’un camp où tout lui rappelle sa trahison ; où ceux qui commandent sont des adversaires, puisqu’ils sont les adversaires d’un pouvoir auquel était liée sa fortune. M. Vallet de Viriville pense qu’il en a été ainsi : « Il accompagna, dit-il, lors de sa disgrâce, Georges de la Trémoille, et la Fayette reprit, avec le gouvernement de Charles d’Anjou, son bâton de maréchal. » La vérité pure est que le nouveau pouvoir n’enveloppa nullement le maréchal de Rais dans la haine qu’il avait pour la Trémoille et pour tout son parti, et que Gilles ne fut point frappé de ces proscriptions dont on poursuivit la faction vaincue : ce qui prouve clairement que les ennemis de la Trémoille ne le regardaient pas comme le plus sincère de ses amis, comme un ami dévoué jusqu’à la perte des biens, jusqu’à la mort.

Que Gilles de Rais, en effet, n’ait quitté ni la cour, ni l’armée ; qu’il n’ait point perdu son titre de maréchal de France par le retour de la Fayette, rien, ce semble, n’est plus certain : au lieu de sortir immédiatement des camps, il est mêlé à toutes les opérations militaires du nouveau gouvernement. À l’appel de Charles d’Anjou, huit mois seulement à peine après la chute de la Trémoille (mars 1434), il accourt à la tête de ses troupes et commande à Sillé-le-Guillaume, à côté du connétable de Richemont, du sire de Bueil et de Prégent de Coétivy [39] ; quelques jours après, il est avec eux à Sablé ; avec eux encore, il combat à Conlie en 1435, deux ans plus tard ; si la Fayette paraît près de lui dans l’armée, revêtu aussi de la dignité de maréchal de France, personne ne conteste à Gilles le droit d’exercer la sienne ; bien plus, au contraire, il la conservera même lorsqu’il ne paraîtra plus sur les champs de bataille : dans la ville d’Orléans, où de nombreux documents, nouvellement mis au jour, lui reconnaissent le titre et le pouvoir de maréchal et lui en donnent le nom ; jusqu’à la fin de sa vie enfin, dans ses châteaux de Machecoul et de Tiffauges, où il percevra du roi, selon le Mémoire des Héritiers, les émoluments attachés à sa charge militaire. Déjà Prégent de Coétivy, l’un des plus ardents ennemis de Georges de la Trémoille, l’un de ceux qui ont le plus gagné à sa chute, brigue la main de Marie de Rais, la fille unique de Gilles ; plus tard encore, en 1437, et c’est M. Vallet de Viriville qui, à tort ou à raison, nous l’affirme, Gilles présidera en personne la représentation du Mystère du Siège d’Orléans, dans Orléans même, sous les yeux de Charles VII et de toute la cour ; en 1439, il est encore signalé dans les affaires militaires, car c’est lui qui confia à Jean de Siquenville les troupes que commandait la fausse Pucelle ; pour terminer enfin sur ce sujet, c’est en vain que l’on s’efforce de prouver qu’il prit une part aux dernières agitations du parti politique tombé, mais toujours remuant, dans le Poitou. C’était cependant le moment de sa propre disgrâce, et rien n’unit plus étroitement les hommes que la communauté des haines ou les similitudes de fortune. Est-il besoin d’autres faits pour prouver, non pas que Gilles fut fidèle à la Pucelle, mais le peu de cas qu’il fit de sa parole donnée à Georges de la Trémoille ? et convient-il d’en faire plus d’estime que Gilles de Rais lui-même ?  [40]

