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Gilles de Rais dit Barbe-Bleue/3

< Gilles de Rais dit Barbe-Bleue

H. Champion, libraire-éditeur. (p. 56-82).

III


VIE PRIVÉE DE GILLES DE RAIS. — SA FORTUNE. — SES DÉPENSES. SES FOLIES. — SON INTERDICTION.

Ce qui précède fait connaître le guerrier, l’homme public : c’est la belle partie de la vie de Gilles de Rais ; ce qui suit est plus particulièrement la part de l’homme privé, du prodigue : c’est l’histoire de l’artiste et du curieux, en qui l’ambition fut tellement maîtresse de tous les mouvements de l’âme, qu’elle le mena jusqu’au crime. Moins brillante que la période à laquelle elle succède, mais moins sombre aussi que celle où elle aboutit, si cette partie de la vie de Gilles de Rais n’excite pas l’admiration comme la première, elle n’inspire pas non plus, comme la dernière, l’horreur et l’effroi. Elle appartient plutôt à la curiosité, et parmi les sentiments mélangés qu’elle fait naître, elle provoque surtout dans l’âme la pitié et la compassion. Le goût des arts et des lettres, l’amour du beau, la passion de la gloire, charment naturellement dans un homme ; mais la peinture en est pénible, lorsque ces passions, qui sont en elles-mêmes un principe de grandeur et de perfection morales, se transforment, dans une âme sans frein, en une cause de ruine, de déchéance et de perversion. C’est un spectacle digne d’une éternelle pitié, que la grande fortune de Gilles de Rais s’effondrant dans le gouffre creusé par son orgueil, et entraînant avec elle, dans sa chute, la gloire, les vertus, la vie même du prodigue. Car, Gilles avait une fortune telle, que, formée aujourd’hui des mêmes domaines et alimentée par les mêmes sources, elle serait plus grande et plus belle qu’aucune de France, et qu’elle était, même à cette époque, l’une des plus riches peut-être qu’il y eût dans tout le royaume, la plus riche assurément qu’il y eût dans le duché de Bretagne. Les alliances et les siècles s’étaient unis pour la former. Le dénombrement des domaines, dont elle était composée, est curieux à établir.

Du chef de la maison de Rais, par Guy de Laval, seigneur de Rais, son père, auquel tous les biens de l’ancienne baronnie avaient été transportés par Jeanne de Rais la Sage, il possédait la baronnie et la seigneurie de Rais, qui comprenaient maints châteaux et maintes châtellenies, avec possessions et terres sans nombre. Parmi les principales seigneuries on comptait Machecoul, Saint-Étienne-de-Mer-Morte, Pornic, Prinçay, Vüe, l’île de Bouin et plusieurs autres encore, avec leurs forteresses et leurs châteaux ; enfin la baronnie de Rais lui conférait le titre de doyen des barons du duché de Bretagne [1] !

Du chef de la maison de Montmorency-Laval, par son père, il avait les terres et les seigneuries de Blaison, de Chemellier, de Fontaine-Milon, de Grattecuisse, en Anjou ; de la Motte-Achard, de la Maurière, en Poitou ; d’Ambrières, de Saint-Aubin-de-Fosse-Louvain, dans le Maine ; et plusieurs autres terres encore tant en Bretagne qu’en d’autres lieux, sans compter nombre de rentes et de revenus, que n’indique pas par le détail le Mémoire des Héritiers, mais qui montaient à des sommes très considérables [2].

Du chef de la maison de Craon, par sa mère et par son aïeul maternel, Gilles hérita de l’hôtel de la Suze, à Nantes, et de la terre du même nom ; des châteaux et seigneuries de Briollay, de Champtocé et d’Ingrandes, en Anjou ; de Sénéché, du Loroux-Botereau, de la Bénate, de Bourgneuf-en-Rais, de la Voulte ; sans désigner également un nombre considérable d’autres terres, seigneuries, rentes et revenus.

À cette immense fortune qu’il possédait déjà par lui-même, il ajouta encore de grandes possessions par son mariage avec Catherine de Thouars : c’étaient Tiffauges, Pouzauges, Chabanais, Confolens, Châteaumorant, Savenay, Lombert, Grez-sur-Maine, avec « plusieurs autres terres fort belles et leurs dépendances [3]. »

Il avait reçu, en outre, tant de sa femme que de ses ancêtres, un mobilier des plus riches et des plus variés, composé des choses les plus rares, meubles, joyaux, tapisseries, objets d’or et d’argent : ce mobilier est évalué, par le Mémoire des Héritiers, à plus de cent mille écus d’or. Par ailleurs, les revenus de Gilles de Rais sont portés à plus de trente mille livres en vrais domaines  [4], sans tous les produits en nature qu’il tirait chaque année de ses sujets ; il recevait encore du roi, comme maréchal de France, des gages, des pensions et des dons gratuits considérables ; d’où l’on peut évaluer ses revenus annuels à quarante-cinq ou cinquante mille livres, peut-être même davantage encore. « Il avait, dit Désormeaux, des biens immenses, près de soixante mille livres de revenus ; fortune qui devait paraître d’autant plus éclatante, que l’apanage des frères des ducs de Bretagne ne montait alors qu’à six mille livres de rentes. » Si l’on tient compte de la valeur relative qu’avait l’argent à cette époque, le revenu de Gilles de Rais, selon les évaluations de M, Leber [5], s’élèverait aujourd’hui au moins à deux millions quatre cent soixante-quinze mille francs ; et, d’après les calculs établis sur les mêmes proportions, son mobilier, — en le mettant seulement à cent mille écus [6], à vingt-cinq sous que l’écu valait en 1443, — atteignait au chiffre énorme de plus de quatre millions et demi. Pour démontrer que la fortune de Gilles de Rais était immense, et qu’il pouvait, sans donner dans les excès où il est tombé, s’entourer d’un luxe où peu d’hommes peuvent atteindre, il n’est donc pas nécessaire que ses héritiers soient entrés dans le détail de tous ses revenus. Cependant ses prodigalités et son luxe furent tels, que, bien loin de suffire à ses caprices, tant d’or ne fit qu’allumer sa soif, et que tout fut dévoré avec ses revenus, et ses biens meubles, et presque toutes ses propriétés foncières.

L’on a vu que, privé de son père à l’âge de douze ans, il demeura abandonné aux mains de Jean de Craon, en qui la faiblesse naturelle qu’il avait pour son petit-fils, était encore doublée de la faiblesse naturelle aux vieillards : « C’était un homme, dit le Mémoire des Héritiers, vieil et ancien, et de moult grant aage [7]. » « Séduit par la fausse cautelle et damnable convoitise de ses serviteurs », « poussé par les conseils et les exhortations de ceux qui étaient à l’entour de lui, et qui voulaient s’enrichir de ses biens », le jeune baron fut « gouverné et entretenu en telle manière par la fausseté, cautelle et malice de ses serviteurs [8]… qu’il prit le gouvernement et l’administracion de ses terres et seigneuries ; et dès lors en usa à son plaisir, sans prendre conseil de son aïeul, ne ne le croire plus en riens [9]. » L’immense fortune de Gilles lui fit tourner la tête ; mais elle fut surtout l’objet des convoitises de ces hommes intrigants qui ne font jamais défaut autour des grands et des riches. Nous avons vu déjà qu’après la chute de la maison de Penthièvre, et lors de l’entrée de Jean V dans la ville de Nantes, Gilles avait frappé tous les yeux par son luxe fastueux. S’il fût demeuré dans les bornes qui convenaient à sa naissance et à sa fortune, on lui eût pardonné cette grandeur ; mais l’envie qu’il avait de surpasser tous les autres hommes et d’égaler les princes et les rois, le jeta promptement bien au delà des justes limites de la raison.

