Correspondance de Gustave Flaubert/Tome 7/1568

Louis Conard (Volume 7p. 288-289).

1568. À GEORGE SAND.
[Paris], mercredi [8 mars 1876].

Succès complet, chère maître. On a rappelé les acteurs après tous les actes et chaleureusement applaudi. On était content et de temps à autre des exclamations s’élevaient. Tous vos amis, venus à l’appel, étaient contristés que vous ne fussiez pas là.

Les rôles d’Antoine et de Victorine ont été supérieurement joués. La petite Baretta est un vrai bijou.

Comment avez-vous pu faire Victorine d’après le Philosophe sans le savoir ? Voilà ce qui me passe. Votre pièce m’a charmé et fait pleurer comme une bête, tandis que l’autre m’a assommé, absolument assommé : il me tardait de voir la fin. Quel langage ! Le bon Tourgueneff et Mme Viardot en écarquillaient des yeux comiques à contempler.

Dans votre œuvre, ce qui a produit le plus d’effet, c’est la scène du dernier acte entre Antoine et sa fille. Maubant est trop majestueux et l’acteur qui fait Fulgence insuffisant. Mais tout a très bien marché et cette reprise aura la vie longue.

Le gigantesque Harrisse m’a dit qu’il allait vous écrire immédiatement. Donc sa lettre vous arrivera avant la mienne. Je devais partir ce matin pour Pont-l’Évêque et Honfleur, afin de voir un bout de paysage que j’ai oublié, mais les inondations m’arrêtent.

Lisez donc, je vous prie, le nouveau roman de Zola, Son Excellence Rougon : je suis bien curieux de savoir ce que vous en pensez.