Il ne faut pas s’étonner d’ailleurs que les choses se soient ainsi passées : car il n’est point rare de trouver à cette époque, comme à la nôtre, entre personnages encore bien plus élevés, de ces engagements solennels, qui ne pèsent sur la conscience non plus qu’un fétu de paille : autant en emporte le vent des révolutions. La politique est habile à préparer des conversions motivées. On dirait, si on ne craignait de trop épiloguer sur les mots, qu’il y a dans le document de Chinon, deux expressions d’une véritable habileté diplomatique. Gilles s’engage envers la Trémoille, il est vrai, mais « pour le service du roi » et « toujours en la bonne grâce et amour du roi ». Je ne sais si je me trompe ; mais il semble que ces mots offrent une porte ouverte à bien des trahisons. Servir la Pucelle, n’était-ce pas être utile au roi, et entrer dans ses desseins ? La chute du favori fut regardée comme une heureuse fortune pour la France par tous ses ennemis et bientôt par le roi lui-même : Gilles de Rais ne l’aurait-il pas abandonné pour « le service du roi, » et « toujours pour la bonne grâce et l’amour » de Charles VII ? Mais on craindrait d’être subtil en poussant plus loin dans cette voie : il suffit d’avoir éveillé l’attention sur ces deux petits mots, placés à la fin de l’engagement pris par Gilles de Rais et jetés là, pour ainsi dire, comme sans arrière-pensée, mais qui prennent de singuliers reflets à la lumière des événements dont nous venons de faire le récit. Au moins nous pouvons conclure en disant que la fortune de Gilles fut si peu étroitement liée à celle de Georges de la Trémoille, que la retraite du maréchal n’a point été l’effet nécessaire de la chute du favori. À quelle cause faut-il donc l’attribuer ?

En examinant les choses de près, il est facile d’en trouver la vraie raison ; elle fut l’effet des reproches auxquels ses folles dépenses le mettaient en butte de la part de ses parents et de ses amis, et des mesures qu’ils prirent pour prévenir la ruine imminente de sa fortune. On verra dans la suite de sa vie la curieuse et longue histoire de ses prodigalités, et pas à pas on suivra la trace des folies qui le menèrent au gouffre de la ruine. L’arrêt royal, que sa femme et son frère obtinrent en 1437, était une véritable interdiction prononcée contre lui, et nous montre quelles étaient, depuis de longues années déjà, les préoccupations de tous les siens. Aussi longtemps qu’ils avaient vu en lui un prodigue avide d’honneurs et de plaisirs, qui dissipait ses revenus immenses aux caprices mouvants de ses goûts, aussi longtemps ils étaient demeurés tranquilles. Mais, quand ils le virent attaquer même ses domaines, ses châteaux, ses forêts, ses champs, engager sa propre fortune et celle de sa femme, vendre à vil prix ses plus riches seigneuries ; quand ils virent passer en des mains étrangères, dangereuses quelquefois, au gré de ses flatteurs, les lambeaux de son patrimoine, la plus belle propriété territoriale peut-être qu’il y eût sous le soleil de France à cette époque, ils essayèrent naturellement de la retenir dans leurs propres mains. Justement alarmés de l’avenir, ils obtinrent, à force de démarches auprès de Charles VII, un arrêt, qui, mettant Gilles de Rais en tutelle pour l’administration de ses biens, les rassurait et contre les folies du dissipateur et contre la rapacité des courtisans.

Il est évident qu’avant de recourir à ce remède extrême, ils avaient employé ceux que l’on prend d’ordinaire contre les jeunes fous : les observations, les remontrances, les prières, les menaces. Mais il faut convenir que ces moyens étaient de bien faibles obstacles contre le flot de ses passions soulevées. Prières et menaces eurent sur lui l’effet ordinaire qu’elles produisent sur de tels caractères ; il répondit avec la hauteur propre à ces jeunes écervelés ; il éloigna sa femme et ses proches de sa présence ; ses amis ne furent plus à même de l’approcher ; il s’entoura d’adulateurs et alla même jusqu’à laisser à leurs caprices, non seulement sa fortune, mais encore son sang et l’avenir de sa fille unique. Cette conduite lui fit des ennemis dans sa famille, dans l’armée, à la cour ; et, tant pour se soustraire à leur censure que pour se livrer à la recherche et à la production de cet or, qu’il lui fallait à tout prix et qui commençait à lui manquer, et aussi à la perversion de son cœur qui aimait l’ombre et les ténèbres, il se retira dans ses terres, d’où il ne sortit plus guère que pour étonner les hommes par son luxe et plus encore par le hideux spectacle de ses infamies. Car peut-être est-il bon de remarquer que ce qu’on nomme la retraite du maréchal n’est en réalité, comme les faits cités plus haut le démontrent, qu’une présence plus rare à la cour et dans l’armée. C’est alors qu’intervint entre sa famille et lui l’arrêt de Charles VII ; c’est alors aussi qu’il trouva contre Charles VII et sa famille l’appui peu honorable du duc de Bretagne. L’alliance que Jean V, par cupidité, fit à cette époque avec le maréchal, prouve que la retraite de Gilles de Rais fut la conséquence de ses prodigalités. L’histoire en indique cependant une autre cause, plus cachée, parce qu’elle est plus honteuse ; mais il ne faut pas anticiper sur les événements ; c’est assez de remarquer ici le rapport évident qu’il y a entre les crimes et la retraite prématurée du maréchal de Rais. Il avait tout au plus vingt-six ans.