Lorsqu’il fut créé maréchal de France, et surtout lorsqu’il vécut retiré des camps, sa première fantaisie fut de s’environner de l’attirail d’une maison militaire. Il entretint à ses frais une garde de plus de deux cents hommes montés à cheval, pages, écuyers, chevaliers, magnifiquement équipés et vêtus : cour brillante, dont les princes eux-mêmes ne pouvaient s’entourer. Chacun de ces hommes avait son emploi marqué ; il avait un héraut d’armes qui portait son nom, « Rais-le-héraut [10] ; » Jean Chartier lui-même, le chroniqueur de Charles VII, et celui de tous les historiens du temps qui nous fournit le plus de détails sur Gilles de Rais, paraît avoir fait partie de cette troupe [11]. Tous ces gens, qui avaient eux-mêmes leurs serviteurs particuliers, n’avaient à se préoccuper ni du soin de leur personne, ni du soin de leur maison ; tous étaient aux gages du maréchal, et tous très grassement payés. C’est de lui qu’ils recevaient le vivre et le couvert ; et il n’y avait point de table mieux servie que n’était la table que Gilles de Rais tenait ouverte à tout venant. Du maître, ils tenaient leur équipement, leurs chevaux, leurs harnais ; de lui enfin, tous leurs vêtements riches et variés. Deux ou trois fois l’an, ils étaient magnifiquement habillés de neuf, sans qu’il leur en coûtât le moindre écu : il est vrai qu’à ce prix, Gilles de Rais avait l’orgueil de voir à son service une maison militaire bien montée, bien tenue, digne de son rang en un mot, ou plutôt, pour parler le langage de ses héritiers, « bien au-dessus de sa position » ; car, « ce n’était pas état de baron, mais de prince. »

Parmi les fantaisies les plus extraordinaires de cet homme, il faut citer sa chapelle et sa collégiale. En mars 1435, il était dans la ville d’Orléans. Sans cesse poursuivi par l’image de ses crimes, en proie aux remords, l’oreille toujours remplie, pour ainsi parler, par les cris des petits enfants immolés à ses féroces passions, il confirmait solennellement, à la date du 26 mars, une fondation antérieure qu’il avait faite « en mémoire des saints Innocents », à Machecoul-en-Rais. Voici le début de cette pièce, la plus curieuse certainement de toutes celles qu’on a retrouvées à Orléans :

« Le samedi XXVIe jour de mars mil CCCCXXXIIII (1435 n. s.). Comme noble et puissant seigneur, Monseigneur Gilles, seigneur de Rais, comte de Brienne, seigneur de Champtocé et de Pousauges, mareschal de France, ait naguieres, pour le bien, salut et sauvement de son ame, et ad ce que, envers nostre seigneur Jhesu Crist, soit mémoire de lui et de ses feux pere, mere, parens, amis et bienfaicteurs trespassez, faicte fondacion en memoire des Sains lnnocents, au lieu de Machecoul en Rais, estant au duchié de Bretaigne ; et, en icelle fondacion ait faiz et ordonnez vicaire, doian, archediacre, trésorier, chanoines, chappitre et colleige, et aussi leur ait ordonnées et baillées rentes, revenues et possessions pour leurs vivres et neccessitez, ad ce que le divin service soit augmenté et puisse d’ores en avant estre fait et celebré audit lieu de Machecoul, et pour ce que ledit seigneur avoit et a encores bonne entencion et ferme propos d’entretenir ladicte fondacion, comme bien l’a demonstré et demonstre chascun jour par effect, désirant de tout son cueur lesdits vicaire, doian et chappitre estre après son deces paisiblement tenuz et gardez en bonne possession et saisine des rentes, revenues et possessions par lui a eulx ainsi baillez et assignez, comme dit est, et en icelles préservez et delfenduz de toute oppression, eust icellui seigneur donné au Roy de Sicille et duc d’Anjou le chastel et chastellenie de Champtocé, hors l’acquit ou peage d’icellui lieu, ou est ladite fondacion ; duquel roy de Sicille, a cause dudit duchié d’Anjou, lesdits chastel et chastellenie sont tenuz en fief ; et au duc de Bretaigne la moitié de toute la seigneurie, baronnie et terre dudit Rais ; ou cas que madame Katherine de Thoars, femme dudit Monseigneur de Raiz, ou madamoiselle Marie de Rais, sa fille ou autres parents, amis, héritiers et aiens cause, qui ou nom de ladicte damoiselle Marie ou autrement, a quelque tiltre, maniere et pour quelconque cause que ce soit ou puisse estre, contrediroient ou empescheroient ladite fondacion ; et par ainsy que lesdits seigneursroy de Sicille et duc d’Anjou et duc de Bretaigne les porteroient, soustiendroient et deffendroient… » Le maréchal, devant Jean Caseau et Jean de Récouin, notaires, confirme cette fondation et transporte aux deux princes tout ce qui lui est advenu par succession ou lui pourra advenir jusqu’à la quatrième lignée. Si ces princes refusent de soutenir sa fondation, il en charge le roi aux mêmes conditions ; au refus du roi, il choisit l’empereur ; au refus de l’empereur, le pape ; au refus du pape, enfin, les personnes croisées de la sainte Terre d’Oultre-Mer ; c’est-à-dire, les chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean et de l’Ordre de Saint-Lazare, chacun par moitié. Il veut que ses héritiers puissent être contraints par la Chambre apostolique à respecter ses volontés les plus formelles [12].

On rencontrait donc à Machecoul et à Tiffauges, tout le clergé d’une église cathédrale et d’une église collégiale : un doyen, messire de la Ferrière ; des chantres ; un archidiacre, messire Jourdain ; un vicaire, Olivier Martin ; un trésorier, Jean Rossignol ; un écolâtre ou maître d’école ; des chanoines, des chapelains, des coadjuteurs, des clercs et de nombreux enfants de chœur. Le premier dignitaire de ce collège » avait reçu du maréchal le titre d’évèque [13] ; lui-même, nous dit Vallet de Viriville, était chanoine de Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers. » Il aimait sa chapelle d’un amour de prédilection, et son constant désir, jusqu’à la fin de sa vie, fut de mettre ce clergé sur le même rang que celui des plus fameuses cathédrales. Dans ses voyages, il avait vu à Lyon, un chapitre de chanoines mitrés, vêtus, comme ils le sont aujourd’hui encore, de la cappa magna, « plus semblable à un synode d’évêques qu’à une assemblée de chanoines », selon l’expression de ses héritiers ; or, son affection pour sa chapelle était si peu réglée, qu’il envoya plusieurs députations au pape, pour en obtenir que ses chantres « fussent mitrés comme des prélats ou comme les chanoines de l’église de Lyon » [14]. Mais le pape, « dûment averti » par la famille de Gilles, n’y voulut jamais consentir ; non plus autoriser la fondation canonique de la collégiale que Gilles avait dotée, et dont il avait lui-même, s’il faut en croire un de ses complices, rédigé de sa propre main les règles et les statuts [15].

Ce « collège », composé de vingt-cinq à trente personnes, formait, avec leurs serviteurs, une suite de plus de cinquante hommes, qui, avec sa maison militaire, accompagnaient le maréchal dans tous ses voyages.

