Chronique du 13 septembre 1873

6 septembre 1873

13 septembre 1873

20 septembre 1873

CHRONIQUE

Météores aqueux. — Les orages se sont signalés récemment sur plusieurs points de notre territoire avec une violence, extraordinaire. Vers la fin du mois dernier, une trombe d’eau s’est abattue sur la ville de Tulle et y a exercé de nombreux dégâts. La grêle se mêlait à une pluie effroyable, qui tombait avec une indicible énergie, accompagnée de violents coups de foudre. Les rues de Tulle furent en une minute transformées en véritables torrents. À la même époque, la ville de Louviers (Eure) a été également éprouvée. Une trombe de vent, mêlée de grêle, s’est jetée sur la ville et les environs, où tombaient des grains de grêle aussi gros que des œufs de pigeon. Tous les carreaux des habitations volaient en éclats, les feuilles et les branches même ne tardèrent pus à joncher le sol, sous les coups réitérés des projectiles célestes. Les dégâts sont incalculables : les caves de Louviers ont été toutes inondées ; pas une maison de la ville n’a été respectée. Dans les campagnes, les pommiers ont été dépouillés de leurs fruits, et les moissons, qui n’étaient pas encore rentrées, complètement perdues. La paille elle-même a été réduite en fragments. Jamais semblable désastre n’avait eu lieu dans le pays.

Les tremblements de terre. — Nous avons encore de nouveaux phénomènes à enregistrer, et cette fois, s’ils sont bien exacts, ils présentent les caractères d’épouvantables fléaux. Il paraîtrait, d’après des renseignements récents, que la ville de Ligua, située au nord du Chili, a été complètement ruinée par un tremblement de terre, et qu’elle s’est effondrée, engloutissant 8 000 habitants sous ses décombres. Il est certain que le Chili tout entier a été ébranlé à la date du 8 juillet, et les populations étaient persuadées que leur dernière heure allait sonner. À Santiago, les habitants se sauvaient affolés en poussant des cris de terreur. Une des secousses a duré plus d’une minute ! Les autres ont été beaucoup plus courtes. Elles ont été précédées d’un roulement souterrain épouvantable. De nombreuses maisons ont été détruites à Valparaiso. Cette catastrophe du 8 juillet a jeté l’épouvante dans le pays, car pendant les trois mois qui l’ont précédée, les Chiliens ont compté trente secousses de tremblement de terre !

Vers la fin du mois dernier, une forte oscillation du sol s’est fait sentir à Smyrne, aux Dardanelles et à Seio, où plusieurs maisons ont été lézardées.

Rails en Amérique. — En 1854, la consommation annuelle de rails dans les États-Unis était de 447 058 tonnes, sur lesquelles 339 439 tonnes étaient importées et seulement 108 016 fabriquées dans le pays, soit un tiers de la consommation. En 1872, la consommation de rails s’est élevée à 1 504 391 tonnes, sur lesquelles 975 000 tonnes ont été confectionnées par les Américains eux-mêmes, et 529 591 tonnes ont été importées. Les anciennes proportions sont renversées, ce qui dénote l’importance des progrès accomplis par la métallurgie américaine.

Société d’acclimatation de Cincinnati. — Cette nouvelle société a surtout pour but d’élever des oiseaux, remarquables par leur chant ou pour les services qu’ils peuvent rendre aux fermiers ou aux horticulteurs. La société annonce qu’elle a dépensé, le printemps dernier, 25 000 francs, pour élever 15 différentes sortes d’oiseaux et qu’elle a réussi à acclimater l’alouette d’Europe, qu’on rencontre en grand nombre maintenant dans les environs de Cincinnati. Parmi les oiseaux qu’elle se propose encore d’acclimater, il faut citer les mésanges, qui sont de grands ennemis des insectes nuisibles à la végétalion.

Exposition universelle de Madrid. — Le Journal of the Society of Arts nous apprend que malgré l’anarchie qui règne en ce moment en Espagne, il y aura, au mois d’octobre, à Madrid, une exposition des produits manufacturés nationaux, d’agriculture, des mines, de produits chimiques, d’industrie et d’arts graphiques. Les produits étrangers seront reçus contre envoi franco. Les marchandises seront vendues moyennant une faible commission. Telle sera la première série des expositions qu’on se propose de faire en Espagne.

Interruption de la pose du câble télégraphique du Brésil. — Le navire à vapeur la Seine a commencé la pose de cette ligne entre Lisbonne et Madère, et non point entre Madère et Rio-Janeiro, comme l’ont annoncé certaines feuilles. Mais le 24 août, après avoir filé seulement 383 nœuds, l’opération a été interrompue.

Les échanges de signaux ont cessé entre Lisbonne et la Seine. Nous donnerons des détails sur cette expédition télégraphique et sur les épisodes auxquels elle pourra donner lieu, car la ligne du Brésil est sans contredit une des plus importantes. Elle est destinée à mettre en communication avec l’Europe, non-seulement le réseau propre au Brésil, mais le réseau qui, de Montevideo et Buenos-Ayres, va rejoindre les télégraphes du Chili.

