Ouvrir le menu principal

FADETTE[1]



Il y a plus d’une décade que Fadette affirme sa valeur littéraire. En effet, de 1906 à 1910 elle écrivait dans le Journal de Françoise des articles remarquables sous le pseudonyme de Danielle Aubry, et pour me servir des expressions de M. l’abbé Camille Roy dans son rapport sur les travaux soumis à la section littéraire du Congrès de la Langue française, on la reconnaissait, alors « comme une des chroniqueuses les plus recherchées ». Elle venait de se distinguer à ce congrès par un travail important où elle raconte la part de la femme dans la littérature canadienne-française.

Huit années de collaboration active et suivie dans la Bonne Parole et au Devoir depuis cette époque n’ont pas diminué le prestige jadis acquis. Il s’est au contraire accru au fur et à mesure que paraissaient les quatre volumes de Lettres de Fadette que les lecteurs du Devoir avaient déjà goûtées sous des titres souvent séduisants et pittoresques.

Une impression favorable s’est immédiatement formée dans le public qui les avait ignorées. Aujourd’hui le nom de Fadette est aussi populaire et aussi estimé dans les cercles, les salons et les académies que celui de Mme Dandurand, de Françoise et de Madeleine.

Partout on rend hommage à ses belles qualités d’écrivain et on est unanime à reconnaître ses heureux dons que le Révérend Père Lamarche, de l’Ordre des Dominicains, résume ainsi dans une étude faite sur son œuvre et publiée dans l’Action Française de septembre 1919 :

« Âme accueillante aux beautés de toutes formes que lui offre la création physique et le monde immatériel ; âme sympathique aux chagrins de toutes nuances qui peuvent atteindre une vie d’homme, une vie de femme, une vie de famille surtout, et non moins ingénieuse à y porter remède et consolation ; culture d’esprit étendue et brillante jointe à une rare souplesse de raisonnement ; dons littéraires de premier ordre ; sens du verbe français, naturel et clarté, élégance et nombre, prose drue et ferme, apte néanmoins à rendre toutes les images et toutes les sensations de la poésie ; dons d’équilibre, qualités d’ensemble qui feraient de cette épistolière un écrivain à souhait pour le critique soucieux de tout admirer et de rester plausible dans son admiration. »

Cet éminent théologien et littérateur lui reproche cependant certaines fautes que son penchant naturel pour la critique et la contradiction lui a fait commettre, mais il avoue que ces fautes ne sont pas assez graves pour nuire à son œuvre qui est d’une « belle philosophie dans son ensemble et de morale pure ».

« Dans la forte balance des écrits de cette dame, dans ses pages de morale et « ses recettes de bonheur » que lui dicte une vaste expérience, on entend toujours sonner franc la note chrétienne et catholique où le bon sens ne perd jamais ses droits. »

L’œuvre de Fadette a aussi inspiré au Frère Gilles, l’auteur du charmant petit livre : Les choses qui s’en vont, cette page magnifique :

« Inspirer aux âmes le respect d’elles-mêmes, et les porter à l’amour de celles des autres ; faire luire sur elles toute la lumière qui dissipe les erreurs et les préjugés ; révéler la joie des acceptations généreuses, l’héroïsme des vies obscures et de leurs sacrifices rédempteurs ; provoquer par des vivants désirs la nostalgie des immortels revoirs ; c’est la vraie mission de ces petits livres si gracieusement discrets dans leur toilette gris-argent rehaussée d’améthystes.

« Ces pages de gronderies sereines, de délicieuses railleries et de douce gaîté nous charment et nous captivent par leurs harmonieuses énergies qui, comme de puissantes attaches, retiennent la perle précieuse des enseignements divins qu’elles sertissent. Elles nous conquèrent surtout par la spirituelle bonté qui en déborde, et appelle notre confiance, tout comme le soleil fait chanter les cigales.

« Aussi, lorsque dégoûté de soi-même et lassé des autres, l’on sentira qu’on n’est plus son propre ami, on prendra ces petits livres. Ils nous parleront avec cette exquise tendresse qu’ont les grandes soeurs pour leurs petits frères qui souffrent et aux cils desquelles on voit trembler — comme la goutte de rosée où se reflète le ciel — une larme où se concentre tout leur amour. Et lorsque ces pages lumineuses nous auront révélé le secret de cette bonté qui réconcilie avec la vie : bonté opérante qui aide et conseille ; bonté amoureuse qui encourage et relève ; bonté délicate qui craint de blesser même en consolant ; parce que cette bonté nous aura rapprochés du bon Dieu, nous pourrons dire, au seuil d’une vie plus courageuse et déjà plus parfaite, comme au dernier cycle de ses épreuves, l’immortel Dante :

« Je retournai des très saintes ondes,
Refait comme les plantes nouvelles
Renouvelées de nouvelles frondaisons,
Pur et disposé à monter vers les étoiles. »

Fadette a eu aussi l’honneur, comme Mme Dandurand et Françoise d’être nommée membre du Club Lyceum, fondé à Paris par la duchesse d’Uzès, la baronne de Bourgoing, la comtesse de Chabannes et qui compte dans ses rangs les personnalités les plus distinguées de tous les pays dans les lettres, les sciences et les arts.

Fadette a eu encore l’honneur de remporter le deuxième prix à un concours littéraire organisé par Françoise en 1909.


  1. Mme Maurice St-Jacques, de St-Hyacinthe, fille du sénateur Dessaulles.