Ils marchaient tous à cheval ; chacun vivait partout sur les deniers du maître. Sa générosité envers eux n’avait ni mesure, ni discrétion : il leur donnait des chevaux et des « haquenées » du plus grand prix [16] ; ils étaient payés chacun selon son office et sa dignité ; mais tous avec une prodigalité ridicule. Il y en avait plusieurs qui touchaient, chaque année, trois cents et même quatre cents écus de traitement. D’ailleurs, comme ils n’avaient rien à prélever sur leurs gages pour leur entretien personnel, il se trouvait que leur service coûtait à Gilles des sommes énormes. Lorsqu’ils étaient « à séjour et à l’église, » il les vêtait de longues robes traînantes jusques à terre, d’écarlate et d’autres draps fins, « fourrés de martes, de gris, de menu-vair ; et d’autres fines plumes et fourrures… ; ils usaient d’ailleurs de grandes pompes et bombances » ; tels étaient leurs costumes en dehors des cérémonies religieuses. Au chœur, c’étaient « des surplis du tissu le plus fin, des aumusses et des chapeaux de chœur de fin-gris doublé de menu-vair, comme s’ils eussent été de grand état et de grande science, constitués en dignité ; et ainsi que les chanoines d’églises cathédrales ont accoutumé d’en avoir. » Enfin, pour les voyages, « il leur faisait faire chaperons et robes des draps les plus fins, mais courtes, pour chevaucher plus commodément » ; il leur fournissait de plus, comme nous avons dit, des serviteurs, des haquenées et des chevaux du plus haut prix ; des malles et des « bahuts » pour transporter leurs effets. On n’avait « point mémoire et l’on ne croyait pas qu’on pût jamais voir dans la chapelle d’un prince ou d’un roi de France, telle superfluité, tels excès, dépense si déraisonnable [17]. »

Sa prodigalité, envers ceux de sa chapelle qu’il affectionnait plus particulièrement, était plus insensée encore que son luxe n’était ambitieux. Quand la fantaisie lui venait de prendre à son service un clerc étranger à sa maison, il n’y avait point de présents si précieux qu’il ne lui offrît pour l’engager à le suivre. Apprenait-il que dans une église éloignée était applaudie une belle voix d’homme ou d’enfant ? il mettait « tout son pouvoir et toute sa puissance à l’avoir », et n’avait point d’aise qu’il ne l’entendît retentir sous les voûtes de sa chapelle. À quelles folles dépenses ne l’entraînèrent pas ces désirs désordonnés ! Un jour qu’il avait entendu chanter, dans l’église de Saint-Hilaire de Poitiers, un jeune enfant de La Rochelle, nommé Rossignol, il se l’attacha en lui donnant, à lui d’abord, la terre de la Rivière, située près de Machecoul, qui ne rapportait pas moins de deux cents livres de rentes ; plus encore trois cents écus à son père et à sa mère ; et il l’envoya chercher à Saint-Hilaire avec un train magnifique, « comme s’il eût été un enfant illustre et de grande maison [18] ? »

D’après ces excès, on se fait aisément l’idée que tout ce qui était nécessaire à l’office divin n’était pas fourni avec moins de luxe. Le nombre des chasubles, des chapes et des autres ornements d’église qu’il possédait, était considérable ; la matière en était des plus rares ; et ils montaient à un prix immense. Le drap d’or, la soie, les tissus « les plus riches et les plus finz que l’on pouvait trouver », étaient, plus par vaine ostentation que par vraie piété, les seuls qu’il voulût employer dans les ornements sacrés. Encore lui coûtaient-ils pour la plupart « trois fois plus qu’ils ne valaient. » On connaissait bien, en effet, tous ses défauts, et les marchands étaient habiles à les exploiter à leur profit ; car il eût regardé comme une chose indigne de son nom et de sa fortune, de s’abaisser jusqu’à marchander ce qu’il achetait, si bien que les fournisseurs lui vendaient toutes choses à un prix deux, trois et même quatre fois plus élevé que le prix véritable. Ainsi, l’aune de drap d’or, qu’il achetait soixante et quatre-vingts écus, n’en valait souvent que vingt-cinq ou trente au plus. Il payait trois ou quatre cents écus une paire « d’orfrazés » qui n’en valait pas cent. Il alla un jour jusqu’à payer « trois chappes de drap d’or, quatorze mille écus, alors qu’elles ne montaient pas à plus de quatre mille [19]. »

Si précieux qu’ils fussent, ces ornements ne surpassaient pas cependant la richesse des vases sacrés. Un orfèvre était attaché à son service. Les chandeliers de main et des autels, les encensoirs, les croix, les « paix », les plats, les calices et les ciboires, les reliquaires, parmi lesquels le chef d’argent de saint Honoré, étaient d’or et d’argent massifs, ornés de pierres précieuses, des ciselures les plus finies, des émaux les plus brillants, où la perfection du travail surpassait encore la richesse de la matière. Enfin, pour rehausser la pompe des cérémonies religieuses, il avait plusieurs paires d’orgues, « les unes grandes, les autres petites », qui lui avaient coûté des sommes considérables [20]. Car cet homme extraordinaire avait le goût de tous les arts, et ses passions dénotent une intelligence naturelle et cultivée des plus remarquables. Le goût de la musique était une de ses passions favorites ; il prenait un tel plaisir à l’entendre, qu’il se fit bientôt construire des orgues portatives, destinées à le suivre partout dans ses voyages : elles étaient portées sur les épaules de six hommes vigoureux, « quant il allait par pays, à grant mise et despense [21] . »

Mais que lui faisaient ces dépenses ruineuses ? La pensée de la gloire qui lui en revenait le dédommageait au centuple. Il n’y avait ni prince, ni roi, qui pût lutter par le luxe avec lui ; le duc d’Anjou lui-même, dont les goûts, si pareils aux siens, étaient également magnifiques, n’avait rien à montrer dans sa chapelle, ni de plus beau, ni de plus somptueux. Quant au duc de Bretagne, lorsqu’il séjournait à Nantes ou dans quelque autre ville voisine, il était assez honoré que Gilles de Rais, son vassal, voulût bien lui prêter sa chapelle [22]. Mais : tous ces dehors brillants s’adressaient uniquement aux yeux ; un orgueil effroyable les avait enfantés ; et il n’y avait dans cet étalage d’or, d’argent, de lumières, de chants, de vêtements et de fourrures, que gloriole et vanité. Dieu était complètement oublié, et toute la gloire en revenait à l’homme qui payait de son or toutes ces merveilles. Aussi, « en leur service, n’avait dévocion ne bon ordre ; et, en effect, ce n’estait que vaine gloire et dérision entre gens de sens et de discrétion [23]. » Dieu veut être autrement servi.

Les largesses de Gilles de Rais n’étaient point bornées aux gens de sa maison ; il les répandait à pleines mains au dehors, même sur les étrangers et les inconnus. Sa demeure était ouverte à tout venant, de quelque pays et de quelque condition qu’il fût ; la table y était toujours dressée ; l’hypocras et les vins fins toujours abondants ; à toute heure du jour, le voyageur pouvait y venir boire et manger [24]. Il n’était pas rare qu’il distribuât des livrées de cent et cent vingt robes, quelquefois même davantage, à des gens qui n’étaient point de sa maison, qu’il ne connaissait même pas, qu’il n’avait jamais vus, et sans qu’il y eût de tant de prodigalité d’autre motif que le frivole désir de faire parler de lui. Rien ne lui tenait au cœur, ni or, ni argent, ni objet d’art, ni vaisselle précieuse, ni joyaux, ni châteaux même ; et il ne mettait pas moins d’indiscrétion dans le choix de ses favoris que dans les dons qu’il faisait [25].

