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GAËTANE ET GINEVRA



Aux noms des femmes de lettres qui ont particulièrement fait honneur à la région de Québec, telles que Laure Conan, Françoise (née à Trois-Pistoles), et Madeleine, nous sommes heureux d’ajouter celui de Gaëtane de Montreuil, Mme Charles Gill, dont le mari fut poète et artiste-peintre, et dont nous avons récemment déploré la perte, et celui de Ginevra : Mlle Georgiana Lefebvre.

Toutes deux, nées à Québec, jouissent en effet d’un prestige loyalement acquis au prix de longues et persévérantes années de labeur au service des meilleures causes ; Gaëtane, à Montréal, où depuis 1900 à nos jours elle a collaboré à la Presse, au Journal de Françoise, au Pays Laurentien, à la Bonne Parole et à la Revue Moderne ; Ginevra, à Québec, où depuis 1905 elle rédige la page féminine au journal le Soleil.

Déjà en 1901, Madeleine écrivait au sujet de Gaëtane, alors rédactrice de la page féminine à la Presse, ce gracieux paragraphe d’article :

« Mlle Bélanger, qui signe de si agréables articles du pseudonyme de Gaëtane de Montreuil, dans la Presse, est une Québecquoise, possédant bien le charme puissant des habitantes de sa ville natale. Ses écrits le dégagent absolument : c’est un parfum subtil d’une douceur captivante qui fait du bien au cœur. Très bonne celle-là aussi, gracieuse à tous, elle prodigue son talent avec une générosité inépuisable, et en bonne reine, distribue ses faveurs. Tous ses correspondants se louent de la bonté charmante avec laquelle la chroniqueuse de la Presse répond à leurs nombreuses demandes.

Gaëtane est aussi poète, romancière, dramaturge et conférencière.

Comme poète, elle a publié une jolie plaquette, intitulée : Les Montagnes Rocheuses, une belle pièce de vers, sur Québec, dédiée à Sir Lomer Gouin, en 1916, et « Stances à la forêt » ; « Éloge de la source ».

Comme romancière, Gaëtane a publié en 1912, Fleur des Ondes. M. Adjutor Rivard, le nouveau lauréat de l’Académie française, en a fait la critique dans le Bulletin du Parler français. Il n’a, selon lui, qu’un défaut : celui de ne pas assez confondre la fiction et l’histoire, mais il le dit « bien écrit ». Sous la plume de M. Rivard, qui est un censeur sévère, ces mots sont forts élogieux. Fleur des Ondes est un roman historique dont le drame se déroule dans nos grandes forêts du Canada à l’époque de Champlain, alors qu’elles étaient peuplées de tribus indiennes. De ce roman, Gaëtane en a fait un drame en quatre actes, qui a fait le succès de « soirées canadiennes » à Montréal.

Comme conférencière, Gaëtane s’est distinguée, à Montréal, dans une conférence, sur l’éducation populaire, prononcée au Congrès féminin tenu en 1907, et à Québec, où elle fit ses débuts avec Madeleine et Colombine dans une séance de l’Institut Canadien, où toutes trois racontèrent leurs souvenirs et leurs impressions d’un voyage fait ensemble au Lac St-Jean.

Gaëtane a aussi contribué pour sa part au livre intitulé : Les femmes du Canada, qui fut distribué par milliers d’exemplaires aux visiteurs de l’Exposition de Paris en 1900.


De Ginevra, nous avons un joli recueil de chroniques, choisies parmi celles qu’elle a publiées au cours de sa carrière de chroniqueuse au Soleil. À les lire on éprouve le sentiment de venir en contact avec une âme forte, généreuse, bonne et compatissante, accessible à tout ce qui est beau et noble. Félicitons-la de s’être rendue aux désirs de ses amis et de nous les avoir présentées sous forme d’un beau volume intitulé : En relisant les vieilles pages.

Son livre, en effet, nous en avons l’assurance, intéressera nombre de lecteurs, puisqu’un professeur français de valeur, M. Bracq, en a fait en juin dernier, au cours de sa visite à Québec, l’appréciation suivante que nous avons lue dans le Soleil :

« J’ai rarement lu des fragments plus savoureux, écrits dans une langue plus souple, plus élégante et plus correcte. Ce n’est pas le style de Madame de Sévigné ni celui de George Sand, mais celui de Ginevra qui pourrait faire des jaloux chez bien des écrivains du sexe fort.

« Je crois avec l’auteur que ce livre est avant tout une oeuvre d’observation et de sens commun. Par le fonds, il m’a vivement captivé, soit qu’il reflète la mentalité d’une femme qui n’est pas banale, ou qu’il me fasse pénétrer dans un coin de la vie intellectuelle et morale de la bonne société québecquoise.

« Il m’est précieux et comptera parmi les trouvailles dans ma découverte du Canada français, et m’a surtout montré que les femmes canadiennes sont en train de se tailler une chasse gardée, dans la littérature, par le journalisme. Ginevra a des sœurs, paraît-il, qui non contentes de nous charmer par leur copie, nous conservent ces fragments précieux de leur pensée, dans des publications comme celle-ci. C’est une nouvelle richesse. J’en augure bien pour l’avenir.

« Quant à la matière du livre, elle est riche et variée. Je préfère les sermons laïques de la première partie où elle se sert de tous les textes et prétextes pour son apostolat. Elle vise à orienter la vie de certaines femmes vers le mieux, signale les pièges à leur innocence, les exhorte à la vaillance et à la grandeur d’âme, leur rappelle les grands viatiques de la vie, montre la vie chrétienne comme la seule qui en vaille la peine et le Christ comme notre grande et essentielle espérance. Dans ces études, ces morceaux… ces sermons elle atteint souvent une éloquence poignante ; et ces sermons, tout en se ressemblant comme des frères, nous saisissent et nous tiennent.

« Elle a aussi, dans ce recueil, des études qu’elle intitule : Impressions et souvenirs, dans lesquelles on trouve un monde de réflexions de toutes les sortes, presque toutes succulentes et fortes. Chez nous n’est guère gai. Elle y met même du noir, tout de même il fait penser. Giboulée d’avril commence par une admirable description pour se terminer par un poème. Dans les vergers en fleurs, elle nous donne un poème en prose, cousin germain de ceux de Lozeau. Par la fenêtre entr’ouverte, elle voit encore des idées générales d’un pur lyrisme. Partout, même dans les sacs de la poste, elle est portée à sa façon, qui est la bonne, à mettre dans un relief émouvant “ l’éternelle pensée humaine ”. Ici dans la Première communion elle montre avec art l’idéalisme catholique qui illumine la vie, et là, dans ses compositions, sont les tristesses d’Olympio, sans les défaillances du personnage de Victor Hugo.

« De toutes ces pages exquises et pleines de vérités, se dégage une note de tristesse. On ne dirait pas qu’elle collabore au Soleil. »

Ginevra aurait été une excellente conférencière si elle eût voulu. Elle n’a consenti qu’une fois, lors du Congrès de la langue française, où elle a donné un important travail intitulé : « le français et la terminologie technique des ouvrages féminins », qui est rapporté dans le rapport de ce congrès.