Il faut donc clore ici le récit de ses belles actions pour entrer dans celui de ses folles dépenses et de ses crimes. En terminant, si le regard se porte sur la carrière militaire qu’il a parcourue si rapidement, un sentiment tout ensemble doux et triste envahit l’âme ; triste, à la pensée que le chemin de la gloire aboutit à la honte ; doux, car le spectacle de son dévouement pour la France et pour Jeanne d’Arc, auquel le dévouement et l’héroïsme de tous les siens donnent encore un plus vif éclat, détourne un moment les yeux de la vue de ses crimes. Tout n’a donc pas été mauvais, comme le croit le peuple, dans cette existence, et il sera bon de se le rappeler pendant le récit qui va suivre. Dans la balance qui pèse les crimes dont il a souillé la fin de sa vie, il est juste de jeter au plateau des vertus, pour faire contre-poids à ses forfaits, les belles actions de sa jeunesse militaire ; les gloires si pures des Brumor et des du Guesclin peuvent surtout racheter les hontes du descendant des seigneurs de Craon, de Rais et de Laval : « La justice criminelle ordinaire, a dit quelque part Macaulay, ne connaît pas ces compensations…, mais l’histoire contemple les choses de plus haut » ; non seulement elle les approuve, mais elle les exige.




  1. En Anjou.
  2. Cousinot de Montreuil, Chron. de la Pucelle, Ed. Elz., p. 236.
  3. Alain Chartier, Troubles sous Charles VII, p. 53. Ed. MDXCIII, Nevers, Pierre Roussin, imprimeur des ducs de Nevers.
  4. Alain Chartier, ibid.
  5. Vallet de Viriville, Hist. de Charles VII, t. I, p. 412.
  6. Canton de Bierné, arrondissement de Château-Ganthier (Mayenne).
  7. Mémoires concernant la Pucelle. Collection Petitot, t. VIII, p. 129.
  8. Bourdigné, t. II, p. 155.
  9. Chef-lieu de canton, arrondissement de Mayenne.
  10. Bourdigné, t. II, p. 156. — Chronique de la Pucelle, Bibliothèque Gauloise, p. 250.
  11. La dignité de maréchal de France, quoique très importante, n’était pas cependant sous Charles VII ce qu’elle devint plus tard ; elle fut fort rehaussée par une ordonnance de François Ier, qui de simple commission révocable et temporaire, l’érigea en dignité viagère et l’éleva au rang des grands offices de la couronne. Ce fut lui qui, le premier, appela les maréchaux « ses cousins ». On en créa quatre de trois qu’ils étaient.
  12. Sur le véritable rôle de l’Église dans ce procès, v. Wallon, t. II, p. 361 et suivantes.
  13. Wallon, II, p. 300.
  14. Nous avons recueilli ces paroles de la bouche même de M. Marchegay.
  15. Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, II, p. 169-170 ; Procès, t. V, p. 168-71. — Wallon, I, p. 337 ; II, p. 8, 9, 299, et surtout 300, 301, 302, 307, 308.
  16. Wallon, I, Appendice, LIV.
  17. Procès, J. Chartier, t. IV, p. 41-53 ; 1. IV, p. 363, Monstrelet ; Jean de Wavrin, p. 407 ; Chronique de la Pucelle, Bibliothèque Gauloise, p. 278.