Ses hommes, ses serviteurs, « gens inutiles et de bas estat, » les étrangers et les inconnus qui affluaient de tous côtés vers lui, attirés qu’ils étaient par le bruit de ses largesses, avaient également part à toutes ses prodigalités. Il n’avait souci ni de leur nom, ni de leur passé, ni de leur pays ; toutes portes étaient ouvertes ; tous trésors à portée de toutes les mains. Qu’importait au prodigue ? Ils étaient si charmants, si complaisants, de mœurs si faciles, si disposés à flatter tous ses caprices [26] ! Qu’importait aussi à ces rapaces puisqu’ils y trouvaient leur profit [27] ? Ils l’y trouvaient, certes, et puisaient sans ménagement aux sources débordées de la richesse ; tant et si bien que, partout où il séjournait, à Tiffauges, à Machecoul, à Nantes, à Angers et à Orléans, chacun de ceux « qui avaient le gouvernement de sa maison, vivaient en leur logis à grans et excessifz despens, et comme de grants seigneurs, et tous aux despens et aux deniers dudit feu messire Gilles. » Quant à lui, dépouillé de tout ce qu’il possédait, il lui arriva plus d’une fois de n’avoir ni à boire ni à manger, « quand voullait aller disner ou soupper, parce qu’il n’avait point de provision, ni de gouvernement [28]. »

Quel luxe dans ses demeures ! L’hôtel de la Suze, à Nantes, surpassait en beauté et en richesse le palais des ducs de Bretagne eux-mêmes. Son oratoire se recourbait en voûtes ornées des peintures les plus soignées ; les vitraux étaient brillants des couleurs les plus vives, et les murs recouverts de drap d’or, dont l’aune, à cette époque, au dire d’Ogée, coûtait plus de six cents livres de notre monnaie, et, d’acres l’évaluation de M. Leber, des sommes beaucoup plus considérables encore. Machecoul et Champtocé renfermaient des ameublements princiers ; le dehors avait toujours l’aspect sombre des châteaux-forts du XIIIe et du XIVe siècles ; mais on voyait au dedans toutes les richesses de l’architecture ogivale, toutes les prodigalités de l’art de l’ameublement. Tiffauges surtout, dont il faisait sa résidence habituelle, avait un aspect magnifique.

Nous ne pouvons plus juger aujourd’hui de ces constructions imposantes, quoique plusieurs parties du château soient encore debout. Dévastée, réduite, en beaucoup d’endroits, à de simples murs de granit, enterrée par le temps et la charrue, par le brin d’herbe sauvage et le brin de blé, devenue même en plusieurs lieux ténébreuse et glacée, la forteresse de Tiffauges n’a plus rien de sa décoration et de sa beauté, de sa force et de sa lumière. Le plan seul permet de rebâtir par la pensée une forteresse, qui était l’égale dés places les mieux défendues : admirablement distribuée, avec la double exposition d’hiver et d’été, elle était d’une proportion étonnante avec les hautes collines qui l’entourent, et semblable, par sa forme, à un rocher à pic dressé au-dessus des deux vallées profondes de la Crûme et de la Sèvre. Elle n’avait d’accès que du côté de la ville, dont les fortifications la protégeaient contre toute attaque. À l’intérieur, on voit aujourd’hui une ferme entourée de terres cultivées ; à quelque distance s’élève une arcade pendant en festons de lierre et tapissée de ronces longues et flexibles : avec une partie du pourtour du chœur, c’est le seul débris qui reste de la chapelle supérieure de Saint-Vincent. Dessous, par un soupirail étroit et difficile d’accès, s’ouvre une crypte primitive qui date du Xe ou du XIe siècle ; les vingt piliers et les arceaux de cette crypte forment un ensemble sévère, très agréable à l’œil. Tout près des restes de la chapelle se dresse le donjon : d’un côté, les éboulements successifs des murailles lui donnent l’aspect d’une colline élevée sur une autre colline ; de l’autre, ses murs droits de granit le font ressembler à un énorme rocher à pie, dont le pied se baigne dans les eaux croupissantes de douves à demi comblées. Ce donjon contient encore de belles salles et des escaliers tournants. Au nord-est, dominant la Sèvre et la chaussée de l’étang, s’élèvent des tours superbes, dont la principale est puissamment établie sur le roc au confluent des deux rivières. L’architecture savante de cette tour et les salles qu’on y rencontre, font l’admiration des voyageurs instruits. Ces pièces sont parfaitement conservées ; au centre s’ouvrent de profonds caveaux, dont la position et la forme font rêver involontairement aux prisons connues sous le nom d’in pace ou d’oubliettes. Ces salles communiquent avec de petits cabinets très curieux ; leurs voûtes recourbées sont arquées, à fortes nervures et à écussons ; enfin, elles donnent sur l’intérieur et les jardins de la forteresse par de hautes et belles fenêtres à la croix traditionnelle. Au midi enfin, sont les restes de vastes appartements, demeure de plaisance en temps de paix, et dont les larges croisées s’ouvraient sur la vallée ombreuse de la Crûme et sur les eaux de l’étang.

Des merveilles d’autrefois, sorties de la main des hommes, c’est tout ce qui reste aujourd’hui. Mais ce qui demeure toujours, c’est la beauté du site et du paysage. Du sommet du donjon et de l’arcade de la chapelle, vers l’orient, le spectacle est merveilleux : au pied de la colline abrupte, ombragée par les aulnes et les chênes, la Sèvre coule, profonde, limpide, courant d’une colline à l’autre comme pour contenter ces jalouses ; tantôt calme et silencieuse, comme un serpent qui glisse sous le feuillage, tantôt rapide et bruyante, brisée qu’elle est dans son cours par des blocs de granit ; toujours pleine d’ombres sous le feuillage épais des vieux chênes. À gauche, des collines rocheuses et sauvages ; à droite, la petite ville, pittoresquement bâtie sur le plateau et sur le flanc de la colline ; en face, enfin, partout des villages, des moissons, des champs, de grasses prairies, des vallées ondoyantes dont les mouvements se relèvent et s’abaissent comme les vagues de la mer. C’est dans cette habitation préférée, que Gilles aimait à étaler sa cour avec plus de luxe ; où les splendeurs de sa chapelle brillaient d’un plus vif éclat ; où affluaient enfin, de tous les pays, amis, étrangers, flatteurs, savants, gens de guerre, toutes les richesses et tous les arts.

Cependant, bien que Gilles se plût dans la vue de tant de belles choses qu’il avait réunies autour de lui, il ne pouvait se contenter d’en jouir seul, et son plus vif désir était de les étaler sur un plus vaste théâtre : il lui fallait les yeux ébahis de la foule. Aussi, bien qu’il eût plusieurs villes, des demeures et des châteaux disséminés dans les trois provinces de Bretagne, de Poitou et d’Anjou [29], il s’en allait souvent au loin dans les grandes villes, accompagné de sa maison militaire, de sa chapelle et de son nombreux domestique. Nantes, Angers ; Bourges, Montluçon, Orléans surtout, furent tour à tour témoins de son luxe et de ses prodigalités. Les curieux documents, retrouvés parmi les minutes de notaire, à Orléans, nous fournissent d’intéressants détails sur la vie qu’il menait dans ses voyages, et dans les grandes villes où il établissait son séjour ; sur les dépenses déraisonnables qu’il y faisait, sur sa détresse, sur les expédients qu’il inventait pour se procurer de l’or, et sur ses contrats de vente, plus ruineux encore que ses prodigalités [30].