Le climat de la côte de Guinée. — La situation géographique de cette partie de l’Afrique, si voisine de l’équateur, est la cause unique de la mauvaise réputation qu’on lui a faite. Mais la température qui y règne est sensiblement inférieure à celle du Sénégal.

La température observée dans une chambre est souvent de 86° Fahrenheit, ce qui n’a rien d’excessif. Il est vrai que le thermomètre descend rarement au-dessous de 78°. L’humidité de l’air est telle que l’on vit habituellement comme dans un bain de vapeur.

Les Européens peuvent très-bien sortir en plein jour, sans prendre d’autres précautions que de se couvrir convenablement la tête, mais les effets de l’humidité de l’air sont très-curieux. Les objets de fer sont très-rapidement rouillés et oxydés, le sel fond dans la salière même, le cuir et les vêtements pourrissent très-rapidement. Les matières animales et végétales se décomposent avec une rapidité effrayante. Enfin, pour compléter ce curieux tableau, nous dirons que les habitants ont l’habitude, pour se débarrasser de cette éternelle humidité, d’allumer des feux dans les chambres avant d’en faire usage.

La première saison des pluies commence en avril et finit avec les premiers jours de septembre, et la seconde comprend le mois de novembre. Décembre est le mois le plus chaud de l’année ; c’est l’époque où les brises de terre et de mer alternent avec une régularité mécanique.

Le météore de Bruxelles. — Un phénomène astronomique des plus curieux a été observé, à Bruxelles, vers la fin d’août, par plusieurs personnes de la partie haute de la ville et notamment du voisinage de Sainte-Gudule. À huit heures un quart du soir, d’après l’Indépendance belge, une large zone nuageuse couleur ardoise et de teinte uniforme, au-dessus de laquelle apparaissait la moitié de la flèche, de l’hôtel de ville, ceignait l’horizon du sud au nord, ayant sa plus grande élévation à l’ouest. Au-dessus de cette zone, le ciel était d’un bleu limpide et constellé d’étoiles. En ce moment, un corps lumineux ayant la dimension et la configuration exactes, l’éclat, le scintillement, en un mot l’aspect complet d’une étoile, émergea tout à coup, vers le sud-ouest, de la ligne du nuage sombre et, s’élevant graduellement avec une demi-rapidité régulière et majestueuse, prit la direction du nord, et, après avoir franchi, en montant toujours de plus en plus, toute la partie ouest de l’horizon, soit pour l’œil du spectateur l’espace compris entre la gare du Midi et celle du Nord, finit par se perdre et disparaître dans les profondeurs du ciel. La marche de ce corps lumineux, semblable de tous points, nous le répétons, à une étoile, a duré, d’un bout à l’autre du long parcours que nous venons d’indiquer, environ deux minutes, et rien dans cette course ascensionnelle et correcte n’a présenté la moindre analogie avec les évolutions rapides et saccadées des étoiles filantes dont l’apparition a lieu vers la même époque de l’année.

Les réservoirs de Montsouris. — Les eaux du canal de dérivation de la Vanne vont bientôt approvisionner les immenses réservoirs de Montsouris, qu’une véritable armée de travailleurs construisent actuellement avec la plus grande activité. Nous empruntons au Journal officiel les curieux renseignements qu’il a publiés à ce sujet. L’ouvrage est assez avancé en ce moment pour qu’on puisse juger de son étendue, de la véritable majesté que présentera sa construction intérieure. L’un des angles du premier des deux réservoirs supérieurs est déjà couvert ; le second angle est à la hauteur de la galerie terminale qui fera intérieurement le tour de la construction. Tout l’ouvrage est en meulière et ciment. Les murs extérieurs, renforcés par des culées obliques, ont une épaisseur de 3 mètres. Le sol est uni, sauf aux approches du mur, où se trouvent une série de cuvettes peu profondes, séparées par des cloisons de façon à former une suite du cryptes qui supportent la galerie intérieure. En face de chacune, des loges ainsi fermées s’alignent des pilastres carrés, amincis vers le haut, en supportant les voûtes d’arêtes qui doivent terminer l’édifice. Cette forêt de pilastres produit un effet merveilleux. Aucun temple n’en peut présenter un analogue, et une promenade aux torches dans cet immense bassin, lorsqu’il sera plein d’eau, serait certainement une des curiosités les les plus étranges qu’on pût rêver.

La Vanne apportera par jour à ce réservoir 100 000 mètres cubes d’une eau excellente. Ce ne sera pas un luxe inutile pour Paris, qui jusqu’à présent n’a par tête et par jour qu’une moyenne de 108 litres d’eau, tandis que Londres en a 132, Madrid 600, et Rome, la ville la plus favorisée sous ce rapport, 1 492. L’appoint fourni par la Vanne portera notre moyenne à 156 litres en permettant de réserver pour les seuls services d’arrosage et de voirie la plus grande partie des eaux de l’Ourcq et de la Seine, qui ne sont pas des meilleures pour l’alimentation.