    Un mot de la Geste des Nobles jette singulièrement de jour sur ce fait : « Si requiert la Pucelle, y lisons-nous, que pour ce conduire, plust au Roy de lui bailler telle gent et en tel nombre qu’elle requerrait. » La Chronique de la Pucelle continue en ces termes : « Alors le Roy ordonna que tout ce qu’elle requerrait luy fut baillé ; puis la Pucelle prinst congé du Roy pour aller en la cité d’Orléans. » (Edit. de M. Vallet de Viriville, p. 280.)

    N’est-ce pas dire clairement qu’elle désigna Gilles de Rais pour l’accompagner, et que, pour qu’elle le demandât, elle avait reconnu en lui un dévouement à sa personne et à sa mission, sur lequel elle croyait pouvoir compter ?

  18. Chronique de la Pucelle ; Mystère du siège d’Orléans, t. V, p. 490 ; t. III, p. 106.
  19. Chronique de la Pucelle, p. 284. « Jeanne, lui dirent-ils, allez-vous-en seurement ; car nous nous promettons de retourner bien brief vers vous. Sur ce, elle consentit d’entrer dans la ville. »
  20. Procès, Perceval de Cagny, t. IV, p. 6, 5 ; Pasquerel, t. III, p. 105 ; Collection des Chroniques Belges, t. III, p. 410.
  21. Mémoire concernant la Pucelle, Collection Petitot, t. VIII, p. 161 ; Chronique de la Pucelle, p. 281 ; Procès, IV, p. 54, 155, 156 ; Wallon, t. I, p. 144.
  22. Procès, t. IV, p. 6, 43, 61, 159, 160.
  23. Perceval de Cagny affirme que Jeanne proposa elle-même de chasser les Anglais des rives de la Loire. L’auteur du Mystère du siège d’Orléans, qui s’est appliqué à rendre la physionomie du conseil tenu dans cette occasion, attribue ce même dessein au duc d’Alençon et à Gilles de Rais. Le duc conseillait au roi de s’en remettre à la conduite de Jeanne ; Gilles de Rais l’appuya fortement, assurant qu’on ne devait rien lui refuser, et qu’il fallait suivre son bon plaisir « que bel vois lui faisaient propposer. » — Mystère du siège d’Orléans, vers 17381 et suivants.
  24. Procès, t. IV, p. 12 ; t. V, p. 108 ; Wallon, t. I, p. 185.
  25. Procès, t. V, p. 107.
  26. Wallon, t. I, p. 246 et suiv.
  27. Un extrait échappé du 8° compte de Guillaume Chartier, alloue au maré- chal de Rais, par lettres du 21 janvier 1429, trois jours après la campagne de la Loire, une somme de mille francs « pour aucunement récompenser des grans frais, mises et dépens, que faire lui a convenu, affin d’avoir soi naguières mis sus, et assemblé, par l’ordonnance du Roy, certaine grosse compaignée de gens d’armes et de traict, et iceulx avoir entretenus pour les employer à son service (du roi) en compaignée de la Pucelle, affin de remettre en l’obéissance dudit seigneur la ville de Jargeau que tenaient les Anglais. » Heureux Gilles de Rais, s’il n’avait employé sa fortune que pour la défense de la patrie ! (Procès, t. V. 261.)
  28. Desormeaux, Histoire de la maison de Montmorency, t. I, p. 367, 368, 369, 373, 374 ; Gruel, t. IV, p. 316. etc. ; Mémoire concernant la Pucelle, Ed. Vallet de Viriville, p. 309.
  29. Procès, Monstrelet, p. 371, 372, 373 ; Jean de Wavrin, t. IV, p. 419 et suivantes ; Chroniques de la Pucelle, t. IV, p. 238 ; Gruel, t. IV, p. 319.
  30. La journée du sacre fut remarquable pour Gilles de Rais, à raison du rôle qu’il y joua et de la charge de maréchal qu’il obtint. Désormeaux, après le P. Daniel, assure que Gilles y représenta l’un des pairs de France, et que le roi l’éleva à la dignité de comte : « Jean d’Alençon ; Charles, duc de Bourbon ; Louis de Bourbon, comte de Vendôme ; Gilles de Laval, sire de Rais ; Georges de la Trémoille, baron de Sully, et André de Laval, représentaient les six pairs laïques de France » *. Monstrelet omet Louis de Vendôme et André de Laval, et nomme Beaumanoir et Mailly (Maillé), seigneur de Touraine ; Vallet de Viriville conserve Vendôme et Laval. Mais il réunit les comtes de Clermont, pour ajouter le seigneur de Maillé ; M. Wallon enfin accepte Beaumanoir pour rejeter de Maillé. Le P. Daniel et Désormeaux ont probablement avancé que Gilles de Rais représenta l’un des six pairs laïques sur la foi d’une lettre écrite par trois gentilshommes angevins à la femme
    * P. Daniel, t. IV, p. 399. et à la belle-mère de Charles VII, Yolande d’Aragon, duchesse d’Anjou. On dirait dans cette lettre que les auteurs furent surtout préoccupés de signaler le rôle des sires de Laval au sacre de Charles VII. Elle nous apprend, en effet, plusieurs détails importants sur ces deux gentilshommes ; or, ils nomment parmi les pairs « les jeunes seigneurs de Laval »; c’est peut-être sur ce passage que le P. Daniel et Désormeaux ont appuyé leur assertion. On pourrait en trouver la preuve dans leurs paroles, lorsqu’ils disent que Gilles de Rais fut élevé, ce jour-là, à la dignité de comte **. Mais il ne faut l’entendre que de la baronnie de Laval, par la raison que celle de Rais ne fut érigée en comté que bien des années après la mort de Gilles de Rais.