Dans le courant de l’année 1434, au mois de septembre, Gilles de Rais vint à Orléans, qu’il ne quitta, pour rentrer dans ses terres, que vers le mois d’août 1435. Il était accompagné de tout son service et de sa maison ecclésiastique et militaire ; son frère, René de la Suze, se trouvait avec lui : c’est la seule fois, dans tout le cours de la vie du maréchal, que nous les rencontrons ensemble. Gilles descendit à l’hôtel de la Croix d’Or, et ses gens se dispersèrent dans les autres hôtels de la ville. Son « collège » s’établit chez Guillaume Antes, à l’Écu de Saint-Georges, son chantre de chapelle, à l’Enseigne de l’Épée, chez Jean Fournier ; ses hommes d’armes à la Tête Noire, chez Agnès Grosvillain ; son capitaine des gardes, Loys l’Angevin, dit Louynot, au Grand Saumon, chez Guyot Denis ; son armurier, Hector Broisset, à la Coupe, chez Macé Dubois ; son frère, René de la Suze, chez Régnard Prévost au Petit Saumon ; ses conseillers, Gilles de Sillé, Guy de Bonnière, Guyot de Chambrays, Guillaume Tardif et Guy de Blanchefort, au Grand Saumon’, où ils partageaient la table de Louynot ; ses chevaliers, Mgr de Martigné, Mgr Foulques Blasmes, Jean de Rains et Bauléis, chez l’hôtelier de l’Image de Sainte Marie-Madeleine ; Jean de Montecler, chez Colin le Godelier ; Rais-le-héraut et ses serviteurs, Galardde Galardon, Temberel, Chalency, Sainte-Croix, Guyot et Jean Chartier, à l’hôtel de la Tête Noire, déjà nommé ; ses chariots, ses chevaux et ceux de son frère René, à l’hôtel de la Roche-Boulet, chez Marguerite, veuve de Thévenon Hué ; les chevaux de son collège, le vicaire de sa chapelle, Collinet, Petit-Jean, le prêtre Le Blond et son barbier, chez Jean Couturier, dit Jeudi, à l’Enseigne du Fourbisseur ; le seigneur Jean de Vieille, Bois-Roulier, son prévôt, et son trompette nommé Georges, chez Jeannette la Pionne ; d’autres serviteurs enfin, chez Charles de Halot, au Cheval Blanc, chez Sébille la Trasilonne, à l’Homme Sauvage ; chez Foulques d’Estrepon, à l’Écu d’Orléans ; Thomas, son enlumineur, chez Marguerite, au dieu d’Amour ; en un mot, il n’était pas d’hôtel, dans tout Orléans, qui ne fût occupé par Gilles de Rais et par les gens de sa suite.

Dans cette ville, où il s’était déjà rendu célèbre par ses exploits contre les Anglais lors de la levée du siège, l’arrivée du maréchal de Rais remit son nom dans toutes les bouches ; mais plus encore peut-être les dépenses excessives qui marquèrent son séjour. Car l’absence, qu’il fit dans les mois qui suivirent son arrivée, était de nature à rendre son retour plus retentissant encore. Il passa dans le Bourbonnais au mois d’octobre, et séjourna à Montluçon, à l’Écu de France, jusqu’au mois de décembre. La note de l’hôtelier, Guillaume Charles, surnommé Guillou, monte à la somme considérable de huit cent dix réaux d’or, dont il ne put payer en partant que quatre cent quatre-vingt-quinze ; mais deux de ses serviteurs, Jean le Sellier et Huet de Villarceau, se portèrent comme garants de sa parole. Il passa encore quelque temps à Montmoreau, dans le Bourbonnais, et après plusieurs pérégrinations, rentra dans Orléans, au mois de mars 1435. Les dépenses qu’il fit jusqu’au mois d’août furent tellement énormes et insensées, qu’elles s’élevèrent à plus de quatre-vingt mille écus d’or, c’est-à-dire à des millions d’aujourd’hui, et qu’il retourna en Bretagne, ses revenus dévorés, ses terres vendues, ses seigneuries hypothéquées, ses œuvres d’art et ses joyaux engagés, laissant derrière lui enfin, à courte échéance, des dettes considérables et des emprunts très onéreux : c’était la ruine, un abîme béant où tout allait être englouti [31].

Pour soutenir un tel faste, ni ses revenus, ni les gages qu’il tenait du roi Charles VII, ni tous les profits en nature qu’il tirait de ses sujets, ne pouvaient lui suffire. Lorsqu’il demeurait dans ses domaines, il avait toutes choses sous la main ; mais dans les voyages et durant son séjour dans les contrées lointaines, il lui fallait tout acheter à prix d’argent, et pour se procurer de l’or, il ne reculait pas devant les contrats les plus ruineux. Que de terres, qui valaient plus de mille livres de rente, étaient affermées pour trois ou quatre cents, non seulement pour une année, mais encore pour deux ou trois ans et quelquefois même davantage ! Peu s’en souciait, pourvu qu’on lui fournît de l’argent comptant. Les salines des bords de l’Océan lui donnaient du sel en abondance : il le livrait pour moitié prix et même au tiers de sa valeur ; c’est qu’il lui fallait de l’or et que les créanciers n’attendaient pas. Encore son imprévoyante générosité lui enlevait souvent à lui-même ces dernières ressources ; car il donnait sans discrétion, à l’un, le revenu des blés ; à l’autre, celui des vins ; à un troisième, enfin, les rentes d’une terre pour une année ou deux : tellement et si bien qu’il était réduit lui-même à emprunter le blé et le vin indispensables à sa vie, ou à vendre terres et rentes pour se procurer le nécessaire [32].

Il empruntait de tous ceux qui voulaient bien lui prêter, des marchands, des hôteliers, des seigneurs, des bourgeois, et, chose incroyable ! de ses serviteurs et de ses amis eux-mêmes, enrichis de ses propres dépouilles ; en sorte que les dons qu’il faisait, entre les mains de ces hommes reconnaissants se transformaient, par un retour coupable, en prêts ruineux pour celui qui les avait fournis. Jacques Boucher, bourgeois et intendant d’Orléans, lui avança des sommes énormes ; Roger de Bricqueville, Gilles de Sillé, Petit-Jean, et bien d’autres personnes de sa maison, le tirèrent souvent d’embarras dans les circonstances critiques, avec l’espoir assuré de lui faire payer cher plus tard les services qu’ils lui avaient rendus. Le plus souvent il achetait à crédit, mais le tiers ou la moitié plus que les choses ne valaient : c’était la condition du crédit. D’ailleurs, des ventes qu’il faisait lui-même, il ne touchait presque rien ; tout passait aux mains de ses amis et de ses serviteurs ; ou, s’il en arrivait quelque reste jusqu’à lui, il coulait entre ses doigts comme de l’eau. Il n’était pas rare qu’il acceptât en payement des draps de laine, des pièces de soie, dont il avait besoin ; des chevaux, des harnais, des pelleteries, de la vaisselle d’argent, des bagues et des joyaux, ce qui était nécessaire à sa table : toutes marchandises qu’on lui vendait une ou deux fois plus que leur valeur réelle. Puis, comme la passion est naturellement capricieuse dans un jeune homme, il se dégoûtait le lendemain de ce qui lui avait plu la veille et revendait tous ces objets au rabais, n’en retirant même pas souvent le tiers de ce qu’ils lui avaient coûté. Acheter fort cher, et revendre à vil prix, est un principe des plus ruineux en commerce ; il n’est pas de fortune qui puisse résister longtemps à une pareille économie [33]. Mais que lui importait encore une fois ? N’allait-il pas pénétrer le secret de la richesse ? Il pouvait donc sans crainte tarir les sources réelles de sa fortune, car bientôt il puiserait à des sources inconnues aux autres hommes, d’où couleraient des eaux si abondantes, que le monde en serait arrosé tout entier. Aussi l’or s’échappe à flots de ses mains. Reçoit-il quelque somme d’argent ? il le distribue à « ses poursuivants, à ses palefreniers, à ses pages, à ses valets, gens de bas état, qui l’appliquaient à leur profit et le convertissaient en folles plaisances ; il n’en voulait jamais ouïr aucun compte, ni raison, ni savoir même comment et en quels usages se distribuaient ses deniers ; car il ne s’inquiétait nullement comment il en allait, pourvu qu’il eût toujours de l’argent à follement dépenser [34]. »

