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Brèves apologies de nos auteurs féminins/Mlle Marie-Claire Daveluy

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Mlle MARIE-CLAIRE DAVELUY



Cette historienne grave et consciencieuse, d’allure patriotique et de sens pratique remarquable,occupe déjà depuis quelques années une place enviable dans le monde des lettres. Elle s’est faite remarquer dans le Petit Canadien, organe de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal et dans la Bonne Parole, par ses esquisses des figures de Montréal d’autrefois, figures encore peu connues telles que Marie Rollet, Catherine Mercier, Martine Messier, Barbe Poisson, Élisabeth Moyen, l’héroïne de l’Oublié de Laure Conan, et M. de Puissieux, le bienfaiteur de Maisonneuve, — par ses dialogues spirituels et pleins de verve, — par ses conférences historiques sur la Sœur MarieMorin, la doyenne des femmes de lettres canadiennes-françaises,et sur Marie Rollet, la digne épouse du premier défricheur du Canada[1], — et par ses articles sur la question de la langue française dans les écoles d’Ontario. Son œuvre dominante est l’Histoire de l’Orphelinat catholique de Montréal, parue en novembre dernier.

« Je viens de lire, nous dit Colette (Mlle E. Lesage) dans la Presse du 8 novembre 1919, l’histoire d’une œuvre fondée à Montréal par quelques femmes du monde, il y a près d’un siècle, et qui, depuis cette lointaine époque, n’a cessé de poursuivre sans bruit au milieu de nous son action bienfaisante. C’est l’Orphelinat catholique de Montréal.

« Et voilà que le livre évocateur fermé, je vois défiler devant mes yeux, comme sur l’écran d’un cinéma, les figures énergiques et douces de ces admirables “ dames de charité ". Simplement, sans s’attendre à ce que leurs gestes soient relatés dans les journaux ou commentés dans les salons, elles s’en allaient, pendant l’épidémie de 1832, vers les maisons marquées du sceau de la mort, recueillir les enfants des victimes pour leur donner asile en leurs propres demeures.

« Et le long des années, plus fécondes en épreuves qu’en consolations, mon esprit s’attarde à les suivre à travers les pages du petit livre. Elles sont confiantes et sereines parce qu’ellcs ont conscience d’étre un peu les mandataires de la Providence.

« Pendant plus de soixante-quinze ans l’histoire de cette œuvre est liée à celle des meilleures familles de Montréal, et à la tête du Comité actuel d’administration, on retrouve une petite nièce de Mme Angélique Cotté, la fondatrice, dans la personne de Mme Rosaire Thibaudeau.

« À l’occasion de l’inauguration à Notre-Dame de Grâces du nouvel asile, on vient de publier cette histoire de l’Orphelinat, où se retrouve, avec les noms de ceux qui l’ont fondé et perpétué, le récit émouvant des vicissitudes qu’il a eu à traverser.

« C’est à la plume délicate de Daveluy que cette tâche glorieuse a été confiée. On ne pouvait choisir mieux. Elle y a mis toute la grâce de son talent d’écrivain, toute la ferveur de son âme de Canadienne et la soucieuse exactitude de détails que commandait la plus avertie et la plus aimable érudition. »

Mlle Daveluy est une des femmes patriotes dont nous sommes fiers. Son patriotisme ardent et éclairé se manifeste non seulement dans ses écrits et dans ses conférences, mais elle le traduit en action. Au printemps de 1916, elle et Madeleine provoquèrent à Montréal ce grand ralliement patriotique des femmes canadiennes-françaises qui eut pour objet de protester contre les mesures odieuses prises à l’égard des écoles françaises de l’Ontario et pour aider nos compatriotes dans la lutte magnifique entreprise pour conserver à leurs enfants le droit légitime d’apprendre à leur gré la langue maternelle. Elle prononça à cette occasion une allocution qui aviva dans le cœur de son auditoire un sentiment profond de sympathie et lui inspira les plus beaux sacrifices pécunaires.

Déléguées peu après, elle et Madeleine, avec la mission d’exprimer à la société féminine canadienne-française d’Ottawa les sympathies des dames canadiennes-françaises de la province, elle eut encore dans cette circonstance des paroles vibrantes d’émotion patriotique.

Voici comment le Droit relate ce beau déploiement d’éloquence :

« Dans des discours où la beauté de la langue n’avait d’égale que la noblesse des pensées, ces deux envoyées nous ont dit que notre lutte était leur lutte, et que nos souffrances étaient partagées. Elles nous ont assuré de la coopération parfaite des compatriotes du Québec dans ces heures de crise et elles nous ont apporté un nouveau témoignage de leur attachement inviolable à la langue et aux traditions ancestrales. »

Une seule pensée anime toute la vie littéraire de cet écrivain : celle de faire des âmes chrétiennes, fortes et courageuses, noble ambition qui lui a valu l’honneur d’être appelée par la Société St-Jean-Baptiste de Montréal à la rédaction de la Revue Nationale depuis sa fondation en janvier dernier.




  1. Ces conférences ont été publiées, l’une dans la Bonne Parole de juillet 1919, l’autre dans le Rapport des fêtes du IIIe centenaire de Louis Hébert.