    Ces auteurs sont plus sûrement dans le vrai en racontant qu’il fut élevé dans cette circonstance à la haute dignité de maréchal de France. Le maréchal de la Fayette était absent, comme le connétable de Richemont, par suite d’une disgrâce. Gilles de Rais, qui, depuis le commencement de la campagne, s’était distingué parmi tous les autres capitaines, fut promu à cette haute charge, « à cause de sa valeur, » dit Monstrelet, et remplaça le maréchal de la Fayette à la cérémonie du sacre : il avait vingt-cinq ans à peine. Mais il était brave ; de plus il était fort riche, et par le luxe, qu’il aimait à étaler en toute occasion, digne de représenter l’armée à la cérémonie du sacre. Les historiens ne s’entendent pas sur l’époque où Gilles fut promu au grade de maréchal de France. Nous ne parlerons, que pour en faire mémoire, de l’opinion de Du Paz **, d’après lequel Gilles n’aurait été créé maréchal qu’en 1433, après la mort du maréchal de Rieux. À moins de prétendre que tous les historiens et tous les documents soient dans l’erreur, lorsqu’ils mettent sur le compte du maréchal de Rais ce qui, en réalité, serait le fait du maréchal de Rieux, l’opinion de Du Paz est inadmissible. M. Armand Guéraud, dont la courte notice sur le maréchal de Rais a fourni maintes assertions aux historiens contemporains, recule jusqu’au commencement de l’année 1428 la promotion de Gilles au grade de maréchal, et il en donne cette preuve que, privé de l’appui du connétable par la disgrâce du comte de Richemont, le roi voulut au moins s’associer le puissant baron de Rais, et, en lui conférant la dignité de maréchal, l’empêcher de s’éloigner de la cour de France. Il va plus loin encore et voit dans le rôle de Gilles, pendant les sept mois du siège d’Orléans, pendant l’expédition de Jeanne d’Arc sur les bords de la Loire, et jusqu’à Reims, la marque d’un pouvoir élevé et d’une autorité supérieure, qui font croire que les historiens ne lui donnent pas sans motif, dès cette époque, le nom de « maréchal de Rais. »