Il arriva souvent que des débiteurs soupçonneux, prévoyant une ruine inévitable, élevaient des doutes sur l’avenir et faisaient des difficultés : le moyen de faire tomber ces obstacles, pour Gilles, était de donner des gages en garantie de sa parole. Parfois, c’étaient ses serviteurs qui se portaient caution pour lui avec une générosité qui pouvait passer pour reconnaissante de ses faveurs : leur caution était grassement payée, et ils n’auraient pas voulu, les bons princes ! obliger leur maître envers eux « jusqu’à la prison [35]. » Le plus souvent, Gilles remettait aux mains du vendeur ou du prêteur, quelque objet qui représentait doublement la valeur de l’emprunt ou de l’achat. C’étaient tantôt des bagues et des joyaux de grand prix, qu’il rachetait ensuite au poids de l’or, ou qui demeuraient en toute propriété aux mains de l’heureux débiteur ; c’étaient tantôt les livres les plus rares de sa bibliothèque, comme Valère-Maxime, la Cité de Dieu écrite en latin, et la Cité de Dieu écrite en français, vraisemblablement la traduction de Raoul de Presle, qu’il engagea le 25 août 1435, avec une chape de sa chapelle, à l’hôtelier du Cheval Blanc, pour la somme de deux cent soixante réaux d’or ; comme aussi ce livre « en parchemin, nommé Ovide, Métamorphoses, couvert de cuir vermeil, orné de clefs de cuivre, et de fermoir d’argent doré », engagé chez Jean Boileau, et qu’il eut grand soin de faire retirer. plus tard, le 15 octobre 1436. C’étaient encore ses chevaux, ses chariots, ses harnais, et surtout son cheval Cassenoix, qu’il affectionnait particulièrement. C’étaient enfin et surtout les richesses de sa chapelle : des chandeliers d’or (7 juillet) ; une chape (25 août) ; le chef d’argent de saint Honoré (26 février) ; une chape verte en drap de damas (rachetée le 19 février 1434), avec un collier d’argent, un parement d’autel en drap de damas vermeil, quatre courtines de soie verte, deux grandes et deux petites, deux petits draps de soie verte, une toile de drap d’or, etc. ; une chape sans chaperon, une chasuble de satin noir, une chape de damas, un diacre de satin noir (25 août) ; la veille de Pâques, « une chape, un baldaquin vermeil, figuré de vert, tissu à oiselés d’or, garni d’un chaperon et orfrazé de Paris, avec une chasuble et un damaire pour diacre (16 avril) » ; deux chaperons de chape d’église, brodés, l’un à une Trinité, et l’autre à un couronnement de Notre-Dame ; une chape de velours cramoisy, violet, avec drap d’or, orfrazée, à ymages deux à deux, un damaire de satin, figuré noir avec un drap de soie ; un baldaquin contenant treize aunes, figuré oiselé d’or de Chypre (30 avril), etc., etc. [36]  »

Lorsqu’il eut engagé toutes ces richesses et qu’il n’eut plus d’argent, sans que pour cela ses désirs fussent rassasiés, il en vint nécessairement à aliéner ses meubles et ses terres. Mais comme il ne convenait pas à sa dignité de s’occuper de telles affaires, il en chargea ses amis : n’avait-il pas autour de lui toute une valetaille dévouée, heureuse de prendre pour elle, de ces ventes, tous les ennuis et tous les profits ? En voyant que les derniers des hommes, grâce aux largesses de Gilles, étaient subitement passés de la pauvreté dans la richesse, étaient vêtus comme des seigneurs, vivaient comme des nobles, il en arrivait de toutes parts, chacun avec l’espoir que les mêmes assiduités achèteraient les mêmes faveurs. Comme ils n’avaient rien à perdre, mais tout à gagner au contraire, dans la ruine d’une grande maison ; corrompus, ambitieux, pleins d’espérances, est-il étonnant qu’ils l’aient ébranlée jusque dans ses fondements et qu’ils l’aient vu crouler sans remords ni scrupules ? Tous s’empressaient autour de lui, en apparence pour servir ses intérêts, en réalité pour faire fortune. Que dire de plus ? De tous ceux, qui, dans les dernières années, s’agitèrent autour de l’infortuné maréchal livré sans défiance à leurs intrigues ; de tous ceux, qui, sous de beaux prétextes, se mêlèrent à la gérance de ses affaires, il n’y en eut pas un seul qui ne travaillât exclusivement pour son intérêt particulier [37].

Mais comme ils étaient tous empressés et de bonne composition, il se les donna pour procureurs, chargés de voyager pour lui et de traiter de ses biens avec pleins pouvoirs. Il leur remettait sans discernement des blancs-seings, signés de son nom et de sa main, munis de son sceau, qui se transformaient, au caprice de ces hommes, en contrats de vente onéreux, en lourdes obligations, en pesantes hypothèques, dont le poids retomba non seulement sur lui, mais encore, longtemps après sa mort, sur ses héritiers eux-mêmes. Ces procureurs avaient grand soin d’ailleurs d’agir dans le plus grand secret ; car, ils redoutaient que la conduite de leur maître n’arrivât aux oreilles de ses proches, qu’il n’en fût sévèrement repris, et que l’on ne coupât court ainsi à leurs sourdes menées et à leur petit commerce. Il fit plus même que remettre entre leurs mains ses meubles et ses terres : son imprévoyance stupide leur abandonna jusqu’à sa chair et à son sang. Roger de Briqueville, l’un de ses plus funestes conseillers, reçut tous pouvoirs pour disposer de sa fille unique, pour la marier à qui bon lui semblerait et engager enfin toutes les terres et seigneuries qu’il lui plairait. Terrible exemple d’une déchéance morale, qui ressemble à la folie, mais à une folie, hélas ! qui n’est ni exempte de responsabilité, ni bien rare parmi les jeunes gens, encore qu’elle n’aille pas ordinairement jusque dans ces excès [38] !

Ainsi, après que tous ses revenus annuels, tous ses biens meubles, qui montaient à près de cinq millions de notre monnaie, furent dévorés, il se mit à démembrer pièce à pièce cette belle propriété foncière dont nous avons nommé les principales dépendances. La liste complète de ces contrats de ventes serait interminable : il nous suffira de noter quelques-uns des principaux qui nous ont été conservés. Il vend à Gauthier de Brussac, capitaine de gens d’armes, les villes et les seigneuries de Confolens, de Chabanez, de Châteaumorant, de Lombert [39] ; à Jean de Marsille, la châtellenie, la terre et la seigneurie de Fontaine-Milon, située au pays d’Anjou ; à messire Guillaume de la Jumelière, seigneur de Martigné-Briand, la terre et le château de Blaison, la terre et le château de Chemellier, situés également en Anjou et dont il ne reçut pas même la moitié du prix ; à Hardouin de Bueil, évêque d’Angers, la terre et la seigneurie de Grattecuisse ; la châtellenie et le château de Savenay, avec une partie des revenus de la forêt de Brécilien ; à messire Guy de la Roche-Guyon, les terres et les châteaux de la Motte-Achard et de la Maurière, en Poitou ; à l’évêque de Nantes, Jean de Malestroit, chancelier de Bretagne, bientôt son juge, les terres et les châteaux de Prigné, de Vüe, de Bois-aux-Tréaux, la paroisse de Saint-Michel-Sénéché, et un grand nombre d’autres terres situées dans le clos du pays de Rais, pour une somme énorme ; à Guillaume de Fresnière, à Guillemot le Cesne, marchands d’Angers, les terres et seigneuries d’Ambrières et de Saint-Aubin-de-Fosse-Lauvain, au pays du Maine ; à Jean de Montecler, l’un de ses hommes d’armes, et au même Guillemot le Cesne, les terres et seigneuries de la Voulte et de Sénéché ; à Jean Rabateau, président du parlement, les terres et seigneuries d’Auzence, de Cloué et de Lignon ; à Guillaume, apothicaire à Poitiers, à Jean Ambert et à Jacques de l’Épine, le Brueil-Mangon-lez-Poitiers ; à Georges de la Trémoille, le favori déchu de Charles VII, douze cents réaux d’or de rente sur Champtocé, pour douze mille réaux d’or précédemment empruntés ; à Perrinet Pain, bourgeois et marchand d’Angers, maintes rentes sur ses terres et seigneuries ; au chapitre de Notre-Dame de Nantes, le superbe hôtel de la Suze, avec tous les droits y attenant et toutes ses dépendances ; à Jean le Ferron, Saint-Etienne-de-Mer-Morte, etc., etc. [40].

C’en était trop en vérité pour sa famille et ses amis désolés : ils essayèrent de le sauver malgré lui. Éloignés qu’ils étaient de sa personne par sa volonté, ou pour mieux dire, par la volonté de ceux qui le menaient, les yeux fermés, à l’abîme, ils ne pouvaient espérer de le prendre par la main, de lui ouvrir les yeux, et, à force de prières et d’exhortations, de lui faire rebrousser chemin pour le ramener dans la voie de l’économie et de la raison. N’était-ce pas avec le dessein d’écarter de son oreille ces voix importunes, qu’il s’était éloigné de sa femme, de son frère et de ses amis  [41] ? Dans leur désespoir, ils portèrent leurs plaintes jusques aux pieds du trône. En l’année 1435 ou 1436, Charles VII, dûment informé et sûr du « mauvais gouvernement » du sire de Rais, lui fit, en son grand conseil et par lettres datées d’Amboise, interdiction et défense de vendre et d’aliéner terres, rentes ou seigneuries [42]. En même temps Charles VII donna d’autres lettres, par lesquelles il enjoignit au parlement d’interdire et de défendre à Gilles de vendre ses biens, et de faire défense à toute autre personne de contracter avec lui ; de notifier à tous et à chacun les lettres d’interdiction ; de les faire publier en tous lieux requis, et de défendre enfin, sous les peines les plus graves, aux capitaines et aux gardes des châteaux et des forteresses qui restaient encore à Gilles, de livrer ou de souffrir qu’on livrât ces places à des personnes étrangères, jusqu’à ce que le parlement en eût ordonné autrement.

Cette défense fut publiée à son de trompe, au mois de novembre 1435 ou 1436, dans Orléans, Tours, Angers, Champtocé, Pouzauges, Tiffauges, Saint-Jean-d’Angely et dans plusieurs autres lieux. Le comte de Laval, gendre du duc de Bretagne, les notifia lui-même à son beau-père, au dire de Désormeaux ; et par voie administrative à tous les capitaines de places, et en particulier à celui de Champtocé, Charles de Layeul [43]. Cet arrêt contrariait les vues égoïstes de Jean V, le cupide duc de Bretagne. Il se montra froissé au plus haut point des lettres d’interdiction, jusque là qu’il forma une opposition formelle à l’arrêt de Charles VII, et qu’il couvrit Gilles de Rais de sa protection et de ses faveurs. Mais que cet appui devait coûter cher au maréchal ! Toutefois, le duc, avant de se mettre en révolte ouverte contre le roi de France, tenta la voie des négociations, et députa vers Charles VII, à Niort et à Saint-Jean-d’Angely, son fils Pierre avec une magnifique ambassade, afin d’obtenir de lui le pouvoir de contracter avec Gilles de Rais. Démarche inutile ; car Charles VII fut inflexible, et saisit même l’occasion de notifier la défense dont nous venons de parler, à Pierre de Bretagne et aux autres ambassadeurs [44]. De ce moment Jean V ne garda plus aucune mesure. C’est en vain que « la femme, les parents et les amis » de Gilles, sollicitèrent le duc de laisser publier l’arrêt royal dans les villes du duché ; il ne voulut jamais le permettre, se réservant ainsi de pouvoir contracter ou par lui-même ou par d’autres avec le maréchal interdit. Il osa même aller envers la famille du maréchal jusqu’à l’injure et au défi : il enleva à son gendre, le comte de Laval, frère d’André de Lohéac et cousin de Gilles, la lieutenance générale du duché, parce qu’il avait eu l’audace de lui notifier les lettres du roi, et la donna au maréchal ; puis, pour mieux resserrer les liens dans lesquels il voulait le retenir, il fit avec lui, le 2 novembre 1437, une alliance ou fraternité d’armes, semblable à celle qui avait uni Bertrand du Guesclin et Olivier de Clisson. Jean V était déjà l’un des principaux acquéreurs des biens de Gilles de Rais ; il continua, malgré l’édit de Charles VII, à lui soutirer les terres qui lui restaient encore ; à vil prix, d’autant moindre que, personne n’osant plus contracter avec le maréchal, il était à peu près le seul acheteur qui se présentât, et que la passion de l’or, dans le cœur de Gilles, devenait de plus en plus ardente, et de moins en moins difficile sur les moyens de se procurer de l’argent [45].