    Mais toutes ces raisons n’ont aucune force contre un témoignage précis, et l’on n écrit pas l’histoire en sautant par-dessus les affirmations les plus nettes, pour les subordonner à de simples preuves de convenance et à des suppositions hasardées. La lettre des trois gentilshommes angevins, dont nous avons déjà parlé plus haut, dit en termes très précis et très clairs : « Aujourd’hui ont été faitz par le roy contes les sires de Laval et le sire de Sully, et Rays mareschal ***. » Il serait oiseux de faire ressortir la force de ce témoignage, écrit, de Reims, le jour même du sacre, à la belle-mère et à la femme du roi de France. Certainement, les auteurs de cette lettre n’écrivaient pas à ces princesses sans en avoir reçu l’ordre ou la commission spéciale, et l’on ne mande rien à de telles personnes que l’on ne sache parfaitement. Il est vrai que le fait, dont il s’agit, ne se trouve pas dans l’Histoire généalogique du P. Anselme, qui atteste, au contraire, sur l’autorité des comptes de cette année, que Rais était maréchal dès le 21 juin 1429. Mais M. Quicherat répond très justement sur ce point, que les comptes n’ayant été rendus qu’à la fin de septembre, on conçoit qu’on ait appliqué au maréchal de Rais, pendant toute la durée « de l’exercice 1428-1429 le titre, qui lui fut accordé seulement dans les derniers mois de cet exercice.» L’auteur des comptes y désigne naturellement Gilles de Rais par le titre qu’on lui donnait au moment où il écrivait ; et il en faut dire autant des historiens qui lui donnent constamment ce titre avant le jour du sacre. Cet exemple n’est pas rare dans l’histoire des hommes célèbres : il est tel héros qui prend ainsi, dès son berceau, le nom dont furent illustrées ses dernières années. Rien ne détruit donc la valeur historique qu’il faut reconnaître au témoignage des trois gentilshommes angevins. Ainsi ont sagement pensé, entre autres, Maurice de Sourdeval, Vallet de Viriville, et enfin M. Wallon, dans son Histoire de Jeanne d’Arc.

    Un point, sur leqnel tous les auteurs sont d’accord, est la mission que Gilles reçut de Charles VII d’aller chercher et de reconduire à l’abbaye Saint-Rémi, la Sainte Ampoule destinée au sacre des rois de France *. Sur ce fait, les preuves sont non moins abondantes qu’authentiques. C’est Jean Chartier, c’est le Journal du siège, c’est enfin la Lettre des trois seigneurs angevins, qui l’affirment en nous fournissant même les détails précis de cette ambassade. On sait que la Sainte Ampoule, qu’une tradition nous apprend avoir été apportée miraculeusement du ciel par une colombe à saint Rémi au moment du sacre de Clovis converti, était gardée avec soin, avant la Révolution Française, dans l’abbaye de Saint-Rémi. Pour le sacre des rois, on allait la chercher solennellement pour l’apporter jusqu’à la cathédrale, d’où on la ramenait ensuite à l’abbaye avec le même appareil. Charles VII, dans la circonstance, députa pour aller la chercher et la reconduire le nouveau maréchal de Rais et avec lui le maréchal de Boussac, l’amiral Louis de Culan, et le sire de Graville, maître des arbalétriers. Vers huit heures du matin, ils partirent à cheval, chacun tenant dans sa main sa bannière déployée au vent, armés de toutes pièces, magnifiquement habillés, et bien accompagnés pour former à la Sainte Ampoule une escorte digne d’elle. Arrivés à l’abbaye, ils firent à l’abbé les serments d’usage, c’est-à-dire, qu’ils promirent solennellement de, conduire sûrement la Sainte Ampoule et de, la ramener de même à Saint-Rémi ; puis l’abbé, ayant pris dans ses mains la précieuse relique, revêtu de ses habits pontificaux, recouvert d’un riche parement d’or, monta sur un cheval superbe que le roi, suivant l’usage, lui avait envoyé la veille. À ses côtés marchaient les quatre seigneurs députés vers lui. Le retour eut lieu avec le même appareil.

    Les honneurs dont Gilles fut l’objet dans cette grande journée furent complétés au mois de septembre 1429, à Sully-sur-Loire, par lettres-patentes de Charles VII, publiées par M. P. Marchegay. Le roi, après avoir énuméré les glorieux services, par lesquels Gilles avait contribué au salut de la France, et pour en perpétuer la mémoire, ajoutait à l’écusson du seigneur de Rais une bordure des armes de France : « une orleure de noz armes en laquelle aura fleurs de liz d’or semées sur champ d’azur ainsi et par la forme et manière qu’il est en cest endroit pourtrait, figuré et armoyé. » Le dessin en peinture se trouve au milieu des sept dernières lignes de l’original. « Chartrier de Thouars. Original en parchemin qui a souffert de l’humidité. Il n’a été ni scellé ni enregistré, probablement parce que, ajournées à cause de la guerre, ces formalités ne tardèrent pas à être rendues impossibles par le trop célèbre procès, qui eut pour conséquence le supplice du maréchal de Rais. » (Note de M. P. Marchegay.)