Pour ne pas soulever contre lui une famille puissante, le rusé duc de Bretagne avait soin de s’environner de secret, et ne reculait pas même devant le parjure pour couvrir sa conduite. Envers René, duc d’Anjou et roi de Sicile, il s’engageait solennellement, par lettres signées de sa main et munies de son sceau, à n’acheter de Gilles aucune terre en Anjou. Quelque temps après, « en chantant la messe », il jurait sur le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et donnait sa parole de prince à René de la Suze et à divers autres parents et amis de Gilles, qu’il ne trafiquerait jamais avec lui ni de Champtocé ni d’lngrandes [46]. Cependant, en 1438, il achetait ces deux belles seigneuries, avec les péages et les revenus de la Loire, grevés d’une hypothèque de mille livres, dont cent à René de la Suze, et neuf cents à Perrinet Pain, d’Angers ; Jean V devait payer la somme de cent mille vieux écus d’or ; mais il obtenait en même temps tout ce qui appartenait à Gilles en deçà de la rivière de Mayenne. En déduction des mille livres d’hypothèques, il recevait en outre les terres de Princé, de Bourgneuf-en-Rais et de la Bénate, plus cent livres de rente sur Machecoul, avec la promesse d’une partie de l’île de Bouin, de Soché et des Jamonnières, etc. Nous avons, du 22 janvier 1438, trois contre-lettres du duc de Bretagne. Dans la première, il s’engage à restituer Champtocé à Gilles de Rais, dans le délai de trois ans ; déjà lui sont rendues les châtellenies de Bourgneuf, de la Bénate et plusieurs autres terres ; le duc se réserve toutefois mille livres de rente en échange des châtellenies de la Motte-Achard, de la Maurière et des Chênes. Dans la deuxième, le duc et son fils Pierre déclarent que, si le maréchal leur rend ces terres, le temps écoulé ne comptera nullement dans le délai accordé pour les retirer de leurs mains [47]. Dans la troisième enfin, Jean V accorde à Gilles de Rais la faculté de pouvoir, pendant les six années qui suivent, racheter pour la somme de cent mille écus d’or, les terres de Champtocé, d’Ingrandes, de Bourgneuf, de la Bénate et de Princé [48]. Gilles accepta cette clause le 20 mars suivant. Mais il ne faut pas s’y tromper ; le duc ne redoutait pas que Gilles pût se procurer la somme nécessaire pour rembourser ce qu’il avait déjà reçu sur le prix de vente, encore que le duc n’en eût payé qu’une très petite partie ; car il n’ignorait pas l’état de détresse où était réduit le maréchal. Mais Gilles s’accommodait de tout ; comme il avait six années devant lui, au point où il en était rendu alors dans son espoir de trouver le secret de faire de l’or, il ne doutait pas qu’il ne dût bientôt mettre la main sur ce moyen merveilleux et rentrer dans la possession de tous ses domaines. Avec de telles espérances et de telles illusions, il avait, en moins de huit ans, de 1431 ou 1432 à sa mort, en 1440, dévoré plus de deux cent mille écus de biens, c’est-à-dire des millions [49].

Dans les conditions où les mettait la mauvaise volonté de Jean V, ses parents et ses amis ne pouvaient répondre à la ruse que par la violence. Comme ils désespéraient de jamais conserver leur fortune autrement que par les armes, ils se jetèrent résolument dans les principales places que Gilles tenait encore, et particulièrement dans les deux forteresses de Machecoul et de Champtocé. La nouvelle de ce coup de main porta la colère et l’indignation du maréchal à leur comble ; toutefois son emportement fut moindre que sa peur : ces murs, qui n’étaient plus en son pouvoir, renfermaient tant et de si terribles secrets, que, lui en dut-il coûter la vie, il résolut de les reprendre par la force.

Mais avant d’entrer dans le récit de ces événements, il convient de parler un peu plus au long de deux passions de Gilles de Rais, que l’on doit ranger parmi les principales causes de sa ruine. L’une, plus noble, mais non la moins funeste, fut son goût pour les représentations théâtrales ; l’autre, plus curieuse peut-être, plus chimérique, lui fit poursuivre, par tous les moyens permis et défendus, cet or, qui était l’objet de toutes ses convoitises, et le poussa aux pratiques fallacieuses de l’alchimie et aux crimes infâmes de la magie noire.




  1. Mémoire des Héritiers, f° 6, v°. — Mourain de Sourdeval, Les Seigneurs de Rais. Tours, Marne, 1845, in-8°, p. 18. — Armand Guéraud, Notice sur Gilles de Rais. Nantes, 1855, in-8°.
  2. Ibidem.
  3. Mémoire des Héritiers, f° 6, r°.
  4. Et non pas trois cent mille, comme le dit la Biographie universelle de Michaud.
  5. Essai sur l’appréciation de la fortune privée au moyen âge, par Leber. Paris ; Guillaumin, in-8°. — Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, t. I, p. 412.
  6. Mémoire des Héritiers, f° 7, r° ; f° 12, V°. Ainsi l’argent valait à peu près quarante fois moins qu’aujourd’hui ; pour tous les chiffres que nous donnerons, il faudra penser à cette proportion.
  7. Mémoire des Héritiers, f° 6, r°. — Lettres patentes de Charles VII, du 13 janvier 1446.
  8. Ibidem, Mémoire des Héritiers. — Lettres patentes de Charles VII,
  9. Ibidem, Mémoire des Héritiers.
  10. Pièce communiquée par M. Doinel.
  11. Ibidem.
  12. Minute trouvée à Orléans.
  13. Mémoire des Héritiers, fos 7 et 8, r° et v°.
  14. Mémoire des Héritiers. fos 7 et 8, r° et v°.
  15. Proc. Ecclés., Déposition de Blanchet, f° 96.
  16. Mémoire des Héritiers, f° 7 v°.
  17. Mémoire des Héritiers, f° 8 r°.
  18. Ibidem.
  19. Mémoire des Héritiers, f° 7, v°. — Que l’on se rappelle ce que nous avons dit plus haut de la valeur de ces chiffres.
  20. Mémoire des Héritiers, f° 7, v° ; f° 8, r° et v°.
  21. Mémoire des Héritiers, f° 8, r°.
  22. Ibidem, f° 8, r°.
  23. Ibidem, f° 8, r°.
  24. Ibidem, fos 8, v° ; 9, r°.
  25. Mémoire des Héritiers, f° 9, r°.
  26. Mémoire des Héritiers, f° 9, r°.
  27. Ibidem, f° 9 v° ; II, r°.
  28. Ibidem, f° 9, v° ; 10, r°.
  29. Mémoire des Héritiers. f° 10, r° et v°.
  30. Ibidem, f° 10, v°.
  31. Mémoire des Hêritiers, f° 10 v°. — Pièces communiquées par M. Doinel.
  32. Mémoire des Héritiers, f° 9, v°.
  33. Lettres patentes de Charles VII — Mémoire des Héritiers, fos 14, v° ; 15, r°.
  34. Mémoire, des Héritiers, f° 11, r°. — Pièces communiquées par M. Doinel.
  35. Pièce communiquée par M. Doinel, du 27 septembre 1434.
  36. Pièces communiquées par M. Doinel.
  37. Mémoire des Héritiers, fos 9, v° ; 16, v°, etc. — Lettres patentes de Charles VII.
  38. Mémoire des Héritiers, f° 11, r°, v°.
  39. Pièce communiquée par M. Dornel.
  40. Mémoire des Héritiers, f° 12, v° ; 13, r° ; 13, v° etc. — Lettres patentes de Charles VII.
  41. Lettres patentes de Charles VII. — Mémoire des Héritiers, f° 9, V°.
  42. Lettres patentes de Charles VII. — Mémoire des Héritiers, f° 15, r° et v°
  43. Mémoire des Héritiers, f° 15, v° ; 16, r° et v°.
  44. Mémoire des Héritiers, f° 18 v° ; 19, r°.
  45. Mémoire des Héritiers, f° 9, r° et v°.
  46. Ibidem, fos 19, v° et 20 r°.
  47. Archives du département de la Loire-Inférieure, n° 57, 750. Trésor des Chartes de Bret. Arm. 9, Cass. E, Inv. 39.
  48. V. D. Morice, t. 1, p. 529-530.
  49. Mémoire des Héritiers, f° 15 r°, 15 v°, 16 r°, 16 V° et suivants.