  31. Le 4 août, l’armée se trouvait près de Bray, dont les habitants avaient promis de se rendre et de livrer ainsi le passage de la Seine. La Trémoille et les courtisans, qui dominaient l’esprit encore faible de Charles, avaient hâte de venir se reposer sur les bords de la Loire d’une campagne qui les avait beaucoup fatigués, en les tirant de leur molle inactivité. Mais, durant la nuit, une troupe d’Anglais s’étant établie dans la ville, les courtisans, qui seuls voulurent tenter l’attaque, furent facilement repoussés. Quant à l’armée, à la Pucelle, à tous les capitaines, qui estimaient justement leur œuvre inachevée, ils avaient vu cette entreprise avec indignation. Quand ils la virent échouer, ni le maréchal de Rais, ni les comtes de Laval, ni René d’Anjou, qui avait rejoint la Pucelle, ni Jeanne d’Arc, ne cachèrent leur joie. (Procès, t. IV, p. 26, 86, 87, 197, 199, etc. ; Désormeaux, t. I, p. 379, etc.)
  32. Attardé qu’il était par les soumissions qui lui arrivaient de toutes parts, Charles VII oubliait Paris, au grand désespoir de Jeanne. Elle, à qui son grand bon sens démontrait avec évidence que, seule, la possession de Paris pouvait assurer la durée à tant de victoires, vint un jour trouver le duc d’Alençon : « Mon beau duc, lui dit-elle, faites appareiller vos gens et ceux des autres capitaines, je veux aller voir Paris de plus près que je ne l’ai vu. » C’était là sa manière habituelle de faire, lorsqu’elle voulait briser les liens dont on cherchait à enchaîner son activité. Le mardi, 23 août, elle partit donc avec une troupe assez nombreuse, laissant le roi et ses conseillers à leurs incertitudes. Le maréchal de Rais et celui de Boussac, aimant mieux être avec la Pucelle qu’avec les courtisans, se rallièrent à elle avec toutes leurs troupes ; et, le vendredi suivant, 26, sous la conduite de Gilles de Rais, la Pucelle et ses gens vinrent loger à Saint-Denis. Le même jour, le roi partait aussi de Compiègne, à son corps défendant, « et semblait qu’il fut conseillé au contraire du vouloir de la Pucelle, du duc d’Alençon, et de ceux de leur compagnie. » On voit bien, hélas ! que tous n’étaient pas dévoués à la jeune fille : mais convient-il d’aller chercher la jalousie et la trahison parmi ceux qui lui demeurèrent fidèlement attachés, parmi les capitaines « de sa compagnie ? »
  33. La Pucelle, de Rais, et de Goncourt, qu’elle prit avec elle, « ce qui bon lui sembla, » s’avancèrent jusqu’à la porte Saint-Honoré. Le combat fut rude et prolongé ; « et c’était merveille d’ouyr le bruit et la voix des canons et couleuvrines, que ceux du dedans jetaient à ceux du dehors ; et de toute manière de traict à si grant planté comme innombrable. » Gilles demeura près de la Pucelle « tout iceluy jour » dans l’arrière-fossé et sur le bord de l’eau, où elle fut grièvement blessée. (Procès, t. IV, 197-199.)
  34. Procès, t. IV, p. 27 ; Wallon, t. I, p. 296.
  35. Le peuple ne pouvait croire que la Pucelle eût été réellement brûlée à Rouen ; elle s’était échappée des flammes ; elle reparaîtrait quelque jour pour achever son œuvre, la défaite des Anglais. (Procès, IV, p. 344, 474, 532.) Le peuple a souvent de ces illusions sur le sort de ses héros : on connaît les légendes d’Arthur et de Roland, et parmi les soldats de Napoléon, combien ne croyaient pas à la réalité de sa mort ? Il en fut de même pour Jeanne d’Arc. Ainsi s’explique le succès de la fausse Pucelle, Jeanne des Armoises. Elle « moult ressemblait à la première, » (Pierre de Sala) et se disait Jeanne, suscitée de Dieu. Certaines choses merveilleuses, qu’elle avait accomplies, firent croire à sa parole. Bien venue dans la Lorraine et dans la famille même de Jeanne la Pucelle, elle est reçue et entretenue avec honneur dans la ville d’Orléans (1436, 1438, 1439) ; en 1439, on cesse même dans cette ville de célébrer le service anniversaire pour le repos de l’âme de la jeune martyre, parce qu’elle avait reparu ; on lui rend les plus grands honneurs « pour le bien qu’elle a fait à la dicte ville durant le siège » (compte de la ville d’Orléans) ; il serait curieux de pouvoir constater qu’elle a joué le rôle de Jeanne d’Arc dans la représentation qui fut donnée du Mystère du Siège ; les frères de Jeanne la Pucelle, qui avaient déjà reconnu Jeanne des Armoises pour leur sœur en Lorraine, viennent la rejoindre à Orléans, et croient ou affectent de croire à la réalité vivante de leur sœur. Si, à Chinon, Charles VII découvre la supercherie, et si, malgré l’entrevue avec le roi, on la retrouve encore au milieu de l’armée, c’est à penser que le désir de se servir du nom et du prestige de Jeanne la Pucelle, a porté Charles à taire la vérité. Toujours est-il qu’elle fut attirée vers Gilles, qui la reçut avec honneur et avec une certaine foi, puisqu’il lui confia le commandement de ses troupes. Mais le prestige dure peu où la mission n’est pas. Il s’aperçut enfin lui-même de la vérité, ou plutôt du mensonge, et, en 1439, il lui enleva le commandement de ses troupes pour le donner à Jean de Siquenville, l’un de ses capitaines, lors de l’attaque du Mans. C’est ce que nous lisons, en effet, dans des lettres de rémission, accordées plus tard à ce même capitaine. On y trouve que « le sire de Rais dit à ce capitaine, escuyer de Gascogne, qu’il voulait aller au Mans et qu’il voulait qu’il print la charge et le gouvernement des gens de guerre, que avait lors une appelée Jehanne (des Armoises), qui se disait Pucelle, en lui promettant que s’il prenait ledit Mans-, qu’il en serait cappitaine ; lequel suppliant, pour obéir et complaire au sire de Rais, son maître, duquel il était homme à cause de sa femme, lui accorda et prinst ladite charge, et se tint pour un certain temps autour du pays de Poitou et d’Anjou… » (Procès, t. V, p. 333. Extrait d’une rémission du Trésor des Chartes.) À Paris, le peuple, qui l’acclame d’abord, peut se convaincre bientôt qu’il y a quelques différences entre la Vierge de Domrémy et la femme de Robert des Armoises (août 1440). Elle passa en Italie, combattit dans les armées du Pape, et revint en France, où elle vivait encore, en février 1458, en Anjou, aux environs de Saumur.

    (Sur la Fausse Pucelle, v. les documents réunis par M. J. Quicherat, Proc., t. V, p. 321 et suiv. ; Lecoy de la Marche, Une fausse Jeanne d’Arc ; Revue des Questions historiques, 1871 ; Wallon, t. II, 308 et suiv. ; Appendice XXIII.)

  36. Wallon, t. II, p. 309 et suiv.
  37. C’est avec plaisir qu’après avoir fini cette étude des rapports de Gilles de Rais avec Jeanne d’Arc, j’ai constaté que M. Wallon lui-même le range parmi ses compagnons, c’est-à-dire, dans sa pensée, parmi ses amis. Il est facile de le voir par l’Appendice XXIV du second volume de sa Jeanne d’Arc :


    « Les ennemis et les compagnons de la Pucelle. »
  38. Guillaume Gruel, Edit. 1622, p. 55, 56, 57 et 58 ; Martial de Paris, dit d’Auvergne, Vigiles de Charles VII, 1493, II, p. 137.
  39. Guillaume Gruel, p. 52-58 ; Alain Chartier, Edit. 1597 (Nevers), p. 72 et 73.
  40. Dom Fonteneau, vol. XXVI ; p. 367, 368 ; an 1429, 8 avril. Original du château de Thouars.